Pourquoi la France doit adopter les enfants de parents djihadistes venus de France

Certes, ces enfants ne sont pas nos enfants.

Ils sont les enfants de parents qui ont choisi de faire la guerre à la France et dont certains sont « morts contre la France ».

La France se doit d’adopter ces enfants parce qu’ils sont innocents de leur histoire, et parce que nul autre pays que la France dont leurs parents sont originaires ne leur offrira un avenir auquel ils ont humainement droit .

Pour ces deux raisons, la France se doit de les adopter et de les intégrer, mais sans se cacher à elle-même et sans leur cacher non plus, qu’ils sont les enfants de parents djihadistes anti-français.

On sait que dans les adoptions, dire toute la vérité est une condition nécessaire et utile à toutes les parties concernées.

Il faut dire à ces enfants qu’ils ne sont pas responsables des crimes de leurs parents, et qu’il leur faudra se construire, ou parfois se reconstruire, en connaissance de cause.

C’est pourquoi la France se doit de les adopter sans prétendre qu’ils sont nos enfants de par leur naissance.

Ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir des grands parents français sont nos petits-enfants.

L’adoption est toujours une aventure comportant des risques. Dans le cas de ces enfants, la France doit courir ces risques en connaissance de cause et en se donnant les moyens de leur intégration.

André Senik

14 Déc 2022


Ocean Viking

Dans un entretien au journal Le Point, Gérard Collomb vient de dévoiler que la raison profonde de sa démission du ministère de l’intérieur en octobre 2018 tient à son désaccord avec Emmanuel Macron sur la politique migratoire : « Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking », qui « ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent ». Ainsi « on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air ».

Il constate que « une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger ».

Il considère surtout que le laxisme fait le jeu de l’extrême droite et précise que s’il n’a rien dit avant les présidentielles, c’est pour éviter la victoire de Mme Le Pen.

N’en déplaise aux bonnes âmes, aucune école, aucune philosophie, aucun vœu pieux, ne viendra à bout du problème. La Bien-Pensance, quelle qu’en soit les mérites, fait le lit de ce qu’il est convenu d’appeler désormais « le populisme » (on a renoncé au terme « fascisme » qui semble vieillir). Au risque de ne pas être publié, même dans Histoire et Liberté, je m’évertue à l’écrire depuis des années. Il est vrai que Ocean Viking est un nom parfaitement choisi en termes de marketing. Le basculement de la Suède est prémonitoire. Tous les pays d’Europe sont concernés.

Il me semble en outre que reporter la responsabilité sur l’Italie est une manière peu glorieuse de botter en touches une nouvelle fois, et de ne pas affronter la réalité.

Puisse Gérard Collomb avoir plus de poids qu’un simple pékin. 

JL Carillon, le 13/11/2022

Nous publions ci-dessous de larges extraits de l’entretien accordé au Point par l’ancien Ministre de l’intérieur auquel fait référence notre ami Carillon en espérant qu’un débat éclairant en naîtra parmi les lecteurs de notre blog.

H&L

« Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking »,  explique l’ancien maire socialiste de Lyon, « Il y a quatre ans, les problèmes migratoires étaient déjà extrêmement importants. La Commission européenne avait lancé l’idée de centres contrôlés pour accueillir les migrants. Peu après, les chefs d’État, réunis spécialement pour traiter les problèmes migratoires, reprennent ce projet, Emmanuel Macron s’y montrant l’un des plus favorables »  Ce dernier avait demandé au préfet de l’époque, Pierre Dartout, d’y travailler. Gérard Collomb, alors Ministre de l’intérieur, y était très favorable, sachant qu’une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger, tant les accords de Dublin entre pays européens sont peu respectés.

Le Point poursuit : « Gérard Collomb explique, en outre, qu’au moment de manifester son désaccord au chef de l’État, il doit participer à la commémoration de l’assassinat terroriste de deux jeunes filles à la gare Saint Charles de Marseille, tuées un an plus tôt par un djihadiste présent clandestinement sur le sol. « L’auteur, un Tunisien en situation irrégulière, aurait dû être placé la veille en centre de rétention administrative à Lyon pour être expulsé. Il ne l’a pas été, et il a pris le lendemain le train pour Marseille où il commettra ce crime. Je pense alors : “Je ne veux plus que cela se reproduise“ » explique l’ancien ministre. (…)

À en croire Gérard Collomb, la vraie raison de son départ serait donc d’abord la politique migratoire, même s’il confesse avoir longtemps voulu taire cet aspect : “Si j’avais dit cela à l’époque, j’aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m’étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C’est pourquoi je me suis tu“ expose-t-il.

C’est l’accueil de l’Ocean Viking – en complet revirement de la décision de ne pas accueillir l’Aquarius quatre ans auparavant – qui lui dicterait aujourd’hui de changer d’avis : cette décision “ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent“, déplore Gérard Collomb. Selon lui, sous des faux airs humanitaires, en prenant cette décision “on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air“.

L’ancien ministre de l’Intérieur s’en prend ensuite aux proches du chef de l’État qui invitent l’exécutif à renoncer à sa politique de fermeté sur l’immigration, souhaitée pourtant par son successeur Gérald Darmanin. Mais aussi aux tenants d’une politique d’accueil généreuse, qui constitue à ses yeux une promesse qui n’est jamais tenue : “On voit aujourd’hui que dans nos grandes agglomérations, ils finissent sous des tentes, sous des ponts, dans des camps de fortune. À Lyon, le problème devient si aigu qu’après avoir dit “Welcome le monde“, les élus écologistes se retrouvent débordés, comme vient de le reconnaître lors du dernier conseil municipal l’adjointe en charge de ce dossier ».

