La réélection de Lula au Brésil au miroir de la gauche française

Philosophe et politologue, notre amie Renée Fregosi est Présidente du CECIEC, le Centre Européen pour la Coopération Internationale et les Échanges Culturels, créé en décembre 1990 (son dernier ouvrage paru: Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éd. Intervalles, 2025). Elle nous a transmis ce «billet d’humeur», que nous publions avec plaisir.

Tandis que le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne laissait entrevoir «la fin de l’ère Lula», celui-ci a remporté le second tour avec plus de 51% des voix contre son jeune concurrent d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Certes, les suspicions de fraudes et d’achats de votes par des partisans de Lula ne sont sans doute pas sans fondement tant il est vrai que la corruption a davantage marqué la dernière présidence de Lula que le progrès social. Mais le spectre de la longue dictature (1964-1985) vantée par l’ex-président condamné pour tentative de coup d’État, Jair Bolsonaro, père du candidat perdant, a dû contribuer au basculement de dernière minute en faveur de Lula.

La gauche en France a donc fêté la victoire de «l’icône de la gauche latino-américaine» en y projetant sa propre image. Or, si les Bolsonaro sont bien les héritiers des militaires putschistes, il est fallacieux de les identifier à une supposée «extrême-droite» française. Si le programme économique du RN est illusoire (réformable au demeurant en cas d’arrivée au pouvoir) et surtout si l’abandon annoncé du soutien à l’Ukraine est inacceptable, Marine Le Pen n’est en rien inspirée par un quelconque fascisme ou pétainisme et ne manifeste aucun penchant pour le coup d’État. En revanche, la dérive affairiste et clientélisme de la gauche brésilienne, comme l’adoption par Lula de toutes les thèses anti-occidentales et anti-Israël du Sud global, et ses accointances russes, chinoises et iraniennes, tendent à mettre en garde contre ses admirateurs en France.

Renée Fregosi, le 2 novembre 2026

2 Nov 2026


Conférence débat : Philippe Raynaud – Liberté, amitié, verité

Chers amis,

Notre cycle de conférences va se poursuivre en accueillant Philippe Raynaud, jeudi 5 novembre à 18h, au Café du Pont Neuf (14 quai du Louvre Paris 1er).

Avec Liberté, amitié, vérité, publié aux éditions Grasset fin octobre, notre ami Philippe Raynaud – en dialogue avec un de ses anciens étudiants, Quentin Abadie – retrace près de cinquante ans d’un passionnant parcours intellectuel et politique.

Auteur de nombreux livres, parmi lesquels La Laïcité, histoire d’une singularité française (Gallimard 2019) et Victor Hugo, la révolution romantique de la liberté (Gallimard 2024), co-directeur de la revue Commentaire, Philippe Raynaud s’est imposé au fil du temps comme un maître de la philosophie politique.

Son nouvel ouvrage offre l’occasion de découvrir son itinéraire, ponctué d’innombrables rencontres, source d’hommages (et parfois de prises de distance) avec divers penseurs du temps passé et d’aujourd’hui qui ont en commun d’avoir accompagné son chemin et suscité sa réflexion.

Très souvent activement présent à nos réunions, Philippe Raynaud sera cette fois sollicité pour évoquer, à travers ce tout récent livre d’entretiens, ce qui a déterminé ses principales prises de position et ce qui peut nous aider à mieux comprendre la crise que traverse notre pays.

Histoire & Liberté, le 26 octobre

* * *

PS : Nous maintenons cette conférence malgré les appels à la grève le 5 novembre et nous espérons pouvoir vous confirmer notre rencontre avec Philippe Raynaud. La parole d’un tenant de la démocratie libérale est plus que jamais précieuse. Mais à l’impossible nul n’est tenu et si de trop nombreux obstacles se dressent devant nous ce 5 novembre, prévu pour être une « journée d’action » syndicale et politique, nous vous préviendrons et nous tenterons de trouver une autre solution.

* * *

Dans vos agendas, le calendrier de nos prochaines conférences-débat :

  • Le 30 novembre 2026, Céline Marangé présentera son livre La Guerre d’Europe a commencé (éd. Les Arènes).
  • Le 16 décembre 2026, Sophie Enos-Attali nous parlera de l’évolution de la situation stratégique en Europe du Nord.
  • Le 19 janvier 2027, Céline Bayou présentera son livre Les Pays Baltes face à la menace russe (éd. Tallandier).

26 Oct 2026


A voix haute – Polina Panassenko (Éditions de l’Olivier 2026. 248 pages. 19,50 euros)

Polina Panassenko - A voix haute

Fiction ? Autofiction ? Récit (presque) véridique ? Quel est le vrai de l’inventé dans cette recherche des traces d’un arrière-arrière-grand-père disparu en Sibérie en 1938 ?

