Chine : l’« avantage » stratégique d’une Justice aux ordres

Nous savons qu’en Chine, comme dans tout Etat marxiste-léniniste, la justice est aux ordres du pouvoir exécutif, qu’elle se trouve très concrètement, constamment, soumise à la tête du Parti Communiste. 

L’actualité nous fait constater, une fois encore, que cette caractéristique constitue un sérieux avantage de négociation avec les Etats occidentaux. Comme du temps de l’URSS quand un de ses espions, ou agents, important, était démasqué et arrêté en Occident : à défaut de véritable espion détenu et échangeable, le PCUS faisait alors arrêter un Occidental sous n’importe quelle raison ou prétexte. Ou alors on utilisait des prisonniers politiques ou, par exemple, un Soviétique incarcéré pour délit d’opinion qui avait la chance insigne d’être connu en Occident.  Ensuite on négociait une libération, réciproque mais généralement déséquilibrée. Tel l’échange, en 1976, entre Luis Corvalan, secrétaire général du PC chilien et Vladimir Boukovski, enfermé dans un « asile psychiatrique » depuis une dizaine d’années, car déclaré « fou » pour avoir exprimé une pensée divergente de la ligne du Parti.

La RPC procède de même aujourd’hui

Meng Wanzhou,  fille du fondateur de Huawei, et directrice financière du leader mondial des équipements et réseaux 5G, d’une importance de contrôle stratégique extrême, comparait jusqu’au 20 août devant une Cour canadienne qui statuera sur son extradition vers les Etats-Unis. Mme Meng est officiellement soupçonnée de fraude bancaire liée aux sanctions contre l’Iran. Bien sûr la réalité est sans doute plus complexe, Madame Meng étant forcément aussi un agent d’influence et de corruption, inféodée au Parti. En Occident on tente aussi parfois de trouver une raison secondaire en vue de mettre un criminel hors d’état de nuire, ainsi Al Capone, n’a pu être emprisonné qu’à la suite d’une inculpation de fraude fiscale. La Chine elle évite de faire émerger le vrai fond du problème et évoque des manigances américaines en vue d’abattre une entreprise rivale.

Selon l’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, il ne fait guère de doute que c’est la comparution actuelle de Meng Wanzhou qui conduit les autorités chinoises à utiliser trois Canadiens détenus en RPC. La Chine veut absolument éviter un procès aux USA, lequel générerait un déballage qui lui serait extrêmement préjudiciable quant à sa quête de pouvoir sur le monde et les cerveaux.

Il s’agit d’abord de Michael Spavor, détenu arbitrairement depuis décembre 2018. Il avait été appréhendé quelques jours après l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou en date du 01-12-2018. Après un procès à huis clos, il vient d’être condamné à 11 ans de prison pour « espionnage ». Il aurait photographié des avions militaires. Défense de rire. Michael Spavor, grâce à ses relations, permettait à des Occidentaux d’entrer en contact avec les autorités nord-coréennes et ce jusqu’au leader suprême, Kim Jong Un, qu’il avait rencontré à plusieurs reprises.

A noter qu’un autre ressortissant canadien, Michael Kovrig, ancien diplomate, a été interpellé en même temps que l’autre Michael, et ce, sous un prétexte similaire : l’espionnage.

Comme en cette matière les Etats communistes ne font jamais dans la demi-mesure, presque simultanément, un tribunal chinois a confirmé en appel la condamnation à mort d’un autre Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, inculpé de trafic de drogue.

Voici une nouvelle illustration du fait que, dans les marchandages internationaux, pouvoir user à volonté d’une justice qui répond instantanément aux ordres du Parti procure à la Chine un avantage indéniable sur les régimes pluralistes.

Tout comme est patent, en matière de désinformation, le déséquilibre de la latitude d’action entre Etat contrôlant l’information et société ouverte, un gouvernement contrôlant le pouvoir judiciaire, et ne se trouvant, en outre, en rien contraint de se soucier des droits de la personne, dispose de moyens de pression hors de portée des Etats démocratiques.

Pierre Druez

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Meng_Wanzhou_at_Russia_Calling!_Investment_Forum.jpg)

12 Août 2021


6 Août 2021

Le Monde Diplomatique et le Parti Communiste Chinois

Chose étrange, le Monde Diplomatique, qui s’exprime très volontiers sur la plupart des pays de la planète, s’exprime très peu souvent sur la Chine (pourtant le plus grand pays de la planète par sa population et par son PIB depuis 2014). Le Monde Diplomatique lui-même reconnaît avoir publié seulement cinq articles importants à ce sujet depuis 1999.

Un tel comportement d’abstention n’est sans doute pas fortuit. La Rédaction du Monde Diplomatique n’est pas à l’aise dès lors qu’il s’agit de reprocher publiquement au Parti Communiste Chinois ses exactions dans de multiples domaines. C’est sans doute son antiaméricanisme, bien connu et presqu’obsessionnel, qui l’amène à évoquer le moins possible le Parti Communiste Chinois, en sorte de ne pas avoir à lui adresser de reproches.

Néanmoins, le Monde Diplomatique ne pouvait pas laisser passer le centenaire du Parti Communiste Chinois sans en prononcer le bilan qu’il retirait. On trouve en tout cas dans son numéro daté de juillet 2021 un grand article qui en tient lieu et qui est intitulé : « De Mao Zedong à Xi Jinping, un parti pour le renouveau national ». C’est un professeur de Sciences Po, Monsieur Jean-Louis Rocca, que le Monde diplomatique a chargé de l’exercice.

Compte tenu de ce que le Parti Communiste Chinois a défrayé l’actualité internationale par ses multiples exactions, on se serait attendu à ce que son bilan soit établi au regard de sa contribution (positive ou négative) aux droits de l’homme en Chine au cours des 100 années qui ont séparé 1921 et 2021 avec un accent particulier sur les 72 années (1949 à 2021) au cours desquelles le Parti a exercé sans interruption, le pouvoir – tous les pouvoirs.

Point du tout. Monsieur Rocca a délibérément choisi de juger le Parti Communiste Chinois au seul regard de sa fidélité à ses origines et en particulier au marxisme-léninisme qui était, initialement en tout cas, sa doctrine de référence. Monsieur Rocca nous déroule ainsi les quelques contorsions du Parti à l’égard de sa doctrine : dans sa période d’opposition, celui-ci, conformément à sa doctrine, s’adresse initialement aux ouvriers (alors très peu nombreux, trop peu nombreux à son goût) puis il s’en détourne pour cibler sans succès les paysans pauvres ; dans sa période au pouvoir, le Parti, à partir de 1978, effectue de nouveaux virages en accueillant dans ses rangs beaucoup de diplômés et même de chefs d’entreprise et surtout en basculant du collectivisme au capitalisme.

Chose incroyable, dans son rappel historique, Monsieur Rocca se dispense de rappeler que c’est par un coup de force militaire que le Parti Communiste Chinois s’est emparé du pouvoir en 1949 et s’est imposé immédiatement comme Le Parti Unique.

Mais Monsieur Rocca a sans doute conçu son article pour ne jamais avoir à recourir aux mots qui fâcheraient Pékin.

