La réélection de Lula au Brésil au miroir de la gauche française

Philosophe et politologue, notre amie Renée Fregosi est Présidente du CECIEC, le Centre Européen pour la Coopération Internationale et les Échanges Culturels, créé en décembre 1990 (son dernier ouvrage paru: Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Éd. Intervalles, 2025). Elle nous a transmis ce «billet d’humeur», que nous publions avec plaisir.

Tandis que le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne laissait entrevoir «la fin de l’ère Lula», celui-ci a remporté le second tour avec plus de 51% des voix contre son jeune concurrent d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Certes, les suspicions de fraudes et d’achats de votes par des partisans de Lula ne sont sans doute pas sans fondement tant il est vrai que la corruption a davantage marqué la dernière présidence de Lula que le progrès social. Mais le spectre de la longue dictature (1964-1985) vantée par l’ex-président condamné pour tentative de coup d’État, Jair Bolsonaro, père du candidat perdant, a dû contribuer au basculement de dernière minute en faveur de Lula.

La gauche en France a donc fêté la victoire de «l’icône de la gauche latino-américaine» en y projetant sa propre image. Or, si les Bolsonaro sont bien les héritiers des militaires putschistes, il est fallacieux de les identifier à une supposée «extrême-droite» française. Si le programme économique du RN est illusoire (réformable au demeurant en cas d’arrivée au pouvoir) et surtout si l’abandon annoncé du soutien à l’Ukraine est inacceptable, Marine Le Pen n’est en rien inspirée par un quelconque fascisme ou pétainisme et ne manifeste aucun penchant pour le coup d’État. En revanche, la dérive affairiste et clientélisme de la gauche brésilienne, comme l’adoption par Lula de toutes les thèses anti-occidentales et anti-Israël du Sud global, et ses accointances russes, chinoises et iraniennes, tendent à mettre en garde contre ses admirateurs en France.

Renée Fregosi, le 2 novembre 2026

2 Nov 2026


Le bloc central bloqué ?

(tribune publiée mercredi 28 octobre 2026 sur  le site en ligne du Figaro)

Triste époque. Un académicien prend ses distances avec un colloque d’historiens sur Jacques Bainville au prétexte que ce dernier était maurassien dans les années 30. Des politiques et des syndicalistes manifestent contre la tenue du Congrès du RN à Orléans sous-entendant qu’il constituerait une menace pour la République. Faudra-t-il bientôt présenter à la gauche une demande d’autorisation pour tenir une réunion ? Saurait-elle mieux que les autres où et chez qui nichent les prises de position les plus dangereuses pour la démocratie? L’invective, l’appel au soulèvement («antifasciste» évidemment) devraient-ils tenir lieu de débat ?

Il y a mieux à faire pour s’opposer au Rassemblement National, comme lui objecter explicitement le danger représenté par ses positions sur l’Union européenne et sur l’Ukraine. Pour économiser quelques sous, faudrait-il laisser avec M. Bardella ou/et Mme Le Pen, le dictateur russe écraser sous ses missiles une population qui veut vivre démocratiquement ? Et pour sauvegarder la totalité de notre souveraineté que les dirigeants du RN disent défendre, faudrait-il s’en prendre à la seule Union qui peut nous permettre de palier la triple hostilité de la Chine dite populaire, de la Russie poutinienne et des délires trumpistes? Voilà les objections à avancer au lieu de s’associer à l’extrême gauche mélenchoniste qui se préoccupe de la démocratie comme d’une guigne tant dans son propre fonctionnement – à la mode chaviste – qu’envers l’Union européenne et l’Ukraine où, justement, elle rejoint l’extrême droite.

Extrême droite et extrême gauche, mais aussi trop de gogos ignorants, adeptes du misérabilisme, capables de manifester sans honte au lieu de discuter, d’objecter, voire de polémiquer, voilà les vraies menaces contre la démocratie.

