Contribution au débat en vue des présidentielles

Je crois que notre société souffre d’une absence  totale de précision concernant le clivage politique essentiel des prochaines élections présidentielles.

Cette lacune empêche les composantes du camp démocratique et libéral d’affronter la vague montante du vote RN.

Il faut cesser de lui faire des procès d’intention et de filiation, même quand ils sont fondés  et il reste à dire en quoi le RN de Marine le Pen est politiquement à combattre pour ceux qui sont attachés à la démocratie libérale.

Le RN est à combattre comme un parti dangereux parce qu’il est un parti national-populiste et anti-européiste, en quoi il est proche des courants et des pouvoirs nationalistes et illibéraux qui menacent l’Europe de l’intérieur. Une illustration en a été fournie par Marine le Pen qui n’a pas pu se retenir d’apporter son encouragement aux militaires et policiers qui adoptent des positions factieuses foncièrement anti-républicaines et anti-démocratiques.

Certes, le RN sera un allié face aux islamistes et à leurs défenseurs islamo-gauchistes qui haïssent eux aussi la démocratie libérale.

Mais face à la Russie, face à la Chine et face à la Turquie; la France a besoin d’une Europe-puissance et de l’alliance avec la démocratie américaine pour défendre ses intérêts et ses principes, et sa civilisation.

Ce positionnement nous sort de l’alternative manichéenne entre progressisme et conservatisme.  

Voilà une alternative réelle et crédible.

André Senik (le 17 mai 2021)

(crédit photo : Plenary debate on terrorism and Paris attacks with Marine Le Pen | Flickr)

18 Mai 2021


Qui sème le vent récolte la tempête

Une fois de plus, le Hamas, l’organisation palestinienne islamiste qui dirige Gaza, tire des milliers de missiles sur Israël.

Il n’est pas utile de chercher l’origine de cette poussée de violence (conflits immobiliers à Jérusalem-est ou autres), ni de désigner ceux qui en porteraient la responsabilité (manifestations d’utra-orthodoxes juifs, pierres jetées contre eux, ou intrusion par l’armée israélienne dans la mosquée d’al Aqsa). La vérité est que le Hamas veut « la peau » d’Israël et que si certains Palestiniens sont favorables à la coexistence de deux Etats, ( une solution qui ne sera pourtant viable qu’une fois mis sur pied un système garantissant que l’Etat palestinien ne pourra servir de base au terrorisme anti-israélien), le Hamas, lui, n’en veut qu’un : le sien, les Israéliens étant rejetés à la mer.

Les réactions de l’opinion publique, des médias et des politiques sont dans l’ensemble frileuses – n’a-t-on pas déjà assez de problèmes, pense-t-on ? Certains journalistes parlent explicitement d’« attaques des islamistes du Hamas », voire même soulignent les avertissements préalables lancés par l’armée israélienne aux Gazaouis pour que ses frappes ne fassent pas de victimes. Mais depuis qu’on est rassuré sur le sort immédiat d’Israël qui tient, malgré les milliers de missiles lancés contre elle, malgré les heurts opposant des Juifs et des Arabes d’Israël, et qui frappe à son tour sans relâche le territoire ennemi, domine une approche surtout compassionnelle, se contentant souvent d’indiquer le nombre de victimes et de souligner parmi elles la présence de femmes, et d’enfants.

La violence islamiste récolte ce qu’elle a semé. : l’horreur d’une guerre qu’on pourrait décrire d’ailleurs plus avant : combien de combattants du Hamas sont en train d’étouffer peu à peu dans des souterrains effondrés ?

Le Hamas fait le malheur des Palestiniens qu’il tient sous sa coupe. Et Israël est dans son droit quand il cherche à détruire les capacités de nuisances du Hamas, ses centres de commandement, des bases de lancements de missiles, ses souterrains. Il fait leur malheur et c’est ce que pensent nombre de pays arabo-musulmans, favorables à une solution négociée comme le montre la reconnaissance diplomatique récemment décidée par plusieurs d’entre eux.

(crédit photo : gaza strip | Flickr)

18 Mai 2021


On vient de commémorer le 60 e anniversaire du débarquement de la Baie des Cochons. Notre ami Gustavo Sanchez nous a adressé ce très beau texte paru d’abord en espagnol dans Libre, un hebdomadaire en espagnol de Floride. Loin de la relation habituelle, hésitant le plus souvent entre l’ironie et la condamnation, l’auteur du texte qui suit revient, lui, sur sa manière personnelle de vivre l’événement.

Authentique, émouvant et même troublant tant nous sommes habitués au discours convenu, à la « légende mensongère ».

H&L

Les 60 ans de ma « Baie des Cochons »

Tous ceux qui, comme moi, étaient alors très jeunes, ont leur propre Baie des Cochons. En 1961 j’approchais tout juste de l’âge adulte et un changement total de régime s’abattait sur Cuba. Il n’était pas encore possible, en raison d’une Réforme Universitaire en cours, conçue pour bousculer l’enseignement supérieur, radier la majorité du professorat de l’avant 1959 et mettre au pas les élèves, d’entreprendre des études de Droit.  En attendant, en Novembre 1960, j’ai donc commencé à travailler dans le cabinet d’un comptable. De façon temporaire, pensais-je.

Il était palpable depuis quelque temps qu’une transformation radicale était en cours dans le pays. Ni mon père ni l’un de mes professeurs de lycée ne s’étaient trompés quand, moins de deux mois après la fuite de Batista, le 31 Décembre 1958, ils avaient perçu avec certitude un tournant vers le communisme.

L’avenir allait leur donner raison. 

Dans les lignes qui suivent, j’aborde des moments de ma vie, en tâchant d’exposer des faits qui eurent des conséquences importantes sur mon existence, sur l’avenir des citoyens Cubains, et sur la géopolitique continentale.

Pour ma part je peux affirmer qu’au Printemps 1961, je n’en étais plus à souhaiter un hypothétique débarquement de marines américains, mais bien à l’attendre avec impatience. Et pourquoi pas en pleine capitale ? Mais c’était ignorer que Fidel Castro et les siens savaient depuis au moins six mois de ce que la CIA, dirigée par le funeste Allen Dulles ourdissait en Amérique Centrale. Au petit matin du 15 avril, ayant entendu au loin le tonnerre des bombardements à l’aéroport militaire, un ami sportif qui ramait près du port de La Havane entendit un de ses compagnons, haut gradé dans l’armée dire : « Voilà ! Les Américains se sont enfin décidés ! ». Ils étaient pour ainsi dire attendus, les Amerloques – sauf qu’il s’agissait de Cubains venus libérer la Patrie du castrisme.     

