Eric Zemmour  : La France n’a pas dit son dernier mot, éd. Rubempré, 348 p., 21,90 €

Attention  : ceci n’est pas un livre. La plupart des 340 et quelques pages sont des récits de rencontres de l’auteur avec diverses personnalités, donnant souvent des précisions sur le restaurant qui les a accueillis et sur les plats dégustés.

On conçoit donc qu’un militant nationaliste, déçu par une Marine Le Pen dédiabolisée, achète cet ouvrage comme d’autres le maillot de leur équipe de football préférée, en signe d’adhésion, et comme une obole et un encouragement. Mais on le déconseillera à quiconque veut en savoir plus sur la pensée politique d’Eric Zemmour et les moyens de mettre en oeuvre des mesures utiles et réalistes pour contrer l’islamisme. Il faut en effet parcourir avec patience ces pages qui tiennent du bottin mondain et du Gault et Millaut pour recueillir une prise de position argumentée, une mesure réaliste à prendre.

Zemmour ne démontre pas, n’explicite pas. Il procède par affirmation à l’emporte pièce, par envolées indignées et raccourcis explosifs. Inutile de chercher des propos minutieusement défendus, la parade à des objections possibles et encore moins des interrogations adressées à ses adversaires, voire à lui-même, marques d’ouverture d’esprit et de refus du dogmatisme. Zemmour n’est pas un penseur, adepte de la confrontation rationnelle. C’est un polémiste parfois habile, un histrion cultivé, capable de sortir de son chapeau une citation percutante. Il est, lui aussi – pourquoi le lui reprocher ? – un nostalgique de la douce France de son enfance, de surcroît un bon vivant et un convive agréable. Mais pas un Président souhaitable, tant sa pensée est soumise, et comme une évidence, à de vieilles conceptions du pouvoir qui affleurent dans quelques points d’intérêt, qu’on déniche à l’issu d’une lecture patiente.

Au coeur de ses certitudes : la France éternelle existe. Elle est née des rois de France et de leur union avec l’Eglise catholique. C’est sur ce socle que s’affirme toute autorité légitime à la tête de la Nation. Même Napoléon  ; même la République de 1789 s’y adosseront. Hélas, cette belle France là est menacée de l’intérieur et de l’extérieur. De l’intérieur par «  l’individualisme  né il y a quatre siècles aux confins de la Renaissance italienne et du protestantisme germanique  ». De l’extérieur par l’Islam. L’effet complémentaire de la Liberté individuelle, qui mine la puissance collective, et de la religion de la Soumission, pousse «  des diasporas de plus en plus fournies  » à imposer «  leurs mœurs, leurs lois, leurs imaginaires, leurs patronymes dans une logique colonisatrice  ». Un peuple français. Deux ennemis opposés qui veulent le détruire. Cela ne vous rappelle rien, demande-t-il  ? Mais si  ! Le pacte germano-soviétique  !

Raccourci peut-être brillant mais certainement discutable. Tel est l’art du polémiste : lancer son trait, et…passer à autre chose. Zemmour est maître dans cet art de passer à autre chose  : perspectives d’avenir avec Xavier Bertrand, retour sur un débat raté avec Marine Le Pen, la fin de l’homme blanc avec Tom Wolfe, avec chacun, on évoque un sujet différent, entre la poire et le fromage. Et après une pirouette, on passe aux suivants : Serge July et François Bayrou, Alain Minc et Dominique Baudis, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Seguin.

On s’arrêtera là mais certainement pas Zemmour, qui continuera de papoter sur deux ou trois centaines de pages. Contentons nous d’extraire quelques passages, pleins de sens, même s’ils portent sur des détails.

La France qu’il aime, celle qu’il appelle avec un sourire (on peut en tout cas l’espérer) «  la France éternelle, cette France des bérets et de la baguette de pain  », c’est évidemment celle où l’immigration musulmane n’existait pas  encore. Ce n’est pas celle non plus, de l’individualisme protestant et humaniste qui, au sortir du Moyen-âge, «  a transformé nos vieilles nations en société d’individus craintifs et capricieux  ». Ce n’est pas davantage celle des Juifs à propos desquels Zemmour a cette confidence émouvante et trop peu relevée par les critiques, sur sa maman qui voulait gommer le mot «  Juif  » de la conscience de ses enfants pour qu’ils soient seulement des «israélites». Zemmour a suivi le conseil de sa maman  : il ne balaie pas sa judéité comme le firent Spinoza ou Marx mais la réduit à un culte. La vraie France est une France catholique. Peuvent s’y raccrocher des protestants ou des israélites, et même des musulmans, à condition de « catholiciser » leur appartenance religieuse ou de suivre l’exemple de ceux qui se sont assimilés en gommant ou en changeant leur arbre généalogique pour se fondre littéralement dans la nation française.

Pas de réflexion chez lui sur la possibilité d’avoir des racines plongeant dans un ailleurs ethnique, géographique ou historique, comme Joséphine Baker et Charles Aznavour, tout en étant Français. En bon maurassien qu’il est sans vergogne, Zemmour élimine ce qui n’est pas du socle qui fait la France éternelle  ! Il ne veut pas de l’intégration de gens conscients de leur histoire et de leur culture particulières. A la manière d’Isabelle la catholique chassant les Juifs d’Espagne et de Louis XIV révoquant l’édit de Nantes, il exige l’unité, que dis-je  ? la fusion nationale…Aussi peut-il écrire  : «  Je suis un juif (avec une minuscule) d’Algérie grandi en banlieue parisienne que l’héritage familial et les lectures ont transformé en Français (avec une majuscule) de la terre et des morts  »…

Où l’on comprend qu’on simplifie son message quand on le réduit après une première lecture à la lutte contre l’immigration. Le thème est au cœur de ses affirmations en effet. Mais il se conjugue avec sa haine de la société libérale, de son «  individualisme consumériste », de sa référence au droit supranational, accouchant d’hommes ignorants de leurs racines nationales et se rêvant «  citoyens du monde  ». Eric Zemmour préfère un régime de type illibéral comme celui de Victor Orban.

Mais la France ne bouge-telle pas lentement, comme bougent sa culture et  ses croyances? Eh bien non, pour Zemmour, qui ne sera guère impressionné par les observations et les statistiques qu’on lui produira. La France est catholique, même si jamais elle ne va plus à l’église  et Zemmour adore cette formule d’André Suares  : le peuple français est «  chrétien dans ses moelles. Ses erreurs mêmes sont chrétiennes et ses excès, quand il veut introduire la politique dans l’ordre du sentiment. Nation très chrétienne, elle a l’Evangile dans le sang  ».

Voilà peut-être l’enseignement majeur de la lecture de ce livre léger et parfois plaisant : que les faits confirment ou non ses vues, qu’importe au fond. La France, même si elle ferme ses églises, est catholique par essence. De même, si la majorité des musulmans s’intègrent en France, lui, Zemmour sait que «  l’inconscient collectif des populations musulmanes «  est de coloniser l’ancien colonisateur  ». De même, il «  sait  » que tous les jeunes immigrés sont des voleurs et des violeurs. Il avoue d’ailleurs dans ce livre que nuancer son propos à ce sujet et le restreindre à «  la plupart  » d’entre eux n’est qu’une manière rituelle d’éviter le tribunal. Son socle à lui, c’est bien l’accusation que le Mal les habite tous et que ce Mal est plus dangereux que la Covid-19. Inutile de tenter de prouver le contraire par l’expérience, les chiffres ou le raisonnement. Comme les communistes qui connaissaient les aspirations profondes de la classe ouvrière à la révolution même s’ils préféraient dans les faits améliorer leur conditions de travail, Zemmour « sait » que la France est catholique et ce que veut « l’inconscient collectif » des immigrés musulmans : coloniser l’ancien colonisateur. Et il sait aussi que c’est aujourd’hui ou jamais que se joue le sort de notre civilisation. Les communistes appelaient cela le Grand soir. Cet admirateur de Poutine adopterait-il les vieilles ficelles des militants d’extrême gauche sur l’urgence, sur la dernière chance et le dernier mot qu’on n‘a pas encore dit ? Les Français qui voteront pour lui s’il se présente, auront donc en prime de sentir claquer parmi eux le Grand vent de l’Histoire. Un vent bien mauvais, hélas.

Pierre Rigoulot

25 Oct 2021


Philippe Buton : Histoire du gauchisme, l’héritage de Mai 68, éd. Perrin, 553 p. 26 euros

Il existait déjà un certain nombre d’ouvrages consacrés à l’histoire du « gauchisme » français pendant les années qui suivent Mai 68. Christophe Bourseiller, en particulier, avait épluché la presse et s’était intéressé à des personnages originaux, voire étranges.

