[Point de Vue] Les quatre manquements de l’Ambassade de Chine à Paris – par Dominique Duel

Chine | OLYMPUS DIGITAL CAMERA | cnszym | Flickr

Un article du Monde en date du 19 mars 2021 nous relate qu’un journaliste-sinologue français, Alain Bondaz, (membre du FRS, Fonds de Recherche Stratégique) vient de se faire traiter publiquement de « petite frappe » par l’ambassadeur en France de la République Populaire de Chine.

On ne peut que rapprocher ce nouvel épisode de celui qui est intervenu deux ans plus tôt : Valérie Niquet (elle aussi sinologue membre du FRS) s’est alors trouvée traduite devant les tribunaux français par l’entreprise chinoise Huawei au motif qu’elle avait affirmé que Huawei était une entreprise contrôlée par l’Etat chinois, ce dont conviennent la plupart des observateurs occidentaux mais ce que Huawei et Pékin s’emploient à nier.

Par ces deux initiatives successives, Pékin en réalité commet à la fois quatre manquements : Ingérence. Intimidation. Occultation. Anti-démocratie.

INGERENCE. Pékin se permet de plus en plus nettement de pratiquer l’ingérence dans notre société, ce qui est absolument inadmissible. Au nom de quoi Pékin s’autorise-t-il à nous interdire de réfléchir publiquement et d’analyser publiquement si Huawei est contrôlée ou non par l’Etat Chinois (qui lui-même est contrôlé par le Parti Communiste Chinois) ? Au nom de quoi son ambassadeur à Paris se permet d’injurier publiquement l’un de nos spécialistes de la Chine les plus talentueux ?

INTIMIDATION. C’est d’une intimidation caractérisée dont sont victimes Valérie Niquet et Alain Bondaz. Le message subliminal qu’adresse Pékin aux sinologues français consiste à leur faire savoir qu’« ils ne seront pas les bienvenus en Chine » dès lors qu’ils entendent continuer à s’exprimer librement en France sur la Chine et sur le Parti Communiste chinois.

OCCULTATION. Si, comme Pékin semble vouloir y parvenir, seuls les journalistes sinologues français « béni-oui-oui » sont à l’avenir autorisés à séjourner sur le territoire chinois, la France se trouvera privée d’une information valable sur la Chine. Une telle volonté d’occultation de la part de la Chine est particulièrement inacceptable parce que la France, elle, laisse, à ce jour, circuler sur son territoire des journalistes de la République Populaire de Chine sans manifester d’exigences particulières à leur égard.

ANTI-DEMOCRATIE. Ces deux sinologues que Pékin cherche à intimider sont à la fois des chercheurs et des journalistes. L’agression dont ils sont l’objet est en quelque sorte le reflet même du comportement que Pékin exige (et très généralement obtient) des journalistes chinois : leur soumission totale au pouvoir politique chinois.

Ces quatre manquements sont inacceptables et doivent retenir l’attention de notre gouvernement et de notre parlement.

Dominique Duel

23 Mar 2021


[Compte-rendu] Sandormokh, Le livre noir d’un lieu de mémoire – par Irina Flige, traduction de Nicolas Werth, Les Belles Lettres, 2021, 21 €

Un petit ouvrage vient de paraître aux Belles Lettres, Sandormokh, à propos d’un charnier découvert en Carélie, datant des années 1937-38. L’auteur est Irina Flige, une personnalité éminente de l’association Memorial, qui a passé une grande partie de sa vie à tenter de retrouver les traces des victimes de la Grande Terreur afin d’honorer leur mémoire. Elle a mené des recherches en particulier sur les camps des îles Solovki, ceux que l’on appelle le laboratoire du Goulag car ils furent les premiers officiellement créés en 1923 pour isoler les opposants ou soi-disant opposants au régime bolchevik. Or, en 1937, un groupe de 1111 détenus en a été évacué, puis a carrément disparu.

C’est en menant une recherche sur ces derniers que les membres de Memorial ont réussi à trouver en 1997 ce charnier de Sandormokh, situé à des centaines de kilomètres de l’archipel. Le livre est la description de cette longue enquête, qui a duré une dizaine d’années.

Sandormokh est devenu depuis un lieu de recueillement, où chaque année se rendent tous ceux qui veulent se souvenir de ces terribles massacres. Par ailleurs, deux « pierres des Solovki », des mégalithes rapportés des îles, ont été installées à St Petersbourg et à Moscou pour rappeler cet épisode de l’histoire soviétique.

Mais ce charnier de Carélie ne regroupait pas que les détenus des îles Solovki. On y a trouvé aussi des ossements de détenus des camps de Belbatlag – regroupant les prisonniers chargés de construire le canal Baltique-Mer Blanche- et ceux d’habitants de Carélie victimes de la répression stalinienne.

Au total, c’est 6 241 victimes qui ont été identifiées à Sandormokh..

Nicolas Werth, qui a écrit la préface de l’ouvrage, rappelle ce que furent ces années de ce que l’Occident appelle la Grande Terreur et les Russes la Iejovschina, du nom de Nikolaï Iejov, alors à la tête du NKVD. En seize mois, d’août 1937 à novembre 1938, 750 000 Soviétiques furent exécutés (et 2 millions envoyés en camp). Et contrairement à ce que l’on a longtemps cru, 7% seulement de ces victimes étaient des cadres du Parti, tous les autres étaient des gens du peuple. Il s’agissait de « purifier » la société de ses « éléments nuisibles ». Toutes ces exécutions devaient avoir lieu sous le sceau du seccret, c’est pourquoi retrouver les lieux de massacre et les fosses communes, disparues avec le temps, était extrêmement difficile.

