Valérie Niquet , Taïwan face à la Chine, Vers la guerre ? Préface de Bruno Racine, éd. Tallandier, 240 p. 19,90 euros 

                                                                                                                                          

Voici un petit livre où l’essentiel est dit de manière très pédagogique sur les origines de la population actuelle de Taïwan, sur son histoire, peu chinoise le plus souvent, sur la naissance et le développement de sa démocratie, sur les pressions qu’elle subit de la part de la Chine communiste. On se contentera ici de souligner quelques réflexions parmi les plus importantes, quelques passages parmi les plus surprenants et les plus neufs; mais la précision des données statistiques, la diversité des aspects examinés dans l’ensemble de l’ouvrage, font que même les éléments les plus connus du tableau de la République de Chine proposé par Valérie Niquet fournissent des précisions ou des nuances enrichissantes et offrent des perspectives géostratégiques nouvelles. Chacun connait par exemple la remarquable avancée de l’île dans le domaine technologique. On sait moins que Taïwan domine mondialement le secteur des semi-conducteurs au point que la Chine lui est redevable, grâce à ses importations,  d’une grande partie d’un développement technologique qui lui vaut pourtant, à elle, l’admiration du monde entier ! « C’est Taïwan et non la Chine qui occupe aujourd’hui la première place pour la fabrication des semi-conducteurs, l’or noir du XX e siècle », souligne l’auteur. Et malgré ses investissements, malgré ses débauchages d’ingénieurs, la Chine n’est pas encore parvenue à se libérer « de cette dépendance au petit Taïwan ». Et pour cause! « C’est tout un biotope fondé sur la transparence, la confiance, l’ouverture et la liberté de pensée que le régime chinois ne peut pas accepter ».                                                             

La démocratie, à Taïwan et ailleurs, génère les conditions de l’innovation technologique. Voilà qui explique la volonté de Xi de relever  le défi que représente Taïwan. Ce n’est pas qu’il soit sorti du giron de la mère patrie comme on le dit à Pékin et que son histoire soit pendant des siècles plus liée aux populations austronésiennes, aux commerçants hollandais et aux Japonais qu’à la Chine, tard venue au XIX e siècle puis entre 1947 et 1949, quand le Kuo Min Tang s’impose brutalement à la population autochtone (et pas seulement aborigène). 

Ce qui heurte les dirigeants communistes, quoi qu’ils en disent, c’est que Taïwan est la preuve vivante que le monde chinois peut pratiquer la démocratie et se référer aux droits de l’homme, confortant la foi de ses promoteurs en leur valeur universelle, et contredisant la doxa pékinoise actuelle selon laquelle la Chine et les Chinois « ne sont pas faits pour ça ».

Taïwan est aussi, aux yeux de la direction du PCC, un moyen artificiellement concocté de réparer les torts subis dans le passé et de retrouver le chemin de la puissance perdue en fusionnant le destin de la nation chinoise et celui du parti unique qui la dirige aujourd’hui sans partage.

Lourd statut prêté à l’île, placée ainsi au centre d’un objectif stratégique de revanche. On rapprochera ici sans peine le discours de Xi et celui de Vladimir Poutine

Pour laver l’affront du démantèlement fantasmé du grand corps national chinois, divers moyens ont été envisagés : l’unité des intérêts économiques, aujourd’hui abandonnée, la volonté de s’unir derrière la formule « un pays deux systèmes » – ce que le sort fait il y a peu à Hong-Kong pousse à prendre avec la plus grande méfiance. La conquête pure et simple est aussi envisagée, malgré la protection que semblent assurer les Etats-Unis.

Où l’on voit l’importance de ce bouclier américain. S’il était mal utilisé ou s’il ne l’était pas du tout, les conséquences seraient terribles, tant en Asie orientale que sur d’autres théâtres d’affrontement. Les Chinois, nous disent les gazettes, observent avec beaucoup d’attention la guerre en Ukraine. Mais la concrétisation des menaces de guerre faites à Taïwan et des réactions occidentales insuffisantes face à elles, changeraient aussi les perspectives et les espoirs mis dans la résistance à l’attaque russe contre l’Ukraine.

Pierre Rigoulot

crédit photo: Heeheemalu, 8 août 2018, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Taipei_Taiwan_Skyline.png

4 Juin 2022

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