Registre mensuel des condamnations prononcées en Russie (4)

Nous avons à nouveau reçu de nos amis de « Human Rights without frontiers », informés par l’association russe OVD, des nouvelles de la répression judiciaire en Russie. Le bilan du mois de septembre que nous publions n’est sans doute pas exhaustif mais il donne une idée de ce que subit la population russe.

1er septembre 2025

– Condamnation à 10 ans de prison d’un prévenu dans l’affaire “Artpodgotovka”1 en application de l’article 205.1, partie 1 (incitation, recrutement ou participation de personnes à des activités terroristes) et de l’article 282.3, partie 1 (activités extrémistes) du code pénal.

03 septembre 2025

– Un habitant de la région de Briansk a été condamné à 8 mois de colonie pénitentiaire pour un commentaire publié sur une messagerie selon l’article 354.1, partie 4 du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire de la Russie et de la mémoire des défenseurs de la Patrie).

Un pasteur  a été condamné à 4 ans de prison pour un prêche pacifiste lors des premiers jours de la mobilisation, en application de l’article 280.4, partie 2, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État, par l’intermédiaire de médias ou d’Internet, en s’autorisant d’une position officielle).

04 septembre 2025

– Le journaliste Karen Chaignian condamné par contumace à 5 ans de prison pour deux dons à la Fondation de lutte contre la corruption selon l’article 282.3 du Code pénal (Financement d’activités extrémistes)

– Un Moscovite a été condamné à 3 ans et demi de prison pour financement de la Fondation de lutte contre la corruption selon le même article du Code pénal.

05 septembre 2025

– Un ancien maître de conférences de Koursk a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur Telegram en application de l’article 205.2 du Code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme).

– Un habitant de la région de Yamal2 a été condamné à 12 ans de prison pour une vidéo sur la guerre en Ukraine selon les articles 280.3 (Actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie), 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), 207.3 (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivées par la haine politique et nationale)  et 280.4, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État par l’intermédiaire de médias ou d’Internet)

– Une bénévole ayant aidé des réfugiés ukrainiens dans la région de Koursk a été condamnée à 5 ans de prison en application de l’article 205.2, partie 2 (appels publics à des activités terroristes et justification du terrorisme) et de l’article 280.4, partie 2 du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État)

– Le dirigeant du mouvement pour l’indépendance de la Tchouvachie a été condamné par contumace à 7 ans et demi de prison pour « menaces à l’encontre du chef du « centre E3 »» en application de l’article 280.4, partie 2 (appel public à des actions dirigées contre la sécurité de l’État) et de l’article 282, partie 2 (Incitation à la haine ou à l’inimitié avec circonstances aggravantes) du code pénal.

06 septembre 2025

Un habitant d’Angarsk a été condamné à 5 ans de prison pour des appels à la violence contre un homme politique russe selon l’article 205.2 du code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Kalouga a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur une attaque de drone selon l’article 205.2, partie 2 du Code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Khabarovsk a été condamné à 15 ans de prison pour avoir déposé des tracts sur les tombes de vétérans de guerre en vertu de l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste) et l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme) du code pénal et en vertu de l’article 244 (profanation de sépultures motivée par la haine politique) et l’article 275.1 du code pénal (collaboration confidentielle avec un État étranger ou une organisation étrangère dirigée contre la sécurité de la Fédération de Russie)

09 septembre 2025

– Un témoin de Jehovah de Crimée occupée  a été condamné à six ans d’emprisonnement en vertu de l’article 282.2, du code pénal (organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Le fondateur du projet “Traverse la forêt” a été condamné par contumace à 6 ans d’emprisonnement  pour “fausses informations militaires” en vertu de l’article 207.3 du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

18 septembre 2025

– Un folkloriste de Khanty-Mansiïsk4 a été condamné à 3 ans d’emprisonnement pour avoir effectué des dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3, du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Un maître-chien poursuivi pour un message sur une frappe contre Kramatorsk a été  condamné à 5 ans de prison en vertu de l’article 207.3, du code pénal (Diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

– Le concierge d’une école de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans de prison pour un message sur les victimes de la ville ukrainienne de Boutchaen vertu de l’article 207.3, partie 2, du code pénal

19 septembre 2025

– Cinq prévenus dans l’affaire “Baymak” ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 5 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 (Violence dangereuse pour la vie et la santé à l’encontre d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212, partie 2 du Code pénal (Organisation d’émeutes et implication d’autres personnes dans de tels actes)

– Un habitant d’Obninsk a été condamné à 4 ans d’emprisonnement pour soutien à la « Fondation de lutte contre la corruption » et à Viesna5 en vertu de l’article 280.3, (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie) et de l’article 282.2 du Code pénal (Recrutement et participation aux activités d’une organisation extrémiste).

22 septembre 2025

– Deux Témoins de Jéhovah ont été condamnés à 6 ans et demi et 7 ans de prison à Saransk en application de l’article 282.2, du code pénal (Organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Un partisan du groupe Wagner a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire inapproprié sur la “pénurie d’obus” en application de l’article 205.2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

23 septembre 2025

Un habitant de Kertch a été condamné par contumace à 5 ans et demi de prison pour un message concernant une frappe contre une gare à Kramatorsk en application de l’article 207.3, du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282, du Code pénal (Incitation à la haine ou à l’inimitié)

– Un habitant de Crimée a été  condamné à 1 an de prison pour avoir craché dans une boîte de collecte d’aide à l’armée en application de l’article 354.1du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 329 du code pénal (profanation de l’emblème ou du drapeau de l’État russe).

24 septembre 2025

– Un habitant de Novorossiïsk a été condamné à 9 ans d’emprisonnement  pour ses publications et sa tentative de rallier la Légion “Liberté de la Russie”6 selon l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste), l’article 30 (préparation d’un crime) et l’article 280.3 du code pénal. (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie).

