LA MÉMOIRE DES ENTREPÔTS DE LA DÉPORTATION DE LA SNCF (I)

Les nazis, avec la complicité très active du régime de Vichy du maréchal Pétain, ont déporté vers les camps de la mort des dizaines de milliers de Juifs, parmi lesquels mon oncle David et mon grand-père maternel Yankel. Mais ils ont aussi pillé leurs pauvres biens matériels, tout ce qu’ils ont pu prendre, des livres aux câbles électriques qu’ils ont trouvés à leur domicile.

Un dimanche d’été, en pleine canicule, Claude (ou Sandor, son prénom d’origine hongroise) m’amène sur les lieux de ces crimes matériels : un immense territoire ayant appartenu ou appartenant encore à la SNCF, situé tout autour de la gare d’Austerlitz dans le 13ème arrondissement de Paris.

Claude est mon ami depuis qu’il participe, en même temps que moi, aux deux marches hebdomadaires organisées par les Ukrainiens de France contre la barbarie des Russes de Vladimir Poutine. C’est leur président, Jean-Pierre Pasternak, qui nous a présentés l’un à l’autre. Depuis, tout en défilant, nous passons notre temps, sauf au moment de la minute de silence en hommage aux morts ou pendant la reprise de l’hymne national, à évoquer le passé et ses combats, dans une perspective résolument libertaire, avec des éloges communs à Nestor Makhno et une grande admiration (que je ne partage pas vraiment) pour Buenaventura Durruti. Toujours est-il que nous affichons notre haine (doublée de mépris) envers le fascisme, la nazisme et le franquisme, mais aussi (ce qui est plus original car moins ouvertement proclamé) à l’égard du stalinisme et du communisme en général, trotskisme et castrisme compris.

C’est un syndicaliste ouvrier, comme il aime à se présenter. Il a travaillé pendant plus de trente ans comme chef aiguilleur aux Chemins de fer du sud-ouest, dont le siège se trouve place Valhubert, devant la gare d’Austerlitz. C’est là, en face du Jardin des plantes, que nous commençons notre périple dominical. Je lui avais glissé, en effet, que dans l’enceinte de la gare, je n’avais jamais réussi à localiser les lieux et les voies d’où partaient les déportés vers les camps de transit, direction Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant Auschwitz, Majdanek ou Sobibor.

Il en restait seulement une plaque discrète, la plus discrète possible. Il avait décidé de me montrer autre chose, un aspect largement inédit : l’évidence du pillage des biens des Juifs. 

Derrière le fronton de l’administration du « chemin de fer d’Orléans », place Valhubert, un bâtiment malheureusement fermé ce dimanche après-midi, la SNCF cache un passé inavouable, comme bien des aspects qui touchent à cet « État dans l’État », comme l’affirme Claude, propriétaire, avec l’Église (les dirigeants de la Société nationale des chemins de fer étaient d’ailleurs de fervents catholiques, pour la plupart), d’un énorme patrimoine sur toute la superficie de Paris  Il y a, derrière les lourdes portes, un grand théâtre, où autrefois se produisait la compagnie « L’Équipée », devant un parterre composé non seulement des cadres de la compagnie mais aussi, pendant l’Occupation, d’officiers de la Wehrmacht, des hommes très cultivés, comme tout le monde le sait,  capables de regarder pendant des heures une adaptation de la pièce de Paul Claudel, Le soulier de satin. Les acteurs (étaient-ce des cheminots ?) n’avaient pas honte : ils offraient à leurs maîtres, les vainqueurs, une pièce emblématique du répertoire français. Je commençais à ressentir un profond dégoût mais je ne me rendais pas compte encore de la tournure qu’allait prendre cette terrible promenade. Je cherchais les traces de personnes disparues. Mais c’est des biens qui leur appartenaient qu’il s’agissait. Or, ce n’était pas moins angoissant : derrière les objets, il y avait les morts en déportation.

C’était sur les voies 5 à 7, quelque peu à l’écart des autres voies, celles qui emmenaient les voyageurs réguliers vers leurs lieux de destination, que les déportés étaient dirigés vers les camps du Loiret. Nous nous en sommes vite écartés. Tout cela était suffisamment documenté et je ne pouvais qu’imaginer les souffrances de ces pauvres gens disparus. D’ailleurs, aucun des miens, à ma connaissance, n’avait transité par là : pour eux, c’était Drancy ou avant, en zone d’abord dite « libre », Nexon.

Sur le quai d’Austerlitz, longeant la Seine, Claude m’a emmené voir d’immenses entrepôts, à présent à moitié désaffectés, sur lesquels trônait une plaque des autrefois fameux « Magasins généraux ». C’était l’un des endroits qui avait regroupé, après la rafle du Vel’ d’Hiv de juillet 1942, avec d’autres, ceux de la rue Bassano dans le 16èmearrondissement, ou le magasin Lévitan, dans le 10 ème, les meubles de toutes sortes, les bibelots, les assiettes, les couverts, les ampoules même, certaines œuvres d’art (pas les principales : celles-ci étaient entreposées au musée du Jeu de Paume, où les Allemands allaient se servir). Non, c’étaient seulement les témoignages du quotidien des Juifs de Paris et d’ailleurs. Alors, je me mis à penser à tous les membres de ma famille maternelle qui habitaient auparavant la cour du 100 rue de Charonne, dans le 11ème arrondissement, dans de petits appartements loués : eux aussi avaient été dépouillés du peu qu’ils possédaient, s’ils possédaient quelque chose. Des dizaines de milliers d’appartements avaient été pillés, une fois leurs occupants partis en fumée.

Et personne n’avait pensé à indemniser les survivants ni leurs descendants. Aucun n’avait dû d’ailleurs en faire la demande : la valeur des spoliations devait être insignifiante. Mais, tout de même, les autorités auraient pu faire un geste. Une réparation, même symbolique.

(à suivre)

Jacobo Machover

5 Nov 2023


Nicolas Sarkozy : approximations, oublis et  complaisances

L’équipe d’Histoire  & Liberté a pris connaissance avec regret et indignation des propos tenus par Nicolas Sarkozy sur l’Ukraine et la Russie dans sa longue interview du Figaro du 16 août 2023. Nous publions ici quelques unes de nos réactions.

Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, vient de sortir sa plume pour préconiser une politique qu’il présente comme « réaliste » en Ukraine et qui  en réalité semble bien avoir été inspirée par les écrivailleurs du KGB.

Son analyse se singularise par d’immenses lacunes : le KGB n’est jamais évoqué ; il n’est jamais mentionné que Poutine et le KGB ont, progressivement depuis 2000, rétabli en Russie un régime totalitaire (non plus sous l’égide du marxisme  mais sous l’égide d’une idéologie impérialiste cette fois) ; ne sont jamais évoquées les alliances internationales que Poutine et le KGB ont conclues avec ces autres pays totalitaires que sont la Chine du Parti Communiste Chinois, l’Iran des Ayatollahs et la Corée du nord des Kim pour former un véritable bloc des pays totalitaires…

Ce bloc des pays totalitaires cherche à se déployer à-travers la planète et a déjà infligé, au cours des dernières années, des défaites successives à la démocratie en Syrie, en Crimée, à Hong Kong, en Afghanistan. Ce bloc des pays totalitaires soutient maintenant l’invasion par Poutine de ce pays démocratique qu’est l’Ukraine et il menace par ailleurs d’envahir cet autre pays démocratique qu’est Taïwan.

Loin de se référer à cet affrontement, pourtant manifeste, entre le bloc des régimes totalitaires et les pays démocratiques, Nicolas Sarkozy reprend à son compte l’argumentaire de Poutine lui-même selon lequel la Russie aurait une sorte de droit historique à replacer sous son joug les populations qui lui ont été soumises par le passé.  Dans la foulée, avec des arguments inacceptables et par des détours tortueux, il propose aux Ukrainiens (et aux pays démocratiques qui les soutiennent) de se résigner face à Poutine. Pas étonnant que Medvedev se félicite bruyamment de cet interview de Sarkozy.

La proposition de Nicolas Sarkozy est à la fois révoltante, atterrante et antipatriotique.

Révoltante. Nicolas Sarkozy vient donner un coup de poignard dans le dos de la population ukrainienne au moment où celle-ci résiste héroïquement depuis dix-huit mois au projet du KGB visant à s’emparer de leur territoire et à leur rétablir le totalitarisme.

Atterrante. Celui qui vient donner ce coup de poignard à l’Ukraine n’est autre qu’un ancien Président de la République française. Cela intervient après que François Filon (premier ministre pendant cinq ans de Nicolas Sarkozy) eut pactisé avec Poutine. Tout cela déshonore la France aux yeux de nos alliés et de nos amis ukrainiens. On ne peut que s’interroger sur les véritables raisons qui ont motivé Nicolas Sarkozy à écrire un texte qui réjouir aussi bien Poutine, Medvedev et le KGB. Le soupçon surgit que le KGB serait en capacité de faire basculer dans la collusion certains de nos plus hauts dirigeants (tout comme il y a réussi aux Etats-Unis avec Trump). 

Antipatriotique. Si, comme le préconise Nicolas Sarkozy,  on laissait les troupes de Poutine s’emparer impunément d’une partie de l’Ukraine (ou pire encore de sa totalité), ce seraient ensuite la Pologne, les trois pays baltes, la Moldavie, la Roumanie;;; dont les territoires et les institutions se trouveraient immédiatement menacés par Poutine et par le KGB avant qu’ultimement, ce ne soit le tour de l’Europe de l’ouest et de la France.