Citant d’autres hommes politiques de gauche (François Pupponi, l’ex-maire de Sarcelles, et Julien Dray) qui en sont venus au même constat que lui, Gérard Collomb invite donc le gouvernement à prendre des mesures fortes, comme au Danemark, pour éviter l’avènement au pouvoir de partis d’extrême droite : « regardez le résultat » en Suède, s’exclame-t-il.

25 Nov 2022


Quelques remarques sur l’offensive lancée contre le gouvernement à propos d’un horrible assassinat

La femme qui a bestialement assassiné une fille de 12 ans qui ne lui avait rien fait est une folle de chez folle. Ce n’est pas une excuse, c’est juste une donnée factuelle. Il faudra donc la juger et la punir dès qu’elle sera en mesure d’être mentalement présente à son procès. Personne n’envisage de la libérer pour folie

Elle n’a pas tué en tant qu’Algérienne

Elle n’a pas tué une Française parce que française

Le terme de « francocide » lancé par Zemmour pour qualifier ce crime n’est donc qu’une absurdité xénophobe.

L’ordre d’expulsion de cette femme était sans rapport avec sa dangerosité

Son crime n’a donc rien à voir avec sa non reconduction aux frontières en temps voulu

Elle aurait pu accomplir ce crime avant d’être expulsable.

Le but de l’accusation lancée contre la macronie par le RN, Zemmour et une partie de LR, est de rejeter en bloc l’immigration comme criminogène, afin de rester entre gens civilisés.

Or la France a besoin d’une immigration, à la double condition que celle-ci soit sélective (utile aux deux parties) et qu’elle soit accompagnée d’une ferme politique d’intégration sociale et culturelle.

André Senik

J’ai trouvé très bien, limpides, concises et percutantes les remarques d’André Sénik (19 octobre) à propos de l’horrible assassinat de la petite Lola : acte de démence et non « francocide » (Zemmour), que la meurtrière aurait pu commettre n’importe où, Algérie comprise, et, ici, avant son arrêté d’expulsion du territoire ; acte insensé et particulièrement barbare, honteusement instrumentalisé par Eric Zemmour et quelques autres pour stigmatiser, par delà la politique migratoire de nos dirigeants actuels et passés, les immigrés, population criminogène, non civilisée. J’ajoute, moi, que l’immigration est une affaire trop sérieuse, capitale même, pour être l’objet de polémiques aussi basses et irresponsables.

Guy BARBIER

19 Oct 2022


Manifester ?

Je ne souhaite pas manifester.

Je fais le constat que demeure en France en 2022 une distinction fondamentale : ce qui vient de Russie n’est pas « manifestable » tandis que ce qui vient d’Amérique représente le mal.
Constatation que faisaient en leur temps Aron, Revel et quelques autres….
Je constate qu’en profondeur, dans la culture française, rien n’a changé….

L’immobilisme des foules face à Poutine provient en outre de la peur qu’il exerce et de la lâcheté qu’elle génère : nous avons bien connu ça dans les années 30, et jusqu’en 44 pour certains, à l’égard de Hitler…
Oui le climat, le sport, le pouvoir d’achat, etc…. sont les grandes causes à l’honneur et permettent de se voiler la face.

Jean-Louis Carillon


 

18 Oct 2022


Deux mauvais procès en phobie

Qu’il s’agisse de la dénonciation de l’islamophobie ou de l’homophobie, il doit être clair que l’usage abusif du suffixe « phobie  » risque de servir à interdire toute critique à l’égard des idées et des revendications d’une « minorité » religieuse ou sexuelle

On ne doit pas cadenasser la liberté d’expression en la limitant à ce qui n’est ressenti comme une offense par aucun public. 

Cette liberté d’expression est justement limitée à ce qui n’incite pas au mépris ou à la violence contre une catégorie de personnes indépendamment de leurs actes.

En ce qui concerne les croyances religieuses, leur critique n’est pas en soi une incitation à la haine contre les personnes.

Le meilleur exemple en est la différence entre l’antijudaïsme religieux – qui ne s’en prend qu’à la religion juive- et l’hostilité aux Juifs, qu’ils soient croyants ou non.

Ce point mérité d’être rappelé. Il faut qu’Olivier Faure ait perdu son bon sens pour rendre hommage  » Aux 12 884 français de confession juive arrêtées les 16 et 17 juillet 1942 pendant la Rafle du Vél d’Hiv’, à ceux qui ne sont jamais revenus, à tous ceux qui ont survécu. Notre devoir est de ne jamais oublier et de lutter sans relâche contre l’antisémitisme. »

Ces Juifs n’ont pas été arrêtés, déportés et exterminés parce qu’ils étaient « de confession juive », mais parce qu’ils étaient juifs.

Ils ne furent pas victimes de l’antijudaisme religieux mais de l’antisémitisme ethnique.

Les Juifs (dont je fais partie) auraient été très satisfaits si l’anti-judaïsme religieux s’était cantonné à la critique de la religion juive, sans s’en prendre aux Juifs en tant que personnes.

Les non Juifs (et les Juifs eux-mêmes) peuvent bien critiquer la Torah et caricaturer Moïse tant qu’il leur plait, les Juifs, croyants ou non croyants, ne les accuseront pas d’antisémitisme pour si peu.

Accuser d’antisémitisme les auteurs de ces critiques et de ces caricatures antireligieuses serait leur faire un mauvais procès. Et même un procès qui relèverait de la diffamation.

