Le numéro d’automne de Commentaire vient de paraître.

Couverture Commentaire n°195 - Automne 2026

Histoire et liberté, le 11 septembre 2026

11 Sep 2026


C’est la rentrée.

C'est la rentrée !

C’est la rentrée. Les deux mois qui l’ont précédée ne sont pourtant pas restés vides. La guerre entre l’Ukraine et la Russie a pris un tour grave et Trump n’a rien réglé au Moyen-Orient face à l’Iran. La plupart des hommes politiques français évitent d’aborder ces sujets qui touchent pourtant, dans les deux cas, à l’avenir du monde libre – une expression que d’aucuns parmi nos amis trouveront passéiste, cette réaction jetant une ombre grise sur la puissance de conviction démocratique des démocrates eux-mêmes, mais passons. La majorité des hommes politiques, de gauche comme de droite, condamnent l’agression russe mais ne s’y attardent guère alors que j’en ferais volontiers un critère légitime de choix de notre candidat aux élections présidentielles françaises. Le Rassemblement national et la droite souverainiste, ainsi que LFI, ne s’y attardent pas non plus et l’on attendra en vain une claire condamnation de leur part de l’agression russe. Emmanuel Macron me semble bien seul dans ses déclarations de solidarité avec Kiev et dans ses promesses d’aide.

C’est un « front » plus large qui condamne l’action de Donald Trump au Moyen-Orient. Sans aucun doute, ce dernier prête le flanc à toutes les réserves et à toutes les critiques. Mais qu’ont donc fait ses prédécesseurs pour empêcher l’Iran d’être plus que jamais en mesure d’acquérir l’armement atomique? Qu’ont-ils fait qui puisse être avantageusement opposé à la conduite brouillonne du président républicain? Avant toute réflexion, on condamne Trump sans se demander si la nature de ce à quoi il s’oppose, l’islamisme, n’oblige pas à participer à son combat. Tactiquement, il ne serait pourtant pas difficile de se démarquer de l’agité du bocal de Washington. Stratégiquement, l’islamisme, le nazisme de notre temps, l’emporte en dangerosité et en malignité, sur l’Amérique de Donald Trump, ennemie du totalitarisme iranien et alliée d’Israël. Il faut donc le combattre.

Même parmi nos amis, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Et il conviendra en effet d’affiner et de confronter nos analyses. La question de la solidarité avec Israël, liée à celle de l’islamisme, est brouillée : beaucoup trop, dans le public, parlent de défendre la Palestine alors qu’ils défendent en fait le Hamas, qu’on peut voir comme l’ennemi conjoint des Palestiniens et des Israéliens. Pire, peut-être : ils parlent de « génocide » israélien alors qu’il s’agit d’une guerre, certes affreuse, où les forces islamistes ont décidé de s’abriter au sein d’une population pas toujours solidaire des terroristes.

Pour ajouter à la complexité, dans le cadre de la campagne pour la présidentielle qui commence, de trop nombreux citoyens critiquent rituellement LFI pour son seul antisémitisme. En réalité, LFI n’est pas seulement antisémite, elle et dangereuse sur le plan économique (absurdité de sa « suppression » de la dette), naïve (elle veut faire « payer les riches »), menaçante (pour nos institutions qui ne comptent pour rien face à la « légitimité populaire » dont elle se prévaut), enfin complaisante envers la Russie et la Chine (engagées dans une lutte à mort contre les démocraties libérales). Ce pourquoi nous nous y opposons radicalement.

On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ?

Pierre Rigoulot, le 2 septembre 2026

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On ne rend pas les armes avant la bataille.

Pour ce qui concerne directement le cercle auquel s’adresse Pierre Rigoulot et dont je fais partie, je crois pertinent de s’en tenir aux deux derniers paragraphes de son tour d’horizon

« On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ? »

1° la « défense de la démocratie libérale de l’Europe et du monde libre » qui sera ma boussole ne me fera voter au premier tour ni pour le RN ni pour LFI.

Que je ne ne revoie cependant pas dos à dos.

L’élection de l’un des deux serait un mauvais coup pour l’EUROPE mais pas au même degré. Le national-populisme de Marine Le Pen est moins hostile et est plus susceptible d’évoluer (vers la position de Meloni par exemple)

2° comme l’a dit Jean-François Copé à la télévision, on répondra à cette question en temps voulu et seulement si elle s’impose. 

Pour l’heure – c’est moi qui parle – on se bat sur deux fronts sans les confondre ni dans leurs idées ni dans leur dangerosité

On ne rend pas les armes avant la bataille.

André Senik, le 11 septembre 2026

2 Sep 2026


Les lectures de Xi Jinping

La méfiance du monde occidental à l’égard de la Chine est associée à l’extraordinaire développement économique et militaire de la Chine, en passe, et avec une rapidité stupéfiante, de rattraper, et même de dépasser dans certains domaines les Etats-Unis.

Cette perception inquiète de la Chine ouvre une conjoncture particulièrement dangereuse sur le plan géopolitique selon Graham Allison, professeur émérite à Harvard et conseiller de plusieurs présidents américains, qui la désigne sous le nom de « piège de Thucydide », ainsi que l’a rappelé le n°1 chinois Xi Jinping lors de la récente visite de Donald Trump en Chine1.

Le développement très rapide de la puissance chinoise et les sentiments d’inquiétude qu’il suscite sont les deux mâchoires, de ce redoutable « piège » qui associe d’une part des données objectives facilement mesurables en termes de PIB, de production d’acier ou d’ordinateurs, et d’autre part des réactions affectives. Ce piège fonctionnait déjà il y a 1500 ans puisqu’il se referma sur Sparte et Athènes. Sparte, puissance dominante, finit par déclencher la guerre lorsqu’elle elle se sentit trop menacée par Athènes, puissance montante. Telle fut l’origine de la guerre du Péloponnèse.

Allison revient souvent sur cette guerre fameuse de l’Antiquité. Mais il examine aussi bien d’autres cas – seize exactement – de fonctionnement et parfois de dysfonctionnement du « piège ». Tout au long de l’histoire, des puissances montantes provoquant l’inquiétude des puissances dominantes de l’époque, la guerre s’est profilée à l’horizon. Et a même souvent éclaté : sur les 16 cas examinés, 12 se sont terminés par une guerre.

