RUSSIE : dernière étape de la lobotomisation par le Kremlin de la mémoire du peuple russe

L’association de défense des droits de l’homme HWRF (Human Rights Without Frontiers) vient de publier ce 4 mai 2026 un article important, suite à la qualification d’« extrémiste » par la Cour suprême de Russie de l’association Mémorial, et donc à son interdiction. Nous en publions la traduction française ci-dessous :

Lors d’une audience à huis clos tenue le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a qualifié le Mouvement public international Memorial d’« extrémiste » – une appellation fourre-tout utilisée par le gouvernement pour interdire toutes les organisations liées à Memorial – et a interdit ses activités dans le pays. Il s’agit de l’étape finale de la lobotomisation de la mémoire du peuple russe par le Kremlin.

Cette décision couronne une campagne menée pendant des années contre Memorial, fondée à la fin de la période soviétique et devenue depuis une communauté de dizaines d’organisations sœurs opérant en Russie et à l’étranger.

« Plus jamais de régime totalitaire en Russie » était l’objectif de Memorial, lauréat du prix Nobel de la paix 2022.

De « lagent étranger » à « lextrémisme » (2014-2026)

En mai 2014, une des associations, le « Centre des droits de l’homme Memorial » basé en Russie, avait été désignée comme « agent étranger » en raison de financements étrangers et d’activités politiques présumées. Elle était ainsi contrainte d’étiqueter tous ses supports d’information comme tels et faisait l’objet d’audits intensifs.

Par la suite, les autorités russes ont également qualifié plusieurs autres organisations composant Memorial ainsi qu’une vingtaine de leurs collaborateurs d’« agents étrangers ».

En décembre 2021, la Cour suprême a dissous Memorial International et le Centre des droits de lhomme Memorial.

Les motifs invoqués étaient des violations répétées de la loi sur les agents étrangers, notamment ce qui concerne l’étiquetage des documents. Le parquet a accusé l’organisation de « spéculer » sur le thème des répressions politiques et de créer « une fausse image de l’URSS comme État terroriste ». Ces décisions ont suscité une réaction internationale de grande ampleur.

De nombreuses personnalités publiques en Russie et à l’étranger ont alors exprimé leur soutien à Memorial et à ses structures. Parmi elles figuraient les lauréats du prix Nobel Mikhail Gorbachev et Dmitry Muratov, l’écrivain et acteur Stephen Fry, le dramaturge Tom Stoppard, le journaliste Vladimir Pozner, ainsi que plusieurs dizaines d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie.

L’Union européenne et les États-Unis ont condamné également le démantèlement de Memorial.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a regretté la décision de dissoudre Memorial, qui « jouait un rôle important dans la préservation de la mémoire de la répression politique et des violations des droits humains ». Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a déclaré que cette dissolution reflétait « une réduction rapide de l’espace accordé à la société civile indépendante, aux médias et aux activistes défenseurs de la démocratie en Russie ». Il a appelé les autorités russes à cesser de harceler les défenseurs des droits humains.

De 2021 à 2026, les différentes structures de Memorial ont continué à fonctionner sans enregistrement officiel.

En février 2026, le ministère russe de la Justice a ajouté l’Association internationale Memorial (basée en Suisse) et la fondation allemande Zukunft Memorial à la liste des « organisations indésirables ».

Répression contre les gardiens du temple de la mémoire

Un hommage particulier doit être rendu aux nombreux gardiens du temple de la mémoire, connus ou anonymes, qui ont œuvré à collecter et à préserver les preuves des atrocités perpétrées sous le régime communiste totalitaire.

Mentionnons quelques victimes emblématiques parmi tant d’autres…

En 2009, Natalia Estemirova, chercheuse au bureau de Memorial à Grozny (Caucase du Nord), qui enquêtait sur des enlèvements et des meurtres en Tchétchénie, a été kidnappée et retrouvée assassinée en Ingouchie. Sa mort bouleversa la Russie, mais les commanditaires n’ont jamais été identifiés. Selon le président du conseil du Centre des droits de lhomme Memorial, Oleg Orlov, les autorités de la République tchétchène seraient derrière ce meurtre. Il a également déclaré que Ramzan Kadyrov avait personnellement menacé la militante.

Le cas de l’historien Youri Dmitriev, chef de la branche carélienne de Memorial et chercheur sur les fosses communes de Sandarmokh et Krasny Bor, a suscité aussi une vive émotion. Âgé aujourd’hui de 70 ans, Youri Dmitriev est jugé depuis 2018. À l’issue de multiples procédures, il a été condamné à 15 ans de prison et, si les décisions sont maintenues, il ne sera libéré qu’en 2032. Ses soutiens affirment que ces poursuites sont liées à son activité en faveur des droits humains et à son travail de mémoire sur les victimes de la répression URSS.

L’Union européenne, ainsi que des scientifiques et artistes de divers pays, ont demandé sa libération. Le 31 mars 2026, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a ordonné à la Russie de lui verser une indemnisation pour le préjudice moral causé par une détention provisoire excessivement longue et pour l’absence de procès équitable. Youri Dmitriev a reçu de nombreuses distinctions internationales.

Le 18 mars 2019, Oyub Titiev, responsable du bureau tchétchène de Memorial, a été condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire pour possession présumée de drogue.

