Deux mauvais procès en phobie

Qu’il s’agisse de la dénonciation de l’islamophobie ou de l’homophobie, il doit être clair que l’usage abusif du suffixe « phobie  » risque de servir à interdire toute critique à l’égard des idées et des revendications d’une « minorité » religieuse ou sexuelle

On ne doit pas cadenasser la liberté d’expression en la limitant à ce qui n’est ressenti comme une offense par aucun public. 

Cette liberté d’expression est justement limitée à ce qui n’incite pas au mépris ou à la violence contre une catégorie de personnes indépendamment de leurs actes.

En ce qui concerne les croyances religieuses, leur critique n’est pas en soi une incitation à la haine contre les personnes.

Le meilleur exemple en est la différence entre l’antijudaïsme religieux – qui ne s’en prend qu’à la religion juive- et l’hostilité aux Juifs, qu’ils soient croyants ou non.

Ce point mérité d’être rappelé. Il faut qu’Olivier Faure ait perdu son bon sens pour rendre hommage  » Aux 12 884 français de confession juive arrêtées les 16 et 17 juillet 1942 pendant la Rafle du Vél d’Hiv’, à ceux qui ne sont jamais revenus, à tous ceux qui ont survécu. Notre devoir est de ne jamais oublier et de lutter sans relâche contre l’antisémitisme. »

Ces Juifs n’ont pas été arrêtés, déportés et exterminés parce qu’ils étaient « de confession juive », mais parce qu’ils étaient juifs.

Ils ne furent pas victimes de l’antijudaisme religieux mais de l’antisémitisme ethnique.

Les Juifs (dont je fais partie) auraient été très satisfaits si l’anti-judaïsme religieux s’était cantonné à la critique de la religion juive, sans s’en prendre aux Juifs en tant que personnes.

Les non Juifs (et les Juifs eux-mêmes) peuvent bien critiquer la Torah et caricaturer Moïse tant qu’il leur plait, les Juifs, croyants ou non croyants, ne les accuseront pas d’antisémitisme pour si peu.

Accuser d’antisémitisme les auteurs de ces critiques et de ces caricatures antireligieuses serait leur faire un mauvais procès. Et même un procès qui relèverait de la diffamation.

Voici d’ailleurs comment l’antijudaïsme religieux est défini dans Wikipédia, qui fait désormais office de référence.

« L’antijudaïsme est l’hostilité à l’égard de la religion juive. Ce terme peut être employé à propos de l’attitude du christianisme envers le judaïsme, attitude longtemps marquée par la théologie de la substitution, elle-même issue de plusieurs courants, dont le marcionisme et la doctrine augustinienne du « peuple témoin ».

Au sens strict, l’antijudaïsme ne doit pas être confondu avec l’antisémitisme, bien que tous deux puissent s’influencer mutuellement. L’antisémitisme désigne une attitude hostile vis-à-vis des Juifs en tant que peuple au-delà d’une stricte dimension religieuse. Toutefois, au cours de l’histoire, ces deux notions se sont confondues, ainsi que l’a démontré, par exemple, Jules Isaac dans son ouvrage Jésus et Israël. »

La liberté d’expression serait bafouée dans son principe si la société, et les juges, acceptaient la confusion entre la critique des croyances et la discrimination envers les personnes.

Le fait que cette critique puisse être « ressentie » comme incitation au mépris ou à la haine par les personnes qui s’identifient peu ou prou à un courant religieux ne suffit pas à faire de cette libre critique une menace envers les personnes et donc un délit.

La même distinction s’impose à l’égard des propos relatifs à l’homosexualité et à l’homophobie..

Tout propos qui incite objectivement au mépris et à l’hostilité envers les personnes en raison de leur homosexualité est un délit qui doit être condamné, car l’orientation sexuelle relève à l’évidence et sans limites des droits de l’homme.

Pour autant, ce droit inconditionnel n’entraine pas l’obligation morale et politique d’approuver inconditionnellement et sans examen toutes les demandes adressées à la société par certains militants homosexuels, sous peine d’être taxé d’homophobie, comme l’est actuellement la ministre Caroline Cayeux.

Quel que soit le ressenti de certains anti-homophobes, dont le combat est légitime, les propos qu’elle a tenus au début du débat sur le mariage pour tous n’étaient pas homophobes.

Comme n’importe qui, elle avait a le droit de considérer et même de dire que l’homosexualité est contre nature, à condition de n’en tirer aucune conséquence discriminative à l’égard des homosexuels. De toute façon, la remarque  » c’est contre nature » n’a aucune valeur médicale, morale ou juridique, car la nature, ou plutôt la représentation qu’on se fait de la nature, n’est pas la norme de notre civilisation.

Comme n’importe qui, elle avait a le droit de considérer et de dire qu’un enfant élevé exclusivement par des parents du même sexe est privé délibérément de l’apport spécifique de l’autre sexe. Car le droit des personnes homosexuelles n’est inconditionnel que tant qu’il ne s’agit que d’elles. En revanche, les interrogations concernant l’intérêt de l’enfant élevé par un couple homosexuel sont peut-être sans fondement, mais elles ne sont pas une manifestation d’homophobie.

Il est donc diffamatoire d’accuser madame Cayeux d’avoir tenu des propos homophobes.

André Senik

25 Juil 2022


Mélenchon n’est pas la République

(1. Retour sur un printemps électoral)

En avril 2022, Jean-Luc Mélenchon échoue pour la troisième fois dans sa tentative d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le constat est cruel : les électeurs ne lui font pas confiance.

Mais le tribun de La France Insoumise ne veut pas disparaître de la vie politique : il va donc s’engager dans la voie de la confusion politique, au risque de s’y perdre et de fragiliser un peu plus une démocratie déjà affaiblie.

Une défaite ? Une revanche à prendre sur le suffrage universel

Le 26 mai, il tient tribune dans Libération où il reprend ses deux formules-choc de l’entre-deux tours de la présidentielle :

* « Les législatives sont le troisième tour de l’élection présidentielle » : s’il est légitime de s’interroger sur le mode de désignation du président et sur la nature du régime parlementaire de la Vè République, nier le résultat même de l’élection relève au mieux d’un caprice de mauvais perdant (M. Macron serait le « président le plus mal élu de la Vè République » avec 38,5 % des inscrits, dénonce (1) M. Mélenchon élu député en 2017 par… 20 % des inscrits), au pire du mépris du suffrage universel.

Puisqu’il n’est pas Président, M. Mélenchon nie donc la légitimité du droit à l’élection d’un autre que lui. Ses lieutenants vont tenter d’achever le travail, dans de peu glorieuses attaques ad hominem contre le Président de la République réélu le 24 avril (2).

* « Je vous propose de m’élire Premier ministre » : pendant que dans 577 circonscriptions des candidats débattent et se présentent au suffrage des électeurs, M. Mélenchon, dans la posture de l’homme charismatique s’appuyant sur le peuple, s’engage dans une dérive plébiscitaire. Que reste-t-il de cette gauche attachée à la République parlementaire qui a toujours dénoncé la personnalisation du pouvoir qu’elle soit idéologique (bonapartiste) ou institutionnelle (avec l’élection présidentielle au suffrage universel et l’inversion en 2002 du calendrier électoral au détriment des législatives) ?

Un Parlement ? Mais pas celui de la République

Le discours de confusion, c’est aussi la perte du sens des mots et le mélange des genres entre le Parlement qui, dans nos institutions républicaines vote les lois et contrôle l’action du gouvernement, et un énigmatique et ambigu « Parlement de la Nupes » (du nom du cartel électoral « Nouvelle alliance populaire écologique et sociale »). Lancé par M. Mélenchon le 30 mai, « Le parlement de la Nupes commence […] et sa pérennité n’est pas acquise. […] Il est impossible de changer la société aussi fondamentalement que nous en avons l’ambition sans une implication populaire de masse ».

Manifestement, pour M. Mélenchon, la réussite d’une alternance politique ne repose pas sur les institutions de la République. C’est à l’écart des représentants de la nation élus au suffrage universel, dans un organe partisan auto-proclamé, que s’exercerait le contrôle du pouvoir exécutif : « Je souhaite de toutes mes forces que le [parlement] continue, constructif et insolent envers le pouvoir, même si c’est nous qui l’exerçons. […] Qu’il soit frondeur, Insoumis, tout ce que vous voudrez » (AFP citée par lepoint.fr, 30 mai).