En Ukraine, ce qui est en jeu, c’est la souveraineté totale des Etats souverains (conformément aux statuts de l’ONU) et c’est aussi la survie de la démocratie sur notre planète. La population ukrainienne mérite le soutien indéfectible de nos pays démocratiques. Et Nicolas Sarkozy et autres influenceurs pro-Poutine ne doivent pas nous en détourner.

Jean Francart, le 19 août 2023

Sarkozy et l’Ukraine

Je reprends d’abord quelques propos de Nicolas Sarkozy.

L’échec (le fait que Poutine ne veut plus rien entendre) vient de loin. Il est séculaire.  

Sarkozy ignore donc la rupture radicale de 1917, la naissance d’un nouvel animal historique inconnu jusque là !  

Et je veux ici rendre hommage à Hélène Carrère d’Encausse, qui nous a hélas quittés. Elle a été une grande passeuse de l’histoire russe pendant quarante ans.  

Elle a avoué elle-même n’avoir rien compris notamment à Poutine. La nature de l’URSS (comme de n’importe quel Parti-Etat marxiste-léniniste) et celle de la mafia tchékiste actuelle est fondamentalement différente de la culture russe (comme de la civilisation chinoise, coréenne, cambodgienne, vietnamienne, laotienne, polonaise etc.)

Mais je reviens à votre question. Les Russes sont des Slaves. Ils sont différents de nous   

C’est fou ça ! Sarko croit aussi que les Chinois sont d’une autre espèce que nous ? A l’instar de tant de journalistes, intellectuels et politiciens des années 50 aux seventies ?  Il ignore vraiment à ce point à quels régimes et à quelles menaces nous devons faire face ?  

Je l’avais convaincu (Poutine) de retirer ses chars qui étaient à 25 kilomètres de Tbilissi.  

Il y croit vraiment semble-t-il ! No comment.

Il avait commencé à envahir la Géorgie. Mais dans le même temps, avec Angela Merkel, nous lui avions montré que nous étions conscients de ses lignes rouges. C’est pourquoi nous avions refusé l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan et ce malgré la forte pression américaine  

Quel aveu ! 

Nous ne voulions pas laisser Poutine dériver vers une paranoïa anti-occidentale  

La même erreur qu’avec l’URSS : Sarko ignore que la paranoïa est une composante essentielle de la psychopathie de Poutine et une composante indissociable de l’essence du système poutinien et de tout système d’inspiration marxiste et/ou nationaliste ; il est vain d’essayer de l’amadouer ou de l’adoucir. Elle ne s’arrête de tuer, de violer, de faire souffrir et de détruire que face à une force et à une détermination supérieures. La peur l’excite, les concessions la font ricaner.

qui est depuis longtemps la tentation des dirigeants russes  

Et de nouveau l’abus du mot “russe” et la mise sur le même plan des tsars et des dirigeants communistes et post-communistes ! Le problème n’est ni russe ni slave, il tient à un système psychopathe dont la 1ère mouture fut installée par Lénine & Co et qui se décline actuellement à-travers Poutine, Xi, Kim etc. Sarkozy semble ignorer que le psychopathe paranoïaque n’est sensible à aucune lumière mais peut faire semblant de l’être, parfois très intelligemment. 

Le complexe d’encerclement du Kremlin est une vieille histoire  

Oui, depuis que la terre est ronde ! 

Sur ce sujet les intérêts européens ne sont pas alignés sur les intérêts américains.  

Ils n’ont jamais été alignés mais ils se rejoignent plus que jamais ! Nous défendons la liberté et les valeurs humanistes, nous avons les mêmes ennemis et, que ça nous plaise ou non, nous Européens sommes toujours incapables de nous défendre sans l’appui américain !  

Trump de retour, c’est la mort de l’Ukraine !

La Crimée était russe jusqu’en 1954. Tout retour en arrière est illusoire.  

En vérité la population ukrainienne a clairement opté pour la création d’une démocratie sociale-libérale non plus trop corrompue, pour l’UE et pour l’OTAN et rejette, maintenant plus que jamais dans sa longue Histoire, la soumission au Kremlin, c’est ce retour en arrière-ci qui serait illusoire ! Tout le contraire de l’assertion de Sarkozy !

Une Ukraine et une Crimée libres, ce serait aussi une fameuse marche en avant pour la démocratie et une défaite significative pour ses ennemis, ce qui aurait des répercussions positives à long terme dans le monde entier !   

Néanmoins, avec regret, je crois constater que l’Ukraine ne pourra pas gagner la guerre mais aussi, avec espoir, que l’édifice poutinien a des fondations bien fragiles ; quoiqu’il en soit, il faudra un jour effectivement des pourparlers, des compromis, des concessions de part et d’autre (il y a sans doute des discussions informelles et secrètes) ; mais forcer d’emblée les Ukrainiens à renoncer à leurs droits et à la liberté de choisir leur destin, comme le prône Sarkozy, serait non seulement ignoble mais aussi la manière la plus stupide d’entamer des négociations. 

Affirmer au préalable que l’Ukraine “doit renoncer” à l’UE et à l’OTAN pour être un “trait d’union entre l’Est et l’Ouest” est un non-sens ; peu importe sa situation géographique, toute population a le droit naturel d’être libre, de se développer et de se démocratiser selon sa volonté et non pas comme si elle n’était qu’un conglomérat de territoires que des puissances supérieures déplacent ou sacrifient à leur gré. 

Suggérer qu’un accord international garantisse qu’elle ne court plus aucun risque d’agression me paraît infra-débile face au système poutinien, par nature menteur, destructif et expansionniste. Qu’il suffise de rappeler le mémorandum de Budapest du 5 décembre 1994 par lequel les grandes puissances dont la Russie se portaient garantes de l’inviolabilité du territoire ukrainien et de l’intangibilité de ses frontières contre la cession par l’Ukraine, alors 3e puissance nucléaire mondiale, de toutes ses armes de destruction massive à la Russie ! 

En géopolitique, la force et la détermination, surtout face à des monstres totalitaires, primera toujours le Droit tant qu’il n’y aura pas une instance supérieure universelle dotée de la capacité de faire respecter les traités, accords et conventions, par la force si besoin est. Si l’Ukraine avait conservé son armement nucléaire, peu de doute qu’il n’y aurait jamais eu de guerre d’agression ni d’annexions illégales !   

Pierre Druez  le 20  août 2023

Vous avez dit « Slaves »?

Dans son interview au Figaro, Nicolas Sarkozy adopte une posture qu’affectionnent les anciens Présidents de la République : celle du sage conseiller, qui parle vrai. Mais n’est pas sage qui veut. Sarkozy accumule nombre de banalités affligeantes. J’en relèverai une seule mais elle est d’importance puisqu’elle prétend donner la clef de toute analyse des options politiques de la population russe et de ses dirigeants. La dite clef n’est pas le concept d’empire ni le rappel des 70 ans de communisme ni la référence à la dictature sui generis actuelle avec son bourrage de crâne systématique, son acharnement contre les opposants, les menaces contre ses voisins, ses mensonges éhontés sur son passé et son présent. La dite clef n’a rien à voir non plus avec le KGB et le FSB. Si Poutine est Poutine et la Russie actuelle une ennemie acharnée de la démocratie, c’est qu’ils sont Slaves! Oui : Slaves !Des gens comme les Tchèques et comme les Polonais mais pas comme nous ! Cette conception ethnique de l’histoire eut cours en France au XIX ème siècle, propre par Augustin Thierry. Une conception abandonnée par presque tout le monde mais pas par l’ancien président de la République. Effet du sang des Magyars qui coule dans ses veines? Ces gens-là ne sont peut-être pas comme nous…

Sur une telle conception s’étend l’ombre du Général de Gaulle dont il faudra reconnaître un jour que sa vision du monde n’a pas eu qu’un effet positif sur la vision du monde de nos compatriotes.

De lui, Sarkozy a appris aussi qu’il y avait l’Ouest et l’Est – mélange politico-géographique jamais décrit par le gaullisme en termes de valeurs et de liberté, de démocratie face au totalitarisme ou d’état de droit face aux empires.

A l’est et à l’ouest de quoi, d’ailleurs ?

Sarkozy répond comme par hasard : de l’Ukraine. Ça tombe bien, vous ne trouvez pas, pour proposer la neutralité de ce pays ?

Je ne sais si l’on a besoin des Russes comme eux ont besoin de nous. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a nul besoin de telles approximations – ethniques ou géographiques. Elles masquent seulement les fondements de notre vie politique, ceux auxquels on doit tenir comme à la prunelle de nos yeux : la sauvegarde de la liberté individuelle et la résistance au totalitarisme.

Pierre Rigoulot, 22  août 2023

(photo: Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager)

22 Août 2023


Défendre la démocratie à l’Ouest, aussi

Notre engagement en faveur de la démocratie libérale et notre opposition au totalitarisme se jouent aussi en France même. où il est important de rappeler les « fondamentaux » de la première et les diverses figures que peut prendre le second.  Dans la perspective des prochaines élections présidentielles, quels choix politiques ( nous ne disons pas : quels partis politiques)  peuvent être recommandés  ou au contraire exclus ? Nous lançons le débat auprès de nos lecteurs et livrons à leur réflexion un premier texte, signé André Senik, sur l’idée  d’opposition.

