La réélection de Lula au Brésil au miroir de la gauche française

Philosophe et politologue, notre amie Renée Fregosi est Présidente du CECIEC, le Centre Européen pour la Coopération Internationale et les Échanges Culturels, créé en décembre 1990 (son dernier ouvrage paru: Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éd. Intervalles, 2025). Elle nous a transmis ce «billet d’humeur», que nous publions avec plaisir.

Tandis que le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne laissait entrevoir «la fin de l’ère Lula», celui-ci a remporté le second tour avec plus de 51% des voix contre son jeune concurrent d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Certes, les suspicions de fraudes et d’achats de votes par des partisans de Lula ne sont sans doute pas sans fondement tant il est vrai que la corruption a davantage marqué la dernière présidence de Lula que le progrès social. Mais le spectre de la longue dictature (1964-1985) vantée par l’ex-président condamné pour tentative de coup d’État, Jair Bolsonaro, père du candidat perdant, a dû contribuer au basculement de dernière minute en faveur de Lula.

La gauche en France a donc fêté la victoire de «l’icône de la gauche latino-américaine» en y projetant sa propre image. Or, si les Bolsonaro sont bien les héritiers des militaires putschistes, il est fallacieux de les identifier à une supposée «extrême-droite» française. Si le programme économique du RN est illusoire (réformable au demeurant en cas d’arrivée au pouvoir) et surtout si l’abandon annoncé du soutien à l’Ukraine est inacceptable, Marine Le Pen n’est en rien inspirée par un quelconque fascisme ou pétainisme et ne manifeste aucun penchant pour le coup d’État. En revanche, la dérive affairiste et clientélisme de la gauche brésilienne, comme l’adoption par Lula de toutes les thèses anti-occidentales et anti-Israël du Sud global, et ses accointances russes, chinoises et iraniennes, tendent à mettre en garde contre ses admirateurs en France.

Renée Fregosi, le 2 novembre 2026

2 Nov 2026


Le bloc central bloqué ?

(tribune publiée mercredi 28 octobre 2026 sur  le site en ligne du Figaro)

Triste époque. Un académicien prend ses distances avec un colloque d’historiens sur Jacques Bainville au prétexte que ce dernier était maurassien dans les années 30. Des politiques et des syndicalistes manifestent contre la tenue du Congrès du RN à Orléans sous-entendant qu’il constituerait une menace pour la République. Faudra-t-il bientôt présenter à la gauche une demande d’autorisation pour tenir une réunion ? Saurait-elle mieux que les autres où et chez qui nichent les prises de position les plus dangereuses pour la démocratie? L’invective, l’appel au soulèvement («antifasciste» évidemment) devraient-ils tenir lieu de débat ?

Il y a mieux à faire pour s’opposer au Rassemblement National, comme lui objecter explicitement le danger représenté par ses positions sur l’Union européenne et sur l’Ukraine. Pour économiser quelques sous, faudrait-il laisser avec M. Bardella ou/et Mme Le Pen, le dictateur russe écraser sous ses missiles une population qui veut vivre démocratiquement ? Et pour sauvegarder la totalité de notre souveraineté que les dirigeants du RN disent défendre, faudrait-il s’en prendre à la seule Union qui peut nous permettre de palier la triple hostilité de la Chine dite populaire, de la Russie poutinienne et des délires trumpistes? Voilà les objections à avancer au lieu de s’associer à l’extrême gauche mélenchoniste qui se préoccupe de la démocratie comme d’une guigne tant dans son propre fonctionnement – à la mode chaviste – qu’envers l’Union européenne et l’Ukraine où, justement, elle rejoint l’extrême droite.

Extrême droite et extrême gauche, mais aussi trop de gogos ignorants, adeptes du misérabilisme, capables de manifester sans honte au lieu de discuter, d’objecter, voire de polémiquer, voilà les vraies menaces contre la démocratie.

Plus grave encore, peut-être, on peut se demander ce que font pendant ce temps, les candidats issus du «bloc central» et de son voisinage proche à l’élection présidentielle. On n’entend guère M.Glucksman ni même M.Philippe, ni M.Attal vers lequel allait jusqu’ici mes préférences! Réveillez-vous, vous qui vous présentez comme défenseurs de la démocratie libérale! Discutez entre vous et même avec vos adversaires quand c’est possible. Il sera temps de s’entendre ensuite sur un seul candidat! Parlez de la situation financière catastrophique de la France et de son origine. Il est en trop facile – et vous le savez – de faire porter au seul Emmanuel Macron la responsabilité de la situation actuelle du pays au prétexte qu’il est à sa tête depuis bientôt dix ans. Nous sommes encore en démocratie; l’opposition y joue son rôle et elle a fait échouer la réforme des retraites. Le pays ne s’en sortira pourtant que si les Français travaillent un peu plus longtemps. Il faut le dire et le redire. Comme des enfants gâtés, les manifestants veulent que l’Etat leur donne plus, toujours plus alors qu’il n’a plus rien. La France est balayée par l’infantilisme. Voilà pourquoi elle ne fait pas la moindre objection aux revendications lycéennes! Au lieu de ramener ces jeunes sur terre, et de participer à leur éducation, justement, on reproche au Président et au Premier ministre de ne pas exaucer leurs rêves. Non, les blocus ne sont pas un mode d’expression démocratique ! Parcoursup peut sans doute être amélioré mais pas abandonné d’un coup. Et l’on peut travailler à 35 par classe si des perturbateurs ne s’y opposent pas.