Voici d’ailleurs comment l’antijudaïsme religieux est défini dans Wikipédia, qui fait désormais office de référence.

« L’antijudaïsme est l’hostilité à l’égard de la religion juive. Ce terme peut être employé à propos de l’attitude du christianisme envers le judaïsme, attitude longtemps marquée par la théologie de la substitution, elle-même issue de plusieurs courants, dont le marcionisme et la doctrine augustinienne du « peuple témoin ».

Au sens strict, l’antijudaïsme ne doit pas être confondu avec l’antisémitisme, bien que tous deux puissent s’influencer mutuellement. L’antisémitisme désigne une attitude hostile vis-à-vis des Juifs en tant que peuple au-delà d’une stricte dimension religieuse. Toutefois, au cours de l’histoire, ces deux notions se sont confondues, ainsi que l’a démontré, par exemple, Jules Isaac dans son ouvrage Jésus et Israël. »

La liberté d’expression serait bafouée dans son principe si la société, et les juges, acceptaient la confusion entre la critique des croyances et la discrimination envers les personnes.

Le fait que cette critique puisse être « ressentie » comme incitation au mépris ou à la haine par les personnes qui s’identifient peu ou prou à un courant religieux ne suffit pas à faire de cette libre critique une menace envers les personnes et donc un délit.

La même distinction s’impose à l’égard des propos relatifs à l’homosexualité et à l’homophobie..

Tout propos qui incite objectivement au mépris et à l’hostilité envers les personnes en raison de leur homosexualité est un délit qui doit être condamné, car l’orientation sexuelle relève à l’évidence et sans limites des droits de l’homme.

Pour autant, ce droit inconditionnel n’entraine pas l’obligation morale et politique d’approuver inconditionnellement et sans examen toutes les demandes adressées à la société par certains militants homosexuels, sous peine d’être taxé d’homophobie, comme l’est actuellement la ministre Caroline Cayeux.

Quel que soit le ressenti de certains anti-homophobes, dont le combat est légitime, les propos qu’elle a tenus au début du débat sur le mariage pour tous n’étaient pas homophobes.

Comme n’importe qui, elle avait a le droit de considérer et même de dire que l’homosexualité est contre nature, à condition de n’en tirer aucune conséquence discriminative à l’égard des homosexuels. De toute façon, la remarque  » c’est contre nature » n’a aucune valeur médicale, morale ou juridique, car la nature, ou plutôt la représentation qu’on se fait de la nature, n’est pas la norme de notre civilisation.

Comme n’importe qui, elle avait a le droit de considérer et de dire qu’un enfant élevé exclusivement par des parents du même sexe est privé délibérément de l’apport spécifique de l’autre sexe. Car le droit des personnes homosexuelles n’est inconditionnel que tant qu’il ne s’agit que d’elles. En revanche, les interrogations concernant l’intérêt de l’enfant élevé par un couple homosexuel sont peut-être sans fondement, mais elles ne sont pas une manifestation d’homophobie.

Il est donc diffamatoire d’accuser madame Cayeux d’avoir tenu des propos homophobes.

André Senik

25 Juil 2022


Mélenchon n’est pas la République

(1. Retour sur un printemps électoral)

En avril 2022, Jean-Luc Mélenchon échoue pour la troisième fois dans sa tentative d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le constat est cruel : les électeurs ne lui font pas confiance.

Mais le tribun de La France Insoumise ne veut pas disparaître de la vie politique : il va donc s’engager dans la voie de la confusion politique, au risque de s’y perdre et de fragiliser un peu plus une démocratie déjà affaiblie.

Une défaite ? Une revanche à prendre sur le suffrage universel

Le 26 mai, il tient tribune dans Libération où il reprend ses deux formules-choc de l’entre-deux tours de la présidentielle :

* « Les législatives sont le troisième tour de l’élection présidentielle » : s’il est légitime de s’interroger sur le mode de désignation du président et sur la nature du régime parlementaire de la Vè République, nier le résultat même de l’élection relève au mieux d’un caprice de mauvais perdant (M. Macron serait le « président le plus mal élu de la Vè République » avec 38,5 % des inscrits, dénonce (1) M. Mélenchon élu député en 2017 par… 20 % des inscrits), au pire du mépris du suffrage universel.

Puisqu’il n’est pas Président, M. Mélenchon nie donc la légitimité du droit à l’élection d’un autre que lui. Ses lieutenants vont tenter d’achever le travail, dans de peu glorieuses attaques ad hominem contre le Président de la République réélu le 24 avril (2).

* « Je vous propose de m’élire Premier ministre » : pendant que dans 577 circonscriptions des candidats débattent et se présentent au suffrage des électeurs, M. Mélenchon, dans la posture de l’homme charismatique s’appuyant sur le peuple, s’engage dans une dérive plébiscitaire. Que reste-t-il de cette gauche attachée à la République parlementaire qui a toujours dénoncé la personnalisation du pouvoir qu’elle soit idéologique (bonapartiste) ou institutionnelle (avec l’élection présidentielle au suffrage universel et l’inversion en 2002 du calendrier électoral au détriment des législatives) ?

Un Parlement ? Mais pas celui de la République

Le discours de confusion, c’est aussi la perte du sens des mots et le mélange des genres entre le Parlement qui, dans nos institutions républicaines vote les lois et contrôle l’action du gouvernement, et un énigmatique et ambigu « Parlement de la Nupes » (du nom du cartel électoral « Nouvelle alliance populaire écologique et sociale »). Lancé par M. Mélenchon le 30 mai, « Le parlement de la Nupes commence […] et sa pérennité n’est pas acquise. […] Il est impossible de changer la société aussi fondamentalement que nous en avons l’ambition sans une implication populaire de masse ».