H&L

L’enjeu géopolitique mondial des douze prochains mois

Il faut prendre très au sérieux la relation de complicité (qui n’est plus à démontrer) entre Trump et Poutine. Le dernier livre de Raphaël Glucksman apporte encore des preuves supplémentaires à ce sujet. Cette relation est trop souvent mentionnée comme simplement « pittoresque » alors même qu’il s’agit d’un dispositif qui est certainement essentiel aux yeux de l’axe des pays totalitaires « Moscou/Pékin/Téhéran/Pyongyang ».

L’objectif final pour cet axe consiste à assurer le triomphe irréversible des régimes totalitaires sur les régimes démocratiques. Par sa tentative avérée de coup d’Etat le 6 janvier 2021, Trump a affiché très nettement sa détestation de la démocratie et son appétence au totalitarisme. Une victoire de Trump en 2024 introduirait très probablement un régime totalitaire aux Etats-Unis (ce qui permettrait à l’axe totalitaire de se débarrasser du plus puissant des pays démocratiques,sans avoir à engager un affrontement militaire avec les Etats Unis). 

Rappels. Le soutien de 22% des Russes avait suffi aux Bolcheviques pour réussir à instaurer le totalitarisme soviétique (chiffres à l’élection constituante de septembre 1917) ; le soutien de 33% des Allemands avait suffi aux Nationaux-Socialistes pour réussir à instaurer le totalitarisme nazi (chiffre à la dernière élection législative loyale avant la nomination de Hitler par Hindenburg).

Et Trump, quant à lui, dispose aux Etats Unis d’un socle électoral très solide (37,5% des électeurs américains : 75% des 50% des Américains qui votent Républicain).

C’est ce qu’a compris le KGB depuis les années 95 en s’affiliant Trump, en se le subordonnant par toutes sortes d’emprises (sexuelles ou financières), puis en l’aidant à gagner l’élection de 2016, en l’aidant à nouveau en 2020, en l’aidant à nouveau contre Biden d’ici 2024. Le redoutable KGB sait que Trump est le seul politicien américain capable de faire basculer les Etats Unis de la démocratie au totalitarisme. Entre clans dirigeants des pays totalitaires, on trouve des compromis (Pékin par exemple, en dépit de son obsession territoriale, s’interdit de revendiquer de reprendre « l’Extrême-Orient russe » à Moscou).

Si Trump était élu et si ensuite les Etats-Unis devenaient un Etat totalitaire, toutes sortes de coopérations deviendraient possibles entre les clans qui sont à la tête des Etats totalitaires. Surtout, il n’y aurait plus aucun obstacle à généraliser le totalitarisme sur toute la planète (ce qui est un rêve commun à Poutine, à Xi, aux Kim, aux Ayatollahs et peut-être aussi à des personnalités comme Donald Trump et comme Elon Musk (qui ne cache pas son soutien à Trump)).

Et pour contribuer à une victoire de Trump en 2024, le KGB et Poutine ont déjà entrepris de réveiller l’inflation aux Etats-Unis par le biais d’une deuxième vague de hausse des matières premières (le pétrole et le gaz en particulier). Poutine va tout entreprendre pour que le prix du baril dépasse à nouveau le seuil des 100 $, ce qi fera remonter l’inflation aux Etats Unis, ce qui obligera la Fed à monter ses taux, ce qui introduira le risque d’une récession, trois éléments que détestent les électeurs américains et qui pourraient contribuer à une victoire de Trump.

Pour faire monter le prix du baril, Poutine dispose d’un allié de choix : MBS, le dirigeant tout-puissant de l’Arabie Saoudite qui pactise de plus en plus avec Poutine et avec Xi depuis que fin 2016, il a décidé d’associer la Russie de Poutine à l’OPEP pour former l’OPEP+ (une OPEP qui est désormais élargie à la Russie et à quelques autres pays exportateurs) ; MBS n’hésite d’ailleurs plus à s’opposer publiquement à son allié traditionnel, MBZ (le dirigeant tout-puissant des Emirats Arabes Unis).

Trump est un agent des régimes totalitaires. Il faut tout entreprendre pour le démasquer et pour faire obstruction à ses manœuvres politiciennes.

Jean Francart

10 août 2023

Vous avez dit « opposant »?

La perspective des prochaines présidentielles pousse certains aspirants au pouvoir à se présenter comme les plus farouches opposants à la majorité relative qui exerce le pouvoir exécutif.

L’emploi de ce mot est une faute.

L’opposition est un concept anti démocratique

Une société démocratique doit certes  offrir aux citoyens des alternances au pouvoir.

Des équipes  politiques concurrentes peuvent donc  échanger des critiques et proposer aux électeurs des solutions différentes.

Mais le parlement n’est pas un ring de boxe ou de catch entre les champions de camps politiques que tout oppose.

Ceux qui pratiquent l’opposition totale à la majorité en place dans une démocratie visent au monopole du pouvoir pour eux mêmes.

 Or une société démocratique est pluraliste sur tous les plans hormis les principes constitutionnels de base.

Les partis qui se prétendent démocrates doivent donc chercher à s’entendre sur ce qu’ils ont en commun,  et ne se combattre que sur ce qui les différencie.

Les partis peuvent s’opposer sur des lois mais s’ils se définissaient par principe comme des opposants systématiques pleins de haine, il leur faudrait s’opposer aux mesures que la majorité leur aurait emprunté.

C’est ce qui a conduit une partie des Républicains à ne pas voter  pour des mesures qu’ils défendent depuis toujours.

Les démocrates ont pour opposants les anti démocrates, et réciproquement.

Si le Parlement n’était composé que d’opposants irréductibles la société serait impossible.

Il faut donc renoncer au mot « opposant » entre démocrates .

Dans un espace politique divisé en plus de deux partis la posture de l’opposition totale oblige les modérés à s’aligner sur leurs extrêmes pour finir par réduire la scène politique à une épure manichéenne et simpliste.

Les citoyens démocrates doivent exiger des politiques qui prétendent les représenter de s’accorder sur le bien commun sans mettre leur drapeau dans leur poche.

Sans quoi nous irions vers une guerre froide  civile. »

André Senik

Marine  et  Vladimir,  propos rassuristes 

Né en 1943, j’ai passé la première moitié de mon existence avec une triple épée de Damoclès sur la tête : le communisme totalitaire et expansionniste, une troisième guerre mondiale, thermonucléaire, et le « péril jaune », aggravé par la bombe ! On me l’assurait, mi-figue mi-raisin : « Profitons vite de la vie, avant la mort fatale », mort nucléaire, car « les armes, y compris atomiques, c’est fait pour s’en servir. » Et, pendant les quarante années suivantes (depuis Dreux 1982), on a tout fait pour m’insuffler la peur des « fascistes », ressuscités en France et campant sans cesse « aux portes du pouvoir ». Que d’angoisse !

Heureusement, pour moi les « grands » n’étaient nullement suicidaires : « politique au bord du gouffre » certes, mais très contrôlée ; et je considérais la Chine assez vaste pour sa population. Bien sûr, j’étais très impressionné par la « masse énorme qui commence à Vladivostok sur le Pacifique et s’étend jusqu’au cœur de Berlin » (Paul Reynaud, 9/07/1957) ; une fraternité internationaliste grâce au communisme, pensais-je candidement. Toutefois, en visitant l’Europe de l’Est, j’ai eu la révélation : des « colosses aux pieds d’argile », sans base populaire ; de même, adhérant au PCF, j’ai vite fait le constat d’une bureaucratie pusillanime, loin de la réputation révolutionnaire qui m’avait attirée.

Finalement, l’empire soviétique, miné de l’intérieur, s’est effondré de lui-même, sans guerre avec l’Ouest, où,  de leur côté, les Partis communistes périclitaient rapidement. Chez nous, François Mitterrand, machiavélique, serra, très fort, le « redoutable » PCF dans ses bras (quelle inconscience, selon beaucoup) … jusqu’à l’étouffement. C’est alors que, pour remplacer Georges Marchais comme ennemi public n°1, surgit, très opportunément, un autre bouledogue, Jean-Marie Le Pen : « le fascisme revient, fascinant et contagieux ; serrez les rangs (derrière nous) pour l’endiguer. Avant qu’il ne soit trop tard ! »

                                  La « montée des extrêmes »                         

A la présidentielle de 2002,  Jean-Marie Le Pen, avec 17% des suffrages exprimés au 1er tour, se qualifia, à la stupeur générale, pour le second. Des trotskistes à la « droite », la classe politico-médiatique embraya sur l’émotion populaire, la « gauche » poussant carrément dans la rue des foules paniquées. Paradoxe : le peuple manifestait contre … le peuple, supposé hypnotisé par le monstre ! Une peur irrationnelle : passer de 17% à plus de … cinquante en quinze jours ? Ses 17,5% obtenus, le matamore abdiqua plus tard, au FN, en faveur de sa fille et les experts politiques d’expliquer doctement qu’au fond le rôle d’aboyeur et d’histrion satisfaisait amplement son ambition. En revanche, Marine, elle, était une femme de pouvoir, redoutable (comme Marchais ?), d’où sa diabolique tactique de … « dédiabolisation ». Alerte maximum donc : « Extrême-droite, un danger pire que jamais » (« une » de Libération du 7 avril 2022).

Le 24 avril 2022, avec seulement 41,5% au 2ème tour  de la présidentielle (23,41% au 1er), Marine Le Pen n’obtenait qu’un score piteux, après tant d’années d’activisme. Et les mêmes commentateurs, qui criaient la veille encore au fascisme imminent, d’affirmer qu’en réalité M. Le Pen ne se voit qu’en cheffe de l’opposition parlementaire. Aux deux tours des législatives de juin, le RN (ex-FN) ne recueillit que 19% puis 17,3 (57% d’abstentions), démentis cinglants à la thèse de « la montée du Front national » quasi-irrésistible, colportée de part et d’autre depuis 1982. 