Irina Flige s’est attelée à cette tâche, avec l’aide en particulier d’Ivan Tchouchkine, député de Carélie appartenant à Memorial, qui réussit à retrouver l’identité de tous les exécutés de la Grande Terreur, puis après sa mort, avec celle de l’historien Iouri Demetriev qui avait repris le flambeau.

Elle a aussi été aidée par les familles des victimes. Dans la plupart des camps, le lien entre le détenu et ses proches était rompu dès son arrestation. Les seuls renseignements obtenus par les familles était : « A été condamné à 10 ans de privation de liberté sans droit de correspondance ». La situation des détenus était différente aux îles Solovki. Les familles gardaient des liens étroits avec eux, parfois même leur rendait visite. Mais brutalement, en 1937 tout s’était arrêté. Les détenus avaient carrément disparu. Ce n’est qu’à la fin des années 80 que les familles obtinrent des renseignements sur leur condamnation et la date de leur exécution. Mais ils n’en obtinrent aucun sur le lieu où ils furent exécutés puis jetés dans une fosse commune. C’était secret d’Etat. Mais c’était justement ces lieux qu’Irina Flige voulait retrouver.

Les recherches ont permis de reconstituer ce qui s’était passé en 1937 aux Solovki. Sur consignes de Iejov, une opération de « désengorgement des prisons » avait été organisée, en 3 étapes, fonctions de quotas fixés puis renouvelés. Trois groupes successifs de victimes ont été identifiés : les détenus du dernier groupe furent liquidés sur place, sans doute au mont de la Hache ; on n’a retrouvé aucune trace des détenus du 2ème groupe, qui furent sans doute transférés sur le continent, mais après on ne sait pas ; c’est sur le premier groupe, le plus important – 1 111 détenus – que se sont concentrées les recherches d’Irina Flige. Ils ont été aussi transférés sur le continent, puis emmenés pour être liquidés mais on ne sait où.

C’est au bout de huit années de recherches qu’elle a trouvé une piste sérieuse. Les cadavres devaient se trouver dans la taïga, sur la route de Medvejegorsk, près du village de Pindouchi. Elle a obtenu l’aide des autorités locales pour quadriller la forêt, jusqu’à ce que Iouri Dmitriev, tournant dans la forêt avec son chien, repère un espace légèrement dénivelé et hurle : « J’ai trouvé ».

Cinq fosses communes furent mises au jour, puis progressivement 236, et le cimetière historico-memoriel de Sandormokh fut inauguré le 27 octobre 1997.

Depuis, c’est un lieu de visite pour la population, pour les écoles, mais Irina Flinge pointe le doigt sur la façon dont le gouvernement russe freine la divulgation des traces de ce passé. Outre qu’à chaque cérémonie, l’Etat n’envoie pas de représentant, on a vu toute une opération de propagande, menée par deux historiens soutenus par la Société d’histoire militaire, afin de faire croire que les corps retrouvés étaient ceux de prisonniers de guerre soviétiques massacrés par les Finlandais lors de l’occupation de la Carélie. On rejouait Katyn ! Mais rien n’apportait de preuves à cette hypothèse, qui visait aussi à dévaluer l’action de Memorial.

Enfin dernier signe de cette résistance de l’Etat à la mise à jour des crimes staliniens: Iouri Dmitriev, un des principaux acteurs de la découverte du site, a été accusé de pédophilie et mis en prison pour 15 ans. C’est selon l’auteur, une totale injustice, ce que réaffirme Nicolas Werth dans sa conclusion.

Ce livre est donc une importante contribution à l’histoire soviétique. Mais peut-on pour autant parler de lieu de mémoire ? Bien qu’elle utilise ce terme dans le titre de l’ouvrage, Irina Flinge est réticente à l’appliquer du fait de cette volonté de Poutine d’occulter le passé. « Aujourd’hui, en Russie, la mémoire de la Terreur d’Etat de l’époque soviétique est absente »…et  « tant qu’il en sera ainsi, Sandormokh ne pourra être un lieu de mémoire dans le plein sens du terme. Sandormokh est le lieu d’un crime de masse resté impuni ».

15 Mar 2021


[Compte-rendu] Julien Théron et Isabelle Mandraud, Poutine, la stratégie du désordre, éd. Tallandier, 384p., 19,90 €

A lire d’urgence, faute de pouvoir organiser un débat avec les auteurs, comme au bon vieux temps d’avant la covid-19. Ils nous expliquent comment Poutine a instauré la violence, via services secrets, police et armée, et leurs pouvoirs discrétionnaires, au centre du fonctionnement du système. L’inauguration « s’est fêtée » avec des attentats organisés par le FSB sur des immeubles d’habitation russes alors que Poutine, en 1999, n’était encore officiellement que premier ministre. Vint alors l’abominable guerre de Tchétchénie : Grozny rasée, écoles, hôpitaux compris. Entre 150 000 et 200 000 morts sur une population d’1 million. Guerre suivie de l’instauration du régime de terreur de son allié, membre de « Russie Unie », le psychopathe Ramzan Kadyrov. 

Une guerre sans image – c’est justement le titre d’un documentaire signé notamment par Boris Nemtsov. Le film se termine par un montage où l’on voit Vladimir Poutine jugé dans une cage. Impardonnable. Nemtsov se condamnait à mort. Ce qui fut fait au pied du Kremlin le 27 février 2015, trois balles dans le dos, une dans la tête, les multiples caméras de surveillance se trouvant alors hors service « pour maintenance ». Ceci afin que personne n’ignore qui est le commanditaire et pour goûter l’ivresse de décider de la vie et de la mort de qui que ce soit ainsi que la jouissance de le faire savoir en toute impunité.

