A voix haute – Polina Panassenko (Éditions de l’Olivier 2026. 248 pages. 19,50 euros)

Polina Panassenko - A voix haute

Fiction ? Autofiction ? Récit (presque) véridique ? Quel est le vrai de l’inventé dans cette recherche des traces d’un arrière-arrière-grand-père disparu en Sibérie en 1938 ?

Dans À voix haute de Polina Panassenko, on retrouve chez la narratrice beaucoup d’éléments de sa propre biographie : Polina Panassenko est née en Russie, où elle a passé ses premières années, avant de suivre son père, mathématicien de renommée internationale, venu s’établir en France.

Et dans le récit qu’elle nous propose, Polina Panassenko raconte le retour en Russie d’une jeune femme née en Russie mais très jeune venue et élevée en France. Taraudée par l’envie d’être actrice, la narratrice va faire des pieds et des mains pour intégrer l’École d’un fictif Théâtre National de Moscou (pour Polina, un bien réel Théâtre d’art de Moscou). La narratrice va surtout y retrouver, au sens profond du terme, sa famille russe. Alors que le pays est traversé par les tensions politiques liées à la réélection de Vladimir Poutine en 2012, après l’intermède Medvedev, elle entreprend parallèlement une autre formation, plus intime et beaucoup plus exigeante : celle de la mémoire. À travers les silences de son grand-père, quelques photographies, des objets transmis comme des indices et une enquête familiale remontant jusqu’aux victimes de la terreur stalinienne, tout particulièrement la terrifiante année 1938, la narratrice cherche à comprendre ce qui a été tu, oublié ou enfoui au fil des générations.

Roman d’apprentissage, récit familial, enquête historique et témoignage sur l’enseignement théâtral s’y entrelacent sans jamais se confondre. La recherche des origines ne passe pas par les grands récits, mais par les non-dits, les gestes ordinaires et la matière concrète des souvenirs. Ce sont les silences eux-mêmes qui deviennent des documents à déchiffrer. Le voyage jusqu’à Vladivostok n’est pas qu’un voyage à l’intérieur de la Russie, c’est un voyage intérieur tout court.

Disons-le, la description de la société russe, à travers chaque détail de la vie courante, est merveilleuse, on sent que tout ici sonne juste. Polina Panassenko se distingue par une écriture vive, souvent drôle, qui évite aussi bien le pathos que le didactisme. Mais hélas, il s’agit déjà d’un monde dont une partie n’aura été qu’une parenthèse. Le musée du Goulag est devenu un musée de la répression nazie, Memorial a été interdit et l’attitude des fonctionnaires aux archives, à la fois si butée mais en même temps si possiblement transgressable avec beaucoup d’insistance et de ruse, serait aujourd’hui impensable face à une chercheuse dotée de la double nationalité russe et française.

Puisqu’il s’agit peut-être d’un roman, on ne dira pas le terminus ad quem du livre et là n’est pas l’essentiel. Sa réussite est de faire entendre la manière dont les traumatismes collectifs continuent de résonner dans les vies privées, tout en laissant affleurer une énergie de liberté et de résistance. Le titre prend alors tout son sens : apprendre à parler « à voix haute », c’est rompre l’héritage de la peur, transformer l’enquête en parole et rendre aux disparus une présence.

Antoine Cassan, le 8 octobre 2026

Quelques citations

« Aussitôt, la main de mon grand-père remonte vers sa bouche. C’est le signal. Ne pas parler à côté de la porte d’entrée. Il dit viens plutôt à la cuisine. »

« La première fois que j’ai entendu le mot « KGB » c’était au pied de notre immeuble en jouant avec les enfants des voisins. Les vieilles dames qui passent leurs journées assises sur le banc à surveiller les entrées-sorties de tout le monde, on les appelle les mémés KGB. Depuis, j’ai constaté que le mot change de la personne qui le prononce. Quand c’est mon oncle, c’est soit une blague, soit un danger, quand c’est mon voisin de palier Kostia ça veut dire héros qui veille sur notre pays. » 