Philippe Buton, me semble-t-il, est le premier à en proposer une vue d’ensemble après un énorme travail d’enquête global : la presse, sans doute, mais aussi les études qui l’ont précédé, les archives – notamment celles de la police – les entretiens avec les acteurs, enfin, ont été sollicités. Avec un sérieux, une méticulosité, très professorales, il développe ses propos et les avance preuves à l’appui. Certes, quelques aspects auraient pu être plus développés ou du moins interrogés. Mai 1968 n’engendre pas seulement des militants persuadés d’une révolution radicale prochaine. Des vies ont été changées, le rapport à la loi a été changé. Les organisations sont plus étudiées que ce bouleversement là, qui installe au quotidien des milliers de jeunes dans le rejet ou la dépréciation de l’Ecole, de l’Armée, de la Famille. Le slogan « Jouissons sans entrave » badigeonné sur les murs du Quartier latin et ailleurs, a laissé des traces. Le raisonnable et le rationnel en ont pris un coup et les antivax d’aujourd’hui seraient sans doute étonnés de se voir qualifier d’héritiers de Mai 68. Et pourtant…

D’autres aspects, dans un ouvrage si savant, auraient peut-être mérité aussi un peu plus d’attention, comme le rapport avec le monde communiste, alors en pleine scission, on s’en souvient. La tenue du congrès de constitution du parti communiste  « marxiste-léniniste » avait été payé par les camarades albanais et Pékin finançait la diffusion de ses thèses via les nains politiques qu’étaient Jacques Jurquet et Régis Bergeron, deux dirigeants du PC(ml)F. Entre parenthèses, aussi souples soient-ils aujourd’hui dans leurs efforts pour accroître leur influence, leur soft power comme on dit, les communistes chinois n’ont guère changé et c’est un Fabien Roussel, secrétaire du PCF réduit à peu de choses et discrètement pro-chinois, qui, mutatis mutandis, bénéficie actuellement de la sollicitude communiste chinoise. Bis repetita placent ? Les montagnes n’accouchent pas toujours de souris mais elles peuvent croire que les souris accoucheront de montagnes !

Il faut lire cet ouvrage, moins épais qu’il y paraît du fait de dizaines de pages de notes et d’annexes, témoignant du sérieux de l’entreprise. Il faut lire en particulier ce qui concerne la problématique de la lutte armée, au bord de laquelle le gauchisme français et en particulier la Gauche prolétarienne (maoïste) s’est arrêtée, au contraire de ce qui se passa en Allemagne avec la Fraction Armée Rouge et surtout en Italie.

Il faut lire aussi les réflexions de Philippe Buton sur ce qui motivaient les jeunes gauchistes français, sur leurs espoirs d’une vie autre – et sur leur fonction sociale in fine, pour le moins paradoxale, de facilitation de l’émergence d’une société plus libérale et d’une économie capitaliste plus efficace.

Eric Zemmour a lu rapidement ce livre et en a rendu compte dans Le Figaro le 17 juin dernier. Le commentaire de ce commentaire ne serait pas sans intérêt car il illustre la méthode du polémiste. Il n’apprend rien en lisant l’ouvrage, qui est seulement convoqué pour illustrer ce que lui, Zemmour, soutient depuis longtemps. Il voit dans cette Histoire du gauchisme une manifestation de ce que l’histoire est écrite par les « vainqueurs ». Buton, collaborateur de la revue Communisme, l’aurait donc écrit ad majorem revolutionis gloriam, alors qu’en réalité cette revue savante dirigée par Stéphane Courtois était tout sauf une publication complaisante envers le communisme et le gauchisme. Le reste du compte-rendu est à l’avenant : polémique first ! Les gauchistes de 68 ont fait le lit de l’islam (n’appuyaient-ils pas les immigrés maghrébins?) et de l’homosexualité triomphante (ne préférèrent-ils pas les chars de la Gay Pride à ceux qu’avaient utilisés par exemple les Soviétiques à Prague)  ?

Mieux vaut lire Buton que Zemmour pour connaître notre histoire récente.

Pierre Rigoulot

25 Oct 2021


Décès de Laurent Wetzel

Cher, très cher Laurent,

Vous voilà à jamais dans l’invisible, au terme d’un accident domestique, totalement imprévisible. A 71 ans seulement, est-ce possible ?

Nous nous étions parlé la veille et il n’était guère de jour où nous ne nous entretenions pas, commentant l’actualité ou tel article ou tel ouvrage ; n’avons-nous jamais été en désaccord ? Pas que je sache !

Fils d’un talentueux polytechnicien, votre formation ne le fut pas moins, à travers l’Ecole normale supérieure, l’agrégation d’histoire, à l’issue d’une scolarité plus que brillante.

Vous enseignez ici ou là, notamment en tant que maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris avant d’être nommé en qualité d’inspecteur d’académie. Pourquoi ne vous a-t-on pas promu inspecteur général de l’Education nationale ? Cela relève de l’inexplicable comme de l’incompréhensible.

Vous êtes rapidement détaché au Service d’information et de diffusion relevant des services du Premier ministre avant d’appartenir à plusieurs cabinets ministériels : Commerce extérieur, Réformes administratives, Postes et télécommunications, enfin Défense avec André Giraud, qui sait reconnaître et louer, quoique économe de compliments, votre aptitude à la synthèse et votre parfaite connaissance des rouages de la haute administration, distinguant à la perfection l’essentiel de l’accessoire.

Proche de Jacques Soustelle, avec lequel vous partagez un commun attachement à Israël, vous vous lancez, dans les Yvelines, au Conseil général, où vous êtes élu, en 1985, pour le canton de Sartrouville, terrassant le sortant communiste. Dans la foulée, vous vous emparez de la ville, confisquée, depuis trois décennies, par un maire communiste.

Aussitôt, vous vous employez à débaptiser un certain nombre de rues à la gloire de staliniens de haut vol, comme Marcel Paul, dont vous rappelez que, déporté à Buchenwald, il y avait été nommé kapo, ce qui lui avait souvent permis de protéger en priorité ses amis communistes. Cela vous vaut un déchainement de haine du parti de Moscou mais aussi de la section socialiste de la ville, voire d’une certaine droite gaulliste corrompue ou d’un préfet aux ordres, lesquels ne cesseront de vous combattre par devant et plus encore par derrière. D’aucuns iront même jusqu’à vous traiter de « sale juif », vous le catholique pratiquant.

Vous avez narré cette période – où votre courage, d’aucuns diraient votre témérité, reste gravé à jamais – dans Un internement politique sous la Ve République – Barbouzes et blouses blanches (Odilon media, 1997).

Pierre Péan a repris l’épisode dans Compromissions – La République et la mafia corse (Fayard, 2015), de même que Thierry Wolton dans son Négationnisme de gauche (Grasset, 2019). Vous gagnez les procès qui vous sont intentés comme ceux que vous engagez.

En 2012, vous sortez votre deuxième livre Ils ont tué l’histoire-géo (Ed. François Bourin), qui fait causer dans le milieu tant, là encore, vous dénoncez les dérives de la rue de Grenelle, laissant faire avec la lâcheté qui la caractérise.

Votre dernier livre, Vingt intellectuels sous l’Occupation – Des résistants aux collabos (Ed. du Rocher, 2020), ébranle un certain nombre de mythes, que votre infaillible érudition met à mal.

Votre premier ouvrage fait référence à une analyse de votre écriture, qui relève un aspect n’apparaissant peut-être pas d’emblée car, de votre haute taille s’imposait une relative mais infondée distance : « On note une gentillesse à la fois naturelle et chaleureuse qui lui confère une séduction qui n’a rien de factice ».

On ne saurait mieux dire quand, dans votre belle demeure de Versailles, enfoncé dans un profond canapé, vous caressiez un vieux chat gris, qui ne voulait plus quitter tant de sollicitude, votre touchant regard, empreint de bonté, laissant apparaître une image prégnante de votre belle âme.

Cher Laurent, votre incroyable courage, votre inaltérable fidélité dans l’amitié, votre belle intelligence, servie par une culture sans limites, ne seront pas, ne seront jamais oubliés. Vous eussiez fait un grand parlementaire mais n’étiez-vous pas trop intelligent pour réussir, dans ce milieu composé avant tout de médiocres et d’individus vénaux, notamment dans les Yvelines ?

A votre épouse – qui, dans l’épreuve, vous a tant soutenu -, à vos trois fils, comment ne pas exprimer notre intense émotion ?

Vincent Laloy


Oui, Laurent Wetzel en plus d’être un parfait honnête homme, courageux était d’une intelligence brillante. Lors d’un diner Histoire et Liberté, a Nanterre, j’avais eu le bonheur de partager sa table et pu admirer, au cours de la conversation, la précision de ses exposés et son esprit de synthèse. je crois me souvenir qu’il avait dédicacé le livre « Ils ont tué l’histoire-géo ». Son expérience d’inspecteur d’académie renforce le constat négatif qu’il fait de l’enseignement de ces matières et comment les responsables de l’Education Nationale ont participé au désastre actuel.
Sincères condoléances a sa famille.


Jacques Carbou


Je me proposais d’écrire à Laurent Wetzel lorsque j’appris son décès. Je voulais lui dire combien j’avais apprécié son dernier ouvrage : Vingt intellectuels sous l’Occupation (1).

C’est en effet un très beau travail d’historien qui ne se contente pas d’aligner des biographies mais s’efforce de comprendre les sentiments et le rôle de chacun.

Il le fait sans complexe patriotique pour les Résistants, sans indulgence pour les Collaborateurs, montrant que ces derniers n’étaient pas purement et simplement des traîtres et que, paradoxalement, c’est par patriotisme que certains avaient approuvé la Collaboration. L’idéologie a beaucoup joué chez eux alors que ce ne fut pas le cas, en général, chez les Résistants.

Après les Résistants et les Collaborateurs, Wetzel évoque ceux qu’il appelle les « ambivalents ». Il y range Georges Pompidou, Raymond Aron (ce qui est peut-être discutable), Jean-Paul Sartre et François Mitterrand.

Les tentations d’action résistante de Sartre furent timides, velléitaires et restèrent sans suite. Ses deux pièces de théâtre, Huis Clos et Les Mouches, furent jouées avec l’accord de la Propagande Staffel qui n’y vit aucune allusion à la Résistance. Elles furent jouées devant un public qui comptait parfois quelques officiers allemands, l’une au Vieux Colombier, l’autre au Théâtre Sarah Bernard, « aryanisé » en « Théâtre de la Cité ».

