Pierre-Antoine Donnet : Chine, le grand prédateur, éd. de l’Aube 2021, 336p., 24 euros

Je lis le dernier livre de Pierre-Antoine Donnet. je le relis et rerelis quand je peux car je n’arrive pas à en faire un article qui me satisfasse. En tout cas je suis étonné de la superficialité des deux critiques de l’ouvrage que j’ai lues, l’une dans La Croix, l’autre dans Le Monde.

Ils font l’impasse sur ce que je juge le plus important. Extrait du Monde : « A la fois essai engagé et mini-encyclopédie sur la Chine de Xi Jinping, ce livre traite cinq questions : la « tragédie des Ouïgours et des Tibétains », l’environnement, les technologies, les droits de l’homme et la diplomatie. Sur tous ces sujets, le savoir de l’auteur est impressionnant. « 

Curieux que Le Monde n’évoque même pas ce qui fait la plus importante partie de l’ouvrage : un conditionnement des esprits et une surveillance rigoureuse sans précédent dans l’Histoire, une mainmise croissante sur l’information partout dans le monde, sur le travail journalistique, y compris des journalistes étrangers en Chine, la réécriture de l’Histoire qui ne concerne pas que l’occultation des horreurs surréalistes que seul un régime marxiste est capable de commettre mais qui remonte aussi aux origines de l’Histoire : même l’archéologie est devenue un enjeu idéologique et politique. Les archéologues sont invités à démontrer que l’invention de l’écriture a eu lieu en Chine, et que la civilisation chinoise est antérieure à celles de Mésopotamie et d’Egypte.

Les enfants sont porteurs d’une puce électronique dès 6 ans permettant de suivre leurs déplacements et activités. Le marxisme est enseigné dès le plus jeune âge, et le suivi est constant au sein du Parti. Le culte de la personnalité de Xi confine au délire ubuesque et là est d’ailleurs un talon d’Achille du régime repéré par Veron et Lincot dans leur  ouvrage « La Chine face au monde : une puissance résistible » édité chez Capit Muscas.

Le Monde et La Croix éludent aussi les chapitres détaillant l’investissement (particulièrement en Australie qui a mis un STOP en affirmant qu’il y a plus important que les intérêts commerciaux) des secteurs de l’enseignement, de la culture (spécialement le cinéma), des partis politiques et groupes d’influence de tous bords, du tourisme, des réseaux sociaux et forums (+ cyberguerre extrême) ; en outre la RPC utilise nos autocritiques à la mode et notre propre mise en exergue de nos défauts ou soi-disant tels et de faits divers qui ternissent notre image, tel l’affaire George Floyd, qui prouverait la supériorité du système chinois (sic!).

Ajouts personnels : les grands médias chinois ont attribué la victoire d’Emma Raducanu à l’US Open, au fait que sa mère est chinoise et à l’énergie que cette origine lui a insufflée (sic aussi!) La glorification fantasmatique de la race Han ajoutée à l’évocation d’un empire de 1000 ans, fait penser qu’ici le totalitarisme marxiste-léniniste-maoïste rejoindrait le nazisme mais non, le premier est infiniment plus totalitaire !

J’ai visité une expo, à Bruxelles, sur la construction du plus long chemin de fer du début du XXème siècle entre Pékin et Wuhan et du plus long pont du monde de l’époque par des travailleurs chinois sous la direction d’ingénieurs belges. Expo à laquelle ont collaboré les Chinois, donc : Hologrammes, films, photos, commentaires, textes, donnent un récit apocalyptique (et partiellement exact) de l’intervention des puissances occidentales, du Japon et de l’Inde. Pour une fois, un chiffre : la révolte des Boxers et sa répression auraient fait 30 millions de morts (?)

Pierre Druez

LE PARTI COMMUNISTE CHINOIS, LE GRAND ADVERSAIRE DE LA DEMOCRATIE DANS LE MONDE.

Le commentaire enthousiaste que Pierre Druez a donné au livre de P-A. Donnet intitulé « Chine, le grand prédateur » a mis en appétit notre ami Dominique Duel, intervenant fréquent dans ces colonnes où il explique pourquoi à ses yeux le Parti communiste chinois est le grand adversaire de la démocratie dans le monde. Il s’est procuré l’ouvrage, l’a lu attentivement et nous livre ici ses propres commentaires, quelques semaines après ceux de Pierre Druez. Ils se ramènent à quatre qu’il explicite ci-dessous :

Ce livre est un recueil très précieux de données factuelles sur « la Chine » et sur beaucoup de ses multiples exactions.

Ce livre n’est toutefois pas exhaustif. Il est vrai qu’il est difficile d’évoquer, tant elles sont nombreuses, toutes les exactions commises par Pékin et toutes les menaces qu’il fait peser sur le reste de la planète. Mentionnons quand même ici quelques oublis qui sont regrettables :

  • La surexploitation monstrueuse que le Parti Communiste inflige aux ouvriers d’usine en Chine.
  • La désindustrialisation qu’elle a infligée aux autres pays du monde et la déstabilisation, d’abord sociale puis politique, qui en résulte pour eux.
  • Le surendettement extérieur auquel « la Chine » contraint de très nombreux pays afin de se les soumettre ensuite géopolitiquement.
  • Le contrôle que la Chine a obtenu de l’ONU et de ses filiales, y inclus l’OMS, la FAO,…
  • Son alliance géopolitique avec la Russie de Poutine et du KGB.
  • Son alliance géopolitique avec l’Iran des ayatollahs
  • Son soutien à tous les régimes dictatoriaux et totalitaires en particulier quand il s’agit d’y réprimer les mouvements populaires pro-démocratie.

Mais ce livre souffre d’un défaut : l’auteur désigne comme notre adversaire la Chine quand il devrait en réalité désigner le Parti Communiste Chinois. Ce qui n’est pas du tout la même chose.

Si on fait une analyse terminologique de son livre, on se rend compte que, pour P-A. Donnet, c’est la Chine qui est désignée comme l’auteur de toutes les exactions citées alors même que leur véritable auteur est le Parti Communiste Chinois (il est le Parti-Etat qui prend toutes les décisions importantes en Chine).

La confusion regrettable que P.A. Donnet entretient entre la Chine et le Parti Communiste Chinois finit par devenir insupportable lorsqu’on se rend compte qu’elle est maintenue tout au long du livre.

La Chine et le PCC sont deux réalités qui sont intrinsèquement distinctes. Tout comme le Cambodge et les Khmers Rouges étaient deux réalités distinctes entre 1975 et 1979.

Il ne s’agit pas ici d’un pinaillage sémantique. Si l’on veut comprendre ce qui inspire Pékin, il est déterminant de savoir si Pékin, c’est la Chine, un pays ordinaire qui aurait pour principale particularité d’être immense, ou bien si Pékin, c’est le Parti Communiste Chinois (le PCC) avec ses singularités à la fois multiples et redoutables.

Tout auteur qui traite de la Chine contemporaine, se devrait, à mes yeux, de clarifier d’emblée quelle est la situation qui prévaut en Chine : le PCC est cette organisation qui s’est imposée par la force à la population chinoise en 1949 (non pas après un scrutin démocratique mais après une victoire militaire contre le Kuomintang au terme d’une guerre civile intense) ; il a alors institué un régime analogue à celui de l’URSS qu’il a réussi à maintenir depuis lors.

L’auteur exprime, dans son avant-propos, son « déchirement » entre son attrait pour « la Chine » et son dégoût pour les décisions prises par « la Chine ». Il n’y a pourtant pas lieu à un tel déchirement. Dès lors que l’on distingue bien la Chine du PCC, il devient loisible d’apprécier la population chinoise et simultanément de détester le Parti Communiste Chinois.

Et ce défaut du livre en induit un autre. Pour avoir occulté que le Parti Communiste Chinois se cache derrière « la Chine », l’auteur omet tout naturellement de désigner très précisément quelle est la nature du régime politique que le PCC a imposé à la Chine depuis 1949.

Or c’est un régime franchement totalitaire que le PCC a instauré en 1949 pour le maintenir ensuite sans discontinuer.

Le régime institué par le PCC présente en effet les traits communs qu’ont partagé l’URSS bolchevique (1917-1989) et l’Allemagne nazie (1933-1945), ces deux expériences historiques qui ont été « les matrices du totalitarisme ». Ces traits communs sont devenus très naturellement les caractéristiques qui permettent de désigner quels sont les vrais régimes totalitaires :

  • Une idéologie (une conception du monde) qui est très particulière ;
  • Un Parti (ou un mouvement assimilable) qui s’empare de cette idéologie ;
  • Une fraction de la population, minoritaire mais significative, qui se radicalise et qui se mobilise autour de cette idéologie et de ce Parti (avant même sa prise du pouvoir) ;
  • Une prise du pouvoir (le plus souvent par la ruse ou par la force) par ce Parti en dépit de son caractère numériquement minoritaire dans la population ;
  • L’instauration du Parti comme le Parti Unique assortie d’une abolition de tout droit d’association ;
  • La prise définitive par le Parti Unique de tous les pouvoirs institutionnels dans le pays : exécutif, législatif, judiciaire, militaire, médiatique, universitaire. Ainsi l’Etat disparaît au profit d’un Parti-Etat qui domine toutes les dimensions de la société ;
  • La domination, directe ou indirecte, de l’économie du pays ;
  • L’obligation imposée à toute la société comme à chacun de ses ressortissants de se soumettre à l’idéologie spécifique du Parti Unique.
  • Pour couronner le tout, un système de coercition et de répression qui ne rencontre aucune limite puisque le Parti Unique au pouvoir contrôle totalement la Justice et qu’il n’existe aucun élément de contrepouvoir.