Manifestement, pour M. Mélenchon, la réussite d’une alternance politique ne repose pas sur les institutions de la République. C’est à l’écart des représentants de la nation élus au suffrage universel, dans un organe partisan auto-proclamé, que s’exercerait le contrôle du pouvoir exécutif : « Je souhaite de toutes mes forces que le [parlement] continue, constructif et insolent envers le pouvoir, même si c’est nous qui l’exerçons. […] Qu’il soit frondeur, Insoumis, tout ce que vous voudrez » (AFP citée par lepoint.fr, 30 mai).

Un programme ? Des impasses

Exercer le pouvoir ? La personnalisation à outrance de la campagne des législatives masque un programme dans lequel la confusion règne : le « programme partagé » avec ses nouveaux alliés à gauche fait l’impasse sur des questions essentielles parmi lesquelles l’Union européenne (lui désobéir ?), le nucléaire civil (le démanteler ?), l’Otan (en sortir ?).

M. Mélenchon sait très bien que sur ces sujets il n’est pas majoritaire dans son camp, sauf à passer en force ou à agir par la menace : « Désormais, il en coûtera très cher de descendre du train. Cela vaut pour tout le monde. Y compris pour nous insoumis », gronde alors le « tribun du peuple » (Libération, 8 juillet).

Un prophète ? Des échecs

M. Mélenchon a beaucoup cru et croit encore en son étoile, même si au fil du temps il abaisse ses considérables prétentions :

* Incarner la République ? « La République, c’est moi ! », lors de la perquisition du siège de LFI le 16 octobre 2018.

* Président de la République ? Perdant au 1er tour, écarté du 2nd tour – « J’aurais préféré voter pour moi » (émission « Quotidien », TMC, 25 avril) -, il promet le 24 avril que « le 3ème tour commence ce soir ».

* Premier ministre ? Il passe du rêve (« Je serai le Premier ministre », BFM TV, 19 avril) à la réalité, moins brillante : « Quand on vous a dit “on peut gagner, élisez-moi premier ministre”, ça voulait dire que c’était tout à fait possible » (le 5 juillet, cité dans l’Humanité, 7 juillet).

* Député ? Il renonce à se présenter devant les électeurs. Au soir du second tour des législatives, il proclame que « La déroute du parti présidentiel est totale » ! Dans les faits, il manque 100 sièges à LFI et à la Nupes pour faire jeu égal respectivement avec Renaissance et avec la coalition présidentielle, et 215 sièges à LFI pour atteindre la majorité absolue. Il faut dire que Jean-Luc Mélenchon s’exprime ce soir-là depuis son QG de l’Elysée…-Montmartre, une salle de spectacle.

* Malgré des discours qui ne trompent que son auteur, le « 3ème tour » de M. Mélenchon est donc un nouvel échec. Qu’à cela ne tienne, notre tribun qui vole de défaite en faillite proclame : « Le quatrième tour est commencé. Mais le pouvoir macroniste sait-il que ses jours sont comptés ? » (blog melenchon.fr, 28 juin).

Au-delà de ce qui pourrait n’être qu’une vaste pantalonnade, M. Mélenchon annonce son projet politique : organiser le blocage des institutions, attiser les divisions dans la société, pour partir une dernière fois à la conquête d’un pouvoir qui n’en finit pas de le fuir dans les urnes. Choisira-t-il alors la rue ?

Antoine Murageot

(1)    A tort : c’est Georges Pompidou en 1969.

(2)    « Bâtard de François Hollande » (François Ruffin, 28 avril) ; « Bah si, bonhomme, tu vas le nommer » (Manuel Bompard, 6 juin).

Photo: Toulouse, Jean-Jaures, 1er juin 2013, crédit: Pierre-Selim, https://www.flickr.com/photos/pierre-selim/8913158141

25 Juil 2022


Les deux vainqueurs des élections : le populisme et l’extrémisme ?

Nous avons le grand plaisir de publier un extrait du discours du Sénateur Claude Malhuret, discours prononcé après la déclaration de politique générale d’Elizabeth Borne devant l’Assemblée nationale; discours remarquable, tant par la forme que par le fond.

H&L

“Depuis le 19 juin, tout le monde proclame sa victoire avec un art admirable de l’auto-persuasion. Les uns ont gagné parce qu’ils n’ont pas perdu, les autres ont gagné bien qu’ils aient perdu, d’autres enfin croient avoir gagné parce qu’ils n’ont pas compris qu’ils avaient perdu. On connaissait les victoires à la Pyrrhus, il y a maintenant les défaites gagnantes.

La vérité est beaucoup plus simple, et brutale et je m’étonne que personne n’en ait parlé jusqu’ici : les deux vrais vainqueurs de ces élections sont le populisme et l’extrémisme. On en a vu les premiers résultats dès cet après-midi et le déplorable spectacle à l’Assemblée nationale.

Lorsqu’au premier tour de la présidentielle les extrêmes recueillent 57% des suffrages, lorsque les uns multiplient le nombre de leurs députés par 5 et les autres par 10, c’est une gifle pour tous les partis démocratiques. Tous.

Il y a cinq ans la France était citée en exemple. Elle échappait à la vague de populisme qui frappe les démocraties et qui a donné Trump, Bolsonaro, le Brexit, Orban et quelques autres. Aujourd’hui elle est rattrapée par la patrouille.