Quant à François Mitterrand, Laurent Wetzel rappelle qu’il avait signé une demande d’attribution de la Francisque et prêté serment au Maréchal Pétain. Cependant, à partir de 1943, il prit contact avec la Résistance intérieure et, menacé par la Gestapo, partit pour Londres. De Gaulle n’avait cependant pour lui aucune estime comme le montre une anecdote savoureuse qu’il conte à Michel Droit au cours d’une émission télévisée.

N’ayant pu exprimer à Laurent Wetzel l’intérêt que j’ai pris à son livre, je ne puis aujourd’hui qu’en recommander la lecture.

Charles-Michel Cintrat.

(1) Ed. du Rocher,2020, 240 p. 18€

22 Oct 2021


Emmanuel Berl le pacifiste*

Emmanuel Berl, Prise de sang, présentation et biochronologie de Bernard Morlino, postface de Bernard de Fallois, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Le goût des idées », 2020, 250 pages, 13,90 €.

Combattant en 1914, munichois en 1938, comparse de Pierre Drieu la Rochelle avant 1939, apparenté à Marcel Proust et à Henri Bergson, Emmanuel Berl est l’une des figures emblématiques de la vie intellectuelle et littéraire de la France au début du XXe siècle. Sa trajectoire sinueuse, des radicaux et du Front populaire à la réécriture de deux discours de Philippe Pétain, reflète les crispations de l’époque. Essai au style enlevé, Prise de sang est l’examen de conscience d’un juif diasporique, pacifiste non repenti, qui tente de comprendre la réticence des Français devant la guerre et le progrès industriel, qui débouche sur l’écroulement face à l’Allemagne et sur l’Occupation. Dans ce livre, Berl rabroue Mauriac et Kessel pour leurs dérives antisémites, pardonne à Drieu son ralliement à Vichy, parcourt l’histoire diplomatique de l’Europe. Français avant d’être juif, il se sent trahi par cette France qu’il chérit tant et qui, sous le joug du Maréchal, l’a expulsé de la communauté nationale au motif qu’il était juif. Il déplore la tolérance de son pays vis-à-vis de l’antisémitisme, mais n’en réaffirme pas moins sa flamme à la France. Patriote plutôt que nationaliste, Berl se convertit au sionisme en 1946, à cinquante-quatre ans.

Philippe Boulanger

* Auteur de Jean-François Revel. La démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle (Les Belles Lettres, 2014).

(crédit photo : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/17/45_cahiers_vert_1957.jpg)

27 Sep 2021


Pierre-Antoine Donnet : Chine, le grand prédateur, éd. de l’Aube 2021, 336p., 24 euros

Je lis le dernier livre de Pierre-Antoine Donnet. je le relis et rerelis quand je peux car je n’arrive pas à en faire un article qui me satisfasse. En tout cas je suis étonné de la superficialité des deux critiques de l’ouvrage que j’ai lues, l’une dans La Croix, l’autre dans Le Monde.

Ils font l’impasse sur ce que je juge le plus important. Extrait du Monde : « A la fois essai engagé et mini-encyclopédie sur la Chine de Xi Jinping, ce livre traite cinq questions : la « tragédie des Ouïgours et des Tibétains », l’environnement, les technologies, les droits de l’homme et la diplomatie. Sur tous ces sujets, le savoir de l’auteur est impressionnant. « 

Curieux que Le Monde n’évoque même pas ce qui fait la plus importante partie de l’ouvrage : un conditionnement des esprits et une surveillance rigoureuse sans précédent dans l’Histoire, une mainmise croissante sur l’information partout dans le monde, sur le travail journalistique, y compris des journalistes étrangers en Chine, la réécriture de l’Histoire qui ne concerne pas que l’occultation des horreurs surréalistes que seul un régime marxiste est capable de commettre mais qui remonte aussi aux origines de l’Histoire : même l’archéologie est devenue un enjeu idéologique et politique. Les archéologues sont invités à démontrer que l’invention de l’écriture a eu lieu en Chine, et que la civilisation chinoise est antérieure à celles de Mésopotamie et d’Egypte.

Les enfants sont porteurs d’une puce électronique dès 6 ans permettant de suivre leurs déplacements et activités. Le marxisme est enseigné dès le plus jeune âge, et le suivi est constant au sein du Parti. Le culte de la personnalité de Xi confine au délire ubuesque et là est d’ailleurs un talon d’Achille du régime repéré par Veron et Lincot dans leur  ouvrage « La Chine face au monde : une puissance résistible » édité chez Capit Muscas.

Le Monde et La Croix éludent aussi les chapitres détaillant l’investissement (particulièrement en Australie qui a mis un STOP en affirmant qu’il y a plus important que les intérêts commerciaux) des secteurs de l’enseignement, de la culture (spécialement le cinéma), des partis politiques et groupes d’influence de tous bords, du tourisme, des réseaux sociaux et forums (+ cyberguerre extrême) ; en outre la RPC utilise nos autocritiques à la mode et notre propre mise en exergue de nos défauts ou soi-disant tels et de faits divers qui ternissent notre image, tel l’affaire George Floyd, qui prouverait la supériorité du système chinois (sic!).

Ajouts personnels : les grands médias chinois ont attribué la victoire d’Emma Raducanu à l’US Open, au fait que sa mère est chinoise et à l’énergie que cette origine lui a insufflée (sic aussi!) La glorification fantasmatique de la race Han ajoutée à l’évocation d’un empire de 1000 ans, fait penser qu’ici le totalitarisme marxiste-léniniste-maoïste rejoindrait le nazisme mais non, le premier est infiniment plus totalitaire !

J’ai visité une expo, à Bruxelles, sur la construction du plus long chemin de fer du début du XXème siècle entre Pékin et Wuhan et du plus long pont du monde de l’époque par des travailleurs chinois sous la direction d’ingénieurs belges. Expo à laquelle ont collaboré les Chinois, donc : Hologrammes, films, photos, commentaires, textes, donnent un récit apocalyptique (et partiellement exact) de l’intervention des puissances occidentales, du Japon et de l’Inde. Pour une fois, un chiffre : la révolte des Boxers et sa répression auraient fait 30 millions de morts (?)

Pierre Druez

LE PARTI COMMUNISTE CHINOIS, LE GRAND ADVERSAIRE DE LA DEMOCRATIE DANS LE MONDE.

Le commentaire enthousiaste que Pierre Druez a donné au livre de P-A. Donnet intitulé « Chine, le grand prédateur » a mis en appétit notre ami Dominique Duel, intervenant fréquent dans ces colonnes où il explique pourquoi à ses yeux le Parti communiste chinois est le grand adversaire de la démocratie dans le monde. Il s’est procuré l’ouvrage, l’a lu attentivement et nous livre ici ses propres commentaires, quelques semaines après ceux de Pierre Druez. Ils se ramènent à quatre qu’il explicite ci-dessous :

Ce livre est un recueil très précieux de données factuelles sur « la Chine » et sur beaucoup de ses multiples exactions.

Ce livre n’est toutefois pas exhaustif. Il est vrai qu’il est difficile d’évoquer, tant elles sont nombreuses, toutes les exactions commises par Pékin et toutes les menaces qu’il fait peser sur le reste de la planète. Mentionnons quand même ici quelques oublis qui sont regrettables :

  • La surexploitation monstrueuse que le Parti Communiste inflige aux ouvriers d’usine en Chine.
  • La désindustrialisation qu’elle a infligée aux autres pays du monde et la déstabilisation, d’abord sociale puis politique, qui en résulte pour eux.
  • Le surendettement extérieur auquel « la Chine » contraint de très nombreux pays afin de se les soumettre ensuite géopolitiquement.
  • Le contrôle que la Chine a obtenu de l’ONU et de ses filiales, y inclus l’OMS, la FAO,…
  • Son alliance géopolitique avec la Russie de Poutine et du KGB.
  • Son alliance géopolitique avec l’Iran des ayatollahs
  • Son soutien à tous les régimes dictatoriaux et totalitaires en particulier quand il s’agit d’y réprimer les mouvements populaires pro-démocratie.

Mais ce livre souffre d’un défaut : l’auteur désigne comme notre adversaire la Chine quand il devrait en réalité désigner le Parti Communiste Chinois. Ce qui n’est pas du tout la même chose.

Si on fait une analyse terminologique de son livre, on se rend compte que, pour P-A. Donnet, c’est la Chine qui est désignée comme l’auteur de toutes les exactions citées alors même que leur véritable auteur est le Parti Communiste Chinois (il est le Parti-Etat qui prend toutes les décisions importantes en Chine).

La confusion regrettable que P.A. Donnet entretient entre la Chine et le Parti Communiste Chinois finit par devenir insupportable lorsqu’on se rend compte qu’elle est maintenue tout au long du livre.

La Chine et le PCC sont deux réalités qui sont intrinsèquement distinctes. Tout comme le Cambodge et les Khmers Rouges étaient deux réalités distinctes entre 1975 et 1979.

Il ne s’agit pas ici d’un pinaillage sémantique. Si l’on veut comprendre ce qui inspire Pékin, il est déterminant de savoir si Pékin, c’est la Chine, un pays ordinaire qui aurait pour principale particularité d’être immense, ou bien si Pékin, c’est le Parti Communiste Chinois (le PCC) avec ses singularités à la fois multiples et redoutables.

Tout auteur qui traite de la Chine contemporaine, se devrait, à mes yeux, de clarifier d’emblée quelle est la situation qui prévaut en Chine : le PCC est cette organisation qui s’est imposée par la force à la population chinoise en 1949 (non pas après un scrutin démocratique mais après une victoire militaire contre le Kuomintang au terme d’une guerre civile intense) ; il a alors institué un régime analogue à celui de l’URSS qu’il a réussi à maintenir depuis lors.