Le régime politique instauré à Pékin en 1949 (et maintenu depuis lors) coche toutes les cases de ces critères. C’est pourquoi il est à la fois légitime et indispensable de prononcer le verdict qui convient : le régime politique en Chine est un régime totalitaire. Il faut à cet égard déplorer que pour qualifier le régime de Pékin, P-A Donnet n’utilise jamais ce mot, un mot qui par ailleurs est à l’évidence tabou aux yeux du PCC.

Et ces deux défauts en induisent un troisième. Après avoir omis de qualifier le régime du PCC comme totalitaire, P-A Donnet omet, assez naturellement, de s’intéresser à la démarche internationale qui est celle du PCC.

Or la démarche internationale du PCC se traduit par une ambitieuse stratégie à long terme. Elle a été conçue par le PCC en réaction à la gifle retentissante que la population chinoise lui avait infligée à Tien anmen en juin 1989. Elle fut mise en œuvre avec succès par le PCC à partir de 2001, après que les grands pays démocratiques eurent commis l’énorme erreur d’accepter la Chine totalitaire au sein de l’OMC sans même exiger d’elle quelque contrepartie.

Tout en amont, la motivation du PCC consiste à protéger encore plus complètement la pérennisation de son régime totalitaire. Il s’agit pour lui deneutraliser totalement (ou mieux encore d’abolir) les démocraties qui se maintiennent à l’extérieur de son territoire parce qu’elles seraient susceptibles de contribuer à maintenir dans la population chinoise une attirance pour la démocratie et les libertés individuelles.

De ce fait, son objectif stratégique consiste à combattre par tous les moyens les grandes démocraties jusqu’à les déstabiliser totalement. Il lui suffirait pour cela d’infliger aux Etats Unis une défaite géopolitique irréversible (militaire ou non militaire).En effet, sans les Etats Unis, le camp des pays démocratiques aurait un poids géopolitique insignifiant.

Pour atteindre cet objectif stratégique, le PCC a adopté une stratégie mercantiliste de très grande envergure qui consiste à fabriquer toutes sortes de produits made in China. Ceux-ci sont manufacturés « à des coûts imbattables » et délivrés ensuite « à des prix imbattables » et de ce fait ils envahissent le marché mondial en portant un tort immense à la santé économique et sociale de tous les autres pays.

En simplifiant, cette stratégie repose sur quatre piliers :

  1. Une sous-évaluation, délibérée et prolongée, du yuan d’environ 40% contre toutes les autres grandes monnaies
  2. Un lourd subventionnement, plus ou moins discret, des entreprises manufacturières par le Parti-Etat chinois
  3. Une main d’œuvre ouvrière d’usine que le PCC a « réussi » à esclavagiser : 288 millions de chinois en âge de travailler (soit 30% de la population en âge de travailler) sont des mingongs. Qui sont donc ces mingongs ? Ce sont des ex-paysans ou des ex-ouvriers qui ont été obligés depuis les années 80 de quitter, faute d’emploi disponible localement et en l’absence de tout dispositif d’indemnisation du chômage, les provinces intérieures où ils étaient nés pour se rendre sur les provinces côtières où le PCC avait soudainement encouragé une industrialisation intense.

Comme le PCC a refusé délibérément de leur accorder le hukou (le papier qui les aurait autorisés à migrer de leur province natale vers une autre province), ces migrants intérieurs sont devenus des mingongs (des migrants intérieurs sans-papiers).

Pour s’être obstinés à survivre avec un emploi salarié même précaire, ils se retrouvent dans l’illégalité au regard des règles qui ont émises discrétionnairement par le PCC.

Ils sont de ce fait totalement dépourvus de quelque pouvoir de négociation salariale vis-à-vis des usines qui les embauchent. Le salaire horaire qu’ils touchent et le coût salarial horaire qu’ils occasionnent à leurs employeurs est absolument dérisoire.

A cet égard le PCC de Deng xiaoping a réalisé un véritable « exploit anti-social », un « exploit » qu’aucun autre régime politique n’a réalisé dans l’époque moderne.

Et si le PCC de Deng a pu y parvenir, c’est parce que seul un régime franchement totalitaire comme le sien pouvait se permettre de tenter un tel « exploit » et de le réaliser. Un régime seulement dictatorial n’aurait pas pu y parvenir.

  1. L’obtention par le PCC de l’adhésion de la Chine en 2001 à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), grâce à laquelle plus aucun pays du monde ne pouvait maintenir ou instaurer des protections douanières à l’encontre des produits manufacturés made in China (produits que les trois premiers dispositifs rendaient par ailleurs super-compétitifs au niveau mondial).

C’est cette stratégie mercantiliste, très déloyale et très machiavélique, qui est à la base des multiples succès géopolitiques obtenus par Pékin depuis 2001 (ses suprématies sur les plans industriel, commercial, économique, financier, diplomatique qui s’ajoutent à sa suprématie démographique ; son contrôle croissant des espaces terrestres, maritimes et spatiaux ainsi que des ressources rares).

Cette stratégie n’est malheureusement jamais évoquée par l’auteur ni pour expliquer la montée en puissance effectuée par le PCC, ni non plus pour expliquer l’arrogance et l’agressivité que celui-ci se permet désormais et qui selon moi devrait encore s’accentuer.

En conclusion, le livre de P-A. Donnet est très précieux par le fait quil énumère et quil documente les multiples exactions et forfaits commis par Pékin. Mais ce livre, comme dautres avant lui, voit la portée de son message limitée parce quil sabstient dexpliquer qu’à Pékin, ce nest pas le peuple chinois qui gouvernerait souverainement mais cest le Parti Communiste Chinois qui gouverne après avoir usurpé en 1949 le pouvoir (tous les pouvoirs) à son profit et pour très longtemps.

Ce livre ne fournit pas aux démocrates la grille de lecture qui leur est pourtant indispensable pour comprendre la nature de ce Parti Communiste Chinois, la motivation qui lanime, lobjectif géopolitique quil sest assigné, la stratégie internationale antidémocratique quil a engagée pour y parvenir.

A lheure où le PCC savère comme le principal promoteur du totalitarisme sur la planète et où il est devenu ladversaire le plus déterminé et le plus dangereux de la démocratie et des libertés dans le monde, la tâche essentielle consiste à lanalyser sous tous ses aspects de façon à élaborer la contre-stratégie efficace qui permettrait de sopposer à lui.

Dominique Duel. 12 novembre 2021

27 Sep 2021


Débat sur Xi Jinping au sein des amis d’Histoire et Liberté

Nous sommes partis d’un article publié par Le Monde. Son auteur? Le correspondant à Pékin du journal, un des analystes les plus pertinents de ce qui se passe en Chine. On peut résumer cet article, en donner quelques extraits significatifs et faire part à nos lecteurs des premières réactions qu’il a suscitées parmi nous.

L’article s’intitule « l’inquiétante dérive maoïste de Xi Jinping ». Falletti y explique que le n°1 chinois accentue la mainmise du Parti sur l’économie et sur l’idéologie. Dans ce dernier domaine, un des exemples les plus frappants est le fait que, depuis le 26 août, toute référence à la star Zhao Wei a été brutalement «effacée» des moteurs de recherche. Sans doute Zhao Wei a-t-elle payé ses liens étroits avec Jack Ma, « le tycoon fondateur d’Alibaba, lui aussi dans le viseur des autorités ».

« La deuxième économie mondiale, souligne Falletti, multiplie (…) les mesures contre les «idoles efféminées», – c’est le pouvoir chinois qui parle – au nom de la «culture socialiste», et met au pas les géants du privé comme Alibaba. » «Il faut réglementer les revenus excessivement élevés et les encourager à récompenser davantage la société», a même déclaré le n°1 du PCC, « annonçant implicitement de nouvelles taxes sur le grand capital », et se drapant plus que jamais dans le marxisme.

Cette offensive de Xi contre le «grand capital» est reprise par la presse du Parti qui accuse de  manque de patriotisme les grands groupes privés. Renouerait-on avec la Révolution culturelle lancée par Mao ? Cela ne fait guère de doute pour Falletti qui note finement que le président Xi a résolument donné un coup de barre à gauche le 17 août, en brandissant le slogan de «la prospérité commune». « La formule a fait mouche, commente-t-il, car elle remet au goût du jour une expression datant de la collectivisation des terres des grands propriétaires privés dans les années 1950, à l’aube de la Chine maoïste..

Mais ce tour de vis étatiste ne s’exerce pas sans susciter des réactions : il a d’abord semé l’inquiétude chez les investisseurs, au point que le vice-premier ministre Liu He, fidèle de Xi, est monté au créneau pour tenter de les rassurer. « Ces changements de pied trahissent la nervosité du régime face aux défis sociaux croissants, à l’heure du ralentissement structurel de la seconde économie mondiale, qui n’a pas retrouvé le niveau d’activité d’avant la pandémie, et voit ses inégalités de revenus se creuser. 1 % des Chinois détiennent 30,6 % de la richesse nationale (…) Conscient du danger, le pouvoir se drape en protecteur des forçats de la tech, livreurs à domicile, imposant des mesures de revalorisation aux géants du secteur, mais veille à étouffer tout mouvement syndical d’ampleur ».

Ce «virage» socialiste trouve aussi son origine dans le contexte d’affrontement stratégique avec Washington. Cet affrontement « conduit Xi à exhorter l’autosuffisance» du pays dans des secteurs clés comme les semi-conducteurs, mais aussi soutenir la consommation intérieure pour réduire sa dépendance toujours forte aux exportations ».

Grand recentrage sur le marché intérieur,(…) donc et isolement accru de la population « sous la bannière d’un nationalisme toujours plus décomplexé pointant du doigt l’Amérique et pourfendant les influences occidentales, pour mieux célébrer le retour à la morale «socialiste», et «l’excellence de la culture traditionnelle chinoise», mariant Marx et Confucius. Tout en imposant un discret culte de la personnalité, marqué par l’inscription de la «pensée de Xi Jinping» dans les programmes scolaires obligatoires, depuis la rentrée » .