Plus grave encore, peut-être, on peut se demander ce que font pendant ce temps, les candidats issus du «bloc central» et de son voisinage proche à l’élection présidentielle. On n’entend guère M.Glucksman ni même M.Philippe, ni M.Attal vers lequel allait jusqu’ici mes préférences! Réveillez-vous, vous qui vous présentez comme défenseurs de la démocratie libérale! Discutez entre vous et même avec vos adversaires quand c’est possible. Il sera temps de s’entendre ensuite sur un seul candidat! Parlez de la situation financière catastrophique de la France et de son origine. Il est en trop facile – et vous le savez – de faire porter au seul Emmanuel Macron la responsabilité de la situation actuelle du pays au prétexte qu’il est à sa tête depuis bientôt dix ans. Nous sommes encore en démocratie; l’opposition y joue son rôle et elle a fait échouer la réforme des retraites. Le pays ne s’en sortira pourtant que si les Français travaillent un peu plus longtemps. Il faut le dire et le redire. Comme des enfants gâtés, les manifestants veulent que l’Etat leur donne plus, toujours plus alors qu’il n’a plus rien. La France est balayée par l’infantilisme. Voilà pourquoi elle ne fait pas la moindre objection aux revendications lycéennes! Au lieu de ramener ces jeunes sur terre, et de participer à leur éducation, justement, on reproche au Président et au Premier ministre de ne pas exaucer leurs rêves. Non, les blocus ne sont pas un mode d’expression démocratique ! Parcoursup peut sans doute être amélioré mais pas abandonné d’un coup. Et l’on peut travailler à 35 par classe si des perturbateurs ne s’y opposent pas.

L’aveuglement sur les méthodes et le temps qu’il faut pour apporter des améliorations au système éducatif est effarant. Y’a qu’à! Faut qu’on! Et tout de suite!

Une fois de plus : pourquoi personne dans le «bloc central» ne prend ses distances avec les soi-disant «bonnes manifs», celles des lycéens derrière lesquelles avancent, comme d’autres derrière des boucliers humains, tant d’adversaires de la démocratie?

Pierre Rigoulot, le 28 octobre 2026

28 Oct 2026


C’est la rentrée.

C'est la rentrée !

C’est la rentrée. Les deux mois qui l’ont précédée ne sont pourtant pas restés vides. La guerre entre l’Ukraine et la Russie a pris un tour grave et Trump n’a rien réglé au Moyen-Orient face à l’Iran. La plupart des hommes politiques français évitent d’aborder ces sujets qui touchent pourtant, dans les deux cas, à l’avenir du monde libre – une expression que d’aucuns parmi nos amis trouveront passéiste, cette réaction jetant une ombre grise sur la puissance de conviction démocratique des démocrates eux-mêmes, mais passons. La majorité des hommes politiques, de gauche comme de droite, condamnent l’agression russe mais ne s’y attardent guère alors que j’en ferais volontiers un critère légitime de choix de notre candidat aux élections présidentielles françaises. Le Rassemblement national et la droite souverainiste, ainsi que LFI, ne s’y attardent pas non plus et l’on attendra en vain une claire condamnation de leur part de l’agression russe. Emmanuel Macron me semble bien seul dans ses déclarations de solidarité avec Kiev et dans ses promesses d’aide.

C’est un « front » plus large qui condamne l’action de Donald Trump au Moyen-Orient. Sans aucun doute, ce dernier prête le flanc à toutes les réserves et à toutes les critiques. Mais qu’ont donc fait ses prédécesseurs pour empêcher l’Iran d’être plus que jamais en mesure d’acquérir l’armement atomique? Qu’ont-ils fait qui puisse être avantageusement opposé à la conduite brouillonne du président républicain? Avant toute réflexion, on condamne Trump sans se demander si la nature de ce à quoi il s’oppose, l’islamisme, n’oblige pas à participer à son combat. Tactiquement, il ne serait pourtant pas difficile de se démarquer de l’agité du bocal de Washington. Stratégiquement, l’islamisme, le nazisme de notre temps, l’emporte en dangerosité et en malignité, sur l’Amérique de Donald Trump, ennemie du totalitarisme iranien et alliée d’Israël. Il faut donc le combattre.

Même parmi nos amis, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Et il conviendra en effet d’affiner et de confronter nos analyses. La question de la solidarité avec Israël, liée à celle de l’islamisme, est brouillée : beaucoup trop, dans le public, parlent de défendre la Palestine alors qu’ils défendent en fait le Hamas, qu’on peut voir comme l’ennemi conjoint des Palestiniens et des Israéliens. Pire, peut-être : ils parlent de « génocide » israélien alors qu’il s’agit d’une guerre, certes affreuse, où les forces islamistes ont décidé de s’abriter au sein d’une population pas toujours solidaire des terroristes.

