Décès de Laurent Wetzel

Cher, très cher Laurent,

Vous voilà à jamais dans l’invisible, au terme d’un accident domestique, totalement imprévisible. A 71 ans seulement, est-ce possible ?

Nous nous étions parlé la veille et il n’était guère de jour où nous ne nous entretenions pas, commentant l’actualité ou tel article ou tel ouvrage ; n’avons-nous jamais été en désaccord ? Pas que je sache !

Fils d’un talentueux polytechnicien, votre formation ne le fut pas moins, à travers l’Ecole normale supérieure, l’agrégation d’histoire, à l’issue d’une scolarité plus que brillante.

Vous enseignez ici ou là, notamment en tant que maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris avant d’être nommé en qualité d’inspecteur d’académie. Pourquoi ne vous a-t-on pas promu inspecteur général de l’Education nationale ? Cela relève de l’inexplicable comme de l’incompréhensible.

Vous êtes rapidement détaché au Service d’information et de diffusion relevant des services du Premier ministre avant d’appartenir à plusieurs cabinets ministériels : Commerce extérieur, Réformes administratives, Postes et télécommunications, enfin Défense avec André Giraud, qui sait reconnaître et louer, quoique économe de compliments, votre aptitude à la synthèse et votre parfaite connaissance des rouages de la haute administration, distinguant à la perfection l’essentiel de l’accessoire.

Proche de Jacques Soustelle, avec lequel vous partagez un commun attachement à Israël, vous vous lancez, dans les Yvelines, au Conseil général, où vous êtes élu, en 1985, pour le canton de Sartrouville, terrassant le sortant communiste. Dans la foulée, vous vous emparez de la ville, confisquée, depuis trois décennies, par un maire communiste.

Aussitôt, vous vous employez à débaptiser un certain nombre de rues à la gloire de staliniens de haut vol, comme Marcel Paul, dont vous rappelez que, déporté à Buchenwald, il y avait été nommé kapo, ce qui lui avait souvent permis de protéger en priorité ses amis communistes. Cela vous vaut un déchainement de haine du parti de Moscou mais aussi de la section socialiste de la ville, voire d’une certaine droite gaulliste corrompue ou d’un préfet aux ordres, lesquels ne cesseront de vous combattre par devant et plus encore par derrière. D’aucuns iront même jusqu’à vous traiter de « sale juif », vous le catholique pratiquant.

Vous avez narré cette période – où votre courage, d’aucuns diraient votre témérité, reste gravé à jamais – dans Un internement politique sous la Ve République – Barbouzes et blouses blanches (Odilon media, 1997).

Pierre Péan a repris l’épisode dans Compromissions – La République et la mafia corse (Fayard, 2015), de même que Thierry Wolton dans son Négationnisme de gauche (Grasset, 2019). Vous gagnez les procès qui vous sont intentés comme ceux que vous engagez.

En 2012, vous sortez votre deuxième livre Ils ont tué l’histoire-géo (Ed. François Bourin), qui fait causer dans le milieu tant, là encore, vous dénoncez les dérives de la rue de Grenelle, laissant faire avec la lâcheté qui la caractérise.

Votre dernier livre, Vingt intellectuels sous l’Occupation – Des résistants aux collabos (Ed. du Rocher, 2020), ébranle un certain nombre de mythes, que votre infaillible érudition met à mal.

Votre premier ouvrage fait référence à une analyse de votre écriture, qui relève un aspect n’apparaissant peut-être pas d’emblée car, de votre haute taille s’imposait une relative mais infondée distance : « On note une gentillesse à la fois naturelle et chaleureuse qui lui confère une séduction qui n’a rien de factice ».

On ne saurait mieux dire quand, dans votre belle demeure de Versailles, enfoncé dans un profond canapé, vous caressiez un vieux chat gris, qui ne voulait plus quitter tant de sollicitude, votre touchant regard, empreint de bonté, laissant apparaître une image prégnante de votre belle âme.

Cher Laurent, votre incroyable courage, votre inaltérable fidélité dans l’amitié, votre belle intelligence, servie par une culture sans limites, ne seront pas, ne seront jamais oubliés. Vous eussiez fait un grand parlementaire mais n’étiez-vous pas trop intelligent pour réussir, dans ce milieu composé avant tout de médiocres et d’individus vénaux, notamment dans les Yvelines ?

A votre épouse – qui, dans l’épreuve, vous a tant soutenu -, à vos trois fils, comment ne pas exprimer notre intense émotion ?

Vincent Laloy


Oui, Laurent Wetzel en plus d’être un parfait honnête homme, courageux était d’une intelligence brillante. Lors d’un diner Histoire et Liberté, a Nanterre, j’avais eu le bonheur de partager sa table et pu admirer, au cours de la conversation, la précision de ses exposés et son esprit de synthèse. je crois me souvenir qu’il avait dédicacé le livre « Ils ont tué l’histoire-géo ». Son expérience d’inspecteur d’académie renforce le constat négatif qu’il fait de l’enseignement de ces matières et comment les responsables de l’Education Nationale ont participé au désastre actuel.
Sincères condoléances a sa famille.


Jacques Carbou


Je me proposais d’écrire à Laurent Wetzel lorsque j’appris son décès. Je voulais lui dire combien j’avais apprécié son dernier ouvrage : Vingt intellectuels sous l’Occupation (1).

C’est en effet un très beau travail d’historien qui ne se contente pas d’aligner des biographies mais s’efforce de comprendre les sentiments et le rôle de chacun.

Il le fait sans complexe patriotique pour les Résistants, sans indulgence pour les Collaborateurs, montrant que ces derniers n’étaient pas purement et simplement des traîtres et que, paradoxalement, c’est par patriotisme que certains avaient approuvé la Collaboration. L’idéologie a beaucoup joué chez eux alors que ce ne fut pas le cas, en général, chez les Résistants.

Après les Résistants et les Collaborateurs, Wetzel évoque ceux qu’il appelle les « ambivalents ». Il y range Georges Pompidou, Raymond Aron (ce qui est peut-être discutable), Jean-Paul Sartre et François Mitterrand.

Les tentations d’action résistante de Sartre furent timides, velléitaires et restèrent sans suite. Ses deux pièces de théâtre, Huis Clos et Les Mouches, furent jouées avec l’accord de la Propagande Staffel qui n’y vit aucune allusion à la Résistance. Elles furent jouées devant un public qui comptait parfois quelques officiers allemands, l’une au Vieux Colombier, l’autre au Théâtre Sarah Bernard, « aryanisé » en « Théâtre de la Cité ».

Quant à François Mitterrand, Laurent Wetzel rappelle qu’il avait signé une demande d’attribution de la Francisque et prêté serment au Maréchal Pétain. Cependant, à partir de 1943, il prit contact avec la Résistance intérieure et, menacé par la Gestapo, partit pour Londres. De Gaulle n’avait cependant pour lui aucune estime comme le montre une anecdote savoureuse qu’il conte à Michel Droit au cours d’une émission télévisée.

N’ayant pu exprimer à Laurent Wetzel l’intérêt que j’ai pris à son livre, je ne puis aujourd’hui qu’en recommander la lecture.

Charles-Michel Cintrat.

(1) Ed. du Rocher,2020, 240 p. 18€

22 Oct 2021

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