A l’extérieur de la Russie, créer le désordre, en Occident surtout, en soutenant tout ce qui peut provoquer conflits et pagaille, en agitant l’opinion publique et en influant sur les élections semble être sa ligne de conduite majeure.

Comme si ce qui était nuisible hors de Russie était ipso facto tout bénéfice pour la Russie.

Tout comme au bon vieux temps de l’URSS !

Pierre Druez

11 Mar 2021


Au cœur du communisme thorézien, par Stéphane Courtois

Maurice Thorez, Journal (1952-1964), Fayard éd. 788 p., 34 euros

Bonne nouvelle pour les historiens du Parti communiste français. A l’occasion du centenaire du parti, des historiens de la mouvance communiste viennent d’éditer un fort ouvrage de 780 pages intitulé Journal 1952-1964 (Fayard) qui publie, grâce à l’autorisation de la famille, les carnets personnels de Maurice Thorez conservés aux Archives nationales. Ces notes, prises au jour le jour par l’inamovible secrétaire général du PCF de 1930 à sa mort en 1964, ne sont pas à proprement parler un Journal mais plutôt un agenda bien fourni qui éclaire remarquablement le fonctionnement du cœur de la direction communiste, en particulier grâce à un index onomastique. L’ouvrage peut se lire à différents niveaux – personnel, familial, intellectuel et artistique – du fonctionnement interne, de la politique nationale, des relations internationales.

Sur le plan personnel, on comprend que Thorez est resté affaibli de l’AVC qui en octobre 1950 l’a laissé hémiplégique et l’a contraint, sur ordre de Staline, à aller se faire soigner en URSS d’où il est rentré peu après la mort du maitre du Kremlin. Néanmoins, avec une grande volonté, il se rééduque progressivement tant à la marche qu’à l’écriture. Parallèlement il a repris une intense vie de famille, suivant de près les études de ses enfants et partant avec plaisir en camping ou en excursion avec eux.

Le rôle de sa femme Jeannette Vermeersch apparaît fortement souligné, tant pour les relations familiales que pour l’aide pratique qu’elle lui apporte pour l’organisation de la vie quotidienne d’un homme très occupé, et pour le relais politique qu’elle lui fournit à travers la préparation de rapports, de discours, de meetings etc.

On y a confirmation que Thorez se cultivait systématiquement, par exemple à travers son apprentissage du latin avec l’aide de l’agrégé communiste Georges Cogniot. Il était aussi un grand lecteur mais se contentait pour l’essentiel des publications des éditions communistes, loin des principaux écrivains de son temps. Ainsi Albert Camus n’est jamais cité. Et son horizon théorique était strictement limité à Marx, Engels, Lénine et Staline.

Thorez partageait sa vie entre la grande propriété que le PCF avait mise à sa disposition à Bazainville près de Dreux, où il vivait presque seul, servi par un couple de militants, son fief politique d’Ivry-sur-Seine où vivait Jeannette, et les Escarasses, une petite propriété mise à sa disposition au Cannet, au dessus de Cannes, entre Mougins et Vallauris. Il vivait donc une partie de l’année sur la Côte d’Azur où il rencontrait fréquemment Picasso et Pignon qui travaillaient alors sur les céramiques de l’atelier Madoura. L’y rejoignaient souvent le couple Aragon et nombre d’intellectuels et de militants de passage.

L’aspect le plus intéressant de l’ouvrage concerne ce qu’Annie Kriegel avait nommé « la contre-société communiste », une sorte de bulle hermétique, n’offrant aucune ouverture sur le monde extérieur, où se mouvait dans les années 1950-1960 l’appareil communiste français. Durant ces douze années, Thorez ne fréquenta quasiment que des communistes. D’une part les autres membres de la direction — Duclos, Frachon, Cogniot, Billoux, Fajon, Garaudy, Waldeck Rochet et Servin et Casanova (du moins avant qu’ils ne soient purgés), puis Plissonnier et Marchais — qui lui font remonter tous les rapports. Mais cette contre société était aussi internationale ; non seulement Thorez rencontrait très souvent l’ambassadeur d’URSS en France, Serge Vinogradov, mais chaque année il partait en famille profiter de vacances en URSS, la plupart du temps en Crimée, à proximité immédiate des datchas des dirigeants soviétiques — Khrouchtchev, Mikoïan, Molotov, Gromyko et autres — qu’il fréquentait assidument ; mais aussi à Moscou où il croisait en toute discrétion les dirigeants du mouvement communiste international — Togliatti, Ponomarev, Ibarruri, Enver Hodja, des dirigeants nord-vietnamiens et des « démocraties populaires » —, sans oublier son fidèle garde du corps Vladimir Jaronov.

Le plus étonnant dans cette immense galerie de portraits du monde communiste français et international est le couple Nadia Léger-Georges Bauquier. D’origine ukrainienne, arrivée en France en 1925 et élève de Fernand Léger, Nadia Kodossievitch était communiste et avait épousé le peintre en 1952, trois ans avant sa mort. Devenue soudain richissime, remariée avec le communiste Georges Bauquier et grande amie de Fourtseva, la ministre de la Culture soviétique, elle s’introduisit par l’intermédiaire d’Aragon et Elsa, dans l’intimité des Thorez — parents et enfants — dont elle devint une sorte de mentor lors de leurs séjours au Cannet. Au point de leur donner un terrain à Callian, magnifique village au dessus de Cannes, où Thorez prévoyait de faire construire une maison. C’est d’ailleurs de Callian qu’il partit s’embarquer le 6 juillet 1964 à Marseille sur le « Litva » pour l’URSS. Son dernier voyage.