Pour ajouter à la complexité, dans le cadre de la campagne pour la présidentielle qui commence, de trop nombreux citoyens critiquent rituellement LFI pour son seul antisémitisme. En réalité, LFI n’est pas seulement antisémite, elle et dangereuse sur le plan économique (absurdité de sa « suppression » de la dette), naïve (elle veut faire « payer les riches »), menaçante (pour nos institutions qui ne comptent pour rien face à la « légitimité populaire » dont elle se prévaut), enfin complaisante envers la Russie et la Chine (engagées dans une lutte à mort contre les démocraties libérales). Ce pourquoi nous nous y opposons radicalement.

On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ?

Pierre Rigoulot, le 2 septembre 2026

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On ne rend pas les armes avant la bataille.

Pour ce qui concerne directement le cercle auquel s’adresse Pierre Rigoulot et dont je fais partie, je crois pertinent de s’en tenir aux deux derniers paragraphes de son tour d’horizon

« On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ? »

1° la « défense de la démocratie libérale de l’Europe et du monde libre » qui sera ma boussole ne me fera voter au premier tour ni pour le RN ni pour LFI.

Que je ne ne revoie cependant pas dos à dos.

L’élection de l’un des deux serait un mauvais coup pour l’EUROPE mais pas au même degré. Le national-populisme de Marine Le Pen est moins hostile et est plus susceptible d’évoluer (vers la position de Meloni par exemple)

2° comme l’a dit Jean-François Copé à la télévision, on répondra à cette question en temps voulu et seulement si elle s’impose. 

Pour l’heure – c’est moi qui parle – on se bat sur deux fronts sans les confondre ni dans leurs idées ni dans leur dangerosité

On ne rend pas les armes avant la bataille.

André Senik, le 11 septembre 2026

2 Sep 2026


Droit – paravent et diplomatie-complaisance

L’attaque des forces américaines et israéliennes contre la République islamique d‘Iran donne lieu à un certain nombre de commentaires qui méritent d’être eux-mêmes commentés.

– On s’inquiète des conséquences d’une entreprise guerrière. Mais s’inquiétait-on de la guerre menée dans l’ombre par la République islamique contre les démocraties européennes ou amicales et contre la démocratie israélienne ? La théocratie totalitaire chiite souhaitait et souhaite encore ni plus ni moins que la destruction d’Israël, à ce point diabolisé que les dirigeants iraniens n’utilisent jamais son nom et lui substituent celui d’« entité sioniste ».

– On entend aussi regretter l’abandon de la voie de la négociation. Mais depuis combien de temps négocie-t-on en vain avec l’Iran ? Depuis des décennies, pendant lesquelles ce régime totalitaire avance dans la mise au point de son armement nucléaire. La Corée du Nord, autre Etat totalitaire, alliée de l’Iran, a réussi de cette manière, à se doter de l’arme atomique. Le monde libre pouvait-il répéter la même approche erronée ?

– On agite la cause du droit international que ne respecterait pas la présidence américaine. C’est seulement, ajoute-t-on, avec l’aval de l’ONU que cette guerre aurait dû être conduite. Argument hypocrite : Poutine – qui se dit choqué par les coups portés à son allié – n’aurait-il pas opposé son veto à l’opération à laquelle nous assistons ? Il ne s’agit pas d’opposer le droit et la force mais d’approuver (ou non) l’usage de la force par les démocraties contre des Etats totalitaires qui cherchent à les détruire.

Les événements actuels montrent une fois de plus que l‘Europe doit être forte, c’est à dire suffisamment armée, pour  briser les entreprises menées  contre elle.

On notera que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé dans l’opération la « négation du droit international » et une « escalade impérialiste ».

On notera aussi – ce qui est plus acceptable, mais plus « petit bras » aussi, que Jordan Bardella a demandé un débat à l’Assemblée nationale et des mesures pour éviter l’escalade…des prix de l’énergie !

On passera sur les habituelles diatribes anti-américaines ou anti-israéliennes et l’on retiendra que parmi les défenseurs de la démocratie libérale, Gabriel Attal est un des rares à avoir affirmé qu’il fallait « assumer le langage de la force » quand elle était nécessaire à la protection de la démocratie.  Boualem Sansal, Manuel Valls, François-Xavier Bellamy, Jean-Michel Blanquer, Raphaël Enthoven, David Lisnard, ont aussi affirmé que « le droit international ne saurait continuer à servir de bouclier aux tyrannies islamistes qui le violent et le contournent chaque jour davantage ».