Le 23 mai 2023, le défenseur des droits humains Bakhrom Khamroev, collaborateur de Memorial, a été condamné à 13 ans et 9 mois de prison pour des accusations à motivation politique, notamment « appels publics au terrorisme » et « participation à une organisation terroriste ».

Le 27 février 2024, le coprésident de Memorial, Oleg Orlov, a été condamné à 2 ans et demi de colonie pénitentiaire pour « discrédit répété de l’armée ». Il a été libéré le 1er août 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie, la Biélorussie et cinq pays occidentaux.

Le 4 avril 2024, Alexander Chernyshov, ancien président du « Centre de la mémoire historique » de Perm, a été condamné pour « tentative de contrebande de biens culturels ». Les archives de Memorial de Perm ont dû être transférées aux archives d’État russes.

Le 19 août 2025, Sergei Davidis, membre du conseil d’administration de Memorial, a été condamné par contumace à six ans de prison pour « justification du terrorisme » sur Internet. Il vit aujourd’hui en Lituanie.

Destruction en Russie des monuments à la mémoire des victimes des répressions soviétiques

On peut espérer qu’un jour de tels monuments seront érigés dans toutes les régions de Russie où Memorial était présent. Pour l’instant, Moscou continue au contraire de détruire les monuments dédiés aux victimes des répressions soviétiques.

En avril 2026, lors de la « Journée de commémoration des victimes du génocide du peuple soviétique », la « Pierre du Chagrin » (une arche en marbre et un bloc de granit gris), monument dédié aux victimes des répressions soviétiques, a été subrepticement rasée en une nuit.

D’autres pierres commémoratives, érigées à la mémoire des Polonais, Estoniens, Lettons, Lituaniens et Kalmouks déportés en Sibérie pendant l’occupation soviétique ont également été détruites à Tomsk.

PS : Au lendemain de cette interdiction de Mémorial, HWRF demande la libération des membres de l’association, tous défenseurs des droits humains. Cette libération pourrait éventuellement s’effectuer dans le cadre d’un échange international de prisonniers comme cela s’était fait pour Oleg Orlov en 2024. H&L s’associe évidemment à cette proposition.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Conférence débat : Galia Ackerman – Le KGB à Tchernobyl

Nous allons clore le cycle 2025/2026 de nos conférences-débats par une rencontre avec Galia Ackerman, l’infatigable animatrice de Desk Russie et l’une des figures majeures de la dénonciation en France du régime criminel de Vladimir Poutine.

Galia nous présentera son dernier ouvrage, Le KGB à Tchernobyl, qui s’appuie sur des rapports de cette institution publiés en Ukraine.

Nous comprendrons mieux ainsi comment s’est produite et comment a été gérée la catastrophe nucléaire dont nous commémorions il y a quelques jours le 40e anniversaire. Mieux : nous trouverons, dans les analyses de Galia Ackerman des éléments importants pour mieux comprendre la Russie actuelle dont le Chef vient de décider (comme au bon vieux temps ?) la réhabilitation de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tchéka, l’ancêtre du KGB.

Rendez-vous donc le lundi 18 mai au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, de 18 à 20h.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Du jazz pour Kyiv

Du jazz pour Kyiv

Dimanche 29 mars, SOS Ouman, l’association de soutien à l’Ukraine qu’anime notre ami Nicolas Milétitch, organisait un concert au New Morning, le temple parisien du jazz de la rue des Petites écuries. Deux cents personnes y assistaient et il était réconfortant de se dire que malgré les mollesses officielles,  actuelles, malgré les réticences européennes à couper les ailes des drones iraniens qui frappent Kyiv, Lviv ou Kkarkiv, de simples citoyens manifestaient ainsi leur appui à ceux qui plusieurs fois par an conduisent des convois de matériel, de médicaments et de divers produits dont la population, frappée depuis plus de quatre ans, a tant besoin. 

Le trio –  Louis Moutin à la batterie, Géraldine Laurent au saxophone et Louis Bex au clavier – n’a pas oublié qu’il s’est produit il y a quelques années dans la capitale ukrainienne et a évoqué explicitement sa solidarité avec ceux qui résistent à la brutalité poutinienne. Des moments musicaux hachés ou violents évoquaient pour chacun de nous les horreurs subies, les explosions des bombes. les combats acharnés. Sans désespoir cependant : la vie était là, aussi, et la beauté des choses, comme dans le morceau tendre et sublime de Gershwin qu’il a interprété . Etait là aussi la volonté de défendre l’essentiel : Volia, comme dirait Anastasia Fomitchova. Volonté et liberté.

Merci à ces trois musiciens.

Pierre Rigoulot, le 5 avril 2026

5 Avr 2026


Lettre de Galia ACKERMAN : Deux rencontres littéraires le 12 mars avec Françoise THOM et le 13 mars avec Constantin SIGOV

Chères amies, chers amis,

Je vous convie à deux rencontres littéraires.

Le 12 mars, à 18 heures, Pierre Rigoulot et moi aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir Françoise Thom au café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre). Françoise Thom présentera son ouvrage, La Guerre totale de Vladimir Poutine, en insistant sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine sur le plan du pouvoir politique.  

