A voix haute – Polina Panassenko (Éditions de l’Olivier 2026. 248 pages. 19,50 euros)

Polina Panassenko - A voix haute

Fiction ? Autofiction ? Récit (presque) véridique ? Quel est le vrai de l’inventé dans cette recherche des traces d’un arrière-arrière-grand-père disparu en Sibérie en 1938 ?

Dans À voix haute de Polina Panassenko, on retrouve chez la narratrice beaucoup d’éléments de sa propre biographie : Polina Panassenko est née en Russie, où elle a passé ses premières années, avant de suivre son père, mathématicien de renommée internationale, venu s’établir en France.

Et dans le récit qu’elle nous propose, Polina Panassenko raconte le retour en Russie d’une jeune femme née en Russie mais très jeune venue et élevée en France. Taraudée par l’envie d’être actrice, la narratrice va faire des pieds et des mains pour intégrer l’École d’un fictif Théâtre National de Moscou (pour Polina, un bien réel Théâtre d’art de Moscou). La narratrice va surtout y retrouver, au sens profond du terme, sa famille russe. Alors que le pays est traversé par les tensions politiques liées à la réélection de Vladimir Poutine en 2012, après l’intermède Medvedev, elle entreprend parallèlement une autre formation, plus intime et beaucoup plus exigeante : celle de la mémoire. À travers les silences de son grand-père, quelques photographies, des objets transmis comme des indices et une enquête familiale remontant jusqu’aux victimes de la terreur stalinienne, tout particulièrement la terrifiante année 1938, la narratrice cherche à comprendre ce qui a été tu, oublié ou enfoui au fil des générations.

Roman d’apprentissage, récit familial, enquête historique et témoignage sur l’enseignement théâtral s’y entrelacent sans jamais se confondre. La recherche des origines ne passe pas par les grands récits, mais par les non-dits, les gestes ordinaires et la matière concrète des souvenirs. Ce sont les silences eux-mêmes qui deviennent des documents à déchiffrer. Le voyage jusqu’à Vladivostok n’est pas qu’un voyage à l’intérieur de la Russie, c’est un voyage intérieur tout court.

Disons-le, la description de la société russe, à travers chaque détail de la vie courante, est merveilleuse, on sent que tout ici sonne juste. Polina Panassenko se distingue par une écriture vive, souvent drôle, qui évite aussi bien le pathos que le didactisme. Mais hélas, il s’agit déjà d’un monde dont une partie n’aura été qu’une parenthèse. Le musée du Goulag est devenu un musée de la répression nazie, Memorial a été interdit et l’attitude des fonctionnaires aux archives, à la fois si butée mais en même temps si possiblement transgressable avec beaucoup d’insistance et de ruse, serait aujourd’hui impensable face à une chercheuse dotée de la double nationalité russe et française.

Puisqu’il s’agit peut-être d’un roman, on ne dira pas le terminus ad quem du livre et là n’est pas l’essentiel. Sa réussite est de faire entendre la manière dont les traumatismes collectifs continuent de résonner dans les vies privées, tout en laissant affleurer une énergie de liberté et de résistance. Le titre prend alors tout son sens : apprendre à parler « à voix haute », c’est rompre l’héritage de la peur, transformer l’enquête en parole et rendre aux disparus une présence.

Antoine Cassan, le 8 octobre 2026

Quelques citations

« Aussitôt, la main de mon grand-père remonte vers sa bouche. C’est le signal. Ne pas parler à côté de la porte d’entrée. Il dit viens plutôt à la cuisine. »

« La première fois que j’ai entendu le mot « KGB » c’était au pied de notre immeuble en jouant avec les enfants des voisins. Les vieilles dames qui passent leurs journées assises sur le banc à surveiller les entrées-sorties de tout le monde, on les appelle les mémés KGB. Depuis, j’ai constaté que le mot change de la personne qui le prononce. Quand c’est mon oncle, c’est soit une blague, soit un danger, quand c’est mon voisin de palier Kostia ça veut dire héros qui veille sur notre pays. » 

« Mon grand-père déplace des miettes sur la toile cirée. Il dit Il a disparu. Une nuit, on est venu frapper à sa porte. Il a été emmené. On ne l’a jamais revu. Puis un jour, ma tante a appris que c’est là-bas qu’il était mort. »