L’aveuglement sur les méthodes et le temps qu’il faut pour apporter des améliorations au système éducatif est effarant. Y’a qu’à! Faut qu’on! Et tout de suite!

Une fois de plus : pourquoi personne dans le «bloc central» ne prend ses distances avec les soi-disant «bonnes manifs», celles des lycéens derrière lesquelles avancent, comme d’autres derrière des boucliers humains, tant d’adversaires de la démocratie?

Pierre Rigoulot, le 28 octobre 2026

28 Oct 2026


De Mao en Mélenchon: feu sur le quartier général!

(tribune publiée mercredi 21 octobre 2026 sur  le site en ligne du Figaro)

On hésite à asséner une analyse sûre d’elle-même tant sont nouvelles les images qui nous parviennent. On n’avait pas vu de prof à terre frappé par des jeunes, lycéens ou étudiants, depuis 60 ans. C’était en Chine pendant la révolution culturelle.

Les agresseurs de 1967 pensaient leur violence légitime : les « réactionnaires » qu’il frappaient défendaient un monde passé et dépassé, celui des opposants à la Cause du peuple. Voilà qui justifiait quelques coups de pieds dans les têtes et dans la figure, non ?

Les agresseurs de 2026 ne se justifient pas tout à fait de la même façon. Ils se plaignent surtout des souffrances (le mot est souvent utilisé), oui : des souffrances qu’on leur inflige. Travailler dans une salle de classe chaude l’été et froide l’hiver, l’inhumanité de l’injonction est patente.

Il s’agit au fond pour ces jeunes de se défendre contre une entreprise cruelle : les faire travailler 8h par jour ! Les priver de vie sociale ! Les obliger à passer par un « Parcoursup » qui donne la priorité à ceux qui ont un bon dossier, n’est-ce pas sélectif, insupportable, voire fascisant ?

Voilà qui justifie une fois de plus – parce qu’elles sont donc défensives – des réactions violentes. Mélenchon, comme jadis Mao Tsé toung, appelle en conséquence « les jeunes » à briser ce vieux monde qui s’acharne contre eux, affirmant que pour construire, il faut d’abord détruire. D’abord l’incendie d’un lycée puis la construction d’un nouveau ? L’incendie d’une mairie puis l’ouverture d’une nouvelle ?

Si l’on comprend bien, à construire sans violence ni incendie préalables, on marche sur la tête : le monde nouveau nait des affrontements, c’est bien connu depuis Héraclite, comme Mélenchon le rappelait lui-même à Clermont samedi dernier.

Et ses lieutenants le savent aussi qui soulignent que la violence est légitime (celle qui accouche de l’Histoire sans doute avec cette précision fine que si l’on peut atteindre son but sans violence, c’est encore mieux : classes dominantes, rendez-vous !).                         

Reprenons le fil des événements. Au départ, un lycée manque d’enseignants et manifeste. Il doit toucher un point sensible car d’autres établissements se joignent à lui d’une manière qui met assez vite en cause le « narratif », comme on dit aujourd’hui, proposé par les acteurs du mouvement, narratif qui distingue de braves lycéens « exigeant » de meilleures conditions d’études et de très méchants éléments venus d’ailleurs, qui cassent pour casser. Les blocages d’établissements scolaires avec des poubelles parfois enflammées n’ont-ils vraiment rien à voir avec des lycéens ? Ni les profs frappés, ni les proviseurs agressés ? Et faut-il toujours imaginer des « majeurs » venus d’ailleurs alors qu’on a tous vu ce gamin de moins de 15 ans mettant le feu à un aérosol pour brûler le visage d’une femme qui appelait au calme ?

La frontière est très poreuse en fait entre les différentes catégories qu’on croit relever pour se rassurer : agneaux lycéens en quête de bonnes conditions de travail / éléments brutaux qui-n’ont-rien-à-voir-avec-les-manifestants-pacifiques / policiers violents.

D’autres catégories sont d’ailleurs apparues ensuite : les syndicalistes et les parents, manifestants calmes et modérés,  puis les « casseurs » déjà évoqués mais qui, depuis les émeutes du 17 octobre, se divisent en « black blocs », ou « ultra-gauches » qui cherchent à affaiblir l’odieux régime capitaliste que nous subissons tous en détruisant quelques parcelles de son fonctionnement (agences bancaires, mobiliers urbains, véhicules de sapeurs-pompiers, etc.), eux-mêmes devant être distingués des « pilleurs d’opportunité », parfois appelés « racailles », comme on le dit des bandes violentes des « cités » au sein desquelles on trouve nombre de jeunes issus de l’immigration. Les médias hésitent à les reconnaître de peur d’être jugés « racistes ». Cela n’a pourtant rien de raciste de faire ce constat : les pillages auxquels se livrent ces jeunes signent avant tout l’échec de leur éducation et de leur intégration, échec dont ils ne sont pas les seuls responsables. 