Au Parti communiste aussi, dans les années 60-70, les militants étaient convaincus de la progression inexorable du parti, d’élections en élections,  jusqu’à sa victoire, qu’imaginaient également ses adversaires, effrayés (beaucoup ont même redouté une insurrection communiste en mai 68 !…). Or l’Histoire est sinueuse ; la société évolue de façon imprévue ; les générations nouvelles se distinguent des anciennes ; les partis, bousculés, se transforment pour survivre ou progresser, etc. : le PC de Fabien Roussel (de Brossat, de Dartigolles …) diffère nettement de celui Maurice Thorez comme le Rassemblement national de Marine Le Pen du Front national de son père, qu’elle a, du reste, exclu. PC et RN sont donc perçus autrement. C’est pourquoi, spectaculairement, les DOM ont voté à plus de 50% (des exprimés) pour Jean-Luc Mélenchon le 10 avril 2022 (premier tour), puis, à près de 60% pour Marine Le Pen le 24 : la vieille tactique  du « faire barrage au fascisme », fascisme hypothétique et d’un temps futur, a, cette fois, échoué, le FN-RN, autrefois rejeté comme « violent, raciste, néo-colonialiste, etc. », étant absous ou jugé moindre mal par les domiens en colère contre le pouvoir macronien, très concret.

A l’inverse de ceux des médias qui ont, l’an dernier, qualifié la candidate Meloni en Italie, d’« héritière de Mussolini » (« Giorgia Meloni, la femme qui fait trembler l’Europe », « une » du Courrier international du 22 septembre 2022), on pourrait reprendre pour Marine Le Pen les mots d’un historien du fascisme sur Madame Meloni : elle est « presque tout, sauf fasciste » (Jean-Christophe Buisson, dir.-adjoint du Figaro Magazine, dans Marianne du 27 septembre 2022). D’« extrême droite » (bien proche de l’ « extrême gauche »  souvent !) si l’on y tient, mais pas … extrémiste.

                                             « Scénarios fous »

… Par contre, on a créé de l’inquiétude chez les Français en leur parlant du « retour des années trente en Europe » (tandis qu’à Moscou, on dénonçait la résilience des « nazis » en Ukraine, comme on y stigmatisait naguère les « revanchards de Bonn »). La sensibilisation à la tyrannie agressive russe a toujours été stimulée par cette représentation courante d’une armée « rouge » invincible : aujourd’hui comme en 1950, beaucoup croyaient qu’ « en cas de guerre, l’Armée Rouge aurait vite fait d’envahir l’Europe jusqu’à Brest » (S. de Beauvoir : La force des choses, Livre de poche 1963, p. 320) ; « L’Europe a exagéré la force de la Russie » (Olga Stefanishyna, vice-Première ministre ukrainienne, Le Monde du 27 mai 2022).

… L’échec de l’offensive de la Russie et l’enlisement de son armée dans l’est de l’Ukraine devraient nous rassurer. Mais non : « On pourrait en particulier craindre que, la victoire en Ukraine devenant hors de portée, la Russie décide d’élargir le champ de bataille à quelques pays voisins en Europe. Et ce serait la troisième guerre mondiale ; la vraie première guerre thermonucléaire. L’humanité n’y survivrait pas » (Jacques Attali, legrandcontinent.eu/fr/2022/04/26 ). Tout ça pour une Ukraine qui périrait elle aussi ? Sophisme particulièrement utilisé sous Staline : plus l’ennemi s’affaiblit, plus  il devient dangereux (plus il est fort, plus il est inoffensif ?)    

Envisageant, en préalable, des frappes nucléaires « tactiques », aux effets limités, en territoire ukrainien, Attali précisait : « Un tel scénario, aussi fou soit-il, est parfaitement vraisemblable, juste avant ou juste après le 9 mai prochain, date anniversaire de la victoire de l’Armée rouge sur les armées hitlériennes. » Une prédiction fort hasardeuse, mais qu’importe : « Avec la guerre en Ukraine, la menace nucléaire s’intensifie » (L’Humanité du 14 juin 2022). Ensuite, d’autres devins ont annoncé que, le 24 août, pour le sixième mois de son « opération spéciale », Poutine assénerait un grand coup ; on attend toujours. Puis, périodiquement, l’explosion possible de la plus grande centrale nucléaire d’Europe à Zaporijjia, prise par les Russes, est revenue sur le tapis : « On est passé très près de la catastrophe » (Libération du 22 septembre 2022). Sans compter les rappels de la crise des missiles de Cuba d’octobre 1962 : « au bord du gouffre » (oui, mais jamais plus loin !) Et encore, on a fait le saut, des Caraïbes à la mer de Chine, avec la question de Taïwan, revendiquée par Pékin et, à ce titre, présentée comme le nouveau foyer du feu nucléaire. Quitte à devoir reconnaître plus tard la retenue (par réalisme et calcul) de Xi Ping dans l’affaire, ainsi que son rôle modérateur sur l’Ukraine auprès de Poutine.

                                       Le pire n’est jamais sûr

Poutine est un animal à sang froid, sans affects, impitoyable, assoiffé de pouvoir et sûr de lui. Il faut lui faire résolument barrage et rallier les opinions publiques. Mais il est caricatural de le présenter (avec, souvent, une bonne dose de sensationnel) comme un fou, furieux et tout puissant, à la bombe entre les dents. Et c’est démobilisateur, sachant qu’on devra « expliquer », dans un second temps, qu’avec la bombe, il pèse sagement (?) le pour et le contre, ou plutôt qu’il bluffe purement et simplement : « Il n’est pas exclu que le Kremlin fasse usage d’armes nucléaires tactiques … Poutine ne ferait que dévaster la terre qu’il cherche à s’approprier et mettre en danger son armée et son peuple avec les retombées radioactives … Le fait qu’il n’y ait pas eu recours montre qu’il est conscient de son caractère inepte. » (New York Times du 13 septembre 2022). Comme on lâchera, discrètement, l’info vraie sur les contacts permanents, même si secrets, entre les diplomates et les états-majors des deux côtés, ainsi qu’il est, prudemment, de règle. Alors, cataclysme mondial ou pas ? « … la menace d’une guerre nucléaire s’intensifie » maintiennent certains (L’Express du 31 juillet 2023), c’est tellement plus excitant.

Poutine et sa clique, c’est vrai, évoquent régulièrement le risque d’un conflit planétaire (provoqué par l’Ouest naturellement). Avec une désinvolture, apparente, qui surprend. Comme si, fanatisme ou fatalisme de l’ « âme slave », ils ne redoutaient aucunement la fin du monde, voire s’y étaient préparés, eux aussi, comme les « djihadistes », en recherche de martyre et de gloire.

C’est que les dirigeants russes, qui règnent par la peur chez eux (assassinats et arrestations, répression des manifestations …), voudraient faire naître l’angoisse dans les populations occidentales, perçues d’ailleurs comme amollies et veules. Susciter la crainte d’une guerre nucléaire, qui amènerait les Occidentaux à ménager la Russie et à multiplier les concessions sans besoin même, pour elle, de se battre. La dramatisation développée dans certains rangs occidentaux terrorise à l’instar de la propagande russe et va dans son sens.

Pourtant, les Russes ne lanceront pas leurs missiles nucléaires sur l’Ukraine et l’Europe. Ils en sont dissuadés par la riposte immédiate et foudroyante que leur vaudrait leur attaque. Les Russes ont déjà été surpris par la capacité de résistance des Ukrainiens et le haut niveau d’engagement des Occidentaux ; sur ce dernier point, les Ukrainiens aussi : « … avant ce conflit, j’avais déjà fait mon deuil de l’Occident … Pourtant, il s’est réveillé : la mort de l’Occident n’a pas eu lieu » (Arestovytch Oleksiy, conseiller du président Zelensky, dans desk-russie.eu/2022/05/13 ). En fait, face aux dictatures, l’Occident ne dort que d’un œil. Il est fondé sur le système de liberté le plus avancé jusqu’ici, qui offre des chances à chaque tendance politique et que, dans lequel, toutes ont donc intérêt à s’inscrire. D’autre part, côté positif du tarissement idéologique actuel, l’époque n’est plus, en Occident, aux grands emballements et aux grands affrontements internes. Alors que les divers autres régimes  campent sur des volcans, à la merci des conspirations et des guerres civiles, des haines et des fanatismes.

Il se déroule dans ces régimes assez d’évènements tragiques dans le présent, pour échafauder, en totale indécence, par froideur intellectuelle ou pour l’adrénaline, des scénarios d’anticipation apocalyptiques – relativisant les horreurs actuelles, et, qui plus est, invraisemblables.  L’avenir ne sera pas radieux ni, nécessairement, un enfer.

Guy  Barbier

Réponses à André et Guy

Les deux premières contributions à cette réflexion sur la démocratie libérale et à la meilleure manière de la défendre sont importantes.

André rappelle avec raison que les défenseurs, ou les promoteurs de la démocratie doivent, avec les autres démocrates, chercher les meilleures solutions  aux problèmes posés dans le cadre qui leur est commun et d’abord dans le respect de la Constitution.

Le premier  problème est qu’on n’a jamais pu éliminer les ambitions personnelles, la volonté d’éliminer ou en tout cas de surpasser un  rival en célébrité. Le pouvoir fascine et  peut conduire à  s’opposer justement, à un concurrent plutôt qu’à collaborer avec lui tout en étant en désaccord.