Et le lendemain, je vous invite à une conférence-débat exceptionnelle, organisée par Les Vendredis de Gif, avec le grand intellectuel ukrainien Constantin Sigov, sur le thème de la résistance du peuple ukrainien. À cette occasion, il présentera son ouvrage Musiques en résistance : Arvo Pärt et Valentin Silvestrov. Cette conférence aura lieu le vendredi 13 mars à 20 h 30 à la salle Teilhard de Chardin, 13 rue Amodru, à Gif-sur-Yvette (salle proche de l’église de Gif, à environ 7 minutes à pied de la station du RER B Gif-sur-Yvette, sortie 1 – rue de la gare).

Au cours de ces deux soirées, les auteurs dédicaceront leurs livres, qui seront également proposés à la vente.

Enfin, je dois m’excuser auprès de vous, nos fidèles lecteurs, pour le retard de parution exceptionnel du prochain numéro de Desk Russie : il sortira le 22 mars au lieu du 15 mars. Nous espérons rattraper ce retard prochainement.

Avec mes amitiés fidèles, Galia Ackerman, le 10 mars 2026

10 Mar 2026


Conférence débat : La guerre totale de Vladimir Poutine

Conférence débat avec Françoise Thom

Historienne et savante spécialiste de l’histoire russe et soviétique, Françoise Thom vient de publier La guerre totale de Vladimir Poutine aux éditions « A l’Est de Brest-Litovsk ».

Cet ouvrage, qui réunit en un ensemble ordonné des articles donnés à Desk Russie, l’excellente revue en ligne animée par Galia Ackerman, a été salué par une grande partie de la presse.

Nous aurons la chance et l’honneur de la recevoir le 12 mars à 18h au Café du Pont-Neuf, lieu habituel de nos conférence-débats.

Françoise Thom nous présentera son ouvrage, insistant en particulier sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel du pouvoir politique des Etats-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine.

Histoire & Liberté, le 2 mars 2026

Nous rappelons notre colloque sur la réédition de La société ouverte et ses ennemis, de Karl Popper, avec Alain Laurent, Philippe Raynaud et Gilles Campagnolo, le 26 mars prochain à 17h15, toujours au Café du Pont-Neuf

2 Mar 2026


Quand le « réalisme » mène au pro-poutinisme. Le cas français.

Un livre exceptionnel vient de paraître. Son titre ? Penser comme Poutine. Il est publié aux éditions du Cerf et signé de Wiktor Stoczkowski qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L’auteur s’interroge avec précision sur la réception en France des thèmes de la propagande poutinienne et montre pas à pas, de manière très convaincante, que l’accueil qui lui est fait tient à ce que bien des approches politiques formulées dans notre pays présentent un certain nombre d’analogies voire de similarités avec le discours poutinien lui-même. C’est ainsi qu’au nom du « réalisme », peu de place est laissé à la défense de la démocratie et des droits de l’homme au profit de notions vagues (mais dangereuses) comme celle de « zones d’influence ».

Clair et très bien documenté, cet ouvrage nous sera présenté par son auteur lui-même, Wiktor Stoczkowski, le mercredi 11 février à 18h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, Paris 1er. Venez nombreux !

Conférence débat avec Viktor Stoczkowski Quand le réalisme mène au pro poutinisime le cas français

H&L, le 3 février 2026

3 Fév 2026


La Guerre totale de Vladimir Poutine – Françoise Thom, (A l’Est de Brest-Litovsk 2025. 325 pages. 24 euros)

La Guerre totale de Vladimir Poutine - Françoise Thom

C’est une réflexion extrêmement documentée et très minutieuse que Françoise Thom nous propose sur les données du conflit ukrainien, son sens, les raisons de nous inquiéter mais aussi d’espérer; une réflexion appuyée sur une impressionnante érudition à l’égard de la res sovietica,                                 

L’ouvrage ne fait pas de Poutine un simple successeur du pouvoir soviétique. Il n’est ni l’un ni l’autre. Ou plutôt : il est l’un et l’autre car le communisme russe se situait déjà, plus qu’on ne le croyait, dans la continuité de l’histoire russe.      

Les rapprochements établis ici entre Poutine et ses prédécesseurs nous entrainent jusque dans les siècles précédents! Preuve d’une certaine « pesanteur », plus ou moins mystérieuse à la tête de l’État russe. La verticalité du pouvoir dans ce pays s’appuie notamment sur l’écrasement des liens sociaux, l’anomie les troubles intérieurs.

Le lien de l’actualité avec l’histoire russe est également perceptible dans ce qui est le moteur du poutinisme en acte : la soif de revanche et de toute puissance. Poutine, Françoise Thom le souligne en une formule frappante, est « obsédé par le désir du remake historique ». La haine de l’empêcheur de tourner en rond qu’est l’Europe est en effet si puissante qu’autour de Poutine, on rêve de reprendre l’affrontement avec elle depuis le début et d’en faire une mise à mort : « l’Europe est la source de tous les maux de l’humanité  (…) la pire chose qui ait été produite par l’humanité au cours des 500 dernières années (…) Elle doit être jetée dans les poubelles de l’histoire afin qu’elle ne gâche plus la vie de l’humanité » comme l’affirme aimablement Serguei Karaganov un des idéologues proches de Poutine qui en appelle comme bien d’autres à une guerre totale, militaire naturellement mais aussi économique diplomatique, idéologique et culturelle.