Jamais dans l’article, le régime que le Parti impose à la population chinoise n’est caractérisé comme totalitaire.

Jamais dans cet article, il n’est procédé non plus à une énumération, même embryonnaire, des très graves exactions que ce régime a commises. Ainsi ne sont mentionnées :

  • Ni les victimes de la grande famine que Mao imposa aux paysans (comme avant lui Staline aux paysans russes et surtout ukrainiens) ;
  • Ni les persécutions à grande échelle infligées pendant la Révolution Culturelle à certaines catégories sociales (aux intellectuels en particulier);
  • Ni l’imposition de la politique de l’Enfant Unique (pour les habitants des zones urbaines) ;
  • Ni le chômage imposé brutalement (après 1978) par le Parti aux populations des provinces intérieures assorti d’une interdiction pour elles de migrer vers les provinces côtières en sorte que se constitue, de 1978 à aujourd’hui, une population de 288 millions de mingong (qui représentent un tiers environ de la population en âge de travailler et qui constituent un segment totalement séparé du reste de la population chinoise) qui sont, pour la plupart, des ouvriers d’usine sans aucune défense sociale surexploités par les entreprises manufacturières de la zone côtière ;
  • Ni la répression brutale et sanglante d’un immense mouvement populaire qui avait pris le risque immense de sortir dans la rue pour réclamer la démocratie (Tian An Men, juin 1989) ;
  • Ni l’emprisonnement soudain (sans motif annoncé, sans procès ni recours) assorti de tortures (physiques et mentales) pour de très nombreux militants prodémocratie ou même pour des citoyens que le Parti juge non conformes à ses normes ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, (principalement entre 1949 et 1969) de la minorité tibétaine (minorité à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ;
  • Ni l’introduction de la reconnaissance faciale généralisée et l’institution du score social qui introduit un système de punitions automatiques pour les Chinois qui dévient des normes de conformité imposées par le Parti ;
  • Ni l’abolition unilatérale (juin 2020) par Pékin du traité anglo-chinois qui instituait, de 1997 à 2047, un minimum de vie démocratique pour les habitants de Hong Kong ni la répression sévère qui s’abat sur les nombreux militants qui, avec le soutien quasi-unanime de la population, cherchent à résister à cette décision ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, au Sinkiang, principalement depuis 2014, de la minorité ouïghoure (à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ; dans ce dernier cas d’ailleurs, le Parti Communiste Chinois se défend de l’accusation de génocide qui est portée contre lui, en invoquant, très spécieusement, que le nombre officiel des victimes décédées reste limité et en omettant, délibérément, de prendre en compte les très nombreuses victimes qui ne survivent que très difficilement après qu’il leur ait fait subir un emprisonnement et un travail forcé accompagnés de tortures physiques et mentales, ou encore de viols ou de stérilisations forcées.

Encore une fois, il est proprement inadmissible de tirer le bilan de 100 ans d’existence du Parti Communiste Chinois sans porter à son passif une telle énumération de forfaits horribles. Imagine-t-on tirer le bilan du Parti Nazi sans porter à son passif le génocide des Juifs et des Tziganes ?

A dire vrai, Monsieur Rocca a choisi de s’adresser à ceux qui sont restés marxistes-léninistes (ou à ceux qui n’ont pas complètement coupé le cordon ombilical avec lui). Ce qui en réalité l’intéresse, c’est de démontrer et de conclure que le Parti Communiste Chinois est resté fidèle à sa vocation : « Loin d’avoir trahi, le Parti Communiste Chinois reste fidèle à deux principes ».

Et qu’importe si cette vocation l’a amené à devenir un Léviathan toujours plus monstrueux et toujours plus menaçant, pour sa population comme pour le reste du monde.

Laissons Monsieur Rocca à sa démarche beaucoup trop particulière. Relevons quand même qu’en choisissant la plume de Monsieur Rocca pour rendre compte du centenaire du Parti Communiste Chinois, le Monde Diplomatique, une fois encore, montre qu’il préfère défendre le marxisme-léninisme (en dépit même de ce qu’il a toujours mené au totalitarisme) plutôt que de défendre les droits de l’homme, les libertés et la démocratie libérale.

Dominique Duel

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:FF_Yoga_(4197323321).jpg)

Réponses

Il n’est pas surprenant que Le Monde diplo publie un article qui préfère passer sous silence les crimes du communisme chinois. Ce qui est inquiétant, Dominique Duel c’est que, comme vous le précisez, l’auteur de l’article est professeur a Sciences Po. Cela donne une idée de l’impartialité et du sérieux des recherches qu’il doit mener et des cours qu’il doit donner a ses élèves de Sciences Po.

Le Monde diplomatique, fondé par Hubert Beuve-Mery, était destiné à ses débuts aux cercles diplomatiques et aux grandes organisations internationales. Tout change lorsque Claude Julien prend la direction du journal; c’est l’époque ou j’ai cessé de le lire. Tout comme j’ai arrêté de lire Le Monde de Jacques Fauvet lorsqu’ils ont titré en première page  » Saigon libérée » en 1974. Jacques Fauvet avait reconnu du bout des lèvres, sur le plateau de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, que  » c’était une erreur ».

Quant au Monde diplo, après sa tendance altermondialiste (Bernard Cassen) il représente maintenant le courant de la gauche radicale, la gauche de la gauche comme l’explique un article du Monde du 14/02/2017. Cet article fait l’apologie du Monde diplo qui, selon la journaliste du Monde, « dénonce les partis pris et les conformismes ». Ignacio Ramonet a été membre du journal dirigé maintenant par Serge Halimi. On voit donc les partis pris…Il est ironique de voir sur son site internet que Le Monde diplo se présente comme « un mensuel critique d’informations et d’analyse » (sous-entendant une seule critique : la critique marxiste-léniniste pour analyser le monde comme il va).

Jacques Carbou

Merci à Monsieur Carbou pour son commentaire que je partage largement. Comme lui, je n’ai pas été surpris par le fait que, une fois encore, Le Monde Diplo manifeste de la complaisance à l’égard du Parti Communiste Chinois.

Ce qui m’a surpris, c’est jusqu’où Le Monde Diplo ose aller. Faire un bilan positif du PCC sans même commencer à lister les exactions et les crimes dont il est responsable, c’est proprement ahurissant. Rappelons nous que, lorsque le PCF était sous la coupe du PCUS (PC de l’Union Soviétique), Georges Marchais, commençait par reconnaître quelques passifs de l’URSS même s’il finissait par conclure à « un bilan globalement positif de l’URSS ». Monsieur Rocca n’a même pas les scrupules qu’avait encore Georges Marchais. Encore une fois, serait-il admissible que quelqu’un fasse le bilan du Parti Nazi en passant sous silence le génocide contre les Juifs et le génocide contre les Tziganes ?

La représentante de la communauté ouighoure en France a raison lorsqu’à la télévision, elle dit que, selon la définition retenue par l’ONU, le Parti Communiste Chinois commet un génocide culturel au Sinkiang. Et ce génocide culturel succède à celui commis au Tibet. A quoi il faut ajouter une troisième persécution religieuse, celle commise par le PCC contre les membres de la religion Falun Gong (environ 95 millions de personnes avant que le PCC n’entame sa persécution contre elle). Ce sont en réalité toutes les religions qui sont menacées d’être persécutées par le PCC en Chine.

