Reconnaissance par Emmanuel Macron à Kigali, capitale du Rwanda, de la part de responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis en 1994

Dans cet acte qui engage la France, le mot » reconnaissance » est le plus significatif, le plus juste aussi, et il doit être salué comme tel.

Il doit être salué par ceux, c’est mon cas, qui estiment que la reconnaissance par un pays de la vérité historique sur une page sombre de son histoire est une raison d’admirer le pays qui en est capable.

Je rappelle que bien des Juifs étrangers choisirent de s’installer en France par admiration pour la façon dont la France avait finalement reconnu l’innocence de Dreyfus.

De même, bien des Juifs français se sentirent pleinement réintégrés dans leur pays grâce au discours de Chirac qui reconnut officiellement la responsabilité de la France dans les exclusions, les persécutions et les crimes du régime de Vichy. Voici ce qu’écrivit Marthe Robert, grande spécialiste de Freud et de Kafka, en soutien à la demande de reconnaissance adressée (en vain) au Président Mitterand en 1992 par une pétition parue dans Le Monde :

« A l’occasion du cinquantenaire de la rafle du Vel’d’Hiv’, le président de la République s’honorerait en disant solennellement, avec la haute autorité que lui confère sa fonction, que l’Etat français a eu sa part dans les crimes dits avec raison contre l’humanité. il se peut que tout de suite après les années sombres, la nécessité de relever un pays défait, profondément démoralisé, ait conduit le général de Gaulle à cette forme de falsification que nous déplorons encore aujourd’hui .. Mais depuis longtemps, l’argument ne tient plus : ni de l’extérieur ni de l’intérieur, la République n’est plus menacée, il est vraiment temps de dire enfin la vérité . Non qu’on puisse l’offrir en réparation aux victimes et à leurs descendants, ce crime est irréparable. Mais l’exprimer publiquement, par la voix la plus autorisée, ce serait d’abord pour nous faire oeuvre de salubrité

La reconnaissance est un acte de vérité qui met fin à un refoulement, à un déni, ou à une forme de négationnisme à l’égard de faits historiques objectivement établis par les historiens.

Ce qu’a fait Chirac en 1995 était un acte de reconnaissance permettant à tous les Français se partager un même jugement et une mémoire commune.

Ce que Emmanuel Macron vient de faire au Rwanda est du même ordre.

Ceux qui placent la défense du passé et de l’avenir de la France dans le refoulement, le déni ou le révisionnisme doivent être affrontés au nom de la véritable grandeur de la France.

L’idée de la reconnaissance d’une vérité objectivement établie par les historiens peut être aussi opposée, s’agissant des rapports entre la France et l’Algérie, à une démarche d’auto-accusation unilatérale, au nom d’une vérité tronquée de la partie française.

La reconnaissance de la vérité établie par les historiens sera pour moi une ligne de clivage lors des élections.

Comme le sera l’attitude envers la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran et l’islamisme conquérant.

À discuter si besoin est.

André Senik, le 31/05/2021

(Crédit photo : President Kagame and President Macron, Press Conference, 2018 | Flickr)

Réponse de Pierre Druez

Bravo pour la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans le dernier massacre entre Tutsis et Hutus.

Plus généralement, la référence à la réalité historique factuelle proportionnée et replacée dans son contexte fait de plus en plus défaut dans le monde médiatique, académique, culturel et politique.

La Chine, la Russie, le monde musulman, les nationalistes, les gens qui haïssent l’Occident (notamment via l’emploi du mot « capitalisme » au lieu du mot « démocratie » et, notamment, de la liberté d’expression qu’elle implique)  s’appuient sur cette méconnaissance et accentuent la mésinformation dans le sens de l’accentuation de la détérioration de l’image mentale collective dominante de l’Occident dans le monde.

Ce qui génère à la fois l’ignorance et la honte de notre identité et de notre histoire !

Ce qui pose délicat problème, c’est que, comme l’écrit André Senik, la reconnaissance de la responsabilité historique est unilatérale.

On peine à imaginer une reconnaissance équivalente par exemple par les Arabes d’une traite génocidaire de plus de 1000 ans à laquelle a mis (presque) fin la colonisation.  De même l’esclavage intra-africain, l’esclavage des blancs par les Ottomans, l’impérialisme sanguinaire japonais, les autogénocides communistes, les conditions de la « libération » par les troupes soviétiques de l’Europe de l’Est,… 

A quand un Nuremberg au centuple pour juger les Hun Sen, Castro, Kim, anciens du KGB, et autres cadres du PCC ? 

A quand un acte de contrition public des Arabes, Ottomans et dirigeants africains ?

Dans quelques siècles peut-être…

La relance et l’amélioration de l’enseignement de l’histoire factuelle et des différences fondamentales entre systèmes politico-informatifs couvrant et ayant couvert la planète me semble être la condition incontournable d’un coup d’arrêt à l’accentuation croissante des distorsions entre réalité sociale-historique et représentations mentales collectives de ladite réalité. 

Amitié

Pierre Druez

31 Mai 2021


Brèves de blog 6

1- Martinez, si tu continues…

En 2018, la CGT avait laissé à la CFDT la place de premier syndicat de France. Aujourd’hui, elle a moins de 600 000 adhérents (contre 2,5 millions il y a 50 ans). La centrale syndicale a suivi l’effondrement du PCF; et ses dissensions, comme son absence de contre-propositions, reflètent celles des différentes tendances de l’extrême gauche qui surveillent de près un secrétaire général, Philippe Martinez, de plus en plus contesté.

2- Contre la désinformation anti occidentale

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, veut mettre en place un mécanisme pour lutter contre la désinformation chinoise ou russe.

Une enveloppe de huit millions de livres sterling (9,2 millions d’euros) sera notamment accordée au service international de la BBC pour lutter contre cette désinformation.

3- Adios, Pablo !

Le parti populiste espagnol Podemos ( « Nous pouvons ») vient d’être totalement défait aux élections régionales madrilènes (7,2 % des voix et 10 des 136 sièges). Son n°1 Pablo Iglesias, qui avait quitté une vice-présidence du gouvernement espagnol surtout honorifique pour mieux marquer son engagement dans ces élections régionales, se retire de la politique.

Podemos a été affaibli par le départ d’Iñigo Errejon, par un scandale sur le train de vie du « candidat des pauvres », et par une alliance de plus en plus difficile avec la gauche traditionnelle. Provoquant de vives polémiques, Iglesias contestait la qualité voire l’existence de la démocratie espagnole, demandait l’abolition de la monarchie et comparait l’ancien président de Catalogne, Carles Puigdemont, aux exilés républicains de la guerre civile.

