Deux élections importantes viennent d’avoir lieu aux Etats-Unis. A New York, un Démocrate l’a emporté. En Virginie, un Républicain. Un partout? Non : à NewYork, il s’agit de la mairie, pas de l’Etat. En effet, le nouveau maire sera (comme on s’y attendait car les Républicains n’ont qu’une très faible présence dans la ville) Eric Adams, ancien policier et président du conseil (élu) de Brooklyn – un peu comme une mairie d’arrondissement. Il s’était positionné à la droite du maire sortant, auto-proclamé socialiste et admirateur de Cuba et du Venezuela et, sans aucun doute, un désastre pour New York – peu regretteront son départ ! Adams se veut « le nouveau visage » du parti démocrate, mais il devra pour réaliser cette ambition réussir à New York où maints problèmes graves de posent) et affronter victorieusement l’aile gauche de son propre parti.

L’article qui suit suggère que l’Amérique bouge, et pas seulement dans le sens désolant de la diffusion de « l’idéologie woke » !

H&L

Elections, états desprit : les Américains se rebiffent-ils ?

Salutaire réaction ou sursaut du moment? Les électeurs ont provoqué une sérieuse frousse chez les Démocrates dans plusieurs Etats ou l’exercice démocratique se déroulait cette semaine. Notamment en Virginie. un nouveau venu Républicain, Glenn Youngkin, homme d’affaires de 54 ans qui se réclame de la droite modérée, constitutionnelle et parlementaire selon une formule française datant, si je ne me trompe, de la Belle Epoque, a battu l’ex gouverneur Terry McAuliffe (dans nombre d’Etats, le gouverneur peut avoir plus d’un mandat, mais non consécutivement). McAuliffe était pourtant donné facilement gagnant en début de campagne.

Agé de 64 ans, celui-ci est un cacique de son parti, grand “fund raiser” susceptible de trouver des fonds et officiellement trésorier – ce qui veut dire passé maitre en fait d’arnaques- et proche conseiller de Bill, puis d’Hillary Clinton. Son premier mandat récompensait on ne sait plus combien d’années en position de maître-stratège du parti, position qui lui avaient donné accès à des combines et des pots-de-vins considérables. Il est connu pour avoir été un des plus cyniques et habiles pros dans ce métier.

Le parti Républicain, en général et par tradition, peine à revêtir l’habit de professionnel, et c’est sans doute une erreur : c’est justement les citoyens qui font la force d’une démocratie méfiante à l’égard du pouvoir central. D’ailleurs, le parti Républicain contrôle une majorité des Etats, (27 sur 50 des gouverneurs et presque les deux-tiers des assemblées d’Etats.

Les scrutins de mardi dernier soulignent une forte poussée du parti Républicain qui, s’il maintient son élan, devrait s’assurer le contrôle de la Chambre des Représentants aux élections de novembre 2022. Une mince majorité au Sénat est également concevable.

Du côté Républicain, l’ancien président Donald Trump est le grand absent de ce scrutin. Youngkin refusa carrément sa présence lors de sa campagne et de toute évidence cela ne l’a aucunement gêné, au contraire. Les Démocrates, de leur côté, n’ont jamais cessé de jouer leurs refrains anti-Trump. Il est coutumier dans nos élections de mettre sur les dos d’un ex-(président, gouverneur, sénateur) aussi longtemps que possible les problèmes du moment mais il faut dire que dans le cas de Trump, la performance est inédite. Les Démocrates ont commencé à blâmer Trump pour tous les maux et pêchés qu’il suscitait, même avant son investiture, et ils ne savaient plus arrêter le disque. Or les Américains ne sont pas par nature des électeurs se déterminant par ce qu’ils voient dans le rétroviseur ! Certes ils ne sont aucunement amnésiques, et dans de nombreuses villes et contrées, le vote se fait par fidélité à un parti de père en fils ou de mère en fille, par habitude tribale, il n’empêche que les gens comprennent quand on essaye de les berner.

Youngkin, justement, fit campagne sur le thème de l’école publique qui, en Virginie comme ailleurs, souffre d’une sorte de dictature robespierrenne pour laquelle il faut apprendre la vertu aux petits, en l’occurrence en faires des anti-racistes, anti-américains et adeptes de la théorie du genre… Youngkin a simplement exprimé l’idée que l’on allait droit dans le mur, ce qui est le constat des parents. McAuliffe répondait en disant que l’école n’était pas leur affaire !

Le cas n’est aucunement atypique. Les Démocrates sont obsédés par des idées franchement racialistes, voire tyranniques, et semblent incapables d’écouter leur propre base. Dans le cas de « l’invasion barbare » sur la frontière du sud, ils ont carrément perdu la raison, et les électeurs s’en sont rendus compte.

