Réponse à: RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 26 août 2024

6 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


Revel coupable, forcément coupable

Par Henri Astier et Pierre Boncenne

Publication originale sur medium, 11 juillet 2024

Jean-François Revel, président de l'Institut d'histoire sociale de 1998 à 2006
Jean-François Revel, président de l’Institut d’histoire sociale de 1998 à 2006

En juin, une enquête de Libération révélait une affaire de pédophilie sans précédent. Des personnalités du Paris des années 1970 et 1980 étaient accusées d’actes sexuels commis sur des enfants. Notre première réaction fut le choc. Mais après avoir analysé cette série d’articles, intitulée “Les hommes de la rue du Bac”, nous avons décidé de mettre ici le mot “enquête” entre guillemets.

Le dossier repose sur le témoignage d’une femme, Inès Chatin, qui affirme avoir subi de sordides sévices lorsqu’elle avait entre quatre et treize ans. Les hommes mis en cause sont, par ordre alphabétique: l’avocat François Gibault ; le fondateur du magazine Le Point Claude Imbert ; le médecin et père adoptif de la victime Jean-François Lemaire ; l’écrivain Gabriel Matzneff ; le philosophe et essayiste Jean-François Revel.

Ce dernier, auteur de best-sellers mondiaux dont La Tentation totalitaire (1976) et membre de l’Académie française, est de loin la personnalité la plus éminente des cinq. De 1978 à 1981 il dirigea L’Express, qui lui consacra en septembre dernier un hommage de quatre pages (signées Gaspard Koenig).

Bien que décrit par Libération comme “moins inféodé à la vie du groupe” que les autres, Revel partage la vedette dans toute la présentation de l’“enquête” avec Matzneff, le diable répulsif. Matzneff et Revel n’avaient aucun lien. Mais un chapeau introductif, en caractères gras, commence par leurs deux noms, et annonce des révélations “sur des intellectuels en vue des années 70 et 80”. Revel est le seul des accusés qui puisse être qualifié ainsi. Il est mis en avant jusqu’au bout, assurant le retentissement de l’“enquête”.

Notre présent article porte donc uniquement sur les faits visant Jean-François Revel, et non sur ceux reprochés aux autres accusés. Libération procède par une accumulation d’amalgames, d’insinuations et de télescopages extravagants tendant à l’impliquer.

Ainsi le journal cite un article du Monde lors de la mort de Revel en 2006, le résumant à “la figure de Socrate”. Cette formule se référait clairement à la sagesse du philosophe. Mais Libération lui donne un tout autre éclairage, puisque dans la foulée intervient une citation où Matzneff prône “la fonction socratique de l’adulte”, soit l’émancipation sexuelle de l’enfant. Le sophisme se réduit à: Revel a été comparé à Socrate ; Socrate aimait les jeunes garçons, tirez vos propres conclusions…

Selon le récit d’Inès Chatin, son père adoptif, le Dr Lemaire, conviait ses amis à des séances où on la violait avec des objets, ainsi que d’autres enfants. Parmi les hommes masqués assistant à ces actes atroces, elle dit avoir reconnu notamment Revel grâce à sa corpulence et son odeur. Dans les années 1980, Revel disparaît du témoignage et les outrages décrits par la victime prennent la forme de viols, qui auraient été perpétrés par Claude Imbert, ami de jeunesse de Lemaire, et Matzneff.

Libération écarte d’emblée l’hypothèse d’une mémoire défaillante, malgré une abondante littérature sur le caractère malléable du souvenir. Le journal cite le psychologue chargé d’examiner la plaignante: “Mme Chatin n’a pas souffert d’amnésie traumatique concernant ce qu’elle a vécu,” certifie l’expert. Si elle “a refoulé une partie de ce vécu”, ajoute-t-il, un travail thérapeutique lui permettra à terme de l’affronter. On comprend que le thérapeute, dont le rôle est d’accompagner une personne traumatisée, ne mette pas en question ses dires. Mais l’enquêteur, dont la mission est l’établissement de la vérité, ne saurait s’en tenir là.

Pour l’investigateur, prendre au sérieux la victime signifie chercher à étayer les allégations. Le travail de recoupement est particulièrement important quand il s’agit d’un crime immonde impliquant une personnalité qui n’a auparavant jamais éveillé de soupçons et se retrouve ainsi clouée au pilori.

Examinons un à un les éléments convoqués dans l’“enquête” contre Revel:

– Grand cas est fait de son amitié avec Claude Imbert. Le portrait que Libération dresse de Revel commence ainsi: “Partout où l’on trouve Claude Imbert, ou presque, apparaît Jean-François Revel, qu’Inès Chatin cite dans son récit comme faisant partie du groupe d’hommes lui ayant imposé des sévices sexuels.” Quelques lignes plus bas, il est question de la “complicité de l’inséparable duo Imbert-Revel” (c’est nous qui mettons les italiques).

Le lien entre les deux hommes est indéniable. Après avoir démissionné de L’Express, Revel fut longtemps chroniqueur au Point. Mais en vertu de quoi Libération laisse-t-il supposer une connivence allant au-delà de l’amitié et la convergence de vue ?

L’inanité d’une telle imputation éclate à la fin de ce “profil”, où il est dit que Revel fut l’invité du couple Imbert dans leur résidence en Suisse — maison “où Inès Chatin raconte avoir été violée par Claude Imbert”. Des vacances sur le lac Léman sont ainsi transformées en présence sur les lieux du crime !

– Sur les agendas du Dr Lemaire — couvrant la période de 1959 à 1985 — Imbert apparaît 133 fois et Revel à 2 reprises. Deux fois en plus de 25 ans : c’est encore trop ! Par ailleurs le Dr Lemaire, qui fréquentait beaucoup les milieux de la politique, des lettres et de l’édition, organisait des repas à son domicile rue du Bac. Comme preuve à charge de la présence de Revel, Libération montre une photo du livre d’or de l’une de ces réceptions. Juste au-dessus de son nom, l’“enquête” ne semble pas avoir remarqué celui de son épouse Claude Sarraute. Il s’agissait visiblement d’un dîner mondain. Et alors ?

– Libération a trouvé une preuve de la culpabilité de Revel en la personne de son ami et ancien condisciple de khâgne puis de Normale sup René Schérer, dont il a édité en 1974 un livre chez Robert Laffont, Émile perverti.

L’“enquête” note que Schérer a “défendu publiquement la pédophilie, avec d’autres”. Quels autres ? Au passage, on serait curieux de savoir pourquoi le journal ne mentionne pas que Schérer était une figure célébrée par la gauche radicale. Rien non plus sur ses liens très proches avec l’un de ses jeunes élèves, Guy Hocquenghem, qui deviendra un brillant et sulfureux collaborateur de… Libération (ils ne s’en cachaient pas et écrivirent des livres ensemble). En revanche l’“enquête” ne manque pas de rappeler que Schérer fut mis en cause dans l’affaire du Coral, centre éducatif soupçonné en 1982 de cacher des pratiques pédocriminelles. Mais le journal d’investigation accusatrice se garde d’ajouter qu’en l’occurrence René Schérer fut innocenté par la justice.

Quant à Émile perverti, prétendre que l’essai prêche la pédophilie relève de la fumisterie. Il s’agit en effet d’une analyse critique des rapports adultes-enfants voisine de thèses soutenues à l’époque par Gilles Deleuze ou Michel Foucault. Ces propos sont sans doute contestables aujourd’hui. Mais Revel publia le livre dans une série qui faisait suite à sa fameuse collection “Libertés” où il accueillit, tous genres et époques confondus, des textes à caractère polémique: Pascal, Diderot, Hugo, Balzac, Sade, Zola, Michelet, Marx, Bakounine, Trotski, Gracq, et même le pape Pie IX, furent de la partie.

– L’“enquête” indique que Revel, Imbert, et Lemaire étaient membres du Club des Cent. De quoi l’appartenance à même cercle gastronomique est-elle le signe, à part un amour commun de la bonne chère ? Des membres passés ou présents tels que Bernard Pivot, Philippe Bouvard ou Erik Orsenna sont-ils eux-aussi suspects ?

Libération souligne le caractère exclusivement masculin de ce “Who’s Who interdit aux femmes qui organisait des ripailles chez Maxim’s”. Faut-il conclure à un repaire de phallocrates, voire de pédophiles ? Dans un autre registre, l’“enquête” jette la suspicion sur les dîners du club Le Siècle ou la Brasserie Lipp — des lieux où, comme chacun sait, jamais un représentant de Libération n’a mis les pieds.