4- Coup d’arrêt démographique en Chine

La fin de « la politique de l’enfant unique » mise en place en 1979 n’a pas eu l’effet escompté. Le taux de naissances (pour 1 000 habitants), qui avait atteint 12,95 en 2016, n’a cessé ensuite de diminuer pour atteindre 10,49 en 2019, soit un taux de fécondité de 1,3 enfant par femme.

Selon une étude publiée par la revue The Lancet en septembre 2020, la population chinoise passerait de 1,4 milliard actuellement à 732 millions en 2100.

Le pourcentage de Chinois âgés de 15 à 59 ans, et donc en âge de travailler, est ainsi passé de 70,14 % en 2010 à 63,35 % en 2020. Les plus de 65 ans représentaient 7 % de la population en 2000 mais plus de 12 % aujourd’hui et sans doute environ 30 % en 2050.

La priorité des autorités est, pour l’instant, de retarder l’âge de la retraite. Celui-ci est actuellement de 60 ans pour les hommes, de 55 ans pour les femmes, mais souvent de 50 ans pour les cols bleus. Mais à l’avenir, comment un nombre de plus en plus restreints de travailleurs assureront-ils une vie décente pour leurs aînés ?

5- Des espions chinois à l’aéroport de Liège?

L’aéroport de Liège pourrait-il devenir un nid d’espions chinois ? Ce n’est pas exclu selon le ministre fédéral de la Justice belge : des agents des services de renseignement de Pékin pourraient avoir accès « aux zones sensibles » de l’aéroport de Bierset. Alibaba veut en effet faire de Liège l’un de ses principaux points d’attache en Europe. Or, une entreprise comme Alibaba est tenue de coopérer avec les agences de renseignement chinoises et d’ouvrir des postes en leur sein à leurs agents.

Certes, les Européens ne sont pas totalement naïfs et la Commission européenne l’a récemment prouvé en refusant la ratification de l’accord d’investissement avec la Chine. Si l’on ne veut pas boycotter les entreprises chinoises, il faudra au moins les contrôler.

6- Desk Russie

Vendredi 21 mai, est paru le numéro 1 d’une nouvelle newsletter, Desk Russie. Au sommaire : le journal de prison de Navalny; Mariani en Russie; la menace d’une guerre russo-ukrainienne est-elle révolue ?; comment Poutine réécrit l’histoire ? etc

Animeront cette newsletter : Galia Ackerman, Nicolas Tenzer, Natalie Nougayrède, Françoise Thom, Sophie Shihab, Youlia Berezovskaïa, Natalia Kanevsky, Jean-Sylvestre Mongrenier.

7- Les partisans de Navalny bientôt interdits d’élections

Les députés russes ont adopté une loi visant à interdire aux membres d’une organisation dite « extrémiste » de se présenter aux législatives, cette mesure visant en fait le mouvement de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny.

Le prochain scrutin de septembre s’annonce délicat pour le parti au pouvoir « Russie Unie », devenu impopulaire sur fond de lassitude des électeurs, de stagnation économique, de scandales de corruption, et cela malgré la popularité toujours réelle du président Vladimir Poutine.

Un procès pour qualifier d’extrémistes le « Fonds de lutte contre la corruption » (FBK) et les bureaux régionaux d’Alexeï Navalny a commencé dans le même temps à Moscou.

Si 293 députés ont voté en faveur du texte, 45 s’y sont opposés et le vote a été marqué par les critiques de certains députés du Parti communiste et de Russie Juste, dont les positions sont pourtant généralement conformes aux volontés du Kremlin.

Selon le bureau du procureur, les organisations de Navalny cherchent à « déstabiliser la situation sociale et sociopolitique » en Russie « sous couvert de slogans libéraux ».

La liste des organisations extrémistes tenue par le ministre russe de la Justice comprend une trentaine de groupes, allant des Témoins de Jéhovah à des groupes néo-nazis ou jihadistes.

8- Six étudiants de Nampo (Corée du Nord) envoyés dans un camp

Kim Jong-un déclarait il y a quelques semaines, à la sixième Conférence des secrétaires de cellule du Parti: “Nous devons aborder le problème de la culture des jeunes comme étant l’affaire du Parti, une affaire qui concerne la révolution et une question de vie et de mort pour le pays et son peuple. Nous ne pouvons plus longtemps nous aveugler sur le sujet et nous ne devons épargner aucun effort pour le résoudre ».

Aussitôt dit, aussitôt fait : le 14 mai, les autorités nord-coréennes ont organisé un procès visant des étudiants qui avaient regardé clandestinement des films et des séries sud-coréennes.

Vrai ou faux, on ne sait. Le procureur les a accusés d’avoir regardé plus de 120 séries et films sud-coréens depuis l’an dernier! Pire, ils les avaient diffusé parmi leurs camarades.

Ils sont été condamnés chacun à cinq ans de camp.

9- Boycott du Centre Lagrange (Paris)

Un collectif de scientifiques, mathématiciens et informaticiens, appelle à refuser de travailler au sein du « Centre Lagrange », financé par Huawei, premier producteur mondial de smartphones et d’équipements pour réseaux de télécommunication. La participation de Huawei à la surveillance des Ouighours (données biométriques : ADN, empreintes digitales, scan de l’iris, type sanguin, collecte des données numériques et outils de reconnaissance faciale) est mise en cause par le collectif. Tous se disent prêts à travailler en collaboration avec les chercheurs chinois mais ajoutent que cela n’est pas possible actuellement vu le rôle joué par Huawei dans la répression au Xinjiang, et potentiellement partout en Chine. Parmi les signataires : Nicolas Bergeron, professeur à l’Ecole normale supérieure; Antoine Chambert-Loir, professeur, Université de Paris ; Isabelle Gallagher, professeure, Université de Paris, ENS de Paris ; Frédéric Hélein, professeur, Université de Paris ; Joël Merker, professeur, université Paris-Saclay ; Bertrand Rémy, professeur, Ecole polytechnique.

10- Appel à la délation

Dans le but d’empêcher le développement des informations sur le voisin du Sud, les autorités nord-coréennes ont récemment lancé un appel aux « bons citoyens » pour qu’ils dénoncent quiconque possède, transmet ou diffuse des informations « issues de la propagande ennemie ».