25 septembre 2035

– L’activiste moscovite Konstantin Kotov a été condamné par contumace à 5 ans de prison pour dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3 du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Le directeur du musée de Narva a été condamné par contumace à 10 ans de prison pour avoir tendu une banderole clamant : “Poutine est un criminel de guerre” en vertu de l’article 354.1 (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 207.3 du code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe, motivées par la haine politique et nationale en usant d’une position officielle)

26 septembre 2025

– Un agent de sécurité de Voronej condamné à 2 ans de prison pour avoir appelé à “l’élimination” de la direction de la Fédération de Russie ( selon l’article 205.2, partie 2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

– Un habitant de Saint-Pétersbourg condamné à 5 ans de prison pour des commentaires sur les bombardements en Ukraine en application de l’article 205.2 et de l’article 282.3  du code pénal


  1. Le  « Mouvement social inter-régional » a été jugé « extrémiste » par le pouvoir russe ↩︎
  2. Péninsule de Sibérie occidentale au bord de l’Océan arctique ↩︎
  3. Centre de lutte contre l’extrémisme, une créature du Ministère de l’intérieur ↩︎
  4. Ville d’environ 100 000 habitants du nord-ouest de la Sibérie. ↩︎
  5. Une organisation de jeunes luttant pour une Russie libre et respectueuse des droits de l’homme ↩︎
  6. Unité militaire russe combattant avec les Ukraindiens ↩︎

13 Oct 2025


Fissures dans le silence : la révolte des travailleurs nord-coréens à Helong

Ada Trybuchowska est Polonaise. Elle travaille avec le Comité américain pour les droits de l’homme en Corée du Nord. Le récit qu’elle donne d’une révolte de travailleurs nord-coréens en janvier 2024 à Helong, dans la province chinoise de Jilin – une révolte dont la presse occidentale n’avait jusqu’ici pas eu connaissance – est terrible et passionnant. Nous nous contenterons de traduire en français la première partie de ce texte qui esquisse ensuite une comparaison avec l’action du mouvement polonais Solidarnosc.

H&L

Helong

Par une matinée glaciale de janvier 2024, un événement extraordinaire s’est produit dans la ville de Helong, non loin de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord. Cet hiver-là, des centaines de travailleurs nord-coréens se sont soulevés contre leurs surveillants, organisant une rare protestation pour réclamer le paiement de leurs salaires impayés et leur rapatriement.

Le foyer de la contestation fut Nanping, un centre industriel majeur de transformation alimentaire et de confection employant des Nord-Coréens. Des ouvriers de plus de dix usines textiles et d’habillement de la région s’y sont joints. Pendant trois jours tendus, près de 3 000 travailleurs migrants nord-coréens ont mené une révolte massive. Ils ont enfermé leurs superviseurs chinois et nord-coréens, stoppé la production et exigé plusieurs mois de salaires impayés, estimés à environ 10 millions de dollars.

Cet affrontement n’était pas un conflit du travail ordinaire : il visait directement l’un des systèmes de contrôle du travail les plus répressifs au monde, où l’obéissance découle non seulement de la coercition étatique, mais aussi de la peur pour sa famille, son avenir et sa vie. La tension atteignit son paroxysme lorsqu’un des officiels nord-coréens — envoyé pour surveiller les travailleurs — fut battu à mort par les manifestants.

Face à la situation, des agents de sécurité nord-coréens acceptèrent de verser immédiatement plusieurs mois de salaires aux ouvriers, ce qui mit fin à la grève le jour même. Aucune autre protestation connue de travailleurs nord-coréens à l’étranger n’avait jamais atteint une telle ampleur.

Le soulèvement de Helong a ébranlé le système de peur soigneusement entretenu par Pyongyang. Officiellement, la Corée du Nord affirmait envoyer de jeunes ouvriers à l’étranger par patriotisme et devoir économique. En réalité, il s’agissait d’un vaste système étatique d’exportation de main-d’œuvre, mobilisant des dizaines de milliers de Nord-Coréens dans des usines et sur des chantiers en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

En 2024, on estimait à 100 000 le nombre de Nord-Coréens travaillant encore à l’étranger. Bien que certaines affectations restent théoriquement légales, elles contournent souvent le droit international du travail et violent la Résolution 2397 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui avait interdit en 2017 l’emploi de travailleurs nord-coréens à l’étranger et exigé leur rapatriement d’ici 2019, afin de couper au régime une source de revenus destinée à son programme nucléaire. Faute d’application stricte, beaucoup restèrent en poste, générant une économie grise estimée à 500 millions de dollars par an pour Pyongyang.

La révolte de Helong débuta lorsque les ouvriers découvrirent que leurs collègues rapatriés en Corée du Nord n’avaient jamais touché les salaires promis. Pyongyang confisque 70 à 90 % des gains, généralement versés seulement au retour au pays, pour maintenir dépendance et obéissance. Cette révélation fit voler en éclats l’illusion que la soumission pouvait mener à une récompense. Les ouvriers occupèrent l’usine, barricadèrent les portes et refusèrent de reprendre le travail. Ce geste collectif était d’autant plus marquant qu’il impliquait des risques immenses.

Les travailleurs expatriés nord-coréens vivent sous une surveillance constante : leurs passeports sont confisqués à l’arrivée, ils sont logés dans des dortoirs exigus aux conditions misérables, soumis à des journées de 16 heures, privés de téléphone et dont les conversations sont surveillées. Toute contestation entraîne des sanctions sévères, dont le rapatriement forcé, synonyme d’emprisonnement, voire d’exécution, ainsi que de représailles contre la famille restée en Corée du Nord. Dans ce contexte brutal, la révolte de Helong a constitué une affirmation rare et radicale d’autonomie.

À la fin janvier, les autorités chinoises et nord-coréennes réagirent. Des officiels dépêchés de Pyongyang versèrent plusieurs mois de salaires en retard pour calmer la situation. Les ouvriers furent ensuite dispersés, déplacés vers d’autres sites ou rapatriés ; la plupart subirent des sanctions. La moitié fut renvoyée de force en Corée du Nord, vraisemblablement envoyée en camps de prisonniers politiques ; les autres furent placés sous une surveillance accrue.

Cette réaction illustre la stratégie habituelle de Pyongyang : les travailleurs envoyés à l’étranger ne sont pas seulement une source de devises, mais aussi un test de loyauté, puisqu’ils proviennent souvent de familles jugées politiquement fiables.

La révolte fut écrasée par Pékin et Pyongyang, mais elle reste un épisode révélateur : même dans les systèmes les plus répressifs, le contrôle peut connaître des failles. Helong montre que des travailleurs étroitement surveillés peuvent malgré tout résister. L’épisode pose aussi une question : combien de temps Pyongyang pourra-t-il contenir de tels actes de défiance ?

Ada Trybuchowska, le 22 septembre 2025

22 Sep 2025


Lettre de Galia Ackerman

Chers amis,

Le 22 septembre, à 18 h, à la Mairie du Centre (2 rue Eugène Spuller, 75003 Paris), Desk Russie et son association A l’Est de Brest-Litovsk (AEBL) organisent un événement important. Le philosophe Philippe de Lara parlera de l’œuvre du philosophe et historien Alain Besançon (1932-2023) dont notre université libre, nouvellement créée, porte le nom.

Alain Besançon fut un académicien français, mais son analyse du communisme et de la Russie a été largement contestée par des chercheurs, victimes du tropisme russe ou de l’idéalisme communiste. Le cercle de ses disciples était assez restreint. Il disait souvent que son école rentrerait dans un minibus.