– Autre point commun supposé entre Revel et Lemaire: le gastronome de la Rome antique Apicius. Après un dîner fastueux au domicile de Lemaire, Matzneff a inscrit sur le livre d’or: “Apicius ressuscité rue du Bac”. Libération enchaîne sur ce souvenir d’Inès Chatin: “Gaston parlait souvent de l’Apicius de Revel et Imbert, sans que je ne comprenne ce qu’il voulait dire à l’époque.”

Via les agapes de la rue du Bac, Libération parvient à lier le nom de Revel au plus ténébreux des invités, Matzneff, en croisant deux références latines !

Le journal aurait aussi pu faire remarquer que Revel évoque bien entendu Apicius dans son histoire de la gastronomie Un Festin en paroles. L’“enquête” note d’autre part que Revel et Imbert se sont associés un jour pour composer au restaurant L’Archestrate un menu en l’honneur de leurs compères du Club des Cent. Mais le journal si bien informé néglige le fait que le chef multi-étoilé de cet établissement, Alain Senderens, proposait à sa carte un plat emblématique: le “Canard Apicius”. Faut-il ajouter Senderens à liste des prévenus ?

– Un exemplaire du Moine et le Philosophe, livre d’entretiens entre Revel et son fils Matthieu Ricard, a été retrouvé au domicile de Lemaire, dans une pièce où étaient également conservées des copies dédicacées d’ouvrages de Matzneff.

Gare à tous les auteurs dont les livres se trouveront mal placés sur les étagères d’un bibliophile dépravé.

– L’“enquête” de Libération insiste sur le culte qu’auraient voué Lemaire et ses complices à la civilisation gréco-romaine dans ses aspects les plus discutables, comme on l’a vu. Le journal précise que les tourmenteurs d’Inès Chatin ont “accumulé les références à l’Antiquité, égrenées de chroniques de journaux en interviews, et jusque dans leurs propres livres”.

Confortons Libération dans cette voie: Revel est l’auteur d’une Histoire de la philosophie occidentale dont la moitié est consacrée aux penseurs grecs et latins. On n’ose pas faire remarquer que Simone Weil fait également partie des philosophes qui ont fait l’éloge du monde hellénique. Et que dire de la merveilleuse Jacqueline de Romilly, une des collègues Revel à l’Académie ?

– L’“enquête” indique que Jean-François Revel est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, non loin d’une femme qui aurait facilité l’adoption d’Inès Chatin dans des conditions douteuses. Les implications de ce grave indice sont déployées par Libération en trois temps.

Premier temps: l’article consacré à la procédure d’adoption, publié en ligne le 15 juin, évoque la possibilité que l’enfant ait été choisie par Lemaire en vue de futurs sévices. Après avoir souligné la proximité des deux tombes, l’article termine sur cette phrase d’Inès Chatin: “Trop de coïncidences.”

Deuxième temps: une “précision” est ajoutée à l’article le 16 juin ; Nicolas Revel, fils de Jean-François, “indique s’être occupé en 2006 de la concession de son père au cimetière du Montparnasse. Aucun rapprochement ne peut être établi selon lui de sa proximité avec la sépulture [de cette femme], puisque le décès de Jean-François Revel est postérieur à celui de l’«entremetteuse».”

Libération laisse donc à Nicolas Revel la responsabilité de l’hypothèse selon laquelle la présence de deux tombes dans un lieu où sont enterrées des centaines de célébrités pourrait être une pure coïncidence.

Troisième temps: la référence au cimetière du Montparnasse disparaît de la version papier de l’“enquête”, tout en étant maintenue, assortie de la note ci-dessus, dans l’article en ligne.

Suggérons au journal un quatrième temps: Samuel Beckett et Emil Cioran, deux amis intimes dont l’un fut aussi proche de Revel, sont enterrés dans ce même cimetière. Comme par hasard, la correspondance entre l’écrivain en question et Revel a brûlé en Bretagne. Libération pourrait peut-être enquêter de ce côté-là…

Une investigation digne de ce nom suit une piste par un enchaînement d’indices crédibles et de déductions logiques. On a ici affaire à une accumulation de montages que rien ne relie, sinon le désir d’incriminer Jean-François Revel. Ces procédés rappellent ceux du procureur de l’affaire Callas, qui transformait les soupçons les plus ténus en “quarts de preuve” pour les additionner et en faire des preuves entières.

Le même relent de parti-pris se dégage du portrait intellectuel brossé par Libération. Les faits de pédocriminalité imputés ne sont, semble-t-il, pas assez infamants par eux-mêmes: il faut que les coupables soient également des suppôts du conservatisme le plus obtus. Le journal prête à Revel la thèse que l’URSS serait “indestructible”. Dans quel livre ? À quelle page ? Libération décrit en outre la bande des incriminés ainsi: “Soudés par leur proximité avec le pouvoir giscardien, ces hommes sont aussi devenus ensuite les mégaphones d’une droite farouchement anticommuniste, réactionnaire et empreinte de catholicisme.”

Par surcroît, Jean-François Revel “confirme peu à peu son libéralisme économique, de plus en plus provocateur, résolument tourné vers l’Amérique”. Anticommunisme, ultralibéralisme, pro-américanisme: Revel cumule toutes les tares de l’homme de droite honni par Libé.

Un tel portrait est une grossière caricature. Revel n’a jamais été un homme de pouvoir, et a encore moins fréquenté les milieux catho-tradi. Cet athée convaincu a brocardé la droite dévote dans l’Italie des années 1950 et dans la France gaulliste. Empreint de l’esprit libertaire de 1968, il s’est toujours revendiqué des valeurs traditionnelles de gauche. Patron de L’Express, il défendait ses journalistes contre l’ire des ministres giscardiens.

Libération ne dit rien de son engagement dans la Résistance, de son soutien au Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie ou de ses attaques contre la Nouvelle Droite fascisante des années 1980. Le journal se concentre sur son anticommunisme, comme si c’était une tache ! Revel fut de tous les combats antitotalitaires, au même titre que George Orwell, Hannah Arendt, Karl Popper, Arthur Koestler, Raymond Aron ou Simon Leys — et contrairement à un journal fondé par des maoïstes.

Le procès idéologique fait à Jean-François Revel n’est pas nouveau. Depuis longtemps, la gauche jacobine assimile le libéralisme, dont il fut le plus éloquent défenseur français de son époque, à l’ultradroite. En 1998, Libération traitait Revel de réactionnaire aigri par l’alcool. La nouveauté, c’est l’accusation de perversion criminelle — accusation qui occupe désormais, et sans doute à jamais, une place de choix sur sa fiche Wikipédia.

Le journal, dira-t-on, donne voix à une femme qui ne peut obtenir pleine justice quatre décennies après les faits, mais demande que ses tortionnaires soient identifiés. Cette attente est on ne peut plus légitime. Y répondre consiste à fortifier son témoignage en éclairant les zones d’ombres qu’il contient: souhaitons que l’Office Mineurs, qui a été saisi, fasse toute la lumière. Mais Libération n’a en rien contribué à cette issue. Si Revel est un monstre, il n’en a pas apporté la moindre démonstration dans cette “enquête”. En échafaudant les constructions les plus absurdes, le journal n’a démontré que sa malhonnêteté.

Henri Astier est journaliste à la BBC et collaborateur du Times Literary Supplement. Pierre Boncenne, écrivain, a notamment publié Pour Jean-François Revel et Le Parapluie de Simon Leys.

2 Août 2024


Limiter le flux des migrants pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir

De la vague migratoire à un surgissement généralisé de l’extrême-droite

Depuis 30 ou 40 ans, on est en présence d’une vague migratoire considérable des pays du Sud vers les pays du Nord (vers les Etats-Unis, vers le Canada et plus encore vers l’Europe), une vague qui s’amplifie et qui a vocation à s’amplifier. Cela est dû à plusieurs facteurs : la stratégie mercantiliste de la Chine qui prive les pays du Sud de toute industrialisation ; la conjugaison mortifère qui prévaut en Afrique entre la surnatalité et le changement climatique ; enfin l’apparition récente de nouvelles dictatures totalitaires (Afghanistan, Syrie, Erythrée, Ethiopie, sans oublier ceux des pays du Sahel qui sont désormais sous la botte du KGB). 

Dans la plupart des pays européens, on en arrive à un stade où le flux migratoire annuel s’amplifie encore et ce alors même que, déjà, la proportion des personnes issues de l’immigration récente dans la population totale n’a jamais été aussi élevée.

Par ailleurs, en Europe en tout cas, il s’agit pour l’essentiel d’immigrés et de migrants qui sont de religion musulmane. Ils restent en général attachés à pratiquer leur religion comme dans leur pays d’origine où l’islam y est une religion politiquement dominatrice ; cela ne facilite pas leur intégration dans leur pays d’accueil et contribue à ce que se développe un communautarisme élevé. En France, une petite fraction de cette communauté peut même être qualifiée d’islamiste dans la mesure où elle préconise un Islam politique qui vise en particulier à abolir notre laïcité.