Je reviendrais sur ce dossier, mais il suffit pour le moment de saisir que, comme sur le dossier de l’école publique, les Démocrates cherchent à empêcher les Etats de défendre leurs prérogatives, qui bien sûr incluent la sécurité de leurs territoires et le salut mental et spirituel de leurs enfants, sans parler de leur développement intellectuel. C’est sur ce thème que les Républicains, vont (peut être) retrouver leurs thèmes traditionnels du “conservatisme libéral” dans le sens que pointait déjà Tocqueville : faire face au centralisme envahissant de la gauche américaine. En fait, pour sauver notre système constitutionnel et fédéral, il faut, au niveau national, mettre un point d’arrêt au fédéralisme administratif.

L’autre enjeu cette semaine était du côté sportif: la coupe du monde de baseball (World Series) se disputait entre les équipes de Houston (Texas) et d’Atlanta (Géorgie). Les Braves d’Atlanta (le nom signifie guerrier indigène et pour cette raison, est condamné par la gauche anti-raciste) a remporté le trophée en gagnant quatre matchs contre deux. Il y a là sûrement une certaine justice puisque les patrons du baseball professionnel, terrorisés par l’idéologie woke, avaient en juillet retiré à la ville d’Atlanta le privilège d’être l’hôte pour cette année du match inter-ligue, sous prétexte que l’Etat de Géorgie préparait une législation pour renforcer la sécurité des scrutins, jugée “raciste” par les anti-racistes parce qu’elle exigerait, entre autres, des preuves de résidence et de citoyenneté.

Les Démocrates ont, par ailleurs, proposé une législation fédérale dans ce domaine pour retirer aux Etats la gestion des élections… Là encore, “fédéralisme national” contre fédéralisme constitutionnel.

En fait, les supporters de l’équipe d’Atlanta ne pensèrent guère à ces projets, dans l’enthousiasme où ils étaient de reprendre enfin le trophée qu’ils avaient d’ailleurs déjà gagné en 1995, grâce à une équipe ou se côtoient, à cette époque comme aujourd’hui, tout ce que peut contenir le grand melting pot américain.

Roger Kaplan

(crédit photo: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:American_protesters_in_front_of_White_House-4.jpg)

4 Nov 2021


Décès de Laurent Wetzel

Cher, très cher Laurent,

Vous voilà à jamais dans l’invisible, au terme d’un accident domestique, totalement imprévisible. A 71 ans seulement, est-ce possible ?

Nous nous étions parlé la veille et il n’était guère de jour où nous ne nous entretenions pas, commentant l’actualité ou tel article ou tel ouvrage ; n’avons-nous jamais été en désaccord ? Pas que je sache !

Fils d’un talentueux polytechnicien, votre formation ne le fut pas moins, à travers l’Ecole normale supérieure, l’agrégation d’histoire, à l’issue d’une scolarité plus que brillante.

Vous enseignez ici ou là, notamment en tant que maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris avant d’être nommé en qualité d’inspecteur d’académie. Pourquoi ne vous a-t-on pas promu inspecteur général de l’Education nationale ? Cela relève de l’inexplicable comme de l’incompréhensible.

Vous êtes rapidement détaché au Service d’information et de diffusion relevant des services du Premier ministre avant d’appartenir à plusieurs cabinets ministériels : Commerce extérieur, Réformes administratives, Postes et télécommunications, enfin Défense avec André Giraud, qui sait reconnaître et louer, quoique économe de compliments, votre aptitude à la synthèse et votre parfaite connaissance des rouages de la haute administration, distinguant à la perfection l’essentiel de l’accessoire.

Proche de Jacques Soustelle, avec lequel vous partagez un commun attachement à Israël, vous vous lancez, dans les Yvelines, au Conseil général, où vous êtes élu, en 1985, pour le canton de Sartrouville, terrassant le sortant communiste. Dans la foulée, vous vous emparez de la ville, confisquée, depuis trois décennies, par un maire communiste.

Aussitôt, vous vous employez à débaptiser un certain nombre de rues à la gloire de staliniens de haut vol, comme Marcel Paul, dont vous rappelez que, déporté à Buchenwald, il y avait été nommé kapo, ce qui lui avait souvent permis de protéger en priorité ses amis communistes. Cela vous vaut un déchainement de haine du parti de Moscou mais aussi de la section socialiste de la ville, voire d’une certaine droite gaulliste corrompue ou d’un préfet aux ordres, lesquels ne cesseront de vous combattre par devant et plus encore par derrière. D’aucuns iront même jusqu’à vous traiter de « sale juif », vous le catholique pratiquant.

Vous avez narré cette période – où votre courage, d’aucuns diraient votre témérité, reste gravé à jamais – dans Un internement politique sous la Ve République – Barbouzes et blouses blanches (Odilon media, 1997).