Dans À voix haute de Polina Panassenko, on retrouve chez la narratrice beaucoup d’éléments de sa propre biographie : Polina Panassenko est née en Russie, où elle a passé ses premières années, avant de suivre son père, mathématicien de renommée internationale, venu s’établir en France.

Et dans le récit qu’elle nous propose, Polina Panassenko raconte le retour en Russie d’une jeune femme née en Russie mais très jeune venue et élevée en France. Taraudée par l’envie d’être actrice, la narratrice va faire des pieds et des mains pour intégrer l’École d’un fictif Théâtre National de Moscou (pour Polina, un bien réel Théâtre d’art de Moscou). La narratrice va surtout y retrouver, au sens profond du terme, sa famille russe. Alors que le pays est traversé par les tensions politiques liées à la réélection de Vladimir Poutine en 2012, après l’intermède Medvedev, elle entreprend parallèlement une autre formation, plus intime et beaucoup plus exigeante : celle de la mémoire. À travers les silences de son grand-père, quelques photographies, des objets transmis comme des indices et une enquête familiale remontant jusqu’aux victimes de la terreur stalinienne, tout particulièrement la terrifiante année 1938, la narratrice cherche à comprendre ce qui a été tu, oublié ou enfoui au fil des générations.

Roman d’apprentissage, récit familial, enquête historique et témoignage sur l’enseignement théâtral s’y entrelacent sans jamais se confondre. La recherche des origines ne passe pas par les grands récits, mais par les non-dits, les gestes ordinaires et la matière concrète des souvenirs. Ce sont les silences eux-mêmes qui deviennent des documents à déchiffrer. Le voyage jusqu’à Vladivostok n’est pas qu’un voyage à l’intérieur de la Russie, c’est un voyage intérieur tout court.

Disons-le, la description de la société russe, à travers chaque détail de la vie courante, est merveilleuse, on sent que tout ici sonne juste. Polina Panassenko se distingue par une écriture vive, souvent drôle, qui évite aussi bien le pathos que le didactisme. Mais hélas, il s’agit déjà d’un monde dont une partie n’aura été qu’une parenthèse. Le musée du Goulag est devenu un musée de la répression nazie, Memorial a été interdit et l’attitude des fonctionnaires aux archives, à la fois si butée mais en même temps si possiblement transgressable avec beaucoup d’insistance et de ruse, serait aujourd’hui impensable face à une chercheuse dotée de la double nationalité russe et française.

Puisqu’il s’agit peut-être d’un roman, on ne dira pas le terminus ad quem du livre et là n’est pas l’essentiel. Sa réussite est de faire entendre la manière dont les traumatismes collectifs continuent de résonner dans les vies privées, tout en laissant affleurer une énergie de liberté et de résistance. Le titre prend alors tout son sens : apprendre à parler « à voix haute », c’est rompre l’héritage de la peur, transformer l’enquête en parole et rendre aux disparus une présence.

Antoine Cassan, le 8 octobre 2026

Quelques citations

« Aussitôt, la main de mon grand-père remonte vers sa bouche. C’est le signal. Ne pas parler à côté de la porte d’entrée. Il dit viens plutôt à la cuisine. »

« La première fois que j’ai entendu le mot « KGB » c’était au pied de notre immeuble en jouant avec les enfants des voisins. Les vieilles dames qui passent leurs journées assises sur le banc à surveiller les entrées-sorties de tout le monde, on les appelle les mémés KGB. Depuis, j’ai constaté que le mot change de la personne qui le prononce. Quand c’est mon oncle, c’est soit une blague, soit un danger, quand c’est mon voisin de palier Kostia ça veut dire héros qui veille sur notre pays. » 

« Mon grand-père déplace des miettes sur la toile cirée. Il dit Il a disparu. Une nuit, on est venu frapper à sa porte. Il a été emmené. On ne l’a jamais revu. Puis un jour, ma tante a appris que c’est là-bas qu’il était mort. »

« En 1928, il est accusé d’être un paysan riche, un koulak. Le chef d’accusation principal est celui d’avoir vendu de la viande au marché. »

« Donc tu es un koulak. On lui prend sa terre, sa maison, son bétail, tous ses biens. On le prive de ses droits électoraux. Il n’a plus le droit de travailler la terre, mais il n’a pas le droit non plus de quitter le village pour trouver du travail ailleurs (…). Il fuit à Moscou (…), mais en 1937 quelqu’un le dénonce. La police politique de Moscou envoie une requête dans son village natal. Là-bas, on confirme. C’est un ancien koulak, un élément anti soviétique. La police le convoque le 8 septembre pour un interrogatoire. Il est arrêté le 11 septembre 1937. »

« Personne ne l’a mis dans un cercueil. Je sais une chose : un homme, un être souffrant et martyr, est mort quelque part. »

8 Oct 2026


Le numéro d’automne de Commentaire vient de paraître.