« Mon grand-père déplace des miettes sur la toile cirée. Il dit Il a disparu. Une nuit, on est venu frapper à sa porte. Il a été emmené. On ne l’a jamais revu. Puis un jour, ma tante a appris que c’est là-bas qu’il était mort. »

« En 1928, il est accusé d’être un paysan riche, un koulak. Le chef d’accusation principal est celui d’avoir vendu de la viande au marché. »

« Donc tu es un koulak. On lui prend sa terre, sa maison, son bétail, tous ses biens. On le prive de ses droits électoraux. Il n’a plus le droit de travailler la terre, mais il n’a pas le droit non plus de quitter le village pour trouver du travail ailleurs (…). Il fuit à Moscou (…), mais en 1937 quelqu’un le dénonce. La police politique de Moscou envoie une requête dans son village natal. Là-bas, on confirme. C’est un ancien koulak, un élément anti soviétique. La police le convoque le 8 septembre pour un interrogatoire. Il est arrêté le 11 septembre 1937. »

« Personne ne l’a mis dans un cercueil. Je sais une chose : un homme, un être souffrant et martyr, est mort quelque part. »

8 Oct 2026


Adieu ma Russie ! – Nicolas Werth (Les Belles Lettres 2026. 398 pages. 25,90 euros)

Adieu ma Russie ! - Nicolas Werth

Peut-on recommander ce livre? On y plonge dans une telle intimité, une telle affection et admiration de  l’auteur à l’égard d’Alexander Werth, son père, qu’on peut se demander parfois si l’on n’est pas de trop dans des pages denses mais très personnelles. Sans doute évoquent-elles pour beaucoup d’entre nous un abandon et un désamour. Le titre nous y invite d’emblée. Mais nous, anciens militants, nous étions surtout attachés à des lieux-saints – Russie ou Chine – dont nous soutenions globalement la vision du monde. Nicolas Werth, lui, rompt un lien fort avec la révolution soviétique mais plus encore avec la Russie. Il y a vécu, travaillé, étudié. Il y a bâti une œuvre remarquable, savante et parfois bouleversante, souvent au sein d’une équipe de chercheurs.

D’où son attachement au pays et aux gens plus qu’à la Révolution. L’a-t-il, aimée, la Russie ! La Russie des personnalités magnifiques qu’il a rencontrées : savants polyglottes qui partageaient avec lui des nuits de veille et d’amitié, gardiens de la mémoire du Goulag et de la Grande Purge ( plus de 700 000 exécutions !); artistes traçant leur route en dépit d’une censure hostile ; peuple désireux de garder ses traditions malgré la violence de l’État léniniste puis stalinien, peuple sorti vainqueur de la peste brune…et qui jugeait l’histoire de La Russie en guerre écrite par son père comme l’une des meilleures qui soit sinon la meilleure.

La fierté du fils sera sans doute ensuite troublée en apprenant combien cette œuvre avait été censurée et remodelée et, pire, en comprenant combien le père avait ainsi servi sans vouloir s’en rendre compte, les desseins et la puissance de Staline au détriment de ce qu’il faut  bien appeler le monde libre. Un monde qui tenait légitimement à condamner les horreurs de la Grande purge ou du Goulag et donc à déconsidérer l’URSS et à ruiner les espoirs que des centaines de millions d’ignorants trop confiants avaient mises en elle.

Werth dénonce vivement les erreurs, les indéniables exagérations que certains des meilleurs experts ont avancé, touchant par exemple le nombre de victimes du système concentrationnaire soviétique.