A mesure que cette évolution migratoire se poursuit et s’accentue, on assiste à une réaction de rejet de la part d’une fraction croissante des populations d’origine. Cette fraction de la population se tourne alors vers le ou les partis politiques qui affirment s’opposer à ce que l’immigration reste aussi intense. Pour diverses raisons, ni les partis de gouvernement (droite, centre, gauche), ni encore moins l’extrême-gauche ne se saisissent de cette question. Seule l’extrême-droite se propose et en tire alors facilement un large bénéfice électoral. 

C’est ce qui explique le surgissement supplémentaire de l’extrême-droite intervenu aux élections européennes de juin 2024 : en Allemagne (AFD), en Autriche (FPO), aux Pays-Bas (Wilders), en Belgique (y compris en Wallonie), et surtout en France (RN), la progression est fulgurante.

Simultanément, on a vu surgir aux législatives britanniques, un parti d’extrême-droite, le nouveau parti Reform UK de Nigel Farage (un pion que Poutine avait instrumentalisé une première fois pour faire triompher le Brexit) réussir une percée électorale immédiate et se placer sans délai comme le troisième parti du Royaume-Uni par le nombre de voix avec 14,3% non loin du deuxième parti, le parti conservateur, avec 23,7% des voix.

N’oublions pas que, parallèlement, les sondages aux Etats-Unis créditent Trump d’une victoire prochaine aux élections de novembre 2024 et que le succès, qui lui semble promis en dépit même de sa tentative de coup d’Etat de janvier 2021, s’alimente beaucoup à une réticence trop prolongée de Biden à réduire le flux migratoire annuel vers les Etats-Unis. 

Il faut absolument trouver une solution à ce problème général 

Nous sommes désormais dans une configuration où nos démocraties libérales, du fait du facteur migratoire, voient surgir des partis d’extrême-droite, c’est-à-dire des partis qui projettent de se débarrasser de la démocratie libérale pour instaurer une démocratie illibérale comme celle d’Orban en Hongrie ou une dictature totalitaire comme celle de Poutine en Russie. Ce n’est pas du tout un hasard si le RN vient de rejoindre le FPO autrichien, le PIS polonais et le Fidesz de Orban pour siéger dans le même groupe au Parlement européen de Bruxelles. Ce n’est pas du tout un hasard non plus si Poutine s’est empressé de féliciter le RN pour son résultat au premier tour des élections législatives. Depuis qu’en 2015 Marine le Pen a reconnu comme légitimes l’invasion puis l’annexion de la Crimée par la Russie, elle n’a cessé de jouer, plus ou moins ouvertement, le jeu de Poutine.

Quelle est la clé du succès électoral de l’extrême-droite européenne ? Elle a compris que les populations d’origine avaient une réticence marquée à l’égard de la population d’origine étrangère. Constatant que les autres forces politiques se désintéressaient de ce sujet ou optaient pour le passer sous silence, elle a choisi d’instrumentaliser la question migratoire pour se hisser au sommet du pouvoir. Et les extrême-droites européennes savent fort bien que le temps joue en leur faveur. Tant que le flux migratoire reste à un niveau aussi élevé dans chaque pays concerné, le parti d’extrême-droite s’en trouve mécaniquement renforcé.

Le jeu des acteurs extérieurs

Ce surgissement de l’extrême-droite est amplifié par le jeu de certains acteurs extérieurs :

– Les « Frères musulmans » mènent toutes sortes de campagnes communautaristes (port du voile, port de la burqa, port de l’abaya, contre l’enseignement de la Shoah à l’école, manifestations encouragées lors d’incidents mettant en cause la police, lancement du faux concept d’islamophobie de façon à pouvoir taxer de racistes les initiatives prises pour que les musulmans respectent notre laïcité…). Par ces campagnes les Frères musulmans visent à renforcer le communautarisme. Et à son tour, cela accentue encore la progression électorale de l’extrême-droite (en France, l’épisode des émeutes de banlieue en juillet 2023 a sans aucun doute joué un rôle majeur dans la forte progression électorale du RN entre avril 2022 et juin 2024).

– Poutine encourage l’extrême-droite à s’emparer de la thématique immigration pour qu’elle accède au pouvoir et pour qu’elle établisse un régime qui serait à la fois pro-totalitaire et pro-Kremlin. Ce n’est pas un hasard si Poutine a fait venir en Russie par avion des Africains du Sahel pour les impulser ensuite autoritairement vers la Finlande ou vers la Pologne (via les forêts de la Biélorussie). Il sait fort bien qu’en accentuant le flux migratoire, il facilite dans ces pays concernés la montée de l’extrême-droite et la déstabilisation des partis de gouvernement. Même chose d’ailleurs quand Erdogan cherche à impulser des migrants à sa frontière grecque. 

– Ce n’est pas un hasard non plus si Donald Tusk, qui vient de réussir de justesse à évincer le PIS du pouvoir à Varsovie, se donne les moyens de refouler les migrants que lui adresse Poutine. Donald Tusk sait fort bien qu’il s’agit d’une initiative indispensable s’il veut réussir à rétablir durablement la démocratie libérale en Pologne. Biden lui-même a fini par admettre récemment que sa position trop laxiste à l’égard du flux migratoire contribuait au succès électoral de Trump ; il a alors annoncé un renforcement des dispositifs logistiques à la frontière mexicaine.

La responsabilité des partis pro-démocratie

N’oublions jamais ceci : si les dictatures totalitaires de type communiste ont le plus souvent pris le pouvoir « par la rue » et par les armes, c’est souvent en exploitant les urnes que les dictatures totalitaires de type nationaliste-impérialiste se sont emparé du pouvoir. Le parti nazi avait réuni 34% des suffrages aux législatives de fin 1932 mais cela leur avait suffi pour obtenir ensuite du Reichstag en 1933 les pleins pouvoirs sans limitation de durée (grâce à Hindenburg, au patronat allemand et à la lâcheté des partis centristes). Il en fut de même au Japon : dans les années 30, la dictature totalitaire de l’amiral Tojo fut instaurée en couronnement d’un processus électoral. Dans les deux cas, après avoir accédé au pouvoir à travers les élections, le parti totalitaire a aboli toute élection pour établir une dictature totalitaire qui ne fut interrompue que par leur défaite militaire en 1945.

Face à un tel danger, les partis de gouvernement, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe, sont restés largement trop passifs. Le débat immigration est un sujet sensible dans lequel les partis politiques de gouvernement craignent de s’engager. Une question aussi importante que l’immigration et ses multiples conséquences mériterait pourtant un vrai débat démocratique. Les partis de gouvernement pratiquent la procrastination sur ce sujet et le débat immigration est en quelque sorte devenu « un débat interdit ». De simples propositions visant à réduire le flux migratoire sont très vite stigmatisées à tort comme « racistes » par de nombreuses associations bien-pensantes et plus encore par une extrême-gauche qui a définitivement opté pour soutenir le communautarisme.

L’idée selon laquelle le RN progresserait en France du fait d’une baisse du pouvoir d’achat ou d’une carence des services publics est une idée qui est largement erronée. C’est en réalité la thématique de l’immigration qui est manifestement le moteur essentiel de l’irruption du RN comme le confirment la plupart des analyses pré-électorales ou post-électorales. D’ailleurs ni les dirigeants du RN ni leurs électeurs ne s’y trompent : entre les élections européennes et les législatives, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont supprimé la plupart des mesures sociales de leur programme sans que pour autant leurs électeurs ne les sanctionnent et ne se détournent du RN…

Tant que, dans les capitales européennes et notamment à Bruxelles, les partis de gouvernement ne prennent pas à bras le corps la question de la réduction du flux migratoire, au niveau de leur propre pays comme au niveau de l’UE, l’extrême-droite continuera à progresser électoralement.

On en arrive alors en France à un choix crucial entre deux options : 

– Soit, nous réussissons à réduire le flux migratoire et nous parvenons alors à court et à long terme à empêcher le RN et ses alliés d’accéder au pouvoir ;

– Soit, nous ne le réduisons pas du tout ; nous facilitons alors une progression supplémentaire du RN jusqu’à lui permettre d’accéder au pouvoir suprême, ce qui lui permettrait d’atteindre son objectif ultime, celui de faire basculer notre pays dans une démocratie illibérale ou pire encore, dans une dictature totalitaire. En pareil cas d’ailleurs, le RN ne manquerait pas de prendre des mesures, très abruptes celles-là, non seulement contre le flux migratoire mais aussi contre les immigrés eux-mêmes, qu’ils soient récents ou anciens. 

Comment faire durablement obstacle au RN ?

Les élections européennes ont eu au moins un mérite, celui de sonner l’alarme pour les partisans de la démocratie libérale en Europe et en France. 