Le lundi 17, 1400 hommes d’un corps expéditionnaire parti du Nicaragua débarquaient au Sud de l’île. Là, une mobilisation générale fut décrétée. En fin de journée, en arrivant au Club où je m’entraînais quotidiennement au basket, je pus constater une véritable ébullition milicienne se matérialisant notamment par l’ouverture d’un bureau de recrutement. Je fis demi-tour et quittai les lieux.

Mon attitude ne passa pas inaperçue : Big Brother m’avait à l’œil. Je me sentais complètement extérieur à toute cette ferveur révolutionnaire. qui se manifestait autour de moi. Quelques jours plus tôt, une amie avait visité une grande exposition consacrée à la République Populaire de Chine et en sortant, elle avait écrit dans le livre d’or : « Très belle exposition, mais je n’aime pas le communisme ».

On l’avait détenue ! Un gardien de salle attentif l’avait interceptée après l’écriture de ses lignes et l’avait conduite à un commissariat où elle demeura toute la journée, bien qu’elle fût mineure et malgré la banalité évidente de son geste.

Telle était déjà en mars 1961 la « démocratie » à Castroland, celle-là même que louaient tant d’intellectuels, à commencer par Sartre qui tombait en pamoison devant la Révolution quand il se rendait dans l’île.

Du côté des Américains, les dirigeants se perdaient en élucubrations et misaient sur une rébellion anti-fidéliste massive et l’établissement d’une tête de pont préparant l’arrivée d’un nouveau gouvernement. 

Du 17 au 20 avril, dans les grandes villes, la vie suivit son cours habituel, troublé seulement par les rumeurs qui circulaient et les nouvelles concernant ceux qui avaient été détenus de façon préventive en tant que potentiels représentants d’une cinquième colonne. Plusieurs de nos amis furent enfermés tandis que deux membres de la famille sévissaient comme cerbères d’un centre de détention. Si les envahisseurs avaient pu sanctuariser un secteur du territoire – ce qui n’eut pas lieu à cause de la mauvaise conduite des opérations par les Américains – les conséquences auraient été terribles : dans les rangs castristes figuraient des centaines d’officiers et un nombre indéterminé de Républicains espagnols exilés devenus miliciens. Tous, assoiffés de revanche et de sang, étaient disposés à déclencher un massacre.    

En 1961, alors même que l’heure était à la consolidation des changements opérés par le régime, il était déjà temps de regarder dans le rétroviseur pour essayer de comprendre: comment la génération de mes parents avait pu être assez myope pour ne pas capter ce qui se préparait avec Fidel Castro et son idéologie sous couvert de lutte contre Batista.    

Moi, en tout cas, je n’ai cessé depuis lors de me poser cette question : si j’avais eu l’âge nécessaire, aurais-je pu être compté parmi ces Cubains pleins d’abnégation, tout en étant manipulés par les Américains, qui débarquèrent dans la Baie des Cochons ? Lorsque une fois faits prisonniers, je les vis exhibés comme des bêtes, j’ai ressenti une grande honte et une tristesse incommensurable. Dans la mangrove de la Ciénaga de Zapata ( le marais de Zapata, au nord de la Baie des Cochons, ndlr), une séquence de l’histoire américaine et une autre de l’histoire cubaine avaient pris fin simultanément. C’est à partir de ce moment que se structura tout ce qui advint par la suite. En 2021 le résultat lamentable est devant nos yeux : un petit pays ruiné et défait, que plus de deux millions de ses habitants ont fui, et une légende mensongère colportée dans le monde entier. 

Soixante ans après la Baie des Cochons, ma mémoire flanche bien sûr mais l’amertume d’avoir été dans le camp de ceux qui mordirent la poussière alors qu’ils avaient intrinsèquement raison, ne me quitte pas.

Gustavo Sánchez Perdomo

Crédit photo : Attack near Playa Giron. April 19, 1961. – panoramio.jpg – Wikimedia Commons

Bon week-end à Montargis !

Chers lecteurs du blog, j’aimerais vous raconter mon dernier week-end. Vous levez les yeux au ciel? Vous pensez que je déraille? Et que je confonds Histoire & Liberté et un office de tourisme? Pas du tout ! Après une visite de la faïencerie de Gien ( c’est très beau et très cher ou : c’est très cher mais très beau), ma copine et moi, avons voulu passer à Montargis, où est née Mme Guyon, une mystique du XVIIe siècle, ville qui regroupe aujourd’hui près de 70 000 habitants et qui s’est rendue récemment célèbre par quelques outrances. D’aucuns par exemple la présentent modestement comme « la Venise du Gâtinais »; d’autres, en l’occurrence le maire, Benoît Digeon (LR), ont jugé tranquillement le 25 novembre dernier qu’Emmanuel Macron était « le pire président qu’ait connu la France »…Mais je m’égare : revenons aux rues de la vieille ville et à la promenade au détour de laquelle nous sommes tombés sur un très inattendu « Musée historique de l’amitié franco-chinoise! ». Habiles, les camarades chinois. Ils ne se contentent pas de rappeler qu’au début du XXI siècle, plus précisément vers 1920, de jeunes Chinois, appelés plus tard à la célébrité, sont venus travailler dans la fameuse usine Hutchinson. Il y avait là Deng Xiaoping, Chou Enlai, Liu Chaoqi et Li Lisan, tous présents sur les photos exposées. Les spécialistes s’étonneront de ce que soient présentés de manière respectueuse, comme le sont tous les autres, des gens que Mao a laissé persécuter ou mourir dans un cul de basse fosse. Habituellement, ce n’est pas le genre de la maison. Mais c’est ainsi : tous, apprend-on, travaillaient, enrichissaient leur expérience, fondaient des associations de jeunes communistes et accédaient ainsi, non pas au nirvana, n’exagérons rien, mais à la connaissance objective, guidés par le marxisme-léninisme.

Pessimiste, on peut en conclure que décidément, les communistes chinois sont partout et diffusent ouvertement leur propagande jusque dans une petite ville française. Un peu plus optimiste, on peut en conclure aussi – car nous étions seuls dans ce petit musée de trois étages – que les Montargois (je crois que c’est comme cela qu’on dit), semblent donc assez insensibles aux louanges faites à la vision communiste et chinoise des choses. Ils doivent avoir quand même quelques amis en ville : en reprenant le train, nous nous sommes laissés dire que la place devant la gare portait le nom de « Place Deng Xiao Ping ». Oui, celui qui a fait massacrer des milliers d’étudiants et d’ouvriers à Tien an men en 1989…

Benoît Villiers

11 Mai 2021


Cent Jours sans barrage: le sprint à Gauche de Joe Biden

Franklin D. Roosevelt est le président américain qui a lancé l’idée des « cent premiers jours » d’une nouvelle administration.