Retour à l’Ecole donc et à une question difficile car pas plus qu’elle n’est faite pour lutter contre les inégalités sociales, l’Ecole n’est faite seulement pour que soient mieux socialisée les gamins « difficiles », qu’ils soient ou non immigrés, enfants d’immigrés ou de familles en difficulté.

Pourtant, les valeurs qui y sont défendues – laïcité, liberté individuelle, respect du savoir – contribuent à cette intégration ou devraient y contribuer. Et ce n’est pas seulement, comme on aime le rappeler à la CGT ou à la FSU, une question de moyens mais avant tout une question de promotion de valeurs et de principes – Etat de droit et démocratie, des termes qu’on a peu entendus depuis le début du mouvement et ses blocages de lycées.

Le modèle des blocages, ici encore, c’est celui de la lutte, de la lutte d’une classe contre une autre et l’adhésion à un modèle anti-démocratique dans lequel se complaisent les apprentis petits chefs de bande qui signent leur infantilisme en brûlant des poubelles. Les gamins aiment jouer avec le feu. Les gamins aiment « foutre la merde » (même s’ils se plaignent de manquer de papier-toilette !) C’est d’ailleurs pourquoi Charles Fourier, un socialiste du XIXe siècle affectait dans son utopie les enfants à la gestion municipale des ordures…

Verrons-nous, à mesure que seront mis à jour les ressorts du mouvement que nous vivons, d’autres catégories apparaître ? Derrière les casseurs et les pilleurs, apprendrons-nous par exemple que des militants islamistes désireux d’en découdre avec la France des incroyants ont poussé aux dégradations ? La question mérite d’être prise au sérieux même si ce n’est pas la seule à prendre en considération. Ni la plus importante : la manière dont l’état des finances publiques est glissé discrètement sous le tapis me semble au cœur du problème et donne au vieux slogan de 1968 « Soyons réalistes, demandons l’impossible », une actualité disons-le, franchement tragique. A gauche en effet, et ailleurs, on se gargarise du délabrement de la France auquel ont conduit 10 ans de macronisme, délabrement que subissent les manifestants sages et dont profitent les pilleurs et les casseurs. Et n’allez surtout pas objecter que le dénuement de l’Etat est le fruit direct du refus par la gauche, social-démocrate ou extrême, comme de la droite extrême, de réformer le système des retraites ! L’argument mérite pourtant d’être avancé et interroge la lucidité de toute l’opposition au Président de la République – à moins bien sûr que certains des composants de ladite opposition souhaitent l’effondrement du système et de son quartier général. Tout comme l’ultra-gauche, pourtant publiquement honnie.

Pierre Rigoulot, le 20 octobre 2026

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20 Oct 2026


Le numéro d’automne de Commentaire vient de paraître.

Couverture Commentaire n°195 - Automne 2026

Histoire et liberté, le 11 septembre 2026

11 Sep 2026


C’est la rentrée.

C'est la rentrée !

C’est la rentrée. Les deux mois qui l’ont précédée ne sont pourtant pas restés vides. La guerre entre l’Ukraine et la Russie a pris un tour grave et Trump n’a rien réglé au Moyen-Orient face à l’Iran. La plupart des hommes politiques français évitent d’aborder ces sujets qui touchent pourtant, dans les deux cas, à l’avenir du monde libre – une expression que d’aucuns parmi nos amis trouveront passéiste, cette réaction jetant une ombre grise sur la puissance de conviction démocratique des démocrates eux-mêmes, mais passons. La majorité des hommes politiques, de gauche comme de droite, condamnent l’agression russe mais ne s’y attardent guère alors que j’en ferais volontiers un critère légitime de choix de notre candidat aux élections présidentielles françaises. Le Rassemblement national et la droite souverainiste, ainsi que LFI, ne s’y attardent pas non plus et l’on attendra en vain une claire condamnation de leur part de l’agression russe. Emmanuel Macron me semble bien seul dans ses déclarations de solidarité avec Kiev et dans ses promesses d’aide.

C’est un « front » plus large qui condamne l’action de Donald Trump au Moyen-Orient. Sans aucun doute, ce dernier prête le flanc à toutes les réserves et à toutes les critiques. Mais qu’ont donc fait ses prédécesseurs pour empêcher l’Iran d’être plus que jamais en mesure d’acquérir l’armement atomique? Qu’ont-ils fait qui puisse être avantageusement opposé à la conduite brouillonne du président républicain? Avant toute réflexion, on condamne Trump sans se demander si la nature de ce à quoi il s’oppose, l’islamisme, n’oblige pas à participer à son combat. Tactiquement, il ne serait pourtant pas difficile de se démarquer de l’agité du bocal de Washington. Stratégiquement, l’islamisme, le nazisme de notre temps, l’emporte en dangerosité et en malignité, sur l’Amérique de Donald Trump, ennemie du totalitarisme iranien et alliée d’Israël. Il faut donc le combattre.