L’appel ne se contente pas de mentionner les tracts transmis par les groupes de transfuges (habituellement désignés comme « déchets humains »). Il concerne aussi les informations auxquelles peut avoir accès l’infime minorité accédant à internet .

Les informations acquises par l’écoute de radios et par les enregistrements de matériaux « impurs » ou « décadents » mais aussi ceux qui peuvent provenir du Parti, de l’Armée ou de l’Etat, sont susceptibles de donner lieu à signalement aux autorités. D’autres domaines moins officiels sont encore mentionnés comme le commerce illégal de pierres précieuses, le jeu, la prostitution et…les activités religieuses.

24 Mai 2021


Que se passe-t-il en Colombie ?

Depuis trois semaines, la situation reste assez confuse en Colombie. Les manifestations qui ont commencé le 28 avril avaient d’abord pour objectif de dénoncer la réforme fiscale proposée par le gouvernement du président Duque. Celui-ci a finalement décidé de la retirer pensant ainsi rétablir le calme dans le pays. Mais cela n’a pas suffi et les manifestations ont repris dans plusieurs villes. Il est vrai que la réforme était malvenue dans un pays déjà fortement affecté par de Covid 19.

La Colombie avait déjà connu des manifestations en novembre 2019 durant lesquelles les commentateurs et analystes politiques voyaient l’action de Gustavo Petro, ancien maire de Bogota, candidat malheureux aux élections présidentielles. On disait donc que ce qu’il n’avait pu obtenir par les urnes il voulait le prendre par la rue. Il est certain que toute l’opposition de gauche en Colombie est mobilisée contre le gouvernement et cherche à orienter, diriger voire récupérer les mouvements de protestations qui ont éclaté dans tout le pays : à Pereira, à Medellin, à Baranquilla, à Tunja, etc. A Bogota et à Cali, en particulier, les manifestations ont rapidement dégénéré en actes de vandalisme, saccages et pillages de nombreux supermarchés et magasins. Ces actes de délinquance s’expliquent aussi par la présence de nombreux Vénézuéliens sans travail qui ont préféré venir en Colombie plutôt que mourir de faim au Venezuela. Dans les rues de Bogota, dans les bus du Transmilenio, le système de transports de la ville, de nombreux Vénézuéliens survivent depuis quelques années par la mendicité. D’autres se sont associés aux bandes délinquantes de Colombie. En outre, l’arrivée massive de ces réfugiés vénézuéliens incluait aussi certains « terroristes » envoyés par Maduro. Il y a deux ans déjà, Diosdado Cabello, le numéro 2 du régime Vénézuélien, déclarait – et il l’a répété depuis – « que la Colombie allait connaitre des troubles qui iraient jusqu’au chaos pour renverser le gouvernement colombien ». Il est probable que des groupes se sont infiltrés dans les marches pour attaquer la police et saccager. A Cali, il y a eu des affrontements entre groupes de civils ; les indigènes qui soutiennent la grève ont bloqué les routes d’accès a la ville et vandalisé les voitures ; des civils fortement armés se sont opposés à leur entrée dans la ville. Cali a connu des problèmes d’approvisionnement en essence, aliments et médicaments et une augmentation des prix qui profitent, comme toujours a des spéculateurs au détriment des classes pauvres et sans ressources. Aux dernières nouvelles, le calme semble être revenu à Cali.

Le président Duque a engagé des négociations avec les différents comités de grève sans résultat décisif jusqu’à présent. Il a proposé le retrait de la reforme de la santé, un soutien économique pendant la pandémie et des mesures pour contrer la pauvreté et les inégalités. Duque, accompagné des ministres de l’économie et de l’éducation a rencontré 51 leaders étudiants, et offert la gratuité des frais de scolarité pour les étudiants les plus pauvres des universités publiques pendant le second semestre de l’année. Les manifestations continuent cependant. Les chiffres font état de 42 morts depuis le début mais aussi de 849 policiers blessés. On a dénombré 33.000 manifestants pour 44 rassemblements un jour de grève dans le pays.

On ne peut s’empêcher de se demander à qui profite le climat d’insurrection ainsi entretenu, en ayant en mémoire les manifestations qui avaient éclaté au Chili, au Pérou et en Equateur. Le 10 mai, le gouvernement colombien a déclaré « persona non grata » un fonctionnaire de l’ambassade de Cuba accrédité en Colombie pour « activités incompatibles avec les relations diplomatiques ».

Pour expliquer tous ces évènements, le jeune essayiste et politologue argentin Agustin Laje Arrigoni parle de « révolution moléculaire », idée théorisée par Felix Guattari dans le livre qui porte ce titre, publié en 1977 (réédité en 1980 puis en 2002). L’extrême gauche, en Amérique latine, a lu la traduction espagnole du livre en essayant de mettre en pratique cette idée d’une multiplication des luttes sociales qui surgissent de différents groupes avant de s’associer et de créer ainsi des mouvements de masse.

Nous sommes au-delà des schémas marxistes classiques comme le prophétisait Guattari.

Jacques Carbou

Le 20 mai 2021

(crédit photo : Manifestation Paris mai 2021 | Philippe Agnifili | Flickr)

23 Mai 2021


Quelles leçons tirer des élections en Espagne ?

Les élections de la Communauté Autonome de Madrid, le 4 mai, ont connu une participation historique. Invités à voter un jour de travail, plus de 76% d’électeurs madrilènes se sont déplacés pour donner la victoire à Isabel Diaz Ayuso ; avec 45% des votes, elle fait mieux que les trois formations de gauche réunies : 16,85% pour le PSOE (Parti socialiste espagnol) ; 17% Mas Madrid (formation d’extrême gauche, séparée de Podemos) ;7% Podemos (dirigé par Pablo Iglesias). Le parti de centre droit, Ciudadanos n’ayant recueilli que 5% des voix disparaît de la Communauté de Madrid. Le parti Vox, considéré comme d’extrême droite par la gauche et certains médias espagnols, obtient 13% des votes, gagne un siège supplémentaire et sera une force d’appoint pour Isabel Diaz Ayuso.

Pablo Iglesias qui avait quitté le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez pour s’investir dans la campagne électorale de Madrid a décidé de quitter la politique – le parti Podemos et la politique institutionnelle, a-t-il précisé. Les Madrilènes ont sanctionné ses erreurs, qu’il n’a pas reconnues. Il avait fait de la campagne électorale une lutte contre le « fascisme » en polarisant le débat entre « eux et nous ». Mais le grand perdant est peut-être Pedro Sanchez qui avait déclaré que les élections pour la Communauté Autonome de Madrid constituaient un test pour le pays. Pour la première fois, le score du PSOE est inférieur à une autre formation de gauche. La débâcle du PSOE compromet le futur immédiat de Pedro Sanchez et son parti pourrait connaître une révolte interne.