Un programme ? Des impasses

Exercer le pouvoir ? La personnalisation à outrance de la campagne des législatives masque un programme dans lequel la confusion règne : le « programme partagé » avec ses nouveaux alliés à gauche fait l’impasse sur des questions essentielles parmi lesquelles l’Union européenne (lui désobéir ?), le nucléaire civil (le démanteler ?), l’Otan (en sortir ?).

M. Mélenchon sait très bien que sur ces sujets il n’est pas majoritaire dans son camp, sauf à passer en force ou à agir par la menace : « Désormais, il en coûtera très cher de descendre du train. Cela vaut pour tout le monde. Y compris pour nous insoumis », gronde alors le « tribun du peuple » (Libération, 8 juillet).

Un prophète ? Des échecs

M. Mélenchon a beaucoup cru et croit encore en son étoile, même si au fil du temps il abaisse ses considérables prétentions :

* Incarner la République ? « La République, c’est moi ! », lors de la perquisition du siège de LFI le 16 octobre 2018.

* Président de la République ? Perdant au 1er tour, écarté du 2nd tour – « J’aurais préféré voter pour moi » (émission « Quotidien », TMC, 25 avril) -, il promet le 24 avril que « le 3ème tour commence ce soir ».

* Premier ministre ? Il passe du rêve (« Je serai le Premier ministre », BFM TV, 19 avril) à la réalité, moins brillante : « Quand on vous a dit “on peut gagner, élisez-moi premier ministre”, ça voulait dire que c’était tout à fait possible » (le 5 juillet, cité dans l’Humanité, 7 juillet).

* Député ? Il renonce à se présenter devant les électeurs. Au soir du second tour des législatives, il proclame que « La déroute du parti présidentiel est totale » ! Dans les faits, il manque 100 sièges à LFI et à la Nupes pour faire jeu égal respectivement avec Renaissance et avec la coalition présidentielle, et 215 sièges à LFI pour atteindre la majorité absolue. Il faut dire que Jean-Luc Mélenchon s’exprime ce soir-là depuis son QG de l’Elysée…-Montmartre, une salle de spectacle.

* Malgré des discours qui ne trompent que son auteur, le « 3ème tour » de M. Mélenchon est donc un nouvel échec. Qu’à cela ne tienne, notre tribun qui vole de défaite en faillite proclame : « Le quatrième tour est commencé. Mais le pouvoir macroniste sait-il que ses jours sont comptés ? » (blog melenchon.fr, 28 juin).

Au-delà de ce qui pourrait n’être qu’une vaste pantalonnade, M. Mélenchon annonce son projet politique : organiser le blocage des institutions, attiser les divisions dans la société, pour partir une dernière fois à la conquête d’un pouvoir qui n’en finit pas de le fuir dans les urnes. Choisira-t-il alors la rue ?

Antoine Murageot

(1)    A tort : c’est Georges Pompidou en 1969.

(2)    « Bâtard de François Hollande » (François Ruffin, 28 avril) ; « Bah si, bonhomme, tu vas le nommer » (Manuel Bompard, 6 juin).

Photo: Toulouse, Jean-Jaures, 1er juin 2013, crédit: Pierre-Selim, https://www.flickr.com/photos/pierre-selim/8913158141

25 Juil 2022


Les deux vainqueurs des élections : le populisme et l’extrémisme ?

Nous avons le grand plaisir de publier un extrait du discours du Sénateur Claude Malhuret, discours prononcé après la déclaration de politique générale d’Elizabeth Borne devant l’Assemblée nationale; discours remarquable, tant par la forme que par le fond.

H&L

“Depuis le 19 juin, tout le monde proclame sa victoire avec un art admirable de l’auto-persuasion. Les uns ont gagné parce qu’ils n’ont pas perdu, les autres ont gagné bien qu’ils aient perdu, d’autres enfin croient avoir gagné parce qu’ils n’ont pas compris qu’ils avaient perdu. On connaissait les victoires à la Pyrrhus, il y a maintenant les défaites gagnantes.

La vérité est beaucoup plus simple, et brutale et je m’étonne que personne n’en ait parlé jusqu’ici : les deux vrais vainqueurs de ces élections sont le populisme et l’extrémisme. On en a vu les premiers résultats dès cet après-midi et le déplorable spectacle à l’Assemblée nationale.

Lorsqu’au premier tour de la présidentielle les extrêmes recueillent 57% des suffrages, lorsque les uns multiplient le nombre de leurs députés par 5 et les autres par 10, c’est une gifle pour tous les partis démocratiques. Tous.

Il y a cinq ans la France était citée en exemple. Elle échappait à la vague de populisme qui frappe les démocraties et qui a donné Trump, Bolsonaro, le Brexit, Orban et quelques autres. Aujourd’hui elle est rattrapée par la patrouille.

Elle ne doit son salut provisoire qu’à une particularité historique. Alors qu’ailleurs le populisme n’est que d’extrême droite, chez nous où l’école apprend aux élèves à adorer Camille Desmoulins et à préférer Robespierre à Tocqueville, il est coupé en deux, ce qui l’empêche d’arriver au pouvoir. Pour le moment.

Mais les extrêmes sont moins éloignés qu’on ne le pense. Ce qui les rapproche est bien plus fort que ce qui les sépare : la haine de l’Europe et de l’OTAN, l’anti-américanisme, Assad, Poutine, l’Ukraine, les retraites, les programmes économiques délirants, le complotisme, le soutien aux antivax et les fake news, la posture tribunicienne, l’obsession du soupçon et de la dénonciation.

Ce qui les sépare : leurs histoires respectives et leurs chefs qui se détestent. Certains croient leur hybridation impossible.  Elle gagne chaque jour du terrain. Regardez les transfuges, les militants qui se font des clins d’œil, les reports massifs du deuxième tour des législatives. Et il y a chaque jour un peu moins de différence entre la xénophobie des uns et le racialisme des autres qui hiérarchise les gens selon leur degré de mélanine. Est-ce qu’il y a quelqu’un ici qui croit que Taha Bouhafs ou Danielle Obono, l’amie de l’antisémite Corbyn, sont anti-racistes ?

Aujourd’hui, au-delà des apparences électorales, la France voit s’affronter un pôle européen et républicain et un pôle populiste et nationaliste, le lepéno-mélenchonisme. Ce sont les jumeaux de la ruine. Qui peut affirmer que nous n’assisterons pas demain, comme en Italie, au regroupement des ZADistes et des fachos – fâchés ou pas –, au profit de celui qui aura terrassé l’autre.

Car ce qui les sépare c’est aussi la stratégie. Pour les mélenchonistes la tenaille du chaos à l’Assemblée et du chaos dans la rue. Pour les lepénistes la respectabilité au service d’un objectif : après le chaos, nous.

À ma gauche le général Tapioca du Vieux Port, chauffé à blanc par des résultats qu’il surestime, ressort son marxisme archi-trépassé, son keynésianisme pour cour de récré : on augmente les dépenses de 250 milliards et hop, ça en ramène 267. Dans une exaltation qui lui donne plus que jamais l’air de parler depuis le sommet d’une barricade, l’expert en nigologie depuis le trotskisme de sa jeunesse jusqu’au soutien inconditionnel à Poutine, a ressorti le programme commun du frigo et l’a imposé au reste de la gauche. Avec en prime l’entrée de la France dans l’alliance bolivarienne. C’est un peu la Yvette Horner de la politique. Son blog comporte une liste de 180 thèmes rangés par mots clés. Démocratie n’y figure pas.

Avec l’effarant appui de pas mal de médias prosternés comme des lapins dans les phares, il s’est décrété Premier Ministre. Le plus cocasse est que certains l’ont cru. Après tout dans l’Empire romain on a bien nommé un cheval Consul.