Pierre Péan a repris l’épisode dans Compromissions – La République et la mafia corse (Fayard, 2015), de même que Thierry Wolton dans son Négationnisme de gauche (Grasset, 2019). Vous gagnez les procès qui vous sont intentés comme ceux que vous engagez.

En 2012, vous sortez votre deuxième livre Ils ont tué l’histoire-géo (Ed. François Bourin), qui fait causer dans le milieu tant, là encore, vous dénoncez les dérives de la rue de Grenelle, laissant faire avec la lâcheté qui la caractérise.

Votre dernier livre, Vingt intellectuels sous l’Occupation – Des résistants aux collabos (Ed. du Rocher, 2020), ébranle un certain nombre de mythes, que votre infaillible érudition met à mal.

Votre premier ouvrage fait référence à une analyse de votre écriture, qui relève un aspect n’apparaissant peut-être pas d’emblée car, de votre haute taille s’imposait une relative mais infondée distance : « On note une gentillesse à la fois naturelle et chaleureuse qui lui confère une séduction qui n’a rien de factice ».

On ne saurait mieux dire quand, dans votre belle demeure de Versailles, enfoncé dans un profond canapé, vous caressiez un vieux chat gris, qui ne voulait plus quitter tant de sollicitude, votre touchant regard, empreint de bonté, laissant apparaître une image prégnante de votre belle âme.

Cher Laurent, votre incroyable courage, votre inaltérable fidélité dans l’amitié, votre belle intelligence, servie par une culture sans limites, ne seront pas, ne seront jamais oubliés. Vous eussiez fait un grand parlementaire mais n’étiez-vous pas trop intelligent pour réussir, dans ce milieu composé avant tout de médiocres et d’individus vénaux, notamment dans les Yvelines ?

A votre épouse – qui, dans l’épreuve, vous a tant soutenu -, à vos trois fils, comment ne pas exprimer notre intense émotion ?

Vincent Laloy


Oui, Laurent Wetzel en plus d’être un parfait honnête homme, courageux était d’une intelligence brillante. Lors d’un diner Histoire et Liberté, a Nanterre, j’avais eu le bonheur de partager sa table et pu admirer, au cours de la conversation, la précision de ses exposés et son esprit de synthèse. je crois me souvenir qu’il avait dédicacé le livre « Ils ont tué l’histoire-géo ». Son expérience d’inspecteur d’académie renforce le constat négatif qu’il fait de l’enseignement de ces matières et comment les responsables de l’Education Nationale ont participé au désastre actuel.
Sincères condoléances a sa famille.


Jacques Carbou


Je me proposais d’écrire à Laurent Wetzel lorsque j’appris son décès. Je voulais lui dire combien j’avais apprécié son dernier ouvrage : Vingt intellectuels sous l’Occupation (1).

C’est en effet un très beau travail d’historien qui ne se contente pas d’aligner des biographies mais s’efforce de comprendre les sentiments et le rôle de chacun.

Il le fait sans complexe patriotique pour les Résistants, sans indulgence pour les Collaborateurs, montrant que ces derniers n’étaient pas purement et simplement des traîtres et que, paradoxalement, c’est par patriotisme que certains avaient approuvé la Collaboration. L’idéologie a beaucoup joué chez eux alors que ce ne fut pas le cas, en général, chez les Résistants.

Après les Résistants et les Collaborateurs, Wetzel évoque ceux qu’il appelle les « ambivalents ». Il y range Georges Pompidou, Raymond Aron (ce qui est peut-être discutable), Jean-Paul Sartre et François Mitterrand.

Les tentations d’action résistante de Sartre furent timides, velléitaires et restèrent sans suite. Ses deux pièces de théâtre, Huis Clos et Les Mouches, furent jouées avec l’accord de la Propagande Staffel qui n’y vit aucune allusion à la Résistance. Elles furent jouées devant un public qui comptait parfois quelques officiers allemands, l’une au Vieux Colombier, l’autre au Théâtre Sarah Bernard, « aryanisé » en « Théâtre de la Cité ».

Quant à François Mitterrand, Laurent Wetzel rappelle qu’il avait signé une demande d’attribution de la Francisque et prêté serment au Maréchal Pétain. Cependant, à partir de 1943, il prit contact avec la Résistance intérieure et, menacé par la Gestapo, partit pour Londres. De Gaulle n’avait cependant pour lui aucune estime comme le montre une anecdote savoureuse qu’il conte à Michel Droit au cours d’une émission télévisée.

N’ayant pu exprimer à Laurent Wetzel l’intérêt que j’ai pris à son livre, je ne puis aujourd’hui qu’en recommander la lecture.

Charles-Michel Cintrat.