Dans sa volonté de domination, le PCC ne supporte pas le maintien des religions parce qu’elles pourraient devenir la source d’un contrepouvoir. Dans sa volonté de rendre homogène, uniforme et conforme la population chinoise, le PCC a inventé récemment « le score social » ; manifestement, la persécution de toutes les religions est aux yeux du PCC, le complément indispensable à construire »l’homme nouveau » au service du PCC et de ses objectifs.

Dominique Duel


8 Août 2021


Inconditionnelle, la liberté individuelle?

À en croire les analyses et les commentaires impartiaux, le mouvement anti passe sanitaire, dont la fronde recueille la sympathie de 35% des Français, aurait pour seul thème de ralliement « la défense de la liberté ».

Ce phénomène est aussi inédit que paradoxal.

C’est la toute première fois qu’une démocratie libérale est attaquée par une révolte de cette ampleur au nom de son propre principe premier :  la défense de la liberté individuelle.`

À moins que l’esprit libéral-libertaire du mois de Mai 68 n’en constitue un précédent.

Ce serait alors le cas de renverser cul par-dessus tête la formule de Marx toujours citée « « Tous les grands événements et personnages de l’histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois… la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide… »

Tandis que Mai 68 fut une fête juvénile et joyeuse qui décorseta les moeurs et les mentalités de la société française, le refus de la vaccination voulue par l’association de État et de la médecine est une farce attristante, dans laquelle le mot d’ordre de la liberté individuelle inconditionnelle sert à se barricader contre la protection de la vie des personnes, et contre la connaissance rationnelle.

Explicitons le contenu de cette liberté individuelle inconditionnelle.

On trouve à son premier niveau : « ma liberté de conscience me donne le droit de ne pas croire à ce que les autorités me disent sur le virus, sa dangerosité et les mesures qu’il impose. »

La liberté de croyance est en effet un droit sans limites. Nul n’est tenu d’adhérer à des idées quelles qu’elles soient et quelles que soient les autorités politiques ou scientifiques qui les profèrent.

À son second niveau, le principe d’une liberté individuelle inconditionnelle et illimitée peut s’appuyer sur le droit pour chacun de disposer librement de son corps. Le philosophe Thomas Hobbes a ainsi désigné et justifié le seul droit pour l’individu de résister à l’autorité d’un État légitime : ce « right to resist » renvoie à la liberté naturelle que possède chacun de tout mettre en œuvre pour se conserver en vie quand il s’estime menacé, y compris par l’État légitime. »

Les adversaires en révolte contre le passe-sanitaire et plus encore contre la perspective d’une vaccination obligatoire imposée à toute personne vivant au contact d’autres personnes semblent présenter une argumentation sans faille et conforme aux fondements d’une démocratie libérale.

« J’ai le droit de penser que les autorités se trompent quand elles prétendent vacciner mon corps pour mon bien. De cela, j’en suis seul juge comme cela est inscrit dans la loi Kouchner de 2002 qui pose le principe du consentement libre et éclairé du patient aux actes et traitements qui lui sont proposés. »

Que répondre à cet argumentaire apparemment irréfutable, sans porter atteinte au caractère libéral de notre démocratie?

Que la liberté de conscience individuelle peut être préservée à condition qu’elle ne soit pas présentée comme rendant illégitime toute connaissance rationnellement établie et collectivement acceptée. Chaque individu a le droit de croire que le soleil tourne autour de la terre et que Darwin a tort de raconter une autre histoire que le récit biblique de la Création du monde, mais, sur ces sujets, l’École de la République impose à tous ses élèves d’acquérir les connaissances qui sont objectivement établies par les sciences.

Une démocratie faite d’opinions individuelles, qui ne pourrait pas se référer à une démarche rationnelle faisant autorité, ferait éclater la société en mille morceaux ingouvernables.

La liberté d’opinion individuelle concerne la pensée des individus et des groupes particuliers sans leur donner le droit et l’autorité d’invalider l’autorité des connaissances qui ont été objectivement et rationnellement établies et qui font consensus parmi les compétents.

S’il est scientifiquement démontré et prouvé que dans l’histoire de l’humanité les vaccins ont sauvé des centaines de millions de vies humaines, et que les vaccins actuels sont notre seul rempart, la liberté de croyance ne peut pas paralyser le bras de l’État et de la médecine.

Quant à libre disposition par chacun de son corps, et dont chacun est seul juge, il en va comme de la liberté de conscience: cette liberté n’est illimitée que dans la mesure où elle n’affecte pas autrui. Je ne suis pas en droit de me comporter en véhicule de l’épidémie mettent les autres en danger.

Si je suis en droit de refuser une transfusion sanguine qui sauverait ma vie, je ne suis pas en droit de refuser une mesure qui protège la vie d’autrui.

Quant à l’ultime droit de résister à l’autorité légitime de l’État, selon Hobbes, il ne s’applique qu’au cas où je protège ma vie du risque de mort. Or la vaccination qui protège ma vie ne tombe pas sous cette exception à la règle, tout au contraire.

Finalement, les défenseurs de la liberté individuelle illimitée feignent d’ignorer que ma liberté n’est illimitée que quand elle ne concerne que ma personne. C’est la liberté naturelle de l’individu solitaire et asocial.

Un individu qui ne doit rien à personne et auquel personne ne doit rien, à commencer par des soins médicaux.

André Senik

(crédit photo : Manifestation anti-pass sanitaire | Samedi 17 juillet 2021 | Flickr)

Réponses

Cher André Senik, la révolte qui se manifeste depuis les trois derniers samedi, un peu partout en France (Samedi dernier, ils étaient plus de 200.000 dans les rues) contre le pass-sanitaire, ne se réduit pas à une demande de liberté inconditionnelle. D’ailleurs, est-il question de liberté inconditionnelle? Je vois plus derrière ces mouvements une exaspération devant la surveillance généralisée qui se met en place en France et les restrictions de liberté – de sortir, d’aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, aux concerts, etc.- que nous subissons depuis mars 2019. Derrière ces manifestations, on peut voir aussi un ras-le-bol contre la classe politico-médiatique qui nous raconte tout et son contraire – quand elle ne nous ment pas- au sujet du masque inutile au début de la pandémie puis devenu obligatoire; au sujet du vaccin qui nous protège mais ne rend pas le masque inutile etc.
Autant de mesures qui semblent dérisoires voire inutiles si l’on se réfère aux taux de mortalité enregistrés en baisse depuis plusieurs mois au point que Salomon ne vient plus annoncer au pays chaque soir le nombre de contaminés, de personnes en réanimation et de morts. En revanche, le ministre Veran s’était engagé, au mois de juin 2020, à fournir 5,000 lits supplémentaires pour les services de réanimation; il semble que les hôpitaux publics ne les ont toujours pas vus arriver. Les hôpitaux et cliniques privées avaient proposé des lits. Le Ministère n’en a pas tenu compte, estimant probablement que seul l’hôpital public allait faire face à la pandémie.
Enfin, le pass sanitaire est obligatoire mais M. Ferrand, président de la chambre des députés, a déclaré que les députés, au Palais Bourbon, ne seraient pas soumis au contrôle du vaccin. Ils continueront de bénéficier, comme les sénateurs de leurs restaurants où l’on ne vérifiera pas leur attestation. Certains « sont plus égaux que d’autres ».
Jacques Carbou