Les auteurs du Livre Noir du communisme, par exemple, d’où Nicolas Werth dit avoir tenté en vain de retirer son texte, ont sans doute simplifié ici et là et tenté des comparaisons audacieuses qui ont provoqué les polémiques que l’on sait. Mais avec le bilan qu’ils ont proposé de 80 ans de communisme, ils ont très légitimement nui à la cause « marxiste-léniniste », maoïste et stalinienne et donné plus de poids et d’attrait aux démocraties libérales. Au registre du savoir, aux nuances subtiles, aux mises en évidence toujours plus précises et aux attendus toujours plus profonds, ils ont préféré l’arme d’un décompte, peut-être moins savant mais plus efficace que ce qu’un Werth pouvait apporter avec son expérience soviétique, ses « plongées » dans les archives et sa connaissance de la psychologie sociale des Russes. Une critique globale de dimension politique et morale et portée par un effort utile de communication indispensable s’oppose ici à des productions de dimension scientifique et seulement scientifique. Même si une éthique d’honnêteté et de respect de la vérité accompagne la recherche scientifique, mettre à jour le mensonge, mieux : affaiblir les menteurs passe par un combat intellectuel et verbal formulé habilement pour les démasquer et les vaincre.

Pourtant Nicolas Werth annonce qu’il ne retournera plus maintenant en Russie. La mise en cause par le gouvernement russe du travail – scientifique justement – de Mémorial et  l’agression contre l’Ukraine lui sont insupportables. « Le 24 février 2022, j’ai compris que je pouvais moi aussi, dire adieu à cette Russie à l’étude de laquelle j’ai consacré toute ma vie ».  écrit-il non sans solennité.

Cette Russie pourtant, bien qu’elle ne soit plus soviétique, est-elle pire que celle qui existait dans les décennies précédentes? Les agressions soviétiques contre l’Allemagne de l’Est en 1953, la Hongrie en 1956 ou la Tchécoslovaquie en 1968 étaient-elles plus acceptables que l’ « opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine ? Non, bien sûr. Et, désespéré, Alexander Werth avait tragiquement témoigné de la légitimité du rejet de l’URSS depuis longtemps en se donnant la mort peu après l’entrée des troupes du Pacte de Varsovie à Prague.

Pierre Rigoulot, le 21 septembre 2026

21 Sep 2026


Conférence-débat : « Surveiller et punir en Chine »

Conférence surveiller et punier en Chine - Mardi 22 septembre
Jean-Philippe Béja - Surveiller et punir en Chine

Nous ouvrons notre cycle de conférences-débats 2026-2027 en accueillant Jean-Philippe Béja, mardi 22 septembre à 18h au Café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre Paris 1er).

Sinologue et politologue, Jean-Philippe Béja vient de publier Surveiller et Punir en Chine aux éditions La Découverte.

Le sujet est important : la Chine se prétend un modèle social et politique pour le monde entier, un modèle économique aussi. L’ouvrage de Béja rappelle que son système concentrationnaire se porte cependant toujours bien et que ses efforts pour contrôler l’ensemble de sa population se poursuivent et se perfectionnent.

Histoire & Liberté, le 11 septembre 2026

11 Sep 2026


Les lectures de Xi Jinping

La méfiance du monde occidental à l’égard de la Chine est associée à l’extraordinaire développement économique et militaire de la Chine, en passe, et avec une rapidité stupéfiante, de rattraper, et même de dépasser dans certains domaines les Etats-Unis.

Cette perception inquiète de la Chine ouvre une conjoncture particulièrement dangereuse sur le plan géopolitique selon Graham Allison, professeur émérite à Harvard et conseiller de plusieurs présidents américains, qui la désigne sous le nom de « piège de Thucydide », ainsi que l’a rappelé le n°1 chinois Xi Jinping lors de la récente visite de Donald Trump en Chine1.

Le développement très rapide de la puissance chinoise et les sentiments d’inquiétude qu’il suscite sont les deux mâchoires, de ce redoutable « piège » qui associe d’une part des données objectives facilement mesurables en termes de PIB, de production d’acier ou d’ordinateurs, et d’autre part des réactions affectives. Ce piège fonctionnait déjà il y a 1500 ans puisqu’il se referma sur Sparte et Athènes. Sparte, puissance dominante, finit par déclencher la guerre lorsqu’elle elle se sentit trop menacée par Athènes, puissance montante. Telle fut l’origine de la guerre du Péloponnèse.