Cette chronique est trop courte pour rendre compte de la richesse de ce document, sans doute le plus important pour l’histoire du PCF depuis l’ouverture des archives de Moscou, même si, bien entendu, il est plein de non-dits et de dénis. On n’en est que plus désireux de connaître ce « Journal » des années 1930 et 1940 … toujours fermées.

Stéphane Courtois

11 Mar 2021


Brèves de blog 4

A voir au cinéma

Le Léviathan, d’Andreï Zviaguintsev, grand réalisateur et grande figure du cinéma russe. Le film illustre de façon extrêmement suggestive les relations entre les pouvoirs, politique ou judiciaire, et l’Eglise orthodoxe russe

Faute d’amour, du même réalisateur, sur le sort des « gastarbeiters », les travailleurs émigrés des territoires et républiques du Sud et d’Asie centrale. Racisme, travail au noir, envois d’argent à leurs familles, situation sociale et juridique précaire…

Connexion conseillée

www.levada.ru

Un des meilleurs instituts sociologiques russes qui parvient malgré tout à garder son indépendance

https://meduza.io/en

Sergey Smirnov, son fondateur, est en prison, condamné à 3 mois. On l’a d’abord accusé d’avoir participé à une manifestation qu’il couvrait en tant que journaliste. Ayant écrit un post sur Facebook le 23 janvier alors que débutait la manifestation, il a été accusé d’avoir appelé à manifester !

La justice russe actuelle rappelle furieusement les attendus tragi-comiques de la justice soviétique.

http://www.ovdinfo.ru , site d’une ONG qui effectue le monitoring des violences policières en Russie

L’appel de la tribu

Cet ouvrage, signé de Mario Vargas Llosa, est présenté comme le deuxième tome de ses mémoires. Il brosse le tableau de sept grandes figures de la pensée libérale : Adam Smith, Friedrich von Hayek, José Ortega y Gasset, Karl Popper, Isaiah Berlin, Raymond Aron, Jean-François Revel.

Gallimard 336p., 22 €; traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan et Daniel Lefort.

Tempête rouge, de Tsering Dondrup ( Editions Picquier 2019)

Un « roman » étonnant de qualité littéraire et de révélations historiques sur le sort de l’ Amdo, au nord-est du Tibet. L’horreur depuis 1958, date fatidique du soulèvement réprimé (et non 1959 comme pour le reste du Tibet) jusqu’à 1976.

Archives inaccessibles, historiographie occultée, rares témoins survivants muets; aucun ne semble être parvenu en exil.

Dans le roman, pas de manichéisme. Certains officiers chinois font preuve d’humanité et le héros est un antihéros farci de défauts et de faiblesses. L’humour pince-sans-rire de l’auteur, Tsering Dondrup, tranche avec l’enfer qu’il évoque, enfer minimisé dans l’espoir de pouvoir être édité. En vain : le livre reste interdit en Chine.

Tsering Dondrup est depuis longtemps écrivain à succès en Chine. Ex directeur du service des archives de l’Amdo, il se base sur des histoires familiales et des récits confidentiels. A la suite de cette publication à compte d’auteur, il a perdu son poste et son passeport pour pouvoir se rendre à l’étranger et a démissionné du PCC.

Pauvre Corée du Nord…

Un rapport de la CIA estime à un peu plus d’un quart de la population, soit un peu moins de 7 millions, les Nord-Coréens qui avaient accès à l’électricité en 2019.

Nouvelle-Calédonie

Les indépendantistes multiplient les manifestations contre la vente de l’usine de nickel du brésilien Vale. Les affrontements sont fréquents avec les gendarmes mobiles et les dégâts se monteraient à plus de 10 millions d’euros, notamment du fait d’intrusions dans l’usine.

Les 3 000 salariés sont au chômage partiel et 6 000 autres emplois sont menacés chez les sous-traitants.

Pourquoi ce déchaînement ?

Le dossier n’est pas seulement d’ordre économique et financier : les indépendantistes, soutenus discrètement par la Chine, veulent bâtir leur Nouvelle Calédonie sur les revenus du nickel et font tout pour s’opposer à la remise du groupe à un consortium helvèto-néo-calédonien : Prony Resources.

Le dossier est donc aussi celui des politiques locaux et du gouvernement français.

Ce dernier ne souhaite pas devenir actionnaire comme le demandent paradoxalement certains indépendantistes, mais pourrait apporter son soutien financier et des garanties au projet de reprise.

La mémoire du communisme

Dans Phébé-Le Point, en date du 22 février 2021, dossier signé Pierre Grosser, collaborateur du Monde diplomatique et l’un des derniers Mohicans de la lutte contre les détracteurs du communisme. S’appuyant notamment sur un numéro récent de la Revue d’études comparatives Est Ouest, il dénonce sans avoir l’air d’y toucher, Le Livre Noir du communisme publié en 1997 qui avait osé « criminaliser » le communisme – comme si l’objectivité appelait nécessairement le refus de catégories telles « crimes de masse » ou « monstruosité » – et  avait placé le Goulag au même niveau qu’Auschwitz (une accusation largement erronée).

Sur cette base, l’ouvrage publié sous la direction de notre ami Stéphane Courtois aurait contribué à alimenter un intense travail de lobbying en vue de l’institutionnalisation de la mémoire anti communiste dans différentes instances internationales et européennes.

Et Grosser d’opposer à cette lecture, celle d’une nouvelle génération d’historiens et de sociologues critiques qui affirment que 1989, date de la chute du Mur, fut non pas un saut vers la liberté, mais un pas vers « l’abîme du néolibéralisme ».