À ma droite, l’héritière du château de Montretout, que ça n’empêche pas de parler au nom du peuple, a une stratégie plus intelligente, donc plus dangereuse. Oublié le père Le Pen qui n’a réussi, par ses outrances, qu’à devenir le Maréchal Pétrin. Depuis deux mois le mot d’ordre, c’est : pas de vague. C’est bien simple, maintenant quand elle passe à la télé, sourire jusqu’aux oreilles, dents blanches, haleine fraîche et tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, on croirait voir Lecanuet. Plus les républicains expliquent qu’ils sont dans l’opposition, plus elle sous-entend qu’elle n’exclut pas de faire une fleur au Gouvernement. Elle demande maintenant de siéger au centre de l’hémicycle et fait prendre des cours de maintien à ses troupes. Attention à ce contrepied. Ce pourrait bien être le baiser qui tue pour la majorité ou la droite républicaine. Ça n’a pas échappé aux insoumis, qui dénoncent déjà avec des cris d’orfraie une collusion qui n’existe pas.

Ces deux extrémismes sont dangereux et nous imposent trois responsabilités. La première est d’éviter de leur courir après. Parce que l’une des choses les plus tristes dans ces élections c’est d’avoir vu des bataillons entiers des républicains de droite et de gauche emboîter le pas aux extrémistes.

Quand, dans tant de départements, des responsables de la droite républicaine refusent de suivre l’exemple du Président du Sénat et d’appeler comme lui à voter le 19 juin pour les candidats démocrates contre les extrêmes, il y a un problème. Quand un candidat à la primaire présidentielle annonce qu’il voterait Zemmour au deuxième tour contre Macron, il y a un problème.

Mais le plus navrant c’est le naufrage d’une grande partie de la gauche. Après la défaite de 2017 le PS avait vendu son siège, en 2022 il a vendu son âme. Adepte du « plus c’est gros, plus ça marche », le mal nommé Olivier Faure ose comparer l’alliance avec LFI au Front populaire en faisant semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce : le Front populaire était dirigé par la gauche de gouvernement, pas par le projet insensé des insoumis. Le plus stupéfiant c’est que les nouveaux pacsés s’entendent à peu près comme des chats dans un sac. Totalement opposés sur l’Europe et l’OTAN, sur le nucléaire, sur la loi El Khomri, sur la retraite à 60 ans, sur la VIème République, ils ne sont d’accord sur rien.

Cazeneuve, Delga, Cambadélis et beaucoup d’autres l’ont bien compris : c’est l’identité des socialistes depuis le congrès de Tours qui disparaît quand on passe de Léon Blum à Léon Trotski. C’est la victoire posthume de Guesde sur Jaurès. « Ça sent l’histoire ! » disait Mélenchon avec sa modestie habituelle au lendemain de l’accord. Moi je trouve plutôt que, comme disait Edouard Herriot, ça sent l’andouillette pour parler poliment.

La deuxième responsabilité des démocrates, c’est de comprendre les raisons du vote populiste et les moyens de le dégonfler. Continuer de prétendre que les problèmes qui nourrissent cette vague n’existent pas, refuser depuis trente ans de s’interroger sur ce qui se passe est un vrai danger pour la démocratie. Le danger d’avancer avec un bandeau sur les yeux.

La troisième responsabilité des démocrates, c’est de réussir. Gouverner avec une majorité relative est un défi. S’opposer aussi. Nous savons déjà que la coalition ou le pacte de gouvernement n’auront pas lieu. Ne reste donc que la méthode du cas par cas. Elle impose de changer les habitudes : un Gouvernement qui propose au lieu d’imposer, une opposition qui compose au lieu d’empêcher.

Majorité et opposition républicaines sont condamnées à se supporter. Ne pas y parvenir serait la recette infaillible de l’impuissance face à la crise économique et aux défis sociaux qui s’annoncent. Ne pas y parvenir n’entraînerait pas la prochaine fois la victoire d’une famille contre l’autre, mais la défaite de tous face aux populistes. Il paraît que la culture du compromis n’existe pas en France. Il va bien pourtant falloir s’y résoudre.

Autant dire, Madame la Première Ministre, qu’en entrant à Matignon vous avez accepté un nouveau job, celui de démineuse en chef. Même si sa majorité vous est opposée, la tâche ne me paraît pas impossible au Sénat. Elle suppose un respect réciproque, ça tombe bien, c’est la tradition de la maison.”

Claude Malhuret a été Président de Médecins sans frontières. Longtemps Maire de Vichy, il fut député européen et Secrétaire d’État chargé des Droits de l’homme. Sénateur depuis 2014, il préside le groupe « Les Indépendants – République et territoires » (LIRT) au Sénat. Depuis décembre 2021, il a rejoint « Horizons » et Édouard Philippe.

(crédit photo: ClarisseBuchot, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Claude_Malhuret,pr%C3%A9sident_du_groupe_Les_Ind%C3%A9pendants-_S%C3%A9nat.jpg)

14 Juil 2022


13 novembre: «Le grand absent de ce grand procès, l’idéologie islamiste»

Les coupables des attentats islamistes du 13 novembre ont été jugés. Ils l’ont été d’une façon irréprochable, et la justice française s’est montrée digne de ce qu’est un État de droit. Personne d’ailleurs n’y trouve rien à redire. Ce procès a apporté aux victimes, à la société française tout entière, et même aux accusés, tout ce qu’on pouvait attendre d’un tel procès.

Et pourtant, la cause première de la tragédie dont on a jugé les coupables humains, la responsabilité première de ces crimes aveugles n’a été ni mise en examen, ni jugée, ni condamnée. La responsabilité première de ces crimes sans justification incombe entièrement à l’idéologie islamiste conquérante, qu’il faut appeler par son nom. Sans elle, aucun des assassins qui ont été jugés ne serait devenu un criminel de masse. Les humains qui commettent ces crimes monstrueux ne sont devenus des criminels que sous l’emprise d’une des idéologies qui poussent leurs fidèles aux crimes les plus inhumains.

Au-delà du cas de l’islamisme terroriste, le rôle des idéologies totalitaires et terroristes dans les crimes de masse des XXe et XXIe siècles doit être reconnu parce que seul ce rôle permet de comprendre comment des humains ordinaires peuvent commettre des actes monstrueux qui nous paraissent impensables. Le rôle des idéologies n’est ni une circonstance aggravante, ni une circonstance atténuante dans le jugement des auteurs, mais il doit être reconnu, parce que ces idéologies doivent être condamnées et combattues en raison de leur criminalité.

Or ces idéologies ne sont ni mises en procès ni condamnées en justice, parce que les tribunaux ne sont habilités à juger que des humains. À Nuremberg, on n’a pas jugé et condamné l’idéologie nazie. La dénonciation des crimes du communisme n’a pas débouché sur le procès en bonne et due forme de l’idéologie de ce système. Mieux vaut dire que la condamnation des crimes de masse du communisme n’est pas remontée jusqu’à la source idéologique qui a rendu possibles ces crimes impensables.

Voilà pourquoi nous avons collectivement le sentiment que le procès des assassins du 13 novembre n’est pas allé jusqu’au bout, et que la condamnation des coupables humains ne suffira pas à nous faire tourner la page en nous disant que justice a été faite.

Pour que justice soit faite, il nous reste à poursuivre le combat contre l’idéologie islamiste barbare qui a mené à cette tuerie. Il nous reste à mener le combat au grand jour contre l’islamisme, en France même, avec pour objectif de faire reculer la séduction de cette idéologie parmi ceux des jeunes musulmans de France qui peuvent être tentés par une vision radicalisée de leur identité, une vision d’autant plus exaltante qu’elle est archaïque et mortifère.

Le combat culturel contre l’islamisme conquérant doit être mené dans l’École, parce qu’il est la condition de l’intégration de tous les jeunes de France à notre culture.

Le jour où le combat contre l’islamisme conquérant et pour l’intégration à notre culture sera officiellement déclaré, le procès exemplaire des assassins du 13 novembre ne nous laissera plus un arrière-goût d’inachevé.

ANDRE SENIK (FIGAROVOX/TRIBUNE le 1er juillet 2022)

André Senik est agrégé de philosophie. Il a notamment publié Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’histoire, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2015.

Crédit photo: Rawpixel

6 Juil 2022


Les économistes pro-Nupes ne représentent pas ‘‘la science’’»

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publiées par Figarovox le 15 dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Plusieurs dizaines d’économistes ont publié une tribune dans le JDD intitulée «Nous soutenons le programme économique de la Nupes aux élections législatives.». Ils appellent à une «rupture avec le néolibéralisme».