Couverture Commentaire n°195 - Automne 2026

Histoire et liberté, le 11 septembre 2026

11 Sep 2026


Quand le « réalisme » mène au pro-poutinisme. Le cas français.

Un livre exceptionnel vient de paraître. Son titre ? Penser comme Poutine. Il est publié aux éditions du Cerf et signé de Wiktor Stoczkowski qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L’auteur s’interroge avec précision sur la réception en France des thèmes de la propagande poutinienne et montre pas à pas, de manière très convaincante, que l’accueil qui lui est fait tient à ce que bien des approches politiques formulées dans notre pays présentent un certain nombre d’analogies voire de similarités avec le discours poutinien lui-même. C’est ainsi qu’au nom du « réalisme », peu de place est laissé à la défense de la démocratie et des droits de l’homme au profit de notions vagues (mais dangereuses) comme celle de « zones d’influence ».

Clair et très bien documenté, cet ouvrage nous sera présenté par son auteur lui-même, Wiktor Stoczkowski, le mercredi 11 février à 18h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, Paris 1er. Venez nombreux !

Conférence débat avec Viktor Stoczkowski Quand le réalisme mène au pro poutinisime le cas français

H&L, le 3 février 2026

3 Fév 2026


La Guerre totale de Vladimir Poutine – Françoise Thom, (A l’Est de Brest-Litovsk 2025. 325 pages. 24 euros)

La Guerre totale de Vladimir Poutine - Françoise Thom

C’est une réflexion extrêmement documentée et très minutieuse que Françoise Thom nous propose sur les données du conflit ukrainien, son sens, les raisons de nous inquiéter mais aussi d’espérer; une réflexion appuyée sur une impressionnante érudition à l’égard de la res sovietica,                                 

L’ouvrage ne fait pas de Poutine un simple successeur du pouvoir soviétique. Il n’est ni l’un ni l’autre. Ou plutôt : il est l’un et l’autre car le communisme russe se situait déjà, plus qu’on ne le croyait, dans la continuité de l’histoire russe.      

Les rapprochements établis ici entre Poutine et ses prédécesseurs nous entrainent jusque dans les siècles précédents! Preuve d’une certaine « pesanteur », plus ou moins mystérieuse à la tête de l’État russe. La verticalité du pouvoir dans ce pays s’appuie notamment sur l’écrasement des liens sociaux, l’anomie les troubles intérieurs.

Le lien de l’actualité avec l’histoire russe est également perceptible dans ce qui est le moteur du poutinisme en acte : la soif de revanche et de toute puissance. Poutine, Françoise Thom le souligne en une formule frappante, est « obsédé par le désir du remake historique ». La haine de l’empêcheur de tourner en rond qu’est l’Europe est en effet si puissante qu’autour de Poutine, on rêve de reprendre l’affrontement avec elle depuis le début et d’en faire une mise à mort : « l’Europe est la source de tous les maux de l’humanité  (…) la pire chose qui ait été produite par l’humanité au cours des 500 dernières années (…) Elle doit être jetée dans les poubelles de l’histoire afin qu’elle ne gâche plus la vie de l’humanité » comme l’affirme aimablement Serguei Karaganov un des idéologues proches de Poutine qui en appelle comme bien d’autres à une guerre totale, militaire naturellement mais aussi économique diplomatique, idéologique et culturelle.

Françoise Thom montre la permanence des buts et des méthodes russes, cela ne signifie pour autant ni leur inéluctabilité ni leur efficacité. Mais le style de Poutine est clairement marqué dès son accession au pouvoir, lorsqu’il s’engagea dans une « guerre totale » contre les Tchétchènes, accusés par lui d’attentats commis par ses propres services. Cet homme a besoin d’attiser la haine et même les haines pour faire accepter ses choix, ses intérêts, ses conceptions. Les marxistes parlaient d’affrontements idéologiques reposant sur des conflits d’intérêts contradictoires. D’une certaine façon, c’est le contraire avec Poutine : la haine est première et s’applique à des situations et à des exigences qu’a définies le Chef. Et parce que la haine est totale, les conflits sont radicaux et les méthodes atroces. Comme Hitler sentait le sang dès ses premiers pas au sommet de l’Etat allemand, ainsi que l’observait avec raison un témoin des premiers temps du nazisme que cite notre auteur, Stefan Haffner1, Poutine suinte la volonté mauvaise de destruction de l’adversaire.

Une Ukraine européenne et démocratique est un cauchemar pour Poutine qui, en voulant reprendre le problème à la base, ne peut que désigner un autre ennemi, à peine plus lointain : l’Europe.