Et pourtant, l’histoire de la Russie post-communiste et en particulier la guerre d’agression contre l’Ukraine et la croisade contre l’Occident, conjuguées à la répression de plus en plus féroce à l’intérieur du pays, ont montré à quel point Alain Besançon a été lucide et prophétique, à quel point il a su décrire la matrice de l’Etat russe depuis plusieurs siècles. Sa compréhension originale de l’histoire russe est la clé d’une analyse tout aussi originale du totalitarisme soviétique, fondée sur le concept de mensonge. Cela lui a permis de clarifier le débat sur la comparaison entre communisme et nazisme. 

Tel est le principal sujet de la conférence de Philippe de Lara, qui a été très proche d’Alain Besançon, tout comme moi ou Françoise Thom. Aujourd’hui, il est urgent de découvrir la pensée de Besançon ! Je vais animer la conférence, et Philippe et moi pourrons également répondre à vos questions sur l’université libre dont le premier cours commence le 16 septembre.  

Je serai ravie de vous voir nombreux à cette occasion !

En toute amitié,

Galia Ackerman, le 19 septembre 2025

19 Sep 2025


Registre mensuel des condamnations prononcées en Russie (3)

Toujours par le truchement de Human Rights Without Frontiers qui recueille ses informations auprès de l’association russe, nous faisons part à nos lecteurs des condamnations  prononcées contre des militants ou des opposants au pouvoir poutinien . Durant ce mois d’août, ont été relevés 21 cas  de citoyens russes condamnés pour motifs politiques à des peines de prison (d’un à 18 ans). Nous rappelons que ces statistiques ne prétendent pas à l’exhaustivité. Nous ne donnons en général les références détaillées des articles du code pénal que lors de leur première occurrence.

26 juillet 2025

Une habitante de Saint-Petersburg âgée de 19 ans, Daria Kizyreva, a été condamnée à deux ans et huit mois de prison pour une citation de Chevchenko (le grand poète romantique ukrainien, 1814-1861, ndlr) et une interview le concernant, en application de l’article 280.3 du code pénal (actions publiques visant au discrédit des forces armées de la Fédération de Russie).

27 juillet 2025

Un habitant de la région de Kherson a été condamné à 7 ans de prison pour « informations mensongères » en application de l’article 207. 3 du code pénal (diffusion d’informations connues pour fausses sur l’Armée russe par entente préalable d’un groupe de personnes motivées par la haine, politique et nationale).

1er août 2025

Un habitant d’Itkoutsk a été condamné à 5 ans et demi de prison pour commentaires anti-guerre en application de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à une activité terroriste et justification du terrorisme).

3 août 2025

Un ukrainien de la liste Sentsov »[1] déjà condamné à 8 ans d’emprisonnement a été frappé d’une peine additionnelle de 2 ans pour « appels à une activité extrémiste » (article 280 du code pénal).

5 août 2025

Un citoyen azerbaïdjanais a été condamné à un an de prison pour  profanation de la « flamme éternelle » (équivalent symbolique du soldat inconnu ndlr) en application de l’article 354.1 du code pénal (Réhabilitation du nazisme  via la profanation de symboles de la gloire militaire russe  et de la mémoire des défenseurs de la patrie).

Un habitant de Balakhna[2] a été condamné à 18 ans d’emprisonnement pour publications anti-guerre et participation à la Légion « Liberté de la Russie » [3] en application de l’article 207.3,  de l’article 205.2 et de l’article 205.5 du code pénal.

6 août 2025

Zarema Musayeva a été condamnée à trois ans et 11 mois d’emprisonnement supplémentaires en application de l’article 321 du code pénal (désorganisation du travail au sein d’une « colonie »).

7 août 2025

Un habitant de Ninni-Novgorod condamné à quatre ans de prison pour lien avec l’« Aropodgotovka »[4] et des commentaires sur Télégram en application de l’article 282 du code pénal (incitation à la haine ou à l’inimitié avec circonstances aggravantes) et de l’article 205.2.

12 août 2025

Un enseignant d’une école de commerce a été condamné à 16 ans de prison à la suite d’une affaire touchant des frappes de drones à Koursk, en application de l’article 205 du code pénal, deuxième partie (action terroriste commise par un groupe de personnes et provoquant des dommages significatifs).

Un artisan de Tchélyabinsk condamné à six ans de prison pour deux commentaires dans Télégram  en application de l’article 205.2 du code pénal.

14 août 2025

Un habitant de la région d’Orval a été condamné à 8 ans de prison pour avoir diffusé sur internet des textes hostiles à la guerre et aux autorités en application de l’article 207.3 et de l’article 205.2 du code pénal.

Le blogger Ilya Varlamov a été condamné à 8 ans de prison in absentia en application de l’article 207.3, de l’article 330.1 (manquement aux obligations d’un citoyen déclaré comme « agent de l’étranger ») et de l’article 205.2 du code pénal.

15 août 2025

Un activiste de Crimée a été condamné à 15 ans de prison pour « trahison » et « préparation d’une attaque terroriste » en application de l’article 275 (haute trahison), de  l’article 205.3 et de  l’article 30 du code pénal (sur la réalisation recherchée d’une attaque terroriste).

18 août 2025

Une internaute de la région de Kaliningrad a été condamnée à 3 ans et 2 mois de prison pour avoir lancé par écrit : « Envoyez les usines au diable !  » en application de l’article 280.4 du code pénal (appels publics à des activités dirigées contre la sécurité de l’Etat).

19 août 2025

Activiste en faveur des droits de l’homme, Serguei Davidis a été condamné in absentia à 6 ans de prison. en application de l’article 205.2 du code pénal. (pas de localisation ndlr)

 21 août 2025

Une infirmière de Chita[5] a été condamnée à cinq ans de prison pour des commentaires hostiles à la guerre en application de l’article 205.2 du code pénal.

Un habitant de Barnaul[6] a été condamné à 9 ans et demi d’emprisonnement à la suite d’un deuxième procès pour des commentaires sur internet en application de l’article 282 et de l’article 205.2 du code pénal.

22 août 2025

Un habitant de Roubtsovsk[7] a été condamné à 18 ans de prison pour incendie volontaire du bureau d’enregistrement et d’engagement militaire en application de l’article 205 (acte terroriste), 205.1 (incitation, recrutement ou implication d’autres personnes dans des activités terroristes), 205.3 (entrainement clandestin dans le but de mener des activités terroristes) et de l’article 205.2 du code pénal.

28 août 2025

Un habitant de Saint-Petersbourg, handicapé, a été condamné à trois ans de prison pour un commentaire sur Télégram. en application de l’article 205.2 du code pénal.

Un habitant de Novokouznetsk[8] a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour fausses nouvelles militaires en application de l’article 207.3 du code pénal.

29 août 2025

Un Ukrainien a été condamné à trois ans de prison pour appels à l’exécution d’officiels russes en application de l’article 205.2 du code pénal.