Certes, reconnaît Falletti, « dans le théâtre d’ombres du Parti, difficile de distinguer les contours des luttes internes féroces, qui se déclinent par des références obliques, et métaphores, susurrées derrière les portes closes de Zhongnanhai, épicentre du pouvoir rouge, à une encablure de la Cité interdite. Les opposants existent cependant, même s’ils n’osent pas contester frontalement cette fuite en avant. Mais en coulisse, les inquiétudes percent en ombres chinoises. «La réunion de Beidaihe s’est mal passée. Certains hauts grades de l’Armée populaire de libération ont appelé à calmer le jeu sur le front extérieur, car ils ne veulent pas payer la facture en cas de crise» ». D’autres formulent des souhaits qui ressemblent à des désaccords : «J’espère que tout le monde est convaincu que la ligne de réforme et d’ouverture de la Chine ne changera pas» », écrit un éditorialiste connu du Global Times .

Xi rencontre donc réticences et résistances, au point qu’André lançait avec humour « Ça branle dans le manche pour Xi! » Et Pierre ajoutait : « Outre ces difficultés actuelles, et celles à  venir dans les prochaines décennies, divers facteurs rendent l’avenir de la Chine incertain : les grands groupes se laisseront-ils faire ? La jeunesse se laissera-t-elle faire? ».

Dominique Duel fit savoir qu’ « il n’était pas d’accord avec un tel optimisme qui amenait à retenir le scénario d’un effondrement du régime chinois ».

Aucun d’entre nous, répondit André n’envisageait l’effondrement du régime chinois. Nous prenions seulement en considération les analyses sans complaisance des spécialistes qui pointent les faiblesses structurelles du régime.

Mais laissons Dominique Duel développer son point de vue :

« Pour ma part, je reconnais que le PCC prend le risque de provoquer quelques remous et quelques mécontentements en Chine. Mais je privilégie l’idée que le PCC vise surtout à mobiliser son économie, sa société et sa population  pour être soutenu dans l’affrontement qu’il prépare contre les Etats Unis et leurs alliés.

Réformes économiques fracassantes ? Il s’agit pour Xi de passer d’un Capitalisme d’Etat à un Capitalisme d’Etat dans sa phase guerrière (style des pays belligérants en 14-18). La High Tech chinoise doit se reconvertir à la recherche armements et s’y mobiliser

Réformes sociétales soudaines (limitation des jeux vidéos pour les jeunes , campagne contre les stars et contre les efféminés) ? il s’agit pour Xi de mieux militariser la jeunesse pour l’enrôler dans les combats extérieurs qui viennent.

Dénonciations spectaculaires par le PCC des riches chinois et de leurs profits ? Il s’agit pour Xi de recourir momentanément au populisme et de présenter (artificiellement) à la fraction non élitaire de la population que le PCC n’a jamais autant pensé à elle, de façon à homogénéiser la population chinoise et à la mobiliser derrière le PCC dans les combats extérieurs qu’il prépare.

Alors que le PCC prépare l’affrontement, Biden n’avance par ailleurs pas beaucoup. C’est Soros qui est obligé de monter au créneau pour dénoncer Wall Street et en particulier l’entreprise BlackRock (gestion de fortunes et de gestion de fonds d’investissement) qui entend organiser un flux massif de dollars des Etats Unis vers la bourse chinoise et la Chine. Il est le seul à dénoncer le comportement antipatriotique qui est celui de BlackRock (et aussi de Goldman Sachs et autres).

Ne nous trompons pas. Le PCC n’est pas du tout en position de faiblesse.

Il vient même de marquer un énorme point en Afghanistan avec la complicité de ses alliés iraniens et pakistanais, preuve supplémentaire de l’alliance qui s’est formée entre les deux sortes de totalitarismes, celui ethno-nationaliste et parti-cratiste de Pékin/Moscou et celui théocratique de Téhéran/Frères Musulmans ».

Personne n’envisage-t-il vraiment l’effondrement du pouvoir chinois?

« Moi si, rétorque Pierre Druez, mais à terme, d’ici 10, 30 ou 100 ans peut-être.

Et entretemps tout est possible, même la guerre nucléaire, improbable, n’est pas à exclure.

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en guerre même si elle reste non déclarée comme telle et que ce n’est pas encore une 3ème guerre mondiale – qui serait la plus chaude de toutes ! 

Il faut faire savoir que l’Occident représente les valeurs qui sont celles du genre humain et qu’il fait face au plus gros monstre engendré par le marxisme, beaucoup plus puissant, potentiellement, et dangereux, que l’ex-URSS. Mais je suis quasi certain que le PCC est le dernier avatar de l’absurdité marxiste et de l’abominable machine léniniste de déshumanisation. 

Le peuple chinois semble aveuglé et fanatisé par un conditionnement idéologique et un nationalisme exacerbé mais l’est-il vraiment, aveuglé ? Sa jeunesse l’est-elle vraiment, fanatisée ?  Peut-on le rester avec les multiples échanges de toute espèce en augmentation exponentielle même filtrés, censurés, réglementés, réprimés ?

L’erreur majeure il me semble serait de lui opposer d’autres nationalismes,  étroitismes, censures et répressions, en ordres dispersés et antagoniques ! 

Je crois que la fuite en avant du régime chinois est intenable à terme. J epense que l’accentuation du contrôle, du conditionnement, de la maîtrise de tout un chacun, pensées comprises, non seulement en Chine mais de tout un chacun dans le monde, va finir par mener le PCC de Xi à une impasse, face à une muraille infranchissable et, en définitive, à l’implosion ou à la libéralisation.

Simplement parce que son projet est incompatible avec la nature humaine. 

L’homme n’est pas fait pour le mensonge incessant, pour se savoir surveillé constamment, pour la corruption à tous les niveaux, pour le double think et le double fonctionnement, pour vivre continuellement sous une épée de Damoclès, pour l’esclavage. 

L’homme, profondément, même s’il est ignare, cupide, stupide, peureux et paresseux, a soif de liberté, de savoir, de vérité, de générosité, de compassion, de cohérence, de créativité, de découverte. Il finit toujours par rejeter la surréalité imposée par tout régime d’inspiration marxiste, il sentira que cette Histoire qu’on entend lui imposer est refaite, que cette nature est fictive, que cette nature humaine n’est pas la sienne, que ce Xi et ce Mao sont des épouvantails grotesques, que la vision marxiste du monde est une imposture.

« Cher Pierre, lui répondit Dominique Duel, on est obligé de rester optimiste sur la nature humaine. Sinon, il n’y a qu’une option, se résigner à la passivité.

Mais, même si notre hypothèse sur la nature humaine se vérifie, cela ne nous garantit absolument pas d’éviter que ne s’instaure un réseau mondial de régimes totalitaires.

Pour moi, le livre 1984 de George Orwell nous délivre le message suivant : « Ne comptez pas qu’un réseau de héros humanistes puisse se mettre en place pour renverser un régime totalitaire une fois qu’il est complètement installé ». Et George Orwell, muni de son aura de militant anti-totalitaire a eu l’immense mérite de nous délivrer ce message majeur.

C’est ce message, énoncé dans les années 50 et malheureusement maintes fois confirmé un peu partout, qui base ma grille de lecture actuelle : Xi, Kim, Poutine, Loukachenko, les Ayatollahs, les Talibans, les Frères Musulmans partagent une même détestation de la démocratie, de l’idée même de démocratie et de libertés individuelles. Seul le régime totalitaire leur convient et en dépit de leurs différences, ils ont pactisé entre eux pour défaire définitivement le camp des pays démocratiques (dont, qu’on le veuille ou non, le leadership est tenu par les Etats Unis). C’est là où nous en sommes. »

Qui poursuivra la discussion ?

(crédit photo : https://www.flickr.com/photos/unisgeneva/32270494731)

27 Sep 2021


25 août 2021

Comprendre la Politique Extérieure Du Parti Communiste Chinois

Plus que jamais, il nous faut relire 1984 de George Orwell. Le principal message qui émane de la célèbre fiction me semble être le suivant : une fois qu’un régime totalitaire est installé, il est vain de croire et d’attendre que des héros individuels puissent se mettre en réseau et organiser valablement un mouvement intérieur de résistance qui devienne ensuite assez significatif pour obtenir in fine le renversement de ce régime totalitaire.

S’il fallait des vérifications supplémentaires de la validité de ce message d’Orwell, il suffit de se référer au sort tragique que le régime totalitaire chinois réserve non seulement aux personnalités et aux militants pro-démocratie mais aussi aux personnages simplement susceptibles de porter ombrage au pouvoir monopolistique du Parti Unique ; il suffit de se référer à l’ impuissance relative que connaissent malheureusement les résistants ouïghours face au rouleau compresseur que le Parti Communiste Chinois déploie au Sinkiang contre leur population ; il suffit de se référer à la chape de plomb que, depuis le 30 juin 2020, en abolissant brusquement le statut spécial de Hong Kong, le Parti Communiste Chinois a fait tomber sur le territoire, transformant les millions de Hong-Kongais, qui avaient pendant plusieurs mois manifesté héroïquement dans la rue pour la démocratie, en autant de personnes atomisées et terrorisées parce que désormais menacées arbitrairement de lourdes années d’emprisonnement.

En réalité, Orwell a raison : une fois qu’un régime totalitaire est installé, il est quasiment « indégommable » par un mouvement intérieur.

C’est donc préventivement que les populations concernées doivent agir pour empêcher que des minorités significatives, radicalisées et organisées autour d’une idéologie particulière, n’installent un régime totalitaire.

Rappelons à ce sujet que juste après le Coup d’Etat opéré par Lénine en octobre 1917, les Bolcheviques ne recueillirent que 23 % des suffrages à l’élection Constituante de Russie de novembre 1917 (ce qui vérifie le manque d’adhésion populaire aux Bolcheviques et à leur putsch). Rappelons aussi qu’aux élections législatives de novembre 1932, peu avant son Coup de force de mars 1933, Hitler n’avait recueilli que 33% des suffrages.