8 Mar 2021


[Compte-Rendu] Mes Années Chinoises, Anette Wieviorka – par Pierre Rigoulot (Stock 2021, 260 p., 20 €)

Malgré le titre de la collection où vient s’insérer ce volume, « Puissance des femmes », le portrait qui ressort d’Annette Wieviorka frappe d’abord par sa fragilité, par ses nuances, ses réserves, et même – plusieurs fois elle les mentionne – par ses aveux d’impuissance. Une explication ou un souvenir peuvent manquer, et elle le dit avec simplicité, ce qui nous mène à l’un des fils qui permettent de lire ces Mémoires chinoises : le doute, les inquiétudes, les demandes, mais aussi l’originalité, la richesse des expériences, la forte dimension affective d’un individu comme l’auteur, s’opposent à un régime politique qui se veut tout puissant et omniscient, qui non seulement contrôle les êtres mais décide pour eux de ce qui compte et ce qui ne compte pas et même de ce qui est et qui n’est pas.

« Pro-chinoise » , comme on disait alors, Annette Wieviorka part avec son mari et son fils enseigner dans la région de Canton. Quiconque s’intéresse à la Chine et à la « révolution culturelle » suivra avec un grand intérêt le rappel de cette vie quotidienne. Quelques uns des lecteurs qui ont partagé ses illusions politiques pourront constater très précisément, très concrètement, combien ils s’étaient alors aveuglés.

Mais ces « années chinoises » sont d’abord les siennes et elle ne les rapporte pas seulement à l’aune de ses idées politiques d’hier et d’aujourd’hui. Annette Wieviorka cherche à relier ses réactions et ses choix à d’autres dimensions, plus personnelles. Et nous voilà poussés à nous interroger : le bonheur qu’elle éprouve au travail de la terre et tout simplement à se fondre au sein d’un peuple est-il lié comme elle le suggère à un inachèvement personnel et à l’immigration d’une famille juive de Pologne quelques dizaines d’années auparavant?

Ces années chinoises sont-elles celles du passage d’une fusion révolutionnaire fantasmée à la conscience d’une identité (notamment) française? La question mérite d’être posée au moins pour comprendre l’épaisseur des motivations de nos actes, la multiplicité des facteurs qui président à nos décisions – bien loin du gommage de l’individualité à laquelle se livre, sans y parvenir heureusement, le totalitarisme, qu’il soit chinois ou non.Il convient de ne pas aller plus loin. Un des charmes de ces mémoires est justement de ne pas nous entraîner dans le détail d’une personnalité aussi attachante soit-elle, mais de s’en tenir à une démarche ouverte et modeste à la fois. Le tout politique est pour elle une arme de propagande et une marque d’illusion. Il mène à une impasse. Annette Wieviorka, en historienne qu’elle est, ne délaisse pas pour autant cette dimension. Elle rejette la « gauche » communiste, qu’elle apparente explicitement à quelque chose comme le fascisme. Là encore, elle n’insiste pas mais le lecteur se demandera éventuellement si cet apparentement relevé n’est pas valable aussi, pour la « droite » communiste, pour Liu Shao Shi comme pour Mao. Il peut aussi se demander quel jugement politique elle porte sur cette Chine enrichie qu’elle revoit une quarantaine d’années après son premier séjour. Ces deux Chines n’ont-elles vraiment rien à voir politiquement l’une avec l’autre?

Annette Wieviorka, en une prose apaisée, ne fait pas seulement, on le voit, retour sur son passé. Elle nous incite à penser à notre avenir collectif. Un petit livre? De grands horizons.

Pierre Rigoulot

8 Mar 2021


[Point de Vue] A propos de l’islamo-gauchisme : le concept de lutte des classes est le virus souche qui prolifère et qui mute – par André Senik

S’il est vrai que l’expression islamo-gauchisme mérite d’être analysée et discutée sur le plan sémantique, comme tout néologisme articulant deux termes issus de champs lexicaux différents, elle n’en désigne pas moins très clairement sa cible : ceux qui sont qualifiés de gauchistes non pas au sens péjoratif que Lénine donnait à ce qualificatif mais au sens d’ennemis de de la démocratie libérale se situant sur la gauche de la gauche et qui s’opposent à toute critique de l’Islam auquel ils veulent s’associer dans leur combat global.

Pour ceux qui connaissent l’histoire du mouvement communiste, la réalité historique et politique de cette alliance paradoxale ne tolère pas le moindre doute. Dans les années 20 du siècle dernier, à l’occasion du congrès de Bakou, Lénine en fut le premier défenseur.

Pour répondre à ceux qui récusent l’expression comme n’étant pas un concept scientifique, le mieux est de convoquer à la barre des témoins des partisans assumés de cette ligne politique marxiste-léniniste.

J’en ai repéré un dans la livraison de novembre 2020 des Nouveaux Cahiers du Socialisme. Il s’agit de Matthieu Renault, qui vient de publier L’empire de la révolution – Lénine et les musulmans de Russie. À la question  » Y a-t-il eu, chez Lénine, des différences dans la façon d’aborder les préjugés religieux orthodoxes et musulmans ? », il répond. « Oui clairement. La différence fondamentale à ses yeux peut être résumée simplement : l’islam, en tant que religion d’une « nationalité » opprimée, devait elle-même être considérée comme une religion opprimée – une thèse qu’allait bientôt retrouver et approfondir le militant bolchevique tatar Mirsaid Sultan Galiev. »

Dans la même interview, on peut lire plus bas :  « Peu de temps après la publication de mon petit livre sur Lénine, Alain Gresh en a fait une recension dans la revue Politis, sous le titre « Lénine, précurseur de l’islamo-gauchisme ». Pour ne rien cacher, j’ai pensé qu’il avait dit tout haut ce que j’avais pensé tout bas, ou presque, puisqu’il y a bien une référence à l’« islamo-gauchisme » dès la première page du livre (…). »

Si le concept ainsi assumé n’apparaît toujours pas assez clairement à certains intellects, l’illustration ci-dessous pourra peut-être ouvrir quelques yeux.