[1] Un « groupe terroriste » qu’aurait constitué Oleh Sentsov, cinéaste condamné à 20 ans de prison en 2015. Il  fut échangé contre des prisonniers russes à la suite d’une intense campagne internationale, notamment dans les milieux cinématographiques.

[2] Une ville de près de 50 000 habitants proche de Nijni-Novgorod

[3] Unité militaire ukrainienne formée de transfuges des Forces armées russes.

[4] Organisation inter-régionale russe. Elle est interdite sur le territoire de la Fédératon de Russie

[5] Ville sibérienne

[6] Une ville de l’Altaï (au sud-ouest de la Sibérie) d’environ 600 000 habitants

[7] Ville de l’Atlas d’environ 120 000 habitants

[8] Ville de Sibérie occidentale d’environ 530 000 habitants

16 Sep 2025


Libération, 5 septembre 2025 : une tribune de Sylvain Boulouque sur l’érection du monument aux victimes du communisme

L’inauguration du premier monument français en hommage aux victimes du communisme par Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël, a-t-elle relancé le débat sur la nature, l’histoire et la mémoire du communisme? On a pu lire ici et là les naïves indignations du sénateur communiste Ian Brossat qui a cru trouver dans le communisme inspiré de Marx et Lénine un « idéal » – qui n’y est pas, comme le montre toute lecture sérieuse du Manifeste communiste, lequel affirme que va s’imposer, par la violence s’il le faut, la domination d’un seul parti, d’une seule idéologie, scientifique bien sûr, et par là impossible à remettre en cause. Brossat a aussi rappelé sans originalité qu’on avait au PC rejeté depuis longtemps les dérapages en dehors de la voie menant à l’avenir radieux promis par les communistes. Le Monde a repris ces propos. Et même Le Canard enchaîné qui en oubliait son humour habituel.

D’autres réactions se sont manifestées dans nos colonnes ou dans Desk Russie mais aussi dans Le Point du 4 septembre sous l’excellente plume de Sophia Aram. Mais Sylvain Boulouque est le seul à avoir pu prendre ses distances dans un quotidien avec la sempiternelle réponse communiste : on sait tout cela…Il s’agit d’erreur, de déviation, et on ne peut juger sur les victimes d’une erreur ni la validité d’une théorie dont on s’est écarté ni la grandeur de ses perspectives.

On trouvera ci-dessous des extraits de la tribune que lui a ouverte Libération le 5 septembre dernier.

H&L

*

« Frédéric Masquelier a structuré son allocution en trois temps. Il reprend d’abord l’analyse du totalitarisme effectuée par Hannah Arendt et par Raymond Aron. Il dénonce ensuite l’hypo-mnésie de la société française sur les crimes communistes. Enfin, il s’en prend au PCF et aux traditions révolutionnaires porteuses des menaces totalitaires.

Cette analyse repose sur la culture politique classique des droites faite d’anticommunisme, d’attachement à l’ordre social existant et de dénonciation de l’adversaire «progressiste».

Pour défendre le PCF, Fabien Roussel, son secrétaire général, et Ian Brossat, porte-parole, utilisent un double argument rhétorique. Selon eux, rappeler la nature criminogène du communisme revient à s’en prendre à la Résistance et aux victimes communistes de la répression nazie et à refuser les conquêtes sociales auxquelles les communistes sont associés.

Cette initiative viserait à faire oublier la collaboration pour ensuite permettre à la droite de faire alliance avec l’extrême droite. Les dirigeants du PCF caractérisent l’initiative de «révisionniste» la renvoyant à l’extrême droite et oblitérant ainsi par un retournement le bilan du communisme au nom de l’anti-fascisme.

Ainsi, Ian Brossat explique que les seules victimes du communisme en France sont les nazis et les collaborateurs. Argument étonnant de la part du sénateur communiste normalien, agrégé de lettres, issu d’une famille de militants trotskistes qui connaît l’histoire de son parti et omet de dire que le PCF est directement responsable de la mort de deux anarchistes tués par balles en 1924, de plusieurs socialistes tués en 1930 à Paris et à Lille, de l’assassinat de trotskistes dans les maquis du Puy-de-Dôme et d’anarchistes espagnols dans ceux de l’Aude, voire d’exécutions par erreur de Résistants membres… du PCF1, réalité infime par rapport à la tragédie mondiale, mais qui traduit un projet reposant systématiquement sur la terreur.

Amplement relayée par les réseaux sociaux, la polémique interpelle, le communisme semblant être «un passé qui ne passe pas» dont l’analyse critique reste perçue comme l’apanage de la droite. Plusieurs raisons l’expliquent.

D’abord, pour des raisons aussi tactiques que stratégiques, le PCF s’est fondu dans le système démocratique et a soutenu les mouvements de progrès sociaux, tout en conservant l’objectif final de prendre – et non d’exercer – le pouvoir. (…)

Lorsque les communistes ont participé à des gouvernements, ils ont été au mieux une composante minoritaire de gouvernement d’union nationale ou de gauche (entre 1944 et 1947, entre 1981 et 1984, voire entre 1997 et 2002). Ils sont donc associés aux grandes heures de l’histoire nationale ou de l’histoire de la gauche.

Cette part «glorieuse» permet d’oublier le reste. En effet, le PCF a été adossé à un système mondial, dont il a été dépendant sur un plan financier comme politique. Depuis son adhésion à l’Internationale communiste en 1920, il a soutenu les bolcheviques dès les premières vagues de répression.

La droite semble vouloir s’appuyer sur cette dernière dimension, à la fois en raison de sa culture politique, de la distorsion existante entre l’image du communisme et sa réalité, et d’une prétendue méconnaissance de l’histoire du communisme en France. (…)

Malgré cela, sauf exception marginale, la gauche semble muette laissant l’analyse critique du communisme à la droite, voire à l’extrême droite, alors qu’elle est constitutive de son histoire. Dès 1920, Alphonse Merrheim (1871-1925), dirigeant de la CGT, dénonce «la dictature sur la classe ouvrière» et Léon Blum prédit «le terrorisme comme moyen de gouvernement». Mais, la gauche est systématiquement obligée de taire cette matrice pour s’allier au PCF lors des élections.

Enfin, il reste la question du mot même de «communisme» et de sa perception française. Idéologie internationaliste par essence, il est réduit à une histoire purement nationale. Le communisme n’est plus un spectre qui hante l’Europe, en revanche, sa mémoire continue de perturber une lecture sereine du passé, en France du moins.