Elle ne doit son salut provisoire qu’à une particularité historique. Alors qu’ailleurs le populisme n’est que d’extrême droite, chez nous où l’école apprend aux élèves à adorer Camille Desmoulins et à préférer Robespierre à Tocqueville, il est coupé en deux, ce qui l’empêche d’arriver au pouvoir. Pour le moment.

Mais les extrêmes sont moins éloignés qu’on ne le pense. Ce qui les rapproche est bien plus fort que ce qui les sépare : la haine de l’Europe et de l’OTAN, l’anti-américanisme, Assad, Poutine, l’Ukraine, les retraites, les programmes économiques délirants, le complotisme, le soutien aux antivax et les fake news, la posture tribunicienne, l’obsession du soupçon et de la dénonciation.

Ce qui les sépare : leurs histoires respectives et leurs chefs qui se détestent. Certains croient leur hybridation impossible.  Elle gagne chaque jour du terrain. Regardez les transfuges, les militants qui se font des clins d’œil, les reports massifs du deuxième tour des législatives. Et il y a chaque jour un peu moins de différence entre la xénophobie des uns et le racialisme des autres qui hiérarchise les gens selon leur degré de mélanine. Est-ce qu’il y a quelqu’un ici qui croit que Taha Bouhafs ou Danielle Obono, l’amie de l’antisémite Corbyn, sont anti-racistes ?

Aujourd’hui, au-delà des apparences électorales, la France voit s’affronter un pôle européen et républicain et un pôle populiste et nationaliste, le lepéno-mélenchonisme. Ce sont les jumeaux de la ruine. Qui peut affirmer que nous n’assisterons pas demain, comme en Italie, au regroupement des ZADistes et des fachos – fâchés ou pas –, au profit de celui qui aura terrassé l’autre.

Car ce qui les sépare c’est aussi la stratégie. Pour les mélenchonistes la tenaille du chaos à l’Assemblée et du chaos dans la rue. Pour les lepénistes la respectabilité au service d’un objectif : après le chaos, nous.

À ma gauche le général Tapioca du Vieux Port, chauffé à blanc par des résultats qu’il surestime, ressort son marxisme archi-trépassé, son keynésianisme pour cour de récré : on augmente les dépenses de 250 milliards et hop, ça en ramène 267. Dans une exaltation qui lui donne plus que jamais l’air de parler depuis le sommet d’une barricade, l’expert en nigologie depuis le trotskisme de sa jeunesse jusqu’au soutien inconditionnel à Poutine, a ressorti le programme commun du frigo et l’a imposé au reste de la gauche. Avec en prime l’entrée de la France dans l’alliance bolivarienne. C’est un peu la Yvette Horner de la politique. Son blog comporte une liste de 180 thèmes rangés par mots clés. Démocratie n’y figure pas.

Avec l’effarant appui de pas mal de médias prosternés comme des lapins dans les phares, il s’est décrété Premier Ministre. Le plus cocasse est que certains l’ont cru. Après tout dans l’Empire romain on a bien nommé un cheval Consul.

À ma droite, l’héritière du château de Montretout, que ça n’empêche pas de parler au nom du peuple, a une stratégie plus intelligente, donc plus dangereuse. Oublié le père Le Pen qui n’a réussi, par ses outrances, qu’à devenir le Maréchal Pétrin. Depuis deux mois le mot d’ordre, c’est : pas de vague. C’est bien simple, maintenant quand elle passe à la télé, sourire jusqu’aux oreilles, dents blanches, haleine fraîche et tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, on croirait voir Lecanuet. Plus les républicains expliquent qu’ils sont dans l’opposition, plus elle sous-entend qu’elle n’exclut pas de faire une fleur au Gouvernement. Elle demande maintenant de siéger au centre de l’hémicycle et fait prendre des cours de maintien à ses troupes. Attention à ce contrepied. Ce pourrait bien être le baiser qui tue pour la majorité ou la droite républicaine. Ça n’a pas échappé aux insoumis, qui dénoncent déjà avec des cris d’orfraie une collusion qui n’existe pas.

Ces deux extrémismes sont dangereux et nous imposent trois responsabilités. La première est d’éviter de leur courir après. Parce que l’une des choses les plus tristes dans ces élections c’est d’avoir vu des bataillons entiers des républicains de droite et de gauche emboîter le pas aux extrémistes.

Quand, dans tant de départements, des responsables de la droite républicaine refusent de suivre l’exemple du Président du Sénat et d’appeler comme lui à voter le 19 juin pour les candidats démocrates contre les extrêmes, il y a un problème. Quand un candidat à la primaire présidentielle annonce qu’il voterait Zemmour au deuxième tour contre Macron, il y a un problème.

Mais le plus navrant c’est le naufrage d’une grande partie de la gauche. Après la défaite de 2017 le PS avait vendu son siège, en 2022 il a vendu son âme. Adepte du « plus c’est gros, plus ça marche », le mal nommé Olivier Faure ose comparer l’alliance avec LFI au Front populaire en faisant semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce : le Front populaire était dirigé par la gauche de gouvernement, pas par le projet insensé des insoumis. Le plus stupéfiant c’est que les nouveaux pacsés s’entendent à peu près comme des chats dans un sac. Totalement opposés sur l’Europe et l’OTAN, sur le nucléaire, sur la loi El Khomri, sur la retraite à 60 ans, sur la VIème République, ils ne sont d’accord sur rien.