Même parmi nos amis, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Et il conviendra en effet d’affiner et de confronter nos analyses. La question de la solidarité avec Israël, liée à celle de l’islamisme, est brouillée : beaucoup trop, dans le public, parlent de défendre la Palestine alors qu’ils défendent en fait le Hamas, qu’on peut voir comme l’ennemi conjoint des Palestiniens et des Israéliens. Pire, peut-être : ils parlent de « génocide » israélien alors qu’il s’agit d’une guerre, certes affreuse, où les forces islamistes ont décidé de s’abriter au sein d’une population pas toujours solidaire des terroristes.

Pour ajouter à la complexité, dans le cadre de la campagne pour la présidentielle qui commence, de trop nombreux citoyens critiquent rituellement LFI pour son seul antisémitisme. En réalité, LFI n’est pas seulement antisémite, elle et dangereuse sur le plan économique (absurdité de sa « suppression » de la dette), naïve (elle veut faire « payer les riches »), menaçante (pour nos institutions qui ne comptent pour rien face à la « légitimité populaire » dont elle se prévaut), enfin complaisante envers la Russie et la Chine (engagées dans une lutte à mort contre les démocraties libérales). Ce pourquoi nous nous y opposons radicalement.

On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ?

Pierre Rigoulot, le 2 septembre 2026

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On ne rend pas les armes avant la bataille.

Pour ce qui concerne directement le cercle auquel s’adresse Pierre Rigoulot et dont je fais partie, je crois pertinent de s’en tenir aux deux derniers paragraphes de son tour d’horizon

« On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ? »

1° la « défense de la démocratie libérale de l’Europe et du monde libre » qui sera ma boussole ne me fera voter au premier tour ni pour le RN ni pour LFI.

Que je ne ne revoie cependant pas dos à dos.

L’élection de l’un des deux serait un mauvais coup pour l’EUROPE mais pas au même degré. Le national-populisme de Marine Le Pen est moins hostile et est plus susceptible d’évoluer (vers la position de Meloni par exemple)

2° comme l’a dit Jean-François Copé à la télévision, on répondra à cette question en temps voulu et seulement si elle s’impose. 

Pour l’heure – c’est moi qui parle – on se bat sur deux fronts sans les confondre ni dans leurs idées ni dans leur dangerosité

On ne rend pas les armes avant la bataille.

André Senik, le 11 septembre 2026

2 Sep 2026


Les lectures de Xi Jinping

La méfiance du monde occidental à l’égard de la Chine est associée à l’extraordinaire développement économique et militaire de la Chine, en passe, et avec une rapidité stupéfiante, de rattraper, et même de dépasser dans certains domaines les Etats-Unis.

Cette perception inquiète de la Chine ouvre une conjoncture particulièrement dangereuse sur le plan géopolitique selon Graham Allison, professeur émérite à Harvard et conseiller de plusieurs présidents américains, qui la désigne sous le nom de « piège de Thucydide », ainsi que l’a rappelé le n°1 chinois Xi Jinping lors de la récente visite de Donald Trump en Chine1.

Le développement très rapide de la puissance chinoise et les sentiments d’inquiétude qu’il suscite sont les deux mâchoires, de ce redoutable « piège » qui associe d’une part des données objectives facilement mesurables en termes de PIB, de production d’acier ou d’ordinateurs, et d’autre part des réactions affectives. Ce piège fonctionnait déjà il y a 1500 ans puisqu’il se referma sur Sparte et Athènes. Sparte, puissance dominante, finit par déclencher la guerre lorsqu’elle elle se sentit trop menacée par Athènes, puissance montante. Telle fut l’origine de la guerre du Péloponnèse.

Allison revient souvent sur cette guerre fameuse de l’Antiquité. Mais il examine aussi bien d’autres cas – seize exactement – de fonctionnement et parfois de dysfonctionnement du « piège ». Tout au long de l’histoire, des puissances montantes provoquant l’inquiétude des puissances dominantes de l’époque, la guerre s’est profilée à l’horizon. Et a même souvent éclaté : sur les 16 cas examinés, 12 se sont terminés par une guerre.

Aux yeux d’Allison, il n’est pas nécessaire d’entrer dans l’analyse du régime politique chinois. C’est son développement global qui importe et le type d’impact qu’il peut avoir sur l’opinion publique et les « décideurs » des Etats-Unis. Une sorte d’effet mécanique se produit, comme si, au-delà d’un certain seuil d’angoisse – et de rationalisations de cette angoisse sous la forme de préjugés hostiles, de critiques, de menaces – la guerre se déclenchait.

Le facteur déterminant du surgissement du « piège de Thucydide », c’est la modification du rapport de puissance entre deux pays concurrents, quelle que soit leur nature politique. Dans l’exemple que Thucydide commente, l’Etat dominant qui craint pour sa domination, c’est Sparte, une machine guerrière de premier ordre qu’affole la montée en puissance de la démocratique Athènes, protectrice des arts et des lettres. Sans doute, sa démocratie est élitiste, mais elle est bien réelle alors que l’Etat qui se sent menacé, c’est Sparte la militariste. C’est ce sentiment de menace qui explique que Sparte ait opté pour la guerre, une guerre poussée par l’intérêt national, la peur et le sens de l’honneur amenés à leur paroxysme.