Leur première erreur est de laisser croire que la politique macronienne s’est inspirée du «néolibéralisme». C’est oublier complaisamment que notre pays se situe au firmament des États-providence, avec 59 % du PIB en dépenses publiques et 47 % du PIB en prélèvements obligatoires. Impôts écrasants, dette publique abyssale, présence de l’État tous azimuts: aucune nation développée au monde ne pratique une politique plus centralisatrice, plus intrusive dans la vie privée des individus, plus spoliatrice, plus opposée à la libre initiative individuelle.

La deuxième erreur des signataires est d’ignorer les fondements de la science économique en osant soutenir un projet auprès duquel le désastreux programme commun de gouvernement du PS et du PCF des années 1970 peut passer pour modéré. Il est vrai que rien ne saurait freiner l’ardeur révolutionnaire de ces économistes à la gauche de la gauche, l’inévitable Thomas Piketty en tête, qui vient de dénoncer l’«incompétence économique» de ceux qui oseraient critiquer le programme de Jean-Luc Mélenchon.

Selon eux, la crise sociale actuelle pourrait être réglée par le blocage des prix, le salaire minimum à 1500 euros net, une fiscalité plus progressive encore sur les revenus et les patrimoines, le rétablissement de l’ISF, la spoliation des «riches héritiers». À plus long terme, une «remobilisation de la puissance publique» devrait permettre, selon eux, d’une part d’améliorer l’enseignement, la santé, la recherche, et d’autre part de respecter la biosphère. «Notre programme est solide»: ces économistes soutiennent la Nupes au point de s’identifier à elle, et la solidité serait garantie par une dette publique très favorable parce que la France a su bien emprunter et qu’un peu d’inflation arrange les débiteurs.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté

En fait non seulement ce «programme solide» se chiffre à quelques centaines de milliards d’euros de dépenses, mais il aurait surtout pour effet de détruire les entreprises françaises et le pouvoir d’achat des Français les plus modestes, victimes de la spirale inflationniste liée à la décroissance.

La troisième erreur est d’ignorer que le seul recours pour le pouvoir d’achat des Français, mais aussi pour l’harmonie sociale, est dans le libéralisme. C’est la rupture avec le socialisme qui est aujourd’hui indispensable, car celui-ci a fini par persuader une grande partie de la population que le pouvoir d’achat est un droit social, défini et financé par les instances politiques, et que l’«égalité réelle» doit être respectée entre tous les citoyens, quels que soient leur mérite, leur effort, leur épargne, leur sens de l’entreprise et de l’innovation.

Le libéralisme n’est pas limité à une dimension économique, il repose sur la confiance dans l’être humain, qui peut affirmer sa personnalité en démontrant ses capacités au service des autres, dans ses relations contractuelles comme dans ses solidarités volontaires. Pourtant il n’a inspiré aucun grand candidat lors de cette campagne, et il est largement exclu du débat politique et médiatique depuis plusieurs décennies.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme qui toucherait en premier lieu les plus faibles et accroîtrait encore le chômage, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté. 

Une liberté qui se décline avec le strict respect de la propriété, de la subsidiarité et l’éminente dignité de l’individu. 

Une liberté qui constitue le seul rempart contre le charlatanisme économique 

et les dérives autoritaires du populisme.

N’en déplaise aux thuriféraires de la Nupes, le salut ne viendra pas de la contrainte, mais de la libération.

Les signataires de la tribune:

Économistes: Jean-Pierre Centi, doyen de la faculté d’économie de l’Université Aix-Marseille III, François Facchini, professeur de sciences économique à l’Université Paris I- Sorbonne, Guido Hülsmann, professeur de sciences économiques à l’Université d’Angers, Pierre Garello, professeur de sciences économiques à l’Université d’Aix-Marseille, Jacques Garello, Pascal Salin, Jacques Bichot, Jean-Didier Lecaillon, Pierre Dussol et Jean-Yves Naudet, professeurs émérites en sciences économiques, Gérard Bramoullé, doyen honoraire de la faculté d’économie appliquée de l’Université d’Aix-Marseille, Liliane Debroas, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Aix-Marseille.

Personnalités Alain Madelin, ancien ministre, David Lisnard, Maire de Cannes, président de Nouvelle Energie, Alain Laurent, philosophe, Jean-Philippe Delsol, président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref, think-tank libéral), Jean-Philippe Feldman, agrégé des facultés de droit, vice-président de l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), Yves Buchsenschutz, président d’Irdeme, Patrick de Casanove, président du Cercle Frédéric Bastiat, Gérard Dosogne, président d’Entrepreneurs pour la France, Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, Francis Balle, professeur émérite en science politique, Nicolas Lecaussin, directeur d’Iref Europe, Henri Lepage, économiste, Didier Maréchal, expert-comptable, Cercle Frédéric Bastiat de Paris, Alain Mathieu, président d’honneur de Contribuables associés, Patrick Simon, avocat à la Cour de Paris.

(crédit photo: Thomas Bresson, 19/01/2022, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Meeting_M%C3%A9lenchon_Toulouse_-2017-04-16Jean-Luc_M%C3%A9lenchon-_16.jpg)

2 Juil 2022


Vive l’OTAN ! (Tribune d’Alain Laurent et Pierre Rigoulot publiée par FIGAROVOX le 16 juin 2022)

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publié par Figarovox le 16 juin dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Alain Laurent est philosophe, sociologue et essayiste. Ancien membre fondateur du Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés, il dirige depuis 2004 la collection La Bibliothèque classique de la liberté, aux Belles lettres.

Pierre Rigoulot, spécialiste des régimes communistes, est directeur de l’Institut d’histoire sociale (fondé par Boris Souvarine en 1935) et du trimestriel Histoire & Liberté. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier publié est Points chauds de la guerre froide (1946-1989), L’Archipel, 2019.

Il y a quelques mois encore, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon (en passant par quelques souverainistes), c’était à qui dénoncerait le plus férocement l’Otan, cet autre «machin» fabriqué par les Américains pour s’adjoindre des supplétifs dans leur lutte pour asseoir leur domination mondiale.

Aujourd’hui, l’un et l’autre candidats à la présidentielle se sont calmés. Ils savent que ce n’est plus le moment de se montrer trop proches du discours de Poutine. Ils savent aussi que chaque électeur sent plus ou moins confusément que le parapluie nucléaire américain est une protection sérieuse et que face à l’entreprise folle de la Russie aux frontières de l’Europe, cette dernière a besoin de la force militaire qu’est l’Otan. On le sait: chaque pays membre de cette alliance s’engage selon l’article 5 de sa Charte à riposter à l’agression que pourrait subir n’importe quel autre membre de l’alliance.

Les électeurs connaissent moins les circonstances de la naissance de l’Otan. Mais elles plaident elles aussi en sa faveur: du début de l’année 1948 jusqu’au mois de mai 1949, Staline avait mis peu à peu en place un blocus de la ville de Berlin. Fallait-il abandonner celle-ci aux Soviétiques? Non! Et dans un magnifique élan pour sauver ce qui pouvait l’être de la civilisation occidentale en Europe, un formidable pont aérien fut mis en place par les Occidentaux et surtout les États-Unis.

C’est dans ce contexte, le 12 avril 1949, que l’Otan fut créée. Staline n’avait pas encore renoncé à s’emparer de la capitale allemande mais, les Occidentaux ne cédant rien (le 16 avril un avion chargé de vivres ou de combustible atterrissait chaque minute à Berlin!) il finit par rouvrir les routes qui permettaient d’y accéder et d’en sortir un mois plus tard. L’URSS («humiliée» et «menacée» comme aurait dit Mélenchon) dénonça évidemment le «diktat de guerre et d’agression» que la nouvelle Organisation du traité de l’Atlantique Nord représentait à ses yeux. Elle dénonça même les prétextes que l’Otan avançait pour justifier sa fondation et notamment les graves violations des droits de l’homme en URSS et dans les pays européens qu’elle avait conquis: comment l’Otan osait-elle user d’un tel argument alors que «les nazis de l’Allemagne occidentale» et les franquistes espagnols approuvaient sa naissance ? À l’époque, les nazis n’étaient pas ukrainiens mais les partisans du pacte atlantique pouvaient l’être: ses fondateurs reprenaient selon Moscou les visées et les desseins de Hitler !