Cazeneuve, Delga, Cambadélis et beaucoup d’autres l’ont bien compris : c’est l’identité des socialistes depuis le congrès de Tours qui disparaît quand on passe de Léon Blum à Léon Trotski. C’est la victoire posthume de Guesde sur Jaurès. « Ça sent l’histoire ! » disait Mélenchon avec sa modestie habituelle au lendemain de l’accord. Moi je trouve plutôt que, comme disait Edouard Herriot, ça sent l’andouillette pour parler poliment.

La deuxième responsabilité des démocrates, c’est de comprendre les raisons du vote populiste et les moyens de le dégonfler. Continuer de prétendre que les problèmes qui nourrissent cette vague n’existent pas, refuser depuis trente ans de s’interroger sur ce qui se passe est un vrai danger pour la démocratie. Le danger d’avancer avec un bandeau sur les yeux.

La troisième responsabilité des démocrates, c’est de réussir. Gouverner avec une majorité relative est un défi. S’opposer aussi. Nous savons déjà que la coalition ou le pacte de gouvernement n’auront pas lieu. Ne reste donc que la méthode du cas par cas. Elle impose de changer les habitudes : un Gouvernement qui propose au lieu d’imposer, une opposition qui compose au lieu d’empêcher.

Majorité et opposition républicaines sont condamnées à se supporter. Ne pas y parvenir serait la recette infaillible de l’impuissance face à la crise économique et aux défis sociaux qui s’annoncent. Ne pas y parvenir n’entraînerait pas la prochaine fois la victoire d’une famille contre l’autre, mais la défaite de tous face aux populistes. Il paraît que la culture du compromis n’existe pas en France. Il va bien pourtant falloir s’y résoudre.

Autant dire, Madame la Première Ministre, qu’en entrant à Matignon vous avez accepté un nouveau job, celui de démineuse en chef. Même si sa majorité vous est opposée, la tâche ne me paraît pas impossible au Sénat. Elle suppose un respect réciproque, ça tombe bien, c’est la tradition de la maison.”

Claude Malhuret a été Président de Médecins sans frontières. Longtemps Maire de Vichy, il fut député européen et Secrétaire d’État chargé des Droits de l’homme. Sénateur depuis 2014, il préside le groupe « Les Indépendants – République et territoires » (LIRT) au Sénat. Depuis décembre 2021, il a rejoint « Horizons » et Édouard Philippe.

(crédit photo: ClarisseBuchot, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Claude_Malhuret,pr%C3%A9sident_du_groupe_Les_Ind%C3%A9pendants-_S%C3%A9nat.jpg)

14 Juil 2022


13 novembre: «Le grand absent de ce grand procès, l’idéologie islamiste»

Les coupables des attentats islamistes du 13 novembre ont été jugés. Ils l’ont été d’une façon irréprochable, et la justice française s’est montrée digne de ce qu’est un État de droit. Personne d’ailleurs n’y trouve rien à redire. Ce procès a apporté aux victimes, à la société française tout entière, et même aux accusés, tout ce qu’on pouvait attendre d’un tel procès.

Et pourtant, la cause première de la tragédie dont on a jugé les coupables humains, la responsabilité première de ces crimes aveugles n’a été ni mise en examen, ni jugée, ni condamnée. La responsabilité première de ces crimes sans justification incombe entièrement à l’idéologie islamiste conquérante, qu’il faut appeler par son nom. Sans elle, aucun des assassins qui ont été jugés ne serait devenu un criminel de masse. Les humains qui commettent ces crimes monstrueux ne sont devenus des criminels que sous l’emprise d’une des idéologies qui poussent leurs fidèles aux crimes les plus inhumains.

Au-delà du cas de l’islamisme terroriste, le rôle des idéologies totalitaires et terroristes dans les crimes de masse des XXe et XXIe siècles doit être reconnu parce que seul ce rôle permet de comprendre comment des humains ordinaires peuvent commettre des actes monstrueux qui nous paraissent impensables. Le rôle des idéologies n’est ni une circonstance aggravante, ni une circonstance atténuante dans le jugement des auteurs, mais il doit être reconnu, parce que ces idéologies doivent être condamnées et combattues en raison de leur criminalité.

Or ces idéologies ne sont ni mises en procès ni condamnées en justice, parce que les tribunaux ne sont habilités à juger que des humains. À Nuremberg, on n’a pas jugé et condamné l’idéologie nazie. La dénonciation des crimes du communisme n’a pas débouché sur le procès en bonne et due forme de l’idéologie de ce système. Mieux vaut dire que la condamnation des crimes de masse du communisme n’est pas remontée jusqu’à la source idéologique qui a rendu possibles ces crimes impensables.

Voilà pourquoi nous avons collectivement le sentiment que le procès des assassins du 13 novembre n’est pas allé jusqu’au bout, et que la condamnation des coupables humains ne suffira pas à nous faire tourner la page en nous disant que justice a été faite.

Pour que justice soit faite, il nous reste à poursuivre le combat contre l’idéologie islamiste barbare qui a mené à cette tuerie. Il nous reste à mener le combat au grand jour contre l’islamisme, en France même, avec pour objectif de faire reculer la séduction de cette idéologie parmi ceux des jeunes musulmans de France qui peuvent être tentés par une vision radicalisée de leur identité, une vision d’autant plus exaltante qu’elle est archaïque et mortifère.

Le combat culturel contre l’islamisme conquérant doit être mené dans l’École, parce qu’il est la condition de l’intégration de tous les jeunes de France à notre culture.

Le jour où le combat contre l’islamisme conquérant et pour l’intégration à notre culture sera officiellement déclaré, le procès exemplaire des assassins du 13 novembre ne nous laissera plus un arrière-goût d’inachevé.