En France, un premier sursaut républicain (dont il faut se féliciter) s’est produit entre le 9 juin (les européennes) et le 30 juin (premier tour des législatives) suivi d’un sursaut supplémentaire entre le 30 juin et le 7 juillet (deuxième tour des législatives). Mais l’heure ne doit surtout pas être au triomphalisme. Dans ces trois scrutins, l’extrême-droite a réalisé des scores en voix entre 35 et 40%, ce qui reste considérable. Ce qui à l’opposé fut remarquable, c’est le réflexe défensif qui est apparu entre les deux tours chez nombre d’électeurs et dans les appareils de partis pour barrer au RN la route du pouvoir, grâce en particulier à la mécanique des désistements républicains. Grâce à ces sursauts, les partisans de la démocratie libérale disposent d’un certain temps, malheureusement limité, pour réagir et agir à plus long terme.

Tout d’abord, il s’agit d’éviter absolument de commettre une erreur qui serait colossale. Le programme du Nouveau Front Populaire (NFP) qui fut négocié à la hâte entre le 9 et le 13 juin dernier propose d’élargir le droit d’asile des seules victimes de persécutions politiques ou religieuses aux victimes du changement climatique. Une proposition absolument sidérante et insensée : elle ouvrirait encore plus grandes nos frontières au moment où, pour contenir le RN à long terme, il conviendrait, bien au contraire, de les restreindre significativement. 

Et LFI qui, très probablement, a dicté à l’origine cette proposition au PS, se charge maintenant d’emprisonner le PS dans cette proposition totalement inopportune en prétextant, contre toute évidence, que le vote pour le NFP n’aurait pas été un simple vote de barrage contre le RN mais serait un véritable vote d’adhésion au programme du NFP. Il faut espérer qu’une erreur aussi grossière sera évitée.

En réalité, le programme que les partis soucieux de bloquer l’accès du RN au pouvoir devraient adopter consiste à réduire le flux migratoire annuel vers notre pays. De beaux esprits réagiront à cette proposition en disant que cela ne fait qu’appliquer la politique du RN. C’est se tromper de problématique. Pour les démocrates, il serait absurde de faire systématiquement l’opposé de ce que réclame le RN ; l’enjeu est d’empêcher le RN d’arriver au pouvoir pour installer un régime détestable (une démocratie illibérale ou une dictature totalitaire) et pour opérer un renversement d’alliances de la France, se détournant de l’OTAN pour se rallier à Poutine et à ses alliés.  

Or il est une chose qui est assurée : si le flux migratoire annuel restait inchangé ou, pire, s’il s’accroissait encore, les prochaines échéances électorales verraient le triomphe en France de l’extrême-droite et son accès au pouvoir par les urnes. C’est d’ailleurs parce qu’ils entendaient s’opposer à une telle dynamique que les partis démocrates au Danemark ont entrepris de réduire le flux migratoire pour contenir l’extrême-droite. Ce qui à ce jour s’avère un vrai succès.

Jean Francart , le 18 juillet 2024

[Réponse] RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Jean Francart, 

Merci pour votre texte, trop long à mon avis pour favoriser un débat parmi nos lecteurs, mais clair et argumenté. 

Soucieux de voir notre blog accueillir des points de vue sans doute différents mais visant tous à défendre nos démocraties libérales, je vous fait part de mes premières réactions.

Vous proposez donc de limiter l’immigration pour ôter au RN une des sources de son succès. En somme : le RN a raison. Disons comme lui, et nous, ses adversaires politiques, profiterons alors de l’hostilité générale à l’immigration. Récupérant une partie des voix des Français hostiles à l’immigration, nous affaiblirons le RN et donc ses capacités de nuisance comme, entre autres,  la mise en place, s’il prenait le pouvoir, d’une politique étrangère complaisante envers deux ennemis majeurs de la démocratie libérale : l’impérialisme russe et l’islamisme politique.

Gardons, en somme, nos critiques envers le RN sur ses bons rapports avec Poutine et ses tendances illibérales mais approuvons son opposition à l’immigration, facteur d’insécurité, paraît-il, de refus de la laïcité, de développement du communautarisme et de l’islamisme politique.

Mais l’immigration doit-elle être rejetée si elle se limite à son niveau actuel ? Les immigrés occupent souvent des postes que les « Français de souche » refusent d’occuper dans le bâtiment, la restauration, les hôpitaux et les services à la personne. Avantageuse d’un point de vue économique, l’immigration peut aussi l’être d’un point de vue social voire culturel si nous obligeons les immigrés à tenir compte de notre droit et de nos moeurs et si nous entreprenons une politique promouvant :

– un contrôle des entrées sur notre territoire (examen des demandes d’autorisation, bon niveau de langue française, connaissance des droits et devoirs de quiconque vit en France).

– une mixité sociale plus favorisée qu’actuellement

– une rigueur accrue de la justice.

Il faut combattre l’impérialisme russe, donc le RN. Sur ce point nous sommes d’accord. Et d’accord aussi sur le fait que l’immigration peut-être, si nous n’y prenons garde, un facteur de délitement de la société françaises. Mais si nous la contrôlons et la régulons, elle peut-être un atout pour notre pays et une bonne manière de pousser la population à prendre ses distances tant avec le RN qu’avec LFI. 

Vous noterez que je ne parle pas de supprimer ni même de faire baisser drastiquement l’immigration. C’est là chose impossible sauf à rejeter à la mer les immigrants ou à tirer sur leurs bateaux. La population ne l’accepterait pas…et ni vous ni moi non plus!

Ni le RN ni LFI ne proposent, eux, de changer la nature de l’immigration. Le premier n’en veut même pas, par xénophobie, repli sur soi, exaltation d’une souveraineté nationale coupée de l’Europe, et ne veut pas reconnaître son utilité.

Le second la veut telle qu’elle est, cette immigration, et même accrue, sans combattre ses tendances communautaristes, son hostilité à la laïcité, voire son antisémitisme. Il ne veut pas voir le danger immense que fait courir à notre démocratie libérale le développement, sur un tel terreau, de  l’islamisme politique.

Vous voyez : nous désignons les mêmes adversaires politiques. Reste à savoir si, pour défendre la démocratie libérale, nous avons intérêt à tenter ce coup tordu qui consiste à partager la même cible que l’un d’entre eux. 

Pierre Rigoulot, le 25 juillet 2024

[Réponse] Flux immigratoire et projet de démocratie illibérale du RN

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 03 septembre 2024

21 Juil 2024


Élections legislatives 2024 : Une Analyse des Enjeux Politiques en France

Cher Pierre, ce que je pense de l’effarante situation actuelle vient d’être implacablement exposé par Nicolas Baverez(biographe de R.Aron, qui n’a rien d’un excité sympathisant de l’extrême-droite canal historique!) dans son papier du « Figaro » d’hier (avant-dernière page) et je ne saurais mieux dire: état des lieux régalien et financier cataclysmique, responsabilité extrême de Macron dans cet état de choses, impossibilité désormais d’établir une équivalence des dangers représentés par l’islamo-stalinisme de LFI et ses complices avec ceux du RN, dont les désastreuses ambiguïtés (Le Pen n’est pas G. Meloni!) sont bien rappelées…J’ajoute que je me retrouve tout autant dans les éditoriaux de Franz-Olivier Giesbert dans « Le Point ». Ce qui m’épargne de le redire moi-même moins brillamment…

Alain Laurent (18 juin 2024)

Une chose me chiffonne, bien que le papier de Pierre soit tout à fait judicieux, c’est qu’à la fin, cela sonne comme l’appel de Kylian Mbappé à voter au centre. On écrit LFI mais c’est le front de gauche avec Sandrine Rousseau, Manuel Bompard, d’autres crétins et Raphaël Gluksmann (mais qu’allait-il faire dans cette galère?), donc , à l’exception de R.G. un ramassis de criminels, alliés aux assassins du Hamas, du Hezbollah, antisémites et antidémocratiques.Qu’avons-nous à renvoyer dos à dos LFI et RN. Que je sache le RN s’est joint à la manif contre les crimes du 7 octobre, et demande pas la révolution. Ils peuvent évoluer comme Georgia Meloni devenue atlantiste, proeuropéenne et alliée des Ukrainiens.

C’est ma modeste contribution après notre réunion au Pont Neuf. Si nous devons écrire un manifeste centriste je ne signerai pas.

Ceci en toute amitié.