Le second problème – hommage du vice à la vertu – est que même des adversaires de la démocratie libérale se font passer pour des démocrates. Mieux : pour des démocrates plus vrais, plus authentiques  que les autres.  En conséquence, ils peuvent s’opposer à d’autres démocrates parce qu’ils sont en fait des adversaires de la démocratie libérale. Les  députés de La France Insoumise par exemple s’opposeront à d’autres démocrates par haine de la démocratie libérale qu’ils jugent une fausse démocratie. Nous mêmes, ne devons-nous pas alors nous opposer à ces gens qui méprisent le parlementarisme et déplacent le centre de gravité de la scène où se joue la vie politique  démocratique, dans la rue ? Problème compliqué, on le voit : bien qu’au sein des institutions démocratiques, les démocrates libéraux ne doivent-ils pas s’opposer à ceux qui veulent dépasser ou renverser le système actuel? Le problème est encore plus compliqué lorsque des opposants au « système » se présentent en défenseurs de la démocratie libérale afin d’être mieux acceptés. Leur objectif de « dédiabolisation » appelle une conduite apparemment acceptable et, peut-être soucieuse en fait, de gagner les voix nécessaires pour gouverner selon des principes et des valeurs bien éloignées de la démocratie libérale.

Le texte de Guy Barbier est également un rappel à suivre une ligne de conduite raisonnable. Le pire n’est jamais certain en effet. La dramatisation est de rigueur chez les militants . C’est une arme, en tout cas un appel à la mobilisation.

Le problème est que l’on ne sait jamais… On ne sait pas si le  « collègue » et adversaire politique n’est pas en fait un opposant et si oui qu’elle attitude avoir envers lui.

On ne sait pas davantage si l’improbable ne peut pas advenir. On a ici et là pensé en 1933 que les nazis ne parviendraient pas au pouvoir et presque 90 ans plus tard, j’en connais qui ne pensaient pas que Poutine attaquerait l’Ukraine. Mais dans les deux cas le pire est arrivé.  Sans doute, il faut ne pas jouer les Cassandre. Sans doute, il ne faut pas agiter d’épouvantails. Mais parfois, Cassandre a raison…Et le rappel aux bons principes et à la sagesse  individuelle est moins utile qu’on pourrait l’espérer.

Pierre Rigoulot

Trump : épouvantail  ou  adversaire ?

Le texte de Jean Francart est de ceux que vise directement  Guy Barbier : le style Cassandre y triomphe. Le pire est le plus probable et diverses forces s’organisent pour qu’il advienne. On comprend qu’il s’agit de nous sortir de notre insouciance estivale. Mais les arguments avancés sont bien discutables.

Premièrement, il n’est pas besoin d’ imaginer un « dispositif ». Les Etats totalitaires sont là. Ils s’opposent aux démocraties et craignent pour leur survie autant qu’ils veulent nuire aux démocraties. La guerre d’Ukraine est aussi une guerre d’émancipation de la sphère totalitaire.  C’est pourquoi nous soutenons les Ukrainiens. Le monde occidental, le monde des démocraties libérales, est menacé mais il menace aussi le monde totalitaire en particulier par son attractivité. Poutine est par là lui-même menacé et l’avenir du totalitarisme russe incertain.

Deuxièmement, les appuis africains saoudiens ou iraniens à Poutine ne permettent pas de parler de « bloc ». La haine commune des démocraties occidentales n’empêche pas les fanatiques chiites au pouvoir d’être contestés chez eux et de contester la « russian and chinese way of life ». L’avenir de leurs relations avec les anciennes puissances communistes est loin d’être assuré à long terme.

Troisièmement, et c’est là le fil directeur du texte de Jean Francart, l’affirmation du caractère totalitaire des projets de Donald Trump laisse l’observateur quelque peu perplexe. L’Amérique de Trump pourrait-elle être celle d’un parti unique, de la soumission obligatoire à une idéologie et celle d’une économie étatisée ou encadrée par l’Etat? Trump s’en prendrait-il aux démocraties de l’Europe occidentale ? L’avenir totalitaire des Etats-Unis est un fantasme angoissant, sans doute, mais un fantasme dont la réalisation est peu concevable.

Reste cependant  – et Jean Francart nous y invite vivement avec raison – à comprendre les liens de Trump avec la Russie et ce qu’ils peuvent avoir comme conséquences politiques. Le rejet au sein d’une partie des extrêmes- droites occidentales d’une Union européenne visant à dépasser  peu à peu la souveraineté nationale, se traduit par un refus de soutenir l’Ukraine. Les mêmes motivations ne pourraient-elles pas animer leur favori américain  Donald Trump? Une raison de plus de suivre de près la campagne d’un éventuel candidat qui prétend régler la question ukrainienne en 24 heures.

Pierre Rigoulot

Ne pas minimiser

La réponse de Pierre Rigoulot se caractérise par le fait de minimiser les évolutions intervenues et de minimiser aussi les menaces qui pèsent sur nos pays démocratiques. Il est pourtant devenu banal de voir la presse de nos pays démocratiques constater (pour le regretter) que la démocratie est depuis plusieurs années en recul sur la planète.

Procédons ici à une énumération très incomplète : certains pays restent démocratiques mais renoncent à l’état de droit (Pologne, Hongrie, Turquie, Israël) ; d’autres pays qui étaient démocratiques basculent dans la dictature (Tunisie, Ethiopie, Mali, Centrafrique, Niger…) ;  deux pays, la Birmanie et la Syrie, ont durci leur dictature tout en se subordonnant à la Chine et à la Russie ; Pékin a contraint par la force la population de Hong Kong (pourtant massivement prodémocratie) à se soumettre à son régime totalitaire ; l’Afghanistan est retombé sous l’emprise d’un régime totalitaire théocratique, celui des Talibans ; deux grandes dictatures s’avèrent désormais s’être transformées en régimes totalitaires, la Russie du KGB et l’Iran des Ayatollahs ; la Chine, le plus ancien, le plus achevé et le plus puissant des régimes totalitaires, rivalise à parité avec les Etats-Unis en termes de puissance géopolitique ; on a vu les Etats-Unis subir (le 6 janvier 2021 et pour la première fois de leur histoire) une sérieuse tentative de coup d’état sans que s’enclenche un puissant mouvement de protestation. L’auteur ? un certain Donald Trump, celui qui célèbre régulièrement Poutine, qui accepte de rencontrer Kim Jing Un et qui, ni avant ni après le 6 janvier, n’a jamais exprimé une seule fois publiquement un quelconque attachement à la démocratie…

Pierre me reproche de privilégier « le scénario du pire ». Je lui réponds que son attitude l’amène à fermer les yeux sur la lourde tendance internationale qui prévaut depuis plus de vingt ans, celle du recul de la démocratie et de la montée des régimes antidémocratiques sous la houlette d’un bloc de quatre pays totalitaires (la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du nord).

En la matière, je pèse mes mots et je cherche à distinguer soigneusement les dictatures ordinaires des vrais régimes totalitaires, Je n’ai en particulier jamais affirmé que l’Arabie Saoudite était un régime totalitaire, encore moins qu’elle aurait intégré le bloc des régimes totalitaires. Ce que je pointe, c’est l’activisme agressif que déploie ce bloc pour soustraire de nombreux pays à l’influence des pays démocratiques, pour faire reculer la démocratie partout dans le monde et pour faire triompher in fine le modèle totalitaire à l’échelle mondiale.

En quoi serais-je donc excessif ? entre 1980 et 2000, nos pays démocratiques eux-mêmes ont aussi déployé beaucoup d’énergie pour étendre notre modèle démocratique à l’échelle mondiale. Depuis 2000, deux grandes organisations totalitaires se sont regimbées sans le faire savoir : le PCC en Chine et le KGB en Russie ; depuis 2005 (Instauration de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine)), elles se sont même alliées pour, à leur tour, défendre et propager leur propre modèle, le sinistre modèle totalitaire. Une alliance qu’ils ont rendue officielle et publique tardivement avec leur long communiqué commun le 5 février 2022, juste avant l’invasion de l’Ukraine.

Mon analyse n’a donc rien de paranoïaque. Elle vise la lucidité et elle renonce à l’autocensure.

Aujourd’hui nos pays démocratiques sont hélas sur la défensive ; c’est bien pourquoi, plus que jamais, ils doivent s’unir et se soutenir mutuellement pour faire face au bloc des quatre régimes totalitaires. Il s’agit aussi de contrer leur stratégie conjointe qui est beaucoup plus construite qu’il n’est généralement admis ; en la matière, il ne faudra jamais oublier la capacité qu’a montrée le KGB à jouer « son pion Trump » pour nuire à la démocratie aux Etats Unis eux-mêmes ou la perversité qu’a manifestée le PCC au cours de la pandémie Covid.

Jean Francart

19 août 2023

Ni parano ni minimisation

Je ne minimise pas les dangers de la situation actuelle. Je ne veux simplement pas qu’on laisse entendre qu’on va de toute nécessité à la catastrophe. Je n’ai pas pour autant parlé de paranoïa. J’ai dit seulement refuser un discours du même type que celui de Cassandre, laquelle annonçait des catastrophes qui survenaient  inéluctablement.

Je n’irai pas plus loin dans cette polémique. L’avenir nous dira-t-il  qui a raison ? Même pas : tant de facteurs nouveaux et inattendus peuvent jouer ! Il y a mieux à faire, pour défendre la démocratie libérale, tant en France qu’ailleurs, que théoriser ce qui est sans doute surtout la manifestation de différences psychologiques ayant toutes deux des avantages…et des inconvénients !