Peut-on procéder à une analyse du même type des rapports entre la Chine et les Etats-Unis ?

Ceux-ci doivent tenir compte du fait que la Chine dirigée par Xi Jinping veut, fondamentalement, retrouver sa grandeur passée, un rêve de prospérité et de puissance. Pour y parvenir, le président chinois veut revitaliser le PCC, restaurer le nationalisme, maintenir une croissance rapide, réorganiser l’armée. Cette montée en puissance programmée concerne tous les domaines en même temps.  Le projet fameux des nouvelles routes de la soie est à la fois d’ordre économique et géopolitique, civil et militaire

Mais le choc majeur, l’opposition la plus flagrante, le terrain le plus propice à des incompréhensions, des désaccords, et donc des affrontements entre la Chine et les Etats-Unis, est d’ordre culturel. A l’individualisme américain, à son attachement à la liberté et à l’égalité de droits s’oppose l’ethos confucéen valorisant l’autorité, la hiérarchie, la subordination des droits et des intérêts individuels.

Aux références propres à la Chine, les Américains opposent une référence universelle. Ils ne défendent pas leurs valeurs, disent-ils, mais des valeurs universelles.

Le danger engendré par de telles différences est bien réel : ce qui est en cause, c’est la légitimité du pouvoir adverse.

Certes, « la guerre entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas inévitable », dit Allison. Elle est seulement possible. Mais un événement fortuit, inoffensif dans un contexte autre que la tension sous-jacente induite par l’essor incontrôlable de la Chine, peut déclencher un conflit à grande échelle.

Que faire ? Le problème est incontournable : « il n’y a pas de solution à la résurgence spectaculaire d’une civilisation vieille de 5000 ans forte d’une population d’un milliard quatre cent millions individus, dont le développement économique est sans commune mesure avec celui des Etats-Unis ».

Cette progression de la Chine, fait en tout cas, « qu’il devient de plus en plus difficile d’assurer la pérennité d’un monde dirigé par les Etats-Unis ».

Pierre Rigoulot, le 27 mai 2026

  1. Graham Allison : Vers la guerre, L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? Odile Jacob éd., Paris 2019, 29,90 euros. Un compte-rendu en fut donné en 2020 dans l’excellente revue en ligne Telos. ↩︎

27 Mai 2026


RUSSIE : dernière étape de la lobotomisation par le Kremlin de la mémoire du peuple russe

L’association de défense des droits de l’homme HWRF (Human Rights Without Frontiers) vient de publier ce 4 mai 2026 un article important, suite à la qualification d’« extrémiste » par la Cour suprême de Russie de l’association Mémorial, et donc à son interdiction. Nous en publions la traduction française ci-dessous :

Lors d’une audience à huis clos tenue le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a qualifié le Mouvement public international Memorial d’« extrémiste » – une appellation fourre-tout utilisée par le gouvernement pour interdire toutes les organisations liées à Memorial – et a interdit ses activités dans le pays. Il s’agit de l’étape finale de la lobotomisation de la mémoire du peuple russe par le Kremlin.

Cette décision couronne une campagne menée pendant des années contre Memorial, fondée à la fin de la période soviétique et devenue depuis une communauté de dizaines d’organisations sœurs opérant en Russie et à l’étranger.

« Plus jamais de régime totalitaire en Russie » était l’objectif de Memorial, lauréat du prix Nobel de la paix 2022.

De « l’agent étranger » à « l’extrémisme » (2014-2026)

En mai 2014, une des associations, le « Centre des droits de l’homme Memorial » basé en Russie, avait été désignée comme « agent étranger » en raison de financements étrangers et d’activités politiques présumées. Elle était ainsi contrainte d’étiqueter tous ses supports d’information comme tels et faisait l’objet d’audits intensifs.

Par la suite, les autorités russes ont également qualifié plusieurs autres organisations composant Memorial ainsi qu’une vingtaine de leurs collaborateurs d’« agents étrangers ».

En décembre 2021, la Cour suprême a dissous Memorial International et le Centre des droits de l’homme Memorial.

Les motifs invoqués étaient des violations répétées de la loi sur les agents étrangers, notamment ce qui concerne l’étiquetage des documents. Le parquet a accusé l’organisation de « spéculer » sur le thème des répressions politiques et de créer « une fausse image de l’URSS comme État terroriste ». Ces décisions ont suscité une réaction internationale de grande ampleur.

De nombreuses personnalités publiques en Russie et à l’étranger ont alors exprimé leur soutien à Memorial et à ses structures. Parmi elles figuraient les lauréats du prix Nobel Mikhail Gorbachev et Dmitry Muratov, l’écrivain et acteur Stephen Fry, le dramaturge Tom Stoppard, le journaliste Vladimir Pozner, ainsi que plusieurs dizaines d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie.