L’Allemagne ne rejoignit l’Otan qu’en 1955 et l’Espagne, seulement après être passée à la démocratie, en 1982.

Divers souverainistes comme Philippe de Villiers parlent quant à eux de mainmise américaine sur l’Europe et d’acceptation par les Européens de la soumission à l’Amérique. La guerre, froide ou chaude, menée par l’URSS aurait été l’occasion, pour Washington, de configurer une Europe à la main américaine…

Or, c’est Staline le vrai créateur de l’Otan: le coup de Prague en 1948 et le blocus de Berlin en 1949 ont fait beaucoup pour la naissance de l’Alliance et ont rendu nécessaire face à ses menaces la mise sur pied d’une contre-menace, crédible et efficace – le déclenchement-surprise de la Guerre de Corée avec l’approbation du même Staline en juin 1950, renforçant la détermination atlantique.

Lorsque l’URSS s’effondra en 1991, les pays du Centre et de l’Est européen demandèrent librement leur adhésion pour assurer leur sécurité. Dans les années qui suivirent, 14 de ces États rejoignirent l’Otan, dont les trois États baltes.

L’Otan interviendra plus tard pour faciliter la décommunisation de la Yougoslavie – Cet épisode, maintes fois caricaturé, mit fin à la tentative du rouge-brun Milosevic d’y succéder.

L’Otan est la grande force de petits États trop faibles pour assurer seule leur défense face à la Russie poutinienne. La volonté largement majoritaire des très pacifiques Finlandais et Suédois d’adhérer à l’Otan illustre bien la vraie nature de l’organisation: une libre alliance défensive de démocraties libérales qui veulent avant tout vivre en paix et qui ont compris la nature tyrannique impérialiste et donc tout particulièrement dangereuse pour eux de l’État russe actuel.

L’Otan est le bras armé d’un monde occidental menacé par la volonté russe de retrouver sa «grandeur» d’antan.

L’Otan est une alliance en vue de protéger la liberté dans un monde où l’ONU est incapable, muselée qu’elle est par les vétos de la Russie et de la Chine, de dénoncer les menaces des États totalitaires.

(crédit photo: QG de l’OTAN, https://www.flickr.com/photos/nato/27029507408)

2 Juil 2022


Lenjeu du deuxième tour le 24 avril 2022

A l’évidence l’analyse électorale selon le vieux clivage Gauche/Droite a perdu toute pertinence. L’évolution est même tragique puisqu’elle fait ressortir une France ingouvernable du fait que le total des électeurs de l’Extrême-Gauche et de l’Extrême-Droite dépasse désormais largement les 50%.

Cette ingouvernabilité de la France nous vient de la Chine. La France, l’Europe et nos pays démocratiques sont à leur insu, l’objet d’une offensive géopolitique des deux grandes puissances totalitaires que sont la Chine et la Russie.

En Russie, après la chute du Mur, une partie significative de la population et le KGB en particulier ont très mal vécu la défaite militaire en Afghanistan (1979-1989), la dissolution du Pacte de Varsovie, l’implosion de l’URSS en 15 Républiques souveraines. Le KGB a fini par structurer et diriger un mouvement politique qui vise à la fois à reconstituer l’Empire russe et à annihiler l’idée même de démocratie en Russie et dans le monde en infligeant une défaite retentissante aux pays démocratiques.

La première étape a consisté pour le KGB à obtenir son retour au pouvoir (Poutine en 1999).

La deuxième a consisté à abolir le peu de vie démocratique en Russie pour y restaurer un régime franchement totalitaire.

La troisième a consisté à rétablir la Russie comme grande puissance, une puissance qui repose sur les matières premières (après s’être associée à l’OPEP pour en faire l’OPEP+, la Russie a pris le leadership du cartel des pays exportateurs de pétrole) et sur une armée dotée d’armements sophistiqués.

La quatrième, très offensive : avec l’invasion de l’Ukraine, Poutine cherche à se soumettre toute l’Europe continentale en l’obligeant à se finlandiser sous une double menace, celle concernant son approvisionnement en matières premières et celle du feu nucléaire et des missiles hypersoniques téléguidés.

En Chine, depuis 1978, le Parti Communiste Chinois n’a plus rien à voir avec ce qu’il était sous Mao. Il a fait basculer le modèle économique de la Chine du Collectivisme au Capitalisme ; mais il a maintenu intact son régime politique totalitaire. 

Les évènements de Tian Anmen en juin 1989 puis la première guerre d’Irak (1990/1991) ont amené le PCC à conclure qu’il lui fallait plus que jamais abattre l’hégémonie géopolitique des Etats-Unis et de leurs alliés pour restaurer l’hégémonie mondiale dont, selon lui, disposaient les empereurs de Chine jusqu’en 1842. En ravissant l’hégémonie aux Etats Unis, le PCC assurerait définitivement sa sécurité militaire ; il s’assurerait le contrôle des ressources du monde ; il ferait mordre la poussière au modèle démocratique et il serait même en mesure de généraliser le modèle totalitaire à toute la planète.

La première étape consista à passer d’une alliance de la Chine avec les Etats Unis contre l’URSS (de 1972 à 1989), à une alliance de la Chine avec la Russie contre les Etats-Unis.

La deuxième consista dans l’adoption autour de 1992 et dans la mise en œuvre à partir de 2001 d’une stratégie mercantiliste d’une ampleur jamais vue qui, dans un même mouvement, réussissait à doper la puissance économique, militaire et géopolitique de la Chine au détriment de celle des Etats Unis et de leurs alliés.

La troisième étape (à partir de 2012 et de la nomination de Xi Jinping) consiste à amorcer l’offensive finale à l’égard des Etats-Unis et de leurs alliés, ce qui nécessitait le renforcement de l’alliance avec la Russie du KGB et de Poutine.

Le KGB et le PCC ont contracté une alliance durable dont le ciment est une même détestation de la démocratie et un même appétit au totalitarisme.

Or la France, en dépit de son affaiblissement, constitue encore un élément très important du camp des pays démocratiques (l’arme nucléaire, une armée équipée et expérimentée, un des cinq sièges au Conseil de Sécurité de l’ONU, une Union Européenne qui serait déstabilisée si la France la quittait ou menaçait de la quitter, l’alliance franco-allemande, sa présence géographique dans le monde, la francophonie…). La France constitue un enjeu et une cible pour l’axe Pékin/Moscou.

De la déstabilisation sociale à la déstabilisation politique.

Comme les Etats-Unis et comme de très nombreux pays dans le monde, la France est entrée depuis 2001 dans une longue période de déstabilisation industrielle, commerciale, économique et financière conséquence, de la stratégie géopolitique mercantiliste menée méthodiquement par le Parti Communiste Chinois. D’où la désindustrialisation de la France, laquelle induit un chômage endémique et un déficit commercial croissant (principalement à l’égard de la Chine). Ce déficit commercial croissant induit une croissance trop faible de notre PIB, de notre emploi et de nos recettes fiscales ainsi qu’un endettement extérieur croissant (dû de plus en plus à la Chine, devenue de très loin le premier pays créancier au monde et de ce fait le pays devenu incontournable pour financer les dettes extérieures des autres pays).

Comme il était prévisible, cette déstabilisation industrielle, commerciale, économique et financière engendre, de quinquennat en quinquennat, un mécontentement social permanent et croissant dont l’épisode des gilets jaunes (2017 à 2019) est la manifestation la plus significative.

En arrivant à l’Elysée, les présidents qui se succèdent découvrent quelle est la répartition de notre énorme dette publique extérieure entre les pays prêteurs ; ils en déduisent très logiquement que la souveraineté même de la France se trouve sérieusement menacée par l’emprise financière dont le P.C.C. dispose sur elle. Cette situation les pousse à mettre en place des réformes qui sont nécessaires mais qui sont impopulaires.