« En 1928, il est accusé d’être un paysan riche, un koulak. Le chef d’accusation principal est celui d’avoir vendu de la viande au marché. »

« Donc tu es un koulak. On lui prend sa terre, sa maison, son bétail, tous ses biens. On le prive de ses droits électoraux. Il n’a plus le droit de travailler la terre, mais il n’a pas le droit non plus de quitter le village pour trouver du travail ailleurs (…). Il fuit à Moscou (…), mais en 1937 quelqu’un le dénonce. La police politique de Moscou envoie une requête dans son village natal. Là-bas, on confirme. C’est un ancien koulak, un élément anti soviétique. La police le convoque le 8 septembre pour un interrogatoire. Il est arrêté le 11 septembre 1937. »

« Personne ne l’a mis dans un cercueil. Je sais une chose : un homme, un être souffrant et martyr, est mort quelque part. »

8 Oct 2026


Adieu ma Russie ! – Nicolas Werth (Les Belles Lettres 2026. 398 pages. 25,90 euros)

Adieu ma Russie ! - Nicolas Werth

Peut-on recommander ce livre? On y plonge dans une telle intimité, une telle affection et admiration de  l’auteur à l’égard d’Alexander Werth, son père, qu’on peut se demander parfois si l’on n’est pas de trop dans des pages denses mais très personnelles. Sans doute évoquent-elles pour beaucoup d’entre nous un abandon et un désamour. Le titre nous y invite d’emblée. Mais nous, anciens militants, nous étions surtout attachés à des lieux-saints – Russie ou Chine – dont nous soutenions globalement la vision du monde. Nicolas Werth, lui, rompt un lien fort avec la révolution soviétique mais plus encore avec la Russie. Il y a vécu, travaillé, étudié. Il y a bâti une œuvre remarquable, savante et parfois bouleversante, souvent au sein d’une équipe de chercheurs.

D’où son attachement au pays et aux gens plus qu’à la Révolution. L’a-t-il, aimée, la Russie ! La Russie des personnalités magnifiques qu’il a rencontrées : savants polyglottes qui partageaient avec lui des nuits de veille et d’amitié, gardiens de la mémoire du Goulag et de la Grande Purge ( plus de 700 000 exécutions !); artistes traçant leur route en dépit d’une censure hostile ; peuple désireux de garder ses traditions malgré la violence de l’État léniniste puis stalinien, peuple sorti vainqueur de la peste brune…et qui jugeait l’histoire de La Russie en guerre écrite par son père comme l’une des meilleures qui soit sinon la meilleure.

La fierté du fils sera sans doute ensuite troublée en apprenant combien cette œuvre avait été censurée et remodelée et, pire, en comprenant combien le père avait ainsi servi sans vouloir s’en rendre compte, les desseins et la puissance de Staline au détriment de ce qu’il faut  bien appeler le monde libre. Un monde qui tenait légitimement à condamner les horreurs de la Grande purge ou du Goulag et donc à déconsidérer l’URSS et à ruiner les espoirs que des centaines de millions d’ignorants trop confiants avaient mises en elle.

Werth dénonce vivement les erreurs, les indéniables exagérations que certains des meilleurs experts ont avancé, touchant par exemple le nombre de victimes du système concentrationnaire soviétique.

Les auteurs du Livre Noir du communisme, par exemple, d’où Nicolas Werth dit avoir tenté en vain de retirer son texte, ont sans doute simplifié ici et là et tenté des comparaisons audacieuses qui ont provoqué les polémiques que l’on sait. Mais avec le bilan qu’ils ont proposé de 80 ans de communisme, ils ont très légitimement nui à la cause « marxiste-léniniste », maoïste et stalinienne et donné plus de poids et d’attrait aux démocraties libérales. Au registre du savoir, aux nuances subtiles, aux mises en évidence toujours plus précises et aux attendus toujours plus profonds, ils ont préféré l’arme d’un décompte, peut-être moins savant mais plus efficace que ce qu’un Werth pouvait apporter avec son expérience soviétique, ses « plongées » dans les archives et sa connaissance de la psychologie sociale des Russes. Une critique globale de dimension politique et morale et portée par un effort utile de communication indispensable s’oppose ici à des productions de dimension scientifique et seulement scientifique. Même si une éthique d’honnêteté et de respect de la vérité accompagne la recherche scientifique, mettre à jour le mensonge, mieux : affaiblir les menteurs passe par un combat intellectuel et verbal formulé habilement pour les démasquer et les vaincre.