Aux yeux d’Allison, il n’est pas nécessaire d’entrer dans l’analyse du régime politique chinois. C’est son développement global qui importe et le type d’impact qu’il peut avoir sur l’opinion publique et les « décideurs » des Etats-Unis. Une sorte d’effet mécanique se produit, comme si, au-delà d’un certain seuil d’angoisse – et de rationalisations de cette angoisse sous la forme de préjugés hostiles, de critiques, de menaces – la guerre se déclenchait.

Le facteur déterminant du surgissement du « piège de Thucydide », c’est la modification du rapport de puissance entre deux pays concurrents, quelle que soit leur nature politique. Dans l’exemple que Thucydide commente, l’Etat dominant qui craint pour sa domination, c’est Sparte, une machine guerrière de premier ordre qu’affole la montée en puissance de la démocratique Athènes, protectrice des arts et des lettres. Sans doute, sa démocratie est élitiste, mais elle est bien réelle alors que l’Etat qui se sent menacé, c’est Sparte la militariste. C’est ce sentiment de menace qui explique que Sparte ait opté pour la guerre, une guerre poussée par l’intérêt national, la peur et le sens de l’honneur amenés à leur paroxysme.

Peut-on procéder à une analyse du même type des rapports entre la Chine et les Etats-Unis ?

Ceux-ci doivent tenir compte du fait que la Chine dirigée par Xi Jinping veut, fondamentalement, retrouver sa grandeur passée, un rêve de prospérité et de puissance. Pour y parvenir, le président chinois veut revitaliser le PCC, restaurer le nationalisme, maintenir une croissance rapide, réorganiser l’armée. Cette montée en puissance programmée concerne tous les domaines en même temps.  Le projet fameux des nouvelles routes de la soie est à la fois d’ordre économique et géopolitique, civil et militaire

Mais le choc majeur, l’opposition la plus flagrante, le terrain le plus propice à des incompréhensions, des désaccords, et donc des affrontements entre la Chine et les Etats-Unis, est d’ordre culturel. A l’individualisme américain, à son attachement à la liberté et à l’égalité de droits s’oppose l’ethos confucéen valorisant l’autorité, la hiérarchie, la subordination des droits et des intérêts individuels.

Aux références propres à la Chine, les Américains opposent une référence universelle. Ils ne défendent pas leurs valeurs, disent-ils, mais des valeurs universelles.

Le danger engendré par de telles différences est bien réel : ce qui est en cause, c’est la légitimité du pouvoir adverse.

Certes, « la guerre entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas inévitable », dit Allison. Elle est seulement possible. Mais un événement fortuit, inoffensif dans un contexte autre que la tension sous-jacente induite par l’essor incontrôlable de la Chine, peut déclencher un conflit à grande échelle.

Que faire ? Le problème est incontournable : « il n’y a pas de solution à la résurgence spectaculaire d’une civilisation vieille de 5000 ans forte d’une population d’un milliard quatre cent millions individus, dont le développement économique est sans commune mesure avec celui des Etats-Unis ».

Cette progression de la Chine, fait en tout cas, « qu’il devient de plus en plus difficile d’assurer la pérennité d’un monde dirigé par les Etats-Unis ».

Pierre Rigoulot, le 27 mai 2026

  1. Graham Allison : Vers la guerre, L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? Odile Jacob éd., Paris 2019, 29,90 euros. Un compte-rendu en fut donné en 2020 dans l’excellente revue en ligne Telos. ↩︎

27 Mai 2026


RUSSIE : dernière étape de la lobotomisation par le Kremlin de la mémoire du peuple russe

L’association de défense des droits de l’homme HWRF (Human Rights Without Frontiers) vient de publier ce 4 mai 2026 un article important, suite à la qualification d’« extrémiste » par la Cour suprême de Russie de l’association Mémorial, et donc à son interdiction. Nous en publions la traduction française ci-dessous :

Lors d’une audience à huis clos tenue le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a qualifié le Mouvement public international Memorial d’« extrémiste » – une appellation fourre-tout utilisée par le gouvernement pour interdire toutes les organisations liées à Memorial – et a interdit ses activités dans le pays. Il s’agit de l’étape finale de la lobotomisation de la mémoire du peuple russe par le Kremlin.

Cette décision couronne une campagne menée pendant des années contre Memorial, fondée à la fin de la période soviétique et devenue depuis une communauté de dizaines d’organisations sœurs opérant en Russie et à l’étranger.

« Plus jamais de régime totalitaire en Russie » était l’objectif de Memorial, lauréat du prix Nobel de la paix 2022.

De « lagent étranger » à « lextrémisme » (2014-2026)

En mai 2014, une des associations, le « Centre des droits de l’homme Memorial » basé en Russie, avait été désignée comme « agent étranger » en raison de financements étrangers et d’activités politiques présumées. Elle était ainsi contrainte d’étiqueter tous ses supports d’information comme tels et faisait l’objet d’audits intensifs.

Par la suite, les autorités russes ont également qualifié plusieurs autres organisations composant Memorial ainsi qu’une vingtaine de leurs collaborateurs d’« agents étrangers ».

En décembre 2021, la Cour suprême a dissous Memorial International et le Centre des droits de lhomme Memorial.

Les motifs invoqués étaient des violations répétées de la loi sur les agents étrangers, notamment ce qui concerne l’étiquetage des documents. Le parquet a accusé l’organisation de « spéculer » sur le thème des répressions politiques et de créer « une fausse image de l’URSS comme État terroriste ». Ces décisions ont suscité une réaction internationale de grande ampleur.

De nombreuses personnalités publiques en Russie et à l’étranger ont alors exprimé leur soutien à Memorial et à ses structures. Parmi elles figuraient les lauréats du prix Nobel Mikhail Gorbachev et Dmitry Muratov, l’écrivain et acteur Stephen Fry, le dramaturge Tom Stoppard, le journaliste Vladimir Pozner, ainsi que plusieurs dizaines d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie.

L’Union européenne et les États-Unis ont condamné également le démantèlement de Memorial.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a regretté la décision de dissoudre Memorial, qui « jouait un rôle important dans la préservation de la mémoire de la répression politique et des violations des droits humains ». Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a déclaré que cette dissolution reflétait « une réduction rapide de l’espace accordé à la société civile indépendante, aux médias et aux activistes défenseurs de la démocratie en Russie ». Il a appelé les autorités russes à cesser de harceler les défenseurs des droits humains.

De 2021 à 2026, les différentes structures de Memorial ont continué à fonctionner sans enregistrement officiel.

En février 2026, le ministère russe de la Justice a ajouté l’Association internationale Memorial (basée en Suisse) et la fondation allemande Zukunft Memorial à la liste des « organisations indésirables ».