Cher Jacques Carbou,

J’ai prétendu montrer que la liberté qui est présentée comme la valeur commune à tous les manifestants n’existait pas car nous n’avons pas la liberté de ne pas porter assistance à personne en danger.
Vous m’objectez que la véritable motivation de ce mouvement est l’hostilité justifiée à ceux qui gouvernent.
Je suis d’accord avec vous pour estimer que la liberté n’est qu’un prétexte à la manifestation d’hostilité a l’égard du pouvoir en place.
Vous énumérez les reproches qui lui sont adressés en France ; mais on constate des mouvements de fronde similaires dans d’autres pays démocratiques.
J’en conclus qu’en démocratie le pouvoir d’Etat doit parfois imposer des mesures urgentes qui cristallisent les rejets systématiques d’une partie de la société à son encontre. La démocratie libérale est un régime structurellement fragile.
Bien à vous

André Senik

Je voulais laisser la priorité des réponses aux objections qui lui étaient adressées à André lui-même. Maintenant qu’il a réagi, je voudrais ajouter mon grain de sel.

D’abord, c’est un fait difficile à nier, bien que notre ami Jacques Carbou se refuse à le reconnaître : il est surtout question de liberté individuelle dans la bouche des manifestants. Liberté (individuelle) chérie contre dictature sanitaire, tel est leur thème central et récurrent. Et quand on les interroge, ils répètent en boucle, comme des gamins gâtés, qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent et comme ils veulent. C’est dans le même esprit que Jacques Carbou parle de « surveillance généralisée », entendez par là l’ensemble des mesures prises pour contrer la progression du virus, et de « restrictions des libertés ». Liberté de m’infecter? D’infecter mes voisins ou des inconnus de tout âge? Nous ne sommes pas seuls au monde. En conséquence notre liberté n’est pas illimitée.

Jacques le sent bien d’ailleurs, qui apporte en soutien à sa thèse la faiblesse sinon l’affaiblissement de l’épidémie – c’est à dire du poids, de la présence du collectif. Pourtant, si nous n’en sommes pas encore au nouveau des vagues précédentes, le nombre de cas commence à remonter sérieusement et de toute façon, il ne faut pas attendre que le variant delta ait fait des ravages pour commencer à réagir.

Le reste des arguments de Jacques permet surtout de comprendre que les adversaires du gouvernement ont de quoi alimenter leur haine. Tout aurait été dit, par exemple, mais aussi son contraire, par le gouvernement ! Mais la situation évolue et l’on fait des déclarations en fonction d’une situation qui évolue, non ? J’ajouterai que les Philippot et autres Dupont-Aignan, eux, n’ont pas beaucoup évolué : ils étaient hostiles à notre démocratie libérale avant même le déclenchement de l’épidémie ! Quelle que soit la mesure prise, ils y seront hostiles et, à mon avis, un des problèmes les plus intéressants à résoudre serait de comprendre les racines de la haine vouée à Emmanuel Macron. Il est jeune et eux sont vieux? Il a réussi et eux courent après le succès politique sans le rattraper? Il y a sans doute d’autres choses à noter comme sa position pro-européenne ou comme son refus de toute revendication identitaire simple.

Nous sommes loin de la critique menée par André contre l’utilisation du thème de la liberté individuelle? Non ! On est en plein dans ce paradoxe qu’il relève : les adversaires affichés de la démocratie libérale combattent celle-ci au nom de la « liberté », confondue avec l’envie immédiate, ignorante de la collectivité qui m’entoure et des acquis scientifiques.

Pierre Rigoulot

Cher André Senik,
Merci de votre réponse a mon commentaire. Je suis bien entendu d’accord avec vous pour dire que la démocratie libérale est un régime structurellement fragile et que le pouvoir d’Etat doit parfois imposer des mesures d’urgence. Mais j’ajouterai qu’il y a l’art et la manière qui manquent particulièrement au pouvoir en place et aux élites technocratiques qui nous dirigent. Il semble nécessaire de ne pas confondre urgence et précipitation !
Le pass sanitaire peut malheureusement ouvrir la voie a des dérives – le contrôle social par les uns et les autres est une première étape. Autant de dangers qui existent déjà dans des pays qui sont loin d’être démocratiques. Il ne faudrait pas que l’urgence cède la place a l’improvisation.

Bien à vous

Jacques Carbou

Pour ma part, je pense que sous couvert de liberté individuelle, les manifestants expriment leur ras le bol ( à part quelques fous qui refusent systématiquement les vaccins!).
Ils me font l’impression de mômes qui sont fiers de dire non au gouvernement mais ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Je m’interroge aussi sur la haine qu’ils éprouvent envers Macron et suis désolée quand ils parlent de pays totalitaire: ils ne savent vraiment pas de quoi ils parlent.

Louise Girard

1 Août 2021


« Les quatre guerres de Poutine » de Sergueï Medvedev. Traduit et annoté par Galia Ackerman. Buchet-Chastel 2020, 398 pages, 24 euros.

Sergueï Medvedev est historien spécialiste de la période postsoviétique et cible 4 combats de Poutine : pour l’espace (vital), pour les symboles, pour la sphère de la vie privée et pour la métamorphose du passé.

L’auteur nous offre un panorama jubilatoire et inquiétant, savoureux et répugnant, de la pathologie collective dont est victime la Russie poutinienne, notamment quant à sa (ré)vision de l’Histoire et la place « légitime » de la Russie dans le monde contemporain.

A l’instar de la Chine actuelle, la réécriture de l’histoire y est conçue comme la stratégie clef en vue de gagner << la guerre pour la mémoire>>.

Y compris à l’étranger.

Outre l’occultation des pans les plus effroyables de l’histoire soviétique, la nouvelle magnification de la période stalinienne, le muselage ou l’emprisonnement de maints historiens et chercheurs honnêtes, la peur comme incitation à l’autocensure, il lance les actions désinformatives et les analogies historiques les plus hardies au point que, vues de l’extérieur, certaines peuvent prêter à rire. P. ex. L’absurde fascisation de l’Ukraine, avalée toute crue par une grande majorité de Russes ; une pétition exigeant la restitution de l’Alaska à la Russie par des activistes russes (qui n’a pas recueilli les 100 000 signatures nécessaires pour être examinée par le gouvernement américain) ; ou, pour répondre aux critiques américaines de l’annexion de la Crimée, le rappel par Poutine de l’annexion du Texas par les USA en 1845 !

La désinformation quotidienne répétitive réveille ou instille, nourrit et amplifie, un mode de pensée victimaire et binaire qui conduit à une polarisation mentale de tous les instants : une Russie mythifiée, seule face aux machinations des forces mondiales obscures menées par le grand Satan, les USA. Menace américaine cependant fortement atténuée, voire transformée en soutien temporaire, quand Trump, à la botte de Poutine, et ayant bénéficié de la très efficace ingérence russe, fut élu Président.