Pourtant Nicolas Werth annonce qu’il ne retournera plus maintenant en Russie. La mise en cause par le gouvernement russe du travail – scientifique justement – de Mémorial et  l’agression contre l’Ukraine lui sont insupportables. « Le 24 février 2022, j’ai compris que je pouvais moi aussi, dire adieu à cette Russie à l’étude de laquelle j’ai consacré toute ma vie ».  écrit-il non sans solennité.

Cette Russie pourtant, bien qu’elle ne soit plus soviétique, est-elle pire que celle qui existait dans les décennies précédentes? Les agressions soviétiques contre l’Allemagne de l’Est en 1953, la Hongrie en 1956 ou la Tchécoslovaquie en 1968 étaient-elles plus acceptables que l’ « opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine ? Non, bien sûr. Et, désespéré, Alexander Werth avait tragiquement témoigné de la légitimité du rejet de l’URSS depuis longtemps en se donnant la mort peu après l’entrée des troupes du Pacte de Varsovie à Prague.

Pierre Rigoulot, le 21 septembre 2026

21 Sep 2026


C’est la rentrée.

C'est la rentrée !

C’est la rentrée. Les deux mois qui l’ont précédée ne sont pourtant pas restés vides. La guerre entre l’Ukraine et la Russie a pris un tour grave et Trump n’a rien réglé au Moyen-Orient face à l’Iran. La plupart des hommes politiques français évitent d’aborder ces sujets qui touchent pourtant, dans les deux cas, à l’avenir du monde libre – une expression que d’aucuns parmi nos amis trouveront passéiste, cette réaction jetant une ombre grise sur la puissance de conviction démocratique des démocrates eux-mêmes, mais passons. La majorité des hommes politiques, de gauche comme de droite, condamnent l’agression russe mais ne s’y attardent guère alors que j’en ferais volontiers un critère légitime de choix de notre candidat aux élections présidentielles françaises. Le Rassemblement national et la droite souverainiste, ainsi que LFI, ne s’y attardent pas non plus et l’on attendra en vain une claire condamnation de leur part de l’agression russe. Emmanuel Macron me semble bien seul dans ses déclarations de solidarité avec Kiev et dans ses promesses d’aide.

C’est un « front » plus large qui condamne l’action de Donald Trump au Moyen-Orient. Sans aucun doute, ce dernier prête le flanc à toutes les réserves et à toutes les critiques. Mais qu’ont donc fait ses prédécesseurs pour empêcher l’Iran d’être plus que jamais en mesure d’acquérir l’armement atomique? Qu’ont-ils fait qui puisse être avantageusement opposé à la conduite brouillonne du président républicain? Avant toute réflexion, on condamne Trump sans se demander si la nature de ce à quoi il s’oppose, l’islamisme, n’oblige pas à participer à son combat. Tactiquement, il ne serait pourtant pas difficile de se démarquer de l’agité du bocal de Washington. Stratégiquement, l’islamisme, le nazisme de notre temps, l’emporte en dangerosité et en malignité, sur l’Amérique de Donald Trump, ennemie du totalitarisme iranien et alliée d’Israël. Il faut donc le combattre.

Même parmi nos amis, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Et il conviendra en effet d’affiner et de confronter nos analyses. La question de la solidarité avec Israël, liée à celle de l’islamisme, est brouillée : beaucoup trop, dans le public, parlent de défendre la Palestine alors qu’ils défendent en fait le Hamas, qu’on peut voir comme l’ennemi conjoint des Palestiniens et des Israéliens. Pire, peut-être : ils parlent de « génocide » israélien alors qu’il s’agit d’une guerre, certes affreuse, où les forces islamistes ont décidé de s’abriter au sein d’une population pas toujours solidaire des terroristes.

Pour ajouter à la complexité, dans le cadre de la campagne pour la présidentielle qui commence, de trop nombreux citoyens critiquent rituellement LFI pour son seul antisémitisme. En réalité, LFI n’est pas seulement antisémite, elle et dangereuse sur le plan économique (absurdité de sa « suppression » de la dette), naïve (elle veut faire « payer les riches »), menaçante (pour nos institutions qui ne comptent pour rien face à la « légitimité populaire » dont elle se prévaut), enfin complaisante envers la Russie et la Chine (engagées dans une lutte à mort contre les démocraties libérales). Ce pourquoi nous nous y opposons radicalement.