Mais un tsunami vient de de produire : l’élection de Donald Trump et l’émergence d’une Amérique nouvelle, loin des thèmes de la guerre froide, décidée à faire des affaires avec la Russie et de se débarrasser au plus vite du boulet ukrainien. Françoise Thom lui consacre une des parties de son livre les plus passionnantes à parcourir. Il n’est pas question ici d’expliquer les relations entre Poutine et Trump par un chantage classique à la révélation de galipettes tarifées quelque part à Moscou. Ou plutôt : si le chantage existe il prend place au sein d’une évolution du pouvoir de Washington et de la politique américaine qui mérite bien en effet, d’être comparée à une « lame de fond » puisque ses représentants dénoncent l’un et l’autre l’Europe restée fidèle à la défense des principes et des valeurs démocratiques et la menacent même conjointement à la Russie poutinienne.

D’où vient ce changement américain? D’où vient ce que Françoise Thom appelle « l’auto-poutinisation » des Etats-Unis ? Paradoxalement, l’excellence de sa connaissance de la Russie lui permet d’éclairer ce qui se passe sous nos yeux aux Etats-Unis. Trump n’est pas parvenu par hasard au pouvoir. Avec l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide, on crut un  moment que l’émergence du marché allait permettre la naissance d’une Russie pacifiée. En fait les oligarchies qui se constituèrent rapidement n’aspiraient certainement pas à un contrôle politique. La population russe pâtit alors de ce démantèlement de l’Etat. Même le KGB se fit un temps oublier (des politiques occidentaux surtout!). Un tel désordre incita à la recherche d’un homme d’ordre. Ce fut le début de l’ascension de Vladimir Poutine. 

Aux Etats-Unis, la situation est loin d’être identique mais les analogies sont intéressantes à constater : le Congrès déléguait de manière de plus en plus routinière ses prérogatives à l’exécutif, la Justice semblait de moins en moins indépendante du pouvoir. La chute de l’URSS a joué son rôle dans cette évolution : la croyance occidentale en la fin de la politique, en la fin de l’opposition de valeurs (démocratie vs autoritarisme ou totalitarisme), eurent pour conséquence le privilège accordé à un individualisme débridé. Chacun pour soi et la high tech pour tous ! Les géants de la Silicon Valley, de l’Intelligence artificielle et des crypto-monnaies exultaient ! Tout était permis et seuls des attardés comme les Européens et notamment les Ukrainiens s’imaginaient encore que des valeurs et des principes pouvaient être défendus au risque de sa mort. Bienvenue dans le monde de la post-vérité ! Et bienvenue, MM. Trump et Vance, dont nul parmi nous n’a oublié la diatribe de février 2025 à Munich où furent tancés les dirigeants européens coupables de ne pas vouloir laisser dire n’importe quoi sur le web et le monde politique. La liberté, croit-on aujourd’hui à Washington, c’est faire ce que l’on désire et immédiatement. Et malheur à qui s’oppose à ces désirs! Thierry Breton en sait quelque chose, devenu personna non grata pour avoir défendu l’idée de nécessaires régulations sur les réseaux de communication

Aujourd’hui les Russes applaudissent le président américain. Comme pour le pouvoir russe, la vérité ne compte pas, ni donc le mensonge, aux yeux de Trump. Ni le Bien ni le Mal. Et la démocratie n’a pas d’ennemis – ni d’amis . Il n’y a que des affaires à faire. Des rivieras moyen-orientales et non un combat contre l’islamisme, une coopération dans la recherche de terres rares avec Kyiv, du pétrole vénézuélien  à pomper et pas une dictature à abattre. Même les visées impériales se ressemblent et le Groenland, le Canada ou le Panama s’appellent à l’Est : Ukraine, Géorgie, Pays baltes et Finlande. Même dans les détails, les projets de Trump ressemblent à ceux de Poutine : développement du culte de la personnalité, recherche d’un mandat électif sans limite, éradication de l’opposition intérieure. Bref – et la constatation est inouïe : « Le régime en train de se mettre en place aux États- Unis présente beaucoup de similarités avec un régime communiste ». Nos frères siamois ne s’entendront sans doute pas toujours mais actuellement ils sont prêts à coopérer et à la référence fréquente pour illustrer la situation géopolitique actuelle – les accords   de Munich de 1938 – Françoise substitue, quitte à scandaliser ici et là – le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

La question majeure qui se pose est alors celle-ci : si les Etats-Unis tournent mal, autrement dit : tournent russes, il reste aux Européens à s’armer, à contrer la propagande russe, à défendre une vision humaniste et universaliste face aux défenseurs des soi-disant valeurs traditionnelles ( une approche relativiste en fait puisque les dites valeurs traditionnelles sont spécifiques à chaque pays), à diffuser cette vision dans une Ecole plus exigeante qu’elle ne l’est aujourd’hui et à restaurer l’autorité de l’Etat. A l’extérieur, il ne faut plus rien attendre du dialogue avec des ennemis qui désignent l’Europe non plus comme une vassale ou une colonie américaine mais bien comme « fasciste ».

