Le PCC se déclare désormais à parité géopolitique avec Washington.

Le sommet sino-américain du 18 mars 2021 en Alaska na pas suscité les commentaires quil méritait.

M.Yang Jiechi, le conseiller de Xi en politique étrangère s’y est livré à une tirade inhabituellement longue contre la délégation américaine menée par M. David Blinken. Il a commencé à dire que les Etats-Unis étaient mal placés pour donner la leçon à la Chine après les problèmes raciaux et les échecs de la démocratie auxquels ils sont confrontés. Il a surtout poursuivi sa diatribe en affirmant, pour la première fois dans les échanges officiels, que Pékin se jugeait désormais à égalité avec Washington. Il a terminé en adoptant un ton très menaçant à l’égard de toute opposition américaine à la « réunification avec Taïwan ».

Cette tirade de Yang constitue un évènement à la fois novateur et majeur : c’est en effet la toute première fois que Pékin se permet d’affirmer devant les Etats Unis qu’il se considère désormais comme étant à parité géopolitique avec eux ; cette affirmation venait d’ailleurs relayer une autre déclaration de même acabit, celle de Xi début mars 2021 devant l’Assemblée Nationale Populaire (« Le parlement » de la République Populaire).

Depuis près de 40 ans, les dirigeants successifs du Parti continuaient à respecter très strictement la consigne que Deng Xiaoping avait donnée à ses successeurs : « Gardons profil bas et attendons notre heure ». Le comportement de Xi et de ses conseillers les plus proches témoigne de ce que désormais, pour le Parti Communiste Chinois, l’heure est arrivée.

Les dirigeants des pays démocratiques devraient prendre acte de cette déclaration et en tirer les dures leçons qui s’imposent. Si Xi Jinping en vient à rompre la consigne de Deng Xiaoping, c’est parce que le rapport de forces géopolitique n’a cessé de s’accroitre en faveur de Pékin et que Pékin en est pleinement conscient.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre la mesure des multiples critères partiels qui concourent à déterminer la puissance géopolitique d’un pays. La Chine tient le premier rang mondial par sa population (18,5% de la population mondiale devant l’Inde, 17,7%) ; la Chine tient le premier rang mondial par sa production manufacturière (en 2019 : 28,4 % de la production mondiale devant les Etats Unis, 16,6% ; source ONU) ; la Chine tient depuis 2014 le premier rang mondial par le PIB en parité de pouvoir d’achat (en 2021 : 18,7 % devant les Etats Unis, 16,0% ; source FMI) ; la Chine est de très loin le premier pays créancier net au monde (très loin devant le Japon et l’Arabie Saoudite) ; la Chine a réussi à entrer en 2009 à la direction du FMI avec un directeur général adjoint qui lui est dédié ; la Chine a réussi à faire admettre en 2015 le yuan, malgré son inconvertibilité, au sein du Droit de Tirage Spécial, la monnaie gérée par le FMI ; grâce à son influence diplomatique et à sa « capacité de corruption », la Chine réussit le plus souvent à faire élire par les pays-membres de l’ONU le candidat qu’elle soutient pour prendre la Direction de multiples filiales de l’ONU : OMS (Santé), FAO (Alimentation), OACI (Aviation Civile), UIT (Télécommunications)…

Tout cela vient malheureusement documenter que Pékin ne ment pas quand il dit que son poids géopolitique global a rejoint celui des Etats Unis.

Le moment est venu de tirer la sonnette d’alarme. Car il faut par ailleurs constater que cette parité de puissance n’est ni stable ni stabilisée. La dynamique reste en effet favorable à la Chine qui, dans les vingt dernières années, a marqué beaucoup plus de points géopolitiques que n’en ont marqués les Etats Unis et leurs alliés.

Clairement, si rien n’est entrepris, le poids géopolitique global de la Chine dépassera toujours plus celui des Etats Unis et finira même par dépasser le poids géopolitique conjugué des Etats Unis et de leurs alliés historiques. On en arriverait vite alors à une configuration jamais vue dans l’histoire de l’humanité, une configuration qui serait singulière à double titre : la planète (désormais mondialisée) subirait l’hégémonie d’une seule superpuissance, la Chine, sans aucun vrai contrepoids ; et cette puissance hégémonique, la Chine, présenterait par ailleurs la redoutable singularité d’être elle-même dominée par un régime franchement totalitaire, celui que maintient le Parti Communiste Chinois.

Dans une telle configuration, dans le reste du monde, la démocratie, les libertés et les droits de l’homme seraient partout éradiqués, les souverainetés nationales seraient abolies pour faire place à un réseau mondial de multiples régimes totalitaires locaux qui seraient eux-mêmes inféodés pyramidalement au régime totalitaire de Pékin, à la façon dont l’URSS avait procédé (alors seulement à une échelle locale) en Europe de l’Est entre 1945 et 1991.

L’heure n’est plus au débat concernant le régime chinois, son identité, son ambition, sa stratégie. Le temps presse. L’heure est à débattre comment les partisans de la liberté et de la démocratie dans le monde, les partisans de la souveraineté de leurs nations doivent se fédérer et s’organiser pour résister à l’offensive du Parti Communiste Chinois.

Dominique Duel (avril 2021)


Monsieur Blinken a-t-il, au-delà de ses interlocuteurs chinois, répondu à ces critiques qui profitent de la société ouverte américaine, laquelle étale, exhibe, tant ses faits divers les plus sordides que ses problèmes les plus profonds ? Cela déprécie l’image des Etats-Unis dans les médias, leur culture et les représentations mentales qui y ont cours et survalorise celle des Etats censeurs.
Cette réunion était l’occasion de mettre l’accent sur une opposition systémique fondamentale, dont les conséquences sont bien trop peu connues.

Aucune société et aucun système politique n’a jamais été et ne sera jamais parfait de quelque point de vue qu’on se place et selon quelque critère qu’on utilise.
Les uns (les États communistes surtout) ont peur que les réalités dérangeantes soient visibles et répriment tout ce qui leur parait nuire à leur image. Les autres (Occidentaux et particulièrement USA) fonctionnent à l’autocritique permanente.
Evidemment ce faisant ces derniers donnent constamment des armes à leurs critiques, opposants et ennemis internes et externes. C’est le système. Et, en dernière analyse, à long terme, l’ouverture, la tolérance, l’alternance me paraissent plutôt une preuve de solidité que de faiblesse.

Néanmoins, il m’apparait essentiel d’essayer de faire comprendre comment cette opposition systémique informative (surtout des images) provoque, par interactions cumulatives, une gigantesque distorsion cognitive et affective défavorable à la représentation mentale globale moyenne des démocraties et profitable aux Etats qui contrôlent médias et enseignement de l’Histoire.

Ces derniers, en tout cas, l’ont compris depuis longtemps !

Pierre Druez

16 Avr 2021

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