Françoise Thom montre la permanence des buts et des méthodes russes, cela ne signifie pour autant ni leur inéluctabilité ni leur efficacité. Mais le style de Poutine est clairement marqué dès son accession au pouvoir, lorsqu’il s’engagea dans une « guerre totale » contre les Tchétchènes, accusés par lui d’attentats commis par ses propres services. Cet homme a besoin d’attiser la haine et même les haines pour faire accepter ses choix, ses intérêts, ses conceptions. Les marxistes parlaient d’affrontements idéologiques reposant sur des conflits d’intérêts contradictoires. D’une certaine façon, c’est le contraire avec Poutine : la haine est première et s’applique à des situations et à des exigences qu’a définies le Chef. Et parce que la haine est totale, les conflits sont radicaux et les méthodes atroces. Comme Hitler sentait le sang dès ses premiers pas au sommet de l’Etat allemand, ainsi que l’observait avec raison un témoin des premiers temps du nazisme que cite notre auteur, Stefan Haffner1, Poutine suinte la volonté mauvaise de destruction de l’adversaire.

Une Ukraine européenne et démocratique est un cauchemar pour Poutine qui, en voulant reprendre le problème à la base, ne peut que désigner un autre ennemi, à peine plus lointain : l’Europe.

Mais un tsunami vient de de produire : l’élection de Donald Trump et l’émergence d’une Amérique nouvelle, loin des thèmes de la guerre froide, décidée à faire des affaires avec la Russie et de se débarrasser au plus vite du boulet ukrainien. Françoise Thom lui consacre une des parties de son livre les plus passionnantes à parcourir. Il n’est pas question ici d’expliquer les relations entre Poutine et Trump par un chantage classique à la révélation de galipettes tarifées quelque part à Moscou. Ou plutôt : si le chantage existe il prend place au sein d’une évolution du pouvoir de Washington et de la politique américaine qui mérite bien en effet, d’être comparée à une « lame de fond » puisque ses représentants dénoncent l’un et l’autre l’Europe restée fidèle à la défense des principes et des valeurs démocratiques et la menacent même conjointement à la Russie poutinienne.

D’où vient ce changement américain? D’où vient ce que Françoise Thom appelle « l’auto-poutinisation » des Etats-Unis ? Paradoxalement, l’excellence de sa connaissance de la Russie lui permet d’éclairer ce qui se passe sous nos yeux aux Etats-Unis. Trump n’est pas parvenu par hasard au pouvoir. Avec l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide, on crut un  moment que l’émergence du marché allait permettre la naissance d’une Russie pacifiée. En fait les oligarchies qui se constituèrent rapidement n’aspiraient certainement pas à un contrôle politique. La population russe pâtit alors de ce démantèlement de l’Etat. Même le KGB se fit un temps oublier (des politiques occidentaux surtout!). Un tel désordre incita à la recherche d’un homme d’ordre. Ce fut le début de l’ascension de Vladimir Poutine. 

Aux Etats-Unis, la situation est loin d’être identique mais les analogies sont intéressantes à constater : le Congrès déléguait de manière de plus en plus routinière ses prérogatives à l’exécutif, la Justice semblait de moins en moins indépendante du pouvoir. La chute de l’URSS a joué son rôle dans cette évolution : la croyance occidentale en la fin de la politique, en la fin de l’opposition de valeurs (démocratie vs autoritarisme ou totalitarisme), eurent pour conséquence le privilège accordé à un individualisme débridé. Chacun pour soi et la high tech pour tous ! Les géants de la Silicon Valley, de l’Intelligence artificielle et des crypto-monnaies exultaient ! Tout était permis et seuls des attardés comme les Européens et notamment les Ukrainiens s’imaginaient encore que des valeurs et des principes pouvaient être défendus au risque de sa mort. Bienvenue dans le monde de la post-vérité ! Et bienvenue, MM. Trump et Vance, dont nul parmi nous n’a oublié la diatribe de février 2025 à Munich où furent tancés les dirigeants européens coupables de ne pas vouloir laisser dire n’importe quoi sur le web et le monde politique. La liberté, croit-on aujourd’hui à Washington, c’est faire ce que l’on désire et immédiatement. Et malheur à qui s’oppose à ces désirs! Thierry Breton en sait quelque chose, devenu personna non grata pour avoir défendu l’idée de nécessaires régulations sur les réseaux de communication

Aujourd’hui les Russes applaudissent le président américain. Comme pour le pouvoir russe, la vérité ne compte pas, ni donc le mensonge, aux yeux de Trump. Ni le Bien ni le Mal. Et la démocratie n’a pas d’ennemis – ni d’amis . Il n’y a que des affaires à faire. Des rivieras moyen-orientales et non un combat contre l’islamisme, une coopération dans la recherche de terres rares avec Kyiv, du pétrole vénézuélien  à pomper et pas une dictature à abattre. Même les visées impériales se ressemblent et le Groenland, le Canada ou le Panama s’appellent à l’Est : Ukraine, Géorgie, Pays baltes et Finlande. Même dans les détails, les projets de Trump ressemblent à ceux de Poutine : développement du culte de la personnalité, recherche d’un mandat électif sans limite, éradication de l’opposition intérieure. Bref – et la constatation est inouïe : « Le régime en train de se mettre en place aux États- Unis présente beaucoup de similarités avec un régime communiste ». Nos frères siamois ne s’entendront sans doute pas toujours mais actuellement ils sont prêts à coopérer et à la référence fréquente pour illustrer la situation géopolitique actuelle – les accords   de Munich de 1938 – Françoise substitue, quitte à scandaliser ici et là – le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