Nous, qui sommes d’abord attentifs aux prises de position en faveur d’une Europe démocratique dotée des meilleurs moyens de défense, espérons que d’autres voix se feront entendre en ce sens. Ce sera une condition sine qua non pour que nous les soutenions lors de la campagne précédant l’élection présidentielle.

Pierre Rigoulot, le 7 mars 2026

7 Mar 2026


Le Grand colloque de L’Express

Le 13 octobre dernier, Claude Malhuret, sénateur de l’Allier, président du groupe « Les indépendants », est intervenu au Grand colloque de l’hebdomadaire L’Express. Les démocraties ont-elles perdu la partie ? s’est-il demandé. Les problèmes semblent en effet s’accumuler contre elles en ce début de XXIe siècle. Et de manière de plus en plus inquiétante : problèmes écologiques, problèmes posés par la haute technologie, problèmes liés au surgissement de puissances régionales agressives, problèmes posés par la Russie et par la Chine, mais aussi problèmes posés par le refus des démocraties de regarder en face les dangers qu’elles courent, les menaces qu’on lui adresse, voire les guerres qu’on lui fait, qu’elles soient chaudes, froides ou hybrides.

De plus, les démocraties se voient menacées en leur sein même par des « cinquièmes colonnes » qui font preuve de complaisance envers des États ou les courants idéologiques qui n’aspirent qu’à leur perte.

Heureusement, ces États et ces courants hostiles connaissent eux-mêmes des difficultés considérables, ce pourquoi Claude Malhuret peut en appeler à faire preuve de lucidité, de courage et à renforcer avec confiance l’unité et la puissance européenne.

Certes, les démocraties sont en danger aujourd’hui. Mais elles l’ont toujours été.

Nous suggérons fortement à nos lecteurs d’écouter ce fort et beau discours qui ne minimise pas les difficultés mais souligne la nécessité pour les démocrates de se défendre contre les dictatures et les totalitarismes qui la menacent de l’extérieur et même de l’intérieur.

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Ce discours de Claude Malhuret est facilement accessible sur internet. Les organisateurs du colloque n’y font pas obstacle et nous les en remercions.

– pour aller sur la page du site de l’Express, cliquer ici ‌– pour écouter et voir le discours de Claude Malhuret (sur Youtube) : cliquer ici

H&L, le 27 octobre 2025

27 Oct 2025


Un monument aux victimes du communisme

Le 23 août dernier, date anniversaire de la signature du pacte germano-soviétique de 1939, Frédéric Mercadier, maire de Saint-Raphaël, a présidé une cérémonie accompagnant l’inauguration d’un monument aux victimes du communisme. Son discours fut remarquable de nuances et de contextualisations, mais aussi de distinctions entre militants communistes, persuadés de s’engager pour un monde plus humain et fraternel et une doctrine marxiste-léniniste – et pas seulement stalinienne – engendrant inexorablement des régimes totalitaires.

Quelques réactions venimeuses sont venues du Parti communiste et notamment du sénateur Ian Brossat qui conduisit une manifestation de protestation et trouva ensuite dans Le Monde du 25 août une oreille pour le moins attentive.

On lira dans Figarovox du 27 août une tribune signée Pierre Rigoulot apportant son appui à l’initiative de Frédéric Mercadier et, ci-après, une lettre d’André Senik, qui appuie, lui aussi, l’initiative du maire de Saint-Raphaël en remontant aux racines de la pensée communiste moderne et notamment à deux textes de Karl Marx : Sur la Question juive, de 1843 et Le Manifeste du Parti communiste, de 1848.

On trouvera enfin quelques mots saluant la publication (il y a 9 ans, déjà) de l’ouvrage d’André Senik consacré à l’étude du dit Manifeste.

H&L

En tant qu’ex-stalinien ayant viré sa cuti et prof de philo sachant lire le jargon marxiste, j’ai décidé un jour de remonter ma relecture jusqu’à Marx, alors qu’il reste massivement hors de cause chez les critiques du communisme

Le hasard a voulu que je commence à relire Marx par son commencement, l’article « Sur la question juive » paru en 1843

J’y ai découvert qu’au-delà de la judéophobie pathologique de Marx (« Marx était un Juif pur sang » écrira Engels seulement en 1890, après la mort de Marx) sa cible était la Déclaration des droits de l’homme, et plus précisément l’individu humain.