Allison revient souvent sur cette guerre fameuse de l’Antiquité. Mais il examine aussi bien d’autres cas – seize exactement – de fonctionnement et parfois de dysfonctionnement du « piège ». Tout au long de l’histoire, des puissances montantes provoquant l’inquiétude des puissances dominantes de l’époque, la guerre s’est profilée à l’horizon. Et a même souvent éclaté : sur les 16 cas examinés, 12 se sont terminés par une guerre.

Aux yeux d’Allison, il n’est pas nécessaire d’entrer dans l’analyse du régime politique chinois. C’est son développement global qui importe et le type d’impact qu’il peut avoir sur l’opinion publique et les « décideurs » des Etats-Unis. Une sorte d’effet mécanique se produit, comme si, au-delà d’un certain seuil d’angoisse – et de rationalisations de cette angoisse sous la forme de préjugés hostiles, de critiques, de menaces – la guerre se déclenchait.

Le facteur déterminant du surgissement du « piège de Thucydide », c’est la modification du rapport de puissance entre deux pays concurrents, quelle que soit leur nature politique. Dans l’exemple que Thucydide commente, l’Etat dominant qui craint pour sa domination, c’est Sparte, une machine guerrière de premier ordre qu’affole la montée en puissance de la démocratique Athènes, protectrice des arts et des lettres. Sans doute, sa démocratie est élitiste, mais elle est bien réelle alors que l’Etat qui se sent menacé, c’est Sparte la militariste. C’est ce sentiment de menace qui explique que Sparte ait opté pour la guerre, une guerre poussée par l’intérêt national, la peur et le sens de l’honneur amenés à leur paroxysme.

Peut-on procéder à une analyse du même type des rapports entre la Chine et les Etats-Unis ?

Ceux-ci doivent tenir compte du fait que la Chine dirigée par Xi Jinping veut, fondamentalement, retrouver sa grandeur passée, un rêve de prospérité et de puissance. Pour y parvenir, le président chinois veut revitaliser le PCC, restaurer le nationalisme, maintenir une croissance rapide, réorganiser l’armée. Cette montée en puissance programmée concerne tous les domaines en même temps.  Le projet fameux des nouvelles routes de la soie est à la fois d’ordre économique et géopolitique, civil et militaire

Mais le choc majeur, l’opposition la plus flagrante, le terrain le plus propice à des incompréhensions, des désaccords, et donc des affrontements entre la Chine et les Etats-Unis, est d’ordre culturel. A l’individualisme américain, à son attachement à la liberté et à l’égalité de droits s’oppose l’ethos confucéen valorisant l’autorité, la hiérarchie, la subordination des droits et des intérêts individuels.

Aux références propres à la Chine, les Américains opposent une référence universelle. Ils ne défendent pas leurs valeurs, disent-ils, mais des valeurs universelles.

Le danger engendré par de telles différences est bien réel : ce qui est en cause, c’est la légitimité du pouvoir adverse.

Certes, « la guerre entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas inévitable », dit Allison. Elle est seulement possible. Mais un événement fortuit, inoffensif dans un contexte autre que la tension sous-jacente induite par l’essor incontrôlable de la Chine, peut déclencher un conflit à grande échelle.

Que faire ? Le problème est incontournable : « il n’y a pas de solution à la résurgence spectaculaire d’une civilisation vieille de 5000 ans forte d’une population d’un milliard quatre cent millions individus, dont le développement économique est sans commune mesure avec celui des Etats-Unis ».

Cette progression de la Chine, fait en tout cas, « qu’il devient de plus en plus difficile d’assurer la pérennité d’un monde dirigé par les Etats-Unis ».