L’auteur exprime, dans son avant-propos, son « déchirement » entre son attrait pour « la Chine » et son dégoût pour les décisions prises par « la Chine ». Il n’y a pourtant pas lieu à un tel déchirement. Dès lors que l’on distingue bien la Chine du PCC, il devient loisible d’apprécier la population chinoise et simultanément de détester le Parti Communiste Chinois.

Et ce défaut du livre en induit un autre. Pour avoir occulté que le Parti Communiste Chinois se cache derrière « la Chine », l’auteur omet tout naturellement de désigner très précisément quelle est la nature du régime politique que le PCC a imposé à la Chine depuis 1949.

Or c’est un régime franchement totalitaire que le PCC a instauré en 1949 pour le maintenir ensuite sans discontinuer.

Le régime institué par le PCC présente en effet les traits communs qu’ont partagé l’URSS bolchevique (1917-1989) et l’Allemagne nazie (1933-1945), ces deux expériences historiques qui ont été « les matrices du totalitarisme ». Ces traits communs sont devenus très naturellement les caractéristiques qui permettent de désigner quels sont les vrais régimes totalitaires :

  • Une idéologie (une conception du monde) qui est très particulière ;
  • Un Parti (ou un mouvement assimilable) qui s’empare de cette idéologie ;
  • Une fraction de la population, minoritaire mais significative, qui se radicalise et qui se mobilise autour de cette idéologie et de ce Parti (avant même sa prise du pouvoir) ;
  • Une prise du pouvoir (le plus souvent par la ruse ou par la force) par ce Parti en dépit de son caractère numériquement minoritaire dans la population ;
  • L’instauration du Parti comme le Parti Unique assortie d’une abolition de tout droit d’association ;
  • La prise définitive par le Parti Unique de tous les pouvoirs institutionnels dans le pays : exécutif, législatif, judiciaire, militaire, médiatique, universitaire. Ainsi l’Etat disparaît au profit d’un Parti-Etat qui domine toutes les dimensions de la société ;
  • La domination, directe ou indirecte, de l’économie du pays ;
  • L’obligation imposée à toute la société comme à chacun de ses ressortissants de se soumettre à l’idéologie spécifique du Parti Unique.
  • Pour couronner le tout, un système de coercition et de répression qui ne rencontre aucune limite puisque le Parti Unique au pouvoir contrôle totalement la Justice et qu’il n’existe aucun élément de contrepouvoir.

Le régime politique instauré à Pékin en 1949 (et maintenu depuis lors) coche toutes les cases de ces critères. C’est pourquoi il est à la fois légitime et indispensable de prononcer le verdict qui convient : le régime politique en Chine est un régime totalitaire. Il faut à cet égard déplorer que pour qualifier le régime de Pékin, P-A Donnet n’utilise jamais ce mot, un mot qui par ailleurs est à l’évidence tabou aux yeux du PCC.

Et ces deux défauts en induisent un troisième. Après avoir omis de qualifier le régime du PCC comme totalitaire, P-A Donnet omet, assez naturellement, de s’intéresser à la démarche internationale qui est celle du PCC.

Or la démarche internationale du PCC se traduit par une ambitieuse stratégie à long terme. Elle a été conçue par le PCC en réaction à la gifle retentissante que la population chinoise lui avait infligée à Tien anmen en juin 1989. Elle fut mise en œuvre avec succès par le PCC à partir de 2001, après que les grands pays démocratiques eurent commis l’énorme erreur d’accepter la Chine totalitaire au sein de l’OMC sans même exiger d’elle quelque contrepartie.

Tout en amont, la motivation du PCC consiste à protéger encore plus complètement la pérennisation de son régime totalitaire. Il s’agit pour lui deneutraliser totalement (ou mieux encore d’abolir) les démocraties qui se maintiennent à l’extérieur de son territoire parce qu’elles seraient susceptibles de contribuer à maintenir dans la population chinoise une attirance pour la démocratie et les libertés individuelles.

De ce fait, son objectif stratégique consiste à combattre par tous les moyens les grandes démocraties jusqu’à les déstabiliser totalement. Il lui suffirait pour cela d’infliger aux Etats Unis une défaite géopolitique irréversible (militaire ou non militaire).En effet, sans les Etats Unis, le camp des pays démocratiques aurait un poids géopolitique insignifiant.

Pour atteindre cet objectif stratégique, le PCC a adopté une stratégie mercantiliste de très grande envergure qui consiste à fabriquer toutes sortes de produits made in China. Ceux-ci sont manufacturés « à des coûts imbattables » et délivrés ensuite « à des prix imbattables » et de ce fait ils envahissent le marché mondial en portant un tort immense à la santé économique et sociale de tous les autres pays.

En simplifiant, cette stratégie repose sur quatre piliers :

  1. Une sous-évaluation, délibérée et prolongée, du yuan d’environ 40% contre toutes les autres grandes monnaies
  2. Un lourd subventionnement, plus ou moins discret, des entreprises manufacturières par le Parti-Etat chinois
  3. Une main d’œuvre ouvrière d’usine que le PCC a « réussi » à esclavagiser : 288 millions de chinois en âge de travailler (soit 30% de la population en âge de travailler) sont des mingongs. Qui sont donc ces mingongs ? Ce sont des ex-paysans ou des ex-ouvriers qui ont été obligés depuis les années 80 de quitter, faute d’emploi disponible localement et en l’absence de tout dispositif d’indemnisation du chômage, les provinces intérieures où ils étaient nés pour se rendre sur les provinces côtières où le PCC avait soudainement encouragé une industrialisation intense.

Comme le PCC a refusé délibérément de leur accorder le hukou (le papier qui les aurait autorisés à migrer de leur province natale vers une autre province), ces migrants intérieurs sont devenus des mingongs (des migrants intérieurs sans-papiers).

Pour s’être obstinés à survivre avec un emploi salarié même précaire, ils se retrouvent dans l’illégalité au regard des règles qui ont émises discrétionnairement par le PCC.

Ils sont de ce fait totalement dépourvus de quelque pouvoir de négociation salariale vis-à-vis des usines qui les embauchent. Le salaire horaire qu’ils touchent et le coût salarial horaire qu’ils occasionnent à leurs employeurs est absolument dérisoire.

A cet égard le PCC de Deng xiaoping a réalisé un véritable « exploit anti-social », un « exploit » qu’aucun autre régime politique n’a réalisé dans l’époque moderne.

Et si le PCC de Deng a pu y parvenir, c’est parce que seul un régime franchement totalitaire comme le sien pouvait se permettre de tenter un tel « exploit » et de le réaliser. Un régime seulement dictatorial n’aurait pas pu y parvenir.

  1. L’obtention par le PCC de l’adhésion de la Chine en 2001 à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), grâce à laquelle plus aucun pays du monde ne pouvait maintenir ou instaurer des protections douanières à l’encontre des produits manufacturés made in China (produits que les trois premiers dispositifs rendaient par ailleurs super-compétitifs au niveau mondial).

C’est cette stratégie mercantiliste, très déloyale et très machiavélique, qui est à la base des multiples succès géopolitiques obtenus par Pékin depuis 2001 (ses suprématies sur les plans industriel, commercial, économique, financier, diplomatique qui s’ajoutent à sa suprématie démographique ; son contrôle croissant des espaces terrestres, maritimes et spatiaux ainsi que des ressources rares).

Cette stratégie n’est malheureusement jamais évoquée par l’auteur ni pour expliquer la montée en puissance effectuée par le PCC, ni non plus pour expliquer l’arrogance et l’agressivité que celui-ci se permet désormais et qui selon moi devrait encore s’accentuer.

En conclusion, le livre de P-A. Donnet est très précieux par le fait qu’il énumère et qu’il documente les multiples exactions et forfaits commis par Pékin. Mais ce livre, comme d’autres avant lui, voit la portée de son message limitée parce qu’il s’abstient d’expliquer qu’à Pékin, ce n’est pas le peuple chinois qui gouvernerait souverainement mais c’est le Parti Communiste Chinois qui gouverne après avoir usurpé en 1949 le pouvoir (tous les pouvoirs) à son profit et pour très longtemps.

Ce livre ne fournit pas aux démocrates la grille de lecture qui leur est pourtant indispensable pour comprendre la nature de ce Parti Communiste Chinois, la motivation qui l’anime, l’objectif géopolitique qu’il s’est assigné, la stratégie internationale antidémocratique qu’il a engagée pour y parvenir.

A l’heure où le PCC s’avère comme le principal promoteur du totalitarisme sur la planète et où il est devenu l’adversaire le plus déterminé et le plus dangereux de la démocratie et des libertés dans le monde, la tâche essentielle consiste à l’analyser sous tous ses aspects de façon à élaborer la contre-stratégie efficace qui permettrait de s’opposer à lui.

Dominique Duel. 12 novembre 2021

27 Sep 2021


Débat sur Xi Jinping au sein des amis d’Histoire et Liberté

Nous sommes partis d’un article publié par Le Monde. Son auteur? Le correspondant à Pékin du journal, un des analystes les plus pertinents de ce qui se passe en Chine. On peut résumer cet article, en donner quelques extraits significatifs et faire part à nos lecteurs des premières réactions qu’il a suscitées parmi nous.