Le noyau dur initial de la pensée de Marx est l’hostilité à la démocratie libérale, c’est-à-dire au socle actuel du monde libre. Et cela en l’absence de la moindre allusion à la lutte des classes, au prolétariat et au capitalisme.

J’ai ensuite compris son refus de l’humanité de tout homme dans les Thèses sur Feuerbach, (1845). L’anti-humanisme fait partie du noyau dur initial de la pensée de Marx.

Quand je me suis mis à relire le Manifeste, j’y ai découvert que Marx avait recouvert (et maintenu au niveau de son soubassement) son hostilité à la démocratie libérale fondée sur les droits de l’homme au moyen d’un grand récit mythologique conduisant à la dictature du prolétariat, présenté comme réduit par le capitalisme à une forme moderne d’esclavage.

Cette réécriture opportuniste et ce déguisement expliquent que le communisme de Marx ait été reçu comme porteur des idéaux humanistes (voir par exemple la préface d’Humanisme et Terreur de Merleau-Ponty, paru en 1947).

Ma conclusion est que le communisme de Marx doit être combattu comme idéologie totalitaire et terroriste.

André Senik, le 29 août 2025

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A lire ou à relire : Le Manifeste du Parti communiste aux yeux de l’histoire

Responsables de millions de morts, Staline, Mao et Lénine ont fini par être discrédités. Pour autant, une question reste posée: Staline, Mao et Lénine ont-ils trahi la pensée de Karl Marx ou bien les catastrophes qu’ont engendrées tous les régimes communistes sont-elles en germe dès le Manifeste du Parti communiste pourtant souvent qualifié d’œuvre «visionnaire», d’« appel à la justice sociale » ou d’ « hymne à l’humanité».

Divers auteurs avaient déjà démontré que la prophétie marxiste sur l’écroulement de la société capitaliste avait été démentie ; que la théorie marxiste de l’appauvrissement continu de la classe ouvrière, qui finirait par absorber les classes moyennes et lutterait finalement avec elle contre un seul adversaire (la bourgeoisie), était un conte à dormir debout ; et que la promesse d’une société communiste permettant le plein développement de chacun et de tous représentait une sinistre plaisanterie.

Senik, lui, dans son étude critique du Manifeste Communiste parue en 2015, reconnaît que si l’on a pu lutter sous la bannière du marxisme pour une société idéale, juste et fraternelle, ce n’est pas dans le Manifeste qu’on en trouvera la promesse. L’ouvrage de Marx préconise au contraire d’accorder le monopole du pouvoir politique au Parti communiste, détenteur d’un savoir absolu sur l’histoire, et de conférer à l’État tous les moyens coercitifs nécessaires pour faire triompher ses vues et contrôler toutes les activités économiques. Il n’y a là rien de sublime: juste les éléments nécessaires à l’établissement d’un État totalitaire.

Certes, on n’y trouve «l’annonce d’aucun des crimes commis en son nom» et seulement «les prémisses de ces crimes et leur justification». Aussi se trouve-t-on plus à l’aise chez un certain nombre d’intellectuels de gauche pour continuer d’opposer systématiquement un pôle négatif (patronal, exploiteur, dominant) et un pôle positif (travailleur, exploité, dominé). Pour eux, ces oppositions sociales et économiques expliquent tout, «comme si la culture, la religion et les passions n’étaient pas, elles aussi, des facteurs déterminants des conflits qui déchirent la société et le monde» Incapables de mettre à distance le matérialisme historique du Manifeste, nombre de nos experts en sociologie sont ainsi persuadés que les difficiles conditions matérielles d’existence des jeunes issus de l’immigration constituent le facteur primordial de leur hostilité à notre société et de l’attirance de certains pour le djihadisme.

Les communiste n’avaient pas revu leur copie après cette remise en cause radicale et pertinente du «logiciel» de Marx. Neuf ans plus tard, Ian Brossat, ne fait que répéter les mêmes arguments que ses coreligionnaires ( j’emploie le mot à dessein) d’hier, quand parut le Livre Noir du Communisme, et d’avant-hier quand fut publié le premier tome de L’Archipel du Goulag. Il est vrai que les communistes sont de moins en moins nombreux. Le religion se fait secte peu à peu.