Pierre Rigoulot, le 27 mai 2026

  1. Graham Allison : Vers la guerre, L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? Odile Jacob éd., Paris 2019, 29,90 euros. Un compte-rendu en fut donné en 2020 dans l’excellente revue en ligne Telos. ↩︎

27 Mai 2026


Surveiller et punir en Chine – Jean-Philippe Béja (La découverte 2026. 320 pages. 23 euros)

Comparées à celles que nous avons sur les camps soviétiques, les données sur le laogai chinois (l’équivalent du goulag soviétique) manquent. Les témoignages sont rares et il fallait jusqu’ici se contenter du remarquable Prisonnier de Mao, de Jean Pasqualini, publié par Gallimard en 1975, du livre de Harry Wu, Laogai, le goulag chinois, aux éditions Dagorno, qui date de 1997, et de l’étude de Jean-Luc Domenach, décédé il y a quelques mois : Chine : L’archipel oublié (Fayard, 1992). Le titre renvoyait clairement au peu d’état qu’on en faisait…

Dans un livre tout récent, Surveiller et punir en Chine, Jean-Philippe Béja apporte des précisions importantes, notamment sur l’origine du système concentrationnaire chinois (à vrai dire dès que les communistes chinois imposent une forme étatique à la portion de la population qu’ils contrôlent), sur son importance dans le cadre de la répression frappant les adversaires ou supposés tels du régime, sur son actualité enfin, grâce aux bons soins de Xi Jinping.

Béja indique les formes voisines du laogai auxquelles on peut être confronté : le lao giao, l’éducation par le travail et le juiyé (l’affectation professionnelle obligatoire), mais aussi les autres formes de punitions ou de contrôle auxquelles la population chinoise est soumise. La panoplie du PCC est bien fournie, depuis le « contrôle social » jusqu’aux exécutions en passant par le contrôle des déplacements de la population via le hukou, passeport intérieur et permis de résidence à la fois, faisant notamment de 200 millions de citoyens venus des campagnes pour travailler en ville, des « immigrés de l’intérieur » sans papiers : les mingongs.

L’ouvrage, clair et pédagogique, suit les différents soubresauts de la période maoïste : la campagne contre les « droitiers » après la période des « Cent fleurs », le « Grand bond en avant » puis la « révolution culturelle », mettant ainsi en évidence le recours aux « masses » ou plutôt le détour récurrent de Mao par les « masses » pour éliminer ses adversaires politiques au sein du Parti.

Le bilan est accablant pour Mao comme pour le système communiste. Mais les critiques, les réserves, les protestations de la population chinoise montrent que la société civile n’est pas morte. L’occupation de la place Tienanmen, les manifestations en faveur des dirigeants les moins brutaux, les conflits en jeux du chat et de la souris avec la censure d’internet, le succès puis la longue résistance du mouvement falungong (une sorte de gymnastique mystique), les oppositions ouvertes au pouvoir lors de la crise du covid, les luttes menées par les Tibétains et les Ouigours montrent que le PCC ne peut imposer tout à fait son ordre totalitaire et que la population chinoise, dans sa diversité, est loin d’être soumise.

Pierre Rigoulot, le 17 mai 2026

17 Mai 2026


Conférence débat : Galia Ackerman – Le KGB à Tchernobyl

Nous allons clore le cycle 2025/2026 de nos conférences-débats par une rencontre avec Galia Ackerman, l’infatigable animatrice de Desk Russie et l’une des figures majeures de la dénonciation en France du régime criminel de Vladimir Poutine.

Galia nous présentera son dernier ouvrage, Le KGB à Tchernobyl, qui s’appuie sur des rapports de cette institution publiés en Ukraine.

Nous comprendrons mieux ainsi comment s’est produite et comment a été gérée la catastrophe nucléaire dont nous commémorions il y a quelques jours le 40e anniversaire. Mieux : nous trouverons, dans les analyses de Galia Ackerman des éléments importants pour mieux comprendre la Russie actuelle dont le Chef vient de décider (comme au bon vieux temps ?) la réhabilitation de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tchéka, l’ancêtre du KGB.