L’article s’intitule « l’inquiétante dérive maoïste de Xi Jinping ». Falletti y explique que le n°1 chinois accentue la mainmise du Parti sur l’économie et sur l’idéologie. Dans ce dernier domaine, un des exemples les plus frappants est le fait que, depuis le 26 août, toute référence à la star Zhao Wei a été brutalement «effacée» des moteurs de recherche. Sans doute Zhao Wei a-t-elle payé ses liens étroits avec Jack Ma, « le tycoon fondateur d’Alibaba, lui aussi dans le viseur des autorités ».

« La deuxième économie mondiale, souligne Falletti, multiplie (…) les mesures contre les «idoles efféminées», – c’est le pouvoir chinois qui parle – au nom de la «culture socialiste», et met au pas les géants du privé comme Alibaba. » «Il faut réglementer les revenus excessivement élevés et les encourager à récompenser davantage la société», a même déclaré le n°1 du PCC, « annonçant implicitement de nouvelles taxes sur le grand capital », et se drapant plus que jamais dans le marxisme.

Cette offensive de Xi contre le «grand capital» est reprise par la presse du Parti qui accuse de  manque de patriotisme les grands groupes privés. Renouerait-on avec la Révolution culturelle lancée par Mao ? Cela ne fait guère de doute pour Falletti qui note finement que le président Xi a résolument donné un coup de barre à gauche le 17 août, en brandissant le slogan de «la prospérité commune». « La formule a fait mouche, commente-t-il, car elle remet au goût du jour une expression datant de la collectivisation des terres des grands propriétaires privés dans les années 1950, à l’aube de la Chine maoïste..

Mais ce tour de vis étatiste ne s’exerce pas sans susciter des réactions : il a d’abord semé l’inquiétude chez les investisseurs, au point que le vice-premier ministre Liu He, fidèle de Xi, est monté au créneau pour tenter de les rassurer. « Ces changements de pied trahissent la nervosité du régime face aux défis sociaux croissants, à l’heure du ralentissement structurel de la seconde économie mondiale, qui n’a pas retrouvé le niveau d’activité d’avant la pandémie, et voit ses inégalités de revenus se creuser. 1 % des Chinois détiennent 30,6 % de la richesse nationale (…) Conscient du danger, le pouvoir se drape en protecteur des forçats de la tech, livreurs à domicile, imposant des mesures de revalorisation aux géants du secteur, mais veille à étouffer tout mouvement syndical d’ampleur ».

Ce «virage» socialiste trouve aussi son origine dans le contexte d’affrontement stratégique avec Washington. Cet affrontement « conduit Xi à exhorter l’autosuffisance» du pays dans des secteurs clés comme les semi-conducteurs, mais aussi soutenir la consommation intérieure pour réduire sa dépendance toujours forte aux exportations ».

Grand recentrage sur le marché intérieur,(…) donc et isolement accru de la population « sous la bannière d’un nationalisme toujours plus décomplexé pointant du doigt l’Amérique et pourfendant les influences occidentales, pour mieux célébrer le retour à la morale «socialiste», et «l’excellence de la culture traditionnelle chinoise», mariant Marx et Confucius. Tout en imposant un discret culte de la personnalité, marqué par l’inscription de la «pensée de Xi Jinping» dans les programmes scolaires obligatoires, depuis la rentrée » .

Certes, reconnaît Falletti, « dans le théâtre d’ombres du Parti, difficile de distinguer les contours des luttes internes féroces, qui se déclinent par des références obliques, et métaphores, susurrées derrière les portes closes de Zhongnanhai, épicentre du pouvoir rouge, à une encablure de la Cité interdite. Les opposants existent cependant, même s’ils n’osent pas contester frontalement cette fuite en avant. Mais en coulisse, les inquiétudes percent en ombres chinoises. «La réunion de Beidaihe s’est mal passée. Certains hauts grades de l’Armée populaire de libération ont appelé à calmer le jeu sur le front extérieur, car ils ne veulent pas payer la facture en cas de crise» ». D’autres formulent des souhaits qui ressemblent à des désaccords : «J’espère que tout le monde est convaincu que la ligne de réforme et d’ouverture de la Chine ne changera pas» », écrit un éditorialiste connu du Global Times .

Xi rencontre donc réticences et résistances, au point qu’André lançait avec humour « Ça branle dans le manche pour Xi! » Et Pierre ajoutait : « Outre ces difficultés actuelles, et celles à  venir dans les prochaines décennies, divers facteurs rendent l’avenir de la Chine incertain : les grands groupes se laisseront-ils faire ? La jeunesse se laissera-t-elle faire? ».

Dominique Duel fit savoir qu’ « il n’était pas d’accord avec un tel optimisme qui amenait à retenir le scénario d’un effondrement du régime chinois ».

Aucun d’entre nous, répondit André n’envisageait l’effondrement du régime chinois. Nous prenions seulement en considération les analyses sans complaisance des spécialistes qui pointent les faiblesses structurelles du régime.

Mais laissons Dominique Duel développer son point de vue :

« Pour ma part, je reconnais que le PCC prend le risque de provoquer quelques remous et quelques mécontentements en Chine. Mais je privilégie l’idée que le PCC vise surtout à mobiliser son économie, sa société et sa population  pour être soutenu dans l’affrontement qu’il prépare contre les Etats Unis et leurs alliés.

Réformes économiques fracassantes ? Il s’agit pour Xi de passer d’un Capitalisme d’Etat à un Capitalisme d’Etat dans sa phase guerrière (style des pays belligérants en 14-18). La High Tech chinoise doit se reconvertir à la recherche armements et s’y mobiliser

Réformes sociétales soudaines (limitation des jeux vidéos pour les jeunes , campagne contre les stars et contre les efféminés) ? il s’agit pour Xi de mieux militariser la jeunesse pour l’enrôler dans les combats extérieurs qui viennent.

Dénonciations spectaculaires par le PCC des riches chinois et de leurs profits ? Il s’agit pour Xi de recourir momentanément au populisme et de présenter (artificiellement) à la fraction non élitaire de la population que le PCC n’a jamais autant pensé à elle, de façon à homogénéiser la population chinoise et à la mobiliser derrière le PCC dans les combats extérieurs qu’il prépare.

Alors que le PCC prépare l’affrontement, Biden n’avance par ailleurs pas beaucoup. C’est Soros qui est obligé de monter au créneau pour dénoncer Wall Street et en particulier l’entreprise BlackRock (gestion de fortunes et de gestion de fonds d’investissement) qui entend organiser un flux massif de dollars des Etats Unis vers la bourse chinoise et la Chine. Il est le seul à dénoncer le comportement antipatriotique qui est celui de BlackRock (et aussi de Goldman Sachs et autres).

Ne nous trompons pas. Le PCC n’est pas du tout en position de faiblesse.

Il vient même de marquer un énorme point en Afghanistan avec la complicité de ses alliés iraniens et pakistanais, preuve supplémentaire de l’alliance qui s’est formée entre les deux sortes de totalitarismes, celui ethno-nationaliste et parti-cratiste de Pékin/Moscou et celui théocratique de Téhéran/Frères Musulmans ».

Personne n’envisage-t-il vraiment l’effondrement du pouvoir chinois?

« Moi si, rétorque Pierre Druez, mais à terme, d’ici 10, 30 ou 100 ans peut-être.

Et entretemps tout est possible, même la guerre nucléaire, improbable, n’est pas à exclure.

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en guerre même si elle reste non déclarée comme telle et que ce n’est pas encore une 3ème guerre mondiale – qui serait la plus chaude de toutes ! 

Il faut faire savoir que l’Occident représente les valeurs qui sont celles du genre humain et qu’il fait face au plus gros monstre engendré par le marxisme, beaucoup plus puissant, potentiellement, et dangereux, que l’ex-URSS. Mais je suis quasi certain que le PCC est le dernier avatar de l’absurdité marxiste et de l’abominable machine léniniste de déshumanisation. 

Le peuple chinois semble aveuglé et fanatisé par un conditionnement idéologique et un nationalisme exacerbé mais l’est-il vraiment, aveuglé ? Sa jeunesse l’est-elle vraiment, fanatisée ?  Peut-on le rester avec les multiples échanges de toute espèce en augmentation exponentielle même filtrés, censurés, réglementés, réprimés ?

L’erreur majeure il me semble serait de lui opposer d’autres nationalismes,  étroitismes, censures et répressions, en ordres dispersés et antagoniques ! 

Je crois que la fuite en avant du régime chinois est intenable à terme. J epense que l’accentuation du contrôle, du conditionnement, de la maîtrise de tout un chacun, pensées comprises, non seulement en Chine mais de tout un chacun dans le monde, va finir par mener le PCC de Xi à une impasse, face à une muraille infranchissable et, en définitive, à l’implosion ou à la libéralisation.

Simplement parce que son projet est incompatible avec la nature humaine. 

L’homme n’est pas fait pour le mensonge incessant, pour se savoir surveillé constamment, pour la corruption à tous les niveaux, pour le double think et le double fonctionnement, pour vivre continuellement sous une épée de Damoclès, pour l’esclavage. 

L’homme, profondément, même s’il est ignare, cupide, stupide, peureux et paresseux, a soif de liberté, de savoir, de vérité, de générosité, de compassion, de cohérence, de créativité, de découverte. Il finit toujours par rejeter la surréalité imposée par tout régime d’inspiration marxiste, il sentira que cette Histoire qu’on entend lui imposer est refaite, que cette nature est fictive, que cette nature humaine n’est pas la sienne, que ce Xi et ce Mao sont des épouvantails grotesques, que la vision marxiste du monde est une imposture.

« Cher Pierre, lui répondit Dominique Duel, on est obligé de rester optimiste sur la nature humaine. Sinon, il n’y a qu’une option, se résigner à la passivité.