Répression contre les gardiens du temple de la mémoire

Un hommage particulier doit être rendu aux nombreux gardiens du temple de la mémoire, connus ou anonymes, qui ont œuvré à collecter et à préserver les preuves des atrocités perpétrées sous le régime communiste totalitaire.

Mentionnons quelques victimes emblématiques parmi tant d’autres…

En 2009, Natalia Estemirova, chercheuse au bureau de Memorial à Grozny (Caucase du Nord), qui enquêtait sur des enlèvements et des meurtres en Tchétchénie, a été kidnappée et retrouvée assassinée en Ingouchie. Sa mort bouleversa la Russie, mais les commanditaires n’ont jamais été identifiés. Selon le président du conseil du Centre des droits de lhomme Memorial, Oleg Orlov, les autorités de la République tchétchène seraient derrière ce meurtre. Il a également déclaré que Ramzan Kadyrov avait personnellement menacé la militante.

Le cas de l’historien Youri Dmitriev, chef de la branche carélienne de Memorial et chercheur sur les fosses communes de Sandarmokh et Krasny Bor, a suscité aussi une vive émotion. Âgé aujourd’hui de 70 ans, Youri Dmitriev est jugé depuis 2018. À l’issue de multiples procédures, il a été condamné à 15 ans de prison et, si les décisions sont maintenues, il ne sera libéré qu’en 2032. Ses soutiens affirment que ces poursuites sont liées à son activité en faveur des droits humains et à son travail de mémoire sur les victimes de la répression URSS.

L’Union européenne, ainsi que des scientifiques et artistes de divers pays, ont demandé sa libération. Le 31 mars 2026, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a ordonné à la Russie de lui verser une indemnisation pour le préjudice moral causé par une détention provisoire excessivement longue et pour l’absence de procès équitable. Youri Dmitriev a reçu de nombreuses distinctions internationales.

Le 18 mars 2019, Oyub Titiev, responsable du bureau tchétchène de Memorial, a été condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire pour possession présumée de drogue.

Le 23 mai 2023, le défenseur des droits humains Bakhrom Khamroev, collaborateur de Memorial, a été condamné à 13 ans et 9 mois de prison pour des accusations à motivation politique, notamment « appels publics au terrorisme » et « participation à une organisation terroriste ».

Le 27 février 2024, le coprésident de Memorial, Oleg Orlov, a été condamné à 2 ans et demi de colonie pénitentiaire pour « discrédit répété de l’armée ». Il a été libéré le 1er août 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie, la Biélorussie et cinq pays occidentaux.

Le 4 avril 2024, Alexander Chernyshov, ancien président du « Centre de la mémoire historique » de Perm, a été condamné pour « tentative de contrebande de biens culturels ». Les archives de Memorial de Perm ont dû être transférées aux archives d’État russes.

Le 19 août 2025, Sergei Davidis, membre du conseil d’administration de Memorial, a été condamné par contumace à six ans de prison pour « justification du terrorisme » sur Internet. Il vit aujourd’hui en Lituanie.

Destruction en Russie des monuments à la mémoire des victimes des répressions soviétiques

On peut espérer qu’un jour de tels monuments seront érigés dans toutes les régions de Russie où Memorial était présent. Pour l’instant, Moscou continue au contraire de détruire les monuments dédiés aux victimes des répressions soviétiques.

En avril 2026, lors de la « Journée de commémoration des victimes du génocide du peuple soviétique », la « Pierre du Chagrin » (une arche en marbre et un bloc de granit gris), monument dédié aux victimes des répressions soviétiques, a été subrepticement rasée en une nuit.

D’autres pierres commémoratives, érigées à la mémoire des Polonais, Estoniens, Lettons, Lituaniens et Kalmouks déportés en Sibérie pendant l’occupation soviétique ont également été détruites à Tomsk.

PS : Au lendemain de cette interdiction de Mémorial, HWRF demande la libération des membres de l’association, tous défenseurs des droits humains. Cette libération pourrait éventuellement s’effectuer dans le cadre d’un échange international de prisonniers comme cela s’était fait pour Oleg Orlov en 2024. H&L s’associe évidemment à cette proposition.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Conférence-débat : après l’« enlèvement » de Caracas

Mardi 20 janvier 2026 à 18h00, Café du Pont-Neuf, 14 Quai du Louvre – Paris 1er

La chute d’un dictateur soutenu par Vladimir Poutine, un dictateur qui a causé tant de souffrances parmi la population du Venezuela ne pouvait que nous réjouir. Mais l’évènement a été, jusque dans nos rangs, interprété de différentes manières.

Il n’a été question ni de démocratie ni de dictature dans les déclarations de Donald Trump mais seulement de narcotrafic et surtout de pétrole. Pourquoi ? Parvenir à la démocratie est-il hors-sujet pour les Vénézuéliens ou s’agit-il de ne pas répéter les erreurs commises en Irak par une transition trop hâtive ?

Tentons une image un rien baroque : l’annonce réjouissante, le 8 janvier, de la libération de nombreux prisonniers politiques indique-t-elle que l’arbre du pétrole ne doit pas cacher la forêt de la démocratie ?

En tout état de cause, quelles conséquences géopolitiques peut-on espérer ? Existe-t-il un réel fil conducteur dans la politique étrangère de Donald Trump et, dans ce cas, ce qui se passe en Amérique latine peut-il rejaillir sur Cuba ou sur cette autre dictature que constitue le Nicaragua de Daniel Ortega ? Enfin, est-ce que la doctrine Monroe revisitée par Washington (la « doctrine Donroe » comme dit le spirituel occupant de la Maison Blanche) peut sortir de son cadre géographique, et avec quelles conséquences, concerner l’Iran ou l’Ukraine ?

Pour que nous puissions débattre de ces questions en bénéficiant d’informations précises sur le continent sud-américain d’aujourd’hui, nous avons demandé à Renée Fregosi, qui a été enseignante chercheuse à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, auteur notamment d’un ouvrage récent sur les dictatures, Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, et familière de nos rencontres, de prendre la parole dans notre salle habituelle du Café du Pont-Neuf mardi 20 janvier à 18 heures.

Vous y êtes très cordialement conviés.

H&L, le 16 janvier 2025

16 Jan 2026


Les tribunaux russes passent. La justice trépasse (suite)

Toujours sur la base des recherches de l’association russe OVD-info, nos amis belges de Human Rights Without Frontiers,  nous communiquent les faits suivants pour les mois d’octobre et novembre

17 octobre 2025

Bien que sérieusement malade, un témoin de Jehovah a été condamné à 7 ans de prison en vertu de l’article 282.2 du code pénal (mise en œuvre d’activités d’une organisation extrémiste).