Rendez-vous donc le lundi 18 mai au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, de 18 à 20h.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Sombres lumières…

Les lumières sombres - Miranda

        Difficile d’avoir ignoré la récente parution des Lumières sombres – Comprendre la pensée néoréactionnaire d’Arnaud Miranda (*) tant nombre d’influents médias l’ont encensé – sans recul critique excessif, alors qu’il y a de quoi s’inquiéter comme on va le voir plus loin ! Proposant une inédite et factuellement bienvenue « cartographie de la galaxie néoréactionnaire », l’auteur de ce bref opus passe en revue les principales figures  intellectuelles américaines diffusant des « lumières sombres » menaçant de plonger le monde occidental dans une apocalypse « illibérale » sans précédent. A un Curtis Yarvin puis un Nick Land (un « philosophe » créateur de l’expression « Dark Enlightment » dès juillet 1992) qui sont les principaux inspirateurs  de ce nouveau courant idéologique succèdent ainsi les improbables Bronze Age Prevert et Zero HP Lovecraft sévissant avant tout sur le Net, puis l’entrepreneur, milliardaire et trumpiste Peter Thiel. Lequel n’est pas désormais le moins illuminé de la secte : n’est-il pas venu en février dernier donner à Cambridge (UK) une conférence sur l’avènement prochain de … l’Antéchrist ? Mais tous ces personnages sont en effet les promoteurs d’un incroyable corpus de fantasmagories fumeuses toutes plus irrationnelles et délétères les unes que les autres, textes à l’appui. Tout en redonnant vie à une eschatologie millénariste où s’entremêlent bondieuseries théocratiques et transhumanisme à grands renforts d’une « tech » déifiée, ils prônent le retour au patriarcat, aux « hiérarchies naturelles », à la monarchie héréditaire ou à l’eugénisme. Mais se pose la question : comment accorder le moindre crédit aux élucubrations de ces individus paraissant comme échappés d’un asile psychiatrique dirigé par des complotistes d’extrême droite ?

        Nulle part dans son livre et bien qu’il parle d’un « succès idéologique  , l’auteur ne répond précisément à la question qui importe le plus: les néoréactionnaires, combien de divisions ? Ni n’établit que la « lumière sombre » qu’ils diffusent exerce une réelle et objectivement mesurable influence dans la société américaine en général et les milieux politiques ou économiques en particulier. Aussi bien peut-on se demander s’il faut vraiment prendre au sérieux le danger allégué comme le fait A. Miranda. Et si l’activisme et entrisme des ultras nationaux-populistes (de plus ouvertement poutiniens et antisémites) Steve Bannon, Tucker Carlson et Nick Fuentes n’en incarne pas un, autrement plus grave et imminent, bénéficiant de la complaisance de l’idéologue forcené J.D. Vance ?

        Mais cela ne pourrait-il pas s’expliquer par les biais cognitifs préoccupants qui entachent le propos de l’auteur lorsqu’il incrimine l’« illibéralisme » de la néo-réaction américaine ? Non que cette imputation soit erronée, mais parce que ce faisant, il se fourvoie sur deux plans. Tout d’abord, et comme le souligne à juste titre Olivier Babeau sur son compte X, en accusant implicitement les libéraux classiques (Hayek, Mises…) ou prétendument « libertariens » (ainsi quand il fait état d’une prétendue « origine libertarienne de la pensée néoréactionnaire », p.145 : cela n’a aucun sens !) d’avoir constitué le terreau intellectuel sur lequel aurait prospéré les « lumières sombres », A. Miradeau commet une stupéfiante erreur : n’y a-t-il pas contradiction à mettre en cause l’illibéralisme d’esprits d’abord nourris de libéralisme ? Lorsque O. Babeau en conclut que « ce défaut d’analyse…affaiblit la portée critique du livre », il ne croit peut-être pas si bien dire car cette imputation d’illibéralisme renvoie dans la perspective de l’ouvrage à une conception fort discutable du libéralisme qui en serait victime ? Celle-ci est explicitée dans ses dernières pages (147) où il est indiqué que l’illibéralisme a entre autres pour piliers « la défense d’une homogénéité culturelle face au multiculturalisme » et « l’exigence de préservation des hiérarchies et valeurs traditionnelles face au progressisme »1. Ce qui revient à faire arbitrairement du libéralisme un promoteur du multiculturalisme, et un suppôt du progressisme. Pour se convaincre qu’il n’en est rien, que c’est là une imposture (le terme « libéralisme » est visiblement pris dans son sens américain, voisin de sociale-démocratie gauchisante!) et témoigner d’un peu plus de rigueur conceptuelle à propos du label « libéralisme » et par suite de l’« illibéralisme », rien de mieux que se reporter par exemple à La Grande parade de Jean-François Revel, L’Appel de la tribu de Mario Vargas Llosa ou, tout récemment, au Manifeste libéral de David Lisnard.