Pierre Rigoulot

24 août  2023

31 Juil 2023


Alain Besançon (1932-2023)

Alain Besançon  vient de mourir. Il avait 91 ans. Il fut, comme tant d’autres de ses amis (Annie et Arthur Kriegel, Emmanuel Le Roy Ladurie par exemple) membre du Parti communiste dans sa jeunesse. Professeur de lycée à Montpellier, Tunis et Neuilly, il fut ensuite attaché de recherches au CNRS et intégra l’EHESS où il devint directeur d’études à partir de 1977.  Il enseigna aussi aux Etats-Unis, notamment à Columbia, à la Hoover institution de Stanford, haut lieu des archives du communisme, puis à Princeton. En 1987, Alain Besançon publia des  mémoires sous le titre Une génération où il raconte qu’il décida « d’explorer l’histoire de la Russie et de l’URSS afin de mieux comprendre ce qui lui était arrivé ». Il avait en effet rompu avec le communisme en 1956, mais était fasciné par les mécanismes affectifs et intellectuels par lesquels cette conception du monde s’auto-justifiait. Selon lui, le totalitarisme léniniste était une forme de gnose qui n’était pas sans rappeler le marcionisme, lequel exaltait le Dieu d’amour du Nouveau testament et dans le même temps rejetait le Dieu de la Loi, celui de l’Ancien testament. Cet examen, selon Besançon, devait « conserver son sens judiciaire » et aboutir à un jugement. Ce procès de l’histoire russe était à ses yeux une « cause capitale entre toutes ».

Ami de Branko Lazitch, qui animait la revue Est & Ouest, ancêtre des Cahiers d’histoire sociale et d’Histoire & Liberté, Alain Besançon fréquentait l’Institut d’Histoire sociale, participant en particulier à nombre de ses colloques où il nous associait avec clarté et force de conviction le Mal aux pratiques soviétiques et à l’idée même du communisme.

Membre du Conseil de rédaction de la revue Commentaire depuis 1986, Alain Besançon. fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1999.

On relira avec grand profit ses oeuvres, notamment Le Tsarévitch immolé (1967), le Court traité de soviétologie à l’usage des autorités civiles, militaires et religieuses (1976), préfacé par Raymond Aron, Les Origines intellectuelles du léninisme (1977), Présent soviétique et passé russe (1980), La Falsification du bien, Soloviev et Orwell, (1985), Le Malheur du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, (1998), Sainte Russie, (2012).

Tous ses anciens étudiants, devenus souvent ses amis, pleurent sa disparition et adressent à son épouse, Maria, toutes leurs condoléances.

Pour les Amis d’Histoire & Liberté,

Pierre Rigoulot

Alain Besançon était une des personnes que je respectais le plus. « Les origines intellectuelles du léninisme » réduit ce dernier en cendres. Bien que non économiste il est à ma connaissance le premier à avoir mis en lumière l’imposture absolue qu’était la « brillante réussite économique » de l’URSS ( dans Anatomie d’un spectre, économie politique du socialisme réel que j’ajoute à la liste des oeuvres retenues par Pierre). Une surréalité construite en chiffres falsifiés, en mots, en théâtre et en images, surréalité qui, à l’époque, et encore longtemps après, trompait presque tout le monde, de gauche, comme de droite, surtout parmi les plus instruits dont la majorité des économistes les plus brillants de la planète ! En plus, un homme très humain, doté d’un sens psychologique aigu, à l’humour fin et capable d’autodérision 

Larme sincère.

Pierre Druez

J’éprouve un grand respect pour ce très bel esprit

André Senik

Un représentant authentique de l’intelligentsia en France, avec une érudition et un humour qui faisaient de lui un interlocuteur délicieux et de haut vol.

Nicolas Miletitch

C’est une grande tristesse pour moi. J’avais lu un livre de lui qui était très décapant sur le léninisme et sur l’univers soviétique. Cela m’avait bien dessillé les yeux. J’avais toujours espéré avoir l’occasion de le rencontrer. Trop tard hélas trop tard.

Antoine Brunet

12 Juil 2023


La crise la plus grave : pénuries de modestie et d’aptitude au compromis                                                                      

On entend ici et là regretter l’absence de culture du compromis en France. Certains familles politiques y sont plus disposées. D’autres moins. On a pu s’en rendre compte en écoutant Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Ecologie les Verts, dans une interview récente, s’indigner de ce que M. Darmanin ait pu s’interroger publiquement sur l’opportunité pour l’Etat de subventionner une association – en l’occurrence la Ligue des Droits de l’Homme – qui semblait s’acharner contre son généreux donateur, l’Etat, en mettant en cause son « usage immodéré et indiscriminé de la force » contre les manifestants de Sainte-Soline..                                                                                                            

D’aucuns ont trouvé que la réaction de M. Darmanin manquait d’élégance. On  pourra trouver aussi que celle de la Ligue ne manque pas de toupet et qu’élégance pour élégance, elle aurait pu déclarer qu’elle refusait désormais de recevoir le moindre argent d’une source aussi peu honorable. Mais la Ligue est comme tout le monde. Elle a ses faiblesses, ce que semble ignorer Marine Tondelier qui, pour faire honte à M. Darmanin, lui rappelait que la  LDH était née au moment de l’affaire Dreyfus, pour défendre le célèbre capitaine injustement attaqué par tout ce que la France comptait de nationalistes chauvins et d’antisémites. Manière, sans avoir l’air d’y toucher, de suggérer de quel côté se trouvait M. Darmanin. L’attaque était un rien perfide et bien loin d’inciter au compromis. Il eut fallu pour faire preuve d’esprit de conciliation, admettre que la Ligue des droits de l’homme n’avait pas seulement tourné des pages glorieuses tout au long de son histoire, plus que centenaire. Mme Tondelier le savait-elle ? La Ligue a accepté la condamnation à mort de Zinoviev et Kamenev et de 14 autres inculpés en 1936 à Moscou, à la suite d’un « grand » procès entièrement fabriqué par le pouvoir soviétique. Raymond Rosennmark, son conseil juridique, voyait dans ce jugement « presque (sic) l’expression de la justice même »… Les coupables n’avaient-ils d’ailleurs pas avoué ? Le Président de la Ligue, Victor Basch, qui devait être odieusement assassiné avec sa femme par la Milice en janvier 1944, avait lui-même admiré « l’ordonnance, la conscience, le talent » avec lesquels l’avocat avait présenté son rapport.

Connaître ou reconnaître l’aveuglement d’au moins une grande partie de la Ligue devant une des horreurs staliniennes les plus célèbres – celle des « Grands procès de Moscou » – aurait pu inciter à plus de modestie de la part de Marine Tondelier, et à moins de réactions hostiles face aux interrogations du Ministre. Et peut-être rendre possible le dialogue et le compromis entre forces politiques.  Quand cesserons nous de nous croire mener la lutte du Bien contre le Mal ? Quand retrouverons nous le sens du débat politique dans notre pays?

Pierre Rigoulot

15 Avr 2023


Plusieurs parmi nous sont accablés par les dernières déclarations du Président de la République et la « distance » qu’il semble appeler de ses voeux à l’égard des Etats-Unis. Beaucoup d’autres s’en inquiètent, tant pour des raisons conjoncturelles que pour des raisons de fond. Nous publions une première réaction, celle de notre ami André Senik, et appelons nos lecteurs à faire part de leur analyse des prises de positions du président.

H&L

Face aux ambitions mondialement conquérantes de l’empire néo-communiste chinois, l’Europe démocratique n’est pas moins menacée ni menacée autrement que les États Unis.

Il serait stupide et suicidaire pour l’Europe démocratique de jouer la carte du flic gentil face à l’ennemi mondial numéro 1 de la liberté des peuples et des individus.

Sans le soutien tous azimuts des États-Unis d’Amérique aucun pays démocratique ne pourra se défendre.

Ni l’Europe ni Israël, ni la Corée ni le Japon, et j’en passe.

L’alliance sans fissure des démocraties avec les États Unis d’aujourd’hui face à la Chine n’implique aucun renoncement à leur souveraineté. Mais L’autonomie de l’Europe doit viser avant tout à renforcer le front des démocraties dans le rapport de forces face à la Chine néo-maoïste de XI et à la Russie néo-tsariste et stalinienne.

De ce rapport de forces entre les deux mondes dépend notre avenir commun

En temps de guerre mondiale toute division du front est mortelle.

André Senik

Ma première réaction est de partager le point de vue d’André, mais j’ai la faiblesse de croire Emmanuel Macron atlantiste et favorable à l’alliance la plus étroite avec les Américains. Je m’interroge donc sur la signification de ses prises de position à son retour de Pékin. L’obsession salutaire de Macron, c’est l’Europe qu’il veut bâtir comme une puissance souveraine – qu’elle n’est pas aujourd’hui. En laissant entendre qu’il n’est pas favorable à un vécu partagé des crises politico-militaires de la même façon que le ressentent les Etats-Unis, il fait habilement de l’Europe un objet de pression voire de séduction pour la Chine. En laissant espérer à Xi un hiatus, une coupure, un décrochage de l’Europe avec les Etats-Unis, Macron l’incite à donner à l’Europe une importance que cette dernière a bien du mal à se faire reconnaître dans le monde. Xi se laissera-t-il manipuler? A voir…

Et le Président Macron sait, évidemment, qu’au-delà de la lutte pour l’Europe, il y a la lutte pour la démocratie dans laquelle Etats-unis et Europe sont alliés – la seconde étant même largement dépendantes des premiers.