Ecrit avec un humour noir et une autodérision typiquement russes.

A déguster avec délice même si on ne partage pas certaines analyses de l’auteur.

Pierre Druez

1 Août 2021


Suicide le 23 juillet, de l’écrivain chinois Li Liqun

La revue en ligne « Actualité, les Univers du livre »  vient de publier ce 29 juillet, sur la base d’informations données par le PEN International et le Centre PEN indépendant chinois (CIPC) , un article signé de Valentine Constantini sur la mort de l’écrivain dissident chinois Li Liqun.

Ce dernier s’est suicidé ce 23 juillet, après avoir adressé une lettre à ses collègues. Cet évènement tragique, résultat des intimidations et pressions du gouvernement chinois, pousse le PEN International à en appeler « à la fin immédiate de la persécution des écrivains et intellectuels injustement ciblés pour leur expression pacifique ».

Nous reprenons des extraits, parfois légèrement modifiés, de ce texte.

En 2008, Li Liqun publiait ses premiers écrits, majoritairement sur des sites d’informations comme Sohu, Phoenix ou encore Boxun. Ce dernier aura reconnu dès 2009 l’auteur comme « l’un des 100 meilleurs intellectuels publics chinois ». Malheureusement, dès 2012, nombre de ces plateformes ont été censurées par le gouvernement de Xi Jinping – ce qui n’a pas stoppé Li pour autant, lequel devint membre de l’Independent Chinese PEN Center (CIPC)…

En 2017, lors du 19e Congrès national du Parti communiste chinois, Li avait été désigné comme une cible pour le « maintien de la stabilité ». Cette pratique, hautement coercitive, permet de réprimer les dissidents — haute surveillance, détention, assignation à résidence et réinstallation forcée font partie des mesures mises en place par le gouvernement. Li Liqun aura été la victime de ces méthodes, auxquelles s’ajoutait l’interdiction de contacter ses amis et collègues. Isolement et intimidation des forces de l’ordre ont donc façonné le quotidien de cet auteur.

À la veille de sa mort, Li a adressé une lettre à certains de ses amis, dans laquelle il explique avoir subi une surveillance et un harcèlement de plus en plus poussés – dont des appels répétés de responsables de la sécurité dans le pays. Il conclut sa lettre en référence claire aux nombreuses personnes poussées au suicide au cours de la Révolution culturelle.

La mort de cet auteur est une douloureuse piqûre de rappel, face à l’appareil exerçant la censure dans le pays. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, l’État dispose de pouvoirs coercitifs sans précédent pour surveiller les communications, mais aussi imposer de sévères restrictions aux auteurs qui s’expriment contre le gouvernement.

1 Août 2021


Pour une vaccination universelle, obligatoire et à répétition

La confusion entre liberté individuelle et penchant immédiat, la mobilisation de quelques uns en faveur du droit à l’irresponsabilité et surtout les accusations de « dictature sanitaire » et de « changement de modèle » politique au moment même où l’on protège des vies précisément pour pouvoir perpétrer le modèle antérieur, celui de la démocratie libérale, nous ramènent à nos préoccupations de toujours : la défense de la liberté. C‘est pourquoi nous portons à la connaissance de nos lecteurs, cette lettre de notre ami André Senik à la rédaction de Causeur, en faveur d’une vaccination universelle, obligatoire et à répétition.

H&L

Non seulement je suis vacciné contre ce Covid, mais je m’aperçois que suis même vacciné contre la question perfide posée par J-P Brighelli qui demande dans Causeur : « quel vaccin? »

Je lui réponds que, sans me vanter,  je me vaccine depuis de très nombreuses années et chaque année contre la grippe au moyen d’un vaccin nouveau, adapté à chaque virus nouveau.

Ma réponse plus générale à sa question perfide “quel vaccin?” est qu’il nous faudra, nous les humains, nous vacciner contre tout nouveau virus au moyen d’un vaccin nouveau.

Nous avons en effet intérêt à comprendre que tel est notre avenir, face aux virus qui ne se priveront pas de muter et de tout faire pour nous infecter : c’est dans leur nature.

Et c’est dans notre culture de nous défendre contre eux, au moyen de la vaccination.

Encore faut-il que la vaccination protège tous les humains.

Ce qui implique une vaccination obligatoire et universelle, répétée chaque fois qu’un nouveau virus menace notre espèce.

Une vaccination obligatoire? Mais oui, comme celles qui sont administrées à tous les enfants de France qui-vont-à-l’école.

Seule cette mesure rendra inutiles tous les contrôles ultérieurs, comme c’est le cas pour les enfants dont je viens tout juste d’évoquer le cas.

Mais alors, ne conserve-t-on pas le droit ultime de se révolter, ce droit que même Hobbes concède, le droit qu’inspire  la volonté de rester en vie ?

Logiquement, non! 

Car cette mesure imposée ne vise à préserver la vie de tous les autres humains qu’en préservant la vie de celui qu’on vaccine.

Que faire des indomptables rebelles qui refuseront de se plier à cette obligation universelle?

S’ils ne sont pas assez nombreux pour menacer la santé des vaccinés, on les fera profiter tranquillement de l’immunité du reste du troupeau, ou plutôt, du reste des passagers du bateau dont ils seront une sorte de passagers clandestins.

André Senik

crédit photo : https://cdn.paris.fr/paris/2021/01/26/huge-63cd3423e9d5aef4dcbace764a4bfffe.jpeg

21 Juil 2021


Brèves de blog 7

1- Corée du Nord : la chasse aux chats est ouverte

Non loin de la frontière avec la Chine, à Hyesan, une famille nord-coréenne n’avait pas fait disparaître son chat, soupçonné par les autorités, comme les autre animaux domestiques, de favoriser les contaminations à la Covid. Les quatre membres de la famille ont été placés en détention pour trois semaines.

2- Loi sur mesure en Russie

L’ancien dirigeant de l’organisation d’opposition Open Russia, Alexeï Pivovarov, a été placé en détention provisoire au moins jusqu’au 31 juillet. Il pourrait être poursuivi pour « coopération avec une organisation indésirable ». Cette loi permettra même d’empêcher sa participation – comme celle de tout membre de l’opposition – à des élections.

3- Nicaragua : répression contre ce qui reste de presse libre ,

Les locaux du site web El Confidencial et de la chaîne Esta Semana, (Cette Semaine) ont été perquisitionnés à Managua, capitale du Nicaragua. Les autorités ont également annoncé, jeudi, l’ouverture d’une enquête judiciaire pour « blanchiment d’argent » contre Cristiana Chamorro, la plus populaire des candidats potentiels de l’opposition au scrutin présidentiel prévu le 7 novembre prochain. Gilles Bataillon, dans Le Monde du 18 juillet montre la gravité de la répression et qualifie le régime actuel de « totalitaire ».