Un chargeur de bois de Saint-Pétersbourg a été condamné à 8 ans de prison pour des messages postés sur une page interdite en vertu de l’article 280 du code pénal (appels publics en faveur d’une activité extrémiste via internet), de l’article 207.3 du code pénal (diffusion de nouvelles connues pour fausses sur l’Armée russe, motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282.2 (mise sur pied des activités d’une organisation extrémistes via internet).

Un apiculteur du Bachkiristan (au sud de l’Oural) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 du code pénal(violence dangereuse sur la personne d’un représentant de l’autorité et de l’article 212, 2ème partie du code pénal (organisation de troubles publics et incitation à ce que d’autres commettent de tels actes).

20  octobre 2025

Le chef d’une communauté ouzbek inculpé pour diffusion d’une image représentant des coqs a été condamné à près de deux ans de prison en vertu de l’article 321 du code pénal (rupture des activités  d’une institution correctionnelle en lien avec un membre du personnel).

21 octobre 2025

Un inculpé dans une affaire de jet de boules de neige lors d’un meeting  à Baymak (une ville du Bachkiristan de 20 000 habitants) a été condamné à 3 ans et sept mois de prison en vertu de l’article 318 (violences dangereuses pour la vie et la santé d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212 du code pénal

22 octobre 2025

Un anarchiste inculpé a été condamné dans une deuxième affaire le concernant à 5 ans de prison en vertu des articles 280 et 205.2 du code pénal (incitation publique à participer à une activité terroriste  et justification du terrorisme) ainsi que de l’article 214 du code pénal (vandalisme commis par un groupe de personnes dans le but de conspirer ou sur la base de la haine ou d’opposition politique, idéologique, racial, national -ou religieuse.

27 octobre 2025

Une femme de Saint-Pétersbourg a été condamnée à deux ans de prison pour une vidéo où elle brulait son passeport. Condamnation  en vertu de l’article 213 (vandalisme commis  sur la base de la haine ou d’un combat mené sur fonds politique, idéologique, racial, national, idéologique, racial, national ou religieux) et de l’article 329 du code pénal (rejet d’un emblème de l’État ou du drapeau de la Fédération de Russie)

31 octobre 2025

Un habitant de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans et demi de prison pour des messages en faveur du Corps de volontaires russes (qui se battent aux côtés des Ukrainiens) en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

6 novembre 2025

La peine d’un blogger orthodoxe de Bouriatie a été aggravée. Résultat : 3 ans et demi de prison en vertu des articles 280 et 282.2 du code pénal.

Un blogger d’Irkoutsk a été lui aussi condamné mais à deux ans et 7 mois de prison après un conflit avec un fonctionnaire de police en vertu de l’article 318 et de l’article 319 du code pénal (insulte publique à un représentant de l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions).

10 novembre 2025

Vladimir Osipov, âgé de 55 ans, a été condamné à 6 ans et demi de prison dans une affaire de fausses nouvelles militaires.

11 novembre 2025

Un libraire de la région de Kostroma a été condamné à cinq ans de prison  dans une affaire de « fausses nouvelles militaires » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

13 novembre 2025

Un habitant de la région de Sverdlovsk a été condamné à 6 ans de prison pour avoir commenté d’un « bien joué les gars » une action ukrainienne en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

14 novembre 2025

Youri Doud a été condamné in absentia  à un an et dix mois de prison pour non respect de ses obligations d’agent étranger selon l’article 330 du code pénal (violation de la procédure à respecter pour les activités d’un agent de l’étranger effectuées par une personne préalablement soumise à une punition administrative).

19 novembre 2025

Un habitant d’Ekaterinburg qui réprimandait un écolier portant un chapeau portant la lettre Z (peinte sur les véhicules de l’armée russe lors de l’attaque contre l’Ukraine) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu des articles 205.2 et 213 du code pénal.

20 novembre 2025

L’inculpé de ce qu’on a appelé « l’affaire ingouche » a été condamné à 9 ans de prison en vertu des articles 33 (création d’un groupe criminel et direction de ce groupe), 318 et 282 du code pénal. 

21 novembre 2025

Un ancien partisan des séparatistes du Donbass a été condamné à six ans de prison pour opposition à la guerre en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

24 novembre 2025

Un ancien stewart des Oural airlines a été condamné à 7 ans de prison dans une affaire de « fake news » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

25 novembre 2025

Un habitant de Moscou, Solim Kamin, a été condamné à 8 ans de prison  pour avoir posté des slogans anti-guerre en vertu de l’article  207.3, part 2 et de l’article 280.4 du code pénal.

26 novembre 2025

Un professeur d’histoire a été condamné à un an et demi de prison pour avoir montré un poster de 1945, où figurait le drapeau du IIIème Reich et la lettre V, en vertu de l’article 284 du code pénal (exhibition répétée de symboles interdits (nazis ou liés à des organisations extrémistes)).

28 novembre 2025

Un journaliste iakoute a été condamné à trois ans de prison dans une affaire mettant en cause sa justification du terrorisme. Condamnation en vertu de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à  développer une activité terroriste et justification du dit terrorisme).

17 Déc 2025


Notre ami Malliarakis, un néo-fasciste ad aeternam?

Jean-Gilles Malliarakis - Photo distribuée à l'office religieux
Jean-Gilles Malliarakis – Photo distribuée à l’office religieux

Il arrive que les discours accompagnant une disparition pêchent par une bien compréhensible surenchère touchant les qualités du défunt.

Le Monde du 12 décembre a su éviter cet écueil et dans une courte notice nécrologique qualifie sans réserve aucune, Jean-Gilles Malliarakis, décédé cinq jours plus tôt, de « néo-fasciste ». Le « quotidien du soir » dont on appréciait jadis les nuances, a même essentialisé le défunt. Néofasciste, il n’était que cela, et, de « groupuscules » en « factions »,  Jean-Gilles maintenait ce cap quand d’autres se rangeaient. Pas un mot pour reconnaître un sens à ses combats pour un Vietnam qui ne soit pas inféodé au monde communiste. Pas un mot sur ses dénonciations de l’URSS et du goulag si ce n’est qu’elles « assouvissaient » ainsi une haine du « soviétisme », haine de mauvais aloi, manifestation de soviétophobie (comme d’autres parlent d’islamophobie) réduisant  à une allergie maladive une opposition légitime au pire ennemi du monde libre : le totalitarisme communiste.