Sylvain Boulouque, le 14 septembre 2025

  1. Voir par exemple Pierre Broué et Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Paris, Grasset (1997) ; Christophe Castellano et Henri Melich, Guérilleros. France 1944. Une contre-enquête, Spartacus (2020) ; Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Liquider les traîtres, Robert Laffont (2007) et Sylvain Boulouque, Meurtres à la Grange-aux-Belles. Quand les communistes flinguaient les anarchistes, Cerf (2024). ↩︎

14 Sep 2025


Un monument aux victimes du communisme

Le 23 août dernier, date anniversaire de la signature du pacte germano-soviétique de 1939, Frédéric Mercadier, maire de Saint-Raphaël, a présidé une cérémonie accompagnant l’inauguration d’un monument aux victimes du communisme. Son discours fut remarquable de nuances et de contextualisations, mais aussi de distinctions entre militants communistes, persuadés de s’engager pour un monde plus humain et fraternel et une doctrine marxiste-léniniste – et pas seulement stalinienne – engendrant inexorablement des régimes totalitaires.

Quelques réactions venimeuses sont venues du Parti communiste et notamment du sénateur Ian Brossat qui conduisit une manifestation de protestation et trouva ensuite dans Le Monde du 25 août une oreille pour le moins attentive.

On lira dans Figarovox du 27 août une tribune signée Pierre Rigoulot apportant son appui à l’initiative de Frédéric Mercadier et, ci-après, une lettre d’André Senik, qui appuie, lui aussi, l’initiative du maire de Saint-Raphaël en remontant aux racines de la pensée communiste moderne et notamment à deux textes de Karl Marx : Sur la Question juive, de 1843 et Le Manifeste du Parti communiste, de 1848.

On trouvera enfin quelques mots saluant la publication (il y a 9 ans, déjà) de l’ouvrage d’André Senik consacré à l’étude du dit Manifeste.

H&L

En tant qu’ex-stalinien ayant viré sa cuti et prof de philo sachant lire le jargon marxiste, j’ai décidé un jour de remonter ma relecture jusqu’à Marx, alors qu’il reste massivement hors de cause chez les critiques du communisme

Le hasard a voulu que je commence à relire Marx par son commencement, l’article « Sur la question juive » paru en 1843

J’y ai découvert qu’au-delà de la judéophobie pathologique de Marx (« Marx était un Juif pur sang » écrira Engels seulement en 1890, après la mort de Marx) sa cible était la Déclaration des droits de l’homme, et plus précisément l’individu humain.

Le noyau dur initial de la pensée de Marx est l’hostilité à la démocratie libérale, c’est-à-dire au socle actuel du monde libre. Et cela en l’absence de la moindre allusion à la lutte des classes, au prolétariat et au capitalisme.

J’ai ensuite compris son refus de l’humanité de tout homme dans les Thèses sur Feuerbach, (1845). L’anti-humanisme fait partie du noyau dur initial de la pensée de Marx.

Quand je me suis mis à relire le Manifeste, j’y ai découvert que Marx avait recouvert (et maintenu au niveau de son soubassement) son hostilité à la démocratie libérale fondée sur les droits de l’homme au moyen d’un grand récit mythologique conduisant à la dictature du prolétariat, présenté comme réduit par le capitalisme à une forme moderne d’esclavage.

Cette réécriture opportuniste et ce déguisement expliquent que le communisme de Marx ait été reçu comme porteur des idéaux humanistes (voir par exemple la préface d’Humanisme et Terreur de Merleau-Ponty, paru en 1947).

Ma conclusion est que le communisme de Marx doit être combattu comme idéologie totalitaire et terroriste.

André Senik, le 29 août 2025

*

A lire ou à relire : Le Manifeste du Parti communiste aux yeux de l’histoire

Responsables de millions de morts, Staline, Mao et Lénine ont fini par être discrédités. Pour autant, une question reste posée: Staline, Mao et Lénine ont-ils trahi la pensée de Karl Marx ou bien les catastrophes qu’ont engendrées tous les régimes communistes sont-elles en germe dès le Manifeste du Parti communiste pourtant souvent qualifié d’œuvre «visionnaire», d’« appel à la justice sociale » ou d’ « hymne à l’humanité».

Divers auteurs avaient déjà démontré que la prophétie marxiste sur l’écroulement de la société capitaliste avait été démentie ; que la théorie marxiste de l’appauvrissement continu de la classe ouvrière, qui finirait par absorber les classes moyennes et lutterait finalement avec elle contre un seul adversaire (la bourgeoisie), était un conte à dormir debout ; et que la promesse d’une société communiste permettant le plein développement de chacun et de tous représentait une sinistre plaisanterie.

Senik, lui, dans son étude critique du Manifeste Communiste parue en 2015, reconnaît que si l’on a pu lutter sous la bannière du marxisme pour une société idéale, juste et fraternelle, ce n’est pas dans le Manifeste qu’on en trouvera la promesse. L’ouvrage de Marx préconise au contraire d’accorder le monopole du pouvoir politique au Parti communiste, détenteur d’un savoir absolu sur l’histoire, et de conférer à l’État tous les moyens coercitifs nécessaires pour faire triompher ses vues et contrôler toutes les activités économiques. Il n’y a là rien de sublime: juste les éléments nécessaires à l’établissement d’un État totalitaire.

Certes, on n’y trouve «l’annonce d’aucun des crimes commis en son nom» et seulement «les prémisses de ces crimes et leur justification». Aussi se trouve-t-on plus à l’aise chez un certain nombre d’intellectuels de gauche pour continuer d’opposer systématiquement un pôle négatif (patronal, exploiteur, dominant) et un pôle positif (travailleur, exploité, dominé). Pour eux, ces oppositions sociales et économiques expliquent tout, «comme si la culture, la religion et les passions n’étaient pas, elles aussi, des facteurs déterminants des conflits qui déchirent la société et le monde» Incapables de mettre à distance le matérialisme historique du Manifeste, nombre de nos experts en sociologie sont ainsi persuadés que les difficiles conditions matérielles d’existence des jeunes issus de l’immigration constituent le facteur primordial de leur hostilité à notre société et de l’attirance de certains pour le djihadisme.

Les communiste n’avaient pas revu leur copie après cette remise en cause radicale et pertinente du «logiciel» de Marx. Neuf ans plus tard, Ian Brossat, ne fait que répéter les mêmes arguments que ses coreligionnaires ( j’emploie le mot à dessein) d’hier, quand parut le Livre Noir du Communisme, et d’avant-hier quand fut publié le premier tome de L’Archipel du Goulag. Il est vrai que les communistes sont de moins en moins nombreux. Le religion se fait secte peu à peu.

PS : Ce texte reprend quelques lignes d’un article que j’avais publié dans Le Figaro le 14 janvier 2016 pour souligner l’importance de l’ouvrage d’André Senik : Le Manifeste du Parti communiste aux yeux de l’histoire, Éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2015

Pierre Rigoulot, le 27 août 2025

29 Août 2025


Vous avez dit « barbares »?    