L’Union européenne et les États-Unis ont condamné également le démantèlement de Memorial.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a regretté la décision de dissoudre Memorial, qui « jouait un rôle important dans la préservation de la mémoire de la répression politique et des violations des droits humains ». Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a déclaré que cette dissolution reflétait « une réduction rapide de l’espace accordé à la société civile indépendante, aux médias et aux activistes défenseurs de la démocratie en Russie ». Il a appelé les autorités russes à cesser de harceler les défenseurs des droits humains.

De 2021 à 2026, les différentes structures de Memorial ont continué à fonctionner sans enregistrement officiel.

En février 2026, le ministère russe de la Justice a ajouté l’Association internationale Memorial (basée en Suisse) et la fondation allemande Zukunft Memorial à la liste des « organisations indésirables ».

Répression contre les gardiens du temple de la mémoire

Un hommage particulier doit être rendu aux nombreux gardiens du temple de la mémoire, connus ou anonymes, qui ont œuvré à collecter et à préserver les preuves des atrocités perpétrées sous le régime communiste totalitaire.

Mentionnons quelques victimes emblématiques parmi tant d’autres…

En 2009, Natalia Estemirova, chercheuse au bureau de Memorial à Grozny (Caucase du Nord), qui enquêtait sur des enlèvements et des meurtres en Tchétchénie, a été kidnappée et retrouvée assassinée en Ingouchie. Sa mort bouleversa la Russie, mais les commanditaires n’ont jamais été identifiés. Selon le président du conseil du Centre des droits de l’homme Memorial, Oleg Orlov, les autorités de la République tchétchène seraient derrière ce meurtre. Il a également déclaré que Ramzan Kadyrov avait personnellement menacé la militante.

Le cas de l’historien Youri Dmitriev, chef de la branche carélienne de Memorial et chercheur sur les fosses communes de Sandarmokh et Krasny Bor, a suscité aussi une vive émotion. Âgé aujourd’hui de 70 ans, Youri Dmitriev est jugé depuis 2018. À l’issue de multiples procédures, il a été condamné à 15 ans de prison et, si les décisions sont maintenues, il ne sera libéré qu’en 2032. Ses soutiens affirment que ces poursuites sont liées à son activité en faveur des droits humains et à son travail de mémoire sur les victimes de la répression URSS.

L’Union européenne, ainsi que des scientifiques et artistes de divers pays, ont demandé sa libération. Le 31 mars 2026, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a ordonné à la Russie de lui verser une indemnisation pour le préjudice moral causé par une détention provisoire excessivement longue et pour l’absence de procès équitable. Youri Dmitriev a reçu de nombreuses distinctions internationales.

Le 18 mars 2019, Oyub Titiev, responsable du bureau tchétchène de Memorial, a été condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire pour possession présumée de drogue.

Le 23 mai 2023, le défenseur des droits humains Bakhrom Khamroev, collaborateur de Memorial, a été condamné à 13 ans et 9 mois de prison pour des accusations à motivation politique, notamment « appels publics au terrorisme » et « participation à une organisation terroriste ».

Le 27 février 2024, le coprésident de Memorial, Oleg Orlov, a été condamné à 2 ans et demi de colonie pénitentiaire pour « discrédit répété de l’armée ». Il a été libéré le 1er août 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie, la Biélorussie et cinq pays occidentaux.

Le 4 avril 2024, Alexander Chernyshov, ancien président du « Centre de la mémoire historique » de Perm, a été condamné pour « tentative de contrebande de biens culturels ». Les archives de Memorial de Perm ont dû être transférées aux archives d’État russes.

Le 19 août 2025, Sergei Davidis, membre du conseil d’administration de Memorial, a été condamné par contumace à six ans de prison pour « justification du terrorisme » sur Internet. Il vit aujourd’hui en Lituanie.

Destruction en Russie des monuments à la mémoire des victimes des répressions soviétiques

On peut espérer qu’un jour de tels monuments seront érigés dans toutes les régions de Russie où Memorial était présent. Pour l’instant, Moscou continue au contraire de détruire les monuments dédiés aux victimes des répressions soviétiques.

En avril 2026, lors de la « Journée de commémoration des victimes du génocide du peuple soviétique », la « Pierre du Chagrin » (une arche en marbre et un bloc de granit gris), monument dédié aux victimes des répressions soviétiques, a été subrepticement rasée en une nuit.

D’autres pierres commémoratives, érigées à la mémoire des Polonais, Estoniens, Lettons, Lituaniens et Kalmouks déportés en Sibérie pendant l’occupation soviétique ont également été détruites à Tomsk.

PS : Au lendemain de cette interdiction de Mémorial, HWRF demande la libération des membres de l’association, tous défenseurs des droits humains. Cette libération pourrait éventuellement s’effectuer dans le cadre d’un échange international de prisonniers comme cela s’était fait pour Oleg Orlov en 2024. H&L s’associe évidemment à cette proposition.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Conférence-débat : après l’« enlèvement » de Caracas

Mardi 20 janvier 2026 à 18h00, Café du Pont-Neuf, 14 Quai du Louvre – Paris 1er

La chute d’un dictateur soutenu par Vladimir Poutine, un dictateur qui a causé tant de souffrances parmi la population du Venezuela ne pouvait que nous réjouir. Mais l’évènement a été, jusque dans nos rangs, interprété de différentes manières.