La question majeure qui se pose est alors celle-ci : si les Etats-Unis tournent mal, autrement dit : tournent russes, il reste aux Européens à s’armer, à contrer la propagande russe, à défendre une vision humaniste et universaliste face aux défenseurs des soi-disant valeurs traditionnelles ( une approche relativiste en fait puisque les dites valeurs traditionnelles sont spécifiques à chaque pays), à diffuser cette vision dans une Ecole plus exigeante qu’elle ne l’est aujourd’hui et à restaurer l’autorité de l’Etat. A l’extérieur, il ne faut plus rien attendre du dialogue avec des ennemis qui désignent l’Europe non plus comme une vassale ou une colonie américaine mais bien comme « fasciste ».

Tant d’autres, il est vrai, sont passés sous le feu de telles accusations absurdes qu’il n’y a peut-être pas de quoi s’inquiéter! Et puis, ne sommes nous pas en bonne compagnie ? On pense à l’Ukraine mais aussi à la guerre d’Israël contre l’islamisme…

On sort ragaillardi de cette lecture et pourtant soucieux des nuances. Rien n’est inéluctable. Ni la défaite ni la victoire de l’Ukraine. Il n’y a que des tendances, des » pesanteurs », mais celles-ci, une fois bien explicitées comme elles le sont par Françoise Thom permettent d’envisager la possibilité, une fois encore, de la victoire de la démocratie.

Pierre Rigoulot, le 6 janvier 2026

  1. v.Histoire d’un Allemand, Souvenirs 1914-1933, Actes sud 2004 ↩︎

6 Jan 2026


Guerre informationnelle et « rideau de fer numérique »1

Liens vers les articles :

En Russie, le Kremlin resserre le nœud coulant de la censure sur les réseaux sociaux

Réseaux sociaux, intelligence artificielle… Entre la Russie et l’Occident, la guerre informationnelle s’amplifie

Le Figaro consacre une pleine page dans son édition du 17 décembre à la guerre informationnelle de la Russie de Poutine. Ces articles retiennent l’attention sur deux points.

1/ A côté des actions menées par les services de Poutine hors de Russie pour déstabiliser l’Europe (attaques contre les réseaux physiques – câbles sous-marins – et inondation des médias occidentaux de fake news et désinformations plus ou moins grossières) de mieux en mieux documentées et dénoncées, le quotidien apporte un éclairage intéressant sur le troisième levier « de la cyberguerre et de la lutte d’influence » menée par le Kremlin : la maîtrise des infrastructures (dites « logiques ») de l’information : logiciels, applications, réseaux d’échange.

A la manœuvre, le service fédéral russe de supervision des communications Roskomnadzor (RKN), justement décrit comme « le grand ordonnateur de la censure de l’internet et des médias ». A son actif : la multiplication des pannes techniques, bugs et blocages qui allongent les délais de chargement sur internet, les black-out de plus en plus nombreux imposés aux réseaux internet et de téléphonie mobile, et plus radicalement la fermeture de l’accès en Russie aux messageries en ligne Signal, Face Time (Apple), et Snapchat, la menace (dernière en date) de blocage de WhatsApp, largement utilisée en Russie à titre privé et professionnel. Il leur est officiellement reproché d’être utilisées pour organiser des « sabotages » et « attentats terroristes »2.

Son objectif : la mise sous cloche de la société russe, en remplaçant les réseaux sociaux privés par des plateformes de messagerie et d’informations contrôlées par les proches du Kremlin (Vkontakte, Max), et assurant aux services de renseignement russes un libre accès à leurs données.

L’enjeu : loin du patriotisme économique et de la souveraineté technologique, il s’agit pour Poutine d’organiser « le contrôle social et idéologique de plus en plus strict » de la pensée, de l’information et désormais des vidéos qui circulent, dans une logique à long terme : isoler et atomiser la société civile russe pour mieux la transformer3. Une sorte de Retour vers le futur totalitaire.

Cette lutte à l’intérieur des frontières russes ne peut pas laisser indifférent : Nicolas Barotte considère à juste titre que « les campagnes menées [par la Russie de Poutine] contre l’Occident et la surveillance de sa propre opinion correspondent aux deux faces d’une même pièce ».

2/ Ce constat interroge la capacité et l’efficacité d’un sursaut de l’Occident face à une lutte d’influence dont « l’asymétrie s’accroît » : en termes moins diplomatiques, disons que l’Europe est en train de perdre la guerre informationnelle engagée contre elle par la Russie4, destinée à saper la capacité morale et politique de l’Occident à réagir et à miner ses fondements démocratiques. La question pour les démocraties libérales est de savoir comment identifier et exploiter « les vulnérabilités des régimes autoritaires ».