Jean-Gilles travaillait. Il s’était forgé une forte culture historique et théologique. Venu d’une droite nationaliste dans les années 60, il avait évolué ; quand nous l’avions connu et qu’il nous a rejoints, les textes qu’il signait étaient favorables à l’Union européenne et à la démocratie libérale. 

La défense de la liberté était notre combat commun.

Nous nous étions montré solidaires de Jean-Gilles quand la Mairie de Paris contribua à empêcher que se tienne un colloque jugé par elle « militant » et non « scientifique » du fait, notamment, de sa présence parmi les participants. C’était en octobre 2019. Devaient y intervenir entre autres, nos amis Philippe Raynaud, professeur à l’Université de Paris-Panthéon-Assas, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite à Sciences po Paris et Bernard Bruneteau professeur à l’Université de Rennes I.

Sans doute, Jean-Gilles participait-il moins ces derniers temps à nos rencontres et à nos discussions. Il s’était lancé, comme l’expliqua son ami Charles Culbert lors de l’office religieux qui suivit son décès il y a quelques jours, « dans la rédaction d’une saga couvrant cent ans d’histoire », en se concentrant sur la Chine, « un empire énigmatique dont il voulait dévoiler, aux yeux de tous, la face cachée ».

Ce travail est presque achevé. Il le sera bientôt. Quand il paraîtra, nous en rendrons compte dans notre revue, où paraissent ces lignes. Il en a été un des fondateurs. Et nous tenions à saluer amicalement sa mémoire

Pierre Rigoulot, le 15 décembre 2025

15 Déc 2025


Liberté pour Boualem Sansal !

Le monde de la littérature se mobilise pour apporter son soutien à Boualem Sansal, à l’occasion du triste anniversaire de son arrestation et de son incarcération en Algérie. Malade, âgé de 80 ans, condamné à 5 ans d’emprisonnement pour « atteinte à l’unité nationale » [sic], son sort suscite une grande inquiétude.

En octobre dernier, Boualem Sansal était élu à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, qui saluait « la fonction créatrice de l’écrivain qui est inséparable de la liberté dans laquelle elle s’exerce ».

Ce sont ensuite les jurés du Goncourt qui, le 4 novembre, ont réaffirmé leur solidarité avec Boualem Sansal et leur condamnation de toute atteinte à la liberté d’expression et, les jurés du Renaudot qui lui ont, le 7 novembre, unanimement décerné le prix Renaudot poche pour l’édition de « Vivre. Le compte à rebours ».

C’est l’écrivain Kamel Bencheik, proche de Boualem Sansal qui déclare dans une tribune publiée le 9 novembre (JDD) : « On ne l’a pas arrêté pour un crime car il n’y en a pas. […] On l’a enfermé pour une raison simple et terrible : il a pensé librement, et a eu l’audace de l’écrire. […] La libération de Boualem Sansal est un test moral. Elle interroge notre rapport collectif à la liberté de conscience, à la pensée, à la culture. »

Ce sera, le 15 novembre prochain à la Maison de l’Europe, le P.E.N. Club français qui attribuera son Grand Prix à Boualem Sansal, une manifestation importante dont nous publions l’annonce.

Le 20 novembre, la réunion des Amis d’Histoire & Liberté, autour de Philippe d’Iribarne, sera l’occasion de manifester, à notre tour, notre soutien à Boualem Sansal.

Boualem Sansal doit être libéré.

H&L

*

ANNONCE : Le Grand Prix du P.E.N. Club français – Cercle littéraire international décerné à Boualem Sansal le 15 novembre 2025 à la Maison de l’Europe

À l’occasion de la Journée mondiale des écrivains en prison, célébrée le 15 novembre, le P.E.N. Club français – Cercle littéraire international – décernera son Grand Prix à Boualem Sansal, à la veille du premier anniversaire de son arrestation arbitraire à Alger, survenue le 16 novembre 2024, pour l’ensemble de son œuvre et son engagement indéfectible en faveur de la liberté.

La remise officielle du Grand Prix du P.E.N. Club français aura lieu le 15 novembre 2025, à partir de 15 heures, en partenariat avec le Comité de soutien à Boualem Sansal et le journal Marianne, à la Maison de l’Europe de Paris.

10 Nov 2025


Un prix Nobel discutable aux yeux du Monde

María C. Machado

María Corina Machado, une des grandes figures de l’opposition au dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, vient de se voir attribuer le Prix Nobel de la paix 2025. Une interview qu’elle a donnée à Guillaume de Dieuleveult en septembre pour Le Figaro éclaire sa situation – tant politique que personnelle – et celle de son pays.

Elle vit en effet cachée au Venezuela depuis plus d’un an. « Je n’ai aucun contact avec personne si ce n’est par le biais de plateformes sur internet (…) J’y suis contrainte afin de rester en vie : le régime Maduro veut ma tête, sa police est à ma recherche », précise-t-elle. Le 28 juillet 2024, l’opposition avait gagné l’élection présidentielle. Maduro ne l’a pas reconnu et a déclenché, en réaction, la pire vague de répression jamais connue au Venezuela. « Plus de 2 000 personnes ont été incarcérées, explique-t-elle encore, dont des enfants, des jeunes gens, des femmes. Deux jours après les élections, j’ai appris que le régime s’apprêtait à m’arrêter, j’ai donc dû me cacher. »

Elle insiste sur la nature particulière du pouvoir vénézuélien : une dictature totalement investie par des réseaux criminels provenant du monde entier. « Ils ont pris le contrôle de notre territoire, de nos institutions et de nos ressources, dit-elle. C’est pire qu’une dictature : c’est une entreprise criminelle qui a fait du pays un havre pour les régimes iranien, russe et cubain, mais également pour des groupes terroristes du Proche-Orient, des cartels latino-américains et des guérillas. Ils sont tous là et Nicolas Maduro est à la tête de cette structure criminelle ».

Non seulement, comme les régimes totalitaires d’aujourd’hui, le Venezuela contrefait les institutions et les procédures démocratiques, mais il nous suggère fortement de chercher sa vérité du côté de ses amitiés internationales et plus encore de la criminalité mafieuse.