On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ?

Pierre Rigoulot, le 2 septembre 2026

*

On ne rend pas les armes avant la bataille.

Pour ce qui concerne directement le cercle auquel s’adresse Pierre Rigoulot et dont je fais partie, je crois pertinent de s’en tenir aux deux derniers paragraphes de son tour d’horizon

« On s’étonnera peut-être que soit ici visé, non pas les « extrêmes » en général, mais le parti révolutionnaire en particulier. Ce que nous défendons en effet, ce n’est pas le centrisme ou le juste milieu. C’est la démocratie libérale, l’Europe et le monde libre. Il faut à mon avis, tout faire pour aider ceux qui les défendent et éviter en France la venue au pouvoir de ceux qui veulent leur nuire : le RN et LFI.

Reste une question qu’on ne peut dire subsidiaire parce que nous souhaitons éviter le duel Mélenchon/Le Pen au deuxième tour : si par malheur ce duel s’imposait, que faudra-il faire ? »

1° la « défense de la démocratie libérale de l’Europe et du monde libre » qui sera ma boussole ne me fera voter au premier tour ni pour le RN ni pour LFI.

Que je ne ne revoie cependant pas dos à dos.

L’élection de l’un des deux serait un mauvais coup pour l’EUROPE mais pas au même degré. Le national-populisme de Marine Le Pen est moins hostile et est plus susceptible d’évoluer (vers la position de Meloni par exemple)

2° comme l’a dit Jean-François Copé à la télévision, on répondra à cette question en temps voulu et seulement si elle s’impose. 

Pour l’heure – c’est moi qui parle – on se bat sur deux fronts sans les confondre ni dans leurs idées ni dans leur dangerosité

On ne rend pas les armes avant la bataille.

André Senik, le 11 septembre 2026

2 Sep 2026


Exposition « Derniers regards, communisme par balles » – Madeleine MELOT

Exposition « Derniers regards,
le communisme par balles »
– Madeleine MELOT


25 tirages photographiques sur papier d’art grand format sont exposés dans son atelier de Cluny.

Visite sur rendez-vous – 06 76 99 73 20 -ou, plus aléatoire, en sonnant au 16bis, rue Saint-Odile.

Rappelons que les peintures originales ont été léguées au Mémorial du communisme de Sighet en Roumanie, le plus important d’Europe à ce jour, et pourtant étrangement inconnu en France.

Ivan Iegorovitch Akimov


Ivan Iegorovitch Akimov
Russe, né en 1888 dans le village d’Aleksandrovka,district Kourkinski, région de Moscou.
Études élémentaires, sans-parti, gardien dans un combinat de pelleterie à Rostokino près de Moscou.
Domicilié à Moscou, rue Bolchaïa Rostokinskaïa 93a.
Arrêté le 19 janvier 1938
Condamné à mort le 19 février 1938
Photographié le 23 février 1938
Exécuté le 26 février 1938
Réhabilité en 1957
Texte extraits de
Tomasz Kizny & Dominique Roynette
« La Grande Terreur en URSS – 1937/1938 »
© Les Éditions Noir sur Blanc (Lausanne)
Photos : Pietro Baguzzi (Milan)

19 Août 2026


RUSSIE : dernière étape de la lobotomisation par le Kremlin de la mémoire du peuple russe

L’association de défense des droits de l’homme HWRF (Human Rights Without Frontiers) vient de publier ce 4 mai 2026 un article important, suite à la qualification d’« extrémiste » par la Cour suprême de Russie de l’association Mémorial, et donc à son interdiction. Nous en publions la traduction française ci-dessous :

Lors d’une audience à huis clos tenue le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a qualifié le Mouvement public international Memorial d’« extrémiste » – une appellation fourre-tout utilisée par le gouvernement pour interdire toutes les organisations liées à Memorial – et a interdit ses activités dans le pays. Il s’agit de l’étape finale de la lobotomisation de la mémoire du peuple russe par le Kremlin.

Cette décision couronne une campagne menée pendant des années contre Memorial, fondée à la fin de la période soviétique et devenue depuis une communauté de dizaines d’organisations sœurs opérant en Russie et à l’étranger.