Les journalistes, qui aimaient cet homme charismatique, charmant, bon orateur et maitre dans l’art de cacher son jeu, retinrent cette idée qui venait des rangs de l’équipe d’experts hautement formés dans les grandes écoles comme Harvard et venus à Washington avec le cousin de Théodore Roosevelt, président, lui, au début du siècle, également « activiste » et bouillonnant d’idées et de bonnes causes.

Roosevelt le second, « FDR », est le président des intellectuels qui savent mieux que les masses ce qu’il faut faire. Il ressemble en ceci au dernier Démocrate élu avant lui (Woodrow Wilson). Comme lui, il se méfie de la partie la plus démocratique du gouvernement, c’est-à-dire la branche législative, et notamment de la Chambre des Représentants (House of Representatives). Les députés sont élus tous les deux ans tandis que leurs collègues du Sénat bénéficient de six ans entre deux rendez-vous avec leurs électeurs.

Il disait donc qu’il avait « cent jours de grâce », disons d’une vague de sympathie, d’une lune de miel, pour lancer des programmes avant que la grogne, les suspicions, les intrigues, les soucis budgétaires, les rivalités régionales et partisanes, bref la politique en démocratie, ne reprenne le devant de la scène et ne provoque à Washington un embouteillage politique.

Comme FDR, Biden arrive à la Maison Blanche avec comme mission de changer de cap radicalement. Donald Trump l’avait lui-même promis, et avait tenté d’effectuer des changements radicaux, tant en politique intérieure que sur la ou les scènes internationales, par rapport à ses prédécesseurs Barack Obama et G. W. Bush. Mais il a finalement réussi à décourager jusqu’à ses propres fidèles par excès de vanité : il a tellement pris sa défaite électorale comme un affront personnel qu’il a présenté avec insistance l’élection comme truquée. Ce n’était pas entièrement faux – les élections démocratiques sont sujettes aux fraudes mais cela ne prouve pas qu’une élection est carrément « volée ». L’hystérie était telle alors que Trump découragea même les électeurs de l’Etat de Géorgie, un Etat du Sud qui vote régulièrement pour les Républicains depuis près d’un demi-siècle.

Résultat: deux Démocrates (et parmi les plus gauchistes) ont été élus et le Sénat est passé à 50 Républicains pour 50 Démocrates assurés de la majorité en cas d’égalité. Le parti Républicain a donc perdu le contrôle du Sénat, et les Démocrates, qui ont conservé une mince majorité au Congrès, contrôlent le Législatif et l’Exécutif.

On se retrouve ainsi avec une alternance radicale pour la deuxième fois de suite, et même la troisième si l’on considère que B. Obama représentait un virage radical par rapport à G. W. Bush.

Joe Biden pendant sa longue carrière de plus de 30 ans au Sénat et en tant que vice-président d’Obama pendant huit ans, était considéré comme un homme du centre avec une forte tendance à l’opportunisme : il était très lié par exemple au début de sa carrière avec les puissants dinosaures des Etats du Sud, qui pesaient lourd au Sénat et représentaient l’arrière-garde de la ségrégation raciale.

Aujourd’hui, le problème est très différent : les Démocrates depuis les années Trump (mais la tendance date depuis bien plus longtemps) donnent désormais dans la surenchère gauchiste. Biden, quoiqu’il fit campagne dans les primaires Démocrates en 2020 en jouant la carte de la modération contre les excités (y compris sa co-listière Kamala Harris, qui ne manqua pas de rappeler au futur président ses positions anti-anti-segrationistes et pro-carcérales d’antan, se retrouva avec un parti miné par l’entrisme gauchiste ( d’où le choix pour la vice-présidence, de Mme Harris, dont l’opportunisme rivalise, si s’est possible, avec celui de son patron) et par une sorte de gramscisme dans le monde culturel et social qui, profitant du désarroi covidien, a mené une sorte d’insurrection pendant une bonne partie de 2020. Elu, Biden s’est habillé de neuf. Sciemment ou non ? Difficile à dire tant ses gaffes verbales font partie de son style.

Pour ce faire, il prend Roosevelt pour modèle: cent jours pour lancer les projets qu’il faut pour redonner espoir à un pays épuisé. En même temps, les Démocrates déposent des projets de lois pour réformer le système électoral, en fait, pour le « nationaliser, » car jusqu’à présent, et en conformité avec la Constitution, les Etats organisent et gèrent la machine ou plutôt les machines électorales.

Mais on peut se demander si ces chantiers sont nécessaires. Pour ce qui est du premier, il n’est pas du tout sûr que le pays soit épuisé. Il suffit de sortir de Washington pour se rendre compte qu’au contraire, il se porte bien : l’emploi reprend, les entreprises redémarrent, et le danger serait plutôt une surchauffe menant à l’inflation, si la banque fédérale (Federal Reserve System) se met à imprimer les milliards qu’il faudra pour tous les projets de relance de l’administration Biden, des projets qui, souvent, n’ont rien a voir avec l’activité économique existante mais sont plutôt des subsides ou de nouveaux fonds pour telle ou telle agence gouvernementale. Ajoutons que l’administration commence à parler de hausses d’impôts, ce qui, malgré l’argent distribué, risque de freiner la productivité et l’emploi.

Du côté international, il est possible que Joe Biden ait une révélation, disons un « moment Jimmy Carter » du temps où le président (Démocrate) qui avait renoncé à l’anti-communisme de tous ses prédécesseurs fit volte face quand les chars soviétiques entrèrent en Afghanistan (trop tard cependant pour éviter que son concurrent Ronald Reagan, ne puisse l’accuser de laxisme envers les menaces étrangères).

Malgré une équipe apparemment acquise aux théories pro-palestiniennes et favorable à une politique munichoise envers l’Iran, sans compter une claire pusillanimité envers la Chine communiste, il apparait que les ennemis des nations démocratiques et libérales vont trop vite.

Entre les Chinois communistes se prenant déjà pour les maitres du monde et les Perses islamistes se prenant pour la réincarnation de Saladin, la douche sera froide, mais efficace pour un réveil.

Plus grave est le danger venu de l’ennemi intérieur. La gauche américaine a découvert, à sa propre surprise, que le racisme anti-raciste paye. Mais peut on vraiment croire que les Américains vont accepter au-delà d’une mode passagère l’idée que l’on est par essence raciste (ou n’importe quel autre péché) selon un hasard de naissance? Pour le moment, le président joue le jeu, allant jusqu’à affirmer ce non-sens que le racisme est une tache sur l’âme de l’Amérique, alors que les gens normaux savent que le racisme tel qu’il a existé aux Etats-Unis est certes un péché qui a entravé l’application des es principes chers aux Américains mais que ceux-ci ont pu être maintenus et réaffirmés.