Une polémique fumeuse a éclaté à propos du qualificatif de « barbare » que le Ministre de l’intérieur a attribué aux casseurs des Champs Elysées : laissons de côté le « c’est celui qui l’dit qui y est », directement tiré de la cour d’école où son auteur aurait du rester un peu plus : M. Retailleau « déshumaniserait » une partie de la population française, rien de moins ! « Barbare », ce serait surtout un rien raciste et viserait les « étrangers ».

Je rappelle que face au lynchage en 1672 des frères De Witte, tenants du libéralisme, de la tolérance et de la liberté de conscience par une foule de partisans d’un Etat autoritaire, Spinoza avait voulu afficher sa condamnation de cette violence. Sa dénonciation commençait par ses mots : « ultimi barbarorum », les derniers des barbares… Et le philosophe juif, un émigré qui venait du Portugal, ne s’en prenait certes pas aux étrangers mais à des brutes fanatiques et violentes qui s’étaient placées d’elles-mêmes hors du champ du dialogue, du respect et du droit, hors du champ de la parole,  et préféraient celui de la haine incontrôlée et d’une violence tenant lieu de mots adressés à l’autre reconnu comme tel…

Il est un donc peu ridicule de taxer de racisme et de xénophobie un Ministre qui désigne sévèrement (mais justement) des petites brutes, des pillards acharnés à détruire des abris-bus ou des devantures de magasin pour s’emparer de quelques paires de chaussures ou de téléphones mobiles.

La barbarie est condamnée par tous ceux qui, de droite comme de gauche, reconnaissent certaines valeurs et principes qui s’énoncent autrement qu’à coups de pied dans une porte ou une vitrine. Oui, de gauche aussi, MM les députés Léaument et Coquerel. J’ai lu et aimé jadis la revue de Cornelius Castoriadis et Claude Lefort. Elle souhaitait une révolution qui ne s’enkyste pas dans la bureaucratie, ni dans la violence répressive institutionnelle et l’enfermement; une révolution au nom de laquelle on pouvait parler et non casser ou bruler. Cette revue s’appelait Socialisme ou Barbarie. Un rêve, sans doute. Mais il évoluait, croyez-moi, très loin du racisme et de la xénophobie.

Il serait temps en effet de parler vraiment, Messieurs, et de ne pas se contenter de formules toutes faites, d’accuser systématiquement les « flics » et les ministres qui les dirigent, même si c’est bien vu et même recommandé dans divers milieux. Au Musée de l’immigration de la Porte dorée, actuellement, une exposition temporaire sur la banlieue donne le la : le racisme, la violence viennent seulement de la police. Et l’Etat ne fait pas ce qu’il faut – alors même qu’il en a les moyens, je suppose.

Pas étonnant si, même au sein de la représentation nationale, on ne sait plus très bien ce que c’est qu’un barbare, qu’il soit, ou non, un jeune immigré ou issu de l’immigration.

Pierre Rigoulot, le 9 juin 2025

9 Juin 2025


L’animateur Arthur, prix Jean Pierre-Bloch de la LICRA avec l’humoriste Sophia Aram

Le Figaro a rapporté les moments importants de l’allocution prononcée par l’animateur de télévision Arthur (de son vrai nom Jacques Essebag), après qu’il eût reçu ce prix pour son engagement contre l’antisémitisme.

« Loin, si loin des rires de Vendredi tout est permis ou des Touristes, les divertissements légers qu’il anime sur TF1,

Benjamin Puech, l’auteur de l’article, rapporte qu’Arthur a vécu le massacre du 7 octobre 2023 comme un déchirement, qui l’a convaincu de sortir de sa réserve pour s’exprimer, sur les réseaux sociaux et dans les médias notamment pour dénoncer le lourd silence qu’il a perçu dans le milieu artistique, et pour « épingler les ambiguïtés de l’extrême gauche à l’égard de l’antisémitisme ».

« Il est vrai que depuis le 7 octobre j’ai parlé. Fort, parfois avec maladresse, souvent en colère, reconnut Arthur, mais j’ai parlé pour rester debout, pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou. Parce que comme tous les Juifs de France, je vis avec une peur qui ne me quitte plus, pas une peur abstraite, une peur intime, qui vous réveille la nuit, qu’on avoue à demi-mot même à ses proches », a expliqué l’animateur, qui évoqua ensuite l’agression du rabbin Arié Engelberg, à Orléans et ses parents, « qui changent leur nom lorsqu’ils commandent un taxi. »

Après avoir regretté un manque d’engagement de la part de « grandes voix » silencieuses, ou pire : floues, tièdes, ambigües, l’homme de télévision qui vit sous protection rapprochée s’est adressé au chef de l’État :

« Monsieur le Président, cher Emmanuel, chers amis, je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons (…) mais de tenir votre place, celle qui engage, qui protège pour que l’histoire ne se répète pas. (…) Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cèdent, tenez-la comme on tient la main d’un enfant, une promesse qu’on ne peut pas trahir, parce que ça commence toujours par les Juifs et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout. »

Arthur a eu un mot chaleureux pour Sophia Aram, récompensée également par le Prix Jean Pierre-Bloch, puis pour son épouse, Mareva Galanter, ancienne Miss France : « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe. Elle ne rase plus les murs, elle les peint, elle les signe », s’inquiète

encore l’animateur. Pour qui l’antisémitisme se drape désormais dans l’antisionisme afin de paraître « acceptable ».

Ce qu’Emmanuel Macron a dénoncé également au cours de cette cérémonie.

Le chef de l’État a salué en Sophia Aram et Arthur deux visages de la «fraternité française». «Être Français aujourd’hui (..) ce n’est ni votre sang, ni votre origine, ni votre religion (..) C’est une volonté !», a-t-il dit. «Comme tous les Juifs de France, je vis désormais avec une peur qui ne me quitte plus», a lancé Arthur, dénonçant «le silence» de ceux qui «se levaient (autrefois) pour toutes les causes» (…) L’humanisme ne se divise pas en races et la République ne se divise pas en communautés parce que la République ne se divise pas», a renchéri Sophia Aram, fervente défenseure de la laïcité ».

Jean-Louis Carillon, le 15 mai 2025

15 Mai 2025


Lettre ouverte des enfants de Jean-François Revel

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard ont décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération qui, le 2 avril 2025, a repris les accusations qu’il avait déjà portées contre leur père, Jean-François Revel, L’article qui a provoqué leur indignation n’apportait pourtant aucun élément nouveau probant en réponse à la contre-enquête publiée le 12 mars précédent par Le Figaro.

Rappelons que Jean-François Revel fut pendant plusieurs années et jusqu’a sa mort en 2006 le président irréprochable de l’Institut d’histoire sociale.

« Lorsque nous avons pris connaissance, en juin dernier, des allégations publiées dans Libération contre notre père, Jean-François Revel, accusé d’avoir participé dans les années 1970 à des réunions pédocriminelles, nous nous sommes exprimés pour dire notre respect pour la parole de la victime, notre espoir que la justice puisse établir la vérité, mais aussi notre effroi et notre incrédulité.