Claire  Brière (18 juin 2024)

Chère Claire

Préférer le centre aux deux mouvances placée aux extrêmes de l’hémicycle ce n’est pas les renvoyer dos à dos. L’actuel parti situé le plus à droite n’est pas révolutionnaire tandis que le Front populaire est sous l’emprise d’une idéologie en guerre contre la démocratie représentative. La présence en leur sein du N P A qui fait l’apologie du 7 octobre suffit à mes yeux à estimer qu’entre les deux extrêmes le RN est de loin le moins à redouter. Mais le repli national populiste n’est pas mon premier choix.On peut faire toutes les critiques au style de Macron mais sur l’Europe et donc sur La Défense du monde libre, le national populisme du RN est un danger à l’intérieur comme Orban.

André Senik (18 juin 2024)

Pour aller plus loin…Je pense que l’ennemi  N*1 c’est tout simplement LFI, Le NPA et autres trotskistes…Et autres écolos, les pauvres…

C’est pourquoi, évidemment le RN n’est pas mon premier choix, mais je pense qu’il faut avoir le courage comme Serge Klarsfeld, comme Finky, Michel Onfray expliquer qu’il faut, lorsque l’on se trouve face à ce type de choix voter RN. Il faut un maximum de voix pour édifier un vrai barrage contre les fachos d’aujourd’hui. Ils me rappellent toute cette gauche d’avant-guerre, années 30-40 , responsables de la LICA la ligue « contre l’antisémitisme », tous passés au service de Vichy!!!

A mes yeux, sauf pour quelques personnes que je trouve respectables, il est hors de question de voter pour Renaissance et consorts. Cela revient à voter pour le pompier pyromane.  Le ni…ni.. en même temps et autres dénis et dérobades. 2015 le Bataclan, puis Nice etc…profs trucidés, mais depuis longtemps menacés etc…Il eut fallu de la poigne, de la détermination, une politique de fermeté par rapport aux incivilités. Et quoi? face à la propagande effrénée des Furieux de la gauche, nous avons opposé, comme d’habitude cette indulgence si démocratique, si pleine de vertus que les criminels ont pu continuer à sévir.

Notre président, combatif sur la question de l’Ukraine (mais ne vise-t-il pas la présidence de l’UE?) s’est s’emmêlé dans ses déclarations sur Israël, se lançant dans de lyriques discours sur absolument tout et…tout. Pas de vision, pas de cohésion, donc pas de nation. Nous y sommes. Je vois venir un futur (depuis longtemps) mâtiné de guerre civile. Nous n’aiderons pas l’Ukraine de cette façon. Ce pays formidable a besoins d’alliés solides et armés.

Et les RN feront comme Meloni. Cela a déjà commencé pendant cette campagne.

Toujours avec amitié

Claire Brière (19 juin 2024)

Mon hostilité aux islamisto-gauchistes complices des atrocités du Hamas est totale. L’islamisme mondialisé, barbare et archaïque, est le nouveau nazisme que le monde libre doit vaincre à l’échelle mondiale. Quant au prétendu antifascisme des héritiers du communisme d’hier. il joue sa dernière comédie. François Furet a longuement démontré que l’antifascisme brandi par le mouvement communiste n’était qu’un leurre cachant la similitude entre nazisme et communisme. Les islamisto-gauchistes d’ascendance trotskiste de LF I et du NPA sont les véritables fascistes qu’il faut battre aux élections.

Nous verrons si les électeurs de gauche non fascistes sauront faire le tri entre les candidats présentés par le N F P.

André Senik (19 juin 2024)

Pourquoi rejeter le RN et LFI ?

Après le tsunami intervenu le 9 juin 2024 et le bouleversement politique qui l’a suivi (la dissolution de l’Assemblée, l’éclatement de LR et la reconstitution d’une union des gauches sous la forme du Nouveau Front Populaire (NFP)), une leçon s’impose : les dirigeants politiques hors RN (et ceux de la gauche tout particulièrement) n’ont toujours ni compris ni admis ceci :  le succès électoral croissant du RN s’alimente essentiellement à ce que le flux migratoire vers la France reste trop important depuis trop longtemps. 

Une preuve parmi d’autres :  ce n’est pas seulement en France mais dans tous les pays d’Europe (y compris au Royaume-Uni) qu’une même montée des partis d’extrême-droite s’alimente à des flux migratoires excessifs et à leurs multiples conséquences.

Si la France précède (de peu) les autres pays européens, c’est que chez nous, l’immigration s’accompagne plus qu’ailleurs d’un terrorisme islamiste récurrent, de graves révoltes violentes dans les banlieues (juin 2023 en particulier) et de campagnes islamiques répétées contre notre laïcité…On ne combattra pas efficacement le RN si on reste aveugle quant à l’origine de ses succès électoraux répétés, si on continue à prétendre que ce seraient principalement les préoccupations de pouvoir d’achat qui conduiraient tant d’électeurs à voter pour le RN. 

Il est évident que, si on ne prend pas davantage de mesures pour freiner l’immigration, on s’expose à ce que la montée du RN se poursuive encore d’ici la présidentielle. L’immigration doit cesser d’être le débat interdit qu’il est depuis 40 ans en France. 

Depuis 40 ans, la gauche extrême et quelques ONGs se sont employées à faire admettre aux partis de gouvernement de notre pays que toute limitation de l’immigration relèverait d’une démarche raciste. Or l’immigration, en France comme ailleurs, est un sujet qui mérite pleinement un débat démocratique sans que les personnes qui en souhaitent une limitation soient immédiatement taxées de racistes 

Un exemple parmi d’autres. Lors des élections de décembre 2023 en Pologne, l’alliance pro-démocratique autour de Donald Tusk a réussi à renverser la majorité parlementaire dont disposait le parti Droit et Justice, un parti d’extrême-droite qui de longue date est un proche allié du RN. Cela n’a pas empêché Donald Tusk d’entamer sans tarder la construction d’un mur avec la Biélorussie ; il s’agit pour lui de s’opposer à l’afflux d’immigrants que Poutine fait venir du Sahel en Russie pour ensuite les envoyer manu militari vers la Pologne (ou vers la Finlande) dans le but avoué de  déstabiliser ces pays.

LFI, une fois de plus, tourne le dos à ce qu’il conviendrait de faire : il a exigé et obtenu de ses alliés du Nouveau Front Populaire d’inscrire à leur programme commun des mesures qui faciliteraient davantage encore l’accès de notre territoire aux migrants (un élargissement en particulier de l’accès à notre droit d’asile).C’est ahurissant. Une nouvelle fois, LFI contribue ainsi, indirectement mais assurément, à la montée du RN. Plus les dirigeants politiques hors RN s’avèrent laxistes en matière migratoire, plus cela contribue à propulser le RN vers le pouvoir suprême. De la même façon que les déclarations de Mélenchon autorisant les émeutiers de juin 2023 à « brûler tout sauf les bibliothèques et les écoles » ou que son slogan « tout le monde déteste la police » contribuent directement à renforcer le RN.

Ce comportement irresponsable de LFI tient à ce qu’il est un parti qui est en même temps pro-islam et révolutionnaire. En tant que parti pro-Islam, il estime de son devoir de faciliter l’immigration en France ; en tant que parti révolutionnaire, misant sur un mécontentement croissant, il pratique la politique du pire dans l’espoir qu’un jour, la colère de la rue le porte au pouvoir. C’est pour ces deux raisons auxquelles il faut ajouter un antisémitisme de moins en moins voilé que je souhaite un nouveau désaveu électoral de LFI.

La menace la plus immédiate, comme on le sait, est celle qui vient du RN. Un RN qui se singularise par son opposition totale à l’immigration mais qui présente bien d’autres particularités extrêmement inquiétantes qui ne sont généralement pas assez connues ou pas assez mémorisées par le public. Enumérons les ici :