« Plus jamais de régime totalitaire en Russie » était l’objectif de Memorial, lauréat du prix Nobel de la paix 2022.

De « l’agent étranger » à « l’extrémisme » (2014-2026)

En mai 2014, une des associations, le « Centre des droits de l’homme Memorial » basé en Russie, avait été désignée comme « agent étranger » en raison de financements étrangers et d’activités politiques présumées. Elle était ainsi contrainte d’étiqueter tous ses supports d’information comme tels et faisait l’objet d’audits intensifs.

Par la suite, les autorités russes ont également qualifié plusieurs autres organisations composant Memorial ainsi qu’une vingtaine de leurs collaborateurs d’« agents étrangers ».

En décembre 2021, la Cour suprême a dissous Memorial International et le Centre des droits de l’homme Memorial.

Les motifs invoqués étaient des violations répétées de la loi sur les agents étrangers, notamment ce qui concerne l’étiquetage des documents. Le parquet a accusé l’organisation de « spéculer » sur le thème des répressions politiques et de créer « une fausse image de l’URSS comme État terroriste ». Ces décisions ont suscité une réaction internationale de grande ampleur.

De nombreuses personnalités publiques en Russie et à l’étranger ont alors exprimé leur soutien à Memorial et à ses structures. Parmi elles figuraient les lauréats du prix Nobel Mikhail Gorbachev et Dmitry Muratov, l’écrivain et acteur Stephen Fry, le dramaturge Tom Stoppard, le journaliste Vladimir Pozner, ainsi que plusieurs dizaines d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie.

L’Union européenne et les États-Unis ont condamné également le démantèlement de Memorial.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a regretté la décision de dissoudre Memorial, qui « jouait un rôle important dans la préservation de la mémoire de la répression politique et des violations des droits humains ». Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a déclaré que cette dissolution reflétait « une réduction rapide de l’espace accordé à la société civile indépendante, aux médias et aux activistes défenseurs de la démocratie en Russie ». Il a appelé les autorités russes à cesser de harceler les défenseurs des droits humains.

De 2021 à 2026, les différentes structures de Memorial ont continué à fonctionner sans enregistrement officiel.

En février 2026, le ministère russe de la Justice a ajouté l’Association internationale Memorial (basée en Suisse) et la fondation allemande Zukunft Memorial à la liste des « organisations indésirables ».

Répression contre les gardiens du temple de la mémoire

Un hommage particulier doit être rendu aux nombreux gardiens du temple de la mémoire, connus ou anonymes, qui ont œuvré à collecter et à préserver les preuves des atrocités perpétrées sous le régime communiste totalitaire.

Mentionnons quelques victimes emblématiques parmi tant d’autres…

En 2009, Natalia Estemirova, chercheuse au bureau de Memorial à Grozny (Caucase du Nord), qui enquêtait sur des enlèvements et des meurtres en Tchétchénie, a été kidnappée et retrouvée assassinée en Ingouchie. Sa mort bouleversa la Russie, mais les commanditaires n’ont jamais été identifiés. Selon le président du conseil du Centre des droits de l’homme Memorial, Oleg Orlov, les autorités de la République tchétchène seraient derrière ce meurtre. Il a également déclaré que Ramzan Kadyrov avait personnellement menacé la militante.

Le cas de l’historien Youri Dmitriev, chef de la branche carélienne de Memorial et chercheur sur les fosses communes de Sandarmokh et Krasny Bor, a suscité aussi une vive émotion. Âgé aujourd’hui de 70 ans, Youri Dmitriev est jugé depuis 2018. À l’issue de multiples procédures, il a été condamné à 15 ans de prison et, si les décisions sont maintenues, il ne sera libéré qu’en 2032. Ses soutiens affirment que ces poursuites sont liées à son activité en faveur des droits humains et à son travail de mémoire sur les victimes de la répression URSS.

L’Union européenne, ainsi que des scientifiques et artistes de divers pays, ont demandé sa libération. Le 31 mars 2026, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a ordonné à la Russie de lui verser une indemnisation pour le préjudice moral causé par une détention provisoire excessivement longue et pour l’absence de procès équitable. Youri Dmitriev a reçu de nombreuses distinctions internationales.