(1) Ed. du Rocher,2020, 240 p. 18€

22 Oct 2021


Le retrait américain d’Afghanistan

Disons-le carrément, l’administration Biden est en passe de permettre une erreur frôlant la trahison qui mériterait une bonne place sur le tableau de déshonneur où sont déjà l’abandon français des harkis et l’abandon américain du Sud-Vietnam. Le premier entraîna le massacre d’hommes (et femmes et enfants) qui avaient, en toute sincérité et confiance, choisi la France.  Le second engendra la tragédie des « boat people » et, sans doute, encouragea indirectement les massacres communistes dans le Cambodge voisin, massacres dignes de Hitler, Staline, Mao, car il envoya un signe clair aux Khmers rouges que la grande et puissante Amérique n’interviendrait pas.

De quoi s’agit-il?  Du retrait précipité d’Afghanistan, ou déjà les totalitario-isamistes mettent des bombes devant les écoles sous le prétexte que des filles y sont admises (en l’occurence, c’était une école où garçons et filles avaient des horaires de classes alternés).  On voit très bien ce qui se profile : un massacre en règle et sans arrêt, où les Talibans le disputeront à Daesch le premier prix au concours de l’horreur.

Les soldats afghans, américains, francais, et autres, ayant fait de leur mieux et parfois donné leurs vies pour hisser un pays arriéré vers quelque chose de moins cruel – ils se comptent par dizaines de milliers – ne peuvent avoir d’autre réaction à ce que propose le gouvernement Biden que celle de vomir.  The Colonel (en retraite) Bing West, illustre soldat (du US Marine Corps) qui a fait toutes les guerres américaines depuis le Vietnam, montre très bien dans ses récents écrits (dont The Last Platoon, La Derniere Section) qu’il ne s’agit pas de volonté, de savoir-faire ou de courage parmi les combattants; la faute se situe à Washington et depuis très longtemps.  Depuis la guerre de Corée, nous refusons l’évidence: nos ennemis veulent la destruction de tout ce qui respire la liberté et la civilisation moderne.  On ne peut pas composer avec eux.  Il faut soit les écraser, soit les laisser faire en attendant le moment ou l’on répliquera avec une stratégie — un but de guerre — décisif.

Les barbares ne s’y trompent pas.  Voyant un président faible entouré de munichois gauchistes (son secrétaire d’Etat, éduqué à l’Ecole Bilingue Jeannine Manuel et gendre de Samuel Pisar, représente la gauche bien-pensante malgré des grands parents et arrière-grands-parents ayant participé à l’aile dure du mouvement sioniste), ils entrent dans la brêche.  La cyberattaque sur le pipeline desservant la Cote Est n’est qu’un essai relativement modeste.  Mais au lieu de mettre des milliards du « plan de relance » dans de véritables infrastructures comme, justement, la sécurité de nos approvisionnements énergétiques, Biden et les siens envoient la manne fédérale vers les organisations qui perpétuent les défaillances de nos écoles, pour ne prendre qu’un des pires exemples (il y en a tant d’autres, comme l’encouragement à l’immigration clandestine !).

Il y aura une réaction.  Déjà le mouvement raciste « black lives matter » commence à trouver des concurrents, tels les mouvements de défense des polices, souvent baptisés « blue lives matter ».  La réplique politique et intellectuelle se fait entendre, par la voix du Sénateur Tim Scott par exemple, par les plumes d’intellectuels comme Glenn Loury et John McWhorter.  L’esprit d’Andrew Jackson revient ainsi en force chez ceux qui, voyant les Francais s’enthousiasmer pour sur la mémoire de Napoléon, se souviennent que celui-ci a fait la démonstration de l’illettrisme économique qui caractérise tous les tyrans en « bradant » la Louisiane à Thomas Jefferson, ce qui mena à la victoire du General Jackson contre les Anglais à la Nouvelle-Orleans en 1814, une des grandes batailles de l’humanité car elle confirma l’indépendance des Etats-Unis et ouvrit l’Ouest, le grand Ouest, à la liberté en marche.

(crédit photo : Afghanistan | army.mil U.S. Army Staff Sgt. Michael Kaman | Flickr)

16 Juin 2021


Mein Kampf et le Manifeste du parti communiste

Le Mein Kampf d’Adolphe Hitler vient d’être édité  chez Fayard, encadré par un énorme appareil critique justifié par le sous-titre :  Historiciser le mal.

Cette publication est nécessaire à la connaissance éclairée de l’Histoire d’une partie du XXe siècle. 

Le livre que j’ai publié en 2015 sur le Manifeste du parti communiste de Karl Marx porte la même idée dans son titre  : Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’Histoire

Tout semble opposer ces deux manifestes, excepté le fait indiscuté qu’ils furent respectivement les évangiles des deux totalitarismes qui ont plongé le XX e siècle dans les pires horreurs.