PS : Ce texte reprend quelques lignes d’un article que j’avais publié dans Le Figaro le 14 janvier 2016 pour souligner l’importance de l’ouvrage d’André Senik : Le Manifeste du Parti communiste aux yeux de l’histoire, Éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2015

Pierre Rigoulot, le 27 août 2025

29 Août 2025


L’animateur Arthur, prix Jean Pierre-Bloch de la LICRA avec l’humoriste Sophia Aram

Le Figaro a rapporté les moments importants de l’allocution prononcée par l’animateur de télévision Arthur (de son vrai nom Jacques Essebag), après qu’il eût reçu ce prix pour son engagement contre l’antisémitisme.

« Loin, si loin des rires de Vendredi tout est permis ou des Touristes, les divertissements légers qu’il anime sur TF1,

Benjamin Puech, l’auteur de l’article, rapporte qu’Arthur a vécu le massacre du 7 octobre 2023 comme un déchirement, qui l’a convaincu de sortir de sa réserve pour s’exprimer, sur les réseaux sociaux et dans les médias notamment pour dénoncer le lourd silence qu’il a perçu dans le milieu artistique, et pour « épingler les ambiguïtés de l’extrême gauche à l’égard de l’antisémitisme ».

« Il est vrai que depuis le 7 octobre j’ai parlé. Fort, parfois avec maladresse, souvent en colère, reconnut Arthur, mais j’ai parlé pour rester debout, pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou. Parce que comme tous les Juifs de France, je vis avec une peur qui ne me quitte plus, pas une peur abstraite, une peur intime, qui vous réveille la nuit, qu’on avoue à demi-mot même à ses proches », a expliqué l’animateur, qui évoqua ensuite l’agression du rabbin Arié Engelberg, à Orléans et ses parents, « qui changent leur nom lorsqu’ils commandent un taxi. »

Après avoir regretté un manque d’engagement de la part de « grandes voix » silencieuses, ou pire : floues, tièdes, ambigües, l’homme de télévision qui vit sous protection rapprochée s’est adressé au chef de l’État :

« Monsieur le Président, cher Emmanuel, chers amis, je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons (…) mais de tenir votre place, celle qui engage, qui protège pour que l’histoire ne se répète pas. (…) Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cèdent, tenez-la comme on tient la main d’un enfant, une promesse qu’on ne peut pas trahir, parce que ça commence toujours par les Juifs et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout. »

Arthur a eu un mot chaleureux pour Sophia Aram, récompensée également par le Prix Jean Pierre-Bloch, puis pour son épouse, Mareva Galanter, ancienne Miss France : « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe. Elle ne rase plus les murs, elle les peint, elle les signe », s’inquiète

encore l’animateur. Pour qui l’antisémitisme se drape désormais dans l’antisionisme afin de paraître « acceptable ».

Ce qu’Emmanuel Macron a dénoncé également au cours de cette cérémonie.

Le chef de l’État a salué en Sophia Aram et Arthur deux visages de la «fraternité française». «Être Français aujourd’hui (..) ce n’est ni votre sang, ni votre origine, ni votre religion (..) C’est une volonté !», a-t-il dit. «Comme tous les Juifs de France, je vis désormais avec une peur qui ne me quitte plus», a lancé Arthur, dénonçant «le silence» de ceux qui «se levaient (autrefois) pour toutes les causes» (…) L’humanisme ne se divise pas en races et la République ne se divise pas en communautés parce que la République ne se divise pas», a renchéri Sophia Aram, fervente défenseure de la laïcité ».

Jean-Louis Carillon, le 15 mai 2025

15 Mai 2025


Plus que jamais solidaires des Ukrainiens

Article journal la provence
Article du journal La Provence du samedi 5 mars 2025

Les bombardements russes sur les villes d’Ukraine se poursuivent. Ces jours derniers ils se font même plus intenses.

Quelques politiciens irresponsables acceptent cette agression contre un Etat indépendant qui ne demande qu’à se rapprocher des démocraties libérales européennes. A les entendre, l’Ukraine, comme jadis la Finlande, doit donner au contraire des gages de neutralité à Vladimir Poutine.

N’abandonnons pas l’Ukraine à ce triste sort. Qu’elle sache  que dans toute l’Europe des gens se sentent solidaires de la résistance qu’elle oppose à l’impérialisme russe. Solidaires au point de se sentir frappés eux-mêmes quand un missile s’abat sur des gens qui font leurs courses, se rendent à leur travail ou se promènent avec leurs enfants. Solidaires au point de prendre sur leur temps et leur argent pour apporter aux Ukrainiens leur aide matérielle, leur présence et pour partager, face à la brutalité d’un Etat russe avide de conquêtes et de revanches, un sentiment d’humanité commune et une liberté menacée par la barbarie.