ANDRE SENIK (FIGAROVOX/TRIBUNE le 1er juillet 2022)

André Senik est agrégé de philosophie. Il a notamment publié Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’histoire, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2015.

Crédit photo: Rawpixel

6 Juil 2022


Les économistes pro-Nupes ne représentent pas ‘‘la science’’»

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publiées par Figarovox le 15 dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Plusieurs dizaines d’économistes ont publié une tribune dans le JDD intitulée «Nous soutenons le programme économique de la Nupes aux élections législatives.». Ils appellent à une «rupture avec le néolibéralisme».

Leur première erreur est de laisser croire que la politique macronienne s’est inspirée du «néolibéralisme». C’est oublier complaisamment que notre pays se situe au firmament des États-providence, avec 59 % du PIB en dépenses publiques et 47 % du PIB en prélèvements obligatoires. Impôts écrasants, dette publique abyssale, présence de l’État tous azimuts: aucune nation développée au monde ne pratique une politique plus centralisatrice, plus intrusive dans la vie privée des individus, plus spoliatrice, plus opposée à la libre initiative individuelle.

La deuxième erreur des signataires est d’ignorer les fondements de la science économique en osant soutenir un projet auprès duquel le désastreux programme commun de gouvernement du PS et du PCF des années 1970 peut passer pour modéré. Il est vrai que rien ne saurait freiner l’ardeur révolutionnaire de ces économistes à la gauche de la gauche, l’inévitable Thomas Piketty en tête, qui vient de dénoncer l’«incompétence économique» de ceux qui oseraient critiquer le programme de Jean-Luc Mélenchon.

Selon eux, la crise sociale actuelle pourrait être réglée par le blocage des prix, le salaire minimum à 1500 euros net, une fiscalité plus progressive encore sur les revenus et les patrimoines, le rétablissement de l’ISF, la spoliation des «riches héritiers». À plus long terme, une «remobilisation de la puissance publique» devrait permettre, selon eux, d’une part d’améliorer l’enseignement, la santé, la recherche, et d’autre part de respecter la biosphère. «Notre programme est solide»: ces économistes soutiennent la Nupes au point de s’identifier à elle, et la solidité serait garantie par une dette publique très favorable parce que la France a su bien emprunter et qu’un peu d’inflation arrange les débiteurs.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté

En fait non seulement ce «programme solide» se chiffre à quelques centaines de milliards d’euros de dépenses, mais il aurait surtout pour effet de détruire les entreprises françaises et le pouvoir d’achat des Français les plus modestes, victimes de la spirale inflationniste liée à la décroissance.

La troisième erreur est d’ignorer que le seul recours pour le pouvoir d’achat des Français, mais aussi pour l’harmonie sociale, est dans le libéralisme. C’est la rupture avec le socialisme qui est aujourd’hui indispensable, car celui-ci a fini par persuader une grande partie de la population que le pouvoir d’achat est un droit social, défini et financé par les instances politiques, et que l’«égalité réelle» doit être respectée entre tous les citoyens, quels que soient leur mérite, leur effort, leur épargne, leur sens de l’entreprise et de l’innovation.

Le libéralisme n’est pas limité à une dimension économique, il repose sur la confiance dans l’être humain, qui peut affirmer sa personnalité en démontrant ses capacités au service des autres, dans ses relations contractuelles comme dans ses solidarités volontaires. Pourtant il n’a inspiré aucun grand candidat lors de cette campagne, et il est largement exclu du débat politique et médiatique depuis plusieurs décennies.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme qui toucherait en premier lieu les plus faibles et accroîtrait encore le chômage, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté. 

Une liberté qui se décline avec le strict respect de la propriété, de la subsidiarité et l’éminente dignité de l’individu. 

Une liberté qui constitue le seul rempart contre le charlatanisme économique 

et les dérives autoritaires du populisme.

N’en déplaise aux thuriféraires de la Nupes, le salut ne viendra pas de la contrainte, mais de la libération.

Les signataires de la tribune:

Économistes: Jean-Pierre Centi, doyen de la faculté d’économie de l’Université Aix-Marseille III, François Facchini, professeur de sciences économique à l’Université Paris I- Sorbonne, Guido Hülsmann, professeur de sciences économiques à l’Université d’Angers, Pierre Garello, professeur de sciences économiques à l’Université d’Aix-Marseille, Jacques Garello, Pascal Salin, Jacques Bichot, Jean-Didier Lecaillon, Pierre Dussol et Jean-Yves Naudet, professeurs émérites en sciences économiques, Gérard Bramoullé, doyen honoraire de la faculté d’économie appliquée de l’Université d’Aix-Marseille, Liliane Debroas, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Aix-Marseille.

Personnalités Alain Madelin, ancien ministre, David Lisnard, Maire de Cannes, président de Nouvelle Energie, Alain Laurent, philosophe, Jean-Philippe Delsol, président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref, think-tank libéral), Jean-Philippe Feldman, agrégé des facultés de droit, vice-président de l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), Yves Buchsenschutz, président d’Irdeme, Patrick de Casanove, président du Cercle Frédéric Bastiat, Gérard Dosogne, président d’Entrepreneurs pour la France, Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, Francis Balle, professeur émérite en science politique, Nicolas Lecaussin, directeur d’Iref Europe, Henri Lepage, économiste, Didier Maréchal, expert-comptable, Cercle Frédéric Bastiat de Paris, Alain Mathieu, président d’honneur de Contribuables associés, Patrick Simon, avocat à la Cour de Paris.