  • Une volonté d’accroître encore l’empire médiatique de Bolloré. C’est en tout cas le sens que les commentateurs objectifs accordent à son projet de privatiser plusieurs médias d’Etat.
  • Une alliance intense avec Poutine qui va bien au-delà du prêt que consentit Moscou au RN. Beaucoup de commentateurs semblent oublier que Marine Le Pen s’était déplacée en Crimée en 2015 pour y approuver l’invasion de la Crimée par la Russie et pour en féliciter Poutine ; elle refuse encore de s’en auto-critiquer. Beaucoup semblent avoir aussi oublié que Marine Le Pen avait été solennellement reçue à la veille de la Présidentielle de 2017 par Poutine pour tenter de renforcer son image internationale.
  • Une réticence au soutien à l’Ukraine (ce qui est cohérent avec le point précédent). Si Marine le Pen n’a pas commis l’erreur commise par Eric Zemmour lors de l’invasion de l’Ukraine par Poutine, elle a par la suite marqué un manque d’enthousiasme évident à soutenir l’Ukraine, tant à Paris qu’à Bruxelles.
  • Une hostilité à l’OTAN alors que, plus que jamais, depuis février 2022, les démocraties européennes ont besoin de ce qui reste leur principal bouclier face à Poutine et à ses alliés (un bouclier qui s’était déjà avéré très utile face aux lance-missiles que Brejnev pointait sur l’Europe de l’Ouest à la fin des années 70 et au début des années 80).
  • Une hostilité à l’Union Européenne qu’elle affichait ouvertement jusqu’en 2017 et qu’elle a entrepris tactiquement de dissimuler depuis 2022 (comme les autres partis européens d’extrême-droite d’ailleurs).
  • Une complicité marquée avec Orban, le dirigeant hongrois qui a fait basculer la Hongrie dans une démocratie illibérale (une démocratie dans laquelle celui qui gagne l’élection s’octroie tous les pouvoirs et se permet de ne pas respecter les limitations constitutionnelles). Cette complicité du RN avec Orban est attestée par la participation de Marine le Pen aux réunions de l’extrême-droite européenne (et de Jordan Bardella à leur sommet de Budapest en 2022).
  • Une jonction avec Trump. Trump et Marine Le Pen sont en réalité, avec Orban et Nigel Farage (Monsieur Brexit au Royaume-Uni), les pions majeurs dont s’est doté Poutine au sein même de nos pays démocratiques. Après que Trump eut été élu fin 2016, Marine Le Pen avait sollicité d’être reçue par lui. Si cela n’eut pas lieu, ce fut uniquement parce que Trump jugea que cela ne correspondait pas à son agenda. Et à mesure que le scrutin de début novembre s’approche, Trump nous annonce à la fois qu’il n’entend pas respecter totalement les institutions républicaines des Etats-Unis et il nous annonce aussi qu’il entend abandonner l’Ukraine à son ami Poutine.

Au total, une machinerie diabolique est en place : en s’obstinant à refuser toute limitation des flux migratoires, on propulse le RN qui, s’il parvenait au pouvoir, s’emploierait assez vite à séparer la France de ses alliés naturels (les autres pays de démocratie libérale), pour la rapprocher de l’axe des dictatures totalitaires « Moscou-Pékin-Téhéran-PyongYang » (comme cela est déjà le cas depuis plusieurs années pour la Hongrie de Orban). 

Voilà pourquoi au premier tour, il s’agit de rejeter le RN et LFI et pourquoi le vote en faveur des partis du Centre est la meilleure option.

Jean Francart (20 juin 2024)

Chère Claire, 

Merci pour tes remarques. Merci à tous ceux qui ont pris aussi la peine de faire connaître leurs position. Le résultat de ce dialogue est de m’obliger à plus de précisions.Oui, j’ai appelé à voter au centre. Mais au 2 ème tour des prochaines législatives, certains cas particuliers me pousseraient à voter différemment.

Je pourrais par exemple voter pour un candidat du Front Populaire comme Glucksmann malgré la grande déception qu’il a suscitée en moi. Plus généralement, s’il s’agit d’un de ces réformistes naïfs qui ont accepté l’étiquette et le programme « Nouveau Front populaire », je pourrai voter pour lui, s’il fait face à certains candidats RN, même si je trouve moralement honteux, économiquement délirant et politiquement dangereux de faire alliance avec LFI.

A l’inverse je pourrais voter pour un candidat du RN qui se présenterait contre un candidat LFI (au sens strict, et pas le rassemblement Nouveau Front populaire). André a raison : le RN n’est pas révolutionnaire. LFI, l’est. Mon texte ne vaut donc que pour le premier tour. 

Au 2 ème tour, je ne voterai donc en aucun cas pour un candidat LFI représentant dans ma circonscription le « Nouveau Front populaire ». J’examinerai son cas particulier et, malgré mes réticences, je pourrai donc voter RN – et pas seulement m’abstenir –  pour signifier que je refuse le  projet révolutionnaire de LFI en France, sa complaisance avec l’islamisme politique et avec l’agression russe de l’Ukraine.

(Pierre Rigoulot 21 juin 2024)

Depuis que je m’efforce de redéfinir le concept de « raison » pour tenter d’en ressusciter, ne serait-ce que sur le papier,  l’impérativité cognitive et morale,  je m’astreins à faire la différence entre ce qui est raisonnable et ce qui est rationnel.

A ce stade de mes réflexions, la décision de Pierre de soutenir  aux  prochaines législatives le parti centriste plutôt que le gauchiste ou le droitiste me paraît plus raisonnable que rationnelle.

Sa balance des bénéfices/risques me semble en effet incomplète : 

— s’il a raison de faire valoir que la survie du macronisme aurait un moindre coût que l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National ou du Nouveau Front Populaire,  il oublie de se demander si ce faible coût ne suffirait pas à nous être fatal : lente submersion démographique et culturelle de l’Europe par l’islam ; perpétuation du macrono-islamo-gauchisme que le « en-même-temps » centriste engendre ;  renforcement de l’islamo-gaucho-centrisme si,  pour gouverner, le tandem Attal-Macron doit pactiser avec tout ou partie du N.F.P. ; 

— peu ou prou il surestime les risques que le R.N. fait courir à la France et à l’Europe : poids des gudards, des nazis et des fascistes dans le R.N. ? poids du R.N. dans l’appareil d’Etat ? culture anti-totalitaire des derniers et nouveaux électeurs du R.N. ? contre-pouvoirs du Président de la République et des juges ? 

— Il tend à ignorer ou sous-estimer les bénéfices politiques et culturels que peut occasionner l’arrivée au pouvoir d’un parti capable de réunifier une partie des anciens électorats gaulliste, communiste et divers droite ou gauche et capable, pour cette raison,  de privatiser la radio-télévision publique (qui me paraît être la plus importante base arrière de l’islamo-gauchisme) et d’entraîner le ralliement d’une partie des musulmans traditionalistes au panache blanc d’une France à nouveau fière de son passé, sûre de son identité et bravache.

L’homme raisonnable minimise par habitude ses risques de crainte de perdre plus qu’il ne peut gagner.

L’homme rationnel opte pour le risque à chaque fois qu’une analyse méthodique concrète de sa situation concrète (et s’appuyant sur une analyse critique des concepts avec lesquels il analyse sa situation concrète) le persuade qu’il court plus de risques à éviter les risques qu’à les calculer et qu’à les prendre.

Est-il raisonnable ou rationnel  d’appeler à voter Attal-Macron plutôt que N.F.P. ou R.N. ?

A chacun d’en juger en faisant le calcul exact, complet  et sincère de sa balance bénéfices/risques d’homme, de parent, de grand-parent mais aussi de citoyen.

(Jean-Pierre Airut, 25 juin 2024)

22 Juin 2024


Le RN: un parti républicain mais aussi un adversaire politique  majeur, comme l’est LFI

La décision du Président de la République  de dissoudre l’Assemblée nationale et les conséquences possibles de cette décision, parmi lesquelles la victoire électorale du Rassemblement national, nous poussent à examiner la nature du parti que dirigent Marine Le Pen et Jordan Bardella. S’agit-il, comme certains n’hésitent pas à le dire, d’un parti« fasciste », « raciste » et par conséquent un ennemi de la démocratie libérale ?

Ne s’agit-il pas plutôt d’un adversaire politique (avec lequel on peut  être en accord ou non) dont l’existence et même la victoire sont compatibles avec la vie de notre démocratie libérale?

Ne s’agit-il pas plutôt d’un adversaire politique (avec lequel on peut  être en accord ou non ) dont l’existence et même la victoire sont compatibles avec la vie de notre démocratie libérale?

On remarquera en passant que durant des décennies, le parti communiste français a participé à la vie démocratique, débattant à l’Assemblée nationale et se soumettant à ses votes alors qu’on savait:

1 que sa présence au sein d’une institution parlementaire démocratique était, conformément aux thèses de Lénine, d’abord un moyen de faire connaître ses positions en faveur d’une révolution et d’affaiblir ceux qui souhaitaient s’y opposer.

2  que la victoire dudit PCF conduirait à la mise sur pied d’un nouveau régime politique de type totalitaire, adossé à des Etats ennemis des démocraties. 

Le PCF a pourtant été autorisé. 

Sommes nous devant le même cas de figure? Le RN a participé à la vie parlementaire sérieusement, s’est incliné devant les votes de la majorité. Son comportement a été en conformité avec les règles démocratiques. Comme jadis le PCF. Mieux : il n’a pas, lui, de projets révolutionnaires. Cependant, à considérer ses valeurs et les effets qu’aurait la mise en application des solutions qu’il propose aux problèmes du pays, le RN apparaît indéniablement comme un danger sérieux pour la démocratie libérale. 

Sur le plan extérieur on peut craindre qu’il s’oppose à la poursuite de l’aide à l’Ukraine et continue d’agiter la menace d’une troisième guerre mondiale du seul fait de s’opposer à la puissance expansionniste russe. On peut aussi s’interroger sur la volonté du RN de poursuivre la décolonisation de la Nouvelle Calédonie. 