Deux exemples parmi beaucoup d’autres : dans l’Yonne, deux associations, Kiev-Avallon et Ukraine 89, ont pris l’initiative d’envoyer le 3 avril dernier un convoi humanitaire  en direction de l’Ukraine transportant des casques de pompiers, des tenues anti-feu et du matériel médical.

Par ailleurs, l‘association SOS Ouman (du nom d’une ville située au centre du pays) que nous avait présentée notre ami Nicolas Miletitch, un de ses animateurs, a expédié également au début avril en Ukraine du matériel, médical et autre, dont ont besoin leurs amis et connaissances.

Ce courant d’aide spontané ne faiblit pas, bien au contraire. Jamais, selon un des responsables de l’association, autant de contributions financières ou matérielles ont été reçues – comme si bien des gens souhaitaient répondre avec détermination à « la volte-face de Trump », pour reprendre l’expression du journal La Provence dans un article consacré à cette aide et tout particulièrement à SOS-Ouman qui fait régulièrement l’aller-retour France-Ukraine.

Nous aussi, lecteurs d’Histoire & Liberté, nous pouvons entrer dans cette chaine de solidarité en adressant nos dons à SOS-Ouman. (Toutes les précisions pour effectuer cette opération simple  sont accessibles sur internet).

Pierre Rigoulot, le 16 avril 2025

20 Avr 2025


Du soupçon à l’accusation

Pris la main dans le bocal de confiture, Marine Le Pen et quelques autres cadres de son parti viennent d’être condamnés par la Justice. Les réactions scandalisées de leurs amis et de leurs partisans valaient la peine d’être entendues, le soir du 31 mars !

D’abord – la formule est usée jusqu’à la corde mais pourquoi ne pas s’en servir encore ? – « ce n’est pas un hasard si elle a été condamnée », disent-ils. Bien des magistrats sont membres du Syndicat de la Magistrature. Ils ont donc fait parler leur opposition (gauchiste) au Rassemblement National.

N’ont-ils pas seulement appliqué le code pénal, répondez-vous ? Pas du tout ! Leur condamnation, même conforme aux articles du code pénal, a été tout ce qu’il y a de plus politique ! Sans éprouver de gêne à l’idée que la France puisse être dirigée par quelqu’un qui a admis et couvert le détournement de l’argent du contribuable, amis et partisans de Mme Le Pen préfèrent mettre en cause les options politiques des juges. Ce sont elles qu’ils accusent ouvertement d’être en dernière instance à l’origine de la condamnation de Mme Le Pen et non le fait que celle-ci ait enfreint la loi, un fait qui entraîne logiquement le verdict que nous connaissons.

En ces temps de « déconstruction », en cette époque de triomphe du soupçon d’intérêts à défendre, de volonté de puissance, de désirs cachés mais à l’œuvre; en ces temps d’abandon (et pas seulement par Donald Trump !) de toute référence au vrai ou au faux, au bon ou au mauvais; en ces jours de rejet des propos fondés sur le raisonnement et l’expérience au profit des rumeurs « complotistes » les plus folles, le contraire eut été, il est vrai,  étonnant.

Les partisans de Mme Le Pen ne se contentent pas, hélas, de ce premier pas. Ils en franchissent un second en passant du soupçon à la mise en cause en nous assurant que la décision des juges est un déni de démocratie. Les juges rendent la justice « au nom du peuple français ». Ce n’est donc pas à eux, en ce moment important de notre vie politique, de décider si Marine Le Pen peut ou non être condamnée à l’inéligibilité mais au Peuple. Si celui-ci s’apprête en effet à voter pour elle, c’est qu’il ne la tient pas pour inéligible contrairement à ce que prétendent les magistrats. Et comme il vaut mieux s’adresser au bon dieu (le Peuple français) qu’à ses saints (les juges), le désaccord patent entre ces deux instances doit être tranché en faveur de la première.