        Comme si ces errements ne suffisaient pas, il faut en outre déplorer un certain nombre d’inexactitudes ponctuelles dans les références à des auteurs cités ou d’appréciations infondées. Ainsi en est-il quand A. Miranda signale que la philosophe et écrivaine Ayn Rand était  « très populaire aux États-Unis dans les années 1980 » (p. 122) (non, c’était entre 1960 et le début des années 1980) et qu’il la présente comme typiquement « libertarienne » au même titre que l’économiste Mises (Rand détestait les libertarians, pour elle des « zombies irrationnels » – et Mises n’était certainement pas la « principale source du développement du libertarianisme » (p. 59)  mais l’une des figures centrales du classical liberalism  hostile à l’anarchisme et attaché à un État minimal fort (cf son magistral Liberalism!). De même ne voit-on pas ce qui autorise cet auteur à parler de « paléo-libertatiens »(cf. pp. 143, 145 ou 151 : « paléo » par rapport à quoi : des…néo-libertariens?) ou d’une actuelle ère « post-libertarienne » (jamais il n’y a eu aux USA de période dite « libertarienne », les libertariens n’ayant jamais été qu’un courant intellectuel fort minoritaire). Sur tous ces sujets où règnent ici une franche confusion sinon un « n’importe quoi » débridé, des lectures de première main auraient été nécessaires afin de savoir ce que parler de libéralisme et de libertarianisme veut vraiment dire…

        Une autre question, et de taille,  se trouve occultée par cette … assombrissante lumière projetée sur le paysage idéologique américain : pourquoi ce prurit extrémiste et délirant  se déclare-t-il maintenant, comme en contrepoint de l’effarante « trumpisation » encore en cours ? Et si c’était justement en réaction aux préalables outrances dévastatrices d’un « wokisme » fanatique passé à l’acte dans les médias, les universités et même les entreprises (ce dont les partisans fanatisés vont jusqu’à nier l’existence!) ? Une remarque similaire vaut pour notre pays, où ni les belles âmes mollassonnes  et incohérentes du « bloc central » et encore moins la gauche complice des islamo-staliniens de LFI ne conviennent qu’ils sont les premiers responsables de l’irrésistible ascension du RN – mais ceci est une autre histoire…

Alain Laurent, le 22 avril 2026

* Gallimard – Le Grand continent, 2026.

  1. L’universitaire Martine Laruelle  que cite A. Miranda pour avancer ces assertions fantaisistes est une habituelle contributrice du Monde diplomatique – peu réputé comme publication de référence sur le libéralisme. Il fallait oser ! ↩︎

22 Avr 2026


Conférence débat : Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Depuis plusieurs semaines le livre de Ferghane Azihari, « L’Islam contre la modernité » édité aux Presses de la Cité, se situe parmi les meilleures ventes d’essais.

L’auteur est issu d’une famille comorienne de tradition musulmane, ce qui a sans doute développé chez lui une sensibilité particulière sur le sujet qu’il traite.

Son livre, particulièrement roboratif, n’hésite pas à remettre en cause tout ce que l’on croit plus ou moins savoir concernant l’islam et l’histoire des civilisations musulmanes.

Nous sommes heureux de pouvoir l’accueillir le jeudi 9 avril à 18h00 au Café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre, Paris Ier) où il sera possible de dialoguer avec lui et d’acheter son livre.