Les Madrilènes ont préféré faire confiance à Isabel Diaz Ayuso, maire de Madrid et présidente de la Communauté Autonome grâce a son bilan positif pour Madrid. Sa gestion de la pandémie a démontré sa capacité à maintenir un équilibre entre la protection de la santé et l’économie. Elle a fait construire rapidement un hôpital de 1.000 lits pour les malades du Covid. Depuis le premier confinement instauré par le gouvernement de Pedro Sanchez, les bars, restaurants, musées, théâtres et salles de concerts n’ont pas été fermés.

Depuis octobre 2020, la capitale espagnole est la seule Communauté autonome espagnole, avec l’Andalousie, à avoir créé de l’emploi.

La gestion budgétaire a été maîtrisée : elle est la région qui a le moins augmenté sa dette publique et elle se situe à la troisième place des communautés autonomes les moins endettées.

Enfin, elle a réussi à diminuer la pression fiscale à Madrid en supprimant l’impôt sur les successions en 2006, l’impôt sur le patrimoine en 2008 et en baissant la part des impôts sur le revenu qui revient à la Communauté de Madrid, de 2007 à 2018.

Jacques Carbou (16 mai 2021)

(Crédit photo : Madrid, parlement | Maarten Sneep | Flickr)

18 Mai 2021


Contribution au débat en vue des présidentielles

Je crois que notre société souffre d’une absence  totale de précision concernant le clivage politique essentiel des prochaines élections présidentielles.

Cette lacune empêche les composantes du camp démocratique et libéral d’affronter la vague montante du vote RN.

Il faut cesser de lui faire des procès d’intention et de filiation, même quand ils sont fondés  et il reste à dire en quoi le RN de Marine le Pen est politiquement à combattre pour ceux qui sont attachés à la démocratie libérale.

Le RN est à combattre comme un parti dangereux parce qu’il est un parti national-populiste et anti-européiste, en quoi il est proche des courants et des pouvoirs nationalistes et illibéraux qui menacent l’Europe de l’intérieur. Une illustration en a été fournie par Marine le Pen qui n’a pas pu se retenir d’apporter son encouragement aux militaires et policiers qui adoptent des positions factieuses foncièrement anti-républicaines et anti-démocratiques.

Certes, le RN sera un allié face aux islamistes et à leurs défenseurs islamo-gauchistes qui haïssent eux aussi la démocratie libérale.

Mais face à la Russie, face à la Chine et face à la Turquie; la France a besoin d’une Europe-puissance et de l’alliance avec la démocratie américaine pour défendre ses intérêts et ses principes, et sa civilisation.

Ce positionnement nous sort de l’alternative manichéenne entre progressisme et conservatisme.  

Voilà une alternative réelle et crédible.

André Senik (le 17 mai 2021)

(crédit photo : Plenary debate on terrorism and Paris attacks with Marine Le Pen | Flickr)

18 Mai 2021


Qui sème le vent récolte la tempête

Une fois de plus, le Hamas, l’organisation palestinienne islamiste qui dirige Gaza, tire des milliers de missiles sur Israël.

Il n’est pas utile de chercher l’origine de cette poussée de violence (conflits immobiliers à Jérusalem-est ou autres), ni de désigner ceux qui en porteraient la responsabilité (manifestations d’utra-orthodoxes juifs, pierres jetées contre eux, ou intrusion par l’armée israélienne dans la mosquée d’al Aqsa). La vérité est que le Hamas veut « la peau » d’Israël et que si certains Palestiniens sont favorables à la coexistence de deux Etats, ( une solution qui ne sera pourtant viable qu’une fois mis sur pied un système garantissant que l’Etat palestinien ne pourra servir de base au terrorisme anti-israélien), le Hamas, lui, n’en veut qu’un : le sien, les Israéliens étant rejetés à la mer.

Les réactions de l’opinion publique, des médias et des politiques sont dans l’ensemble frileuses – n’a-t-on pas déjà assez de problèmes, pense-t-on ? Certains journalistes parlent explicitement d’« attaques des islamistes du Hamas », voire même soulignent les avertissements préalables lancés par l’armée israélienne aux Gazaouis pour que ses frappes ne fassent pas de victimes. Mais depuis qu’on est rassuré sur le sort immédiat d’Israël qui tient, malgré les milliers de missiles lancés contre elle, malgré les heurts opposant des Juifs et des Arabes d’Israël, et qui frappe à son tour sans relâche le territoire ennemi, domine une approche surtout compassionnelle, se contentant souvent d’indiquer le nombre de victimes et de souligner parmi elles la présence de femmes, et d’enfants.

La violence islamiste récolte ce qu’elle a semé. : l’horreur d’une guerre qu’on pourrait décrire d’ailleurs plus avant : combien de combattants du Hamas sont en train d’étouffer peu à peu dans des souterrains effondrés ?

Le Hamas fait le malheur des Palestiniens qu’il tient sous sa coupe. Et Israël est dans son droit quand il cherche à détruire les capacités de nuisances du Hamas, ses centres de commandement, des bases de lancements de missiles, ses souterrains. Il fait leur malheur et c’est ce que pensent nombre de pays arabo-musulmans, favorables à une solution négociée comme le montre la reconnaissance diplomatique récemment décidée par plusieurs d’entre eux.

(crédit photo : gaza strip | Flickr)

18 Mai 2021


On vient de commémorer le 60 e anniversaire du débarquement de la Baie des Cochons. Notre ami Gustavo Sanchez nous a adressé ce très beau texte paru d’abord en espagnol dans Libre, un hebdomadaire en espagnol de Floride. Loin de la relation habituelle, hésitant le plus souvent entre l’ironie et la condamnation, l’auteur du texte qui suit revient, lui, sur sa manière personnelle de vivre l’événement.

Authentique, émouvant et même troublant tant nous sommes habitués au discours convenu, à la « légende mensongère ».