Certes, tout oppose la rhétorique de ces deux appels concurrents au combat total contre la démocratie libérale : le style de Marx est éblouissant de concision, de logique argumentative, et de maîtrise sophistique, quand celui de Hitler est d’une lecture rebutante sur le plan formel aussi bien qu’intellectuel.

Mais on a cru que la différence radicale entre ces deux appels à une révolution totale et violente tenait au fait que le texte de Marx incarnait l’idéal du Bien, et celui de Hitler l’idéal du Mal.

La lecture du Manifeste de Marx, confronté à ses effets effroyables dans l’Histoire, nous révèle que la différence la plus forte avec Mein Kampf se situe en réalité dans ce que les lecteurs des deux textes ont lu et qui les a galvanisés

Les nazis séduits par Mein Kampf ont compris exactement ce à quoi le texte les invitait : il appelait les Allemands à se considérer comme victimisés, à se venger de leurs ennemis, et à devenir les maitres en écrasant impitoyablement les races inférieures, la mission de la race supérieure lui venant de l’ordre qui règne dans la nature, de même que la mission du prolétariat lui vient du sens de l’Histoire universelle.

Les dizaines de millions de lecteurs séduits par le Manifeste du parti communiste, qui fut le best-seller mondial à égalité avec la Bible, crurent sincèrement que la révolution communiste programmée par ce texte flamboyant allait venger les prolétaires et les damnés de la terre grâce à la dictature du prolétariat, guidé par son Parti, par son État et par sa doctrine. Ils ont cru que cette dictature totale exercée par la terreur au nom et au profit des éternels dominés instaurerait la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice sociale et le triomphe des Lumières.

Quel est le résultat actuel de cette lecture éblouie et non critique du Manifeste du parti communiste  ?

Alors que le Mein Kampfde Hitler est considéré à juste titre dans le monde libre comme porteur d’un monstrueux anti-humanisme à visage découvert, le Manifeste du parti communiste de Marx continue d’y être admiré comme porteur d’un idéal parfaitement humaniste. Aussi humaniste dans ses idéaux et ses intentions que sa mise en pratique dans l’histoire fut monstrueusement anti-humaniste.

Ce que m’a révélé l’étude dégrisée de l’œuvre de Marx, c’est qu’elle ne défend jamais ni l’idéal de liberté, ni celui d’égalité, ni celui de fraternité, et encore moins la liberté de l‘esprit. 

Le seul idéal que Marx a toujours réaffirmé, car il y en a un, qui tient lieu du souverain bien auquel tout doit être subordonné et même sacrifié, cet impératif catégorique unique a été le développement maximum des forces humaines sociales.

Plus précisément, ce que l’étude critique du Manifeste du parti communiste fait apparaître, c’est que son programme conduisait directement à l’avenir qui fut le sien, partout où il fut fidèlement appliqué, c’est-à-dire sur un tiers du globe.

J’ai moi-même fait partie jadis des millions d’admirateurs abusés par la lecture du Manifeste du parti communiste. J’ai fait partie de ces millions de gens qui ne voulurent pas comprendre ce qui était pourtant écrit en toutes lettres dans la conclusion duManifeste : 

« Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre sociétal passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays unissez-vous »!

Maintenant qu’on connait et qu’on reconnait les conséquences dans l’Histoire de cet appel à la guerre totale contre la démocratie libérale, il est utile d’en comprendre la source idéologique et de la juger sans plus de complaisance que pour Mein Kampf.

André Senik

(crédit photo : Mein kampf + Pif !!! | bixentro | Flickr)

6 Juin 2021


Cent Jours sans barrage: le sprint à Gauche de Joe Biden

Franklin D. Roosevelt est le président américain qui a lancé l’idée des « cent premiers jours » d’une nouvelle administration.

Les journalistes, qui aimaient cet homme charismatique, charmant, bon orateur et maitre dans l’art de cacher son jeu, retinrent cette idée qui venait des rangs de l’équipe d’experts hautement formés dans les grandes écoles comme Harvard et venus à Washington avec le cousin de Théodore Roosevelt, président, lui, au début du siècle, également « activiste » et bouillonnant d’idées et de bonnes causes.

Roosevelt le second, « FDR », est le président des intellectuels qui savent mieux que les masses ce qu’il faut faire. Il ressemble en ceci au dernier Démocrate élu avant lui (Woodrow Wilson). Comme lui, il se méfie de la partie la plus démocratique du gouvernement, c’est-à-dire la branche législative, et notamment de la Chambre des Représentants (House of Representatives). Les députés sont élus tous les deux ans tandis que leurs collègues du Sénat bénéficient de six ans entre deux rendez-vous avec leurs électeurs.