Dans cette lutte inégale – la Russie s’attaquant ouvertement au modèle d’État libéral5, les démocraties partent avec des moyens fortement contraints par les principes au cœur même de nos institutions : la liberté d’opinion et d’expression, le respect du droit (notamment celui de la guerre), le respect de la vérité. Dans la mise en œuvre d’opérations d’influence offensives, nous est-il également rappelé, les échecs sont interdits aux démocraties compte tenu du risque de discrédit qu’elles encourent.

Le Figaro rappelle enfin que l’Europe démocratique a longtemps cru au soft power de la promotion du libéralisme politique. Ce n’est aujourd’hui manifestement plus suffisant.

Antoine MURAGEOT, le 19 décembre 2025

  1. L’expression « rideau de fer numérique » a été lue sur une pancarte brandie lors d’une (petite) manifestation à Tomsk le 14 décembre 2025 (source : 7sur7.be, 15 déc. 2025). ↩︎
  2. Cette répression sur le « front intérieur » des réseaux de messagerie et d’information en ligne, est un choix de longue date et méthodique du pouvoir poutinien : depuis 15 ans, le Kremlin considère Internet comme une menace ; en 2011, les réseaux sociaux avaient largement contribué au large succès de la « révolution blanche » et des manifestations dans les grandes villes contre le pouvoir accusé d’avoir truqué les élections législatives. Au fil des années, le régime poutinien a visé de plus en plus les médias d’information dans « une forme de contrôle presque totalitaire » ; en 2022 et le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, la répression s’est accrue pour invisibiliser la guerre : deux lois ont organisé la fermeture ou la censure de médias russes indépendants en ligne (figurant dans les listes d’« organisations indésirables »), et des réseaux Facebook, Instagram, Twitter (« agents de l’étranger » accusés « d’activités extrémistes ») ; en septembre 2022, le New York Times a démontré que RKN a mis en place pour aider le FSB des outils d’espionnage téléphonique et sur internet des opposants, militants et médias indépendants. ↩︎
  3. Céline Marangé, « Après l’Ukraine, la Russie prépare la guerre d’Europe », Le Grand Continent, 24 fév. 2025. ↩︎
  4. Cette guerre informationnelle russe est alimentée par les campagnes massives de fake news et de désinformations, relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux (avec au choix la complaisante inaction ou la complicité active des propriétaires de certains d’entre eux), en Europe, en Amérique et en Afrique. ↩︎
  5. « Nous sommes en guerre avec l’Europe, pas avec l’Ukraine, misérable, pitoyable et manipulée. Cette guerre n’en terminera pas tant que nous n’aurons pas vaincu l’Europe moralement et politiquement. » (Sergei Karaganov, conseiller politique du Kremlin, cité dans « Le Kremlin veut-il vraiment la paix ? », ladépeche.fr, 12 déc. 2025) ↩︎

19 Déc 2025


Les tribunaux russes passent. La justice trépasse (suite)

Toujours sur la base des recherches de l’association russe OVD-info, nos amis belges de Human Rights Without Frontiers,  nous communiquent les faits suivants pour les mois d’octobre et novembre

17 octobre 2025

Bien que sérieusement malade, un témoin de Jehovah a été condamné à 7 ans de prison en vertu de l’article 282.2 du code pénal (mise en œuvre d’activités d’une organisation extrémiste).

Un chargeur de bois de Saint-Pétersbourg a été condamné à 8 ans de prison pour des messages postés sur une page interdite en vertu de l’article 280 du code pénal (appels publics en faveur d’une activité extrémiste via internet), de l’article 207.3 du code pénal (diffusion de nouvelles connues pour fausses sur l’Armée russe, motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282.2 (mise sur pied des activités d’une organisation extrémistes via internet).

Un apiculteur du Bachkiristan (au sud de l’Oural) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 du code pénal(violence dangereuse sur la personne d’un représentant de l’autorité et de l’article 212, 2ème partie du code pénal (organisation de troubles publics et incitation à ce que d’autres commettent de tels actes).

20  octobre 2025

Le chef d’une communauté ouzbek inculpé pour diffusion d’une image représentant des coqs a été condamné à près de deux ans de prison en vertu de l’article 321 du code pénal (rupture des activités  d’une institution correctionnelle en lien avec un membre du personnel).

21 octobre 2025

Un inculpé dans une affaire de jet de boules de neige lors d’un meeting  à Baymak (une ville du Bachkiristan de 20 000 habitants) a été condamné à 3 ans et sept mois de prison en vertu de l’article 318 (violences dangereuses pour la vie et la santé d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212 du code pénal

22 octobre 2025

Un anarchiste inculpé a été condamné dans une deuxième affaire le concernant à 5 ans de prison en vertu des articles 280 et 205.2 du code pénal (incitation publique à participer à une activité terroriste  et justification du terrorisme) ainsi que de l’article 214 du code pénal (vandalisme commis par un groupe de personnes dans le but de conspirer ou sur la base de la haine ou d’opposition politique, idéologique, racial, national -ou religieuse.