H&L

Les 60 ans de ma « Baie des Cochons »

Tous ceux qui, comme moi, étaient alors très jeunes, ont leur propre Baie des Cochons. En 1961 j’approchais tout juste de l’âge adulte et un changement total de régime s’abattait sur Cuba. Il n’était pas encore possible, en raison d’une Réforme Universitaire en cours, conçue pour bousculer l’enseignement supérieur, radier la majorité du professorat de l’avant 1959 et mettre au pas les élèves, d’entreprendre des études de Droit.  En attendant, en Novembre 1960, j’ai donc commencé à travailler dans le cabinet d’un comptable. De façon temporaire, pensais-je.

Il était palpable depuis quelque temps qu’une transformation radicale était en cours dans le pays. Ni mon père ni l’un de mes professeurs de lycée ne s’étaient trompés quand, moins de deux mois après la fuite de Batista, le 31 Décembre 1958, ils avaient perçu avec certitude un tournant vers le communisme.

L’avenir allait leur donner raison. 

Dans les lignes qui suivent, j’aborde des moments de ma vie, en tâchant d’exposer des faits qui eurent des conséquences importantes sur mon existence, sur l’avenir des citoyens Cubains, et sur la géopolitique continentale.

Pour ma part je peux affirmer qu’au Printemps 1961, je n’en étais plus à souhaiter un hypothétique débarquement de marines américains, mais bien à l’attendre avec impatience. Et pourquoi pas en pleine capitale ? Mais c’était ignorer que Fidel Castro et les siens savaient depuis au moins six mois de ce que la CIA, dirigée par le funeste Allen Dulles ourdissait en Amérique Centrale. Au petit matin du 15 avril, ayant entendu au loin le tonnerre des bombardements à l’aéroport militaire, un ami sportif qui ramait près du port de La Havane entendit un de ses compagnons, haut gradé dans l’armée dire : « Voilà ! Les Américains se sont enfin décidés ! ». Ils étaient pour ainsi dire attendus, les Amerloques – sauf qu’il s’agissait de Cubains venus libérer la Patrie du castrisme.     

Le lundi 17, 1400 hommes d’un corps expéditionnaire parti du Nicaragua débarquaient au Sud de l’île. Là, une mobilisation générale fut décrétée. En fin de journée, en arrivant au Club où je m’entraînais quotidiennement au basket, je pus constater une véritable ébullition milicienne se matérialisant notamment par l’ouverture d’un bureau de recrutement. Je fis demi-tour et quittai les lieux.

Mon attitude ne passa pas inaperçue : Big Brother m’avait à l’œil. Je me sentais complètement extérieur à toute cette ferveur révolutionnaire. qui se manifestait autour de moi. Quelques jours plus tôt, une amie avait visité une grande exposition consacrée à la République Populaire de Chine et en sortant, elle avait écrit dans le livre d’or : « Très belle exposition, mais je n’aime pas le communisme ».

On l’avait détenue ! Un gardien de salle attentif l’avait interceptée après l’écriture de ses lignes et l’avait conduite à un commissariat où elle demeura toute la journée, bien qu’elle fût mineure et malgré la banalité évidente de son geste.

Telle était déjà en mars 1961 la « démocratie » à Castroland, celle-là même que louaient tant d’intellectuels, à commencer par Sartre qui tombait en pamoison devant la Révolution quand il se rendait dans l’île.

Du côté des Américains, les dirigeants se perdaient en élucubrations et misaient sur une rébellion anti-fidéliste massive et l’établissement d’une tête de pont préparant l’arrivée d’un nouveau gouvernement. 

Du 17 au 20 avril, dans les grandes villes, la vie suivit son cours habituel, troublé seulement par les rumeurs qui circulaient et les nouvelles concernant ceux qui avaient été détenus de façon préventive en tant que potentiels représentants d’une cinquième colonne. Plusieurs de nos amis furent enfermés tandis que deux membres de la famille sévissaient comme cerbères d’un centre de détention. Si les envahisseurs avaient pu sanctuariser un secteur du territoire – ce qui n’eut pas lieu à cause de la mauvaise conduite des opérations par les Américains – les conséquences auraient été terribles : dans les rangs castristes figuraient des centaines d’officiers et un nombre indéterminé de Républicains espagnols exilés devenus miliciens. Tous, assoiffés de revanche et de sang, étaient disposés à déclencher un massacre.    

En 1961, alors même que l’heure était à la consolidation des changements opérés par le régime, il était déjà temps de regarder dans le rétroviseur pour essayer de comprendre: comment la génération de mes parents avait pu être assez myope pour ne pas capter ce qui se préparait avec Fidel Castro et son idéologie sous couvert de lutte contre Batista.    

Moi, en tout cas, je n’ai cessé depuis lors de me poser cette question : si j’avais eu l’âge nécessaire, aurais-je pu être compté parmi ces Cubains pleins d’abnégation, tout en étant manipulés par les Américains, qui débarquèrent dans la Baie des Cochons ? Lorsque une fois faits prisonniers, je les vis exhibés comme des bêtes, j’ai ressenti une grande honte et une tristesse incommensurable. Dans la mangrove de la Ciénaga de Zapata ( le marais de Zapata, au nord de la Baie des Cochons, ndlr), une séquence de l’histoire américaine et une autre de l’histoire cubaine avaient pris fin simultanément. C’est à partir de ce moment que se structura tout ce qui advint par la suite. En 2021 le résultat lamentable est devant nos yeux : un petit pays ruiné et défait, que plus de deux millions de ses habitants ont fui, et une légende mensongère colportée dans le monde entier. 

Soixante ans après la Baie des Cochons, ma mémoire flanche bien sûr mais l’amertume d’avoir été dans le camp de ceux qui mordirent la poussière alors qu’ils avaient intrinsèquement raison, ne me quitte pas.

Gustavo Sánchez Perdomo

Crédit photo : Attack near Playa Giron. April 19, 1961. – panoramio.jpg – Wikimedia Commons

Bon week-end à Montargis !