4L’aide chinoise qui étrangle

Dès juillet, le Montenegro devra commencer à rembourser à Pékin le milliard de dollars emprunté pour moderniser ses infrastructures routières. Mais ses caisses sont vides. Ce petit pays qui vit surtout du tourisme et d’aides internationales, appelle donc lʼEurope à lʼaide. Choix difficile pour cette dernière qui « ne peut payer les dettes qu’un pays a contractées avec un pays tiers » mais qui ne ne peut non plus laisser la Chine faire la loi dans un pays candidat à l’adhésion à l’UE.

Pékin a en effet assuré ses arrières dans cette affaire en exigeant – et en obtenant – que toute contestation juridique au sujet de l’emprunt soit du ressort des tribunaux chinois !

5- C dans l’air : Pascal Boniface se surpasse

Question d’un téléspectateur : « En quoi la Chine nous menace-t-elle ? »

Réponse de Pascal Boniface : par sa croissance économique et commerciale !

Pas un mot sur son attaque de la démocratie, sur sa révision de l’Histoire, son expansionnisme militaire,  son mépris de toute règle éthique et son déni des libertés et droits fondamentaux …

Pascal Boniface refuse aussi de parler de « totalitarisme » en Chine : « La Chine n’est pas un pays totalitaire où tout le monde s’habille pareil etc. c’est un pays autoritaire qui peut servir de modèle attractif aux Africains ».

6- Kim Jong-eun sensible au « qu’en dira-t-on?

Les autorités de Corée du Nord ont envoyé près de 2000 soldats en certains points de sa frontière avec la Chine pour y construire un mur. Mais elles ont décidé de n’en rien faire aux alentours de Hyesan et de Sinuiju, des endroits ou quelques étrangers peuvent se trouver et qui sont situés face à de grandes villes chinoises (Changbai fait face à Hyesan et Dandong à Sinuiju). On se contentera donc de barbelés électrifiés, plus discrets !

7- Comme à Cuba, la musique pop est jugée dangereuse à Pyongyang

Le New York Times du 11 juin rapporte que Kim Jong-eun a qualifié la musique pop de « cancer vicieux » qui corrompt les jeunes Nord-Coréens et des a affirmé qu’il allait tout faire pour empêcher sa progression, sinon « les entreprises du Sud liées aux spectacles pourraient faire s’effondrer la Corée du Nord comme un château de cartes ».

La Corée du Nord a donc renforcé son arsenal juridique contre les consommateurs de musique pop au Nord. Selon une nouvelle loi, quiconque introduit et diffuse des vidéos sud-coréennes au Nord est passible en principe de la peine de mort. Ceux qui regardent ou écoutent de la musique pop venue du Sud sont quant à eux passibles de 15 ans de détention dans un camp de travail.

8- L’OTAN, la Russie et la Chine

Le communiqué qui a suivi la visite du président américain Joe Biden au Quartier général de l’OTAN affirme clairement que « tant que la Russie ne montre pas qu’elle respecte le droit international et qu’elle honore ses obligations et responsabilités internationales, il ne peut y avoir de retour à la normale » La Chine est également ciblée par l’OTAN, mais certains de ses membres souhaitent préserver de bonnes relations avec elle. »La Chine n’est pas notre adversaire, notre ennemi. Il n’y aura pas de nouvelle guerre froide avec la Chine. Mais nous devons faire face aux défis posés par la Chine pour notre sécurité », a déclaré – comme on formule un voeu pieux- le Norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN. Mais il a laissé filtrer son inquiétude lors d’une interview accordée à Die Welt : « Nous constatons que la Russie et la Chine coopèrent de plus en plus ces derniers temps, tant sur le plan politique que militaire. Il s’agit d’une nouvelle dimension et d’un défi sérieux pour l’Otan ». L’opacité de l’appareil militaire chinois, l’accroissement rapide de son arsenal nucléaire et de ses capacités spatiales, cybernétiques et maritimes préoccupent indéniablement les responsables de l’organisation…

9- L’affaire Rosenberg de retour?

Un livre, signé Gérard Jaeger, pourtant déjà publié en avril 2003 aux éditions du Félin, tente à nouveau de rallumer la mèche sur l’affaire Rosenberg. On croyait pourtant l’affaire close avec le décryptage des codes Venona mettant en évidence les relations du couple avec des agents soviétiques. Oui, Julius et Ethel étaient coupables. Méritaient-ils la mort? Ethel comme Julius ? C’est une autre question. En pleine guerre froide, on ne badinait pas avec les accusations d’espionnage. Mais que Jaeger présente leur cas comme celui d’une condamnation pour « délit d’opinion » est tout à fait scandaleux aussi.

10- Cannes retrouve sa dignité

La grossière sortie d’un acteur qui ne risquait pas grand-chose à apostropher, comme un gamin dans une cour de récréation, le président de la République, a été effacée par la présentation d’un film-documentaire fort sur la lutte de la population et notamment des jeunes de Hong-Kong pour échapper à la main mise du totalitarisme chinois sur leur territoire.

Le cinéaste, lui-même originaire de Hong-Kong, Kiwi Chow, a dit avoir réalisé ce film pour tenter d’aider le mouvement à vivre – car il vit toujours malgré les arrestations et les condamnations : « Avoir une première à ce festival est une bonne occasion de faire savoir au monde qu’il y a encore des gens qui persistent à Hong-Kong ».

21 Juil 2021


Quand Hsinhua (Chine nouvelle) s’invite dans L’Opinion

On lira diverses précisions sur ce musée si particulier de Montargis dans L’Opinion, oui, le quotidien libéral, lequel vient d’accueillir deux fois de suite dans ses pages, l’agence Chine nouvelle (Hsinhua). Le 2 juillet, on y lisait les analyses très prochinoises de M. Digeon, maire de Montargis depuis 2018, affirmant l’existence d’un « parti communiste spécifique à la Chine » et évoquant la figure de Mao « qui a mis le pays en marche ». C’est cependant son prédécesseur, Jean-Pierre Door, qui, en 2014, avait donné le nom de « place Deng Xiaoping » à la place de la gare de Montargis. Une manière comme une autre de marquer le 25 e anniversaire des massacres de la Place Tien Anmen ?

Jean-Pierre Door avait enlevé la mairie de la ville au PCF en 2001, mais sur la Chine, il semble qu’un maire, qu’il soit communiste ou gaulliste, peut tenir un discours très comparable à celui de ses collègues. S’il est question dans cette page de L’Opinion, des bonnes relations de la Chine et des maires LR de Montargis, le PC français n’est pas oublié et Hsinhua donne la parole à Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, rendant ainsi plus consistants encore les soupçons de liens étroits entre ce dernier et le PCC. Fabien Roussel parle dans son entretien avec l’officielle agence de presse chinoise de deux partis (communistes) qui entretiennent « une relation franche et loyale et où les accords sont revendiqués et les différences mutuellement acceptées ». Progrès économiques, références à l’ONU comme source de l’ordre international légitime, rôle positif des chercheurs chinois dans la recherche d’un vaccin anti-covid, efforts pour protéger l’environnement, Roussel ne tarit pas d’éloges sur la Chine communiste où il fut invité en 2019…

Une semaine plus tard, le 9 juillet, une nouvelle page signée Hsinhua était à la disposition des lecteurs de L’Opinion. Un touchant appel de Xi Jinping pour le bien-être des peuples et les progrès de l’humanité y voisine avec un tableau des bienfaits du modèle chinois de gouvernance en Afrique.