27 octobre 2025

Une femme de Saint-Pétersbourg a été condamnée à deux ans de prison pour une vidéo où elle brulait son passeport. Condamnation  en vertu de l’article 213 (vandalisme commis  sur la base de la haine ou d’un combat mené sur fonds politique, idéologique, racial, national, idéologique, racial, national ou religieux) et de l’article 329 du code pénal (rejet d’un emblème de l’État ou du drapeau de la Fédération de Russie)

31 octobre 2025

Un habitant de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans et demi de prison pour des messages en faveur du Corps de volontaires russes (qui se battent aux côtés des Ukrainiens) en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

6 novembre 2025

La peine d’un blogger orthodoxe de Bouriatie a été aggravée. Résultat : 3 ans et demi de prison en vertu des articles 280 et 282.2 du code pénal.

Un blogger d’Irkoutsk a été lui aussi condamné mais à deux ans et 7 mois de prison après un conflit avec un fonctionnaire de police en vertu de l’article 318 et de l’article 319 du code pénal (insulte publique à un représentant de l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions).

10 novembre 2025

Vladimir Osipov, âgé de 55 ans, a été condamné à 6 ans et demi de prison dans une affaire de fausses nouvelles militaires.

11 novembre 2025

Un libraire de la région de Kostroma a été condamné à cinq ans de prison  dans une affaire de « fausses nouvelles militaires » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

13 novembre 2025

Un habitant de la région de Sverdlovsk a été condamné à 6 ans de prison pour avoir commenté d’un « bien joué les gars » une action ukrainienne en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

14 novembre 2025

Youri Doud a été condamné in absentia  à un an et dix mois de prison pour non respect de ses obligations d’agent étranger selon l’article 330 du code pénal (violation de la procédure à respecter pour les activités d’un agent de l’étranger effectuées par une personne préalablement soumise à une punition administrative).

19 novembre 2025

Un habitant d’Ekaterinburg qui réprimandait un écolier portant un chapeau portant la lettre Z (peinte sur les véhicules de l’armée russe lors de l’attaque contre l’Ukraine) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu des articles 205.2 et 213 du code pénal.

20 novembre 2025

L’inculpé de ce qu’on a appelé « l’affaire ingouche » a été condamné à 9 ans de prison en vertu des articles 33 (création d’un groupe criminel et direction de ce groupe), 318 et 282 du code pénal. 

21 novembre 2025

Un ancien partisan des séparatistes du Donbass a été condamné à six ans de prison pour opposition à la guerre en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

24 novembre 2025

Un ancien stewart des Oural airlines a été condamné à 7 ans de prison dans une affaire de « fake news » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

25 novembre 2025

Un habitant de Moscou, Solim Kamin, a été condamné à 8 ans de prison  pour avoir posté des slogans anti-guerre en vertu de l’article  207.3, part 2 et de l’article 280.4 du code pénal.

26 novembre 2025

Un professeur d’histoire a été condamné à un an et demi de prison pour avoir montré un poster de 1945, où figurait le drapeau du IIIème Reich et la lettre V, en vertu de l’article 284 du code pénal (exhibition répétée de symboles interdits (nazis ou liés à des organisations extrémistes)).

28 novembre 2025

Un journaliste iakoute a été condamné à trois ans de prison dans une affaire mettant en cause sa justification du terrorisme. Condamnation en vertu de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à  développer une activité terroriste et justification du dit terrorisme).

17 Déc 2025


Registre mensuel des condamnations prononcées en Russie (4)

Nous avons à nouveau reçu de nos amis de « Human Rights without frontiers », informés par l’association russe OVD, des nouvelles de la répression judiciaire en Russie. Le bilan du mois de septembre que nous publions n’est sans doute pas exhaustif mais il donne une idée de ce que subit la population russe.

1er septembre 2025

– Condamnation à 10 ans de prison d’un prévenu dans l’affaire “Artpodgotovka”1 en application de l’article 205.1, partie 1 (incitation, recrutement ou participation de personnes à des activités terroristes) et de l’article 282.3, partie 1 (activités extrémistes) du code pénal.

03 septembre 2025

– Un habitant de la région de Briansk a été condamné à 8 mois de colonie pénitentiaire pour un commentaire publié sur une messagerie selon l’article 354.1, partie 4 du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire de la Russie et de la mémoire des défenseurs de la Patrie).

Un pasteur  a été condamné à 4 ans de prison pour un prêche pacifiste lors des premiers jours de la mobilisation, en application de l’article 280.4, partie 2, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État, par l’intermédiaire de médias ou d’Internet, en s’autorisant d’une position officielle).

04 septembre 2025

– Le journaliste Karen Chaignian condamné par contumace à 5 ans de prison pour deux dons à la Fondation de lutte contre la corruption selon l’article 282.3 du Code pénal (Financement d’activités extrémistes)

– Un Moscovite a été condamné à 3 ans et demi de prison pour financement de la Fondation de lutte contre la corruption selon le même article du Code pénal.

05 septembre 2025

– Un ancien maître de conférences de Koursk a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur Telegram en application de l’article 205.2 du Code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme).

