Quand Hsinhua (Chine nouvelle) s’invite dans L’Opinion

On lira diverses précisions sur ce musée si particulier de Montargis dans L’Opinion, oui, le quotidien libéral, lequel vient d’accueillir deux fois de suite dans ses pages, l’agence Chine nouvelle (Hsinhua). Le 2 juillet, on y lisait les analyses très prochinoises de M. Digeon, maire de Montargis depuis 2018, affirmant l’existence d’un « parti communiste spécifique à la Chine » et évoquant la figure de Mao « qui a mis le pays en marche ». C’est cependant son prédécesseur, Jean-Pierre Door, qui, en 2014, avait donné le nom de « place Deng Xiaoping » à la place de la gare de Montargis. Une manière comme une autre de marquer le 25 e anniversaire des massacres de la Place Tien Anmen ?

Jean-Pierre Door avait enlevé la mairie de la ville au PCF en 2001, mais sur la Chine, il semble qu’un maire, qu’il soit communiste ou gaulliste, peut tenir un discours très comparable à celui de ses collègues. S’il est question dans cette page de L’Opinion, des bonnes relations de la Chine et des maires LR de Montargis, le PC français n’est pas oublié et Hsinhua donne la parole à Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, rendant ainsi plus consistants encore les soupçons de liens étroits entre ce dernier et le PCC. Fabien Roussel parle dans son entretien avec l’officielle agence de presse chinoise de deux partis (communistes) qui entretiennent « une relation franche et loyale et où les accords sont revendiqués et les différences mutuellement acceptées ». Progrès économiques, références à l’ONU comme source de l’ordre international légitime, rôle positif des chercheurs chinois dans la recherche d’un vaccin anti-covid, efforts pour protéger l’environnement, Roussel ne tarit pas d’éloges sur la Chine communiste où il fut invité en 2019…

Une semaine plus tard, le 9 juillet, une nouvelle page signée Hsinhua était à la disposition des lecteurs de L’Opinion. Un touchant appel de Xi Jinping pour le bien-être des peuples et les progrès de l’humanité y voisine avec un tableau des bienfaits du modèle chinois de gouvernance en Afrique.

N’est-il pas dangereux, pourtant, de croire que l’indépendance du journal ne court aucun risque parce que l’on a pris soin d’indiquer clairement qu’il s’agit de simples « communiqués » ? La Chine passe quand même ses mensonges et espère sans doute rendre dépendant de sa manne le quotidien qui s’ouvre à ces « communiqués ». A-t-on mesuré à L’Opinion les risques encourus ? On l’espère…

Seul point tout à fait rassurant : ces pages chinoises puent littéralement la propagande, un peu comme les pages nord-coréennes qui décrivaient jadis, dans la presse occidentale les hautes responsabilités du Pr Edmond Jouve dans les comités pour la diffusion de la pensée du « djoutché », le galimatias idéologique concocté à Pyongyang.

Et puis – mais cela ne concerne plus L’Opinion – croit-on vraiment à Pékin qu’un PCF groupusculaire puisse servir les intérêts chinois? Voilà qui rappelle le milieu des années 60 où la « République populaire » soutint jusqu’en France des groupuscules pro-chinois avec le succès que l’on sait…

18 Juil 2021


La Patrie et la Vie

(Le texte qui suit reprend, mais aussi complète et actualise, une tribune de l’auteur publiée dans Le Figarovox du 15 Juillet dernier)

Des manifestations réunissant des milliers de Cubains ont eu lieu à La Havane et dans une vingtaine d’autres villes le 11 juillet. La foule n’était cependant pas agressive, le premier jour en tout cas, comme on a pu le constater sur les vidéos d’amateurs diffusées sur les réseaux sociaux. Elle disait sa lassitude au gouvernement : lassitude devant tant de difficultés à vivre avec les pannes de courant, les pénuries alimentaires, le manque de médicaments. Certains, il est vrai, disaient plus, s’en prenaient à la dictature et demandaient plus de liberté.

La nouvelle de ces manifestations a fait le tour du monde. Il faut dire que des manifestations à Cuba, c‘est un événement ! Quelques unes de bien moindre ampleur ont eu lieu l’an dernier, en novembre, mais les précédentes remontaient à 1994 ! Et déjà, comme aujourd’hui, il s’agissait de protester contre la vie quotidienne difficile de la population cubaine.