Tant d’autres, il est vrai, sont passés sous le feu de telles accusations absurdes qu’il n’y a peut-être pas de quoi s’inquiéter! Et puis, ne sommes nous pas en bonne compagnie ? On pense à l’Ukraine mais aussi à la guerre d’Israël contre l’islamisme…

On sort ragaillardi de cette lecture et pourtant soucieux des nuances. Rien n’est inéluctable. Ni la défaite ni la victoire de l’Ukraine. Il n’y a que des tendances, des » pesanteurs », mais celles-ci, une fois bien explicitées comme elles le sont par Françoise Thom permettent d’envisager la possibilité, une fois encore, de la victoire de la démocratie.

Pierre Rigoulot, le 6 janvier 2026

  1. v.Histoire d’un Allemand, Souvenirs 1914-1933, Actes sud 2004 ↩︎

6 Jan 2026


Le Hamas veut-il deux Etats?

Le mot d’ordre des deux États repose sur l’idée que le problème entre Israël et ses voisins vient de l’absence d’un État arabe de Palestine

La séduction de ce mot d’ordre vient de ce qu’il prétend réaliser le but souhaité par tous : la coexistence amicale entre des ennemis, comme c’est le cas aujourd’hui entre la France et l’Allemagne ou mieux encore entre l’Allemagne et les Juifs d’Israel. 

Mais qui aurait proposé cette coexistence amicale en 1943 ?

Il fallait d’abord que le nazisme ait été vaincu, que le peuple allemand ait été dénazifié et que l’Allemagne fédérale ait adopté une attitude de coopération. 

La solution à deux États ?…  Mais quel combattant palestinien demande là solution à 2 États ?

Admettre l’Etat palestinien sans les conditions qui seules le rendent inoffensif c’est l’équivalent d’une acceptation de l’Etat nazi en 1943.

Tenir la balance égale entre l’Etat d’Israel et le Hamas, c’est oublier que le problème vient en tout premier lieu du refus nationaliste et islamiste d’un État juif sur le sol sacré de l’Islam.

Quand Emmanuel Macron se fait applaudir par le Hamas et Mélenchon, il adopte de facto leur point-de vue.

André Senik, le 27 juillet 2025

27 Juil 2025


ADINA REVOL – Rompre avec la Russie, Le réveil énergétique européen (Odile Jacob 2024. 176 pages. 15,99 euros)

ADINA REVOL - Rompre avec la Russie, Le réveil énergétique européen (Odile Jacob 2024. 176 pages. 15,99 euros)

Plusieurs pays européens continuent d’acheter du gaz russe en 2024, malgré la volonté de l’UE de mettre fin à ces importations d’ici 2027. Parmi les plus dépendants figurent :

  • La Slovaquie : 89 % de ses importations de gaz proviennent de Russie.
  • L’Autriche : 97 % de ses importations de gaz sont russes.
  • La Hongrie : 47 % de ses importations de gaz viennent de Russie, avec un approvisionnement via le gazoduc Turkstream.
  • La France, qui a vu ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe augmenter de 80 % en 2024, le GNL russe représentant environ 32 % des entrées de GNL en France.

Au total, la Russie fournit encore environ 19 % du gaz consommé dans l’UE en 2024, principalement sous forme de gazoduc et de GNL. L’UE a prévu d’interdire les nouveaux contrats d’achat de gaz russe d’ici fin 2025 et de cesser totalement ces importations d’ici fin 2027

Dans son livre, Adina Revol propose une stratégie globale pour permettre à l’Europe de sortir de sa dépendance au gaz russe et de gagner en autonomie énergétique. Ses propositions principales sont :

  • Accélérer la transition énergétique
  • Elle plaide pour l’accélération du Pacte Vert européen, misant sur les énergies renouvelables (solaire, éolien, etc.), la sobriété énergétique (réduction de la demande) et l’efficacité énergétique, notamment via la rénovation thermique des bâtiments.
  • Diversifier les sources et partenaires énergétiques
  • Revol insiste sur la nécessité de ne pas remplacer la dépendance au gaz russe par une dépendance au gaz naturel liquéfié (GNL) américain ou aux technologies vertes chinoises. Elle appelle à une diversification des approvisionnements et à une politique industrielle européenne forte pour produire localement les technologies clés (batteries, panneaux solaires, etc.).
  • Développer le nucléaire et l’innovation
  • Elle soutient le développement du nucléaire, y compris les petits réacteurs modulaires, pour renforcer l’autonomie technologique et énergétique de l’UE.
  • Financer la transition par un effort public-privé massif
  • Selon elle, la rupture avec le gaz russe nécessite d’énormes investissements (estimés à 210 milliards d’euros d’ici 2027), à financer par l’UE, les États membres et le secteur privé. Elle encourage la création d’un véritable marché européen des capitaux pour soutenir ces investissements.
  • Rendre l’énergie abordable et socialement acceptable
  • Revol estime qu’une révolution des prix de l’énergie est indispensable pour garantir l’acceptabilité sociale de la transition, suggérant notamment de débattre d’une baisse des taxes sur l’électricité.
  • Agir de façon coordonnée au niveau européen
  • Elle appelle à une action coordonnée de l’UE sur les marchés internationaux et à une pression citoyenne pour éviter tout retour à la dépendance envers des partenaires peu fiables.