Reste que certains des termes employés par Emmanuel Macron ne sont pas appropriés. Évoquer « des crises qui ne sont pas les siennes », sème le doute quant à l’engagement de principe de la France à défendre la démocratie partout dans le monde. S’il y a menace contre la démocratie  et a fortiori s’il y a crise, il s’agit d’une menace contre nous et d’une crise qui est nôtre, tout en sachant de surcroît, comme le rappelle André, que seuls les Etats-unis pourront y faire face.

Pierre Rigoulot

Quelle attitude face au bloc des pays totalitaires ?

Depuis très longtemps, je redoutais une configuration dans laquelle l’Axe Eurasiatique totalitaire (Pékin/Moscou) se permettrait d’attaquer simultanément deux pays démocratiques qui lui seraient limitrophes et dans laquelle les Etats-Unis et leurs alliés auraient à tenir deux fronts militaires très distants l’un de l’autre. Après l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine et avec les manœuvres de l’armée chinoise autour de Taïwan, on se rapproche de cette dangereuse configuration, une configuration qui mettrait à redoutable épreuve les forces des pays démocratiques.

Si l’on excepte les deux années (d’août 1939 à juin 1941) où l’Empire britannique se retrouva seul face à l’axe germano-soviétique, les pays démocratiques n’ont jamais été soumis à une menace géopolitique et militaire aussi intense de la part des régimes totalitaires. En réalité, l’histoire mord la nuque de nos pays démocratiques.

Et c’est à ce moment qu’à Pékin, Emmanuel Macron a choisi de prendre publiquement quelques distances avec les Etats-Unis et leurs alliés. Il semble n’avoir pas bien compris la gravité de la configuration internationale actuelle.

En tout cas, son horizon temporel paraît très inapproprié : en matière de politique étrangère, le principal horizon de ses décisions semble se situer à 2030 ou à 2035, un horizon en direction duquel il se propose d’amorcer des projets très ambitieux tels qu’une nouvelle architecture de sécurité européenne, une autonomie de défense de l’Union européenne entre Pékin et Washington ou encore le rejet de toute confrontation bloc contre bloc.

Autant de projets à très long terme qui paraissent bien dérisoires au moment où, profitant de la fixation des Etats-Unis en Ukraine, la Chine ne cache plus son intention d’envahir Taïwan à court terme. Le moment n’est pas à rêver à des projets fantasmatiques. Il est au contraire à serrer les rangs des pays démocratiques autour des Etats-Unis, le seul pays démocratique disposant actuellement de la capacité militaire qui est indispensable à faire face aux agressions, présentes et prévisibles, de l’axe Eurasiatique.

Après les communiqués qu’ont émis conjointement Pékin et Moscou (le 4 février 2022 à Pékin puis le 16 mars 2023 à Moscou), il est désormais avéré que les Etats totalitaires ont constitué un bloc qui est homogène et solide (Pékin, Moscou et aussi Téhéran, Pyongyang et Minsk). Leur détestation conjointe de nos pays démocratiques provient de ce que, à notre insu, nous donnons à leurs populations la preuve que démocratie et prospérité sont compatibles. C’est à l’évidence pour cette raison qu’ils ne cessent de dénigrer notre modèle démocratique et qu’ils s’assignent même en réalité d’éradiquer la démocratie de la planète.

Ce n’est donc certainement pas le moment de séparer la France des autres pays démocratiques. Ce n’est pas non plus le moment de faire de l’angélisme en prêchant qu’il faudrait « rejeter la logique des blocs ». Les Etats totalitaires ont décidé de former un bloc pour nous imposer leurs redoutables intentions. Il revient à nos pays démocratiques d’en tirer la conclusion qui s’impose.

Jean Francart

13  avril 2023

Je suis éberlué : il semble que Macron ne comprenne tout simplement pas à qui il à faire, il semble ignorer autant la nature du régime chinois que celle du régime poutinien, de même qu’il paraît être d’une naïveté tragi-comique quant au mode de fonctionnement mental de ces dirigeants et quant à leurs objectifs ! Il semble raisonner en termes d’alliances de puissances indépendamment des systèmes politiques et des antagonismes fondamentaux entre démocraties sociales-libérales et Etats totalitaires ! Justement la vision que Poutine et Xi cherchent à imposer au reste du monde !

A moins que, très petitement, il n’accorde plus d’importance aux intérêts commerciaux à courte vue de la France (et de l’Europe) qu’à défendre résolument et solidairement notre liberté et celle des autres, nos valeurs et nos principes de base, tout ce sur quoi est fondée notre civilisation ? J’aurais du mal à le croire.  

A moins qu’il n’entende rallier ou apprivoiser quelque peu la partie de l’opinion française et européenne se vautrant toujours avec délice dans l’antiaméricanisme systématique ? Ce serait aussi « petit ».

En tout cas, au moment où, plus que jamais, l’Occident devrait être soudé et manifester une unité en béton, il fissure à nouveau l’Alliance et encourage Xi à poursuivre allègrement ses projets expansionnistes.

On se pince ! 

Pierre Druez

Belles âmes : danger                                                                 

Le covid à qui je viens de donner l’hospitalité suffisait amplement à souligner mon isolement. La dénonciation vigoureuse et quasiment unanime des prises de position publiques d’Emmanuel Macron sur Taïwan par mes amis politiques les plus proches a accru cette solitude au point  que je souhaite m’expliquer.                                          

L’armée française ne compte pas dans la défense de Taïwan. Seuls les Etats-Unis ont le pouvoir de retarder l’échéance d’une attaque chinoise voire de l’ajourner sine die dans la meilleure hypothèse. Et l’armée américaine n’est pas entravée par les déclarations volontairement ambiguës du Président français. Les reproches qui sont faits à Emmanuel Macron sont de créer des lézardes dans l’unité occidentale ou plutôt, car il faut être précis, dans les déclarations, dans l’affichage idéologique des démocraties. Comme ce qui compte, c’est la détermination américaine à maintenir le statu quo par sa présence militaire dans la région, et elle seule, la position du président français n’a sur le plan de la défense de Taïwan, qu’une très faible importance. 

Il me semble qu’en revanche, elle ait de possibles (possibles, pas certaines) conséquences positives que mes amis ne prennent pas en compte. Sans doute mon argumentation consiste à approuver une diplomatie complexe, voire « tordue ». Mais nous ne sommes pas des moralistes ni de preux chevaliers défenseurs du monde démocratique. Nous avons un adversaire et même des adversaires redoutables qui, favorables au totalitarisme et à divers formes d’autocratie, ont en commun leur hostilité aux démocraties libérales.

Nous une sommes pas là pour agiter en toute occasion le drapeau de la démocratie mais pour l’aider à résister au danger totalitaire. Emmanuel Macron, que je crois favorable à cette ligne, pense que l’existence d’une Europe forte et souveraine serait une bonne chose et pour l’Amérique, entourée actuellement de nains militaires et politiques, et pour la démocratie dans son ensemble.

Cette position européaonophile n’ouvre pas seulement des perspectives favorables aux Etats-Unis, qui ont besoin d’alliés forts mais aussi à l’avenir des démocraties. Mieux encore : en laissant entendre qu’il n’est pas favorable à un vécu partagé des crises politico-militaires de la même façon que les ressentent les Etats-Unis, le président français  fait de l’Europe un objet de pression, voire de séduction pour la Chine. Même si c’est un leurre, en laissant espérer à Xi un hiatus, une coupure, un décrochage de l’Europe avec les Etats-Unis, Macron l’incite à donner à l’Europe une importance que cette dernière a bien du mal à se faire reconnaître dans le monde. Xi se laissera-t-il manipuler? A voir…Mais faut-il toujours rappeler le soutien à ses principes ou faire en sorte qu’ils soient effectivement renforcés?  Le temps des chevaliers est terminé. Celui de Machiavel ne l’est pas.

Pierre Rigoulot

11 Avr 2023


L’Ifop a mené une enquête auprès des Français pour le journal L’Humanité. Il en ressort qu’un peu plus du quart des plus jeunes Français et des plus pauvres  voient le communisme « comme une idée d’avenir ». Voilà qui prouve, selon notre ami André Senik « qu’en dépit des connaissances désormais indiscutables sur les crimes liés à ce mot, le communisme n’a pas connu le sort du mot nazisme ».

La revue en ligne Atlantico a demandé à André Senik de commenter ces résultats.  Nous publions de larges extraits de son interview mais renvoyons nos lecteurs à Atlantico pour en prendre constance dans sa totalité. 

Atlantico : Comment expliquer la popularité du communisme chez les jeunes ? 

André Senik : La tentation communiste chez les jeunes s’explique par le désir juvénile et simpliste de refaire le monde en faisant table rase par la violence du monde existant. La radicalité, le manichéisme et le fantasme de la toute-puissance immédiate sont des pathologies qui touchent plus de monde chez les jeunes que chez leur aînés.

On doit comprendre cette tentation totalitaire, et on doit surtout s’en protéger

Est-ce le même mouvement qui conduit à un regain de popularité du PCF et de son chef ?

André Senik : Le récent et très relatif regain de popularité du chef du PCF s’explique par son look cool et par sa liberté de parole, qui sont rafraichissants comparés à la logorrhée incantatoire et irascible de Mélenchon. Mais ce style néo-communiste n’implique aucune dénonciation des crimes qui ont révélé la vraie nature du communisme.

Que nous apprend « l’univers évocatoire du communisme » sur la vision que nous avons, en France, de cette idéologie ?

