Cent Jours sans barrage: le sprint à Gauche de Joe Biden

Franklin D. Roosevelt est le président américain qui a lancé l’idée des « cent premiers jours » d’une nouvelle administration.

Les journalistes, qui aimaient cet homme charismatique, charmant, bon orateur et maitre dans l’art de cacher son jeu, retinrent cette idée qui venait des rangs de l’équipe d’experts hautement formés dans les grandes écoles comme Harvard et venus à Washington avec le cousin de Théodore Roosevelt, président, lui, au début du siècle, également « activiste » et bouillonnant d’idées et de bonnes causes.

Roosevelt le second, « FDR », est le président des intellectuels qui savent mieux que les masses ce qu’il faut faire. Il ressemble en ceci au dernier Démocrate élu avant lui (Woodrow Wilson). Comme lui, il se méfie de la partie la plus démocratique du gouvernement, c’est-à-dire la branche législative, et notamment de la Chambre des Représentants (House of Representatives). Les députés sont élus tous les deux ans tandis que leurs collègues du Sénat bénéficient de six ans entre deux rendez-vous avec leurs électeurs.

Il disait donc qu’il avait « cent jours de grâce », disons d’une vague de sympathie, d’une lune de miel, pour lancer des programmes avant que la grogne, les suspicions, les intrigues, les soucis budgétaires, les rivalités régionales et partisanes, bref la politique en démocratie, ne reprenne le devant de la scène et ne provoque à Washington un embouteillage politique.

Comme FDR, Biden arrive à la Maison Blanche avec comme mission de changer de cap radicalement. Donald Trump l’avait lui-même promis, et avait tenté d’effectuer des changements radicaux, tant en politique intérieure que sur la ou les scènes internationales, par rapport à ses prédécesseurs Barack Obama et G. W. Bush. Mais il a finalement réussi à décourager jusqu’à ses propres fidèles par excès de vanité : il a tellement pris sa défaite électorale comme un affront personnel qu’il a présenté avec insistance l’élection comme truquée. Ce n’était pas entièrement faux – les élections démocratiques sont sujettes aux fraudes mais cela ne prouve pas qu’une élection est carrément « volée ». L’hystérie était telle alors que Trump découragea même les électeurs de l’Etat de Géorgie, un Etat du Sud qui vote régulièrement pour les Républicains depuis près d’un demi-siècle.

Résultat: deux Démocrates (et parmi les plus gauchistes) ont été élus et le Sénat est passé à 50 Républicains pour 50 Démocrates assurés de la majorité en cas d’égalité. Le parti Républicain a donc perdu le contrôle du Sénat, et les Démocrates, qui ont conservé une mince majorité au Congrès, contrôlent le Législatif et l’Exécutif.

On se retrouve ainsi avec une alternance radicale pour la deuxième fois de suite, et même la troisième si l’on considère que B. Obama représentait un virage radical par rapport à G. W. Bush.

Joe Biden pendant sa longue carrière de plus de 30 ans au Sénat et en tant que vice-président d’Obama pendant huit ans, était considéré comme un homme du centre avec une forte tendance à l’opportunisme : il était très lié par exemple au début de sa carrière avec les puissants dinosaures des Etats du Sud, qui pesaient lourd au Sénat et représentaient l’arrière-garde de la ségrégation raciale.

Aujourd’hui, le problème est très différent : les Démocrates depuis les années Trump (mais la tendance date depuis bien plus longtemps) donnent désormais dans la surenchère gauchiste. Biden, quoiqu’il fit campagne dans les primaires Démocrates en 2020 en jouant la carte de la modération contre les excités (y compris sa co-listière Kamala Harris, qui ne manqua pas de rappeler au futur président ses positions anti-anti-segrationistes et pro-carcérales d’antan, se retrouva avec un parti miné par l’entrisme gauchiste ( d’où le choix pour la vice-présidence, de Mme Harris, dont l’opportunisme rivalise, si s’est possible, avec celui de son patron) et par une sorte de gramscisme dans le monde culturel et social qui, profitant du désarroi covidien, a mené une sorte d’insurrection pendant une bonne partie de 2020. Elu, Biden s’est habillé de neuf. Sciemment ou non ? Difficile à dire tant ses gaffes verbales font partie de son style.

Pour ce faire, il prend Roosevelt pour modèle: cent jours pour lancer les projets qu’il faut pour redonner espoir à un pays épuisé. En même temps, les Démocrates déposent des projets de lois pour réformer le système électoral, en fait, pour le « nationaliser, » car jusqu’à présent, et en conformité avec la Constitution, les Etats organisent et gèrent la machine ou plutôt les machines électorales.

Mais on peut se demander si ces chantiers sont nécessaires. Pour ce qui est du premier, il n’est pas du tout sûr que le pays soit épuisé. Il suffit de sortir de Washington pour se rendre compte qu’au contraire, il se porte bien : l’emploi reprend, les entreprises redémarrent, et le danger serait plutôt une surchauffe menant à l’inflation, si la banque fédérale (Federal Reserve System) se met à imprimer les milliards qu’il faudra pour tous les projets de relance de l’administration Biden, des projets qui, souvent, n’ont rien a voir avec l’activité économique existante mais sont plutôt des subsides ou de nouveaux fonds pour telle ou telle agence gouvernementale. Ajoutons que l’administration commence à parler de hausses d’impôts, ce qui, malgré l’argent distribué, risque de freiner la productivité et l’emploi.