Près de neuf mois plus tard, nous n’avons pas varié : nous espérons plus que jamais que la justice éclaire la réalité des faits, nous continuons de croire en la sincérité d’Inès Chatin, mais notre incrédulité s’est muée en une certitude : nous sommes maintenant convaincus que les accusations portées contre notre père sont dénuées de tout fondement et que Libération s’est livré à un travail journalistique construit sur l’insinuation, le mensonge et la manipulation. Le dernier article paru la semaine dernière nous en a persuadés définitivement et nous conduit à nous exprimer à nouveau aujourd’hui.

Il serait difficile dans ces quelques lignes de démêler tous les fils des raccourcis et amalgames dont sont tissés les articles de Libération. Pour ceux qui les liront, ils comprendront que notre père est accusé d’avoir participé à des réunions pédocriminelles qui se tenaient dans un appartement vide situé au 33-35, rue de Varenne autour des années 1977 à 1980. L’accusation se fonde sur un élément et un seul : le souvenir d’Inès Chatin. En soi, un seul témoignage pourrait suffire mais celui-ci a ceci de particulier que ce témoin avait entre 4 et 7 ans au moment des faits, indique que les auteurs de ces actes abominables étaient masqués, mais se dit pour autant certaine d’avoir reconnu parmi eux notre père à son odeur, sa corpulence et sa transpiration.

Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits.

Une évidence s’impose : pour qu’une aussi petite fille puisse identifier nommément un homme masqué, sur la base de son odeur, elle doit forcément le connaître et le fréquenter d’une manière particulièrement proche. C’est précisément ce que Libération affirme : notre père aurait été un ami intime de Jean-François Lemaire, le père adoptif d’Inès Chatin, passant sa vie chez eux, débarquant à tout instant, comme s’il s’agissait d’une sorte de deuxième famille.

Et c’est à partir de là que la démonstration ne repose plus sur rien. Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits. Au contraire même, comme Le Figaro  l’a montré dans sa contre-enquête publiée le 12 mars dernier, ni la lecture des agendas de notre père, fort renseignés et consultables à la BNF, ni les témoignages de ses amis proches, ni aucun autre document porté à notre connaissance, ne font état d’un quelconque lien entre les deux hommes avant le début des années 1980.

On peut en effet reconstituer qu’ils ont dû faire connaissance par la fréquentation du même club gastronomique que notre père a rejoint en mars 1980. Puis ils se voient une première fois dans un cadre privé pour un déjeuner organisé chez Lemaire en présence d’autres invités. L’agenda de notre père fait ainsi mention pour la première fois de Lemaire, à la date du 21 juin 1983 à 12 h 30 : « Dej. Dr J.F. Lemaire, 97 rue du Bac » (rappelons que Jean-François Lemaire était médecin). Drôle de formulation pour des amis supposés intimes de longue date ! Notre père a même noté méticuleusement l’adresse à laquelle il est supposé se rendre depuis des années.

À partir de là, les deux hommes nouent une relation que l’on peut qualifier d’amicale sans être ni intense ni assidue puisqu’ils se verront essentiellement dans le cadre des déjeuners mensuels du Club des cent et à l’occasion d’environ une douzaine d’autres déjeuners entre eux, étalés cependant sur une période de plus de vingt années. Ni la chronologie de cette relation ni son intensité ne viennent donc corroborer le souvenir d’Inès Chatin. Sans pour autant que cela interdise qu’elle puisse être d’une parfaite sincérité, l’hypothèse la plus probable selon nous étant qu’elle ait croisé notre père bien après les faits supposés et pour peu que sa physionomie lui ait rappelé celle de l’un des auteurs des sévices qu’elle dit avoir subis, elle s’est convaincue de ce que Jean-François Revel en faisait partie.

Ce type de mécanisme de reconstruction de la mémoire ayant déjà été observé dans bien des cas analogues, Libération aurait dû ne pas se contenter de ce seul souvenir et s’attacher à rechercher des éléments objectifs pour l’étayer. Non seulement, ils ne l’ont pas fait mais ils ont délibérément mis le nom de Revel en une de Libé dans le seul souci de mettre en avant un nom connu qui attire le lecteur, comme l’un des journalistes signataires nous en a fait l’aveu, le jour de la publication du premier article en juin dernier, dans un message écrit impressionnant de cynisme et de duplicité : « Lidée qu’une une doit parler immédiatement à un lecteur passant devant un kiosque ou une gare l’a emporté. (…) Votre père paye en quelque sorte sa notoriété. »

Une fois la contre-enquête du  Figaro  parue,  Libération  aurait pu reconnaître les limites de son enquête ou se taire. Ils ont fait le choix de s’enfoncer dans le mensonge et la manipulation.

L’article paru la semaine dernière annonce en effet qu’il apporterait enfin les preuves de la relation d’amitié qui liait Revel au père adoptif d’Inès Chatin, « y compris à l’époque » des faits incriminés situés entre 1977 et 1980. Car telle est bien la question clé en effet sur laquelle nous avions d’ailleurs plusieurs fois interrogé Libération au cours des derniers mois, sans succès.

Nous invitons chacun à lire l’article : à aucun moment, n’y figure un quelconque élément, document ou témoignage nouveau attestant de cette relation au cours de la période considérée. Les lettres retrouvées datent toutes de 1984 et 1987. Elles indiquent qu’ils se tutoient, ce qui « atteste d’une vraie proximité » selon Libération. Or il se trouve qu’au Club des cent le tutoiement est obligatoire entre les membres.

Une photo de 1982 est publiée où notre père et l’épouse de Jean-François Lemaire sont assis à une même table : il s’agissait vraisemblablement d’un grand dîner donné pour les 10 ans du Point auquel participaient plusieurs centaines de convives dont les Lemaire qui étaient de proches amis du directeur de l’hebdomadaire, Claude Imbert. Si l’amitié entre les Lemaire et notre père était si vivace et ancienne, comment expliquer qu’on n’ait retrouvé aucun courrier, aucun témoignage, aucune photo, aucun livre dédicacé datant des années antérieures ?

Faute de preuve, faute de mieux, Libération se livre alors à un festival d’arguments manipulatoires.

Si on ne retrouve rien dans les agendas, c’est qu’ils auraient été tronqués. Il est vrai que tous n’ont pas été retrouvés après le décès de notre père, mais l’essentiel y est et sur une durée de près de cinquante ans. Ainsi, sur les années 1975 à 1983, il ne manque que trois carnets trimestriels sur un total de trente-six. Rien qui ne permette d’effacer toute trace d’une fréquentation supposée quasi quotidienne. Et pourquoi notre père n’aurait-il jamais noté ces rencontres avec Lemaire, ne serait-ce que les toutes premières, puis pendant des années, pour tout d’un coup les faire apparaître à partir de 1983 ?