En résumé, Adina Revol propose une Europe énergétiquement autonome grâce à la transition verte (incluant le nucléaire), la diversification des partenariats, un financement massif et une politique industrielle ambitieuse, tout en veillant à la justice sociale et à la cohésion européenne.

Antoine Cassan, le 3 juin 2025

3 Juin 2025


Présentation de l’Université Libre Alain Besançon

Alain Besançon

Nos amis de Desk Russie ont pris une initiative originale et très utile pour mieux juger de la Russie poutinienne et des causes profondes de la guerre qu’elle a lancée contre l’Ukraine : une université libre qui portera le nom d’Alain Besançon, l’ami, le professeur, l’inspirateur, le maître, de beaucoup d’entre nous. Cette université libre sera animée par quelques uns des meilleurs spécialistes actuels de la Russie, de l’Union soviétique, du communisme et de la politique internationale. Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance des programmes et, s’ils sont disponibles, à s’inscrire à l’un des cours proposés.

H&L

Comprendre l’histoire pour éclairer le présent

Université libre Alain Besançon

« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. »George Orwell

La guerre d’agression déclenchée par la Russie contre l’Ukraine en 2022 a brutalement mis en lumière l’ampleur du travail de sape intellectuelle et informationnelle mené par le Kremlin dans les sociétés démocratiques, ainsi que la fragilité croissante des institutions universitaires face aux pressions idéologiques. L’influence d’acteurs puissants – qu’il s’agisse de relais diplomatiques, de groupes médiatiques ou de sphères politiques – rend plus difficile l’expression d’une pensée libre, rigoureuse et lucide sur les questions stratégiques liées à la Russie, à l’Ukraine et au monde post-soviétique.

Dans ce contexte, l’Université Libre Alain Besançon entend offrir un espace d’enseignement et de transmission indépendant, inspiré par l’œuvre d’Alain Besançon, grand historien et philosophe du XXᵉ siècle, qui avait une compréhension profonde et originale de l’idéologie soviétique et de ses prolongements contemporains. Le projet s’inscrit dans une volonté de résistance intellectuelle face à la réécriture de l’histoire, à l’instrumentalisation des sciences sociales et à la désinformation systémique.

Ce contexte exige de renouveler les catégories d’analyse du monde soviétique et de ses racines dans l’histoire russe, afin de mieux comprendre ses rémanences contemporaines. Il s’agit aussi de prêter une attention accrue aux idées et aux mouvements qui ont animé et animent l’opposition à la tyrannie russe dans les nationalités non russes de l’empire, à commencer, bien entendu, par l’Ukraine.

L’Université est gérée par l’association loi 1901 À l’Est de Brest-Litovsk, qui gère également Desk Russie et la maison d’édition AEBL.

26 Mai 2025


Lettre ouverte des enfants de Jean-François Revel

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard ont décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération qui, le 2 avril 2025, a repris les accusations qu’il avait déjà portées contre leur père, Jean-François Revel, L’article qui a provoqué leur indignation n’apportait pourtant aucun élément nouveau probant en réponse à la contre-enquête publiée le 12 mars précédent par Le Figaro.

Rappelons que Jean-François Revel fut pendant plusieurs années et jusqu’a sa mort en 2006 le président irréprochable de l’Institut d’histoire sociale.

« Lorsque nous avons pris connaissance, en juin dernier, des allégations publiées dans Libération contre notre père, Jean-François Revel, accusé d’avoir participé dans les années 1970 à des réunions pédocriminelles, nous nous sommes exprimés pour dire notre respect pour la parole de la victime, notre espoir que la justice puisse établir la vérité, mais aussi notre effroi et notre incrédulité.

Près de neuf mois plus tard, nous n’avons pas varié : nous espérons plus que jamais que la justice éclaire la réalité des faits, nous continuons de croire en la sincérité d’Inès Chatin, mais notre incrédulité s’est muée en une certitude : nous sommes maintenant convaincus que les accusations portées contre notre père sont dénuées de tout fondement et que Libération s’est livré à un travail journalistique construit sur l’insinuation, le mensonge et la manipulation. Le dernier article paru la semaine dernière nous en a persuadés définitivement et nous conduit à nous exprimer à nouveau aujourd’hui.