André Senik

Quand les communistes d’Iran se rallièrent à Khomeiny par hostilité aux États Unis, ils firent preuve d’un islamo-gauchisme caractérisé.

Quand Michel Foucault fit comme eux, il confirma la validité de l’expression.

Quand Edwy Plenel, Emmanuel Todd et Jean-Luc Mélenchon défendent les Musulmans qui seraient les damnés de la terre d’Occident, ils sont des islamo-gauchistes, c’est-à-dire les idiots utiles de l’islamisme qui est anti-occidental comme eux, bien que tout le reste les oppose.

La véritable difficulté de l’expression forgée par Pierre-André Taguieff ne réside d’ailleurs pas dans la compréhension du concept – dans la définition que ses utilisateurs lui donnent – mais dans son extension, dans son application à des courants qui ne se revendiquent ni du gauchisme ni de l’Islam, mais qui font néanmoins partie d’une même mouvance victimaire agressive et anti-système. Cette mouvance disparate tente de s’unifier en invoquant l’image de l’intersectionnalité.

On ne peut pas apposer l’étiquette d’islamo-gauchistes aux néo-féministes qui mènent la lutte contre tous les hommes, ni à tous ceux qui mènent la guerre contre l’homme blanc hétérosexuel, ni aux islamistes eux-mêmes.

Ce qui permet de les ranger sous une même catégorie c’est leur commun rejet de la société démocratique, républicaine et libérale qu’ils appellent le système.

Tous mènent la guerre sociétale, culturelle et politique contre notre société, contre ce système qu’ils accusent de les dominer. Cette guerre civile, qui est culturelle et politique, est menée sur divers fronts, mais chacun des segments de cette mouvance reprend à son compte la vision de la lutte des classes qui fut conceptualisée par Marx à propos du conflit entre prolétaires et capitalistes.

Le virus souche de la guerre civile se trouve chez Marx, mais il a proliféré et il a muté.

Cela nous invite à rappeler les traits principaux qui caractérisent la lutte de classe du prolétariat selon Marx.

Cas unique dans les classifications, cette classe de la société n’existe que par son antagonisme avec celle qui l’exploite.

les membres d’une classe sociale en lutte sont entièrement déterminés par cette appartenance.

Ils n’ont rien en commun avec les autres classes et donc avec les autres humains : ni intérêts réciproques, ni intérêt général, ni patrie, ni culture, ni langage.

La société de classes qui se présente comme une association n’est en réalité qu’un théâtre d’une guerre civile sans merci et sans compromis.

l’État, le Droit, la culture, les institutions ne sont QUE des instruments au service de la classe exploiteuse et dominante.

La classe des prolétaires ne se bat pas pour l’abolition de privilèges, pour de nouveaux droits, pour l’égalité ou pour la justice, au nom d’une conception universaliste des droits des humains. Elle revendique la dictature totale et la disparition de son autre.

La classe révolutionnaire traite les autres idées que les siennes comme des ennemis avec lesquels on pratique la lutte des classes.
Enfin, quand la classe des exploités recourt à la violence, c’est par principe et toujours en réponse à la violence que la société exerce sur les exploités, que cette violence soit physique ou mentale.

Les différents segments de la mouvance qui mène une guerre culturelle contre la société démocratique reprennent à leur compte cet antagonisme total et radical qui caractérise le paradigme marxiste de la lutte des classes, tout en l’appliquant à d’autres domaines de lutte.

Le virus marxiste a viré en ceci : le critère marxiste de l’exploitation du travail a été remplacé par celui d’une domination imputée au système; la prolifération du virus à des segments totalement hétérogènes aboutit à une intersectionnalité illusoire des ennemis de la société démocratique, républicaine et libérale.

Les trotskistes du NPA peuvent laisser les filles portant le voile islamique faire de l’entrisme au sein de leurs organisations, cela ne rapprochera pas ces musulmanes respectueuses de la charia de la vision du monde trotskiste. Cela ne fera pas naître le mythique front commun – dont les trotskistes rêvent sans jamais se réveiller- unissant dans la lutte les néo-féministes radicalement misandres et les jeunes filles voilées radicalement musulmanes.

L’alliance des gauchistes avec l’Islam et les autres foyers révolutionnaires ne peut être que négative : une seule détestation , la démocratie libérale. Elle produit de l’anomie et ne peut déboucher sur aucun projet alternatif de société.

Si le virus déconstructionniste qui nous est revenu des universités américaines parvenait un jour à désagréger nos sociétés, ce ne serait ni l’islam ni le gauchisme qui ramasseraient la mise.

Quelles mesures barrières peut-on opposer à ce virus mutant et polymorphe?

À la lumière de notre expérience du communisme, nous devons défendre sans inhibition notre société, parce qu’elle est celle qui proclame et promeut plus que toute autre dans le monde et dans l’histoire les droits des groupes qui prétendent que cette société les domine et les discrimine.

Les progrès de toutes sortes que notre société doit accomplir pour éviter l’aggravation de toutes les frustrations, elle doit et elle peut les accomplir sur la base de ses propres principes.