Mais, même si notre hypothèse sur la nature humaine se vérifie, cela ne nous garantit absolument pas d’éviter que ne s’instaure un réseau mondial de régimes totalitaires.

Pour moi, le livre 1984 de George Orwell nous délivre le message suivant : « Ne comptez pas qu’un réseau de héros humanistes puisse se mettre en place pour renverser un régime totalitaire une fois qu’il est complètement installé ». Et George Orwell, muni de son aura de militant anti-totalitaire a eu l’immense mérite de nous délivrer ce message majeur.

C’est ce message, énoncé dans les années 50 et malheureusement maintes fois confirmé un peu partout, qui base ma grille de lecture actuelle : Xi, Kim, Poutine, Loukachenko, les Ayatollahs, les Talibans, les Frères Musulmans partagent une même détestation de la démocratie, de l’idée même de démocratie et de libertés individuelles. Seul le régime totalitaire leur convient et en dépit de leurs différences, ils ont pactisé entre eux pour défaire définitivement le camp des pays démocratiques (dont, qu’on le veuille ou non, le leadership est tenu par les Etats Unis). C’est là où nous en sommes. »

Qui poursuivra la discussion ?

(crédit photo : https://www.flickr.com/photos/unisgeneva/32270494731)

27 Sep 2021


Zemmour : retour au vieux modèle assimilationniste catholique

L’un des  grands défis posés à notre société est de réussir l’intégration des populations porteuses d’une culture musulmane incompatible avec la nôtre sur certains points fondamentaux bien identifiés : l’égalité de droit hommes/femmes, le statut des Juifs, liberté de conscience et de critique, notamment.

Défi difficile qui doit pourtant être relevé : nous n’avons pas d’autre horizon désirable et possible que cette intégration des musulmans de France, ce qui suppose admis par tous le rejet de l’islamisme politique, et cela dès l’école.

La manière dont Eric Zemmour propose de relever ce défi est pour le moins inquiétante, d’autant plus qu’elle rencontre un certain succès auprès d’une partie de la population. Disant tout haut ce que des millions de Français disent en général tout bas, Zemmour affirme en effet qu’il faut tout simplement stopper l’immigration et tout particulièrement celle des musulmans qui menacent notre sécurité et imposent, dans certaines villes et certains quartiers, un mode de vie qui fait que beaucoup de Français ne se sentent plus chez eux.

Regardons de plus près les arguments qu’il donne. Sans doute est-il contre l’immigration au nom de la sécurité, et l’on se souviendra (il aura pour cela un procès dans quelques mois) de sa sortie pour le moins téméraire sur Cnews, affirmant que les jeunes immigrés mineurs étaient « tous » des délinquants, des criminels, etc.

Mais là n’est pas son argument majeur. Son argument majeur est d’ordre identitaire. La question de la sécurité, bien qu’agitée lors d’interviews, est secondaire et ne se poserait même pas selon lui si l’on cherchait à préserver notre identité nationale. Des ripostes adéquates à la délinquance et à la criminalité seraient en effet mises en place, alors qu’aujourd’hui tout un climat de tolérance, encouragée par l’Union européenne, les rend difficiles à appliquer.

Notre identité, telle est donc la question centrale, une identité menacée par le phénomène migratoire, quelles que soient les déclarations des immigrés en faveur du respect des lois de la République française. Zemmour « sait », lui, ce que cachent ces protestations lénifiantes. Lui sait qu’existe un « inconscient collectif » et que cet « inconscient collectif « dirige » (JDD 19/9/21) les immigrés – soyons plus précis : les « populations musulmanes ». Et l’essence de cet inconscient collectif « est (= exprime la volonté de) « coloniser l’ancien colonisateur et de dominer l’infidèle au nom d’Allah ».(id.)

On voit bien quelques éléments qui alimentent cette hypothèse, comme le djihadisme exerçant ses ravages jusqu’en France. Mais reste à prouver que les actions djihadistes reflètent une volonté musulmane collective ou même qu’elles y trouvent une forme de complaisance. Les problèmes posés à la démocratie par l’islam et pas seulement l’islamisme politique ne sont pas acceptables par une démocratie libérale : le statut des femmes, l’image des Juifs, le refus de l’apostasie, etc. Et à ces problèmes, il faut trouver une solution même s’ils ne donnent pas consistance à un « inconscient collectif » qui ferait des musulmans de France une véritable 5e colonne.

Autre pôle de la confrontation à examiner : l’identité française à laquelle se heurterait cet « inconscient collectif » et qui serait menacée dans son existence même. Mais qu’entend Eric Zemmour par « identité française »? Pour lui, cette identité repose sur un socle constitutif éternel, celui du christianisme et plus précisément du catholicisme, d’un pouvoir autoritaire du type qu’exerçait Clovis, et d’une terre, le domaine royal.

Ce qui vient ensuite au cours de l’histoire, ou qui existe même déjà en marge, est secondaire, accidentel à ses yeux. Ni les Juifs, ni les protestants, ni les futurs immigrés italiens, espagnols, portugais, belges, etc. ne comptent dans la définition de ce socle déjà constitué depuis longtemps quand ils arrivent. L’identité n’est pas pour lui quelque chose qui se forge peu à peu au fil du temps, lestée des données du passé mais aussi des projets d’avenir comme pouvait l’écrire le poète espagnol Antonio Machado : « La patrie, ce n’est pas le sol que l’on foule mais le sol qu’on laboure »… Aux yeux d’Eric Zemmour au contraire, la France ne se constitue pas progressivement sur le temps long, par ce qu’a été le pays des Francs d’Occident puis par les projets de ses dirigeants, leurs réalisations réussies ou manquées : pour lui, un moment surgit où, en une certaine coalescence du pouvoir autoritaire, du catholicisme et d’un lieu, l’essence française se constitue. Pour ceux qui voudront ensuite, dans les siècles qui suivront, s’associer à cette réalité collective, il sera nécessaire de s’assimiler à cette essence immuable même si, comme tout un chacun, ils viennent chargés d’une autre histoire, d’une autre culture, d’une autre religion. Lui-même issu de parents juifs, Eric Zemmour soutient qu’il n’a pu s’assimiler entièrement qu’en abandonnant sa propre identité d’origine et en se définissant désormais comme « Français israélite », reprenant ainsi les termes présents dans le décret Crémieux qui attribua d’office en 1870 la citoyenneté française aux « Israélites indigènes » d’Algérie.

La négation, pour définir la France, de tout ce qui vient du dehors, entraîne donc pour tout nouveau venu cette opération volontariste – et à vrai dire magique car on n’efface jamais son passé quelle que soit l’envie qu’on en a – de suppression de tout ce qu’on fut hors du socle identitaire français. Et en conséquence, il n’est pas d’histoire individuelle d’immigrant qui ne se ramène au choix entre une totale fusion ou un total rejet. D’où la proposition de Zemmour d’interdire aux Français de donner un prénom connoté musulman, tout en acceptant, au nom du socle chrétien de la Nation française, les prénoms venus des Évangiles, sans se rendre compte qu’ainsi il abolit la laïcité de l’État, ou peut-être même en s’en rendant compte avec indifférence : la « neutralité » et la protection de l’exercice des cultes qui reviennent à l’État sont des prérogatives acquises tardivement, bien après le soi-disant « big bang » catholique originel constitutif de la France.

Voilà qui suppose de sa part une conception de la France – et d’ailleurs de tout autre ensemble politique – comme devant être intégralement homogène et même monolithique. Eric Zemmour veut faire retour au modèle de Louis XIV révoquant d’Edit de Nantes.; au modèle du roi d’Angleterre Edouard 1er Plantagenet en 1290 expulsant tous les Juifs; comme le fera aussi en Espagne Isabelle la Catholique ( poussant peut-être dehors les ancêtres de Zemmour) en 1492. Zemmour a beau faire la une de presque tous les journaux comme s’il apportait quelque chose de nouveau : son modèle de société se situe dans un courant nationaliste-catholique xénophobe et illibéral bien connu.

Ces propositions du candidat Zemmour, il faut le dire haut et fort, sont des propositions dangereuses car si le choix qu’on laisse aux millions de Français qui sont plus ou moins de culture musulmane est « l’assimilation intégrale ou l’expulsion », ce programme provoquera des tensions gravissimes.

La gravité de ces perspectives rend presque anecdotique la surprise qu’on peut éprouver devant la posture de Zemmour. Car avec Alain Minc, on peut s’interroger : « Quel inconscient profond, quelles motivations propres à alimenter, à elles seules, une nouvelle saison d’En thérapie, l’ont poussé à s’inventer ce rôle : ressusciter Maurras, essayer d’exercer la même attraction magnétique que l’auteur de Kiel et Tanger sur la droite, la droite extrême, l’extrême droite ? » 

Surprenant mais vrai : Eric Zemmour se fait le chantre de la Révolution nationale qui triompha en Espagne, en 1939 et en France en 1940 et qui, sans doute dans des formes plus acceptables, s’est imposée de nos jours en Hongrie et en Pologne.

La France d’aujourd’hui, en tant que société ouverte, chargée d’histoire, doit favoriser l’intégration de ses citoyens de différentes origines à la culture française, à ses principes, à ses valeurs et à son mode de vie sans pour autant les obliger à nier leur passé.

Il n’a pas été interdit à Charles Aznavour, qui chantait dans la langue de Molière, d’être en même temps ambassadeur de l’Arménie à l’Unesco, ni à Joséphine Baker de chanter en français qu’elle avait deux amours, son pays et Paris, ni aux Français juifs qui ne se disent plus israélites, de se sentir intégralement et simultanément Juifs et Français.