Un tel manque initial d’adhésion populaire n’a pourtant empêché ni l’instauration par les Bolcheviques de leur régime totalitaire en URSS (il aura duré 74 ans), ni l’instauration d’un autre régime totalitaire par Hitler en Allemagne (un régime que la majorité de la population allemande défendit jusqu’au bout face aux armées alliées).

Pour aller plus loin dans l’appréhension de la solidité ou, au contraire, de la vulnérabilité des régimes totalitaires, il faut prendre en compte deux observations majeures depuis que le phénomène totalitaire est apparu (au début du XXème siècle).

Première observation : nombre de régimes totalitaires restent durablement en place et n’ont même jamais été renversés depuis leur instauration (Chine depuis 1949, Corée du Nord depuis 1953, Cuba depuis 1965, Syrie depuis 1970, Vietnam depuis 1975, Iran depuis 1979, Venezuela depuis 2000). Cela confirme, hélas, la robustesse des régimes totalitaires une fois qu’ils sont installés.

Deuxième observation. Il se trouve que quelques régimes totalitaires, même très importants, ont quand même fini par chuter : l’Allemagne nazie et le Japon de Hiro Hito en 1945, les Khmers rouges au Cambodge en 1979, l’Argentine des colonels en 1982, l’URSS en 1991. Mais si ces quelques régimes totalitaires ont fini par chuter, ce ne fut pas principalement en conséquence d’un mouvement intérieur de résistance mais principalement en conséquencede leurs échecs en politique extérieure :respectivement, la défaite en 1945 de Berlin et Tokyo dans la Deuxième guerre mondiale, l’intervention en 1979 de l’armée vietnamienne au Cambodge, la défaite en 1982 des colonels argentins aux Malouines, la défaite de l’URSS en 1991 largement imputable à deux facteurs de politique extérieure (l’enlisement de l’Armée Rouge en Afghanistan et ce qu’on a appelé la Guerre des Etoiles).

Si l’on conjugue ces deux observations distinctes, on en conclut que la vraie vulnérabilité qui pèse sur les régimes totalitaires avérés provient de leur environnement extérieur.

C’est précisément parce qu’il est conscient que subsiste une vulnérabilité extérieure (pour son régime totalitaire comme pour les autres) que le Parti Communiste Chinois a adopté autour de 1990 une stratégie ambitieuse qu’il déroule méthodiquement depuis plus de 30 ans.

De quoi s’agit-il ?

En 1989, le Parti Communiste Chinois s’employa à réprimer dans le sang, à Tian Anmen, le mouvement pro-démocratie le plus important qu’ait connu la Chine. Ne se contentant pas d’avoir surmonté ce mouvement pro-démocratie par une répression sanglante, le Parti Communiste Chinois a tenu à analyser et a conclu ceci : pour garantir totalement la pérennité de son régime totalitaire, la répression intérieure ne suffit pas ; il lui faut aussi « se protéger de l’extérieur ».

De ce point de vue, il lui devenait en particulier insupportable que les Etats Unis puissent continuer à démontrer concrètement, à la population chinoise et aux autres populations du monde, que la démocratie était parfaitement compatible avec la prospérité économique et la puissance géopolitique ; le Parti Communiste Chinois considérait (sans doute à juste titre) que cet exemple américain avait même beaucoup contribué à ce que la jeunesse chinoise ose prendre le risque en 1989 de réclamer la démocratie par des manifestations de rue prolongées.

Depuis lors, l’objectif prioritaire du PCC en politique extérieure consiste à éradiquer de la planète les régimes démocratiques et l’idée même de démocratie.

Cela se traduit par une politique extérieure qui revêt trois dimensions complémentaires :

Première dimension : la Chine soutient systématiquement les régimes totalitaires et les régimes dictatoriaux et les aide à réprimer et à vaincre les mouvements pro-démocratie, très importants et très héroïques, qui prennent le risque de manifester et de lutter contre eux. C’est ce que l’on a vu dans les dernières années en Iran (2009 puis 2017/2018 et encore 2019/2020), en Syrie (2011/2016), au Venezuela (2015/2019), au Zimbabwe (2019), au Soudan (2019), en Algérie (2019), en Thaïlande (2020/2021), en Birmanie (2021), en Biélorussie (2021). Dans tous ces pays évoqués, le Parti Communiste Chinois s’est tenu et se tient encore contre les populations et derrière les régimes antidémocratiques (qu’ils soient dictatoriaux ou totalitaires) et leurs forces de répression.

Deuxième dimension : la Chine s’active à resserrer les liens entre les régimes totalitaires avérés. On voit ainsi se constituer sous nos yeux un véritable Front des Régimes Totalitaires dont le noyau dur est la Chine et qui regroupe autour d’elle la Corée du Nord, Cuba, le Venezuela, la Russie, la Biélorussie et ce régime totalitaire théocratique qu’est l’Iran avant d’accueillir probablement en son sein un autre régime totalitaire théocratique, celui des Talibans. Ce Front bien entendu a vocation à admettre aussi des régimes dictatoriaux qui ne sont pas (ou ne sont pas encore) des régimes totalitaires avérés.

Troisième dimension : la Chine vise à infliger une défaite définitive aux Etats Unis. Si l’ensemble de la planète devait passer sous le joug de divers totalitarismes selon le souhait de Pékin et de Moscou, le Parti Communiste Chinois serait pleinement rassuré : il n’y aurait plus d’environnement extérieur à partir duquel son régime totalitaire ou les autres régimes totalitaires pourraient être déstabilisés. Le jour où le monde entier serait entièrement soumis à divers régimes totalitaires, les libertés individuelles et les droits humains seraient éradiqués partout et définitivement. C’est dans cette optique que la Chine et ses alliés sont décidés à infliger une défaite définitive aux Etats Unis.

Une défaite géopolitique majeure des Etats Unis serait en effet aussi une défaite de tous les pays démocratiques. A part les Etats Unis, aucun autre pays démocratique n’a la capacité militaire de s’opposer valablement à l’Armée Rouge ou à l’Armée Populaire de Libération. Si les Etats Unis étaient vaincus par la Chine et le Front des Régimes Totalitaires, ce serait donc un triomphe planétaire pour le camp totalitaire et un effondrement dramatique de tout le camp démocratique. Depuis que, fin juin 2021, à l’occasion du centenaire du Parti Communiste Chinois, Xi Jinping a déclaré, devant les millions de militaires de l’Armée Populaire de Libération réunis au garde à vous devant des écrans géants décentralisés, qu’il leur fallait préparer la guerre, il est devenu encore plus évident que la Chine et le Front des Régimes Totalitaires visent désormais à infliger une telle défaite décisive aux Etats Unis.

Ces trois dimensions de la politique extérieure du Parti se complètent pour réaliser les deux objectifs jumeaux qu’il poursuit depuis 1989 : instaurer une hégémonie impérialiste de la Chine sur le monde mais aussi et surtout détruire tout fonctionnement démocratique sur la planète afin de préserver définitivement son régime totalitaire en Chine. Ce sont ces deux objectifs jumeaux que Xi Jinping résume d’ailleurs par une formule hypocrite, celle du « rêve chinois ».

Face à cette redoutable stratégie du Parti Communiste Chinois, la responsabilité qui incombe aux pays démocratiques et aux démocrates, c’est de tout mettre en œuvre pour y faire obstruction, c’est en particulier d’organiser, autour des Etats Unis, l’alliance, politique et militaire, la plus large possible et la plus solide possible, des pays démocratiques.

Dominique Duel

(crédit photo : https://www.flickr.com/photos/remkotanis/8165922995)

27 Août 2021


Chine : l’« avantage » stratégique d’une Justice aux ordres

Nous savons qu’en Chine, comme dans tout Etat marxiste-léniniste, la justice est aux ordres du pouvoir exécutif, qu’elle se trouve très concrètement, constamment, soumise à la tête du Parti Communiste. 

L’actualité nous fait constater, une fois encore, que cette caractéristique constitue un sérieux avantage de négociation avec les Etats occidentaux. Comme du temps de l’URSS quand un de ses espions, ou agents, important, était démasqué et arrêté en Occident : à défaut de véritable espion détenu et échangeable, le PCUS faisait alors arrêter un Occidental sous n’importe quelle raison ou prétexte. Ou alors on utilisait des prisonniers politiques ou, par exemple, un Soviétique incarcéré pour délit d’opinion qui avait la chance insigne d’être connu en Occident.  Ensuite on négociait une libération, réciproque mais généralement déséquilibrée. Tel l’échange, en 1976, entre Luis Corvalan, secrétaire général du PC chilien et Vladimir Boukovski, enfermé dans un « asile psychiatrique » depuis une dizaine d’années, car déclaré « fou » pour avoir exprimé une pensée divergente de la ligne du Parti.

La RPC procède de même aujourd’hui

Meng Wanzhou,  fille du fondateur de Huawei, et directrice financière du leader mondial des équipements et réseaux 5G, d’une importance de contrôle stratégique extrême, comparait jusqu’au 20 août devant une Cour canadienne qui statuera sur son extradition vers les Etats-Unis. Mme Meng est officiellement soupçonnée de fraude bancaire liée aux sanctions contre l’Iran. Bien sûr la réalité est sans doute plus complexe, Madame Meng étant forcément aussi un agent d’influence et de corruption, inféodée au Parti. En Occident on tente aussi parfois de trouver une raison secondaire en vue de mettre un criminel hors d’état de nuire, ainsi Al Capone, n’a pu être emprisonné qu’à la suite d’une inculpation de fraude fiscale. La Chine elle évite de faire émerger le vrai fond du problème et évoque des manigances américaines en vue d’abattre une entreprise rivale.