3 Mar 2021


Brèves de blog 3

A lire

Le numéro du Point du 6 février 2021 avec une interview de Gilles Kepel à l’occasion de la publication de son dernier essai, Le prophète et la pandémie, aux éditions Gallimard. Il évoque la normalisation de nombreux Etats à dominante sunnite avec Israël, le poids et les faiblesses de la Turquie, l’alliance ambiguë de cette dernière avec la Russie, le retrait américain, désormais auto-suffisant en pétrole.

Dans ce numéro, enfin, les progrès étonnants de l’incroyance dans nombre de pays musulmans, en particulier en Tunisie

ainsi que, de …

…Frédéric Charpier : Un homme sous influence, enquête sur Jean-Luc Mélenchon, Grasset, 2020, 336 p.

L’enquête porte surtout sur ses liens avec Chavez et Maduro et ses ennuis judiciaires, où il se fait passer pour victime su sytème.

et de Hadrien Mathoux, Mélenchon, la chute, Comment la France insoumise s’est effondrée, Ed. du Rocher, 2020, 320 p.

l’ouvrage a trait à son entourage islamo-gauchiste, à sa complaisance pour Poutine, à sa détestation des Etats-Unis, à sa complaisance pour l’immigration, à ses options souverainistes.

A ne plus entendre :

Au cours d’une émission de « C’est dans l’air », sur France 5, l’un des sujets abordés fut la Covid19 et la façon de combattre le virus dans d’autres pays que le nôtre. 

L’urgentiste Patrick Pelloux a accusé à deux reprises l’Etat d’Israël d’imposer un embargo sur la fourniture de vaccins à l’Autorité Palestinienne. lIsraël n’a pourtant jamais empêché les Palestiniens de s’approvisionner en vaccins, ni n’a imposé un « embargo du vaccin », ou quoi que ce soit qui y ressemblât de près ou de loin.

Le socialisme du XXIe siècle?

90% des Vénezuéliens survivent avec moins de 10 dollars par mois

Une farce chinoise racontée par La Libre Belgique

La mission d’enquête de l’OMS sur l’origine du covid19 à Wuhan a fait l’objet d’un article de La Libre Belgique du 16 février 2021.  Equipe composée de gens accrédités par Pékin. Des mois de négociation avant qu’ils soient mis dans l’incapacité de mener une enquête digne de ce nom. Témoins morts, disparus ou muselés. Hypothèse de la fuite d’un labo balayée d’un revers de main. Pékin veut attribuer l’origine à un animal ou à de la viande surgelée importée de l’étranger et avance l’apparition simultanée de la pandémie dans plusieurs pays, ce qui n’est étayé par aucune donnée. Pour le quotidien belge, il est probable qu’un labo de Wuhan soit à l’origine du virus. Comme il est établi que c’est le déni initial de la RPC qui a permis le déferlement du virus sur le monde.

A charge et à surcharge!

L’opposant russe Alexei Navalny est sous la menace d’une amende de 150 000 roubles – l’équivalent de 13 000 dollars – pour diffamation à l’encontre d’un ancien combattant pro-Poutine

Les limites des relations commerciales avec la Chine

La Chine a fait savoir qu’elle examinait l’opportunité de poursuivre à leur niveau actuel les exportations de terres rares aux Etats-Unis.

Comme par hasard, elles sont utilisées dans le chasseur américain F35 et dans la fabrication d’autres armes.

Le castrisme, encore et toujours

Le deuxième tour des élections équatoriennes n’est pas assuré de se tenir : l’ELN, la guérilla pro-castriste, dont le QG se trouve à La Havane, aurait participé au financement de la campagne d’Andres Arauz (33% des voix au premier tour), soutenu par ailleurs par Evo Morales, une ancienne « gloire » de la gauche latino-américaine.

L’Etat-voyou

Trois programmeurs nord-coréens sont accusés par la justice américaine d’extorsion et de vol d’I,3 milliards (monnaie officielle ou bitcoins) en onze ans de cyber attaques.

Le commerce très politique des communistes chinois

Taïwan ne s’est pas contentée de gérer magnifiquement la pandémie de covid19 ( moins de 1000 ça recensés jusqu’ici). Les dirigeants de l’île ont voulu aussi organiser la vaccination de la majorité de la population et ont souhaité notamment se procurer 5 millions de doses auprès de BioN’tech. Alors qu’on se dirigeait vers une signature du contrat définitif, le groupe allemand aurait soudainement fait marche arrière. Le Ministre de la Santé a mis en cause à demi-mot le gouvernement de Pékin coupable de pressions sur un partenaire hongkongais de BioN’tech pour expliquer ce retournement

22 Fév 2021


La Bibliothèque d’histoire sociale

Né à Kiev en 1895, Boris Lifschitz dit Souvarine est naturalisé français en 1906. Dessinateur d’art et journaliste, il est membre de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO).

Lors du Congrès de Tours de décembre 1920, il est un des acteurs de la scission au sein de la SFIO aboutissant à la création du futur parti communiste français.

Exclu du parti dès 1924, Boris Souvarine continue néanmoins son activité politique à travers un groupe de réflexion sur le régime stalinien. En 1935 il crée l’Institut d’Histoire Sociale (IHS), filiale française l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam.

Réfugié aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, il y tisse des liens étroits avec des universitaires anti-communistes. A son retour en France en 1947, Souvarine poursuit sa lutte contre le stalinisme, via la participation à des revues et la réorganisation de l’IHS à partir de 1954. Secrétaire général jusqu’en 1976, il restera très proche de l’institut jusqu’à son décès en 1984.

