Débat sur Xi Jinping au sein des amis d’Histoire et Liberté

Nous sommes partis d’un article publié par Le Monde. Son auteur? Le correspondant à Pékin du journal, un des analystes les plus pertinents de ce qui se passe en Chine. On peut résumer cet article, en donner quelques extraits significatifs et faire part à nos lecteurs des premières réactions qu’il a suscitées parmi nous.

L’article s’intitule « l’inquiétante dérive maoïste de Xi Jinping ». Falletti y explique que le n°1 chinois accentue la mainmise du Parti sur l’économie et sur l’idéologie. Dans ce dernier domaine, un des exemples les plus frappants est le fait que, depuis le 26 août, toute référence à la star Zhao Wei a été brutalement «effacée» des moteurs de recherche. Sans doute Zhao Wei a-t-elle payé ses liens étroits avec Jack Ma, « le tycoon fondateur d’Alibaba, lui aussi dans le viseur des autorités ».

« La deuxième économie mondiale, souligne Falletti, multiplie (…) les mesures contre les «idoles efféminées», – c’est le pouvoir chinois qui parle – au nom de la «culture socialiste», et met au pas les géants du privé comme Alibaba. » «Il faut réglementer les revenus excessivement élevés et les encourager à récompenser davantage la société», a même déclaré le n°1 du PCC, « annonçant implicitement de nouvelles taxes sur le grand capital », et se drapant plus que jamais dans le marxisme.

Cette offensive de Xi contre le «grand capital» est reprise par la presse du Parti qui accuse de  manque de patriotisme les grands groupes privés. Renouerait-on avec la Révolution culturelle lancée par Mao ? Cela ne fait guère de doute pour Falletti qui note finement que le président Xi a résolument donné un coup de barre à gauche le 17 août, en brandissant le slogan de «la prospérité commune». « La formule a fait mouche, commente-t-il, car elle remet au goût du jour une expression datant de la collectivisation des terres des grands propriétaires privés dans les années 1950, à l’aube de la Chine maoïste..

Mais ce tour de vis étatiste ne s’exerce pas sans susciter des réactions : il a d’abord semé l’inquiétude chez les investisseurs, au point que le vice-premier ministre Liu He, fidèle de Xi, est monté au créneau pour tenter de les rassurer. « Ces changements de pied trahissent la nervosité du régime face aux défis sociaux croissants, à l’heure du ralentissement structurel de la seconde économie mondiale, qui n’a pas retrouvé le niveau d’activité d’avant la pandémie, et voit ses inégalités de revenus se creuser. 1 % des Chinois détiennent 30,6 % de la richesse nationale (…) Conscient du danger, le pouvoir se drape en protecteur des forçats de la tech, livreurs à domicile, imposant des mesures de revalorisation aux géants du secteur, mais veille à étouffer tout mouvement syndical d’ampleur ».

Ce «virage» socialiste trouve aussi son origine dans le contexte d’affrontement stratégique avec Washington. Cet affrontement « conduit Xi à exhorter l’autosuffisance» du pays dans des secteurs clés comme les semi-conducteurs, mais aussi soutenir la consommation intérieure pour réduire sa dépendance toujours forte aux exportations ».

Grand recentrage sur le marché intérieur,(…) donc et isolement accru de la population « sous la bannière d’un nationalisme toujours plus décomplexé pointant du doigt l’Amérique et pourfendant les influences occidentales, pour mieux célébrer le retour à la morale «socialiste», et «l’excellence de la culture traditionnelle chinoise», mariant Marx et Confucius. Tout en imposant un discret culte de la personnalité, marqué par l’inscription de la «pensée de Xi Jinping» dans les programmes scolaires obligatoires, depuis la rentrée » .