André Senik

Pierre Rigoulot

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89ric_Zemmour_2021.png)

Charles Zemmour et Eric Maurras

A la suite de la publication sur notre blog de notre texte dénonçant le modèle monarcho-catholique des positions d’Eric Zemmour, André Senik a retrouvé un article signé dans Libération par Laurent Joffrin, intitulé « Charles Zemmour et Eric Maurras » datant de trois ans !!!, très exactement le 16 octobre 2018. Son statut de document ancien d’un grand intérêt nous autorise, espérons-le à la soumettre à la réflexion de nos lecteurs.

H&L

Cette fois la pensée de droite a franchi la ligne rouge. On le pressentait depuis que l’obsession de l’identité – que certains, hélas, encouragent à l’extrême gauche – a conduit au procès oblique de «l’idéologie des droits humains». Avec Zemmour c’est chose faite. Son Destin Français, dernier opus du publiciste favori de l’extrême droite, ne livre qu’un seul message : les libertés publiques sont désormais un obstacle au salut de la nation. Une phrase résume le livre (p. 191) : «Ignorant les leçons du passé et oubliant les vertus de son histoire, la France saborde son état au nom des droits de l’homme et l’unité de son peuple au nom de l’universalisme.» La liberté : voilà l’ennemie.

Après une introduction personnelle, plutôt bien troussée, Zemmour livre un essai chronologique, de Clovis à nos jours. Le livre se présente comme une contre-histoire qui dégonfle les mythes officiels – ce qui se conçoit. Il déterre en fait l’histoire monarchiste nationaliste telle qu’elle fut diffusée par Maurras, Bainville et quelques autres entre les deux guerres. Une histoire cursive, soigneusement écrite, mais une histoire à œillères, outrageusement partisane.

Pour Zemmour, l’histoire de France commence avec Clovis. Choix significatif. Bien sûr, le roi franc a étendu par la guerre son petit fief de Belgique à un territoire qui évoque l’actuel hexagone, il a choisi Paris pour capitale et, surtout, il s’est converti au christianisme. Pour le reste, le choix est arbitraire : Clovis n’a rien de français (il s’appelle Chlodowig et parle une langue à consonance germanique) et n’a aucunement l’idée d’un pays qui pourrait s’appeler la France. A sa mort, son royaume se désunit et il faut attendre deux siècles pour que Charles Martel reconstitue une entité hexagonale, elle-même englobée dans l’empire de Charlemagne – Karl der Grosse pour les Allemands, qui le revendiquent tout autant – puis de nouveau divisée après le traité de Verdun de 843. A vrai dire, les historiens s’accordent pour dater de Bouvines, ou de la guerre de Cent Ans, l’apparition d’un royaume qui annonce la future France, avec un début de sentiment patriotique. Le choix de Clovis n’a qu’une seule origine : la volonté de célébrer «les racines chrétiennes» du pays.

Tout est à l’avenant : on met en scène un peuple catholique par nature patriote, opposé à des élites cosmopolites. Jeanne d’Arc mobilise le camp armagnac, plus conservateur, contre les Bourguignons alliés aux Anglais, pourtant tout aussi «français» que leurs adversaires. Louis XIII et Richelieu ont cent fois raison de réprimer les protestants, accusés de séparatisme ; Catherine de Médicis tente la réconciliation pendant les guerres de religion, mais bascule du côté des catholiques avec la Saint-Barthélémy que Zemmour justifie à mots couverts pour approuver ensuite l’instauration de l’absolutisme – éloge ému de Bossuet -, régime régressif qui a pour seul mérite d’unifier la future nation. Louis XIV, autre héros zemmourien, expulse les protestants, œuvre pie. Il a pourtant ruiné son peuple et mené des guerres incessantes et vaines. Pas un mot sur le Code noir et l’essor de l’esclavage organisé par Colbert au nom du Roi-Soleil. Les Lumières inoculent à la vieille France l’illusion universaliste qui corrompt l’identité française. Le chapitre sur Voltaire (qui avait certes des défauts) n’est qu’une démolition systématique ressuscitant le vieux réquisitoire réactionnaire contre le philosophe et son «hideux sourire». Robespierre bénéficie d’un éloge paradoxal pour avoir incarné une République impérieuse et nationale. Sans craindre la contradiction, Zemmour porte aux nues l’insurrection vendéenne (classique de la littérature monarchiste) alors qu’elle fut massacrée sans retenue sous l’égide du même Robespierre. Bonaparte est célébré pour avoir mis fin à la Révolution et étendu sur l’Europe une tyrannie dont Zemmour passe sous silence les tares les plus évidentes. Les Anglais puis les Américains sont fustigés comme agents de la mondialisation sans âme. Le Front populaire disparaît, comme sont effacées du récit les conquêtes du mouvement ouvrier. Pétain est réévalué (réhabilité ?) parce qu’il a opposé aux Allemands son «bouclier» complémentaire du «glaive» de la France libre, vieille thèse maréchaliste qui revient à jeter aux orties le travail des historiens contemporains. La théorie du «bouclier» s’effondre d’elle-même quand on remarque que Pétain a poursuivi la collaboration jusqu’au bout pour finir à Sigmaringen après avoir prêté la main à la déportation des Juifs. Drôle de bouclier… Bref, Zemmour ressuscite la vieille histoire maurrassienne, autoritaire, traditionaliste et antisémite, se contentant de remplacer la haine des Juifs par la dénonciation de l’islam. Le livre s’appelle Destin français. Il y avait un meilleur titre : «Action française».

23 Sep 2021


La débandade des États-Unis en Afghanistan et le droit d’ingérence

La débandade des États-Unis en Afghanistan nous oblige à affronter une situation mondiale nouvelle pour nous, nous qui avons été partisans du devoir d’ingérence contre les États criminels.

Reconnaissons d’abord que la justesse politique d’une intervention dont les intentions sont justes se mesure à ses conséquences; or en Irak et en Afghanistan, les suites n’ont pas été probantes.

si nous conservons le devoir d’ingérence, il faut en préciser la raison et les modalités, en le distinguant du « nation building » qui vient de faire naufrage.

Le devoir d’ingérence ne se justifie selon moi que si l’on place les droits de l’homme au-dessus de la souveraineté des États et même au-dessus du droit des peuples à vivre selon leurs règles et leur culture.

L’adage « charbonnier est maitre chez lui » qui justifie le principe de la non-ingérence fut affirmé par Goebbels en 1933 à la tribune de la SDN « Messieurs, charbonnier est maître chez lui. Nous sommes un État souverain et tout ce que dit cet individu ne vous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes, de nos juifs et nous n’avons à subir de contrôle, ni de l’humanité, ni de la Société des Nations. »

Accepter que cela ne nous regarde pas alors que nous en sommes témoins, ce serait renoncer à notre principe premier : « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

Nous avons donc à faire tout notre possible pour protéger les droits et la dignité des autres humains, au nom de notre principe premier.

Exemple : la population de la Corée du Nord.

Si certaines cultures préconisent la soumission totale des femmes et même leur excision, nous devons faire tout notre possible pour protéger et défendre les droits des femmes de ces pays qui le souhaitent.

Aucune trace d’impérialisme dans cette position droit de l’hommiste.

André Senik

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9 Sep 2021


La France à la croisée des chemins?

Selon Eric Zemmour la France serait à la croisée des chemins.

Cette métaphore routière peut servir.

Ce prophète prédit que la France va droit dans le mur puis dans un précipice si elle continue dans la même voie.

Le salut qu’il annonce ne se trouve pas dans une autre direction, qui serait à adopter à la croisée de deux chemins.

Le salut qu’il annonce c’est la marche arrière toute, après qu’on aura fait descendre tous les intrus et qu’on aura fermé toutes les fenêtres ouvertes sur l’extérieur.

Son projet est le retour à la France d’hier, à la fille ainée de l’Église catholique, de race blanche, d’avant l’évolution des moeurs et des mentalités qui ont fait tant de mal à la France, comme aurait pu dire le maréchal Pétain.

D’ailleurs, l’indulgence pour le maréchal Pétain de Vichy qui est affichée d’une façon provocatrice par Zemmour, s’explique sans doute par son refus de la repentance, par son adhésion totale au principe de la préférence nationale, mais aussi par son accord avec l’idée d’une révolution nationale anti-progressiste sur toute la ligne, en rupture consommée avec l’idéal républicain et universaliste.

Si on cherche ses répondants dans le monde actuel, on pourra ranger Éric Zemmour dans le même camp que les catho-nationalistes illibéraux, aux côtés de Viktor Orban et de Mateusz Morawiecki.

Mais si on cherche dans le passé la grande figure historique dont il est le fils spirituel, le mieux est de sortir le portrait d’Isabelle la catholique.

C’est elle qui, au nom de la pureté nationale-catholique de l’Espagne, en a expulsé les Juifs et les musulmans, y compris ceux qui feignaient de se convertir au catholicisme, mais qui ne s’assimilaient pas complètement, puisqu’ils demeuraient secrètement juifs ou musulmans.

Éric Zemmour, qui est un Juif séfarade, reprend à son compte la politique de purification ethnico-catholique dont ses ancêtres ont peut-être été victimes.

Pour montrer patte blanche et race blanche, il en rajoute des tonnes dans la défense d’une francité si purifiée qu’il ne pourrait pas en faire partie.