Joli tour de passe-passe et posture propagandiste car les juges, et les juges seuls, se prononcent légitimement de par leur connaissance reconnue des règles du droit, ce qui n’est pas le cas de tout un chacun, fut-il électeur, et parce que le peuple leur a délégué cette légitimité …

D’autres arguments secondaires, annexes, ont été entendus sur le fait par exemple qu’il n’y a pas eu volonté d’enrichissement personnel. Comme si le détournement d’argent public en faveur d’un parti et d’une certaine idée de la France n’était pas tout autant condamnable que la recherche d’avantages personnels ! Les hommes politiques usant de moyens prohibés pour faire triompher leurs idées paraîtraient-ils plus sympathiques que ceux qui se servent les premiers ? De Savonarole à Staline, la liste est longue des tyrans « désintéressés » !

Pierre Rigoulot, le 31 mars 2025

2 Avr 2025


Programmation artistique riche et éclectique ces 14 et 15 septembre à la Fête de L’Humanité : Calogero, Louise Attaque, MC Solaar, Angélique Kidjo et beaucoup d’autres chanteurs et groupes musicaux parmi lesquels certains détonnent notablement : HEUSS L’ENFOIRE, KALASH CRIMINEL, LES VULVES ASSASSINES, VOYOU, VLADIMIR CAUCHEMAR …

CAUCHEMAR se dissimule sous un masque à tête de mort, VOYOU joue un personnage, LES VULVES ASSASSINES en veulent à mort à ladite extrême droite, KALASH CRIMINEL, lui,« fustige de son verbe cru, dru, la rude condition imposée aux cités populaires » (L’Humanité, 1er mars 2019). Il vivait alors à Sevran.

Le rappeur franco-congolais s’est fait connaître en 2018 sur les réseaux sociaux avec son clip « Cougar gang » moquant sans détour le couple présidentiel. D’où succès (deux millions de vues !), fortune, déménagement et créations d’entreprises fort rentables (disques, parfums, vêtements), qui lui permettent de soutenir des associations de lutte contre la pauvreté …Sa « réussite » et sa générosité font, paraît-il, la fierté de son ancien quartier. Il y revient, de temps en temps, pour tourner des clips d’épouvante : lui et ses potes, tous en cagoule et en

treillis, couteau ou kalachnikov (des vraies ?) en main, hurlant « Sauvages ! Sauvages ! Sauvages ! » ou « T’es mort, t’es mort, t’es mort ». « Ce que je dis est violent parce qu’on vit dans un monde violent … je retranscris » explique-t-il (22/11/2018) à l’AFP, laquelle salue « sa rage sur fond d’histoires de violence et de sexe, avec talent et second degré » (bien sûr !)

Ses fan’s prennent feu et flamme sur les « réseaux » : « Les autres menacent avec un pistolet et lui,  il menace avec une grenade » – « Quand j’écoute Kalash, j’ai envie de braquer mon voisin » -« On l’écoute en New Calédonie » – « Sauvagerie absolue » – « Roi des sauvages comme Attila », etc., etc..

KALASH a des amis choisis : « Je connais très bien Hadama Traoré, un ex-rappeur. J’ai enregistré mes premiers sons dans le studio qu’il fréquentait, à Saint-Denis. Il avait adoré mon rap » (Le Parisien , 19/11/2018).

… Voilà les gens que met en scène L’Humanité, par rivalité électorale avec l’intempérant Mélenchon : de faux rebelles mais vrais porteurs de haine raciale (ici anti-Blancs), des individus sans scrupules, arrivistes et cyniques qui « racisent » les habitants des banlieues et les auto-stigmatisent. Au moment même où la France est endeuillée et révoltée contre la succession d’agressions et de meurtres envers des enfants, des gardiens de la paix, des agents municipaux, des soignants, de simples passants …

« Mes frères pourraient te le dire, depuis petit je tabasse

Mon côté sauvage a pris le dessus, mec dangereux et tenace »

(KALASH CRIMINEL, single « Enterrez-les », 2017)

« Je rêve de la démocratie

Mais j’ai un comportement dictateur »

(« T’es mort », 2017)

« Le respect c’est quand tout le monde se tait quand je parle » (KALASH)

(KALASH aime se faire photographier assis sur un trône, comme le tyrannique Mobutu.)

D’une certaine façon, à rebours du vrai respect, celui des subordonnés envers les autorités légitimes, et réciproquement, les irresponsables de la Fête de L’Humanité  continuent à vénérer la violence et la domination, germes de totalitarisme. 

Guy Barbier, le 13 septembre 2024 

12 Sep 2024