– Un habitant de la région de Yamal2 a été condamné à 12 ans de prison pour une vidéo sur la guerre en Ukraine selon les articles 280.3 (Actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie), 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), 207.3 (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivées par la haine politique et nationale)  et 280.4, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État par l’intermédiaire de médias ou d’Internet)

– Une bénévole ayant aidé des réfugiés ukrainiens dans la région de Koursk a été condamnée à 5 ans de prison en application de l’article 205.2, partie 2 (appels publics à des activités terroristes et justification du terrorisme) et de l’article 280.4, partie 2 du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État)

– Le dirigeant du mouvement pour l’indépendance de la Tchouvachie a été condamné par contumace à 7 ans et demi de prison pour « menaces à l’encontre du chef du « centre E3 »» en application de l’article 280.4, partie 2 (appel public à des actions dirigées contre la sécurité de l’État) et de l’article 282, partie 2 (Incitation à la haine ou à l’inimitié avec circonstances aggravantes) du code pénal.

06 septembre 2025

Un habitant d’Angarsk a été condamné à 5 ans de prison pour des appels à la violence contre un homme politique russe selon l’article 205.2 du code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Kalouga a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur une attaque de drone selon l’article 205.2, partie 2 du Code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Khabarovsk a été condamné à 15 ans de prison pour avoir déposé des tracts sur les tombes de vétérans de guerre en vertu de l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste) et l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme) du code pénal et en vertu de l’article 244 (profanation de sépultures motivée par la haine politique) et l’article 275.1 du code pénal (collaboration confidentielle avec un État étranger ou une organisation étrangère dirigée contre la sécurité de la Fédération de Russie)

09 septembre 2025

– Un témoin de Jehovah de Crimée occupée  a été condamné à six ans d’emprisonnement en vertu de l’article 282.2, du code pénal (organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Le fondateur du projet “Traverse la forêt” a été condamné par contumace à 6 ans d’emprisonnement  pour “fausses informations militaires” en vertu de l’article 207.3 du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

18 septembre 2025

– Un folkloriste de Khanty-Mansiïsk4 a été condamné à 3 ans d’emprisonnement pour avoir effectué des dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3, du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Un maître-chien poursuivi pour un message sur une frappe contre Kramatorsk a été  condamné à 5 ans de prison en vertu de l’article 207.3, du code pénal (Diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

– Le concierge d’une école de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans de prison pour un message sur les victimes de la ville ukrainienne de Boutchaen vertu de l’article 207.3, partie 2, du code pénal

19 septembre 2025

– Cinq prévenus dans l’affaire “Baymak” ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 5 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 (Violence dangereuse pour la vie et la santé à l’encontre d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212, partie 2 du Code pénal (Organisation d’émeutes et implication d’autres personnes dans de tels actes)

– Un habitant d’Obninsk a été condamné à 4 ans d’emprisonnement pour soutien à la « Fondation de lutte contre la corruption » et à Viesna5 en vertu de l’article 280.3, (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie) et de l’article 282.2 du Code pénal (Recrutement et participation aux activités d’une organisation extrémiste).

22 septembre 2025

– Deux Témoins de Jéhovah ont été condamnés à 6 ans et demi et 7 ans de prison à Saransk en application de l’article 282.2, du code pénal (Organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Un partisan du groupe Wagner a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire inapproprié sur la “pénurie d’obus” en application de l’article 205.2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

23 septembre 2025

Un habitant de Kertch a été condamné par contumace à 5 ans et demi de prison pour un message concernant une frappe contre une gare à Kramatorsk en application de l’article 207.3, du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282, du Code pénal (Incitation à la haine ou à l’inimitié)

– Un habitant de Crimée a été  condamné à 1 an de prison pour avoir craché dans une boîte de collecte d’aide à l’armée en application de l’article 354.1du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 329 du code pénal (profanation de l’emblème ou du drapeau de l’État russe).

24 septembre 2025

– Un habitant de Novorossiïsk a été condamné à 9 ans d’emprisonnement  pour ses publications et sa tentative de rallier la Légion “Liberté de la Russie”6 selon l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste), l’article 30 (préparation d’un crime) et l’article 280.3 du code pénal. (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie).

25 septembre 2035

– L’activiste moscovite Konstantin Kotov a été condamné par contumace à 5 ans de prison pour dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3 du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Le directeur du musée de Narva a été condamné par contumace à 10 ans de prison pour avoir tendu une banderole clamant : “Poutine est un criminel de guerre” en vertu de l’article 354.1 (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 207.3 du code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe, motivées par la haine politique et nationale en usant d’une position officielle)

26 septembre 2025

– Un agent de sécurité de Voronej condamné à 2 ans de prison pour avoir appelé à “l’élimination” de la direction de la Fédération de Russie ( selon l’article 205.2, partie 2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

– Un habitant de Saint-Pétersbourg condamné à 5 ans de prison pour des commentaires sur les bombardements en Ukraine en application de l’article 205.2 et de l’article 282.3  du code pénal


  1. Le  « Mouvement social inter-régional » a été jugé « extrémiste » par le pouvoir russe ↩︎
  2. Péninsule de Sibérie occidentale au bord de l’Océan arctique ↩︎
  3. Centre de lutte contre l’extrémisme, une créature du Ministère de l’intérieur ↩︎
  4. Ville d’environ 100 000 habitants du nord-ouest de la Sibérie. ↩︎
  5. Une organisation de jeunes luttant pour une Russie libre et respectueuse des droits de l’homme ↩︎
  6. Unité militaire russe combattant avec les Ukraindiens ↩︎

13 Oct 2025