Selon l’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, il ne fait guère de doute que c’est la comparution actuelle de Meng Wanzhou qui conduit les autorités chinoises à utiliser trois Canadiens détenus en RPC. La Chine veut absolument éviter un procès aux USA, lequel générerait un déballage qui lui serait extrêmement préjudiciable quant à sa quête de pouvoir sur le monde et les cerveaux.

Il s’agit d’abord de Michael Spavor, détenu arbitrairement depuis décembre 2018. Il avait été appréhendé quelques jours après l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou en date du 01-12-2018. Après un procès à huis clos, il vient d’être condamné à 11 ans de prison pour « espionnage ». Il aurait photographié des avions militaires. Défense de rire. Michael Spavor, grâce à ses relations, permettait à des Occidentaux d’entrer en contact avec les autorités nord-coréennes et ce jusqu’au leader suprême, Kim Jong Un, qu’il avait rencontré à plusieurs reprises.

A noter qu’un autre ressortissant canadien, Michael Kovrig, ancien diplomate, a été interpellé en même temps que l’autre Michael, et ce, sous un prétexte similaire : l’espionnage.

Comme en cette matière les Etats communistes ne font jamais dans la demi-mesure, presque simultanément, un tribunal chinois a confirmé en appel la condamnation à mort d’un autre Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, inculpé de trafic de drogue.

Voici une nouvelle illustration du fait que, dans les marchandages internationaux, pouvoir user à volonté d’une justice qui répond instantanément aux ordres du Parti procure à la Chine un avantage indéniable sur les régimes pluralistes.

Tout comme est patent, en matière de désinformation, le déséquilibre de la latitude d’action entre Etat contrôlant l’information et société ouverte, un gouvernement contrôlant le pouvoir judiciaire, et ne se trouvant, en outre, en rien contraint de se soucier des droits de la personne, dispose de moyens de pression hors de portée des Etats démocratiques.

Pierre Druez

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Meng_Wanzhou_at_Russia_Calling!_Investment_Forum.jpg)

12 Août 2021


6 Août 2021

Le Monde Diplomatique et le Parti Communiste Chinois

Chose étrange, le Monde Diplomatique, qui s’exprime très volontiers sur la plupart des pays de la planète, s’exprime très peu souvent sur la Chine (pourtant le plus grand pays de la planète par sa population et par son PIB depuis 2014). Le Monde Diplomatique lui-même reconnaît avoir publié seulement cinq articles importants à ce sujet depuis 1999.

Un tel comportement d’abstention n’est sans doute pas fortuit. La Rédaction du Monde Diplomatique n’est pas à l’aise dès lors qu’il s’agit de reprocher publiquement au Parti Communiste Chinois ses exactions dans de multiples domaines. C’est sans doute son antiaméricanisme, bien connu et presqu’obsessionnel, qui l’amène à évoquer le moins possible le Parti Communiste Chinois, en sorte de ne pas avoir à lui adresser de reproches.

Néanmoins, le Monde Diplomatique ne pouvait pas laisser passer le centenaire du Parti Communiste Chinois sans en prononcer le bilan qu’il retirait. On trouve en tout cas dans son numéro daté de juillet 2021 un grand article qui en tient lieu et qui est intitulé : « De Mao Zedong à Xi Jinping, un parti pour le renouveau national ». C’est un professeur de Sciences Po, Monsieur Jean-Louis Rocca, que le Monde diplomatique a chargé de l’exercice.

Compte tenu de ce que le Parti Communiste Chinois a défrayé l’actualité internationale par ses multiples exactions, on se serait attendu à ce que son bilan soit établi au regard de sa contribution (positive ou négative) aux droits de l’homme en Chine au cours des 100 années qui ont séparé 1921 et 2021 avec un accent particulier sur les 72 années (1949 à 2021) au cours desquelles le Parti a exercé sans interruption, le pouvoir – tous les pouvoirs.

Point du tout. Monsieur Rocca a délibérément choisi de juger le Parti Communiste Chinois au seul regard de sa fidélité à ses origines et en particulier au marxisme-léninisme qui était, initialement en tout cas, sa doctrine de référence. Monsieur Rocca nous déroule ainsi les quelques contorsions du Parti à l’égard de sa doctrine : dans sa période d’opposition, celui-ci, conformément à sa doctrine, s’adresse initialement aux ouvriers (alors très peu nombreux, trop peu nombreux à son goût) puis il s’en détourne pour cibler sans succès les paysans pauvres ; dans sa période au pouvoir, le Parti, à partir de 1978, effectue de nouveaux virages en accueillant dans ses rangs beaucoup de diplômés et même de chefs d’entreprise et surtout en basculant du collectivisme au capitalisme.

Chose incroyable, dans son rappel historique, Monsieur Rocca se dispense de rappeler que c’est par un coup de force militaire que le Parti Communiste Chinois s’est emparé du pouvoir en 1949 et s’est imposé immédiatement comme Le Parti Unique.

Mais Monsieur Rocca a sans doute conçu son article pour ne jamais avoir à recourir aux mots qui fâcheraient Pékin.

Jamais dans l’article, le régime que le Parti impose à la population chinoise n’est caractérisé comme totalitaire.

Jamais dans cet article, il n’est procédé non plus à une énumération, même embryonnaire, des très graves exactions que ce régime a commises. Ainsi ne sont mentionnées :

  • Ni les victimes de la grande famine que Mao imposa aux paysans (comme avant lui Staline aux paysans russes et surtout ukrainiens) ;
  • Ni les persécutions à grande échelle infligées pendant la Révolution Culturelle à certaines catégories sociales (aux intellectuels en particulier);
  • Ni l’imposition de la politique de l’Enfant Unique (pour les habitants des zones urbaines) ;
  • Ni le chômage imposé brutalement (après 1978) par le Parti aux populations des provinces intérieures assorti d’une interdiction pour elles de migrer vers les provinces côtières en sorte que se constitue, de 1978 à aujourd’hui, une population de 288 millions de mingong (qui représentent un tiers environ de la population en âge de travailler et qui constituent un segment totalement séparé du reste de la population chinoise) qui sont, pour la plupart, des ouvriers d’usine sans aucune défense sociale surexploités par les entreprises manufacturières de la zone côtière ;
  • Ni la répression brutale et sanglante d’un immense mouvement populaire qui avait pris le risque immense de sortir dans la rue pour réclamer la démocratie (Tian An Men, juin 1989) ;
  • Ni l’emprisonnement soudain (sans motif annoncé, sans procès ni recours) assorti de tortures (physiques et mentales) pour de très nombreux militants prodémocratie ou même pour des citoyens que le Parti juge non conformes à ses normes ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, (principalement entre 1949 et 1969) de la minorité tibétaine (minorité à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ;
  • Ni l’introduction de la reconnaissance faciale généralisée et l’institution du score social qui introduit un système de punitions automatiques pour les Chinois qui dévient des normes de conformité imposées par le Parti ;
  • Ni l’abolition unilatérale (juin 2020) par Pékin du traité anglo-chinois qui instituait, de 1997 à 2047, un minimum de vie démocratique pour les habitants de Hong Kong ni la répression sévère qui s’abat sur les nombreux militants qui, avec le soutien quasi-unanime de la population, cherchent à résister à cette décision ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, au Sinkiang, principalement depuis 2014, de la minorité ouïghoure (à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ; dans ce dernier cas d’ailleurs, le Parti Communiste Chinois se défend de l’accusation de génocide qui est portée contre lui, en invoquant, très spécieusement, que le nombre officiel des victimes décédées reste limité et en omettant, délibérément, de prendre en compte les très nombreuses victimes qui ne survivent que très difficilement après qu’il leur ait fait subir un emprisonnement et un travail forcé accompagnés de tortures physiques et mentales, ou encore de viols ou de stérilisations forcées.

Encore une fois, il est proprement inadmissible de tirer le bilan de 100 ans d’existence du Parti Communiste Chinois sans porter à son passif une telle énumération de forfaits horribles. Imagine-t-on tirer le bilan du Parti Nazi sans porter à son passif le génocide des Juifs et des Tziganes ?

A dire vrai, Monsieur Rocca a choisi de s’adresser à ceux qui sont restés marxistes-léninistes (ou à ceux qui n’ont pas complètement coupé le cordon ombilical avec lui). Ce qui en réalité l’intéresse, c’est de démontrer et de conclure que le Parti Communiste Chinois est resté fidèle à sa vocation : « Loin d’avoir trahi, le Parti Communiste Chinois reste fidèle à deux principes ».

Et qu’importe si cette vocation l’a amené à devenir un Léviathan toujours plus monstrueux et toujours plus menaçant, pour sa population comme pour le reste du monde.

Laissons Monsieur Rocca à sa démarche beaucoup trop particulière. Relevons quand même qu’en choisissant la plume de Monsieur Rocca pour rendre compte du centenaire du Parti Communiste Chinois, le Monde Diplomatique, une fois encore, montre qu’il préfère défendre le marxisme-léninisme (en dépit même de ce qu’il a toujours mené au totalitarisme) plutôt que de défendre les droits de l’homme, les libertés et la démocratie libérale.

Dominique Duel

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:FF_Yoga_(4197323321).jpg)

Réponses

Il n’est pas surprenant que Le Monde diplo publie un article qui préfère passer sous silence les crimes du communisme chinois. Ce qui est inquiétant, Dominique Duel c’est que, comme vous le précisez, l’auteur de l’article est professeur a Sciences Po. Cela donne une idée de l’impartialité et du sérieux des recherches qu’il doit mener et des cours qu’il doit donner a ses élèves de Sciences Po.

Le Monde diplomatique, fondé par Hubert Beuve-Mery, était destiné à ses débuts aux cercles diplomatiques et aux grandes organisations internationales. Tout change lorsque Claude Julien prend la direction du journal; c’est l’époque ou j’ai cessé de le lire. Tout comme j’ai arrêté de lire Le Monde de Jacques Fauvet lorsqu’ils ont titré en première page  » Saigon libérée » en 1974. Jacques Fauvet avait reconnu du bout des lèvres, sur le plateau de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, que  » c’était une erreur ».