(crédit photo: Thomas Bresson, 19/01/2022, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Meeting_M%C3%A9lenchon_Toulouse_-2017-04-16Jean-Luc_M%C3%A9lenchon-_16.jpg)

2 Juil 2022


Vive l’OTAN ! (Tribune d’Alain Laurent et Pierre Rigoulot publiée par FIGAROVOX le 16 juin 2022)

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publié par Figarovox le 16 juin dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Alain Laurent est philosophe, sociologue et essayiste. Ancien membre fondateur du Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés, il dirige depuis 2004 la collection La Bibliothèque classique de la liberté, aux Belles lettres.

Pierre Rigoulot, spécialiste des régimes communistes, est directeur de l’Institut d’histoire sociale (fondé par Boris Souvarine en 1935) et du trimestriel Histoire & Liberté. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier publié est Points chauds de la guerre froide (1946-1989), L’Archipel, 2019.

Il y a quelques mois encore, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon (en passant par quelques souverainistes), c’était à qui dénoncerait le plus férocement l’Otan, cet autre «machin» fabriqué par les Américains pour s’adjoindre des supplétifs dans leur lutte pour asseoir leur domination mondiale.

Aujourd’hui, l’un et l’autre candidats à la présidentielle se sont calmés. Ils savent que ce n’est plus le moment de se montrer trop proches du discours de Poutine. Ils savent aussi que chaque électeur sent plus ou moins confusément que le parapluie nucléaire américain est une protection sérieuse et que face à l’entreprise folle de la Russie aux frontières de l’Europe, cette dernière a besoin de la force militaire qu’est l’Otan. On le sait: chaque pays membre de cette alliance s’engage selon l’article 5 de sa Charte à riposter à l’agression que pourrait subir n’importe quel autre membre de l’alliance.

Les électeurs connaissent moins les circonstances de la naissance de l’Otan. Mais elles plaident elles aussi en sa faveur: du début de l’année 1948 jusqu’au mois de mai 1949, Staline avait mis peu à peu en place un blocus de la ville de Berlin. Fallait-il abandonner celle-ci aux Soviétiques? Non! Et dans un magnifique élan pour sauver ce qui pouvait l’être de la civilisation occidentale en Europe, un formidable pont aérien fut mis en place par les Occidentaux et surtout les États-Unis.

C’est dans ce contexte, le 12 avril 1949, que l’Otan fut créée. Staline n’avait pas encore renoncé à s’emparer de la capitale allemande mais, les Occidentaux ne cédant rien (le 16 avril un avion chargé de vivres ou de combustible atterrissait chaque minute à Berlin!) il finit par rouvrir les routes qui permettaient d’y accéder et d’en sortir un mois plus tard. L’URSS («humiliée» et «menacée» comme aurait dit Mélenchon) dénonça évidemment le «diktat de guerre et d’agression» que la nouvelle Organisation du traité de l’Atlantique Nord représentait à ses yeux. Elle dénonça même les prétextes que l’Otan avançait pour justifier sa fondation et notamment les graves violations des droits de l’homme en URSS et dans les pays européens qu’elle avait conquis: comment l’Otan osait-elle user d’un tel argument alors que «les nazis de l’Allemagne occidentale» et les franquistes espagnols approuvaient sa naissance ? À l’époque, les nazis n’étaient pas ukrainiens mais les partisans du pacte atlantique pouvaient l’être: ses fondateurs reprenaient selon Moscou les visées et les desseins de Hitler !

L’Allemagne ne rejoignit l’Otan qu’en 1955 et l’Espagne, seulement après être passée à la démocratie, en 1982.

Divers souverainistes comme Philippe de Villiers parlent quant à eux de mainmise américaine sur l’Europe et d’acceptation par les Européens de la soumission à l’Amérique. La guerre, froide ou chaude, menée par l’URSS aurait été l’occasion, pour Washington, de configurer une Europe à la main américaine…

Or, c’est Staline le vrai créateur de l’Otan: le coup de Prague en 1948 et le blocus de Berlin en 1949 ont fait beaucoup pour la naissance de l’Alliance et ont rendu nécessaire face à ses menaces la mise sur pied d’une contre-menace, crédible et efficace – le déclenchement-surprise de la Guerre de Corée avec l’approbation du même Staline en juin 1950, renforçant la détermination atlantique.

Lorsque l’URSS s’effondra en 1991, les pays du Centre et de l’Est européen demandèrent librement leur adhésion pour assurer leur sécurité. Dans les années qui suivirent, 14 de ces États rejoignirent l’Otan, dont les trois États baltes.

L’Otan interviendra plus tard pour faciliter la décommunisation de la Yougoslavie – Cet épisode, maintes fois caricaturé, mit fin à la tentative du rouge-brun Milosevic d’y succéder.

L’Otan est la grande force de petits États trop faibles pour assurer seule leur défense face à la Russie poutinienne. La volonté largement majoritaire des très pacifiques Finlandais et Suédois d’adhérer à l’Otan illustre bien la vraie nature de l’organisation: une libre alliance défensive de démocraties libérales qui veulent avant tout vivre en paix et qui ont compris la nature tyrannique impérialiste et donc tout particulièrement dangereuse pour eux de l’État russe actuel.

L’Otan est le bras armé d’un monde occidental menacé par la volonté russe de retrouver sa «grandeur» d’antan.

L’Otan est une alliance en vue de protéger la liberté dans un monde où l’ONU est incapable, muselée qu’elle est par les vétos de la Russie et de la Chine, de dénoncer les menaces des États totalitaires.

(crédit photo: QG de l’OTAN, https://www.flickr.com/photos/nato/27029507408)

2 Juil 2022