Avec le vote du 10 avril 2022, la Chine et son allié la Russie en arrivent à transformer la déstabilisation sociale (à laquelle ils ont eux-mêmes contribué) en une déstabilisation politique de la France comme le montre le nouveau repli global des partis de gouvernement (LR + LREM + PS + EELV).

Les partis de gouvernement dans un corner

Dans ce contexte en effet, des partis démagogues entendent exploiter à leur profit le mécontentement social par des propositions électorales inconsidérées.

En face d’eux, les partis de gouvernement, connaissant trop bien le délabrement actuel de notre pays (industriel, commercial, économique et financier), cherchent encore à gérer le pays de façon responsable, mais ils sont placés face à un débat cornélien :

Ou bien ils limitent les cadeaux électoraux et se font renverser électoralement par ces partis démagogues pour la plus grande joie de leurs parrains étrangers…

Ou bien ils pratiquent eux-mêmes des cadeaux électoraux importants alors que notre pays n’en a plus les moyens, ils enfoncent de ce fait notre pays dans un endettement extérieur considérable à l’égard de Pékin et ils en arrivent à ce que, peu après, Pékin, muni de son emprise financière sur notre pays, puisse nous imposer une sorte de protectorat.

L’élection en France et la guerre hybride que mènent Pékin et Moscou

Pékin et Moscou considèrent sans doute qu’ils approchent la fin de la partie mondiale qu’ils ont engagée contre les Occidentaux. Après s’être employés pendant vingt ans à dissimuler leur alliance, la Russie du KGB et la Chine du PCC se sont permis de l’officialiser et de l’afficher ouvertement avec leur communiqué du 4 février 2022 (15 pages, rédigé en anglais), à la veille de l’invasion de l’Ukraine

Sans attendre cette officialisation, les deux grands pays totalitaires n’ont cessé d’entreprendre des initiatives bellicistes qui vont toutes dans le sens d’affaiblir les Etats Unis et la démocratie dans le monde.

Pour la Russie : l’agression de la Géorgie, l’invasion de la Crimée et de deux circonscriptions du Donbass, l’intervention barbare en Syrie, puis les commandos Wagner dans plusieurs pays d’Afrique puis maintenant l’invasion barbare en Ukraine.

Pour la Chine : la sinisation forcée du Tibet et du Sinkiang, l’abolition unilatérale du Traité de Hong Kong, l’invasion de la Mer de Chine du sud et maintenant la menace d’une invasion de Taïwan.

A chaque étape, l’agression commise par l’un des deux pays est validée et soutenue par l’autre pays.

Cette guerre entreprise par l’axe Pékin/Moscou est une guerre multidimensionnelle, une guerre hybride. Les théâtres militaires ne sont pas les seuls fronts : il y a le front diplomatique (à l’ONU et ailleurs) ; il y a les cyberattaques ; il y a la désinformation et les fake news ; il y a l’intervention secrète mais très active dans les campagnes électorales des pays démocratiques (ce sont les services de Poutine qui avaient contribué à ce que Trump soit élu en 2016 et à ce que les Britanniques votent le Brexit).

L’élément le plus récent et le plus discret de cette guerre hybride, c’est toute l’opération de hausse simultanée des prix des matières premières orchestrée par Poutine (pétrole, gaz, céréales) et conjuguée avec une hausse des prix des produits manufacturés et du fret maritime orchestrée par Pékin. Cette énorme inflation importée porte brutalement atteinte à la paix sociale partout dans le monde et n’épargne ni les Etats Unis (hausse des prix à 8,5 % en mars 2022) ni la France. Cette inflation est tombée à point nommé pour Marine Le Pen qui a pu faire mouche avec sa campagne centrée sur le pouvoir d’achat.

Une victoire de Marine Le Pen en France serait un formidable trophée pour Poutine. Un trophée extrêmement conséquent puisque ses services sont depuis longtemps mobilisés pour qu’intervienne un Frexit après avoir déjà inscrit le Brexit à son tableau de chasse.

On aura compris l’énorme enjeu géopolitique qui est associé au résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle surtout quand on sait qu’une bonne part de l’électorat d’extrême-gauche s’entêtera cette fois encore à « refuser de choisir entre la peste et le choléra ».

Jean Francart (13 avril 2022)

(photo: https://www.flickr.com/photos/number7cloud/34356062021)

20 Avr 2022


La journaliste  Zineb El Rhazoui  et  le philosophe Peña-Ruiz dénoncent la volonté de Marie Le Pen d’interdire le voile dans lespace public.  « une exigence qui vise exclusivement une partie de la population, ce qui est discriminatoire ». Ils avancent un deuxième argument : «invoquer la laïcité pour justifier une telle règle, c’est se méprendre lourdement sur son sens. En effet, la laïcité ne produit de normes concernant la tenue vestimentaire que dans certains lieux où la neutralité de la tenue est requise et dans l’exercice de certaines fonctions qui appellent cette même neutralité. Elle donne à la sphère privée, individuelle ou collective, la plus grande liberté. Le critère de la norme est simple à définir et à comprendre. Quand mon action n’engage que moi-même, elle est libre. Quand elle engage mon rapport à autrui, elle doit se conformer à l’ordre public qui le règle (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 4 : «La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui»).Reste que la neutralité vestimentaire est exigible dans certains cas, comme par exemple dans l’enseignement public et les lieux officiels.

André Senik a lu cet article et  nous fait part de ses commentaires :

1° Il est exact que le principe de laïcité, à lui seul, ne concerne pas l’espace public ni les vêtements des personnes  privées.

Mais il est non moins exact que la laïcité et la neutralité de l’État se sont accompagnées en France, d’une discrétion généralisée dans le port des signes d’une appartenance particulariste, que celle-ci soit religieuse,  politique ou ethnique.

Le respect de cette discrétion exprime notre  préférence pour l’appartenance à une culture nationale commune y compris dans le domaine des moeurs

Le renoncement au port ostentatoire des signes particularistes dans l’espace public s’explique donc par le refus, très français, du multi-communautarisme, refus qui a conduit à ne pas mettre en avant dans l’espace public  les signes d’appartenance particularistes et séparatistes.

Cette remarque signifie au minimum qu’on peut préférer et recommander la discrétion dans l’affichage public de ce qui distingue voire qui oppose oppose les Français qui se rencontrent dans leur espace commun.

2° Les Français qui exhibent des signes ostentatoires de leur appartenance à une religion particulière et à sa culture particulière  font donc exception à la règle suivie par les autres Français, au lieu de se comporter en Romains à Rome.

Mais les signes vestimentaires d’affiliation à l’islamisme – ce qu’est  le port public du voile islamique – présentent ceci d’absolument  particulier qu’ils expriment un soutien à une idéologie qui veut imposer sa culture en France et qui nous fait la guerre.

Tout cela doit être pris en compte et exprimé avant d’en venir à faire une loi ou à en refuser le principe.

André Senik apporte avec subtilité et originalité sa contribution au débat toujours vif sur le voile islamique en commençant par contester qu’il se pose seulement en ces termes simples : dans les lieux officiels (école, administration, etc. ), le voile ou le foulard sont interdits. Ils ne le sont pas dans l’espace public et ne doivent pas l’être comme Marine Le Pen le propose dans son programme électoral. 

André Senik, dont on connait pourtant les positions démocratiques et libérales, apporte cependant la réserve suivante : le port du voile, c’est le port d’un accessoire vestimentaire exprimant un soutien à une idéologie qui veut imposer sa vision en France et qui nous fait la guerre. Bonne raison de s’y opposer, bonne raison qui va bien au delà  de la critique qu’on peut faire de l’indifférence – dont témoignent celles qui se voilent ou portent un foulard – au souci général de discrétion  des Français, quant à leur culture et en particulier à leur religion.

On comprend bien l’argument et son souci de ne pas donner libre cours au multiculturalisme et, plus encore, de ne pas donner le moindre avantage au courant islamiste qui veut imposer sa présence, ses règles et ses exigences en France.