On a là une première clef pour comprendre ces manifestations. Le quotidien des Cubains est une longue marche dans la pénurie, l’inconfort et, disons le mot : l’enfermement. Les voyages sont difficiles, voire impossibles, le courrier postal avec l’étranger inexistant, la presse réduite à celle du Parti, l’internet contrôlée – et supprimée quand l’exécutif en décide ainsi, comme on l’a vu après ces manifestations. Une des premières décisions des dirigeants cubains fut significativement de couper la parole à Dina Stars, une journaliste non officielle qu’interviewait la télévision espagnole.

Et cela fait plus de 60 ans que ça dure ! Les frères Castro ont réussi à installer un des pires régimes de la planète, associant l’échec économique à l’absence de liberté individuelle. Ce qui étonne, de loin, c’est non pas qu’il y ait eu ces manifestations, mais qu’il y en ait eu si peu. La police et l’armée quadrillent efficacement le pays, il est vrai, et le roman national, avait, il y a quelques décennies, une allure d’épopée. Les frères Castro et le justicier romantique Guevara avaient mené une lutte héroïque contre l’impérialisme américain et, de Sartre à Ségolène Royal, ils ne manquèrent pas d’intellectuels ni de politiques pour les applaudir.

Manipulé et trahi (mais qu’aurait-il fait de mieux s’il ne l’avait pas été?), Guevara n’est plus là. Les frères Castro non plus – ou si peu : Raul Castro, âgé de 90 ans, a participé en personne au lendemain de la manifestation, à une réunion du Bureau politique du PC. Un bureaucrate sans visage, un certain Diaz-Canel, leur a succédé et dirige le pays avec les mêmes arguments fatigués d’antan : si l’île connait des difficultés économiques, c’est la faute au blocus américain a-t-il répété alors qu’il ne s’agit que d’un embargo et que 80 % de ce que mangent les Cubains viennent des Etats-Unis!

L’origine des difficultés du régime castriste est en effet qu’il s’arc-boute sur les principes communistes : malgré les résultats lamentables des agricultures de type soviétique, on étatise toujours, à Cuba et…l’on achète sa nourriture au grand Satan américain. Et comme les caisses sont presque vides, on ne fait pas bombance.

Broutille que cela, pour les privilégiés au pouvoir. Ce qui compte aujourd’hui, comme hier du temps de Fidel, c’est la « lutte contre l’impérialisme » au nom de laquelle on mène la vie dure à la population. Diaz-Canel, l’a rappelé lors d’une visite récente à Pyongyang à son ami le Nord-Coréen Kim Jong Eun : nous sommes la « dernière tranchée » en lutte ouverte, frontale, avec l’impérialisme.

Même si moins d’enfants souffrent de la faim à Cuba qu’en Corée du Nord, l’avenir n’y est pourtant pas rose. La situation risque même de s’y aggraver pour deux raisons majeures : les touristes sont moins nombreux à se rendre dans l’île et le Vénézuela est dans une situation économique si désastreuse qu’il ne peut plus assurer, au même rythme qu’avant, les livraisons de pétrole à bas prix que Cuba revendait au cours international. Ces deux facteurs, qui s’ajoutent à l’incapacité de l’agriculture d’Etat de nourrir la population cubaine, permettent en grande partie de comprendre la lassitude grandissante de la population cubaine. Il y a même une manière de refus existentiel largement répandu dans la population qui joue son rôle : la « lutte », les Cubains connaissent. C’est la pratique du système D, la débrouille à laquelle ils sont acculés dans un tel système. Mais ce dont il ne veulent plus, c’est des appels à l’affrontement à mort avec le monde extérieur que résume le mot d’ordre castriste : Patria o muerte ! la Patrie ou la mort… L’un des slogans lancés lors des manifestations était au contraire : « Patria y Vida », La patrie et la vie, titre d’un morceau de hip-hop entendu des millions de fois sur You Tube, et sorte d’hymne à une autre vie, lancé par de jeunes musiciens, Maykel Castillo, en prison depuis deux mois, et Luis Manuel Otero, qui vient d’être arrêté lui aussi. Leur « mouvement », baptisé « San Isidro » du nom de leur quartier à La Havane, était bien présent lors des manifestations, qu’il rythmait plus qu’il ne les dirigeait, comme un « oui » à la vie et à des années-lumières des perroquets au pouvoir répétant ce que disait Fidel Castro il y a presque exactement 60 ans, le 30 juin 1961, au sujet de l’art : au sein de la révolution, il lui permettait tout. Mais contre la révolution, rien !