Il n’a été question ni de démocratie ni de dictature dans les déclarations de Donald Trump mais seulement de narcotrafic et surtout de pétrole. Pourquoi ? Parvenir à la démocratie est-il hors-sujet pour les Vénézuéliens ou s’agit-il de ne pas répéter les erreurs commises en Irak par une transition trop hâtive ?

Tentons une image un rien baroque : l’annonce réjouissante, le 8 janvier, de la libération de nombreux prisonniers politiques indique-t-elle que l’arbre du pétrole ne doit pas cacher la forêt de la démocratie ?

En tout état de cause, quelles conséquences géopolitiques peut-on espérer ? Existe-t-il un réel fil conducteur dans la politique étrangère de Donald Trump et, dans ce cas, ce qui se passe en Amérique latine peut-il rejaillir sur Cuba ou sur cette autre dictature que constitue le Nicaragua de Daniel Ortega ? Enfin, est-ce que la doctrine Monroe revisitée par Washington (la « doctrine Donroe » comme dit le spirituel occupant de la Maison Blanche) peut sortir de son cadre géographique, et avec quelles conséquences, concerner l’Iran ou l’Ukraine ?

Pour que nous puissions débattre de ces questions en bénéficiant d’informations précises sur le continent sud-américain d’aujourd’hui, nous avons demandé à Renée Fregosi, qui a été enseignante chercheuse à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, auteur notamment d’un ouvrage récent sur les dictatures, Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, et familière de nos rencontres, de prendre la parole dans notre salle habituelle du Café du Pont-Neuf mardi 20 janvier à 18 heures.

Vous y êtes très cordialement conviés.

H&L, le 16 janvier 2025

16 Jan 2026


Les tribunaux russes passent. La justice trépasse (suite)

Toujours sur la base des recherches de l’association russe OVD-info, nos amis belges de Human Rights Without Frontiers,  nous communiquent les faits suivants pour les mois d’octobre et novembre

17 octobre 2025

Bien que sérieusement malade, un témoin de Jehovah a été condamné à 7 ans de prison en vertu de l’article 282.2 du code pénal (mise en œuvre d’activités d’une organisation extrémiste).

Un chargeur de bois de Saint-Pétersbourg a été condamné à 8 ans de prison pour des messages postés sur une page interdite en vertu de l’article 280 du code pénal (appels publics en faveur d’une activité extrémiste via internet), de l’article 207.3 du code pénal (diffusion de nouvelles connues pour fausses sur l’Armée russe, motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282.2 (mise sur pied des activités d’une organisation extrémistes via internet).

Un apiculteur du Bachkiristan (au sud de l’Oural) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 du code pénal(violence dangereuse sur la personne d’un représentant de l’autorité et de l’article 212, 2ème partie du code pénal (organisation de troubles publics et incitation à ce que d’autres commettent de tels actes).

20  octobre 2025

Le chef d’une communauté ouzbek inculpé pour diffusion d’une image représentant des coqs a été condamné à près de deux ans de prison en vertu de l’article 321 du code pénal (rupture des activités  d’une institution correctionnelle en lien avec un membre du personnel).

21 octobre 2025

Un inculpé dans une affaire de jet de boules de neige lors d’un meeting  à Baymak (une ville du Bachkiristan de 20 000 habitants) a été condamné à 3 ans et sept mois de prison en vertu de l’article 318 (violences dangereuses pour la vie et la santé d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212 du code pénal

22 octobre 2025

Un anarchiste inculpé a été condamné dans une deuxième affaire le concernant à 5 ans de prison en vertu des articles 280 et 205.2 du code pénal (incitation publique à participer à une activité terroriste  et justification du terrorisme) ainsi que de l’article 214 du code pénal (vandalisme commis par un groupe de personnes dans le but de conspirer ou sur la base de la haine ou d’opposition politique, idéologique, racial, national -ou religieuse.

27 octobre 2025

Une femme de Saint-Pétersbourg a été condamnée à deux ans de prison pour une vidéo où elle brulait son passeport. Condamnation  en vertu de l’article 213 (vandalisme commis  sur la base de la haine ou d’un combat mené sur fonds politique, idéologique, racial, national, idéologique, racial, national ou religieux) et de l’article 329 du code pénal (rejet d’un emblème de l’État ou du drapeau de la Fédération de Russie)

31 octobre 2025

Un habitant de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans et demi de prison pour des messages en faveur du Corps de volontaires russes (qui se battent aux côtés des Ukrainiens) en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

6 novembre 2025

La peine d’un blogger orthodoxe de Bouriatie a été aggravée. Résultat : 3 ans et demi de prison en vertu des articles 280 et 282.2 du code pénal.

Un blogger d’Irkoutsk a été lui aussi condamné mais à deux ans et 7 mois de prison après un conflit avec un fonctionnaire de police en vertu de l’article 318 et de l’article 319 du code pénal (insulte publique à un représentant de l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions).

10 novembre 2025

Vladimir Osipov, âgé de 55 ans, a été condamné à 6 ans et demi de prison dans une affaire de fausses nouvelles militaires.