Certes, reconnaît Falletti, « dans le théâtre d’ombres du Parti, difficile de distinguer les contours des luttes internes féroces, qui se déclinent par des références obliques, et métaphores, susurrées derrière les portes closes de Zhongnanhai, épicentre du pouvoir rouge, à une encablure de la Cité interdite. Les opposants existent cependant, même s’ils n’osent pas contester frontalement cette fuite en avant. Mais en coulisse, les inquiétudes percent en ombres chinoises. «La réunion de Beidaihe s’est mal passée. Certains hauts grades de l’Armée populaire de libération ont appelé à calmer le jeu sur le front extérieur, car ils ne veulent pas payer la facture en cas de crise» ». D’autres formulent des souhaits qui ressemblent à des désaccords : «J’espère que tout le monde est convaincu que la ligne de réforme et d’ouverture de la Chine ne changera pas» », écrit un éditorialiste connu du Global Times .

Xi rencontre donc réticences et résistances, au point qu’André lançait avec humour « Ça branle dans le manche pour Xi! » Et Pierre ajoutait : « Outre ces difficultés actuelles, et celles à  venir dans les prochaines décennies, divers facteurs rendent l’avenir de la Chine incertain : les grands groupes se laisseront-ils faire ? La jeunesse se laissera-t-elle faire? ».

Dominique Duel fit savoir qu’ « il n’était pas d’accord avec un tel optimisme qui amenait à retenir le scénario d’un effondrement du régime chinois ».

Aucun d’entre nous, répondit André n’envisageait l’effondrement du régime chinois. Nous prenions seulement en considération les analyses sans complaisance des spécialistes qui pointent les faiblesses structurelles du régime.

Mais laissons Dominique Duel développer son point de vue :

« Pour ma part, je reconnais que le PCC prend le risque de provoquer quelques remous et quelques mécontentements en Chine. Mais je privilégie l’idée que le PCC vise surtout à mobiliser son économie, sa société et sa population  pour être soutenu dans l’affrontement qu’il prépare contre les Etats Unis et leurs alliés.

Réformes économiques fracassantes ? Il s’agit pour Xi de passer d’un Capitalisme d’Etat à un Capitalisme d’Etat dans sa phase guerrière (style des pays belligérants en 14-18). La High Tech chinoise doit se reconvertir à la recherche armements et s’y mobiliser

Réformes sociétales soudaines (limitation des jeux vidéos pour les jeunes , campagne contre les stars et contre les efféminés) ? il s’agit pour Xi de mieux militariser la jeunesse pour l’enrôler dans les combats extérieurs qui viennent.

Dénonciations spectaculaires par le PCC des riches chinois et de leurs profits ? Il s’agit pour Xi de recourir momentanément au populisme et de présenter (artificiellement) à la fraction non élitaire de la population que le PCC n’a jamais autant pensé à elle, de façon à homogénéiser la population chinoise et à la mobiliser derrière le PCC dans les combats extérieurs qu’il prépare.

Alors que le PCC prépare l’affrontement, Biden n’avance par ailleurs pas beaucoup. C’est Soros qui est obligé de monter au créneau pour dénoncer Wall Street et en particulier l’entreprise BlackRock (gestion de fortunes et de gestion de fonds d’investissement) qui entend organiser un flux massif de dollars des Etats Unis vers la bourse chinoise et la Chine. Il est le seul à dénoncer le comportement antipatriotique qui est celui de BlackRock (et aussi de Goldman Sachs et autres).

Ne nous trompons pas. Le PCC n’est pas du tout en position de faiblesse.

Il vient même de marquer un énorme point en Afghanistan avec la complicité de ses alliés iraniens et pakistanais, preuve supplémentaire de l’alliance qui s’est formée entre les deux sortes de totalitarismes, celui ethno-nationaliste et parti-cratiste de Pékin/Moscou et celui théocratique de Téhéran/Frères Musulmans ».

Personne n’envisage-t-il vraiment l’effondrement du pouvoir chinois?

« Moi si, rétorque Pierre Druez, mais à terme, d’ici 10, 30 ou 100 ans peut-être.