Le 18 mars 2019, Oyub Titiev, responsable du bureau tchétchène de Memorial, a été condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire pour possession présumée de drogue.

Le 23 mai 2023, le défenseur des droits humains Bakhrom Khamroev, collaborateur de Memorial, a été condamné à 13 ans et 9 mois de prison pour des accusations à motivation politique, notamment « appels publics au terrorisme » et « participation à une organisation terroriste ».

Le 27 février 2024, le coprésident de Memorial, Oleg Orlov, a été condamné à 2 ans et demi de colonie pénitentiaire pour « discrédit répété de l’armée ». Il a été libéré le 1er août 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie, la Biélorussie et cinq pays occidentaux.

Le 4 avril 2024, Alexander Chernyshov, ancien président du « Centre de la mémoire historique » de Perm, a été condamné pour « tentative de contrebande de biens culturels ». Les archives de Memorial de Perm ont dû être transférées aux archives d’État russes.

Le 19 août 2025, Sergei Davidis, membre du conseil d’administration de Memorial, a été condamné par contumace à six ans de prison pour « justification du terrorisme » sur Internet. Il vit aujourd’hui en Lituanie.

Destruction en Russie des monuments à la mémoire des victimes des répressions soviétiques

On peut espérer qu’un jour de tels monuments seront érigés dans toutes les régions de Russie où Memorial était présent. Pour l’instant, Moscou continue au contraire de détruire les monuments dédiés aux victimes des répressions soviétiques.

En avril 2026, lors de la « Journée de commémoration des victimes du génocide du peuple soviétique », la « Pierre du Chagrin » (une arche en marbre et un bloc de granit gris), monument dédié aux victimes des répressions soviétiques, a été subrepticement rasée en une nuit.

D’autres pierres commémoratives, érigées à la mémoire des Polonais, Estoniens, Lettons, Lituaniens et Kalmouks déportés en Sibérie pendant l’occupation soviétique ont également été détruites à Tomsk.

PS : Au lendemain de cette interdiction de Mémorial, HWRF demande la libération des membres de l’association, tous défenseurs des droits humains. Cette libération pourrait éventuellement s’effectuer dans le cadre d’un échange international de prisonniers comme cela s’était fait pour Oleg Orlov en 2024. H&L s’associe évidemment à cette proposition.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Conférence débat : Galia Ackerman – Le KGB à Tchernobyl

Nous allons clore le cycle 2025/2026 de nos conférences-débats par une rencontre avec Galia Ackerman, l’infatigable animatrice de Desk Russie et l’une des figures majeures de la dénonciation en France du régime criminel de Vladimir Poutine.

Galia nous présentera son dernier ouvrage, Le KGB à Tchernobyl, qui s’appuie sur des rapports de cette institution publiés en Ukraine.

Nous comprendrons mieux ainsi comment s’est produite et comment a été gérée la catastrophe nucléaire dont nous commémorions il y a quelques jours le 40e anniversaire. Mieux : nous trouverons, dans les analyses de Galia Ackerman des éléments importants pour mieux comprendre la Russie actuelle dont le Chef vient de décider (comme au bon vieux temps ?) la réhabilitation de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tchéka, l’ancêtre du KGB.

Rendez-vous donc le lundi 18 mai au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, de 18 à 20h.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Du jazz pour Kyiv

Du jazz pour Kyiv

Dimanche 29 mars, SOS Ouman, l’association de soutien à l’Ukraine qu’anime notre ami Nicolas Milétitch, organisait un concert au New Morning, le temple parisien du jazz de la rue des Petites écuries. Deux cents personnes y assistaient et il était réconfortant de se dire que malgré les mollesses officielles,  actuelles, malgré les réticences européennes à couper les ailes des drones iraniens qui frappent Kyiv, Lviv ou Kkarkiv, de simples citoyens manifestaient ainsi leur appui à ceux qui plusieurs fois par an conduisent des convois de matériel, de médicaments et de divers produits dont la population, frappée depuis plus de quatre ans, a tant besoin. 