Maria Corina Machado pense donc, non sans fondement, que le type de lutte le plus adapté pour faire tomber ce régime, c’est celui qu’on mène contre la pègre, et en particulier contre les trafiquants de drogue, une lutte que Donald Trump mène déjà. L’arraisonnement et la destruction de navires appartenant à la mafia par la marine américaine lui paraissent donc appropriés. « Je considère que la décision du président Trump est la bonne façon de se débarrasser de ces structures mafieuses, affirme-t-elle. D’autant que le temps presse. Notre pays est à terre. Un professeur au Venezuela gagne entre un et quatre dollars par mois. Un enfant va à l’école deux fois par semaine. Le salaire minimum est de moins d’un dollar par mois ! Les Vénézuéliens meurent de faim. Nous demandons un soutien international pour que cesse cette tragédie. C’est une question de vie ou de mort. Il y a plus de 800 prisonniers politiques au Venezuela. Les familles et les avocats de quelques dizaines d’entre eux ignorent tout de leur sort. »

Le tableau que le nouveau prix Nobel brosse de la situation est terrible : huit prisonniers politiques sont morts du fait de leurs conditions de captivité. Récemment, neuf personnes incarcérées dans la prison de Tocoron ont essayé de se suicider en raison des conditions inhumaines auxquelles elles étaient soumises ». Autre scandale : « la police, ne trouvant pas un militant de l’opposition a jeté sa mère et ses trois enfants en prison pour le forcer à se rendre. (…) La seule chose qui reste au régime, c’est la terreur et la répression, ainsi que quelques milliers d’individus utilisés pour terroriser une société. » Optimiste malgré tout, elle affirme que la peur est en train de changer de camp : « Ils savent que c’est terminé pour eux, que le changement est en cours et que rien ne pourra l’arrêter. ».

Cette opposition radicale à un pouvoir pourtant atroce ne plaît guère au journal Le Monde qui, dans un article consacré à la remise du Nobel à cette femme courageuse, a multiplié les réserves voire les suggestions venimeuses. Après avoir souligné le mécontentement de l’entourage de Trump qui regrettait un choix trop « politique » et noté que le pouvoir vénézuélien voyait dans cette attribution l’approbation de l’action d’un « instrument de l’impérialisme occidental », Le Monde insista lourdement sur la ligne « très droitière » d’une lauréate qui avait soutenu les sanctions américaines contre l’industrie pétrolière de son pays (comme si l’effondrement de la production ne remontait pas aux décisions de Hugo Chavez !) et semblait même souhaiter une intervention américaine. Pas un instant la parole n’a été donnée à Corina Machado. Seuls les opposants critiques de sa radicalité ont été invités à faire part plus ou moins discrètement de leurs réserves : n’est-elle pas une fille de bourgeois éduquée dans une école catholique, demandent certains ? N’a-t-elle pas fréquenté George Bush ? N’a-t-elle pas soutenu, contre le pouvoir de son pays, des mouvements violents coûteux en hommes, s’interrogent d’autres ? N’a-t-elle pas participé à des forums d’extrême droite ? Soutenu l’ultra libéral argentin Javier Milei ? N’a-t-elle pas ouvertement souhaité le renversement de l’actuel régime vénézuélien au moment même où l’armée américaine menaçait d’intervenir ? Ne vaudrait-il pas mieux, comme le disait un autre opposant, favoriser la voie du dialogue et de la négociation ?

Maria Corina Machado eût sans doute répondu que le dialogue et l’opposition respectueuse avaient été tentés en vain depuis longtemps. Mais Le Monde n’a pas souhaité l’entendre s’expliquer.

Pierre Rigoulot, le 21 octobre

21 Oct 2025


Mais si! C’était mieux avant !

Alain Laurent, comme 75 % des Français (sondage ipsos/sopra steria d’octobre 2023 cité par Philosophie magazine), semble plonger dans la « nostalgie du c’était mieux avant ». Sa description dense et implacable de l’état maladif de la société française doit interpeller : ce qu’il nous dit ici haut et fort, nous le voyons et pouvons aussi l’entendre, à bas bruit, autour de nous. S’il est grand temps de mettre fin à ce « déni du réel » qu’il dénonce, et qui ne peut qu’alimenter les fantasmes extrêmes, n’y a-t-il pas tout de même quelques raisons d’espérer ?
Nul doute que son billet d’humeur suscitera le débat. Espérons-le en tout cas, et ouvrons-le.

H&L

Voyage dans une vie courante décivilisée

Au volant, on faisait d’abord attention à la circulation et on ne priorisait pas compulsivement et inconsidérément la consultation de son « doudouphone ».

Sur les chaussées, il n’y avait pas de hordes de cyclistes fous ignorant résolument le code de la route.

Sur les trottoirs, on n’était pas sans cesse percutés par des « zombies » hallucinés des écrans et des écouteurs, ni par des trotinetteurs lancés dans des safaris anti-piétons.

Conduire sans permis ni assurance était rarissime.

Les administrations et les banques disposaient de guichets où on pouvait s’adresser à des personnes humaines  vivantes, de même quand on leur téléphonait – et tout n’était pas  dépersonnalisé au profit de robots et de tyrans numériques dénommés « algorithmes », l’humain a été banni.

Il n’existait pas de bonimenteurs narcissiques appelés « influenceurs » s’efforçant de nous faire prendre les vessies pour des lanternes.

Il n’existait pas de fanatiques antivax, d’obscurantistes anti-science (en particulier des climato-négationnistes) fiers de l’être ni de complotistes voyant partout de sordides conspirations.

Des obsessionnels du « genre » n’avaient pas imposé leurs lubies aux médias et les enfants ne comparaient pas leurs prouesses dans le porno dès 5 ans.

L’absentéisme au travail n’était pas considéré comme un nouvel « acquis social » et on ne sombrait pas pour un oui ou un non dans une insondable « fatigue mentale » ou « burn-out » (les pauvres chéris!).

La notion d’ami » avait encore un sens (comme celle de « communauté », utilisée maintenant pour désigner la clientèle de…Carrefour ou les adorateurs du pissenlit), réservée à des affinités électives fortes –  et pas encore galvaudée sur les réseaux dits « sociaux » aux milliers d’ « amis » virtuels.

La connexion obsessionnelle aux écrans n’avait pas encore décervelé les adolescents tout en les enfermant dans encore plus de mimétisme grégaire.

Il n’y avait pas chaque année des centaines d’actes de vandalisme et de profanation commis contre des lieux de culte chrétiens (maintenant en croissance exponentielle). 

Culture « cultivée » et instruction publique : le trou noir !

Les ados lisaient des livres et ne sortaient pas littéralement incultes et ignares de l’école.