Le problème c’est que l’immense majorité des femmes qui portent un foulard ne vivent pas cette décision vestimentaire comme un soutien à l’islamisme mais comme une coutume dans laquelle elles ont été  élevées, un peu comme nos mères et  grand-mères ne sortaient pas « en cheveux » et à la campagne  se séparaient même rarement  d’un foulard. On peut admettre comme le dit André qu’il s’agit d’une indifférence à la société et à la culture où elles sont venues vivre aujourd’hui. L’islam est peut-être même ici en cause car une de ses caractéristiques, relevées par exemple par Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques, c’est sa difficulté à reconnaître et accepter l’altérité. Mais presque jamais n’est en cause l’islamisme politique ou djihadiste. Ne faut-il pas en conséquence compter sur le temps, les changements de conditions de vie, d’éducation et de culture pour voir les moeurs évoluer et le port du voile perdre de sa « normalité »? Une cinquantaine d’années ont suffi pour que la France catholique s’effondre ainsi que bien des habitudes vestimentaires et alimentaires qui l’accompagnaient. L’islam ne pourrait-il pas prendre le même chemin?  Je serais donc tenté de laisser dans l’espace public les femmes libres de porter ou non le foulard. Le multiculturalisme, regrettable peut-être, mais transitoire (même si la transition dure quelques décennies) ne me semble pas le danger majeur encouru par nos sociétés.

Pierre Rigoulot

Photo de couverture : https://www.flickr.com/photos/121483302@N02/13765930124

je peux dire sans attendre où j’en suis sur ce point fort délicat.

Au début de la polémique sur le voile, j’étais totalement libéral. Je me souvenais que ma grand-mère maternelle n’avait pas quitté son shtetl pour venir visiter ses enfants en France, de crainte de ne pas pouvoir respecter toutes ses coutumes religieuses.

Avec la proposition d’interdiction du voile dans l’École, j’ai cru me retrouver devant un cas semblable et je n’avais vraiment pas envie d’emmerder des femmes comme cette grand-mère que je n’ai donc jamais vue.

Je me suis totalement trompé.

Le port du voile n’est pas une tradition chère aux femmes âgées et qui s’efface avec le temps et le passage des générations.

Il progresse partout dans le monde en signe extérieur de la progression de l’islamisation des moeurs… et des esprits.

Marine a été habile en associant voile et femme âgée. Mais c’est une esquive et rien de plus.

Conclusion : je ne suis pas du tout favorable à une interdiction qui serait violemment anti-libérale, mais je crois nécessaire une bataille culturelle contre cet étendard islamiste en défense de l’art de vivre ensemble à la française.

J’ajoute, en réponse à l’argument de la liberté de s’habiller comme on veut,

comme si le choix d’afficher un signe vestimentaire d’appartenance était

insignifiant : que celles qui portent librement un voile islamique arborent un logo défendant la liberté de le porter ou non pour toutes et partout.

André Senik

19 Avr 2022


Marine Le Pen encense le dictateur russe, bourreau de l’Ukraine

Qui a dit : « la France a plus dintérêts communs sur les plans culturels et stratégiques avec la Russie quavec les Etats-Unis », ?

(Le Monde, 16 novembre 2002)

Marine Le Pen

Qui a dit aussi, faisant preuve d’encore davantage de clairvoyance : « Rien ne permet daffirmer, du point de vue constitutionnel quelle nest pas une démocratie?  [une démocratie]. (…) Si vous lisez la presse russe, vous verrez que le ton de la presse dopposition y est bien plus libre et virulent à lencontre de Poutine quelle ne lest en France à l’égard de Sarkozy » ?

(Le Nouvel Observateur, 19 avril 2012)

Marine Le Pen

Qui a dit ? « M. Poutine est un patriote. Il défend les intérêts de son pays », « cest un homme attaché aux valeurs ».

(M le magazine du Monde, 29 mars 2014)

Marine Le Pen

Qui a obtenu un prêt de 9 millions d’euros de la banque russe FRCB ?

Marine Le Pen

(Cécile Vaissié : Les réseaux du Kremlin en France, éd. Les petits matins, 2016)

Qui a dénoncé« une diplomatie de menaces, de sanctions (…) une diplomatie de chantage que lUnion européenne, malheureusement, applique de plus en plus contre la Fédération de Russie. (…) ?

(Le Monde 26/27 mars 2017)

Marine Le Pen

Autant de  preuves de la nocivité, du caractère mensonger, et de la  dangerosité de la politique extérieure que mènerait la candidate du Rassemblement National.  Autant de  raisons, au moment où le dictateur stalino-tsariste avec qui elle a tissé des liens privilégiés martyrise les civils ukrainiens, de ne pas voter pour elle à la prochaine élection présidentielle !

Pierre Rigoulot

Photo © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

11 Avr 2022


 ERIC  ET  LE  SEXE

( Sur Eric Zemmour : « Le Premier Sexe », Denoël 2006)   

  

Selon Eric Zemmour, la France se meurt de l’ « islamisation ». Surprenant, en 2006, hier, il alertait sur un péril mortel tout autre : la « féminisation » (« Le Premier Sexe »). A contre- courant, seul, il lançait « mon offensive idéologique » (p.9), bouleversant la science : « C’est pour comprendre ce qui s’est passé … que j’ai d’abord écrit ce petit livre. Comme untraité de savoir-vivre viril … » (p.11). L’histoire, c’est avant tout le face-à-face virilité-féminité : « valeurs viriles » (action, combat, création, sexualité insatiable) face aux « valeurs féminines » (« la douceur sur la force, le dialogue sur l’autorité, la paix sur la guerre, l’écoute sur l’ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le risque » p.10). Stupéfiant : chez « Z », tout part du phallus, foyer de la vigueur sexuelle, donc de l’énergie physique et morale (« un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer … ça prend et ça jette » p.12). Zemmour attribue tous les évènements à la « virilité », véritable moteur de l’Histoire : « La Révolution guillotine le roi … parce qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait … La République … sera virile et fière de l’être » (p.90) ;  « fascisme, qui est toujours virilité exacerbée » (p.119). Immigration ? » «…la France et l’Europe, devenue uniformément femme … attendant d’être fécondée par une virilité venue du dehors » (p.108). « Ratonnades anti-Blancs » contre des lycéens parisiens ? « Certains avaient une grille de lecture ethnique. J’y vois, moi, la haine viscérale des « vrais hommes » pour les « tantouzes » » (p.113), etc., etc..

« Le totalitarisme féministe » (p.131)

D’après « Z », « une véritable mutation anthropologique » (p.10) s’est opérée après 1968 : la « féminisation qui n’est en vérité qu’une dévirilisation » (p.126). Féministes, couturiers homosexuels et capitalistes cupides ont, de pair, promu l’ « homme féminisé » sur le modèle du « gay », androgyne, flambeur et frivole. La « destruction sexuelle » a remis en cause « la tradition judéo-chrétienne… (d’) hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles » (p.26) ; « il n’y a plus …rien que des êtres humains… indifférenciés, interchangeables » (p.10) et « l’homme doit devenir une femme » (p.52) : allure, psychologie, habillement (et les femmes en pantalon ?) « Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste » (p.131), aussi totalitaire. A preuve les mesures contre la prostitution et le harcèlement sexuel. « C’est la conception d’un désir masculin distinct de l’amour qui est visée » (p.58) ; « l’homme n’a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu’aimer » (p.59). Zemmour, lui, pense avec Rousseau que « l’amour est un sentiment factice… célébré par les femmes… pour rendre dominant un sexe qui devrait obéir » (cité p.60). Le « respect » à la mode féministe exigé par les femmes tue le désir (« plus on respecte moins on bande » sic, p.65), poussant les hommes à chercher ailleurs, au détriment des premières.

« La féminisation … victoire à la Pyrrhus » (p.97)

Elles voulaient tout ensemble : « mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n’ont rien. » (p.69) ; la libéralisation du divorce a profité aux hommes : « les mères célibataires n’ont jamais été aussi nombreuses ; jamais aussi pauvres » (p.102). La salarisation des femmes a dévalorisé les professions féminisées : « Education nationale, magistrature, médecine, procédure judiciaire, journalisme » (p.122) ; les bas salaires féminins « limitent les revendications des salariés mâles » (p.120). En politique « le pouvoir n’est plus là où il fut. Il est désormais dans la finance et les hautes sphères de l’industrie. Où il n’y a pas de femmes » (p.128) ; « le pouvoir c’est le phallus » (p.130).