N’est-il pas dangereux, pourtant, de croire que l’indépendance du journal ne court aucun risque parce que l’on a pris soin d’indiquer clairement qu’il s’agit de simples « communiqués » ? La Chine passe quand même ses mensonges et espère sans doute rendre dépendant de sa manne le quotidien qui s’ouvre à ces « communiqués ». A-t-on mesuré à LOpinion les risques encourus ? On l’espère…

Seul point tout à fait rassurant : ces pages chinoises puent littéralement la propagande, un peu comme les pages nord-coréennes qui décrivaient jadis, dans la presse occidentale les hautes responsabilités du Pr Edmond Jouve dans les comités pour la diffusion de la pensée du « djoutché », le galimatias idéologique concocté à Pyongyang.

Et puis – mais cela ne concerne plus L’Opinion – croit-on vraiment à Pékin qu’un PCF groupusculaire puisse servir les intérêts chinois? Voilà qui rappelle le milieu des années 60 où la « République populaire » soutint jusqu’en France des groupuscules pro-chinois avec le succès que l’on sait…

18 Juil 2021


La Patrie et la Vie

(Le texte qui suit reprend, mais aussi complète et actualise, une tribune de l’auteur publiée dans Le Figarovox du 15 Juillet dernier)

Des manifestations réunissant des milliers de Cubains ont eu lieu à La Havane et dans une vingtaine d’autres villes le 11 juillet. La foule n’était cependant pas agressive, le premier jour en tout cas, comme on a pu le constater sur les vidéos d’amateurs diffusées sur les réseaux sociaux. Elle disait sa lassitude au gouvernement : lassitude devant tant de difficultés à vivre avec les pannes de courant, les pénuries alimentaires, le manque de médicaments. Certains, il est vrai, disaient plus, s’en prenaient à la dictature et demandaient plus de liberté.

La nouvelle de ces manifestations a fait le tour du monde. Il faut dire que des manifestations à Cuba, c‘est un événement ! Quelques unes de bien moindre ampleur ont eu lieu l’an dernier, en novembre, mais les précédentes remontaient à 1994 ! Et déjà, comme aujourd’hui, il s’agissait de protester contre la vie quotidienne difficile de la population cubaine.

On a là une première clef pour comprendre ces manifestations. Le quotidien des Cubains est une longue marche dans la pénurie, l’inconfort et, disons le mot : l’enfermement. Les voyages sont difficiles, voire impossibles, le courrier postal avec l’étranger inexistant, la presse réduite à celle du Parti, l’internet contrôlée – et supprimée quand l’exécutif en décide ainsi, comme on l’a vu après ces manifestations. Une des premières décisions des dirigeants cubains fut significativement de couper la parole à Dina Stars, une journaliste non officielle qu’interviewait la télévision espagnole.

Et cela fait plus de 60 ans que ça dure ! Les frères Castro ont réussi à installer un des pires régimes de la planète, associant l’échec économique à l’absence de liberté individuelle. Ce qui étonne, de loin, c’est non pas qu’il y ait eu ces manifestations, mais qu’il y en ait eu si peu. La police et l’armée quadrillent efficacement le pays, il est vrai, et le roman national, avait, il y a quelques décennies, une allure d’épopée. Les frères Castro et le justicier romantique Guevara avaient mené une lutte héroïque contre l’impérialisme américain et, de Sartre à Ségolène Royal, ils ne manquèrent pas d’intellectuels ni de politiques pour les applaudir.

Manipulé et trahi (mais qu’aurait-il fait de mieux s’il ne l’avait pas été?), Guevara n’est plus là. Les frères Castro non plus – ou si peu : Raul Castro, âgé de 90 ans, a participé en personne au lendemain de la manifestation, à une réunion du Bureau politique du PC. Un bureaucrate sans visage, un certain Diaz-Canel, leur a succédé et dirige le pays avec les mêmes arguments fatigués d’antan : si l’île connait des difficultés économiques, c’est la faute au blocus américain a-t-il répété alors qu’il ne s’agit que d’un embargo et que 80 % de ce que mangent les Cubains viennent des Etats-Unis!

L’origine des difficultés du régime castriste est en effet qu’il s’arc-boute sur les principes communistes : malgré les résultats lamentables des agricultures de type soviétique, on étatise toujours, à Cuba et…l’on achète sa nourriture au grand Satan américain. Et comme les caisses sont presque vides, on ne fait pas bombance.

Broutille que cela, pour les privilégiés au pouvoir. Ce qui compte aujourd’hui, comme hier du temps de Fidel, c’est la « lutte contre l’impérialisme » au nom de laquelle on mène la vie dure à la population. Diaz-Canel, l’a rappelé lors d’une visite récente à Pyongyang à son ami le Nord-Coréen Kim Jong Eun : nous sommes la « dernière tranchée » en lutte ouverte, frontale, avec l’impérialisme.

Même si moins d’enfants souffrent de la faim à Cuba qu’en Corée du Nord, l’avenir n’y est pourtant pas rose. La situation risque même de s’y aggraver pour deux raisons majeures : les touristes sont moins nombreux à se rendre dans l’île et le Vénézuela est dans une situation économique si désastreuse qu’il ne peut plus assurer, au même rythme qu’avant, les livraisons de pétrole à bas prix que Cuba revendait au cours international. Ces deux facteurs, qui s’ajoutent à l’incapacité de l’agriculture d’Etat de nourrir la population cubaine, permettent en grande partie de comprendre la lassitude grandissante de la population cubaine. Il y a même une manière de refus existentiel largement répandu dans la population qui joue son rôle : la « lutte », les Cubains connaissent. C’est la pratique du système D, la débrouille à laquelle ils sont acculés dans un tel système. Mais ce dont il ne veulent plus, c’est des appels à l’affrontement à mort avec le monde extérieur que résume le mot d’ordre castriste : Patria o muerte ! la Patrie ou la mort… L’un des slogans lancés lors des manifestations était au contraire : « Patria y Vida », La patrie et la vie, titre d’un morceau de hip-hop entendu des millions de fois sur You Tube, et sorte d’hymne à une autre vie, lancé par de jeunes musiciens, Maykel Castillo, en prison depuis deux mois, et Luis Manuel Otero, qui vient d’être arrêté lui aussi. Leur « mouvement », baptisé « San Isidro » du nom de leur quartier à La Havane, était bien présent lors des manifestations, qu’il rythmait plus qu’il ne les dirigeait, comme un « oui » à la vie et à des années-lumières des perroquets au pouvoir répétant ce que disait Fidel Castro il y a presque exactement 60 ans, le 30 juin 1961, au sujet de l’art : au sein de la révolution, il lui permettait tout. Mais contre la révolution, rien !