La France figurait dans les premiers rangs mondiaux  des performances scolaires et les élèves n’étaient pas les plus nuls du monde en mathématiques selon les classements PISA.

Obtenir le bac (qui n’était pas surnoté) exigeait des efforts et ce diplôme avait une valeur intellectuelle et sociale reconnue, désormais anéantie.

Une alléguée « éducation positive » aux effets dévastateurs n’était pas devenue l’idéologie officielle de l’ Éducation nationale.

Les enseignants n’étaient pas obligés de s’autocensurer dans leurs cours d’histoire et de français, et n’avaient pas à craindre d’être agressés dans leurs classes et égorgés à leur sortie des établissements.

La plupart des gens se débrouillaient en calcul mental et savaient lire une carte routière.

La musique classiques avait nombre d’adeptes et ça se voyait par exemple dans les rayons spécialisés des Fnac, désormais réduits à peau de chagrin.

On adhérait à l’idée classique du vrai et du faux, on n’était pas encore entrés dans l’ère calamiteuse des « faits alternatifs », de la « post vérité » et des trucages par l’IA.

Les profs ne commettaient pas eux-mêmes des fautes d’orthographe dans leurs appréciations ou au tableau.

On n’avait pas besoin de traquer des travaux d’élèves et d’étudiants stéréotypés produits en masse par une nouvelle divinité omnisciente et occulte dénommée Chat GPT.

La langue française n’avait encore été sabotée de l’intérieur par une horreur linguistique dénommée « écriture inclusive ».

On n’incendiait pas les écoles et enseignants comme élèves ne vivaient pas dans la hantise de harcèlements.

D’infortunés enfants et adolescents ne se suicidaient pas sous la pression de harcèlements scolaires.

Bienvenue au paradis des incivilités et de la violence ordinaires

Pompiers, médecins, pharmaciens et maires étaient respectés de tous et non pas menacés, harcelés et victimes d’agressions physiques sauvages dans l’exercice de leur profession.

Quasi exceptionnel, le refus d’obtempérer n‘était pas devenu un sport national et un nouveau droit de l’homme.

Les femmes n’avaient pas peur de sortir seules le soir venu.

Les fêtes et évènements sportifs nationaux se déroulaient dans un calme total et n’étaient pas devenus autant de prétextes à émeutes et guérillas dites « urbaines » dévastatrices.

Il n’y avait pas de rodéos urbains meurtriers ni de rodéos ruraux détruisant les récoltes.

Il n’y avait pas davantage de « rave party » hystériques foulant les champs et niant le droit de propriété des agriculteurs.

Les commissariats de police et les prisons n’étaient pas les cibles d’assauts à coups de mortiers d’artifice, de voitures béliers, voire de cocktails Molotov et de tirs à balles réelles.

Des barbares ne lynchaient pas les policiers.

Un arrogant narco-trafic et de son armée du tueurs ne s’affichaient pas ouvertement sur nombre de coins de rues et même de villages jusqu’alors sans histoires.

On n’avait pas à craindre les fusillades meurtrières entre narcos qui, chaque semaine maintenant, ponctuent l’actualité (merci aux consommateurs de drogues!).

Aux abords des collèges et lycées, on ne réglait pas ses comptes au couteau en tuant éventuellement sans hésiter son adversaire.

On ne sabotait pas les voies de la SNCF.

Joies du multiculturalisme

Les citoyens français n’étaient pas considérés comme une « communauté » parmi d’autres dans leur propre pays, dont certaines lui sont de plus hostiles et en proie à un racisme anti-Blancs (les « gwerks » = sales blancs en arabe des banlieues…).

Les personnes d’origine étrangère vivaient la plupart du temps comme leurs voisins, on ne voyait pratiquement pas de femmes voilées.

Le mot « assimilation » n’était pas officiellement rejeté et disqualifié comme « raciste ».

On ne voyait nulle part de « mineurs isolés », devenus délinquants ou devant être hébergés, nourris à grands frais et rééduqués (sans succès) par les administrations locales.

Les citoyens français n’avaient nullement le sentiment pénible de souvent devenir « étrangers » dans leur pays natal.

Le sol français n’était pas littéralement submergé par des « clandestins » et autres « sans-papiers » entrés illégalement et de force dans notre pays.

L’aide médicale d’État et l’hébergement gratuit de droit « opposable » en hôtel « social » ne jouaient pas encore le rôle d’attracteurs universels pour tous les migrants du monde.

Il n’existait pas de quartiers urbains excluant de fait les citoyens français « historiques » et encore moins de villes où ceux-ci ne sont plus qu’en minorité (Roubaix, communes du 93…).

Dans un pays consensuellement laïque comme la France, il n’y avait pas de prières collectives dans les rues ni de salles de prière dans certaines entreprises et universités ou les vestiaires sportifs et au cours des matches.

L’idée de « blasphème » semblait définitivement relever de la préhistoire.

Il n’y avait pas davantage de « police des mœurs » (milices privées de fait) forçant, dans les cités, les femmes à se voiler et les jeunes filles à ne pas porter jupes courtes ou pantalons moulants.

La politique étrangère de la France n’était pas l’otage consentante  de la « rue arabe » importée dans notre pays.

Naufrage judiciaire, social, politique et institutionnel

On n’accueillait pas par un éclat de rire consterné des déclarations comme « Il encourt (ou risque) jusqu’à x années de prison » : les peines prononcées contre délinquants et criminels pouvaient alors être  maximales,  effectivement et intégralement exécutées – et non pas comme maintenant automatiquement réduites d’1/3 ou arbitrairement adoucies (sauf pour des personnalités politiques de droite) par un juge de non-application des peines  préférant infliger des… « stages de citoyenneté » ou décider des «classements  sans suite » plutôt que sanctionner (surtout ne pas punir! – et bannir la prison).

Une délétère idéologie de l’excuse n’avait pas socialement et moralement tout corrompu, créant une impunité de fait et favorisant la récidive.

Les prisons n’étaient pas devenues de douceâtres centres de rééducation sociale (avec promenades en forêt, massages et initiations aux arts martiaux) ou de plus sûrs centres opérationnels sécurisés d’où les mafieux peuvent par téléphone continuer leurs trafics et ordonner des meurtres.

Le très gauchiste Syndicat de la Magistrature n’était pas encore devenu le véritable prescripteur de la politique pénale.

Les squatteurs étaient rares, et non protégés par une loi scélérate paralysant leur expulsion ou imposant leur relogement – niant ainsi le droit de propriété des occupants légaux.