Les confusions et les égarements mentaux et politiques dont la gauche profite pour s’emparer de positions de force dans les postes d’influence de la société — école, administration et formation du personnel dans les grandes organisations publiques mais aussi le secteur privé et les médias… – seront difficiles à contrer et réparer.

Il est beaucoup plus facile d’agir à partir d’une doctrine fanatique, simpliste, manichéenne, déterministe que de plaider pour l’évolution organique et complexe de la société; c’est bien connu depuis la Révolution française et ses séquelles. C’est là un grand défi que les anti-Américains ont lancé à la société. Ces derniers sont à présent en position de force. Mais le rebond libéral et patriotique commence à trouver ses voix, par exemple celle du sénateur Tim Scott, Républicain de la Caroline du Sud (et de couleur, si l’on veut le savoir) ou l’ancien secrétaire (ministre) de Trump, le docteur Ben Carson (également de couleur ; et tous deux ayant grandi dans l’extrême pauvreté).

Il faudra trouver non seulement des voix mais des stratégies politiques, durables pour défendre les fondements de l’Etat de droit et du système de représentativité démocratique qui assurent la continuité du régime constitutionnel américain. 

Les grandes initiatives de Franklin Roosevelt, le premier brouillon du système d’étatisme bienveillant américain, avaient toutes été   récusées par la Cour Suprême.  C’est pour cela que les Démocrates tempêtent pour un élargissement de la Cour — une manœuvre que FDR avait tenté sans succès.

Roger Kaplan

PS Biden fait-il un sprint a gauche, ou tente-t-il de calmer les esprits et les jeux (politiques) après quelques années pour le moins excitées?  Nous verrons bien; mais l’on peut déjà noter que si la relance par l’imprimerie de milliards de dollars dope les marchés, et pas seulement Wall Street, il est quasiment sûr que les lendemains seront d’une rudesse inflationniste telle qu’elle desservira les intérêts de ceux que les Démocrates prétendent justement défendre, à savoir les démunis ou en tout cas les moins avantagés.

Si, en effet, la demande est favorisée par l’argent distribué, la remontée de l’emploi reste modeste, voire faible.  La hausse du salaire minimum est aussi montrée du doigt : historiquement cette mesure a toujours eu pour effet de freiner l’embauche.  

Biden a les préjugés économiques ordinaires des gens de gauche, aussi veut-il supprimer les brevets des vaccins anti-covid, ce qui est ridicule et n’aura d’autre effet que mettre fin à la production rapide de vaccin, due aux initiatives de Trump mais mise au crédit de Biden, tant par les médias que par lui-même! Les dépenses prévues pour les grands travaux que Biden a annoncées sont stratosphériques mais seulement moins de 10% de ce programme (qui peut être modifié avant d’être définitivement adopté) sont destiné à des infrastructures proprement dites : les Démocrates veulent profiter de la crise dont ils sont largement responsables (c’est surtout dans les Etats qu’ils contrôlent que l’économie a été mise en berne avec le virus comme excuse) pour distribuer des subsides à leur clientèle électorale. 

En même temps, Biden propose de doubler l’impôt sur les bénéfices réalisés par les investisseurs alors que l’intérêt perçu sur les prêts aux gouvernements (des municipalités, des Etats, fet au niveau fédéral) sont généralement exempts d’imposition !

Analphabétisme économique ou anti-capitalisme primaire? Pendant ce temps-là, les communistes chinois sont en marche et les affamés d’Amérique latine sont à nos portes.  Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas le moment de fragiliser la machine économique américaine.

crédit photo présentation : Joe Biden | from www.facebook.com/POTUS/photos/1957305291701… | Prachatai | Flickr

11 Mai 2021


Donbas: Renoncement sous contrainte à la nationalité ukrainienne dans les “Républiques populaires” du Donetsk (RPD) et de Lugansk (RPL)

Le plan d’annexion par Moscou de la partie du Donbas qui n’est plus sous le contrôle de Kiev est en marche par contrainte administrative, sans effusion de sang et hors des radars occidentaux. Diverses mesures sont en effet mises en place.

Dans la “République Populaire du Donetsk” (RPD), les détenteurs de passeports ukrainiens peuvent être détenus pendant 30 jours pour que leur identité puisse être déterminée!

Les détenteurs de passeports ukrainiens ne peuvent recevoir d’avantages sociaux ni exécuter certaines opérations pour lesquelles un document d’identité est requis. Ils ne peuvent faire de telles opérations, bancaires et autres, que s’ils ont fait une demande de passeport de la « RPD » ou de la RPL..

Depuis plus d’un an, les citoyens ukrainiens vivant dans les territoires occupés du Donbas sont dans l’impossibilité d’obtenir un premier passeport ukrainien s’ils sont âgés de 16 ans ou de le renouveler parce que les checkpoints sont fermés du côté des autorités séparatistes auto-proclamées. La seule issue est donc de faire une demande de passeport RPD ou RPL

Selon certaines informations en provenance de sources ouvertes et confidentielles, Moscou souhaite que la question des passeports soit “réglée à 100%” pour 2025. Un plan est prévu en vue de saisir tous les passeports ukrainiens et de les remplacer par des passeports émis par les autorités RPD et RPL. Les portes de l’Ukraine leur étant fermées, ils n’auront d’autres solutions que de demander un passeport RPD our RPL.

Sans passeport ukrainien, les citoyens ukrainiens du Donbas ne pourront plus recevoir leur pension de retraite, profiter d’allocations sociales, entrer à l’université, ouvrir un compte bancaire en Ukraine, etc. Ils seront entièrement coupés de la mère patrie.

Un projet de loi “sur la citoyenneté” est actuellement à l’étude dans le Donetsk occupé. Il prévoit que la citoyenneté RPD ne pourra être attribuée aux personnes ayant été absentes du territoire pendant de longues périodes ou si elles sont considérées comme hostiles. Dès qu’elles seront mises en oeuvre, ces mesures vont entériner l’exclusion administrative de 2 millions de citoyens ukrainiens qui ont été forcés par la guerre de quitter le Donbas, l’impossibilité de leur retour et de la récupération de leurs biens immobiliers.  

Avant le conflit, la partie du Donbas actuellement sous contrôle des autorités séparatistes pro-russes auto-proclamées comptait 3, 894 millions d’habitants. Il est actuellement impossible d’établir la population vivant actuellement dans cette région, mais après l’émigration d’environ 600,000 habitants vers la Russie et 1,57 million vers l’Ukraine, mais également l’entrée de forces militaires en provenance de Russie, certains estiment le nombre de résidents actuels à environ 2, 668 millions.