11 novembre 2025

Un libraire de la région de Kostroma a été condamné à cinq ans de prison  dans une affaire de « fausses nouvelles militaires » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

13 novembre 2025

Un habitant de la région de Sverdlovsk a été condamné à 6 ans de prison pour avoir commenté d’un « bien joué les gars » une action ukrainienne en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

14 novembre 2025

Youri Doud a été condamné in absentia  à un an et dix mois de prison pour non respect de ses obligations d’agent étranger selon l’article 330 du code pénal (violation de la procédure à respecter pour les activités d’un agent de l’étranger effectuées par une personne préalablement soumise à une punition administrative).

19 novembre 2025

Un habitant d’Ekaterinburg qui réprimandait un écolier portant un chapeau portant la lettre Z (peinte sur les véhicules de l’armée russe lors de l’attaque contre l’Ukraine) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu des articles 205.2 et 213 du code pénal.

20 novembre 2025

L’inculpé de ce qu’on a appelé « l’affaire ingouche » a été condamné à 9 ans de prison en vertu des articles 33 (création d’un groupe criminel et direction de ce groupe), 318 et 282 du code pénal. 

21 novembre 2025

Un ancien partisan des séparatistes du Donbass a été condamné à six ans de prison pour opposition à la guerre en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

24 novembre 2025

Un ancien stewart des Oural airlines a été condamné à 7 ans de prison dans une affaire de « fake news » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

25 novembre 2025

Un habitant de Moscou, Solim Kamin, a été condamné à 8 ans de prison  pour avoir posté des slogans anti-guerre en vertu de l’article  207.3, part 2 et de l’article 280.4 du code pénal.

26 novembre 2025

Un professeur d’histoire a été condamné à un an et demi de prison pour avoir montré un poster de 1945, où figurait le drapeau du IIIème Reich et la lettre V, en vertu de l’article 284 du code pénal (exhibition répétée de symboles interdits (nazis ou liés à des organisations extrémistes)).

28 novembre 2025

Un journaliste iakoute a été condamné à trois ans de prison dans une affaire mettant en cause sa justification du terrorisme. Condamnation en vertu de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à  développer une activité terroriste et justification du dit terrorisme).

17 Déc 2025


Notre ami Malliarakis, un néo-fasciste ad aeternam?

Jean-Gilles Malliarakis - Photo distribuée à l'office religieux
Jean-Gilles Malliarakis – Photo distribuée à l’office religieux

Il arrive que les discours accompagnant une disparition pêchent par une bien compréhensible surenchère touchant les qualités du défunt.

Le Monde du 12 décembre a su éviter cet écueil et dans une courte notice nécrologique qualifie sans réserve aucune, Jean-Gilles Malliarakis, décédé cinq jours plus tôt, de « néo-fasciste ». Le « quotidien du soir » dont on appréciait jadis les nuances, a même essentialisé le défunt. Néofasciste, il n’était que cela, et, de « groupuscules » en « factions »,  Jean-Gilles maintenait ce cap quand d’autres se rangeaient. Pas un mot pour reconnaître un sens à ses combats pour un Vietnam qui ne soit pas inféodé au monde communiste. Pas un mot sur ses dénonciations de l’URSS et du goulag si ce n’est qu’elles « assouvissaient » ainsi une haine du « soviétisme », haine de mauvais aloi, manifestation de soviétophobie (comme d’autres parlent d’islamophobie) réduisant  à une allergie maladive une opposition légitime au pire ennemi du monde libre : le totalitarisme communiste.

Jean-Gilles travaillait. Il s’était forgé une forte culture historique et théologique. Venu d’une droite nationaliste dans les années 60, il avait évolué ; quand nous l’avions connu et qu’il nous a rejoints, les textes qu’il signait étaient favorables à l’Union européenne et à la démocratie libérale. 

La défense de la liberté était notre combat commun.

Nous nous étions montré solidaires de Jean-Gilles quand la Mairie de Paris contribua à empêcher que se tienne un colloque jugé par elle « militant » et non « scientifique » du fait, notamment, de sa présence parmi les participants. C’était en octobre 2019. Devaient y intervenir entre autres, nos amis Philippe Raynaud, professeur à l’Université de Paris-Panthéon-Assas, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite à Sciences po Paris et Bernard Bruneteau professeur à l’Université de Rennes I.

Sans doute, Jean-Gilles participait-il moins ces derniers temps à nos rencontres et à nos discussions. Il s’était lancé, comme l’expliqua son ami Charles Culbert lors de l’office religieux qui suivit son décès il y a quelques jours, « dans la rédaction d’une saga couvrant cent ans d’histoire », en se concentrant sur la Chine, « un empire énigmatique dont il voulait dévoiler, aux yeux de tous, la face cachée ».

Ce travail est presque achevé. Il le sera bientôt. Quand il paraîtra, nous en rendrons compte dans notre revue, où paraissent ces lignes. Il en a été un des fondateurs. Et nous tenions à saluer amicalement sa mémoire

Pierre Rigoulot, le 15 décembre 2025

15 Déc 2025