Quant au Monde diplo, après sa tendance altermondialiste (Bernard Cassen) il représente maintenant le courant de la gauche radicale, la gauche de la gauche comme l’explique un article du Monde du 14/02/2017. Cet article fait l’apologie du Monde diplo qui, selon la journaliste du Monde, « dénonce les partis pris et les conformismes ». Ignacio Ramonet a été membre du journal dirigé maintenant par Serge Halimi. On voit donc les partis pris…Il est ironique de voir sur son site internet que Le Monde diplo se présente comme « un mensuel critique d’informations et d’analyse » (sous-entendant une seule critique : la critique marxiste-léniniste pour analyser le monde comme il va).

Jacques Carbou

Merci à Monsieur Carbou pour son commentaire que je partage largement. Comme lui, je n’ai pas été surpris par le fait que, une fois encore, Le Monde Diplo manifeste de la complaisance à l’égard du Parti Communiste Chinois.

Ce qui m’a surpris, c’est jusqu’où Le Monde Diplo ose aller. Faire un bilan positif du PCC sans même commencer à lister les exactions et les crimes dont il est responsable, c’est proprement ahurissant. Rappelons nous que, lorsque le PCF était sous la coupe du PCUS (PC de l’Union Soviétique), Georges Marchais, commençait par reconnaître quelques passifs de l’URSS même s’il finissait par conclure à « un bilan globalement positif de l’URSS ». Monsieur Rocca n’a même pas les scrupules qu’avait encore Georges Marchais. Encore une fois, serait-il admissible que quelqu’un fasse le bilan du Parti Nazi en passant sous silence le génocide contre les Juifs et le génocide contre les Tziganes ?

La représentante de la communauté ouighoure en France a raison lorsqu’à la télévision, elle dit que, selon la définition retenue par l’ONU, le Parti Communiste Chinois commet un génocide culturel au Sinkiang. Et ce génocide culturel succède à celui commis au Tibet. A quoi il faut ajouter une troisième persécution religieuse, celle commise par le PCC contre les membres de la religion Falun Gong (environ 95 millions de personnes avant que le PCC n’entame sa persécution contre elle). Ce sont en réalité toutes les religions qui sont menacées d’être persécutées par le PCC en Chine.

Dans sa volonté de domination, le PCC ne supporte pas le maintien des religions parce qu’elles pourraient devenir la source d’un contrepouvoir. Dans sa volonté de rendre homogène, uniforme et conforme la population chinoise, le PCC a inventé récemment « le score social » ; manifestement, la persécution de toutes les religions est aux yeux du PCC, le complément indispensable à construire »l’homme nouveau » au service du PCC et de ses objectifs.

Dominique Duel


8 Août 2021


Suicide le 23 juillet, de l’écrivain chinois Li Liqun

La revue en ligne « Actualité, les Univers du livre »  vient de publier ce 29 juillet, sur la base d’informations données par le PEN International et le Centre PEN indépendant chinois (CIPC) , un article signé de Valentine Constantini sur la mort de l’écrivain dissident chinois Li Liqun.

Ce dernier s’est suicidé ce 23 juillet, après avoir adressé une lettre à ses collègues. Cet évènement tragique, résultat des intimidations et pressions du gouvernement chinois, pousse le PEN International à en appeler « à la fin immédiate de la persécution des écrivains et intellectuels injustement ciblés pour leur expression pacifique ».

Nous reprenons des extraits, parfois légèrement modifiés, de ce texte.

En 2008, Li Liqun publiait ses premiers écrits, majoritairement sur des sites d’informations comme Sohu, Phoenix ou encore Boxun. Ce dernier aura reconnu dès 2009 l’auteur comme « l’un des 100 meilleurs intellectuels publics chinois ». Malheureusement, dès 2012, nombre de ces plateformes ont été censurées par le gouvernement de Xi Jinping – ce qui n’a pas stoppé Li pour autant, lequel devint membre de l’Independent Chinese PEN Center (CIPC)…

En 2017, lors du 19e Congrès national du Parti communiste chinois, Li avait été désigné comme une cible pour le « maintien de la stabilité ». Cette pratique, hautement coercitive, permet de réprimer les dissidents — haute surveillance, détention, assignation à résidence et réinstallation forcée font partie des mesures mises en place par le gouvernement. Li Liqun aura été la victime de ces méthodes, auxquelles s’ajoutait l’interdiction de contacter ses amis et collègues. Isolement et intimidation des forces de l’ordre ont donc façonné le quotidien de cet auteur.

À la veille de sa mort, Li a adressé une lettre à certains de ses amis, dans laquelle il explique avoir subi une surveillance et un harcèlement de plus en plus poussés – dont des appels répétés de responsables de la sécurité dans le pays. Il conclut sa lettre en référence claire aux nombreuses personnes poussées au suicide au cours de la Révolution culturelle.

La mort de cet auteur est une douloureuse piqûre de rappel, face à l’appareil exerçant la censure dans le pays. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, l’État dispose de pouvoirs coercitifs sans précédent pour surveiller les communications, mais aussi imposer de sévères restrictions aux auteurs qui s’expriment contre le gouvernement.

1 Août 2021


Quand Hsinhua (Chine nouvelle) s’invite dans L’Opinion

On lira diverses précisions sur ce musée si particulier de Montargis dans L’Opinion, oui, le quotidien libéral, lequel vient d’accueillir deux fois de suite dans ses pages, l’agence Chine nouvelle (Hsinhua). Le 2 juillet, on y lisait les analyses très prochinoises de M. Digeon, maire de Montargis depuis 2018, affirmant l’existence d’un « parti communiste spécifique à la Chine » et évoquant la figure de Mao « qui a mis le pays en marche ». C’est cependant son prédécesseur, Jean-Pierre Door, qui, en 2014, avait donné le nom de « place Deng Xiaoping » à la place de la gare de Montargis. Une manière comme une autre de marquer le 25 e anniversaire des massacres de la Place Tien Anmen ?

Jean-Pierre Door avait enlevé la mairie de la ville au PCF en 2001, mais sur la Chine, il semble qu’un maire, qu’il soit communiste ou gaulliste, peut tenir un discours très comparable à celui de ses collègues. S’il est question dans cette page de L’Opinion, des bonnes relations de la Chine et des maires LR de Montargis, le PC français n’est pas oublié et Hsinhua donne la parole à Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, rendant ainsi plus consistants encore les soupçons de liens étroits entre ce dernier et le PCC. Fabien Roussel parle dans son entretien avec l’officielle agence de presse chinoise de deux partis (communistes) qui entretiennent « une relation franche et loyale et où les accords sont revendiqués et les différences mutuellement acceptées ». Progrès économiques, références à l’ONU comme source de l’ordre international légitime, rôle positif des chercheurs chinois dans la recherche d’un vaccin anti-covid, efforts pour protéger l’environnement, Roussel ne tarit pas d’éloges sur la Chine communiste où il fut invité en 2019…

Une semaine plus tard, le 9 juillet, une nouvelle page signée Hsinhua était à la disposition des lecteurs de L’Opinion. Un touchant appel de Xi Jinping pour le bien-être des peuples et les progrès de l’humanité y voisine avec un tableau des bienfaits du modèle chinois de gouvernance en Afrique.

N’est-il pas dangereux, pourtant, de croire que l’indépendance du journal ne court aucun risque parce que l’on a pris soin d’indiquer clairement qu’il s’agit de simples « communiqués » ? La Chine passe quand même ses mensonges et espère sans doute rendre dépendant de sa manne le quotidien qui s’ouvre à ces « communiqués ». A-t-on mesuré à LOpinion les risques encourus ? On l’espère…

Seul point tout à fait rassurant : ces pages chinoises puent littéralement la propagande, un peu comme les pages nord-coréennes qui décrivaient jadis, dans la presse occidentale les hautes responsabilités du Pr Edmond Jouve dans les comités pour la diffusion de la pensée du « djoutché », le galimatias idéologique concocté à Pyongyang.

Et puis – mais cela ne concerne plus L’Opinion – croit-on vraiment à Pékin qu’un PCF groupusculaire puisse servir les intérêts chinois? Voilà qui rappelle le milieu des années 60 où la « République populaire » soutint jusqu’en France des groupuscules pro-chinois avec le succès que l’on sait…

18 Juil 2021


Un excellent article du Point : Comment naît une dictature sanguinaire?

Nous remercions notre ami Pierre Druez, de Bruxelles, d’avoir attiré notre attention sur un article remarquable touchant à la Chine, à la Révolution culturelle et plus largement au totalitarisme communiste.

Il a été écrit par David Adler, un écrivain américain du Connecticut, pour Quillette, un journal australien en ligne qui promeut le libre-échange d’idées sur de nombreux sujets.Le Pointpubliechaque semaine la traduction d’un article paru dansQuillette qui rappelle cette fois quel remarquable analyste de la politique chinoise et en particulier de la « Révolution culturelle » fut Simon Leys (1935-2014) pourtant à moitié blacklisté à Parisdans les années 1960/1970 « pour la franchise de sa dénonciation du maoïsme et ses cinglantes critiques d’admirateurs français du Grand Timonier,à l’instar de Roland Barthes.« 

Conscients de ce que quelques extraits ne suffisent pas à rendre compte de la richesse de cet article, nous renvoyons avec insistance nos lecteurs à la lecture du Point et attendons avec impatience leurs réactions, notamment sur ce qui est affirmé de l’idéologie totalitaire.