L’État-providence demeurait à une place raisonnable et ne s’était pas hypertrophié en État-nounou générant une masse d’assistés de tous poils exigeant d’être toujours plus pris en charge et de bénéficier d’aides sociales (de chèques en tous domaines) sans contribution ni contreparties.

Il n’y avait pas de chômage « de confort » (refus de propositions d’emplois trop matinaux, trop éloignés ou trop « physiques »).

La majorité des citoyens était normalement assujettis à l’impôt sur le revenu, désormais concentré sur une minorité de contribuables, les autres jouissant du statut envié de « non-imposables » (ce jackpot de la démagogie fiscale).

Les emplois étaient pourvus en fonction des compétences et non pas d’appartenances à un groupe donné (selon les préférences édictées par la « discrimination positive »).

Une pleine liberté d’expression régnait en France et la censure idéologique (de plus privatisée) avec dépôts de plainte devant les tribunaux n’imposait pas de taire ses opinions par crainte d’être accusé d’« islamophobie ».

L’extrême droite héritée du pétainisme et de l’OAS tendait à disparaître et ne s’était pas muée en massif national-populisme (grâce à la domination de l’islamo-gauchisme culturel renforcée par la complaisance du « bloc central » qui ne se reconnaissent aucune responsabilité dans ce glissement).

L’antisémitisme (alors toujours d’extrême droite) était lui aussi  alors en cours de régression et n’avait pas été remplacé par un racisme anti-juif d’origine extra-européenne se donnant libre cours avec l’appui des pseudo « antiracistes » de l’extrême gauche.

L’antifascisme gardait son sens classique et ne servait pas d’alibi à un néo-fascisme rouge/vert (recours à la violence brutale dans les rues, volonté de prendre le pouvoir par l’intimidation et la force).

De même, la laïcité conservait son sens initial de protection contre les intrusions liberticides des religions et ne se trouvait pas affadie voire contrefaite par les partisans d’une prétendue « laïcité ouverte » et « positive »,  bouffeurs de « laïcards ».

Le parti socialiste n’avait pas sombré dans le camp anti-laïque et tribal (communautariste), comme ses camarades de LFI (La France Islamiste ?).

Notre pays n’était pas le champion mondial (ou en tous cas de l’UE et de l’OCDE) des prélèvements obligatoires, d’une redistribution forcée et spoliatrice, de la dépense, du déficit et de la dette publics.

Les universités et le CNRS n’étaient pas soumis aux diktats idéologiques du gauchisme (depuis devenu islamo-gauchisme).

France Inter, France TV et l’AFP étaient jadis de vrais services publics, respectant leur obligation déontologique de neutralité et d’impartialité.

Conseil d’État, Conseil constitutionnel et PNF ne s’étaient pas encore de fait transformés en officines politiques orientées, aux décisions biaisées mais frauduleusement labellisées «État de droit» dès qu’il s’agit d’immigration et de politique pénale ou de punir les mal-pensants non « progressistes ».

*       *       *

« Avant » (disons au cours du dernier quart du XXème siècle), ce n’était bien sûr pas le meilleur des mondes et ça n’avait rien d’un long fleuve tranquille à idéaliser rétrospectivement, sur lequel on pouvait se laissait aller1.  Les femmes étaient encore bien souvent traitées en mineures, les enfants volontiers soumis à une éducation conformiste et autoritaire, les homosexuels victimes de discrimination – et le travail corseté dans des hiérarchies rigides…). MAIS pour l’essentiel les règles élémentaires de savoir-vivre ensemble se trouvaient respectées par tous, les « autorités » faisaient preuve d’…autorité quand il le fallait et, surtout, les choses évoluaient dans un sens positif (en médecine en particulier) et avec le renfort de la « tech », avant que celle-ci, dans son délire démiurgique, ne compromette tout avec en plus l’artificialisation des existences.

« Réac », donc, selon le réflexe pavlovien des progressistes béats ? Certes non, car les faits sont là, et le trop répandu déni du réel cher à la mentalité magique n’avance à rien (Cf de Raymond Aron,un « réac » bien connu!!! -Les désillusions du progrès, 1969), y compris pour croire devoir et pouvoir revenir en arrière. En tous cas, grâce à l’emprise subversive du gauchisme et du « libéralisme » culturels puis du wokisme (néo-féminisme et « genrisme », pédagogisme, angélisme judiciaire, immigrationnisme, droit-de-l’hommisme, antiracisme dévoyé, démagogie du social, multiculturalisme relativiste et pro-islamiste…), les bienvenues améliorations apparues « avant » n’ont pas tardé à se retourner en leur contraire en générant de multiples effets pervers et donc de franches perversions individuelles et collectives. Ce qui était impensable il y a encore peu de temps a pris corps sous nos yeux, en raison de la forfaiture des institutions qui sont la clé de tout (justice et éducation, corrompues par des idéologies laxistes et nihilistes), mais aussi de l’irresponsabilité délétère d’une majorité de nos ex-concitoyens (consommation croissante de stupéfiants, phobie du travail, mentalité d’assisté demandeur de toujours plus d’aides, hyper-tolérance, addiction forcenée aux écrans abrutissants, mépris des règles élémentaires de civilité…) : une auto-infantilisation d’« atmosphère » qui ne provient pas forcément du seul État mais que celui-ci a laissé faire et récupère à son profit.

Face à cette chienlit tissée d’ensauvagement et d’avachissement (pardon aux vaches), on finit par se sentir vivre dans une dystopie molle – celle d’une « décivilisation » en règle où on marche sur la tête. Et il faudrait défendre « ça », et se réjouir d’y « vivre ensemble » !?

Bon vent pour voguer vers davantage encore d’hyper-modernité et ses radieux lendemains qui chantent!

Alain Laurent, le 20 octobre 2025


  1. C’est bien pourtant ce que croient trop légèrement ceux qui  (à bien des égards des « enfants gâtés » narcissiques), aujourd’hui, vomissent les « boomers » et retraités et en font des boucs émissaires faciles de leurs turpitudes. « Avant », c’était d’ailleurs aussi des maladies encore non guérissables, tout le monde était loin d’avoir une automobile et il fallait trimer dur pour avoir les moyens d’en acheter une  (ou se priver de pas mal de choses pour devenir propriétaire de son logement, ça ne tombait pas du ciel!). MAIS on savait ne pas se plaindre inconsidérément, les relations avec autrui demeuraient saines et on se sentait en sécurité sur tous les plans : c’était le plus important.  ↩︎

20 Oct 2025