Avec leurs revendications féministes, les femmes se trompent. Du reste, Zemmour fait silence sur les droits des femmes, sauf sur la contraception et l’avortement, causes de la dépopulation. Il ignore les femmes battues ou tuées. Pfff ! Il ne connaît de droits que masculins, surtout sexuels.  Il regrette le modèle patriarcal, ici nord-africain, de sa jeunesse : épouse au foyer (cuisine, enfants …) ; homme, chef de famille (Zemmour cite Nietzsche : « La femme … joue le second rôle » p.33), au public; entre eux deux, de « l’attachement » (p.62) !

« Le lourd fardeau qu’il a entre les jambes » (p.87)

Seconde moitié du livre, « Z » avance une nouvelle explication (laquelle croire ?) : certes incités par la société, en fait « les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour … devenir une femme comme les autres » (p.11), ce qui constitue le … véritable « fil rouge  d’une histoire du XXe siècle » (p.81) ! « C’est même lui (l’homme), et non sa compagne, qui a lancé la machine infernale de l’indifférenciation sexuelle » (p.82). Enlisés en 14-18, défaits en 1940, etc., progressivement « les hommes renoncent à eux-mêmes » (p.83), à leurs trop lourdes responsabilités, tandis que les femmes s’affirment. (Question : cette « féminisation » est-elle un fait accompli ou une tendance encore possible d’inverser ?) « En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression, ils se contentent de conserver » (p.128), d’où « la stagnation intellectuelle et économique de l’Europe ». Pour Zemmour, le « désordre féminin » (p.133) entraînera une dictature (tout espoir est donc perdu ? malgré l’ « offensive idéologique » de «Z » ? ) les femmes, échaudées, voulant revenir à l’ « ordre viril » (p.134), mais les  hommes, « trop contents de s’être enfin débarrassés du fardeau » de leur entrejambe (p.134), s’y opposant. « Même si la soumission, l’humiliation, le malheur sont leur destin. » Fin. Dans « Un destin français » (Albin Michel 2018), Zemmour conclut par « La France est morte. ». Personne ne s’en était aperçu. Place donc, sans justification aucune, au « grand remplacement. »

L’islam, « religion masculine par définition » (p.133)

« Le grand remplacement … c’est le thème majeur de cette élection, celui qui va détruire … la France, qui va l’amener à devenir un Liban, avec tout le tumulte qui va avec : la guerre civile, etc. » (« L’Express », 21 mars 2022). Après la « féminisation », évaporée : l’« islamisation », thème autrement porteur. (Bel opportunisme !) Dans « Le Premier Sexe », le mot « islam » n’apparaît qu’une fois, « Coran », « charia » et « djihad » pas du tout ; « musulmans » pas non plus ; la « tradition » judéo-chrétienne (à propos de la distinction entre les sexes) est invoquée trois fois, mais absolument pas la « religion ». Et, en 2006 toujours, malgré l’Iran, les Talibans, le 11 septembre, le terrorisme en France, le « voile », etc., « Z » en « pince » pour l’islam : « Quand on demande à Malek Chebel : Pourquoi choisir l’islam… ?  Il répond :  « Pour sa virilité … Que propose Mahomet ? Un renforcement du patriarcat …» (p.132-33).   En 2006, l’immigration ne préoccupe pas encore Zemmour : 2 pages seulement (107-108) sur 134. Ah ! il s’inquiète des « jeunes Arabes », (« le loup entré dans Paris… l’homme d’avant la civilisation » p.109), ses copains d’école ou de quartier, « petits coqs contre petits coqs … rivaux pour le boulot ou les filles » (p.109).  Peut-être en désaccord sur la Palestine ? Zemmour observe que « les bandes de jeunes garçons sont un substitut à la famille d’autrefois. Il y règne la loi du clan, des caïds, le rapport de forces, la fascination pour l’argent et la frime » (p.115-116). Rien de jeunes endoctrinés : des loubards. Zemmour est l’héritier d’une des lignées kabyles ayant maintenu, en dépit des discriminations et persécutions, leur identité juive. Ses parents ont quitté l’Algérie difficile en 1952, au début du conflit israelo-arabe. Ils ne lui ont pas fait apprendre l’arabe. Les musulmans d’Algérie sont ses « ennemis héréditaires », fuis mais retrouvés, las ! toujours plus nombreux, en France. Rien d’une guerre de religions, d’autant que Zemmour est agnostique ; seulement un très vieux contentieux. Qui n’engage pas la France …. En 2006, Zemmour pestait contre les « garçonnets androgynes », « vêtus du même uniforme », déambulant « dans les rues de Paris ou d’ailleurs » (p.63) ; il se désespère désormais à la vue  « des femmes voilées et des hommes en djellabas… propagande par le  fait. Une islamisation de la rue, comme les uniformes d’une armée d’occupation rappelant aux vaincus leur soumission » (discours à la Convention de la droite, 28 sept. 2019). (Faut-il prendre le maquis ?)

« L’essence de la politique, c’est Eros et Thanatos » (p.37)

Zemmour confond « virilité », son obsession, avec dureté, voire cruauté à la Poutine, envisageant ainsi d’un cœur léger le « rapatriement » outre-Méditerranée de plusieurs millions de musulmans, inverse de celui des Pieds-Noirs et harkis, si douloureux, et qui déclencherait assurément une guerre civile. Dans « Le Premier Sexe », il martèle : « le pouvoir, c’est la capacité au moment ultime de tuer l’adversaire. C’est au final, l’instinct de mort » (p.129), « autrefois, la Révolution, c’était donner la mort aux ennemis de classe sans hésiter » (p.41), etc.. Valeurs chrétiennes ? Le doux Jésus était plus « féminin ». Dans la jungle politique, les « qualités féminines » (sentimentalisme, etc.) sont contre- performantes. « Les historiens du XIXe siècle ont fait le décompte et il n’est pas vraiment favorable à l’immersion des femmes dans la sphère politique » (p.90) : des reines et favorites (citées par Zemmour), conseillères enjôleuses et/ou autoritaires des rois, poussèrent à tant de conflits. (« Z » « oublie » les Geneviève, Jeanne d’Arc, Marie Curie, etc., etc.. Histoire sélective.)  Aujourd’hui, note Zemmour, on n’élit plus un homme mais un couple à la Présidence, effet de la « peoplisation » : « Cécilia (Sarkozy) était ambitieuse, comme son mari ; Nicolas était prêt à tout pour devenir président de la République… La présence de Cécilia à ses côtés féminisait, adoucissait une image (de) virilité exacerbée » (p.39). « Cette stratégie s’est révélée fort dangereuse » (ibid.) lorsque le couple se délita : « Nous étions en plein vaudeville » (p.40)… Aussitôt candidat à la présidentielle, Zemmour s’est affiché avec une jeune inconnue, sa nouvelle compagne et « conseillère » (« la plupart des politiques sont connus pour être d’insatiables conquérants … Le pouvoir reste manifestement un aphrodisiaque exceptionnel » p.37). Sarah et Eric ne se quittent plus depuis ; en parfait autocrate, Zemmour a imposé la novice à ses proches, vieux routiers de la politique, comme « directrice stratégique » de sa campagne et vice-présidente de son parti « Reconquête ». C’est Sarah, et elle seule (quelle influence !), qui a réussi à convaincre « Z » de se présenter. Pour sauver, in extremis, la France, voire l’Occident, sinon le monde. A quoi tiennent les choses : au nez de Cléopâtre. Imaginons Zemmour élu : via le viril monarque, c’est la « première dame », si entreprenante et persuasive, qui nous régenterait ! … « La vraie espérance est le désespoir surmonté » (à la Convention de la droite). Pessimisme ou optimisme ? « Féminisation » ou « islamisation » ? Les femmes avec les hommes ou à l’écart ? Plein de contradictions, M. je-sais-tout, que sait-il au juste ? A quoi croit-il vraiment ? Si, à deux choses : « La virilité va de pair avec la violence… l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant » (p.33) ; « la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires » (p.94). et à une troisième : je suis le meilleur, le seul. Unique certitude de notre part : avec Zemmour Président, ce serait Eros et Thanatos à l’Elysée.

Guy Barbier

28 Mar 2022