Chers lecteurs du blog, j’aimerais vous raconter mon dernier week-end. Vous levez les yeux au ciel? Vous pensez que je déraille? Et que je confonds Histoire & Liberté et un office de tourisme? Pas du tout ! Après une visite de la faïencerie de Gien ( c’est très beau et très cher ou : c’est très cher mais très beau), ma copine et moi, avons voulu passer à Montargis, où est née Mme Guyon, une mystique du XVIIe siècle, ville qui regroupe aujourd’hui près de 70 000 habitants et qui s’est rendue récemment célèbre par quelques outrances. D’aucuns par exemple la présentent modestement comme « la Venise du Gâtinais »; d’autres, en l’occurrence le maire, Benoît Digeon (LR), ont jugé tranquillement le 25 novembre dernier qu’Emmanuel Macron était « le pire président qu’ait connu la France »…Mais je m’égare : revenons aux rues de la vieille ville et à la promenade au détour de laquelle nous sommes tombés sur un très inattendu « Musée historique de l’amitié franco-chinoise! ». Habiles, les camarades chinois. Ils ne se contentent pas de rappeler qu’au début du XXI siècle, plus précisément vers 1920, de jeunes Chinois, appelés plus tard à la célébrité, sont venus travailler dans la fameuse usine Hutchinson. Il y avait là Deng Xiaoping, Chou Enlai, Liu Chaoqi et Li Lisan, tous présents sur les photos exposées. Les spécialistes s’étonneront de ce que soient présentés de manière respectueuse, comme le sont tous les autres, des gens que Mao a laissé persécuter ou mourir dans un cul de basse fosse. Habituellement, ce n’est pas le genre de la maison. Mais c’est ainsi : tous, apprend-on, travaillaient, enrichissaient leur expérience, fondaient des associations de jeunes communistes et accédaient ainsi, non pas au nirvana, n’exagérons rien, mais à la connaissance objective, guidés par le marxisme-léninisme.

Pessimiste, on peut en conclure que décidément, les communistes chinois sont partout et diffusent ouvertement leur propagande jusque dans une petite ville française. Un peu plus optimiste, on peut en conclure aussi – car nous étions seuls dans ce petit musée de trois étages – que les Montargois (je crois que c’est comme cela qu’on dit), semblent donc assez insensibles aux louanges faites à la vision communiste et chinoise des choses. Ils doivent avoir quand même quelques amis en ville : en reprenant le train, nous nous sommes laissés dire que la place devant la gare portait le nom de « Place Deng Xiao Ping ». Oui, celui qui a fait massacrer des milliers d’étudiants et d’ouvriers à Tien an men en 1989…

Benoît Villiers

11 Mai 2021


Cent Jours sans barrage: le sprint à Gauche de Joe Biden

Franklin D. Roosevelt est le président américain qui a lancé l’idée des « cent premiers jours » d’une nouvelle administration.

Les journalistes, qui aimaient cet homme charismatique, charmant, bon orateur et maitre dans l’art de cacher son jeu, retinrent cette idée qui venait des rangs de l’équipe d’experts hautement formés dans les grandes écoles comme Harvard et venus à Washington avec le cousin de Théodore Roosevelt, président, lui, au début du siècle, également « activiste » et bouillonnant d’idées et de bonnes causes.

Roosevelt le second, « FDR », est le président des intellectuels qui savent mieux que les masses ce qu’il faut faire. Il ressemble en ceci au dernier Démocrate élu avant lui (Woodrow Wilson). Comme lui, il se méfie de la partie la plus démocratique du gouvernement, c’est-à-dire la branche législative, et notamment de la Chambre des Représentants (House of Representatives). Les députés sont élus tous les deux ans tandis que leurs collègues du Sénat bénéficient de six ans entre deux rendez-vous avec leurs électeurs.

Il disait donc qu’il avait « cent jours de grâce », disons d’une vague de sympathie, d’une lune de miel, pour lancer des programmes avant que la grogne, les suspicions, les intrigues, les soucis budgétaires, les rivalités régionales et partisanes, bref la politique en démocratie, ne reprenne le devant de la scène et ne provoque à Washington un embouteillage politique.

Comme FDR, Biden arrive à la Maison Blanche avec comme mission de changer de cap radicalement. Donald Trump l’avait lui-même promis, et avait tenté d’effectuer des changements radicaux, tant en politique intérieure que sur la ou les scènes internationales, par rapport à ses prédécesseurs Barack Obama et G. W. Bush. Mais il a finalement réussi à décourager jusqu’à ses propres fidèles par excès de vanité : il a tellement pris sa défaite électorale comme un affront personnel qu’il a présenté avec insistance l’élection comme truquée. Ce n’était pas entièrement faux – les élections démocratiques sont sujettes aux fraudes mais cela ne prouve pas qu’une élection est carrément « volée ». L’hystérie était telle alors que Trump découragea même les électeurs de l’Etat de Géorgie, un Etat du Sud qui vote régulièrement pour les Républicains depuis près d’un demi-siècle.

Résultat: deux Démocrates (et parmi les plus gauchistes) ont été élus et le Sénat est passé à 50 Républicains pour 50 Démocrates assurés de la majorité en cas d’égalité. Le parti Républicain a donc perdu le contrôle du Sénat, et les Démocrates, qui ont conservé une mince majorité au Congrès, contrôlent le Législatif et l’Exécutif.

On se retrouve ainsi avec une alternance radicale pour la deuxième fois de suite, et même la troisième si l’on considère que B. Obama représentait un virage radical par rapport à G. W. Bush.

Joe Biden pendant sa longue carrière de plus de 30 ans au Sénat et en tant que vice-président d’Obama pendant huit ans, était considéré comme un homme du centre avec une forte tendance à l’opportunisme : il était très lié par exemple au début de sa carrière avec les puissants dinosaures des Etats du Sud, qui pesaient lourd au Sénat et représentaient l’arrière-garde de la ségrégation raciale.

Aujourd’hui, le problème est très différent : les Démocrates depuis les années Trump (mais la tendance date depuis bien plus longtemps) donnent désormais dans la surenchère gauchiste. Biden, quoiqu’il fit campagne dans les primaires Démocrates en 2020 en jouant la carte de la modération contre les excités (y compris sa co-listière Kamala Harris, qui ne manqua pas de rappeler au futur président ses positions anti-anti-segrationistes et pro-carcérales d’antan, se retrouva avec un parti miné par l’entrisme gauchiste ( d’où le choix pour la vice-présidence, de Mme Harris, dont l’opportunisme rivalise, si s’est possible, avec celui de son patron) et par une sorte de gramscisme dans le monde culturel et social qui, profitant du désarroi covidien, a mené une sorte d’insurrection pendant une bonne partie de 2020. Elu, Biden s’est habillé de neuf. Sciemment ou non ? Difficile à dire tant ses gaffes verbales font partie de son style.

Pour ce faire, il prend Roosevelt pour modèle: cent jours pour lancer les projets qu’il faut pour redonner espoir à un pays épuisé. En même temps, les Démocrates déposent des projets de lois pour réformer le système électoral, en fait, pour le « nationaliser, » car jusqu’à présent, et en conformité avec la Constitution, les Etats organisent et gèrent la machine ou plutôt les machines électorales.