Le trio –  Louis Moutin à la batterie, Géraldine Laurent au saxophone et Louis Bex au clavier – n’a pas oublié qu’il s’est produit il y a quelques années dans la capitale ukrainienne et a évoqué explicitement sa solidarité avec ceux qui résistent à la brutalité poutinienne. Des moments musicaux hachés ou violents évoquaient pour chacun de nous les horreurs subies, les explosions des bombes. les combats acharnés. Sans désespoir cependant : la vie était là, aussi, et la beauté des choses, comme dans le morceau tendre et sublime de Gershwin qu’il a interprété . Etait là aussi la volonté de défendre l’essentiel : Volia, comme dirait Anastasia Fomitchova. Volonté et liberté.

Merci à ces trois musiciens.

Pierre Rigoulot, le 5 avril 2026

5 Avr 2026


Lettre de Galia ACKERMAN : Deux rencontres littéraires le 12 mars avec Françoise THOM et le 13 mars avec Constantin SIGOV

Chères amies, chers amis,

Je vous convie à deux rencontres littéraires.

Le 12 mars, à 18 heures, Pierre Rigoulot et moi aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir Françoise Thom au café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre). Françoise Thom présentera son ouvrage, La Guerre totale de Vladimir Poutine, en insistant sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine sur le plan du pouvoir politique.  

Et le lendemain, je vous invite à une conférence-débat exceptionnelle, organisée par Les Vendredis de Gif, avec le grand intellectuel ukrainien Constantin Sigov, sur le thème de la résistance du peuple ukrainien. À cette occasion, il présentera son ouvrage Musiques en résistance : Arvo Pärt et Valentin Silvestrov. Cette conférence aura lieu le vendredi 13 mars à 20 h 30 à la salle Teilhard de Chardin, 13 rue Amodru, à Gif-sur-Yvette (salle proche de l’église de Gif, à environ 7 minutes à pied de la station du RER B Gif-sur-Yvette, sortie 1 – rue de la gare).

Au cours de ces deux soirées, les auteurs dédicaceront leurs livres, qui seront également proposés à la vente.

Enfin, je dois m’excuser auprès de vous, nos fidèles lecteurs, pour le retard de parution exceptionnel du prochain numéro de Desk Russie : il sortira le 22 mars au lieu du 15 mars. Nous espérons rattraper ce retard prochainement.

Avec mes amitiés fidèles, Galia Ackerman, le 10 mars 2026

10 Mar 2026


Conférence débat : La guerre totale de Vladimir Poutine

Conférence débat avec Françoise Thom

Historienne et savante spécialiste de l’histoire russe et soviétique, Françoise Thom vient de publier La guerre totale de Vladimir Poutine aux éditions « A l’Est de Brest-Litovsk ».

Cet ouvrage, qui réunit en un ensemble ordonné des articles donnés à Desk Russie, l’excellente revue en ligne animée par Galia Ackerman, a été salué par une grande partie de la presse.

Nous aurons la chance et l’honneur de la recevoir le 12 mars à 18h au Café du Pont-Neuf, lieu habituel de nos conférence-débats.

Françoise Thom nous présentera son ouvrage, insistant en particulier sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel du pouvoir politique des Etats-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine.

Histoire & Liberté, le 2 mars 2026

Nous rappelons notre colloque sur la réédition de La société ouverte et ses ennemis, de Karl Popper, avec Alain Laurent, Philippe Raynaud et Gilles Campagnolo, le 26 mars prochain à 17h15, toujours au Café du Pont-Neuf

2 Mar 2026


Quand le « réalisme » mène au pro-poutinisme. Le cas français.

Un livre exceptionnel vient de paraître. Son titre ? Penser comme Poutine. Il est publié aux éditions du Cerf et signé de Wiktor Stoczkowski qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L’auteur s’interroge avec précision sur la réception en France des thèmes de la propagande poutinienne et montre pas à pas, de manière très convaincante, que l’accueil qui lui est fait tient à ce que bien des approches politiques formulées dans notre pays présentent un certain nombre d’analogies voire de similarités avec le discours poutinien lui-même. C’est ainsi qu’au nom du « réalisme », peu de place est laissé à la défense de la démocratie et des droits de l’homme au profit de notions vagues (mais dangereuses) comme celle de « zones d’influence ».

Clair et très bien documenté, cet ouvrage nous sera présenté par son auteur lui-même, Wiktor Stoczkowski, le mercredi 11 février à 18h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, Paris 1er. Venez nombreux !

Conférence débat avec Viktor Stoczkowski Quand le réalisme mène au pro poutinisime le cas français

H&L, le 3 février 2026

3 Fév 2026