Conférence-débat : Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Histoire et liberté, le 5 avril 2026

5 Avr 2026


Colloque : Redécouvrir La « société ouverte » de Karl POPPER

A l’initiative du groupe de réflexion « Histoire et Liberté » :

Regards croisés sur la nouvelle, intégrale et tant attendue traduction de La Société ouverte et ses ennemis par Didier Delsart parue aux Belles Lettres fin 2025 dans la collection « Bibliothèque classique de la liberté ».

Jeudi 26 mars, 17h15
au Café du Pont-Neuf
(14 Quai du Louvre, Paris Ier)
Salon du 1er étage*

17h30 : Présentation de la soirée par Pierre Rigoulot et Antoine Cassan.

17h45 : Genèse et enjeux d’une nouvelle traduction par Alain Laurent (Philosophe et essayiste, directeur de la collection où est paru l’ouvrage).

18h15 : Les paradoxes de la liberté dans « La Société ouverte et ses ennemis » par Gilles Campagnolo (Philosophe, Directeur de recherches à l’Université Paris I).

18h45 : Karl Popper lecteur de Platon et Marx, par Philippe Raynaud (Professeur émérite de science politique, co-directeur de la revue Commentaire).

De 19h15 à 20h : Débat avec le public.

* Participation aux frais : 7 euros (boisson offerte)

Une nouvelle traduction qui n’est pas passée inaperçue :

« Á l’heure où la démocratie dérive, toute action pour lui maintenir la tête hors de l’eau est la bienvenue. C’est ce que font les éditions Les Belles Lettres en retraduisant La Société ouverte et ses ennemis de Karl Popper. Dans ce texte, le philosophe établit une distinction entre ʺsociété closeʺ – hiérarchisée et favorisant les idéologies fascistes – et ʺsociété ouverteʺ – pluraliste, progressiste et tournée vers l’avenir. » (Philosophie Magazine, août 2025)

« Cette édition intégrale de La Société ouverte et ses ennemis tombe à pic. » (Libération, 18 octobre 2025)

« A l’heure où la démocratie est menacée de toute part, on peut voir dans ce livre-culte un combat contre le totalitarisme d’hier et aujourd’hui. » (Esprit, octobre 2025)

« Le relire aujourd’hui fait découvrir que bon nombre de ses intuitions et arguments nous parlent de ce que nous vivons encore dans un contexte différent : le combat des démocraties et des systèmes clos. » (Roger-Pol Droit, Le Monde, 7 novembre 2025)

« La nouvelle – et excellente – traduction de l’ouvrage de Karl Popper me donne le plaisir inhabituel de rendre compte d’un classique cinquante ans après l’avoir lu. » (Philippe Raynaud, Commentaire, Hiver 2025)

« Dans un style vif, non dénué d’humour, Karl Popper livre une œuvre magistrale de philosophie politique, toujours actuelle, sur la critique du totalitarisme. » (Études, février 2026)

« En défense de la démocratie libérale… » (Sciences Humaines, février 2026)

H&L, le 19 mars 2026

19 Mar 2026


Quand le « réalisme » mène au pro-poutinisme. Le cas français.

Un livre exceptionnel vient de paraître. Son titre ? Penser comme Poutine. Il est publié aux éditions du Cerf et signé de Wiktor Stoczkowski qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L’auteur s’interroge avec précision sur la réception en France des thèmes de la propagande poutinienne et montre pas à pas, de manière très convaincante, que l’accueil qui lui est fait tient à ce que bien des approches politiques formulées dans notre pays présentent un certain nombre d’analogies voire de similarités avec le discours poutinien lui-même. C’est ainsi qu’au nom du « réalisme », peu de place est laissé à la défense de la démocratie et des droits de l’homme au profit de notions vagues (mais dangereuses) comme celle de « zones d’influence ».

Clair et très bien documenté, cet ouvrage nous sera présenté par son auteur lui-même, Wiktor Stoczkowski, le mercredi 11 février à 18h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, Paris 1er. Venez nombreux !

Conférence débat avec Viktor Stoczkowski Quand le réalisme mène au pro poutinisime le cas français

H&L, le 3 février 2026

3 Fév 2026