Mais on peut se demander si ces chantiers sont nécessaires. Pour ce qui est du premier, il n’est pas du tout sûr que le pays soit épuisé. Il suffit de sortir de Washington pour se rendre compte qu’au contraire, il se porte bien : l’emploi reprend, les entreprises redémarrent, et le danger serait plutôt une surchauffe menant à l’inflation, si la banque fédérale (Federal Reserve System) se met à imprimer les milliards qu’il faudra pour tous les projets de relance de l’administration Biden, des projets qui, souvent, n’ont rien a voir avec l’activité économique existante mais sont plutôt des subsides ou de nouveaux fonds pour telle ou telle agence gouvernementale. Ajoutons que l’administration commence à parler de hausses d’impôts, ce qui, malgré l’argent distribué, risque de freiner la productivité et l’emploi.

Du côté international, il est possible que Joe Biden ait une révélation, disons un « moment Jimmy Carter » du temps où le président (Démocrate) qui avait renoncé à l’anti-communisme de tous ses prédécesseurs fit volte face quand les chars soviétiques entrèrent en Afghanistan (trop tard cependant pour éviter que son concurrent Ronald Reagan, ne puisse l’accuser de laxisme envers les menaces étrangères).

Malgré une équipe apparemment acquise aux théories pro-palestiniennes et favorable à une politique munichoise envers l’Iran, sans compter une claire pusillanimité envers la Chine communiste, il apparait que les ennemis des nations démocratiques et libérales vont trop vite.

Entre les Chinois communistes se prenant déjà pour les maitres du monde et les Perses islamistes se prenant pour la réincarnation de Saladin, la douche sera froide, mais efficace pour un réveil.

Plus grave est le danger venu de l’ennemi intérieur. La gauche américaine a découvert, à sa propre surprise, que le racisme anti-raciste paye. Mais peut on vraiment croire que les Américains vont accepter au-delà d’une mode passagère l’idée que l’on est par essence raciste (ou n’importe quel autre péché) selon un hasard de naissance? Pour le moment, le président joue le jeu, allant jusqu’à affirmer ce non-sens que le racisme est une tache sur l’âme de l’Amérique, alors que les gens normaux savent que le racisme tel qu’il a existé aux Etats-Unis est certes un péché qui a entravé l’application des es principes chers aux Américains mais que ceux-ci ont pu être maintenus et réaffirmés.

Les confusions et les égarements mentaux et politiques dont la gauche profite pour s’emparer de positions de force dans les postes d’influence de la société — école, administration et formation du personnel dans les grandes organisations publiques mais aussi le secteur privé et les médias… – seront difficiles à contrer et réparer.

Il est beaucoup plus facile d’agir à partir d’une doctrine fanatique, simpliste, manichéenne, déterministe que de plaider pour l’évolution organique et complexe de la société; c’est bien connu depuis la Révolution française et ses séquelles. C’est là un grand défi que les anti-Américains ont lancé à la société. Ces derniers sont à présent en position de force. Mais le rebond libéral et patriotique commence à trouver ses voix, par exemple celle du sénateur Tim Scott, Républicain de la Caroline du Sud (et de couleur, si l’on veut le savoir) ou l’ancien secrétaire (ministre) de Trump, le docteur Ben Carson (également de couleur ; et tous deux ayant grandi dans l’extrême pauvreté).

Il faudra trouver non seulement des voix mais des stratégies politiques, durables pour défendre les fondements de l’Etat de droit et du système de représentativité démocratique qui assurent la continuité du régime constitutionnel américain. 

Les grandes initiatives de Franklin Roosevelt, le premier brouillon du système d’étatisme bienveillant américain, avaient toutes été   récusées par la Cour Suprême.  C’est pour cela que les Démocrates tempêtent pour un élargissement de la Cour — une manœuvre que FDR avait tenté sans succès.

Roger Kaplan

PS Biden fait-il un sprint a gauche, ou tente-t-il de calmer les esprits et les jeux (politiques) après quelques années pour le moins excitées?  Nous verrons bien; mais l’on peut déjà noter que si la relance par l’imprimerie de milliards de dollars dope les marchés, et pas seulement Wall Street, il est quasiment sûr que les lendemains seront d’une rudesse inflationniste telle qu’elle desservira les intérêts de ceux que les Démocrates prétendent justement défendre, à savoir les démunis ou en tout cas les moins avantagés.

Si, en effet, la demande est favorisée par l’argent distribué, la remontée de l’emploi reste modeste, voire faible.  La hausse du salaire minimum est aussi montrée du doigt : historiquement cette mesure a toujours eu pour effet de freiner l’embauche.  

Biden a les préjugés économiques ordinaires des gens de gauche, aussi veut-il supprimer les brevets des vaccins anti-covid, ce qui est ridicule et n’aura d’autre effet que mettre fin à la production rapide de vaccin, due aux initiatives de Trump mais mise au crédit de Biden, tant par les médias que par lui-même! Les dépenses prévues pour les grands travaux que Biden a annoncées sont stratosphériques mais seulement moins de 10% de ce programme (qui peut être modifié avant d’être définitivement adopté) sont destiné à des infrastructures proprement dites : les Démocrates veulent profiter de la crise dont ils sont largement responsables (c’est surtout dans les Etats qu’ils contrôlent que l’économie a été mise en berne avec le virus comme excuse) pour distribuer des subsides à leur clientèle électorale. 

En même temps, Biden propose de doubler l’impôt sur les bénéfices réalisés par les investisseurs alors que l’intérêt perçu sur les prêts aux gouvernements (des municipalités, des Etats, fet au niveau fédéral) sont généralement exempts d’imposition !

Analphabétisme économique ou anti-capitalisme primaire? Pendant ce temps-là, les communistes chinois sont en marche et les affamés d’Amérique latine sont à nos portes.  Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas le moment de fragiliser la machine économique américaine.

crédit photo présentation : Joe Biden | from www.facebook.com/POTUS/photos/1957305291701… | Prachatai | Flickr

11 Mai 2021


Donbas: Renoncement sous contrainte à la nationalité ukrainienne dans les “Républiques populaires” du Donetsk (RPD) et de Lugansk (RPL)

Le plan d’annexion par Moscou de la partie du Donbas qui n’est plus sous le contrôle de Kiev est en marche par contrainte administrative, sans effusion de sang et hors des radars occidentaux. Diverses mesures sont en effet mises en place.