Libération avance alors une autre hypothèse : finalement « Revel n’avait nullement besoin de Lemaire pour converger » vers ces réunions pédocriminelles rue de Varenne puisqu’il connaissait l’un des autres protagonistes supposés, en la personne de Claude Imbert. Il est exact que les deux avaient travaillé ensemble à L’Express à la fin des années 1960. Mais alors de deux choses l’une : si Revel participait à ces réunions par l’intermédiaire d’Imbert et non de Lemaire, s’il n’était donc pas un familier de ce dernier, comment expliquer alors que sa fille ait pu le reconnaître à sa simple odeur ?

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération

Qu’à cela ne tienne, Libération va chercher un autre lien, cette fois-ci entre notre père et Gabriel Matzneff avec pour seul élément le fait qu’ils aient été invités en 1965 à un même déjeuner, avec quatre autres convives, chez François Mitterrand, et auraient échangé quelques propos sur saint Thomas en fin de repas. Quelle proximité accablante !

Enfin, Libération abat sa carte maîtresse. Un élément matériel antérieur à 1983 aurait été trouvé dans les agendas de notre père : « Dans les pages du mois de juin 1975, soit deux ans avant les sévices qu’elle dénonce, Inès Chatin a découvert la mention de l’adresse de la cour d’immeuble où elle résidait. » Qu’est-il réellement écrit dans l’agenda ? « Mahias 32 rue de Varenne. » Notre père se rend donc bien rue de Varenne, mais à une autre adresse que celle où les réunions pédocriminelles se seraient tenues, et pour voir quelqu’un d’autre ! En l’espèce, son ami Claude Mahias, qui est aussi son collègue au sein de la maison d’édition Robert Laffont, et a habité l’essentiel de sa vie dans cet immeuble. Libération a-t-il sciemment manipulé cet élément pour voir une preuve là où il n’y avait qu’une coïncidence ?

Reste que cet élément est à l’image de tout ce travail « d’enquête » : manipulateur et fallacieux. Comme l’illustre encore un autre passage où Libération rappelle que la famille Lemaire a emménagé dans son domicile historique « racheté à la famille de Jean d’Ormesson, fréquenté aussi par Revel ». Notre père connaissait en effet Jean d’Ormesson, sans proximité particulière d’ailleurs. La famille de Jean d’Ormesson – et non lui directement si on comprend bien – vend un appartement aux Lemaire. La boucle est bouclée, l’affaire est dans le sac !

À la fin des fins, au-delà de ces multiples raccourcis, amalgames et déformations, il ne subsiste donc que le souvenir olfactif d’Inès Chatin. Nous pourrions nous situer sur ce même terrain en apportant notre propre témoignage de ce que notre père que nous avons côtoyé bien plus intimement et longtemps que quiconque, n’avait pas la moindre odeur marquée, et encore moins désagréable, que ce soit le matin ou le soir, sous tous les climats et toutes les latitudes.

Non, en tout état de cause, cela ne saurait suffire pour jeter l’infamie sur la mémoire d’un homme dont toute la vie et la personnalité, exempte de toute forme de perversité, de cruauté et de dissimulation, se situaient aux antipodes des actes abominables qui lui sont prêtés.

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération. »

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard, le 7 avril 2025

23 Avr 2025


Du soupçon à l’accusation

Pris la main dans le bocal de confiture, Marine Le Pen et quelques autres cadres de son parti viennent d’être condamnés par la Justice. Les réactions scandalisées de leurs amis et de leurs partisans valaient la peine d’être entendues, le soir du 31 mars !

D’abord – la formule est usée jusqu’à la corde mais pourquoi ne pas s’en servir encore ? – « ce n’est pas un hasard si elle a été condamnée », disent-ils. Bien des magistrats sont membres du Syndicat de la Magistrature. Ils ont donc fait parler leur opposition (gauchiste) au Rassemblement National.

N’ont-ils pas seulement appliqué le code pénal, répondez-vous ? Pas du tout ! Leur condamnation, même conforme aux articles du code pénal, a été tout ce qu’il y a de plus politique ! Sans éprouver de gêne à l’idée que la France puisse être dirigée par quelqu’un qui a admis et couvert le détournement de l’argent du contribuable, amis et partisans de Mme Le Pen préfèrent mettre en cause les options politiques des juges. Ce sont elles qu’ils accusent ouvertement d’être en dernière instance à l’origine de la condamnation de Mme Le Pen et non le fait que celle-ci ait enfreint la loi, un fait qui entraîne logiquement le verdict que nous connaissons.

En ces temps de « déconstruction », en cette époque de triomphe du soupçon d’intérêts à défendre, de volonté de puissance, de désirs cachés mais à l’œuvre; en ces temps d’abandon (et pas seulement par Donald Trump !) de toute référence au vrai ou au faux, au bon ou au mauvais; en ces jours de rejet des propos fondés sur le raisonnement et l’expérience au profit des rumeurs « complotistes » les plus folles, le contraire eut été, il est vrai,  étonnant.

Les partisans de Mme Le Pen ne se contentent pas, hélas, de ce premier pas. Ils en franchissent un second en passant du soupçon à la mise en cause en nous assurant que la décision des juges est un déni de démocratie. Les juges rendent la justice « au nom du peuple français ». Ce n’est donc pas à eux, en ce moment important de notre vie politique, de décider si Marine Le Pen peut ou non être condamnée à l’inéligibilité mais au Peuple. Si celui-ci s’apprête en effet à voter pour elle, c’est qu’il ne la tient pas pour inéligible contrairement à ce que prétendent les magistrats. Et comme il vaut mieux s’adresser au bon dieu (le Peuple français) qu’à ses saints (les juges), le désaccord patent entre ces deux instances doit être tranché en faveur de la première.

Joli tour de passe-passe et posture propagandiste car les juges, et les juges seuls, se prononcent légitimement de par leur connaissance reconnue des règles du droit, ce qui n’est pas le cas de tout un chacun, fut-il électeur, et parce que le peuple leur a délégué cette légitimité …

D’autres arguments secondaires, annexes, ont été entendus sur le fait par exemple qu’il n’y a pas eu volonté d’enrichissement personnel. Comme si le détournement d’argent public en faveur d’un parti et d’une certaine idée de la France n’était pas tout autant condamnable que la recherche d’avantages personnels ! Les hommes politiques usant de moyens prohibés pour faire triompher leurs idées paraîtraient-ils plus sympathiques que ceux qui se servent les premiers ? De Savonarole à Staline, la liste est longue des tyrans « désintéressés » !

Pierre Rigoulot, le 31 mars 2025

2 Avr 2025