Les jours du régime castriste sont-ils cependant comptés? Sans doute les données sociales changent à Cuba et l’on a vu avec ces manifestations du début de la semaine que les réseaux sociaux jouaient un rôle actif dans la mobilisation. Grâce à eux, toute une jeunesse pour qui la Sierra Maestra et la Baie des Cochons sont de l’histoire ancienne, contourne les interdits, s’informe sur le monde extérieur et informe ce dernier sur ce qui se passe à Cuba. Via Youtube, Diana Stars est suivie par des milliers de gens. Et Yoani Sanchez, quant à elle, s’exprime dans son quotidien en ligne 14ymedio.

La présence parmi les gens arrêtés ou disparus suite aux manifestations, de dissidents plus âgés comme José Daniel Ferrer et Manuel Cuesta Morua, deux des principaux dissidents du pays, montre peut-être une rencontre de deux générations. Voilà donc l’opposition au régime qui grandit. La fermeté de l’Union européenne, qui a clairement condamné la répression, confortera cette opposition dans ses choix et renforcera l’isolement des dirigeants communistes. L‘Union européenne comme les Etats-Unis ont fait à l’occasion de ces manifestations ce que l’on attendait d’eux, ni plus ni moins : ils ont lancé un appel en faveur de la liberté à Cuba, et entre autre, de la liberté de manifester sans être arrêté par la police (on compte 130 arrestations et un mort). On notera avec satisfaction que les démocraties libérales de chaque côté de l’Atlantique étaient cette fois sur la même longueur d’onde alors qu’on assistait en général, ces dernières décennies, à l’expression de désaccords implicites : aux dénonciations du castrisme par les Etats-Unis s’opposaient des appels par l’Europe au dialogue et à la coopération économique. C’est tout juste si l’on se souvenait qu’il y avait des prisonniers politiques dans l’île.

Malgré ces indications favorables à la révolte de la population cubaine, il faut cependant rester prudent. Diaz-Canel a retenu les leçons du Venezuela où le pouvoir a su diviser la population et où les manifestation répétées ont fini par lasser…Le n°1 cubain a donc appelé les communistes du pays à s’opposer à ces manifestations « aux ordres de l’étranger ».

L’armée et la police sont encore très puissantes.

Ensuite le pouvoir cubain n’est pas totalement isolé : que vont faire ses alliés, la Chine communiste et la Russie? L’une comme l’autre sont considérées comme des amies de Cuba et se verront appelées à l’aide si jamais le régime castriste chancèle.

Mais nous n’en sommes pas encore là…1

Pierre Rigoulot

crédit image : Cuba, Havana | Flickr

1. v. « Bon week-end à Montargis », de Benoît Villiers, 5 juin 2021

18 Juil 2021


Une histoire révisée

Le magazine Géo-Histoire consacre son numéro de juillet  aux « derniers  secrets de Staline ». Nonobstant que ces « secrets » n’en sont pas vraiment, on est étonné de découvrir des contradictions factuelles d’un article à l’autre, comme sur le bilan de la Grande Famine (5 millions  de morts page 3, six page 23, cinq page 35), et des erreurs chronologiques grossières (Zinoviev et Kamenev fusillés en 1934 ! Kirov assassiné en 1936 !) sans parler des oublis comme la conférence de Téhéran qui précède celle de Ialta et détermine déjà les vrais rapports de force en Europe.

Par ailleurs, on peut relever des erreurs gênantes dans la traduction de certains termes : « koulak » ne signifie pas alors « usurier » mais désigne dans la langue politique totalitaire imposé par les Bolcheviks un paysan riche, étant entendu que c’est le parti qui décide qui est riche et qui ne l’est pas. Par ailleurs, le lecteur peut croire que Staline a succédé directement à Lénine (« Staline prit les rênes de l’URSS, en 1924 », p. 33), ce qui est une contre-vérité qui escamote la séquence de la troïka Zinoviev-Kamenev-Staline liguée contre Trotski, séquence qui dure jusque fin 1925 quand Staline, au XIVe Congrès du PCUS, devient secrétaire inamovible dans les faits et par là maître définitif du parti, après avoir été adoubé par Lénine dès 1922. Surtout, la description du pouvoir stalinien fait fi du rôle de Lénine dans l’instauration du régime totalitaire — le fondateur du parti bolchevique ayant mis sur pied les instruments nécessaires qu’utilisera son disciple. Boris Souvarine, qui a eu l’avantage de connaître les deux hommes concluait, en 1964, au terme d’une longue méditation : « On discerne bien des traits du régime stalinien dans l’état des choses soviétiques créé par Lénine. » Il paraît par conséquent inapproprié de faire l’impasse sur l’héritage léniniste, comme c’est le cas ici.