André Senik : La France n’a pas subi la réalité du communisme. Beaucoup de Français confondent encore l’idéal généreux qui fut celui des communistes de base chez nous (la fraternité et l’égalité réalisées), avec le programme totalitaire du communisme programmé par Marx et mis en pratique par ses héritiers partout et toujours. Bien des gens ici croient encore que le communisme de Marx a été trahi et n’a jamais été mis en pratique. 

La lutte des classes s’affirme comme un concept encore largement populaire : 83% estiment qu’elle est toujours une réalité, et même 78% des proches de Renaissance. Pourquoi ce concept est-il toujours si populaire ?

André Senik : L’on confond la dimension conflictuelle qui est présente dans tous les rapports sociaux, avec le schéma marxiste qui réduit tous les rapports sociaux à un antagonisme irréductible. Cette vision manichéenne transforme la société pluraliste fondée sur la recherche de compromis mutuellement bénéfiques en théâtre de la guerre civile généralisée : les femmes contre les hommes ; les homosexuels contre les hétérosexuels, les classes populaires contre les élites, les non Blancs contre les Blancs, et ainsi de suite.

PS Vous pouvez retrouver la totalité de l’interview grâce au  lien suivant : https://atlantico.fr/article/decryptage/le-communisme-une-idee-d-avenir-pour-29percent-des-18-30-ans-mais-qui-sont-les-responsables-de-ce-naufrage-politique-ideologie-jeunes-militants-avenir-espoir-futur-andre-senik

10 Avr 2023


Pourquoi la France doit adopter les enfants de parents djihadistes venus de France

Certes, ces enfants ne sont pas nos enfants.

Ils sont les enfants de parents qui ont choisi de faire la guerre à la France et dont certains sont « morts contre la France ».

La France se doit d’adopter ces enfants parce qu’ils sont innocents de leur histoire, et parce que nul autre pays que la France dont leurs parents sont originaires ne leur offrira un avenir auquel ils ont humainement droit .

Pour ces deux raisons, la France se doit de les adopter et de les intégrer, mais sans se cacher à elle-même et sans leur cacher non plus, qu’ils sont les enfants de parents djihadistes anti-français.

On sait que dans les adoptions, dire toute la vérité est une condition nécessaire et utile à toutes les parties concernées.

Il faut dire à ces enfants qu’ils ne sont pas responsables des crimes de leurs parents, et qu’il leur faudra se construire, ou parfois se reconstruire, en connaissance de cause.

C’est pourquoi la France se doit de les adopter sans prétendre qu’ils sont nos enfants de par leur naissance.

Ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir des grands parents français sont nos petits-enfants.

L’adoption est toujours une aventure comportant des risques. Dans le cas de ces enfants, la France doit courir ces risques en connaissance de cause et en se donnant les moyens de leur intégration.

André Senik

14 Déc 2022


Ocean Viking

Dans un entretien au journal Le Point, Gérard Collomb vient de dévoiler que la raison profonde de sa démission du ministère de l’intérieur en octobre 2018 tient à son désaccord avec Emmanuel Macron sur la politique migratoire : « Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking », qui « ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent ». Ainsi « on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air ».

Il constate que « une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger ».

Il considère surtout que le laxisme fait le jeu de l’extrême droite et précise que s’il n’a rien dit avant les présidentielles, c’est pour éviter la victoire de Mme Le Pen.

N’en déplaise aux bonnes âmes, aucune école, aucune philosophie, aucun vœu pieux, ne viendra à bout du problème. La Bien-Pensance, quelle qu’en soit les mérites, fait le lit de ce qu’il est convenu d’appeler désormais « le populisme » (on a renoncé au terme « fascisme » qui semble vieillir). Au risque de ne pas être publié, même dans Histoire et Liberté, je m’évertue à l’écrire depuis des années. Il est vrai que Ocean Viking est un nom parfaitement choisi en termes de marketing. Le basculement de la Suède est prémonitoire. Tous les pays d’Europe sont concernés.

Il me semble en outre que reporter la responsabilité sur l’Italie est une manière peu glorieuse de botter en touches une nouvelle fois, et de ne pas affronter la réalité.

Puisse Gérard Collomb avoir plus de poids qu’un simple pékin. 

JL Carillon, le 13/11/2022

Nous publions ci-dessous de larges extraits de l’entretien accordé au Point par l’ancien Ministre de l’intérieur auquel fait référence notre ami Carillon en espérant qu’un débat éclairant en naîtra parmi les lecteurs de notre blog.

H&L

« Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking »,  explique l’ancien maire socialiste de Lyon, « Il y a quatre ans, les problèmes migratoires étaient déjà extrêmement importants. La Commission européenne avait lancé l’idée de centres contrôlés pour accueillir les migrants. Peu après, les chefs d’État, réunis spécialement pour traiter les problèmes migratoires, reprennent ce projet, Emmanuel Macron s’y montrant l’un des plus favorables »  Ce dernier avait demandé au préfet de l’époque, Pierre Dartout, d’y travailler. Gérard Collomb, alors Ministre de l’intérieur, y était très favorable, sachant qu’une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger, tant les accords de Dublin entre pays européens sont peu respectés.

Le Point poursuit : « Gérard Collomb explique, en outre, qu’au moment de manifester son désaccord au chef de l’État, il doit participer à la commémoration de l’assassinat terroriste de deux jeunes filles à la gare Saint Charles de Marseille, tuées un an plus tôt par un djihadiste présent clandestinement sur le sol. « L’auteur, un Tunisien en situation irrégulière, aurait dû être placé la veille en centre de rétention administrative à Lyon pour être expulsé. Il ne l’a pas été, et il a pris le lendemain le train pour Marseille où il commettra ce crime. Je pense alors : “Je ne veux plus que cela se reproduise“ » explique l’ancien ministre. (…)

À en croire Gérard Collomb, la vraie raison de son départ serait donc d’abord la politique migratoire, même s’il confesse avoir longtemps voulu taire cet aspect : “Si j’avais dit cela à l’époque, j’aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m’étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C’est pourquoi je me suis tu“ expose-t-il.

C’est l’accueil de l’Ocean Viking – en complet revirement de la décision de ne pas accueillir l’Aquarius quatre ans auparavant – qui lui dicterait aujourd’hui de changer d’avis : cette décision “ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent“, déplore Gérard Collomb. Selon lui, sous des faux airs humanitaires, en prenant cette décision “on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air“.

L’ancien ministre de l’Intérieur s’en prend ensuite aux proches du chef de l’État qui invitent l’exécutif à renoncer à sa politique de fermeté sur l’immigration, souhaitée pourtant par son successeur Gérald Darmanin. Mais aussi aux tenants d’une politique d’accueil généreuse, qui constitue à ses yeux une promesse qui n’est jamais tenue : “On voit aujourd’hui que dans nos grandes agglomérations, ils finissent sous des tentes, sous des ponts, dans des camps de fortune. À Lyon, le problème devient si aigu qu’après avoir dit “Welcome le monde“, les élus écologistes se retrouvent débordés, comme vient de le reconnaître lors du dernier conseil municipal l’adjointe en charge de ce dossier ».

Citant d’autres hommes politiques de gauche (François Pupponi, l’ex-maire de Sarcelles, et Julien Dray) qui en sont venus au même constat que lui, Gérard Collomb invite donc le gouvernement à prendre des mesures fortes, comme au Danemark, pour éviter l’avènement au pouvoir de partis d’extrême droite : « regardez le résultat » en Suède, s’exclame-t-il.

25 Nov 2022


Quelques remarques sur l’offensive lancée contre le gouvernement à propos d’un horrible assassinat

La femme qui a bestialement assassiné une fille de 12 ans qui ne lui avait rien fait est une folle de chez folle. Ce n’est pas une excuse, c’est juste une donnée factuelle. Il faudra donc la juger et la punir dès qu’elle sera en mesure d’être mentalement présente à son procès. Personne n’envisage de la libérer pour folie

Elle n’a pas tué en tant qu’Algérienne

Elle n’a pas tué une Française parce que française

Le terme de « francocide » lancé par Zemmour pour qualifier ce crime n’est donc qu’une absurdité xénophobe.

L’ordre d’expulsion de cette femme était sans rapport avec sa dangerosité

Son crime n’a donc rien à voir avec sa non reconduction aux frontières en temps voulu

Elle aurait pu accomplir ce crime avant d’être expulsable.

Le but de l’accusation lancée contre la macronie par le RN, Zemmour et une partie de LR, est de rejeter en bloc l’immigration comme criminogène, afin de rester entre gens civilisés.

Or la France a besoin d’une immigration, à la double condition que celle-ci soit sélective (utile aux deux parties) et qu’elle soit accompagnée d’une ferme politique d’intégration sociale et culturelle.

André Senik

J’ai trouvé très bien, limpides, concises et percutantes les remarques d’André Sénik (19 octobre) à propos de l’horrible assassinat de la petite Lola : acte de démence et non « francocide » (Zemmour), que la meurtrière aurait pu commettre n’importe où, Algérie comprise, et, ici, avant son arrêté d’expulsion du territoire ; acte insensé et particulièrement barbare, honteusement instrumentalisé par Eric Zemmour et quelques autres pour stigmatiser, par delà la politique migratoire de nos dirigeants actuels et passés, les immigrés, population criminogène, non civilisée. J’ajoute, moi, que l’immigration est une affaire trop sérieuse, capitale même, pour être l’objet de polémiques aussi basses et irresponsables.

Guy BARBIER

19 Oct 2022