Willy Fautré, Human Rights Without Frontiers (Bruxelles)

Crédit photo de présentation 2012, Donetsk, Ukraine | Peter Collins | Flickr

5 Mai 2021


Éric Zemmour: «Seule l’assimilation permet la laïcité»

La conception de la laïcité exprimée dans Figarovox du 28 avril dernier par Éric Zemmour, nous permet de nous définir à titre individuel sur cette question. Nous en reprenons ci-dessous quelques extraits majeurs. Comment les accueillez-vous? Quel est votre propre point de vue?

Si des divergences apparaissent, nous pourrons en débattre.

A vos claviers donc!

H&L

(Selon Patrick Weil) on doit traiter aujourd’hui l’islam comme on a traité il y a un siècle le catholicisme. : protéger la liberté des fidèles et punir ses mauvais bergers.

C’est le retour de la distinction entre islam et islamisme, derrière laquelle se cachent la plupart de nos politiques (y compris Marine Le Pen) pour ne pas voir la réalité en face: l’islam n’est pas un simple catholicisme des Arabes. L’islam n’a jamais reconnu une quelconque séparation entre spirituel et temporel. L’islam est avant tout un code juridico-politique qui enserre de manière totale la vie des fidèles. Il n’y a pas d’Église en islam. Chacun des fidèles doit appliquer le Coran sacré et les hadiths (propos de Mahomet, «le bel exemple».) L’Islam ressemble davantage au protestantisme des origines. Et on sait comment la monarchie française a traité le protestantisme: siège de La Rochelle, place forte protestante, par Richelieu et révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV.

(…)

Aujourd’hui, les nombreuses banlieues sont des enclaves étrangères où la loi de l’État ne s’applique plus, où les mœurs islamiques ont supplanté les mœurs françaises, et où les caïds armés font régner leur loi et celle de l’islam. La monarchie française a combattu violemment le protestantisme car il défiait non seulement l’Église mais s’alliait également avec les puissances huguenotes (Angleterre et Pays-Bas) qui étaient des adversaires de la France. Weil voit juste quand il nous dit que la laïcité est aussi une loi qui lutte pour «la souveraineté de l’État français face aux ingérences de l’Église de Rome». On sait aujourd’hui que de nombreuses puissances étrangères, Turquie, mais aussi Algérie, voire Maroc ou Arabie saoudite ou Qatar utilisent les diasporas musulmanes en France pour empiéter sur la souveraineté de l’État en France.

(…)Weil (…) reconnaît que «tous les Français ont en héritage un catholicisme national (…) le déséquilibre ainsi créé dans le principe d’égalité (…) doit être distingué des discriminations réelles». Il corrige pertinemment le slogan qui trône dans toutes les écoles: «La laïcité permet la citoyenneté, proclame la charte affichée sur les murs de nos établissements scolaires.

Eh bien non, c’est l’inverse. Seule la citoyenneté, pleinement reconnue à chacune et à chacun, permet la laïcité.» Encore un effort Patrick Weil ! Seule l’assimilation permet la citoyenneté qui permet la laïcité. Seule l’assimilation à la culture et aux mœurs et à l’histoire françaises, imprégnées de catholicisme et de culture gréco-romaine, permet de comprendre, d’approuver et d’appliquer les règles de la laïcité. Seule l’assimilation impose, dans l’esprit sinon dans la lettre de la loi de 1905, ce «devoir de discrétion» dans l’espace public qui permet la coexistence pacifique et la discussion politique rationnelle entre citoyens. Les enfants de l’immigration arabo-africaine refusent dans leur majorité la laïcité car ils ne sont pas assimilés.

Réponses

« Je regrette que le texte de Zemmour soit sur le blog car les réactions les plus probables à cette insertion sont de nous y assimiler et de faire fuir des gens intéressants. »

Pierre Druez

1 Mai 2021


Pierre Nora : Jeunesse, éd.Gallimard, 234 pages 18 Euros

Nous suivons dans ce livre la vie d’une famille et retrouvons toutes les grandes questions auxquelles doivent répondre nombre d’entre elles : que faire de la maison familiale après la mort des parents ? Que devient la gouvernante quand les enfants ont grandi ? La place de la mère dont on se demande, à sa disparition, si on l’a suffisamment aimée alors qu’elle avait été le pilier de son enfance. Le père et son statut de commandeur … Et puis, il y a le destin personnel de Pierre Nora : ses amours, ses amitiés, son parcours universitaire et professionnel qu’il construit patiemment pour mener une carrière d’historien et d’éditeur qui le mènera à l’Académie. Son petit livre, Les Français d’Algérie, l’a fait sortir de l’anonymat, puis la création de la fameuse collection « Archives » au moment où « s’opérait un profond renouvellement de la sensibilité collective au passé », a révélé ses qualités d’éditeur. C’est ainsi que Claude Gallimard lui ouvrit toutes grandes ses portes pour qu’il créé un secteur d’idées, de documents, de sciences humaines où il sera guidé par la trilogie : Présent, Nation, Mémoire.

 Jeunesse  fourmille d’anecdotes qui nous emmènent dans de multiples univers : d’une princesse malgache aux Etats-Unis, en passant par Cuba, le Mexique et la Chine, nous vivons avec ces jeunes intellectuels et universitaires qui ont jalonné les débats pendant un demi-siècle. Témoins de la seconde guerre mondiale, de la Shoah mais aussi du stalinisme, nous nous interrogeons au fil de ces pages sur leur adhésion au Parti Communiste : « On m’avait conseillé de m’agglomérer à un groupe. Le plus homogène et déterminé était celui des étudiants communistes qui se réunissait rue Férou… Il n’y avait là rien d’extraordinaire. L’air du temps intellectuel, à l’époque, était au communisme. Tous mes amis appartenait au Parti. Même Emmanuel Le Roy Ladurie que son naturel ne paraissait pas porter de ce côté-là. »

Nous découvrons encore l’analyse par l’auteur du rapport tumultueux et central entre les Juifs et la France : « Dans un des séminaires que nous avions animés ensemble ( Yerushalmi – grand historien du judaïsme – et moi), j’avais développé l’idée que les grands moments de la définition identitaire de la France – la Révolution, l’affirmation de la République à travers l’affaire Dreyfus, Vichy – avaient été en même temps les dates-clefs du destin juif dans le monde moderne… » Nous découvrons enfin la complexité de cette dernière époque lorsque son père accepte de témoigner en faveur de Xavier Vallat.