Et entretemps tout est possible, même la guerre nucléaire, improbable, n’est pas à exclure.

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en guerre même si elle reste non déclarée comme telle et que ce n’est pas encore une 3ème guerre mondiale – qui serait la plus chaude de toutes ! 

Il faut faire savoir que l’Occident représente les valeurs qui sont celles du genre humain et qu’il fait face au plus gros monstre engendré par le marxisme, beaucoup plus puissant, potentiellement, et dangereux, que l’ex-URSS. Mais je suis quasi certain que le PCC est le dernier avatar de l’absurdité marxiste et de l’abominable machine léniniste de déshumanisation. 

Le peuple chinois semble aveuglé et fanatisé par un conditionnement idéologique et un nationalisme exacerbé mais l’est-il vraiment, aveuglé ? Sa jeunesse l’est-elle vraiment, fanatisée ?  Peut-on le rester avec les multiples échanges de toute espèce en augmentation exponentielle même filtrés, censurés, réglementés, réprimés ?

L’erreur majeure il me semble serait de lui opposer d’autres nationalismes,  étroitismes, censures et répressions, en ordres dispersés et antagoniques ! 

Je crois que la fuite en avant du régime chinois est intenable à terme. J epense que l’accentuation du contrôle, du conditionnement, de la maîtrise de tout un chacun, pensées comprises, non seulement en Chine mais de tout un chacun dans le monde, va finir par mener le PCC de Xi à une impasse, face à une muraille infranchissable et, en définitive, à l’implosion ou à la libéralisation.

Simplement parce que son projet est incompatible avec la nature humaine. 

L’homme n’est pas fait pour le mensonge incessant, pour se savoir surveillé constamment, pour la corruption à tous les niveaux, pour le double think et le double fonctionnement, pour vivre continuellement sous une épée de Damoclès, pour l’esclavage. 

L’homme, profondément, même s’il est ignare, cupide, stupide, peureux et paresseux, a soif de liberté, de savoir, de vérité, de générosité, de compassion, de cohérence, de créativité, de découverte. Il finit toujours par rejeter la surréalité imposée par tout régime d’inspiration marxiste, il sentira que cette Histoire qu’on entend lui imposer est refaite, que cette nature est fictive, que cette nature humaine n’est pas la sienne, que ce Xi et ce Mao sont des épouvantails grotesques, que la vision marxiste du monde est une imposture.

« Cher Pierre, lui répondit Dominique Duel, on est obligé de rester optimiste sur la nature humaine. Sinon, il n’y a qu’une option, se résigner à la passivité.

Mais, même si notre hypothèse sur la nature humaine se vérifie, cela ne nous garantit absolument pas d’éviter que ne s’instaure un réseau mondial de régimes totalitaires.

Pour moi, le livre 1984 de George Orwell nous délivre le message suivant : « Ne comptez pas qu’un réseau de héros humanistes puisse se mettre en place pour renverser un régime totalitaire une fois qu’il est complètement installé ». Et George Orwell, muni de son aura de militant anti-totalitaire a eu l’immense mérite de nous délivrer ce message majeur.

C’est ce message, énoncé dans les années 50 et malheureusement maintes fois confirmé un peu partout, qui base ma grille de lecture actuelle : Xi, Kim, Poutine, Loukachenko, les Ayatollahs, les Talibans, les Frères Musulmans partagent une même détestation de la démocratie, de l’idée même de démocratie et de libertés individuelles. Seul le régime totalitaire leur convient et en dépit de leurs différences, ils ont pactisé entre eux pour défaire définitivement le camp des pays démocratiques (dont, qu’on le veuille ou non, le leadership est tenu par les Etats Unis). C’est là où nous en sommes. »

Qui poursuivra la discussion ?

(crédit photo : https://www.flickr.com/photos/unisgeneva/32270494731)

27 Sep 2021

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