Il disait donc qu’il avait « cent jours de grâce », disons d’une vague de sympathie, d’une lune de miel, pour lancer des programmes avant que la grogne, les suspicions, les intrigues, les soucis budgétaires, les rivalités régionales et partisanes, bref la politique en démocratie, ne reprenne le devant de la scène et ne provoque à Washington un embouteillage politique.

Comme FDR, Biden arrive à la Maison Blanche avec comme mission de changer de cap radicalement. Donald Trump l’avait lui-même promis, et avait tenté d’effectuer des changements radicaux, tant en politique intérieure que sur la ou les scènes internationales, par rapport à ses prédécesseurs Barack Obama et G. W. Bush. Mais il a finalement réussi à décourager jusqu’à ses propres fidèles par excès de vanité : il a tellement pris sa défaite électorale comme un affront personnel qu’il a présenté avec insistance l’élection comme truquée. Ce n’était pas entièrement faux – les élections démocratiques sont sujettes aux fraudes mais cela ne prouve pas qu’une élection est carrément « volée ». L’hystérie était telle alors que Trump découragea même les électeurs de l’Etat de Géorgie, un Etat du Sud qui vote régulièrement pour les Républicains depuis près d’un demi-siècle.

Résultat: deux Démocrates (et parmi les plus gauchistes) ont été élus et le Sénat est passé à 50 Républicains pour 50 Démocrates assurés de la majorité en cas d’égalité. Le parti Républicain a donc perdu le contrôle du Sénat, et les Démocrates, qui ont conservé une mince majorité au Congrès, contrôlent le Législatif et l’Exécutif.

On se retrouve ainsi avec une alternance radicale pour la deuxième fois de suite, et même la troisième si l’on considère que B. Obama représentait un virage radical par rapport à G. W. Bush.

Joe Biden pendant sa longue carrière de plus de 30 ans au Sénat et en tant que vice-président d’Obama pendant huit ans, était considéré comme un homme du centre avec une forte tendance à l’opportunisme : il était très lié par exemple au début de sa carrière avec les puissants dinosaures des Etats du Sud, qui pesaient lourd au Sénat et représentaient l’arrière-garde de la ségrégation raciale.

Aujourd’hui, le problème est très différent : les Démocrates depuis les années Trump (mais la tendance date depuis bien plus longtemps) donnent désormais dans la surenchère gauchiste. Biden, quoiqu’il fit campagne dans les primaires Démocrates en 2020 en jouant la carte de la modération contre les excités (y compris sa co-listière Kamala Harris, qui ne manqua pas de rappeler au futur président ses positions anti-anti-segrationistes et pro-carcérales d’antan, se retrouva avec un parti miné par l’entrisme gauchiste ( d’où le choix pour la vice-présidence, de Mme Harris, dont l’opportunisme rivalise, si s’est possible, avec celui de son patron) et par une sorte de gramscisme dans le monde culturel et social qui, profitant du désarroi covidien, a mené une sorte d’insurrection pendant une bonne partie de 2020. Elu, Biden s’est habillé de neuf. Sciemment ou non ? Difficile à dire tant ses gaffes verbales font partie de son style.

Pour ce faire, il prend Roosevelt pour modèle: cent jours pour lancer les projets qu’il faut pour redonner espoir à un pays épuisé. En même temps, les Démocrates déposent des projets de lois pour réformer le système électoral, en fait, pour le « nationaliser, » car jusqu’à présent, et en conformité avec la Constitution, les Etats organisent et gèrent la machine ou plutôt les machines électorales.

Mais on peut se demander si ces chantiers sont nécessaires. Pour ce qui est du premier, il n’est pas du tout sûr que le pays soit épuisé. Il suffit de sortir de Washington pour se rendre compte qu’au contraire, il se porte bien : l’emploi reprend, les entreprises redémarrent, et le danger serait plutôt une surchauffe menant à l’inflation, si la banque fédérale (Federal Reserve System) se met à imprimer les milliards qu’il faudra pour tous les projets de relance de l’administration Biden, des projets qui, souvent, n’ont rien a voir avec l’activité économique existante mais sont plutôt des subsides ou de nouveaux fonds pour telle ou telle agence gouvernementale. Ajoutons que l’administration commence à parler de hausses d’impôts, ce qui, malgré l’argent distribué, risque de freiner la productivité et l’emploi.

Du côté international, il est possible que Joe Biden ait une révélation, disons un « moment Jimmy Carter » du temps où le président (Démocrate) qui avait renoncé à l’anti-communisme de tous ses prédécesseurs fit volte face quand les chars soviétiques entrèrent en Afghanistan (trop tard cependant pour éviter que son concurrent Ronald Reagan, ne puisse l’accuser de laxisme envers les menaces étrangères).