Il serait difficile dans ces quelques lignes de démêler tous les fils des raccourcis et amalgames dont sont tissés les articles de Libération. Pour ceux qui les liront, ils comprendront que notre père est accusé d’avoir participé à des réunions pédocriminelles qui se tenaient dans un appartement vide situé au 33-35, rue de Varenne autour des années 1977 à 1980. L’accusation se fonde sur un élément et un seul : le souvenir d’Inès Chatin. En soi, un seul témoignage pourrait suffire mais celui-ci a ceci de particulier que ce témoin avait entre 4 et 7 ans au moment des faits, indique que les auteurs de ces actes abominables étaient masqués, mais se dit pour autant certaine d’avoir reconnu parmi eux notre père à son odeur, sa corpulence et sa transpiration.

Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits.

Une évidence s’impose : pour qu’une aussi petite fille puisse identifier nommément un homme masqué, sur la base de son odeur, elle doit forcément le connaître et le fréquenter d’une manière particulièrement proche. C’est précisément ce que Libération affirme : notre père aurait été un ami intime de Jean-François Lemaire, le père adoptif d’Inès Chatin, passant sa vie chez eux, débarquant à tout instant, comme s’il s’agissait d’une sorte de deuxième famille.

Et c’est à partir de là que la démonstration ne repose plus sur rien. Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits. Au contraire même, comme Le Figaro  l’a montré dans sa contre-enquête publiée le 12 mars dernier, ni la lecture des agendas de notre père, fort renseignés et consultables à la BNF, ni les témoignages de ses amis proches, ni aucun autre document porté à notre connaissance, ne font état d’un quelconque lien entre les deux hommes avant le début des années 1980.

On peut en effet reconstituer qu’ils ont dû faire connaissance par la fréquentation du même club gastronomique que notre père a rejoint en mars 1980. Puis ils se voient une première fois dans un cadre privé pour un déjeuner organisé chez Lemaire en présence d’autres invités. L’agenda de notre père fait ainsi mention pour la première fois de Lemaire, à la date du 21 juin 1983 à 12 h 30 : « Dej. Dr J.F. Lemaire, 97 rue du Bac » (rappelons que Jean-François Lemaire était médecin). Drôle de formulation pour des amis supposés intimes de longue date ! Notre père a même noté méticuleusement l’adresse à laquelle il est supposé se rendre depuis des années.

À partir de là, les deux hommes nouent une relation que l’on peut qualifier d’amicale sans être ni intense ni assidue puisqu’ils se verront essentiellement dans le cadre des déjeuners mensuels du Club des cent et à l’occasion d’environ une douzaine d’autres déjeuners entre eux, étalés cependant sur une période de plus de vingt années. Ni la chronologie de cette relation ni son intensité ne viennent donc corroborer le souvenir d’Inès Chatin. Sans pour autant que cela interdise qu’elle puisse être d’une parfaite sincérité, l’hypothèse la plus probable selon nous étant qu’elle ait croisé notre père bien après les faits supposés et pour peu que sa physionomie lui ait rappelé celle de l’un des auteurs des sévices qu’elle dit avoir subis, elle s’est convaincue de ce que Jean-François Revel en faisait partie.

Ce type de mécanisme de reconstruction de la mémoire ayant déjà été observé dans bien des cas analogues, Libération aurait dû ne pas se contenter de ce seul souvenir et s’attacher à rechercher des éléments objectifs pour l’étayer. Non seulement, ils ne l’ont pas fait mais ils ont délibérément mis le nom de Revel en une de Libé dans le seul souci de mettre en avant un nom connu qui attire le lecteur, comme l’un des journalistes signataires nous en a fait l’aveu, le jour de la publication du premier article en juin dernier, dans un message écrit impressionnant de cynisme et de duplicité : « L’idée qu’une une doit parler immédiatement à un lecteur passant devant un kiosque ou une gare l’a emporté. (…) Votre père paye en quelque sorte sa notoriété. »

Une fois la contre-enquête du  Figaro  parue,  Libération  aurait pu reconnaître les limites de son enquête ou se taire. Ils ont fait le choix de s’enfoncer dans le mensonge et la manipulation.

L’article paru la semaine dernière annonce en effet qu’il apporterait enfin les preuves de la relation d’amitié qui liait Revel au père adoptif d’Inès Chatin, « y compris à l’époque » des faits incriminés situés entre 1977 et 1980. Car telle est bien la question clé en effet sur laquelle nous avions d’ailleurs plusieurs fois interrogé Libération au cours des derniers mois, sans succès.