Le fonds de la Bibliothèque d’histoire sociale tire son origine des premiers documents rassemblés par Souvarine dans les années 1920 en Russie, puis en France avec la création de l’Institut d’Histoire Sociale. Confisquée durant la seconde guerre mondiale, la bibliothèque renaît après la Libération conjointement avec l’IHS. Continuellement enrichie depuis, elle constitue un fonds de référence sur le communisme, le socialisme et le syndicalisme, retraçant l’histoire des luttes politiques, syndicales et sociales qui agitent le monde depuis le XIXe siècle.

Les collections de la BHS rassemblent plus de 40 000 ouvrages, plus de 1800 titres de périodiques, des brochures, des archives et des manuscrits légués par des militants et des historiens.
Depuis sa donation au département en 2013, cette bibliothèque contribue à la promotion et la valorisation du patrimoine culturel des Hauts-de-Seine. Conservées aux Archives départementales, elles complètent les archives publiques et privées et sont consultables par un large public.

Les Fonds :

– Communisme

Ouvrages théoriques (Marx, Engels, Lénine…), études marxistes (économie, politique, littérature…), témoignages de dirigeants, mémoires d’exclus, brochures. Œuvres de Boris Souvarine, documentation sur le PCF, sur l’anticommunisme

– Socialisme

Ouvrages théoriques (Saint-Simon, Fourier, Proudhon…), fonds sur la SFIO, le PS, le PSU, le PSA, le NPS, documentation sur le socialisme international (AIT, partis socialistes européens)


– Monde ouvrier, syndicalisme

Histoire du travail et du monde ouvrier, des bourses du travail, documentation sur les grandes centrales ouvrières (CGT, CGTU, CFDT, CFTC, FO), les syndicats de branches professionnelles,
l’anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire, le syndicalisme international


Autres mouvements de pensée politique :

Anarchisme (ouvrages théoriques, études, brochures…), Mai 68 en France et dans le monde, altermondialisme (ATTAC…), Internationale situationniste, catholicisme social, contributions philosophiques

Fonds complémentaires :

Histoire de France de 1789 à aujourd’hui.

Ressources sur le féminisme, la protection sociale, le monde rural, l’enseignement, les médias, le travail et l’économie.

Etudes sur l’ensemble des pays où se sont propagées la doctrine communiste et l’influence soviétique : l’Afrique (Algérie, Angola…), l’Amérique latine (Cuba, Nicaragua…), l’Asie (Chine, Corée du Nord…), l’Europe occidentale et orientale (RDA, ex-Yougoslavie…)


– Fonds d’archives

Fonds Boris Souvarine, Jacques Le Roy Ladurie, Annie Kriegel, Emile Roche et bien d’autres encore…

L’ensemble de ces archives est librement communicable sous réserve des droits moraux et patrimoniaux des auteurs s’agissant d’œuvres de l’esprit.

La communication des archives renvoie au Code du Patrimoine.

La Souvarine propose une aide personnalisée à la recherche sur place, par mail ou par téléphone et un accès à la presse en libre-service.

La consultation de ses collections se fait uniquement sur place.

Possibilité de photocopies.

L’inscription se fait sur présentation obligatoire d’une pièce d’identité.

Horaires

Le lundi de 13 h à 17 h
Du mardi au jeudi de 9 h à 12 h, de 13 h à 17 h
Le vendredi de 9 h à 12 h

Contact :
Conseil départemental des Hauts-de-Seine
Immeuble « Le Quartz »
Bibliothèque d’histoire sociale La Souvarine
4 avenue Benoît-Frachon
92023 NANTERRE cedex
01 46 14 09 32

(RER Nanterre-Ville)

bibliotheque.souvarine@hauts-de-seine.fr

19 Fév 2021


Éric-Emmanuel Schmitt : La Traversée des Temps, t. I Paradis perdus, Albin-Michel, Paris 2021

Quand j’ai entendu qu’Éric-Emmanuel Schmitt se lançait dans une écriture romanesque de l’Histoire de l’humanité en 8 volumes et 5000 pages, je me suis immédiatement attendu au pire et je ne suis pas déçu par la lecture de l’interview parue dans La Libre Belgique d’aujourd’hui. En gros : nous vivions au paradis du temps où nous étions chasseurs-cueilleurs, égalité homme femme, pas de hiérarchie, chacun savait tout ce qu’il y avait à savoir, abondance, harmonie et bonheur. Avec l’agriculture, sont arrivées la propriété et la spécialisation et avec elles la violence, le vol, la perte d’autonomie, la dégradation de la condition féminine. Maintenant nous prenons conscience de l’impasse où nous nous sommes nous-mêmes menés, mais il est peut-être trop tard car nous sommes à la veille d’un nouveau déluge causé cette fois par l’homme et son orgueil.

Ces inepties à la mode, contredites, entre autres, par les dernières découvertes archéologiques et anthropologiques, renforcent les grandes ignorances et distorsions mentales sur l’évolution, l’histoire, le monde et la nature humaine. Elles évacuent encore et encore les progrès, en accélération rapide, accomplis en matière de bien-être et de qualité de vie selon tous les critères mesurables : pauvreté, faim, maladies, accidents, guerres, autres violences, conditions de travail, libertés réelles, espérance de vie en bonne santé, possibilités culturelles, d’échanges, d’épanouissement personnel et collectif. Et, bien sûr, attendons-nous à un volume où il sera beaucoup question de nazisme et à l’inexistence du communisme !

Les romans de ce type, parfois d’une haute valeur littéraire, se fondent sur une réalité fictive et dès lors renforcent les grandes ignorances, nourrissent la sinistrose, le pessimisme, l’angoisse, démotivent nombre de jeunes, nous affaiblissent face aux menaces et enjeux bien concrets. Ils contribuent indirectement aussi à des décisions politiques débiles comme l’abandon du nucléaire.

Pierre Druez

19 Fév 2021