Malgré une équipe apparemment acquise aux théories pro-palestiniennes et favorable à une politique munichoise envers l’Iran, sans compter une claire pusillanimité envers la Chine communiste, il apparait que les ennemis des nations démocratiques et libérales vont trop vite.

Entre les Chinois communistes se prenant déjà pour les maitres du monde et les Perses islamistes se prenant pour la réincarnation de Saladin, la douche sera froide, mais efficace pour un réveil.

Plus grave est le danger venu de l’ennemi intérieur. La gauche américaine a découvert, à sa propre surprise, que le racisme anti-raciste paye. Mais peut on vraiment croire que les Américains vont accepter au-delà d’une mode passagère l’idée que l’on est par essence raciste (ou n’importe quel autre péché) selon un hasard de naissance? Pour le moment, le président joue le jeu, allant jusqu’à affirmer ce non-sens que le racisme est une tache sur l’âme de l’Amérique, alors que les gens normaux savent que le racisme tel qu’il a existé aux Etats-Unis est certes un péché qui a entravé l’application des es principes chers aux Américains mais que ceux-ci ont pu être maintenus et réaffirmés.

Les confusions et les égarements mentaux et politiques dont la gauche profite pour s’emparer de positions de force dans les postes d’influence de la société — école, administration et formation du personnel dans les grandes organisations publiques mais aussi le secteur privé et les médias… – seront difficiles à contrer et réparer.

Il est beaucoup plus facile d’agir à partir d’une doctrine fanatique, simpliste, manichéenne, déterministe que de plaider pour l’évolution organique et complexe de la société; c’est bien connu depuis la Révolution française et ses séquelles. C’est là un grand défi que les anti-Américains ont lancé à la société. Ces derniers sont à présent en position de force. Mais le rebond libéral et patriotique commence à trouver ses voix, par exemple celle du sénateur Tim Scott, Républicain de la Caroline du Sud (et de couleur, si l’on veut le savoir) ou l’ancien secrétaire (ministre) de Trump, le docteur Ben Carson (également de couleur ; et tous deux ayant grandi dans l’extrême pauvreté).

Il faudra trouver non seulement des voix mais des stratégies politiques, durables pour défendre les fondements de l’Etat de droit et du système de représentativité démocratique qui assurent la continuité du régime constitutionnel américain. 

Les grandes initiatives de Franklin Roosevelt, le premier brouillon du système d’étatisme bienveillant américain, avaient toutes été   récusées par la Cour Suprême.  C’est pour cela que les Démocrates tempêtent pour un élargissement de la Cour — une manœuvre que FDR avait tenté sans succès.

Roger Kaplan

PS Biden fait-il un sprint a gauche, ou tente-t-il de calmer les esprits et les jeux (politiques) après quelques années pour le moins excitées?  Nous verrons bien; mais l’on peut déjà noter que si la relance par l’imprimerie de milliards de dollars dope les marchés, et pas seulement Wall Street, il est quasiment sûr que les lendemains seront d’une rudesse inflationniste telle qu’elle desservira les intérêts de ceux que les Démocrates prétendent justement défendre, à savoir les démunis ou en tout cas les moins avantagés.

Si, en effet, la demande est favorisée par l’argent distribué, la remontée de l’emploi reste modeste, voire faible.  La hausse du salaire minimum est aussi montrée du doigt : historiquement cette mesure a toujours eu pour effet de freiner l’embauche.  

Biden a les préjugés économiques ordinaires des gens de gauche, aussi veut-il supprimer les brevets des vaccins anti-covid, ce qui est ridicule et n’aura d’autre effet que mettre fin à la production rapide de vaccin, due aux initiatives de Trump mais mise au crédit de Biden, tant par les médias que par lui-même! Les dépenses prévues pour les grands travaux que Biden a annoncées sont stratosphériques mais seulement moins de 10% de ce programme (qui peut être modifié avant d’être définitivement adopté) sont destiné à des infrastructures proprement dites : les Démocrates veulent profiter de la crise dont ils sont largement responsables (c’est surtout dans les Etats qu’ils contrôlent que l’économie a été mise en berne avec le virus comme excuse) pour distribuer des subsides à leur clientèle électorale. 

En même temps, Biden propose de doubler l’impôt sur les bénéfices réalisés par les investisseurs alors que l’intérêt perçu sur les prêts aux gouvernements (des municipalités, des Etats, fet au niveau fédéral) sont généralement exempts d’imposition !