H&L

« Ce que nous apporte Leys dans la compréhension de la Révolution culturelle, c’est de nous exposer qu’elle n’a pas tant été un événement spontané que le résultat d’un bras de fer entre Mao et le Comité central, où se trouvait Deng Xiaoping. Des années auparavant, le « Grand Bond en avant » de Mao s’était soldé par une famine dévastatrice, avec un bilan estimé entre 30 et 45 millions de morts. En réaction, Deng et le Comité central allaient obliger Mao à jouer un rôle essentiellement protocolaire, ou, selon l’expression chinoise, à « aller se reposer dans une voie de garage ». La révolution culturelle fut l’instrument de la vengeance de Mao. Au milieu du chaos qui s’ensuivit et du massacre de ses opposants par les Gardes rouges, Mao put reprendre le pouvoir ».

La lutte des classes était évidemment au cœur du maoïsme, mais Leys la qualifie de « grande mystification ». Si la chasse à la bourgeoisie occupait toute l’attention, il n’y avait plus de véritable bourgeoisie en Chine, dont la société ne comptait plus que le Parti et le Peuple. La bourgeoisie, race « pratiquement éteinte », écrit Leys, devait être inventée. Pour ce faire, la classe dirigeante est une bonne source d’approvisionnement, tant elle est « déchirée en permanence par une impitoyable lutte pour le pouvoir ; la clique victorieuse abandonne chaque fois ses collègues malchanceux à la fureur populaire, après les avoir préalablement affublés d’une identité “bourgeoise-capitaliste”. Elle fait ainsi d’une pierre deux coups: elle se débarrasse de ses rivaux, et elle fournit un exutoire au mécontentement des masses ». 

« La compréhension par Leys de la dynamique du régime lui est venue de ses propres observations, mais aussi des écrits de Laszlo Ladany, père jésuite hongrois et sinologue basé à Hong Kong. Dans la recension d’un livre de Ladany pour la New York Review of Books en 1990, Leys écrit : «Un régime communiste est construit sur une triple fondation : la dialectique, le pouvoir du parti et la police secrète, mais dans son appareillage idéologique, le marxisme n’est qu’une option ». Pourtant, Mao ajoute une innovation théorique, prise très au sérieux par Leys : Mao a explicitement vilipendé le concept d’une humanité universelle ; là où le tyran soviétique n’a fait que mettre l’inhumanité en pratique, Mao lui a donné un fondement théorique, en énonçant l’idée – sans équivalent dans aucun autre pays communiste au monde – que seul le prolétariat serait en pleine possession de la nature humaine.

1 er commentaire :

Ce texte est passionnant et éclairant de bout en bout

je me permets juste de contester le privilège accordé à Mao d’avoir théorisé le refus d’une humanité universelle.

Reste que Mao ajoute une innovation théorique, prise très au sérieux par Leys: Mao a explicitement vilipendé le concept d’une humanité universelle; là où le tyran soviétique n’a fait que mettre l’inhumanité en pratique, Mao lui a donné un fondement théorique, en énonçant l’idée – sans équivalent dans aucun autre pays communiste au monde – que seul le prolétariat serait en pleine possession de la nature humaine.”

Le délit récent, de crime contre l’humanité, désigne le comportement et la croyance qu’il n’existe pas une humanité universelle incluant d’une façon inconditionnelle tous les êtres humains.

On sait que le refus de l’universalité du genre humain fut affirmé par le nazisme, qui traitait ses ennemis en nuisibles, comme le faisait aussi le système communiste lors des grands procès.

Quant à Marx, son acte inaugural ( on pourrait presque parler de son péché originel) fut de faire disparaître la devise universaliste de la Ligue des Justes « Tous les hommes sont frères« , par l’appel à la lutte sans merci et sans la moindre considération humaine des prolétaires contre les bourgeois, sans trace que ces deux camps appartiendraient en quoi que ce soit à la même humanité.

On trouvait déjà dans les articles antérieurs de Marx l’affirmation selon laquelle le prolétariat, parce qu’il est privé de toute humanité, est le seul à représenter entièrement l’humanité à venir.

Le manichéisme absolu qui caractérise l’idée marxiste de la lutte des classes ne laisse rien de commun entre les ennemis.

Cette idée d’une humanité universelle n’a d’ailleurs rien d’un postulat universellement admis, pas plus que ne le sont les droits de l’homme présents dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

L’universalité de l’espèce humaine, et l’existence d’un Droit naturel, sacré et inviolable, qui en découle, est une conviction fragile.

André Senik

2e commentaire :

Merci cher André pour ton rappel, très pertinent et très utile, quant aux antériorités  : Marx précéda Hitler et Staline, Hitler et Staline précédèrent Mao.

Ce qui m’intéresse dans la démarche de Leys, c’est son insistance sur le fait que le modèle totalitaire peut servir à toutes sortes d’idéologies prégnantes.

Pour ma part, ma conviction est que, après la mort de Mao, le PCC de Deng a, sans l’avouer, discrètement et progressivement, basculé de l’idéologie marxiste-léniniste à une toute autre idéologie, le nationalisme-antidémocratisme. Et que cela n’a pas perturbé la permanence du régime totalitaire maintenu par le PCC. Le basculement d’idéologie n’a pas fait de remous importants dans le PCC et il n’a pas non plus suscité de réaction significative de la population chinoise qui semble s’être contentée d’enregistrer que le Parti lui remplaçait un manuel de catéchisme par un autre.

Au total, un régime totalitaire a besoin d’une idéologie, il n’est pas emprisonné par son idéologie initiale.

Dominique Duel

3e commentaire :

André dit : « Je me permets juste de contester le privilège accordé à Mao d’avoir théorisé le refus d’une humanité universelle. »

J’ai eu la même réaction.

Il dit aussi : « Le manichéisme absolu qui caractérise l’idée marxiste de la lutte des classes ne laisse rien de commun entre les ennemis. »

Je plussoie.

On ne peut accepter le totalitarisme, le pouvoir total de certains sur les autres que via une dichotomie fondamentale. C’est pire que du manichéisme. Les mauvais ne sont pas que mauvais. Ils sont déshumanisés. Et même moins que des animaux ou des objets envers lesquels on peut éprouver, à la rigueur, des sentiment « humains ».

Ce ne doit JAMAIS  être le cas envers les ennemis « de classe ».  La compassion, la pitié, la charité et la bonté ne sont que des « sentiments petits-bourgeois » à prohiber.

Les Khmers rouges sont exemplaires à cet égard. Avant d’être conditionnés par l’idéologie, la plupart étaient des gens normaux. Ponchaud (relisez sonCambodge année zéro) a ainsi vu des adolescents gentils et sensibles métamorphosés en machines à tuer sans état d’âme.

J’ai entendu d’anciens tortionnaires khmers rouges ne pas manifester la moindre culpabilité : leurs victimes, à leur yeux, n’étaient pas des gens, c’était des « réactionnaires  » etc. , au mieux, des pourritures à éliminer, des insectes nuisibles, les épurations successives sont des campagnes de désinfection.  

Un ennemi de classe n’est pas une personne.

Si les ennemis de classe n’existent pas on les invente, comme les paysans riches dans les zones occupées par Mao avant 1949. Les moins pauvres étaient érigés en ennemis de classe à éradiquer. Les autres étaient incités à les haïr, à applaudir ou à participer à leurs supplices.

Pour tout un chacun, rien n’est plus motivant que de disposer de supports de projection sur lesquels on se débarrasse de tout ce qu’on ne supporte pas,  ou mal,  en nous et qu’on dénie naturellement dans les sociétés civilisées, comme les pulsions de meurtre par exemple !

En éliminant les personnes désignées comme ennemis de classe on peut avoir  réellement l’impression de se purifier et de participer à la purification de l’humanité et à la progression de sa marche vers l’avenir radieux.

En ce qui concerne la Chine, et d’après mes informations, certes lacunaires, le marxisme, avec Xi, y est plus enseigné que jamais . Tous les membres du Parti subissent une formation continue et, régulièrement, il sont soumis à des contrôles quant à la correction de leur pensée marxiste-léniniste à la sauce Mao et Xi. 

Il n’y a pas, je crois,  basculement d’idéologie, il n’y a qu’adaptation du marxisme-léninisme aux temps nouveaux.

Par ailleurs mettre nazisme et communisme sur le même plan dans le pot totalitaire commun me semble et m’a toujours semblé abusif.

Les régimes communistes malgré leurs différences et leurs évolutions sont toujours fondés sur l’idéologie marxiste délirante et pathogène appliquée par un Parti-Etat structuré hiérarchiquement rigoureusement et disposant sur les gens d’une concentration de pouvoirs sans équivalent dans l’Histoire. 

Le nazisme n’a sévi que dans un seul pays dans un contexte historique très particulier et pendant seulement 6 ans de paix et 6 ans de guerre. Il a été définitivement éradiqué en 1945. 

Le nazisme est toujours, presque partout, quotidiennement, érigé en incarnation du mal. Le communisme sévit depuis 1917, a généré plus de dégâts humains et  plus de victimes que l’addition du nazisme, du fascisme et des deux guerres mondiales ; et il fait tous les jours de nouveaux ravages. Tout cela est encore sous-enseigné, sous-médiatisé, et même souvent nié.

La surreprésentation du nazisme en tant que mal absolu dans l’enseignement, les médias et les productions culturelles n’est pas innocente de la part de ceux qui haïssent la démocratie sociale-libérale, affublée de l’étiquette capitaliste ; même quand ils ne sont pas marxistes, les haineux viscéraux  ont besoin de supports de projection coupables des inégalités, injustices, violences et dont l’élimination serait censée apporter paix, égalité, fraternité et paradis terrestre !

Cette illusion résulte aussi d’une ignorance de l’histoire factuelle globale et du refus ou rejet de  la nature humaine avec toutes ses composantes – inéliminables sauf à éliminer l’humain lui-même !

Le communisme est beaucoup  plus totalitaire que  ne le fut le nazisme. C’est la vie de chacun dans tous ses aspects qui est malmenée. Il existait des libertés de circulation, d’information, d’expression,  d’association, de création, … , en régime nazi impensables dans le moins répressif des régimes communistes. Si on y était ni opposant politique, ni membre d’une minorité persécutée ou assassinée, on pouvait y mener une vie normale, ce qui est impossible en régime communiste

En ce qui concerne l’article, bravo! C’est une synthèse quasi parfaite et en sus au style clair et agréable !