Nous invitons chacun à lire l’article : à aucun moment, n’y figure un quelconque élément, document ou témoignage nouveau attestant de cette relation au cours de la période considérée. Les lettres retrouvées datent toutes de 1984 et 1987. Elles indiquent qu’ils se tutoient, ce qui « atteste d’une vraie proximité » selon Libération. Or il se trouve qu’au Club des cent le tutoiement est obligatoire entre les membres.

Une photo de 1982 est publiée où notre père et l’épouse de Jean-François Lemaire sont assis à une même table : il s’agissait vraisemblablement d’un grand dîner donné pour les 10 ans du Point auquel participaient plusieurs centaines de convives dont les Lemaire qui étaient de proches amis du directeur de l’hebdomadaire, Claude Imbert. Si l’amitié entre les Lemaire et notre père était si vivace et ancienne, comment expliquer qu’on n’ait retrouvé aucun courrier, aucun témoignage, aucune photo, aucun livre dédicacé datant des années antérieures ?

Faute de preuve, faute de mieux, Libération se livre alors à un festival d’arguments manipulatoires.

Si on ne retrouve rien dans les agendas, c’est qu’ils auraient été tronqués. Il est vrai que tous n’ont pas été retrouvés après le décès de notre père, mais l’essentiel y est et sur une durée de près de cinquante ans. Ainsi, sur les années 1975 à 1983, il ne manque que trois carnets trimestriels sur un total de trente-six. Rien qui ne permette d’effacer toute trace d’une fréquentation supposée quasi quotidienne. Et pourquoi notre père n’aurait-il jamais noté ces rencontres avec Lemaire, ne serait-ce que les toutes premières, puis pendant des années, pour tout d’un coup les faire apparaître à partir de 1983 ?

Libération avance alors une autre hypothèse : finalement « Revel n’avait nullement besoin de Lemaire pour converger » vers ces réunions pédocriminelles rue de Varenne puisqu’il connaissait l’un des autres protagonistes supposés, en la personne de Claude Imbert. Il est exact que les deux avaient travaillé ensemble à L’Express à la fin des années 1960. Mais alors de deux choses l’une : si Revel participait à ces réunions par l’intermédiaire d’Imbert et non de Lemaire, s’il n’était donc pas un familier de ce dernier, comment expliquer alors que sa fille ait pu le reconnaître à sa simple odeur ?

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération

Qu’à cela ne tienne, Libération va chercher un autre lien, cette fois-ci entre notre père et Gabriel Matzneff avec pour seul élément le fait qu’ils aient été invités en 1965 à un même déjeuner, avec quatre autres convives, chez François Mitterrand, et auraient échangé quelques propos sur saint Thomas en fin de repas. Quelle proximité accablante !

Enfin, Libération abat sa carte maîtresse. Un élément matériel antérieur à 1983 aurait été trouvé dans les agendas de notre père : « Dans les pages du mois de juin 1975, soit deux ans avant les sévices qu’elle dénonce, Inès Chatin a découvert la mention de l’adresse de la cour d’immeuble où elle résidait. » Qu’est-il réellement écrit dans l’agenda ? « Mahias 32 rue de Varenne. » Notre père se rend donc bien rue de Varenne, mais à une autre adresse que celle où les réunions pédocriminelles se seraient tenues, et pour voir quelqu’un d’autre ! En l’espèce, son ami Claude Mahias, qui est aussi son collègue au sein de la maison d’édition Robert Laffont, et a habité l’essentiel de sa vie dans cet immeuble. Libération a-t-il sciemment manipulé cet élément pour voir une preuve là où il n’y avait qu’une coïncidence ?

Reste que cet élément est à l’image de tout ce travail « d’enquête » : manipulateur et fallacieux. Comme l’illustre encore un autre passage où Libération rappelle que la famille Lemaire a emménagé dans son domicile historique « racheté à la famille de Jean d’Ormesson, fréquenté aussi par Revel ». Notre père connaissait en effet Jean d’Ormesson, sans proximité particulière d’ailleurs. La famille de Jean d’Ormesson – et non lui directement si on comprend bien – vend un appartement aux Lemaire. La boucle est bouclée, l’affaire est dans le sac !

À la fin des fins, au-delà de ces multiples raccourcis, amalgames et déformations, il ne subsiste donc que le souvenir olfactif d’Inès Chatin. Nous pourrions nous situer sur ce même terrain en apportant notre propre témoignage de ce que notre père que nous avons côtoyé bien plus intimement et longtemps que quiconque, n’avait pas la moindre odeur marquée, et encore moins désagréable, que ce soit le matin ou le soir, sous tous les climats et toutes les latitudes.

Non, en tout état de cause, cela ne saurait suffire pour jeter l’infamie sur la mémoire d’un homme dont toute la vie et la personnalité, exempte de toute forme de perversité, de cruauté et de dissimulation, se situaient aux antipodes des actes abominables qui lui sont prêtés.

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération. »

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard, le 7 avril 2025

23 Avr 2025