Du côté international, il est possible que Joe Biden ait une révélation, disons un « moment Jimmy Carter » du temps où le président (Démocrate) qui avait renoncé à l’anti-communisme de tous ses prédécesseurs fit volte face quand les chars soviétiques entrèrent en Afghanistan (trop tard cependant pour éviter que son concurrent Ronald Reagan, ne puisse l’accuser de laxisme envers les menaces étrangères).

Malgré une équipe apparemment acquise aux théories pro-palestiniennes et favorable à une politique munichoise envers l’Iran, sans compter une claire pusillanimité envers la Chine communiste, il apparait que les ennemis des nations démocratiques et libérales vont trop vite.

Entre les Chinois communistes se prenant déjà pour les maitres du monde et les Perses islamistes se prenant pour la réincarnation de Saladin, la douche sera froide, mais efficace pour un réveil.

Plus grave est le danger venu de l’ennemi intérieur. La gauche américaine a découvert, à sa propre surprise, que le racisme anti-raciste paye. Mais peut on vraiment croire que les Américains vont accepter au-delà d’une mode passagère l’idée que l’on est par essence raciste (ou n’importe quel autre péché) selon un hasard de naissance? Pour le moment, le président joue le jeu, allant jusqu’à affirmer ce non-sens que le racisme est une tache sur l’âme de l’Amérique, alors que les gens normaux savent que le racisme tel qu’il a existé aux Etats-Unis est certes un péché qui a entravé l’application des es principes chers aux Américains mais que ceux-ci ont pu être maintenus et réaffirmés.

Les confusions et les égarements mentaux et politiques dont la gauche profite pour s’emparer de positions de force dans les postes d’influence de la société — école, administration et formation du personnel dans les grandes organisations publiques mais aussi le secteur privé et les médias… – seront difficiles à contrer et réparer.

Il est beaucoup plus facile d’agir à partir d’une doctrine fanatique, simpliste, manichéenne, déterministe que de plaider pour l’évolution organique et complexe de la société; c’est bien connu depuis la Révolution française et ses séquelles. C’est là un grand défi que les anti-Américains ont lancé à la société. Ces derniers sont à présent en position de force. Mais le rebond libéral et patriotique commence à trouver ses voix, par exemple celle du sénateur Tim Scott, Républicain de la Caroline du Sud (et de couleur, si l’on veut le savoir) ou l’ancien secrétaire (ministre) de Trump, le docteur Ben Carson (également de couleur ; et tous deux ayant grandi dans l’extrême pauvreté).

Il faudra trouver non seulement des voix mais des stratégies politiques, durables pour défendre les fondements de l’Etat de droit et du système de représentativité démocratique qui assurent la continuité du régime constitutionnel américain. 

Les grandes initiatives de Franklin Roosevelt, le premier brouillon du système d’étatisme bienveillant américain, avaient toutes été   récusées par la Cour Suprême.  C’est pour cela que les Démocrates tempêtent pour un élargissement de la Cour — une manœuvre que FDR avait tenté sans succès.

Roger Kaplan

PS Biden fait-il un sprint a gauche, ou tente-t-il de calmer les esprits et les jeux (politiques) après quelques années pour le moins excitées?  Nous verrons bien; mais l’on peut déjà noter que si la relance par l’imprimerie de milliards de dollars dope les marchés, et pas seulement Wall Street, il est quasiment sûr que les lendemains seront d’une rudesse inflationniste telle qu’elle desservira les intérêts de ceux que les Démocrates prétendent justement défendre, à savoir les démunis ou en tout cas les moins avantagés.

Si, en effet, la demande est favorisée par l’argent distribué, la remontée de l’emploi reste modeste, voire faible.  La hausse du salaire minimum est aussi montrée du doigt : historiquement cette mesure a toujours eu pour effet de freiner l’embauche.  

Biden a les préjugés économiques ordinaires des gens de gauche, aussi veut-il supprimer les brevets des vaccins anti-covid, ce qui est ridicule et n’aura d’autre effet que mettre fin à la production rapide de vaccin, due aux initiatives de Trump mais mise au crédit de Biden, tant par les médias que par lui-même! Les dépenses prévues pour les grands travaux que Biden a annoncées sont stratosphériques mais seulement moins de 10% de ce programme (qui peut être modifié avant d’être définitivement adopté) sont destiné à des infrastructures proprement dites : les Démocrates veulent profiter de la crise dont ils sont largement responsables (c’est surtout dans les Etats qu’ils contrôlent que l’économie a été mise en berne avec le virus comme excuse) pour distribuer des subsides à leur clientèle électorale. 

En même temps, Biden propose de doubler l’impôt sur les bénéfices réalisés par les investisseurs alors que l’intérêt perçu sur les prêts aux gouvernements (des municipalités, des Etats, fet au niveau fédéral) sont généralement exempts d’imposition !

Analphabétisme économique ou anti-capitalisme primaire? Pendant ce temps-là, les communistes chinois sont en marche et les affamés d’Amérique latine sont à nos portes.  Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas le moment de fragiliser la machine économique américaine.

crédit photo présentation : Joe Biden | from www.facebook.com/POTUS/photos/1957305291701… | Prachatai | Flickr

11 Mai 2021

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