En ce qui concerne l’Europe, le RN s’oppose toujours à bon nombre des compétences de Bruxelles, au nom de la souveraineté nationale. Or affaiblir l’Europe et ne pas la doter progressivement d’une puissance militaire complémentaire de celle de l’OTAN, face notamment à la Russie poutinienne, est un choix dangereux pour la France.

En ce qui concerne la politique intérieure, le RN se fait le champion de la lutte contre l’immigration. Mais s’il faut en effet tenter de s’opposer à l’immigration clandestine, refuser toute forme d’immigration en Europe alors que celle-ci manque de main d’oeuvre est une absurdité.

Sur le plan intérieur encore, la direction du RN promet de réindustrialiser le pays, de faire baisser l’inflation et le chômage et de restaurer la sécurité. Belles promesses inapplicables. Le coût des différentes mesures proposées par le R.N. se monterait à 120 milliards d’euros par an ! Le déficit public exploserait. Les 30 milliards d’euros que coûterait sa nouvelle réforme des retraites fait d’ailleurs réfléchir les dirigeants du Rassemblement national eux-mêmes, qui ont en conséquence annoncé qu’ils en repoussaient l’application. Il en est de même en ce qui concerne la diminution importante de la TVA sur les carburants, l’électricité, le gaz et le fuel, les exonérations d’impôts sur le revenu pour les moins de 30 ans ou encore la nationalisation des autoroutes. Toutes ces mesures feraient s’envoler la dette. Par celles-ci, le RN répond au mirage d’un (trop) grand nombre de Français  confondant l’Etat et une poule aux oeufs d’or qui refuserait injustement de répondre à toutes leurs demandes.

Les difficultés économiques qui s’en suivront auront pour effet de provoquer rapidement colère et incompréhension. LFI tentera de capitaliser cette colère et l’on peut prévoir de forts mouvements sociaux avec manifestations violentes et grèves, d’autant plus que LFI jouera la carte d’un anti-fascisme obsolète, tout comme elle joue actuellement la carte du concept creux de  l’islamophobie. Dans ces conditions, conformément à ce qui constitue notre référence majeure, la  défense de la démocratie libérale, nous en appelons au ralliement des électeurs au candidat le mieux placé pour n’envoyer à l’Assemblée nationale ni LFI, dont les tentatives d’agitation révolutionnaire, le refus de s’en prendre à la politique poutinienne et le soutien au Hamas nous opposent à lui depuis longtemps, ni le Rassemblement national, dont les propositions conduiront le pays au chaos.

Florence Grandsenne

Vincent Laloy

Pierre Rigoulot

André Senik

13 Juin 2024


Jacques Broyelle (1943-2024)

Jacques Broyelle vient de mourir en silence. Le silence des autres. Car qui se souvient aujourd’hui des retours de Chine de Jacques et Claudie Broyelle  ? C’était il y a un demi-siècle il est vrai. Une vieille histoire ? On a pourtant rappelé, il y a peu, à la télévision, le rôle qu’avait joué le sinologue Simon Leys dans la critique du maoïsme. Rappelé aussi l’engagement enthousiaste de nombre d’intellectuels européens derrière Mao et sa violente et fanatique pseudo-« révolution culturelle ». Pour nous contenter de quelques noms, Roland Barthes, Philippe Sollers. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir. Maria-Antonietta Macciochi – oui, celle qui s’était fait moucher par Simon Leys lors d’une émission d’Apostrophes – étaient tombés dans le panneau.

Jacques et Claudie Broyelle avaient d’abord, avec Evelyne Tschirhart, une amie qui travaillera plus tard sur les questions éducatives, publié Deuxième retour de Chine aux éditions du Seuil en 1977. Eux qui avaient chanté les louanges de la Chine après un premier et rapide séjour, brulaient fort heureusement ce qu’il avaient adoré. Après avoir travaillé deux ans aux Editions de Pékin et  dans un institut d’enseignement des langues étrangères, ils ruinaient l’idée d’une démocratie chinoise nouvelle équilibrant les aspirations de la population et la direction du parti communiste et soulignaient les ressemblances institutionnelles de la « République populaire » de Chine avec l’URSS : réseau de camps de concentration, parti unique et tout-puissant haïssant  la liberté individuelle, contrôlant étroitement la vie quotidienne, la presse, l’éducation des enfants, imposant une impitoyable justice dite « de classe », favorisant le culte du numéro 1, Mao Tsetoung, imposant référence et révérence au marxisme-léninisme, engendrant des luttes au couteau au sein de l’appareil politique dirigeant.

Lors d’une rencontre organisée par la revue Les Temps Modernes  quelques uns de ceux qui avaient longuement travaillé en Chine comme Michel Magloff, rentré d’une institution de langues étrangères à Shanghai, Xavier Luccioni qui, après avoir enseigné le français avait travaillé à Pékin-information, Roland et Annette Trottignon (née Wieviorka), eux aussi revenus d’un long séjour en Chine où ils avaient enseigné, manifestèrent leurs désaccords avec les époux Broyelle. Contrairement à ces derniers, ils n’avaient pas encore remis en cause aussi radicalement qu’eux le « maoïsme ». Claudie et Jacques Broyelle découvraient en revanche, sans en employer le terme, le totalitarisme.

Le moins qu’on puisse dire était que les expériences des uns et des autres ne se recoupaient pas. Les Broyelle furent accusés de ne s’être imprégnés ni des réalités tiers mondistes de la Chine d’alors, ni de son histoire. Leur vision ô combien discutable avait conduit à cette conséquence affreuse que les Broyelle rejetaient même le socialisme, chinois ou pas ! Ils niaient l’opposition des systèmes chinois et soviétique (alors que leurs interlocuteurs opposaient l’URSS, société bloquée, à la Chine, dont la vivacité et l’originalité étaient confirmées par la Révolution culturelle des années précédentes).

Pour les Broyelle, la Chine avait certes changé mais pour le pire – les camps, les prisons, les déportations déguisées de centaines de milliers de jeunes, les humiliations publiques, l’exigence fanatique d’une soumission aux partisans de Mao, tels avaient été les fruits de la « révolution culturelle ». Et si on laissait la bride sur le cou de quelques uns , c’était purement conjoncturel et comparable à ce que Khrouchtchev avait fait avec Soljenitsyne quand celui-ci avait pu publier Une journée d’Ivan Denissovitch dans la revue Novy Mir.

Suivirent d’autres livres  comme Le bonheur des pierres, (Seuil 1978) une sorte de journal, de recueil de réflexions sur leur engagement politique et leur part de responsabilité :  ils s’étaient trompés et l’assumaient. Ils s’étaient trompés et n’avaient pas été trompés (Huis Clos à Pékin, Le Monde 25 mai 1978)

Deux ans plus tard, Apocalypse Mao (Grasset,1980) réintroduisait une dimension historique dans cette réflexion sur le « legs maoïste qui se résumait en quelques mots simples : la terreur, la faim, le saccage de la jeunesse ». Un document interne au PCC allait jusqu’à estimer à 100 millions le nombre de victimes, brutalisées, mortes, jetées en prison, envoyées au laogai (l’équivalent du goulag) ou réduites au chômage et à la mendicité..Le « Grand bond en avant », avait quant à lui, causé trois ans de famine et 20 millions de morts. Quant à la jeunesse saccagée, elle le fut en effet avec des études « sacrifiées sur l’autel des utopies ». Quelques religieux exaltés ou naïfs comme le Père Cardonnel protestèrent. Le Monde, 15 mars 1978). Mais la rupture se consommait entre la majorité des intellectuels français et le marxisme-léninisme L’anti-communisme était revendiqué et …documenté. Le mouvement qui y avait mené passait aussi par une meilleure compréhension du marxisme, qui, bien que coupable innocentait le marxiste et était aveugle au rapport particulier qu’eux-mêmes, les Broyelle et leurs jeunes amis maoïstes, avaient entretenu « dans et par le marxisme avec une certaine idée de l’absolu », comme l’écrivirent Claudie et Jacques Broyelle(Le Monde, 20 janvier 1978). C’est ainsi, contre le relativisme historique marxiste, qu’ils redécouvrirent le Bien et la Mal.

On les vit ainsi avec André Glucksmann et Bernard Kouchner appeler à l’aide aux boat-people vietnamiens.

On les vit honorer la pensée d’Albert Camus et se ranger rétrospectivement à ses côtés dans sa polémique avec Sartre sur les camps de concentration soviétiques. En 1982, Les Illusions retrouvées (Grasset), Sartre a toujours raison contre Camus, Jacques et Claudie Broyelle réagissaient à la victoire de l’Union de la gauche, dénonçaient ses illusions retrouvées envers le camp socialiste porteur d’une société totalitaire pourtant depuis longtemps dénoncée aussi par Raymond Aron, Arthur Koestler et Manes Sperber.