Je ne trouve vraiment rien à critiquer, … et pourtant je cherche toujours à critiquer !

Pierre Druez

(crédit photo: Mao Zedong in 1959 (cropped) – Search results for « mao » – Wikimedia Commons)

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10 Juin 2021


Bon week-end à Montargis !

Chers lecteurs du blog, j’aimerais vous raconter mon dernier week-end. Vous levez les yeux au ciel? Vous pensez que je déraille? Et que je confonds Histoire & Liberté et un office de tourisme? Pas du tout ! Après une visite de la faïencerie de Gien ( c’est très beau et très cher ou : c’est très cher mais très beau), ma copine et moi, avons voulu passer à Montargis, où est née Mme Guyon, une mystique du XVIIe siècle, ville qui regroupe aujourd’hui près de 70 000 habitants et qui s’est rendue récemment célèbre par quelques outrances. D’aucuns par exemple la présentent modestement comme « la Venise du Gâtinais »; d’autres, en l’occurrence le maire, Benoît Digeon (LR), ont jugé tranquillement le 25 novembre dernier qu’Emmanuel Macron était « le pire président qu’ait connu la France »…Mais je m’égare : revenons aux rues de la vieille ville et à la promenade au détour de laquelle nous sommes tombés sur un très inattendu « Musée historique de l’amitié franco-chinoise! ». Habiles, les camarades chinois. Ils ne se contentent pas de rappeler qu’au début du XX siècle, plus précisément vers 1920, de jeunes Chinois, appelés plus tard à la célébrité, sont venus travailler dans la fameuse usine Hutchinson. Il y avait là Deng Xiaoping, Chou Enlai, Liu Chaoqi et Li Lisan, tous présents sur les photos exposées. Les spécialistes s’étonneront de ce que soient présentés de manière respectueuse, comme le sont tous les autres, des gens que Mao a laissé persécuter ou mourir dans un cul de basse fosse. Habituellement, ce n’est pas le genre de la maison. Mais c’est ainsi : tous, apprend-on, travaillaient, enrichissaient leur expérience, fondaient des associations de jeunes communistes et accédaient ainsi, non pas au nirvana, n’exagérons rien, mais à la connaissance objective, guidés par le marxisme-léninisme.

Pessimiste, on peut en conclure que décidément, les communistes chinois sont partout et diffusent ouvertement leur propagande jusque dans une petite ville française. Un peu plus optimiste, on peut en conclure aussi – car nous étions seuls dans ce petit musée de trois étages – que les Montargois (je crois que c’est comme cela qu’on dit), semblent donc assez insensibles aux louanges faites à la vision communiste et chinoise des choses. Ils doivent avoir quand même quelques amis en ville : en reprenant le train, nous nous sommes laissés dire que la place devant la gare portait le nom de « Place Deng Xiao Ping ». Oui, celui qui a fait massacrer des milliers d’étudiants et d’ouvriers à Tien an men en 1989…

Benoît Villiers

5 Juin 2021


Le PCC se déclare désormais à parité géopolitique avec Washington.

Le sommet sino-américain du 18 mars 2021 en Alaska na pas suscité les commentaires quil méritait.

M.Yang Jiechi, le conseiller de Xi en politique étrangère s’y est livré à une tirade inhabituellement longue contre la délégation américaine menée par M. David Blinken. Il a commencé à dire que les Etats-Unis étaient mal placés pour donner la leçon à la Chine après les problèmes raciaux et les échecs de la démocratie auxquels ils sont confrontés. Il a surtout poursuivi sa diatribe en affirmant, pour la première fois dans les échanges officiels, que Pékin se jugeait désormais à égalité avec Washington. Il a terminé en adoptant un ton très menaçant à l’égard de toute opposition américaine à la « réunification avec Taïwan ».

Cette tirade de Yang constitue un évènement à la fois novateur et majeur : c’est en effet la toute première fois que Pékin se permet d’affirmer devant les Etats Unis qu’il se considère désormais comme étant à parité géopolitique avec eux ; cette affirmation venait d’ailleurs relayer une autre déclaration de même acabit, celle de Xi début mars 2021 devant l’Assemblée Nationale Populaire (« Le parlement » de la République Populaire).

Depuis près de 40 ans, les dirigeants successifs du Parti continuaient à respecter très strictement la consigne que Deng Xiaoping avait donnée à ses successeurs : « Gardons profil bas et attendons notre heure ». Le comportement de Xi et de ses conseillers les plus proches témoigne de ce que désormais, pour le Parti Communiste Chinois, l’heure est arrivée.

Les dirigeants des pays démocratiques devraient prendre acte de cette déclaration et en tirer les dures leçons qui s’imposent. Si Xi Jinping en vient à rompre la consigne de Deng Xiaoping, c’est parce que le rapport de forces géopolitique n’a cessé de s’accroitre en faveur de Pékin et que Pékin en est pleinement conscient.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre la mesure des multiples critères partiels qui concourent à déterminer la puissance géopolitique d’un pays. La Chine tient le premier rang mondial par sa population (18,5% de la population mondiale devant l’Inde, 17,7%) ; la Chine tient le premier rang mondial par sa production manufacturière (en 2019 : 28,4 % de la production mondiale devant les Etats Unis, 16,6% ; source ONU) ; la Chine tient depuis 2014 le premier rang mondial par le PIB en parité de pouvoir d’achat (en 2021 : 18,7 % devant les Etats Unis, 16,0% ; source FMI) ; la Chine est de très loin le premier pays créancier net au monde (très loin devant le Japon et l’Arabie Saoudite) ; la Chine a réussi à entrer en 2009 à la direction du FMI avec un directeur général adjoint qui lui est dédié ; la Chine a réussi à faire admettre en 2015 le yuan, malgré son inconvertibilité, au sein du Droit de Tirage Spécial, la monnaie gérée par le FMI ; grâce à son influence diplomatique et à sa « capacité de corruption », la Chine réussit le plus souvent à faire élire par les pays-membres de l’ONU le candidat qu’elle soutient pour prendre la Direction de multiples filiales de l’ONU : OMS (Santé), FAO (Alimentation), OACI (Aviation Civile), UIT (Télécommunications)…

Tout cela vient malheureusement documenter que Pékin ne ment pas quand il dit que son poids géopolitique global a rejoint celui des Etats Unis.

Le moment est venu de tirer la sonnette d’alarme. Car il faut par ailleurs constater que cette parité de puissance n’est ni stable ni stabilisée. La dynamique reste en effet favorable à la Chine qui, dans les vingt dernières années, a marqué beaucoup plus de points géopolitiques que n’en ont marqués les Etats Unis et leurs alliés.

Clairement, si rien n’est entrepris, le poids géopolitique global de la Chine dépassera toujours plus celui des Etats Unis et finira même par dépasser le poids géopolitique conjugué des Etats Unis et de leurs alliés historiques. On en arriverait vite alors à une configuration jamais vue dans l’histoire de l’humanité, une configuration qui serait singulière à double titre : la planète (désormais mondialisée) subirait l’hégémonie d’une seule superpuissance, la Chine, sans aucun vrai contrepoids ; et cette puissance hégémonique, la Chine, présenterait par ailleurs la redoutable singularité d’être elle-même dominée par un régime franchement totalitaire, celui que maintient le Parti Communiste Chinois.

Dans une telle configuration, dans le reste du monde, la démocratie, les libertés et les droits de l’homme seraient partout éradiqués, les souverainetés nationales seraient abolies pour faire place à un réseau mondial de multiples régimes totalitaires locaux qui seraient eux-mêmes inféodés pyramidalement au régime totalitaire de Pékin, à la façon dont l’URSS avait procédé (alors seulement à une échelle locale) en Europe de l’Est entre 1945 et 1991.

L’heure n’est plus au débat concernant le régime chinois, son identité, son ambition, sa stratégie. Le temps presse. L’heure est à débattre comment les partisans de la liberté et de la démocratie dans le monde, les partisans de la souveraineté de leurs nations doivent se fédérer et s’organiser pour résister à l’offensive du Parti Communiste Chinois.

Dominique Duel (avril 2021)


Monsieur Blinken a-t-il, au-delà de ses interlocuteurs chinois, répondu à ces critiques qui profitent de la société ouverte américaine, laquelle étale, exhibe, tant ses faits divers les plus sordides que ses problèmes les plus profonds ? Cela déprécie l’image des Etats-Unis dans les médias, leur culture et les représentations mentales qui y ont cours et survalorise celle des Etats censeurs.
Cette réunion était l’occasion de mettre l’accent sur une opposition systémique fondamentale, dont les conséquences sont bien trop peu connues.

Aucune société et aucun système politique n’a jamais été et ne sera jamais parfait de quelque point de vue qu’on se place et selon quelque critère qu’on utilise.
Les uns (les États communistes surtout) ont peur que les réalités dérangeantes soient visibles et répriment tout ce qui leur parait nuire à leur image. Les autres (Occidentaux et particulièrement USA) fonctionnent à l’autocritique permanente.
Evidemment ce faisant ces derniers donnent constamment des armes à leurs critiques, opposants et ennemis internes et externes. C’est le système. Et, en dernière analyse, à long terme, l’ouverture, la tolérance, l’alternance me paraissent plutôt une preuve de solidité que de faiblesse.

Néanmoins, il m’apparait essentiel d’essayer de faire comprendre comment cette opposition systémique informative (surtout des images) provoque, par interactions cumulatives, une gigantesque distorsion cognitive et affective défavorable à la représentation mentale globale moyenne des démocraties et profitable aux Etats qui contrôlent médias et enseignement de l’Histoire.

Ces derniers, en tout cas, l’ont compris depuis longtemps !

Pierre Druez

16 Avr 2021