Que l’auteur soit rassuré, c’est justement parce qu’il nous a parlé de la gouvernante qui l’a élevé : Michelle Dupé que Jeunesse est un livre attachant. Nous attendons, néanmoins, le second tome où il nous racontera la maison Gallimard, les quarante ans de vie du Débat, les grands auteurs …

Sabine Renault-Sablonière

28 Avr 2021


Brèves de blog 5

1-Robots orbitaux vs Sixième branche

La Chine développe de nouveaux systèmes d’armes : lasers basés sur terre, robots orbitaux antisatellites, etc. 35 satellites ont été aussi mis sur orbite pour donner plus de précision à d’éventuelles frappes terrestres. La création d’une force spatiale, en décembre 2019, par Donald Trump, devenue la sixième branche des forces armées américaines, et la formation d’un commandement opérationnel indépendant, témoignent de l’intention des Américains de réorganiser leur Défense. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’Administration Biden s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur.

2- Bien au-delà des 10 kilomètres ! 

Dans Causeur du 16 avril 2021, Benoît Raisky a commenté dans un article désopilant le voyage de Jean-Luc Mélenchon, présent à Quito, en plein confinement, pour prêter main forte à Andrés Arauz, candidat de la gauche équatorienne. Sur une photo, on voit Mélenchon sans masque et souriant, le bras sur l’épaule de son camarade équatorien.

« Mélenchon a le sourire sur cette image, écrit Raisky, car elle a été prise avant les tristes résultats des élections équatoriennes : Andrés Arauz a été battu ! Le peuple équatorien, manipulé par la propagande impérialiste, n’a pas été sensible au déplacement de Mélenchon. Il devient donc urgent de changer de peuple… »

3- Des témoins providentiels

Le lundi 5 avril 2021, Le Figaro a recueilli le témoignage de « Laurène Beaumond », nom d’emprunt d’une journaliste qui collabore avec la télévision chinoise et y récuse les accusations de génocide au Xinjiang. Derrière ce pseudonyme, explique l’excellent spécialiste de la Chine au Figaro Sébastien Falletti, se cache une femme originaire de la Sarthe, ancienne présentatrice au service français de la chaîne d’État CCTV, à Pékin, où elle a vécu plusieurs années.

« Son témoignage illustre la nouvelle stratégie d’influence du régime communiste pour mener la bataille de la propagande à l’échelle planétaire : s’appuyer sur des ‘’témoignages’’ d’Occidentaux présentés ostensiblement comme des ‘’journalistes’’ professionnels, ou des ‘’chercheurs ‘’ chevronnés ». En mars dernier, « le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, avait tressé en mars les louanges de Maxime Vivas, ‘’célèbre écrivain français’’ dont le livre intitulé Ouïgours, pour en finir avec les fake news, nous raconte un vrai Xinjiang prospère et stable » . Vivas, est en fait un ergonome à la retraite à Toulouse, rédacteur du site Le grand soir aux convictions marxistes-léninistes bien trempées.

Le PCF peut-il marcher tout seul?

4- Fabien Roussel devrait être investi par le PCF comme le candidat autonome des communistes en 2022 . Pour la première fois depuis quinze ans (Marie-George Buffet avait alors recueilli 1?93% des suffrages et préférer aujourd’hui se rallier à une candidature Mélenchon). M. Roussel veut croire que malgré ses récentes déconvenues électorales (2,49 % des voix aux élections européennes), le PCF, par son implantation locale et le nombre de ses adhérents (50 000 revendiqués) lui donnerait des atouts que peu de partis ont aujourd’hui et que, grâce à un travail de terrain actif, sa voix pourrait percer.

5 Vers une fermeture de la Chine ?

Une des différences entre l’ancienne guerre froide et la nouvelle est le contraste entre la fermeture économique quasi-totale de l’URSS de l’époque, et l’ouverture de la Chine post-maoïste à la mondialisation. Mais cette ouverture est remise en question aujourd’hui. On constate une chute des investissements chinois à l’étranger. Le nombre de contrats, qui avait atteint un niveau record en 2016, est retombé à celui de 2005.

6- Même question

Au moins 18 journalistes étrangers ont été expulsés de Chine en 2020, rappelle sur son excellent site, Yves Montenay, dont ceux du Washington Post, du New York Times et du Wall Street Journal. « Parallèlement la durée des visas des journalistes n’est plus maintenant que de un à six mois ».

8- Pyongyang purifiée

Selon le Daily NK, un des organes de presse les mieux informés sur la Corée du Nord, en date du 12 avril 2021, Une trentaine de familles d’anciens militaires ont été récemment expulsées de Pyongyang pour cause de paroles et comportement « inappropriés ». Ces militaires en retraite faisaient du commerce sur des marchés locaux pour compenser la perte des privilèges matériels dont ils bénéficiaient quand ils étaient dans l’active. Leurs appartements ont été attribués à d’autres officiers plus sûrs politiquement. Quelques uns, qui tardaient un peu trop à rejoindre leur nouveau domicile en province ont même été « exilés » dans des fermes collectives lointaines.

9- Où va l’Algérie?

Un islamologue algérien, Saïd Djabelkhir a été condamné à 3 ans de prison pour « offense à l’islam » suite à la plainte d’un universitaire islamiste. M. Djabelkhir est accusé d’avoir déclaré que « le sacrifice du mouton existait avant l’avènement de l’islam », critiqué le « mariage précoce dans certaines sociétés musulmanes », et qualifié certains rituels durant le pèlerinage à La Mecque de « païens ».

La plainte se base sur l’article 144 bis 2 du code pénal punissant jusqu’à cinq ans de prison « quiconque offense le Prophète, les envoyés de Dieu, le dogme ou les préceptes de l’islam ».

10-Petit revers chinois

Le 6 avril 2021 ont eu lieu des élections législatives au Groenland (56 000 habitants). L’enjeu principal était l’ouverture à l’exploitation de mines de terres rares et d’uranium dans le sud du pays. Un groupe australien, avec un actionnaire chinois dominant, Shenghe Resources Holding, une firme d’Etat, était sur les rangs. Cette présence chinoise inquiétait évidemment les Etats-Unis, proches. Les opposants à cette exploitation l’ont emporté, plus sans doute pour des raisons écologistes locales que stratégiques. Voilà, commente le quotidien danois Politiken, qui « met un frein à l’argent facile du projet minier géant de Narsaq. Celui-ci aurait pu rendre le Groenland irrémédiablement dépendant de la Chine et lui imposer une charge environnementale considérable ».

28 Avr 2021


Le PCC se déclare désormais à parité géopolitique avec Washington.

Le sommet sino-américain du 18 mars 2021 en Alaska n’a pas suscité les commentaires qu’il méritait.