Par André Senik

Crédit image : https://www.flickr.com/photos/styeb/4664313377

9 Sep 2021


25 août 2021

Comprendre la Politique Extérieure Du Parti Communiste Chinois

Plus que jamais, il nous faut relire 1984 de George Orwell. Le principal message qui émane de la célèbre fiction me semble être le suivant : une fois qu’un régime totalitaire est installé, il est vain de croire et d’attendre que des héros individuels puissent se mettre en réseau et organiser valablement un mouvement intérieur de résistance qui devienne ensuite assez significatif pour obtenir in fine le renversement de ce régime totalitaire.

S’il fallait des vérifications supplémentaires de la validité de ce message d’Orwell, il suffit de se référer au sort tragique que le régime totalitaire chinois réserve non seulement aux personnalités et aux militants pro-démocratie mais aussi aux personnages simplement susceptibles de porter ombrage au pouvoir monopolistique du Parti Unique ; il suffit de se référer à l’ impuissance relative que connaissent malheureusement les résistants ouïghours face au rouleau compresseur que le Parti Communiste Chinois déploie au Sinkiang contre leur population ; il suffit de se référer à la chape de plomb que, depuis le 30 juin 2020, en abolissant brusquement le statut spécial de Hong Kong, le Parti Communiste Chinois a fait tomber sur le territoire, transformant les millions de Hong-Kongais, qui avaient pendant plusieurs mois manifesté héroïquement dans la rue pour la démocratie, en autant de personnes atomisées et terrorisées parce que désormais menacées arbitrairement de lourdes années d’emprisonnement.

En réalité, Orwell a raison : une fois qu’un régime totalitaire est installé, il est quasiment « indégommable » par un mouvement intérieur.

C’est donc préventivement que les populations concernées doivent agir pour empêcher que des minorités significatives, radicalisées et organisées autour d’une idéologie particulière, n’installent un régime totalitaire.

Rappelons à ce sujet que juste après le Coup d’Etat opéré par Lénine en octobre 1917, les Bolcheviques ne recueillirent que 23 % des suffrages à l’élection Constituante de Russie de novembre 1917 (ce qui vérifie le manque d’adhésion populaire aux Bolcheviques et à leur putsch). Rappelons aussi qu’aux élections législatives de novembre 1932, peu avant son Coup de force de mars 1933, Hitler n’avait recueilli que 33% des suffrages.

Un tel manque initial d’adhésion populaire n’a pourtant empêché ni l’instauration par les Bolcheviques de leur régime totalitaire en URSS (il aura duré 74 ans), ni l’instauration d’un autre régime totalitaire par Hitler en Allemagne (un régime que la majorité de la population allemande défendit jusqu’au bout face aux armées alliées).

Pour aller plus loin dans l’appréhension de la solidité ou, au contraire, de la vulnérabilité des régimes totalitaires, il faut prendre en compte deux observations majeures depuis que le phénomène totalitaire est apparu (au début du XXème siècle).

Première observation : nombre de régimes totalitaires restent durablement en place et n’ont même jamais été renversés depuis leur instauration (Chine depuis 1949, Corée du Nord depuis 1953, Cuba depuis 1965, Syrie depuis 1970, Vietnam depuis 1975, Iran depuis 1979, Venezuela depuis 2000). Cela confirme, hélas, la robustesse des régimes totalitaires une fois qu’ils sont installés.

Deuxième observation. Il se trouve que quelques régimes totalitaires, même très importants, ont quand même fini par chuter : l’Allemagne nazie et le Japon de Hiro Hito en 1945, les Khmers rouges au Cambodge en 1979, l’Argentine des colonels en 1982, l’URSS en 1991. Mais si ces quelques régimes totalitaires ont fini par chuter, ce ne fut pas principalement en conséquence d’un mouvement intérieur de résistance mais principalement en conséquencede leurs échecs en politique extérieure :respectivement, la défaite en 1945 de Berlin et Tokyo dans la Deuxième guerre mondiale, l’intervention en 1979 de l’armée vietnamienne au Cambodge, la défaite en 1982 des colonels argentins aux Malouines, la défaite de l’URSS en 1991 largement imputable à deux facteurs de politique extérieure (l’enlisement de l’Armée Rouge en Afghanistan et ce qu’on a appelé la Guerre des Etoiles).

Si l’on conjugue ces deux observations distinctes, on en conclut que la vraie vulnérabilité qui pèse sur les régimes totalitaires avérés provient de leur environnement extérieur.

C’est précisément parce qu’il est conscient que subsiste une vulnérabilité extérieure (pour son régime totalitaire comme pour les autres) que le Parti Communiste Chinois a adopté autour de 1990 une stratégie ambitieuse qu’il déroule méthodiquement depuis plus de 30 ans.

De quoi s’agit-il ?

En 1989, le Parti Communiste Chinois s’employa à réprimer dans le sang, à Tian Anmen, le mouvement pro-démocratie le plus important qu’ait connu la Chine. Ne se contentant pas d’avoir surmonté ce mouvement pro-démocratie par une répression sanglante, le Parti Communiste Chinois a tenu à analyser et a conclu ceci : pour garantir totalement la pérennité de son régime totalitaire, la répression intérieure ne suffit pas ; il lui faut aussi « se protéger de l’extérieur ».

De ce point de vue, il lui devenait en particulier insupportable que les Etats Unis puissent continuer à démontrer concrètement, à la population chinoise et aux autres populations du monde, que la démocratie était parfaitement compatible avec la prospérité économique et la puissance géopolitique ; le Parti Communiste Chinois considérait (sans doute à juste titre) que cet exemple américain avait même beaucoup contribué à ce que la jeunesse chinoise ose prendre le risque en 1989 de réclamer la démocratie par des manifestations de rue prolongées.

Depuis lors, l’objectif prioritaire du PCC en politique extérieure consiste à éradiquer de la planète les régimes démocratiques et l’idée même de démocratie.

Cela se traduit par une politique extérieure qui revêt trois dimensions complémentaires :

Première dimension : la Chine soutient systématiquement les régimes totalitaires et les régimes dictatoriaux et les aide à réprimer et à vaincre les mouvements pro-démocratie, très importants et très héroïques, qui prennent le risque de manifester et de lutter contre eux. C’est ce que l’on a vu dans les dernières années en Iran (2009 puis 2017/2018 et encore 2019/2020), en Syrie (2011/2016), au Venezuela (2015/2019), au Zimbabwe (2019), au Soudan (2019), en Algérie (2019), en Thaïlande (2020/2021), en Birmanie (2021), en Biélorussie (2021). Dans tous ces pays évoqués, le Parti Communiste Chinois s’est tenu et se tient encore contre les populations et derrière les régimes antidémocratiques (qu’ils soient dictatoriaux ou totalitaires) et leurs forces de répression.

Deuxième dimension : la Chine s’active à resserrer les liens entre les régimes totalitaires avérés. On voit ainsi se constituer sous nos yeux un véritable Front des Régimes Totalitaires dont le noyau dur est la Chine et qui regroupe autour d’elle la Corée du Nord, Cuba, le Venezuela, la Russie, la Biélorussie et ce régime totalitaire théocratique qu’est l’Iran avant d’accueillir probablement en son sein un autre régime totalitaire théocratique, celui des Talibans. Ce Front bien entendu a vocation à admettre aussi des régimes dictatoriaux qui ne sont pas (ou ne sont pas encore) des régimes totalitaires avérés.

Troisième dimension : la Chine vise à infliger une défaite définitive aux Etats Unis. Si l’ensemble de la planète devait passer sous le joug de divers totalitarismes selon le souhait de Pékin et de Moscou, le Parti Communiste Chinois serait pleinement rassuré : il n’y aurait plus d’environnement extérieur à partir duquel son régime totalitaire ou les autres régimes totalitaires pourraient être déstabilisés. Le jour où le monde entier serait entièrement soumis à divers régimes totalitaires, les libertés individuelles et les droits humains seraient éradiqués partout et définitivement. C’est dans cette optique que la Chine et ses alliés sont décidés à infliger une défaite définitive aux Etats Unis.

Une défaite géopolitique majeure des Etats Unis serait en effet aussi une défaite de tous les pays démocratiques. A part les Etats Unis, aucun autre pays démocratique n’a la capacité militaire de s’opposer valablement à l’Armée Rouge ou à l’Armée Populaire de Libération. Si les Etats Unis étaient vaincus par la Chine et le Front des Régimes Totalitaires, ce serait donc un triomphe planétaire pour le camp totalitaire et un effondrement dramatique de tout le camp démocratique. Depuis que, fin juin 2021, à l’occasion du centenaire du Parti Communiste Chinois, Xi Jinping a déclaré, devant les millions de militaires de l’Armée Populaire de Libération réunis au garde à vous devant des écrans géants décentralisés, qu’il leur fallait préparer la guerre, il est devenu encore plus évident que la Chine et le Front des Régimes Totalitaires visent désormais à infliger une telle défaite décisive aux Etats Unis.

Ces trois dimensions de la politique extérieure du Parti se complètent pour réaliser les deux objectifs jumeaux qu’il poursuit depuis 1989 : instaurer une hégémonie impérialiste de la Chine sur le monde mais aussi et surtout détruire tout fonctionnement démocratique sur la planète afin de préserver définitivement son régime totalitaire en Chine. Ce sont ces deux objectifs jumeaux que Xi Jinping résume d’ailleurs par une formule hypocrite, celle du « rêve chinois ».

Face à cette redoutable stratégie du Parti Communiste Chinois, la responsabilité qui incombe aux pays démocratiques et aux démocrates, c’est de tout mettre en œuvre pour y faire obstruction, c’est en particulier d’organiser, autour des Etats Unis, l’alliance, politique et militaire, la plus large possible et la plus solide possible, des pays démocratiques.

Dominique Duel

(crédit photo : https://www.flickr.com/photos/remkotanis/8165922995)

27 Août 2021