Les jours du régime castriste sont-ils cependant comptés? Sans doute les données sociales changent à Cuba et l’on a vu avec ces manifestations du début de la semaine que les réseaux sociaux jouaient un rôle actif dans la mobilisation. Grâce à eux, toute une jeunesse pour qui la Sierra Maestra et la Baie des Cochons sont de l’histoire ancienne, contourne les interdits, s’informe sur le monde extérieur et informe ce dernier sur ce qui se passe à Cuba. Via Youtube, Diana Stars est suivie par des milliers de gens. Et Yoani Sanchez, quant à elle, s’exprime dans son quotidien en ligne 14ymedio.

La présence parmi les gens arrêtés ou disparus suite aux manifestations, de dissidents plus âgés comme José Daniel Ferrer et Manuel Cuesta Morua, deux des principaux dissidents du pays, montre peut-être une rencontre de deux générations. Voilà donc l’opposition au régime qui grandit. La fermeté de l’Union européenne, qui a clairement condamné la répression, confortera cette opposition dans ses choix et renforcera l’isolement des dirigeants communistes. L‘Union européenne comme les Etats-Unis ont fait à l’occasion de ces manifestations ce que l’on attendait d’eux, ni plus ni moins : ils ont lancé un appel en faveur de la liberté à Cuba, et entre autre, de la liberté de manifester sans être arrêté par la police (on compte 130 arrestations et un mort). On notera avec satisfaction que les démocraties libérales de chaque côté de l’Atlantique étaient cette fois sur la même longueur d’onde alors qu’on assistait en général, ces dernières décennies, à l’expression de désaccords implicites : aux dénonciations du castrisme par les Etats-Unis s’opposaient des appels par l’Europe au dialogue et à la coopération économique. C’est tout juste si l’on se souvenait qu’il y avait des prisonniers politiques dans l’île.

Malgré ces indications favorables à la révolte de la population cubaine, il faut cependant rester prudent. Diaz-Canel a retenu les leçons du Venezuela où le pouvoir a su diviser la population et où les manifestation répétées ont fini par lasser…Le n°1 cubain a donc appelé les communistes du pays à s’opposer à ces manifestations « aux ordres de l’étranger ».

L’armée et la police sont encore très puissantes.

Ensuite le pouvoir cubain n’est pas totalement isolé : que vont faire ses alliés, la Chine communiste et la Russie? L’une comme l’autre sont considérées comme des amies de Cuba et se verront appelées à l’aide si jamais le régime castriste chancèle.

Mais nous n’en sommes pas encore là…1

Pierre Rigoulot

crédit image : Cuba, Havana | Flickr

1. v. « Bon week-end à Montargis », de Benoît Villiers, 5 juin 2021

18 Juil 2021


Une histoire révisée

Le magazine Géo-Histoire consacre son numéro de juillet  aux « derniers  secrets de Staline ». Nonobstant que ces « secrets » n’en sont pas vraiment, on est étonné de découvrir des contradictions factuelles d’un article à l’autre, comme sur le bilan de la Grande Famine (5 millions  de morts page 3, six page 23, cinq page 35), et des erreurs chronologiques grossières (Zinoviev et Kamenev fusillés en 1934 ! Kirov assassiné en 1936 !) sans parler des oublis comme la conférence de Téhéran qui précède celle de Ialta et détermine dé les vrais rapports de force en Europe.

Par ailleurs, on peut relever des erreurs gênantes dans la traduction de certains termes : « koulak » ne signifie pas alors « usurier » mais désigne dans la langue politique totalitaire imposé par les Bolcheviks un paysan riche, étant entendu que c’est le parti qui décide qui est riche et qui ne l’est pas. Par ailleurs, le lecteur peut croire que Staline a succédé directement à Lénine (« Staline prit les rênes de l’URSS, en 1924 », p. 33), ce qui est une contre-vérité qui escamote la séquence de la troïka Zinoviev-Kamenev-Staline liguée contre Trotski, séquence qui dure jusque fin 1925 quand Staline, au XIVe Congrès du PCUS, devient secrétaire inamovible dans les faits et par là maître définitif du parti, après avoir été adoubé par Lénine dès 1922. Surtout, la description du pouvoir stalinien fait fi du rôle de Lénine dans l’instauration du régime totalitaire — le fondateur du parti bolchevique ayant mis sur pied les instruments nécessaires qu’utilisera son disciple. Boris Souvarine, qui a eu l’avantage de connaître les deux hommes concluait, en 1964, au terme d’une longue méditation : « On discerne bien des traits du régime stalinien dans l’état des choses soviétiques créé par Lénine. » Il paraît par conséquent inapproprié de faire l’impasse sur l’héritage léniniste, comme c’est le cas ici.

Autre impasse : on affirme (p. 35) que « caché par le régime stalinien, l’Holodomor se déroula en silence ignoré du reste du monde », ce qui est contredit avec la référence (p. 33) aux articles de Gareth Jones — loin d’être le seul journaliste à publier des articles à ce sujet (voir  ceux de Malcolm Muggeridge) – et la multitude d’articles dans la presse française, par exemple, dans Le MatinLe TempsLOrdre d’Émile Buré, sans parler de ceux de la revue universitaire Le Monde slave. C’est bien l’absence de réaction de la part des gouvernements occidentaux face cette parfaite connaissance de la famine qui doit être interrogée, tant cette « absence » semble se perpétuer de nos jours…

Le numéro de Géo-Histoire se conclut sur l’interview du professeur britannique Geoffrey Roberts qui fait l’éloge de Staline chef de guerre. Selon lui, Staline était déjà un remarquable tacticien alors que l’on sait que certaines de ses initiatives pendant la guerre polono-soviétique, compromirent la manœuvre principale. Surtout, la rédaction, semble ignorer l’ouvrage fondamental sur l’invasion nazie en 1941 de Jean Lopez et Laska Otkhmezuri : Barbarossa, 1941. la guerre absolue (2019) où l’on peut lire : « En 1941, ses bévues, ses obsessions, ses slogans sont responsables de plusieurs millions de pertes que ce soit dans les quinze premiers jours de l’opération Barbarossa, mais aussi à Kiev, et lors des innombrables contre-attaques qu’il exige en se souciant de la raison militaire comme d’une guigne. » C’est en plaçant le pays entier sous le double contrôle du NKVD et du parti que Staline conserve, par sa position de dictateur totalitaire, le pouvoir de conduire les opérations, ses erreurs militaires apportant la preuve à rebours de son pouvoir absolu. Lorsque est rappelé les 27 millions de morts soviétiques – chiffre hypnotique –, le plus souvent ne sont nullement analysées les raisons de cet effroyable bilan. Si la Russie se défend « par la profondeur », selon le mot de Jaurès, à l’époque de Staline, elle combat aussi par la masse des soldats mobilisés. De nombreux témoignages montrent combien les généraux soviétiques méprisaient la vie des soldats, lançant des  vagues d’attaques absurdes et non-préparés (voir Les Carnets de Nikolaï Nikouline, 2019). Ainsi les travaux de Geoffrey Roberts accompagnent sans scrupule la ligne stalino-poutinienne de révision de l’histoire.

Jean-Louis Panné

(Crédit photo : File:Vladimir Lenin and Joseph Stalin, 1919.jpg – Wikimedia Commons)

13 Juil 2021