M.Yang Jiechi, le conseiller de Xi en politique étrangère s’y est livré à une tirade inhabituellement longue contre la délégation américaine menée par M. David Blinken. Il a commencé à dire que les Etats-Unis étaient mal placés pour donner la leçon à la Chine après les problèmes raciaux et les échecs de la démocratie auxquels ils sont confrontés. Il a surtout poursuivi sa diatribe en affirmant, pour la première fois dans les échanges officiels, que Pékin se jugeait désormais à égalité avec Washington. Il a terminé en adoptant un ton très menaçant à l’égard de toute opposition américaine à la « réunification avec Taïwan ».

Cette tirade de Yang constitue un évènement à la fois novateur et majeur : c’est en effet la toute première fois que Pékin se permet d’affirmer devant les Etats Unis qu’il se considère désormais comme étant à parité géopolitique avec eux ; cette affirmation venait d’ailleurs relayer une autre déclaration de même acabit, celle de Xi début mars 2021 devant l’Assemblée Nationale Populaire (« Le parlement » de la République Populaire).

Depuis près de 40 ans, les dirigeants successifs du Parti continuaient à respecter très strictement la consigne que Deng Xiaoping avait donnée à ses successeurs : « Gardons profil bas et attendons notre heure ». Le comportement de Xi et de ses conseillers les plus proches témoigne de ce que désormais, pour le Parti Communiste Chinois, l’heure est arrivée.

Les dirigeants des pays démocratiques devraient prendre acte de cette déclaration et en tirer les dures leçons qui s’imposent. Si Xi Jinping en vient à rompre la consigne de Deng Xiaoping, c’est parce que le rapport de forces géopolitique n’a cessé de s’accroitre en faveur de Pékin et que Pékin en est pleinement conscient.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre la mesure des multiples critères partiels qui concourent à déterminer la puissance géopolitique d’un pays. La Chine tient le premier rang mondial par sa population (18,5% de la population mondiale devant l’Inde, 17,7%) ; la Chine tient le premier rang mondial par sa production manufacturière (en 2019 : 28,4 % de la production mondiale devant les Etats Unis, 16,6% ; source ONU) ; la Chine tient depuis 2014 le premier rang mondial par le PIB en parité de pouvoir d’achat (en 2021 : 18,7 % devant les Etats Unis, 16,0% ; source FMI) ; la Chine est de très loin le premier pays créancier net au monde (très loin devant le Japon et l’Arabie Saoudite) ; la Chine a réussi à entrer en 2009 à la direction du FMI avec un directeur général adjoint qui lui est dédié ; la Chine a réussi à faire admettre en 2015 le yuan, malgré son inconvertibilité, au sein du Droit de Tirage Spécial, la monnaie gérée par le FMI ; grâce à son influence diplomatique et à sa « capacité de corruption », la Chine réussit le plus souvent à faire élire par les pays-membres de l’ONU le candidat qu’elle soutient pour prendre la Direction de multiples filiales de l’ONU : OMS (Santé), FAO (Alimentation), OACI (Aviation Civile), UIT (Télécommunications)…

Tout cela vient malheureusement documenter que Pékin ne ment pas quand il dit que son poids géopolitique global a rejoint celui des Etats Unis.

Le moment est venu de tirer la sonnette d’alarme. Car il faut par ailleurs constater que cette parité de puissance n’est ni stable ni stabilisée. La dynamique reste en effet favorable à la Chine qui, dans les vingt dernières années, a marqué beaucoup plus de points géopolitiques que n’en ont marqués les Etats Unis et leurs alliés.

Clairement, si rien n’est entrepris, le poids géopolitique global de la Chine dépassera toujours plus celui des Etats Unis et finira même par dépasser le poids géopolitique conjugué des Etats Unis et de leurs alliés historiques. On en arriverait vite alors à une configuration jamais vue dans l’histoire de l’humanité, une configuration qui serait singulière à double titre : la planète (désormais mondialisée) subirait l’hégémonie d’une seule superpuissance, la Chine, sans aucun vrai contrepoids ; et cette puissance hégémonique, la Chine, présenterait par ailleurs la redoutable singularité d’être elle-même dominée par un régime franchement totalitaire, celui que maintient le Parti Communiste Chinois.

Dans une telle configuration, dans le reste du monde, la démocratie, les libertés et les droits de l’homme seraient partout éradiqués, les souverainetés nationales seraient abolies pour faire place à un réseau mondial de multiples régimes totalitaires locaux qui seraient eux-mêmes inféodés pyramidalement au régime totalitaire de Pékin, à la façon dont l’URSS avait procédé (alors seulement à une échelle locale) en Europe de l’Est entre 1945 et 1991.

L’heure n’est plus au débat concernant le régime chinois, son identité, son ambition, sa stratégie. Le temps presse. L’heure est à débattre comment les partisans de la liberté et de la démocratie dans le monde, les partisans de la souveraineté de leurs nations doivent se fédérer et s’organiser pour résister à l’offensive du Parti Communiste Chinois.

Dominique Duel (avril 2021)


Monsieur Blinken a-t-il, au-delà de ses interlocuteurs chinois, répondu à ces critiques qui profitent de la société ouverte américaine, laquelle étale, exhibe, tant ses faits divers les plus sordides que ses problèmes les plus profonds ? Cela déprécie l’image des Etats-Unis dans les médias, leur culture et les représentations mentales qui y ont cours et survalorise celle des Etats censeurs.
Cette réunion était l’occasion de mettre l’accent sur une opposition systémique fondamentale, dont les conséquences sont bien trop peu connues.

Aucune société et aucun système politique n’a jamais été et ne sera jamais parfait de quelque point de vue qu’on se place et selon quelque critère qu’on utilise.
Les uns (les États communistes surtout) ont peur que les réalités dérangeantes soient visibles et répriment tout ce qui leur parait nuire à leur image. Les autres (Occidentaux et particulièrement USA) fonctionnent à l’autocritique permanente.
Evidemment ce faisant ces derniers donnent constamment des armes à leurs critiques, opposants et ennemis internes et externes. C’est le système. Et, en dernière analyse, à long terme, l’ouverture, la tolérance, l’alternance me paraissent plutôt une preuve de solidité que de faiblesse.

Néanmoins, il m’apparait essentiel d’essayer de faire comprendre comment cette opposition systémique informative (surtout des images) provoque, par interactions cumulatives, une gigantesque distorsion cognitive et affective défavorable à la représentation mentale globale moyenne des démocraties et profitable aux Etats qui contrôlent médias et enseignement de l’Histoire.

Ces derniers, en tout cas, l’ont compris depuis longtemps !