Plus de quarante ans se sont écoulées depuis la parution de ce livre. Ce n’est pas une vieille histoire comme on se le demandait plus haut. Et pour son rôle de précurseur, donc, et pour son actualité brulante – car s’ils changent d’allure, les totalitarismes et les illusions dont on les pare continuent d’exister – il faut saluer le travail accompli par Jacques Broyelle aux côtés de son épouse. J’adresse à celle-ci et à toute sa famille nos condoléances les plus sincères.

Pierre Rigoulot

15 Mar 2024


Le défi laïque de l’intégration 

Ces toutes dernières années, un certain nombre d’alertes ont été lancées, et des mesures ont été prises en réponse à la poussée de l’islamisme politique  au sein même de l’École.

Comment celle-ci peut, non seulement se défendre, mais mener une bataille culturelle en vue de réussir l’intégration de ceux qui refusent la conception française de laïcité et de la société ?

Car il s’agit bien de penser une laïcité à la française, qui ne se réduise pas à la neutralité idéologique des représentants de l’État, mais concerne aussi les élèves que l’École doit « intégrer » dans le respect conjoint des croyances particulières et des principes de la République.

L’affaire est délicate car jusqu’à présent les enseignants étaient formés à transmettre des connaissances et des capacités, sans pouvoir aborder les convictions religieuses et culturelles qui sont incompatibles avec notre société, une société qui est libérale sans être multi-communautaire.

Le politique peut-il donner explicitement mission aux enseignants de mener cette bataille culturelle, en les formant à cette très délicate mission ? 

L’institut d’histoire sociale vous invite à en débattre avec Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie, le jeudi 7 mars à 18h, au Café du Pont-Neuf, de  18h à 20h, 14 Quai du Louvre (Paris 1er)

2 Mar 2024


Lu dans Le Figaro l’article ci dessous. Il mérite d’être porté à la connaissance de tous. Cette prose effarante peut en effet servir à rappeler et à mesurer la profondeur et la gravité du fossé qui existe entre la culture islamiste et la notre. Elle peut aussi contribuer à mettre les néo-féministes et les « intersectionnalistes » devant leur silence complaisant.

André Senik

Entre deux vidéos sur le football, un influenceur de religion musulmane a tenu à expliquer à ses 780.000 abonnés TikTok les règles auxquelles devra se plier sa future femme. Dans la vidéo publiée samedi intitulée «Ma femme n’aura pas le droit», Adel Sidi Yakoub, joueur au sein de l’Entente Sportive Pays d’Uzès, dans le département du Gard, liste cinq interdictions qu’il juge «très raisonnables».

À commencer par celle « d’avoir des amis garçons ». « C’est moi ton ami, c’est moi ton confident, c’est moi ton pire ennemi… Y’a pas d’amis. Ça n’existe pas chez moi», assène le jeune sportif d’un ton catégorique.

Sa femme aura également interdiction de «travailler avec des hommes», quitte à «rester à la maison».

Elle ne pourra pas plus «partir en voyage sans moi», continue Adel. «Les voyages avec ses potes, elle oublie (…) C’est moi qui la protège», estime le jeune homme qui admet toutefois une exception pour «les hommes de sa famille», frère ou père.

Adel, qui compte également une communauté importante sur Instagram avec plus de 83.000 abonnés, annonce encore que sa femme se verra interdire tout «habit moulant». «Voilà, c’est pas compliqué (…) le corps de ma femme il est à moi», étaye-t-il. L’influenceur estime que «le mieux serait le voile», «mais je ne veux pas forcer», concède-t-il, bon prince.

Enfin, celle qui partagera la vie du Tiktokeur aura interdiction de s’exprimer sur les réseaux sociaux. « Moi j’ai le droit car c’est mon travail», explique Adel, «c’est comme ça que je la nourris». Et de se féliciter, en légende de sa vidéo, qui a fait en 24 heures quelque 16.000 vues : « Je trouve que mes règles sont très raisonnables».

14 Jan 2024


De Karl Marx au wokisme et à la cancel culture, la filiation est bonne

Karl Marx a construit sa vision de la société et de l’histoire au moyen d’un syllogisme en trois temps.

Son postulat de départ est que l’histoire des sociétés est caractérisée par l’antagonisme irréductible entre les classes exploiteuses (qui sont dominantes) et les classes exploitées (qui sont dominées).

Ce postulat est suivi par un corollaire : la domination générale des dominants s’impose aux exploités qui lui sont soumis au moyen de la culture dominante.

La conséquence logique de ces deux prémisses est que les dominés qui veulent en finir avec la domination qu’ils subissent doivent abolir la culture passée.

Sur ce sujet, voici ce qu’on lit dans le Manifeste du parti communiste :

« L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes. 

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. 

Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes.

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété ; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. »

Ce texte nous montre ce que le mouvement déconstructionniste, le wokisme, et la cancel culture doivent au marxisme.

Ils en sont des résurgences et des métastases qui vont au-delà des seuls conflits de classes. 

Vivement donc que cette envie de tout déconstruire et de faire table rase de la culture finisse par passer de mode et que les jeunes intellos qui en sont affectés retrouvent leur bon sens, à l’exemple de leurs ainés qui en France sont tous revenus de leur délire maoïste, à l’exception de l’imperturbable Alain Badiou.

André Senik

« Que le marxisme prépare les esprits au wokisme, lui fournisse quelques uns de ses termes voire  de ses  concepts et soit une de ses conditions nécessaires  pour ces trois raisons, il faut le rappeler, et,  texte  à l’appui ainsi que vous le faites, c’est encore mieux.

Ce rapport de filiation doit-il nous empêcher de distinguer ce qui  différencie la pensée marxiste de son possible « avatar » wokiste ?  

Voici ceux que je discerne en tout cas.

Est-ce que j’en oublie ou me trompe ?

A vous et aux autres de me le signaler, le souhaiteriez-vous.

– La pensée marxiste est européenne  et elle se conçoit comme  européenne même si elle se veut prolétarienne. Elle croit à la supériorité de la culture prolétarienne sur la culture européenne bourgeoise  et à la supériorité de la culture européenne bourgeoise sur les cultures pré-capitalistes des pays déjà colonisés à l’époque ou colonisables ; le wokisme est une pensée occidentale, qui se veut non occidentale, qui croit à l’infériorité morale et intellectuelle de l’Occident et qui, comme le marxisme, cherche à conquérir les esprits

– Le marxisme est étatiste (« léniniste » ?) en ce sens qu’il fait de la conquête de l’Etat la condition de la conquête de la société et de la transformation des mœurs par la dictature juridique du prolétariat ;  le wokisme agit par la base et vise (à la manière de Gramsci ?)  à transformer l’Etat et le droit par une dictature morale (mœurs).

–  Le marxisme idéalise et neutralise la science, pas le wokisme qui, sous l’influence peut-être de Foucault et de Staline (« science prolétarienne »), fait du savoir le plus scientifique une expression de la « domination » sociale.

–  Le marxisme est constructif ;  le wokisme déconstructif : il me paraît déconstruire la société sans donner à voir un modèle de société alternatif au complet.

–  Même si, sous le nom de « matérialisme dialectique » et de « socialisme scientifique», Marx & Engels  promeuvent une rationalité distincte de la rationalité commune afin de ne pas avoir à lui rendre des comptes, Marx se veut et se croit rationnel. Recourt-il à des paralogismes, il se les cache à lui-même autant qu’aux autres. Rien à voir avec le wokisme qui  bafoue les règles les plus élémentaires de la logique sans en éprouver la moindre gêne …  Son sur-moi n’est pas judéo-chrétien ou rationnel mais « primitif » il fait régresser la gauche non seulement du «socialisme scientifique» au « socialisme utopique » mais du « socialisme utopique » à l’ « ethnicisme » le plus obscur, le plus confus et le plus irrationnel « .

Jean-Pierre Airut

D’accord sur les différences signalées entre le marxisme d’un côté et de l’autre le wokisme et la cancel culture, laquelle n’ose pas aller jusqu’à défendre une contre-culture positive.

Mais en réalité, Marx insiste surtout sur l’idée que toute la culture passée est au service d’une société fondée sur l’exploitation et qu’il faut s’en libérer.

Contrairement à Gramsci (et déjà à Engels dans son introduction  de 1895 aux Luttes des classes en France) Marx non plus ne propose pas une culture communiste à la place de l’actuelle culture. Il compte exclusivement sur l’évolution de l’économie pour pousser le prolétariat à la révolution.

André Senik

18 Déc 2023