Dans la “République Populaire du Donetsk” (RPD), les détenteurs de passeports ukrainiens peuvent être détenus pendant 30 jours pour que leur identité puisse être déterminée!

Les détenteurs de passeports ukrainiens ne peuvent recevoir d’avantages sociaux ni exécuter certaines opérations pour lesquelles un document d’identité est requis. Ils ne peuvent faire de telles opérations, bancaires et autres, que s’ils ont fait une demande de passeport de la « RPD » ou de la RPL..

Depuis plus d’un an, les citoyens ukrainiens vivant dans les territoires occupés du Donbas sont dans l’impossibilité d’obtenir un premier passeport ukrainien s’ils sont âgés de 16 ans ou de le renouveler parce que les checkpoints sont fermés du côté des autorités séparatistes auto-proclamées. La seule issue est donc de faire une demande de passeport RPD ou RPL

Selon certaines informations en provenance de sources ouvertes et confidentielles, Moscou souhaite que la question des passeports soit “réglée à 100%” pour 2025. Un plan est prévu en vue de saisir tous les passeports ukrainiens et de les remplacer par des passeports émis par les autorités RPD et RPL. Les portes de l’Ukraine leur étant fermées, ils n’auront d’autres solutions que de demander un passeport RPD our RPL.

Sans passeport ukrainien, les citoyens ukrainiens du Donbas ne pourront plus recevoir leur pension de retraite, profiter d’allocations sociales, entrer à l’université, ouvrir un compte bancaire en Ukraine, etc. Ils seront entièrement coupés de la mère patrie.

Un projet de loi “sur la citoyenneté” est actuellement à l’étude dans le Donetsk occupé. Il prévoit que la citoyenneté RPD ne pourra être attribuée aux personnes ayant été absentes du territoire pendant de longues périodes ou si elles sont considérées comme hostiles. Dès qu’elles seront mises en oeuvre, ces mesures vont entériner l’exclusion administrative de 2 millions de citoyens ukrainiens qui ont été forcés par la guerre de quitter le Donbas, l’impossibilité de leur retour et de la récupération de leurs biens immobiliers.  

Avant le conflit, la partie du Donbas actuellement sous contrôle des autorités séparatistes pro-russes auto-proclamées comptait 3, 894 millions d’habitants. Il est actuellement impossible d’établir la population vivant actuellement dans cette région, mais après l’émigration d’environ 600,000 habitants vers la Russie et 1,57 million vers l’Ukraine, mais également l’entrée de forces militaires en provenance de Russie, certains estiment le nombre de résidents actuels à environ 2, 668 millions.

Willy Fautré, Human Rights Without Frontiers (Bruxelles)

Crédit photo de présentation 2012, Donetsk, Ukraine | Peter Collins | Flickr

5 Mai 2021


Éric Zemmour: «Seule l’assimilation permet la laïcité»

La conception de la laïcité exprimée dans Figarovox du 28 avril dernier par Éric Zemmour, nous permet de nous définir à titre individuel sur cette question. Nous en reprenons ci-dessous quelques extraits majeurs. Comment les accueillez-vous? Quel est votre propre point de vue?

Si des divergences apparaissent, nous pourrons en débattre.

A vos claviers donc!

H&L

(Selon Patrick Weil) on doit traiter aujourd’hui l’islam comme on a traité il y a un siècle le catholicisme. : protéger la liberté des fidèles et punir ses mauvais bergers.

C’est le retour de la distinction entre islam et islamisme, derrière laquelle se cachent la plupart de nos politiques (y compris Marine Le Pen) pour ne pas voir la réalité en face: l’islam n’est pas un simple catholicisme des Arabes. L’islam n’a jamais reconnu une quelconque séparation entre spirituel et temporel. L’islam est avant tout un code juridico-politique qui enserre de manière totale la vie des fidèles. Il n’y a pas d’Église en islam. Chacun des fidèles doit appliquer le Coran sacré et les hadiths (propos de Mahomet, «le bel exemple».) L’Islam ressemble davantage au protestantisme des origines. Et on sait comment la monarchie française a traité le protestantisme: siège de La Rochelle, place forte protestante, par Richelieu et révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV.

(…)

Aujourd’hui, les nombreuses banlieues sont des enclaves étrangères où la loi de l’État ne s’applique plus, où les mœurs islamiques ont supplanté les mœurs françaises, et où les caïds armés font régner leur loi et celle de l’islam. La monarchie française a combattu violemment le protestantisme car il défiait non seulement l’Église mais s’alliait également avec les puissances huguenotes (Angleterre et Pays-Bas) qui étaient des adversaires de la France. Weil voit juste quand il nous dit que la laïcité est aussi une loi qui lutte pour «la souveraineté de l’État français face aux ingérences de l’Église de Rome». On sait aujourd’hui que de nombreuses puissances étrangères, Turquie, mais aussi Algérie, voire Maroc ou Arabie saoudite ou Qatar utilisent les diasporas musulmanes en France pour empiéter sur la souveraineté de l’État en France.

(…)Weil (…) reconnaît que «tous les Français ont en héritage un catholicisme national (…) le déséquilibre ainsi créé dans le principe d’égalité (…) doit être distingué des discriminations réelles». Il corrige pertinemment le slogan qui trône dans toutes les écoles: «La laïcité permet la citoyenneté, proclame la charte affichée sur les murs de nos établissements scolaires.

Eh bien non, c’est l’inverse. Seule la citoyenneté, pleinement reconnue à chacune et à chacun, permet la laïcité.» Encore un effort Patrick Weil ! Seule l’assimilation permet la citoyenneté qui permet la laïcité. Seule l’assimilation à la culture et aux mœurs et à l’histoire françaises, imprégnées de catholicisme et de culture gréco-romaine, permet de comprendre, d’approuver et d’appliquer les règles de la laïcité. Seule l’assimilation impose, dans l’esprit sinon dans la lettre de la loi de 1905, ce «devoir de discrétion» dans l’espace public qui permet la coexistence pacifique et la discussion politique rationnelle entre citoyens. Les enfants de l’immigration arabo-africaine refusent dans leur majorité la laïcité car ils ne sont pas assimilés.

Réponses

« Je regrette que le texte de Zemmour soit sur le blog car les réactions les plus probables à cette insertion sont de nous y assimiler et de faire fuir des gens intéressants. »

Pierre Druez

1 Mai 2021