Pierre Druez

16 Avr 2021


[DEBAT] Dans le choc des civilisations, l’Europe doit affirmer la sienne, celle du monde libre

J’ai écouté récemment sur CNews une discussion entre Laurent Joffrin et Charlotte d’Ornellas, une brillante journaliste de Valeurs actuelles.   

Celle-ci reprochait à l’Europe de ne pas se défendre en tant que civilisation, face à la Turquie d’Erdogan et à la Russie de Poutine, en tout en ajoutant l’idée, c’est moi qui résume, qu’une l’Europe-puissance n’était pas concevable étant donné les différences d’intérêts et de politiques extérieures entre les États qui la composent.

Le point de vue sous-jacent à cette critique m’a semblé être proche du point de vue nationaliste martelé par d’Eric Zemmour: il faut défendre notre civilisation nationale qui est française et chrétienne.

Ces deux-là reprennent à leur compte l’idée de Huntington sur le choc des civilisations, mais estiment que la France doit mener ce combat mondial seule et souveraine.

Malheureusement, Laurent Joffrin m’a semblé mal à l’aise sur ce terrain.

Il n’a pas riposté à ce point de vue national-souverainiste en assumant la raison d’être et la nécessité historique de l’Europe qu’est son appartenance au camp et à la civilisation de la liberté, de l’État de droit et des Lumières, qui sont des valeurs universalistes.

Or ce désaccord risque d’être au centre des prochaines élections présidentielles.

Notre adversaire je crois, ce sera la tentation du Brexit et celle de l’illibéralisme de Orban.

Il me semble que nous devrions argumenter notre différend avec Valeurs actuelles et Zemmour en insistant sur le fait qu’ils ne définissent pas notre civilisation européenne comme nous, disons en tant qu’appartenant au monde libre.
Leur discours civilisationnel est nationaliste, et c’est tout, tandis que nous souhaitons que l’Europe développe une politique de Puissance et une politique de civilisation face aux autres blocs civilisationnels.
Nos nationaux rétrécissent notre civilisation à ses origines chrétiennes  et ne se battent sur le terrain proprement civilisationnel que pour sauver la culture spécifique de la fille aînée de l’Église catholique.

C’est pourquoi face aux autres blocs ils raisonnent seulement en termes de Realpolitik.
C’était déjà au fond le point de vue strictement national de De Gaulle, qui n’a jamais parlé de combattre idéologiquement ni le communisme ni même vraiment le nazisme.

Sans l’Europe-puissance continentale et civilisation occidentale, la civilisation du monde libre serait menacée.

André Senik


Merci pour ce texte. Comment l’Europe basée principalement sur des principes économiques et dénuée de discours idéologique pourrait elle s’ériger en puissance globale. Les valeurs qu’elle est censée (censée…) représenter sont a peine présentes « en arrière-plan », de façon supposée, mais pas de façon explicite : chrétienté, droits de l’Homme ne sont pas défendues par des forces européennes concrètes, prêtes à en découdre au cas où… Alors que ces forces militaires sont bien visibles dans tous les autres blocs.L’Europe vit dans l’idée que ses valeurs implicites seront forcément respectées. D’où l’épisode du « sofa » qui montre -si besoin- le peu de cas du dirigeant turc pour les « idées et valeurs européennes ». Il n’en irait pas très différemment à l’Est et en Extrême-Orient. L’impuissance et les bras ballants de la Présidente de la Commission et la grossièreté crasse du Président du Conseil sont extrêmement parlants et significatifs à cet égard. Faut il passer par des termes très « intellectuels » pour le démontrer.
Rappel : « Le Vatican, combien de chars ? » Inutile de convoquer Kant, ni Descartes ou Montesquieu….Soyons réalistes, simplement.

Didier Devred


Réponse à Didier Devred


Les carences actuelles de l’Europe sont indéniables comme vous le soulignez  mais ceux qui en tirent la conclusion souverainiste que la France doit s’émanciper de l’Europe pour mieux défendre la civilisation française dans ses fondements chrétiens, ceux-là ne peuvent pas prétendre peser dans le choc mondial des civilisations.
Sur ce plan, l’Europe est indispensable. Elle a des alliés dans le bloc civilisationnel du monde libre, et c’est ce bloc  qu’il faut consolider sur tous les plans.
Je crois que ce point sera au centre du débat des prochaines présidentielles.

André


Pourquoi adopter un ton polémique et ridiculiser l’Union européenne pour la faiblesse de ses moyens militaires et son absence de politique extérieure précise ? On peut répondre à cela qu’une défense européenne est souhaitable mais que la situation est complexe : l’OTAN protège évidemment l’Europe occidentale et la mise sur pied d’une défense proprement européenne ne parait pas, à tort ou à raison, la priorité des priorités pour la plupart des Etats européens qui savent qu’ils bénéficient du parapluie américain.

Quant à la politique étrangère, en effet il serait bon qu’elle soit plus claire, plus précise et plus crédible, mais il ne faut pas dire qu’elle n’existe pas. Il y a de la part de l’Union Européenne une condamnation de tout Etat qui ne respecte pas les droits de l’homme et la démocratie et qui ne respecte pas les traités internationaux. Pour Poutine comme pour Xi, l’Union européenne a une politique étrangère et elle est détestable. Elle ose juger sévèrement la tentative d’empoisonnement d’un opposant en Russie ou la mise au pas brutale de minorités comme les Ouighours ou les Tibétains en Chine.

Mais revenons à la critique par André de la définition étroitement nationaliste de la France par Eric Zemour. La thèse de ce dernier est que la France se constitue sur un socle catholique après l’effondrement de l’empire romain. Le reste viendra simplement s’ajouter à cette essence sans la modifier, sans la faire évoluer. Et pourquoi figer pour les siècles des siècles la culture et l’identité françaises? On ne sait. Les progrès de l’esprit critique, de Montaigne à Voltaire, l’universalité affirmée au XVIII e siècle des droits de l’homme, ont contribué à faire évoluer cette identité française qui se définit aussi maintenant par ce qui n’est pas seulement elle : des valeurs, qui surmontent et dépassent ses réalités ethniques ou religieuses, et structurent une civilisation commune à une grande partie de l’Europe – avec ses différences, ses limites géographiques imprécises, ses reniements tragiques.

La France, c’est cela aussi : une composante de la civilisation européenne. Renforcer les liens entre les Etats et les régions où s’épanouit cette civilisation, travailler à donner à celle-ci plus de moyens de se défendre, bien définir ce qui peut lui nuire et la renforcer, autant de tâches très utiles ! Et guère risibles, même si deux représentants de l’Union européenne n’ont pas osé réagir à une insolence du Grand Turc!

Pierre Rigoulot

12 Avr 2021