Analphabétisme économique ou anti-capitalisme primaire? Pendant ce temps-là, les communistes chinois sont en marche et les affamés d’Amérique latine sont à nos portes.  Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas le moment de fragiliser la machine économique américaine.

crédit photo présentation : Joe Biden | from www.facebook.com/POTUS/photos/1957305291701… | Prachatai | Flickr

11 Mai 2021


Paula Vasquez Lezama (1969-2021)

Paula était anthropologue, ethnologue, politologue. On peine à la définir : elle appréhendait le monde en ses facettes diverses parce qu’elle-même avait des ressources diverses. Ce n’était pas une théoricienne froide et sa façon à elle de parler du Venezuela, en partant de son expérience personnelle du pays, signait tout à la fois sa manière d’être et sa manière de connaître. Paula avait suivi des études de sociologie à l’Université Centrale du Venezuela. Elle était arrivée en France en 1997, avait soutenu sa thèse d’anthropologie sociale et d’ethnologie à l’EHESS et était devenue Chargée de recherches au CNRS.

Paula était souvent sollicitée par les médias pour parler du chavisme et elle avait été frappée par l’aveuglement et l’ignorance dont faisait preuve l’extrême gauche face au régime en place. Le Venezuela bolivarien, c’était « bien » parce que c’était la confirmation de cette autre grande réussite qu’était la révolution castriste !

La redistribution d’une partie de la rente pétrolière aux plus pauvres et le discours anti-américain des dirigeants de la Révolution bolivarienne réjouissaient nos « anti-impérialistes ». La diminution progressive de la production pétrolière, la faiblesse des autres secteurs de l’économie, l’impasse du clientélisme et les difficultés grandissantes de la population, l’émigration de millions de gens, tout cela était minimisé ou nié par les Jean-Luc Mélenchon, les Maurice Lemoine du Monde Diplomatique, ou la camarade Jeannette Habel (qui osa accuser publiquement Paula de « menteuse » alors qu’elle décrivait les difficultés rencontrées par la population dans le domaine de la santé publique). Les pénuries alimentaires, l’hyper inflation, l’insécurité, la corruption, le délabrement sanitaire que Paula dénonçait, n’étaient que des imperfections relatives d’une réussite fondamentale.

Quant au démantèlement de l’Etat de droit et la mise en cause de la séparation des pouvoirs, il s’agissait sans doute d’un dispositif de lutte pour empêcher les contre-révolutionnaires de relever la tête ! Il n’y avait de toute façon pas de quoi regretter les fondamentaux trompeurs de la démocratie libérale.

Paula avait animé deux des conférences de l’Institut d’histoire sociale, l’une à Nanterre, l’autre à Paris. Pas de froides analyses économiques, même si elle revenait sans cesse sur la question du pétrole : c’est de la vie quotidienne qu’elle parlait. Et ses conférences étaient comme elle : dynamiques et pleines de vie. A Nanterre, dans les murs un peu austères de la Souvarine, notre bibliothèque, fut projeté un diaporama d’images du pays. A Paris, la conférence qu’elle fit avec Jacobo Machover sur Castro et Batista se termina par une chanson de Célia Cruz. Paula écrivait beaucoup. Elle a d’ailleurs voulu écrire jusqu’à ses tout derniers jours.

En octobre 2016 elle avait donné à Histoire & Liberté (n°60) un article qu’elle avait intitulé « Pétrole, Chine et corruption ». On y sentait son désespoir devant le basculement du pays dans la dictature, et devant le piétinement par Maduro, derrière une apparence de respect, des institutions et des règles de fonctionnement forgées du temps de l’Etat de droit.

Elle pointait du doigt les crédits chinois (près de la moitié des prêts consentis à toute l’Amérique latine), permettant à Pékin, première source étrangère de capitaux, d’accroître son influence et ses réseaux commerciaux dans la région. Paula refusait les jugements simplistes sur le pays, les formules toutes faites, par exemple celle sur la révolution-victime-de-la-baisse des cours pétroliers. Elle insistait sur l’antériorité de la récession à cette chute des cours. Elle démontait minutieusement aussi les sources de la corruption : la constitution par l’Etat, avec de l’argent public, de nombreuses sociétés importatrices dans lesquelles on répartissait selon des critères clientélistes les dollars nécessaires au boom des importations, par ailleurs causes de la destruction de toute l’économie non pétrolière.

Paula nous a laissé plusieurs livres : Poder y catastrofe. Venezuela bajo la tragedia de 1999 (Taurus 2004). Puis en français : Le chavisme, un militarisme compassionnel (éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 2014). En décembre 2019, elle publiait en français Pays hors Service, aux éditions Buchet-Chastel. Elle eut la joie, peu de temps avant son décès, de recevoir du Mexique quelques exemplaires de la traduction espagnole de cet ouvrage, corrigée et largement enrichie : Pais fuera de servicio, Venezuela de Chavez a Maduro. (Siglo veintiuno editores).

Nous perdons une amie très chère. Une analyste politique fine et nuancée. Un trait d’union entre le Venezuela et la France. Un sourire. Paula? Una buena persona…

26 Mar 2021