Autre impasse : on affirme (p. 35) que « caché par le régime stalinien, l’Holodomor se déroula en silence ignoré du reste du monde », ce qui est contredit avec la référence (p. 33) aux articles de Gareth Jones — loin d’être le seul journaliste à publier des articles à ce sujet (voir  ceux de Malcolm Muggeridge) – et la multitude d’articles dans la presse française, par exemple, dans Le Matin, Le Temps, L’Ordre d’Émile Buré, sans parler de ceux de la revue universitaire Le Monde slave. C’est bien l’absence de réaction de la part des gouvernements occidentaux face cette parfaite connaissance de la famine qui doit être interrogée, tant cette « absence » semble se perpétuer de nos jours…

Le numéro de Géo-Histoire se conclut sur l’interview du professeur britannique Geoffrey Roberts qui fait l’éloge de Staline chef de guerre. Selon lui, Staline était déjà un remarquable tacticien alors que l’on sait que certaines de ses initiatives pendant la guerre polono-soviétique, compromirent la manœuvre principale. Surtout, la rédaction, semble ignorer l’ouvrage fondamental sur l’invasion nazie en 1941 de Jean Lopez et Laska Otkhmezuri : Barbarossa, 1941. la guerre absolue (2019) où l’on peut lire : « En 1941, ses bévues, ses obsessions, ses slogans sont responsables de plusieurs millions de pertes que ce soit dans les quinze premiers jours de l’opération Barbarossa, mais aussi à Kiev, et lors des innombrables contre-attaques qu’il exige en se souciant de la raison militaire comme d’une guigne. » C’est en plaçant le pays entier sous le double contrôle du NKVD et du parti que Staline conserve, par sa position de dictateur totalitaire, le pouvoir de conduire les opérations, ses erreurs militaires apportant la preuve à rebours de son pouvoir absolu. Lorsque est rappelé les 27 millions de morts soviétiques – chiffre hypnotique –, le plus souvent ne sont nullement analysées les raisons de cet effroyable bilan. Si la Russie se défend « par la profondeur », selon le mot de Jaurès, à l’époque de Staline, elle combat aussi par la masse des soldats mobilisés. De nombreux témoignages montrent combien les généraux soviétiques méprisaient la vie des soldats, lançant des  vagues d’attaques absurdes et non-préparés (voir Les Carnets de Nikolaï Nikouline, 2019). Ainsi les travaux de Geoffrey Roberts accompagnent sans scrupule la ligne stalino-poutinienne de révision de l’histoire.

Jean-Louis Panné

(Crédit photo : File:Vladimir Lenin and Joseph Stalin, 1919.jpg – Wikimedia Commons)

13 Juil 2021


Les assesseures voilées

Le vote de la majorité et des socialistes repoussant l‘amendement proposé par François Pupponi, l’ancien maire de Sarcelles, au nom du MoDem est une faute lourde de sens.

La neutralité des assesseurs n’est pas seulement une exigence découlent de la séparation des l’Églises et de l’État. La banalisation du port du voile dans l’espace public est une tactique de l’entrisme islamiste qui est pratiqué par ceux qui veulent que la France devienne bi-communautaire.

De bonne foi sans doute, les élus de LREM et les socialistes pensent qu’il faut céder sur des accommodements raisonnables qui faciliteront l’intégration de ceux des Français musulmans qui restent fidèles à leur culture d’origine, qui est incompatible avec la nôtre sur des points fondamentaux

La laïcité n’est donc pas l’enjeu principal de la violente dispute qui a agité le Parlement sur le voile de l’assesseur

L’enjeu principal est le modèle français de société fondé sur une culture commune.

Le choix est clair : ou bien la République française dit gentiment aux Français musulmans qui demeurent fidèles à leur culture d’origine sur les points où cette culture n’est pas compatible avec celle du pays d’accueil, « faites comme chez vous, affichez votre appartenance à votre religion, à condition de tolérer les opinions des autres» ou bien on leur dit « intégrez-vous en faisant comme les autres Français, lesquels ne mettent pas en avant leurs différences culturelles parce qu’ils partagent avant tout une culture commune. »

Ce sont deux façons opposées de concevoir l’intégration.

La macronie vient de donner des verges pour se faire fouetter par les défenseurs du modèle français de société.

J’aimerais bien qu’elle se reprenne.

André Senik

(crédit photo : Paris, mairie du 10e arrdt, salle des mariages, Marianne)

Réponse

Comme il est tard pour réagir à ce sujet.
Chacun sait que plus on réagit tard face à un travers, à une maladie, moins il est facile de l’entraver et y mettre fin.
Félicitations pour cette réaction d’arrière-garde qui change de celles concernant habituellement le communisme en général, devenu … sous nos cieux….. un fauve assez inoffensif. Ici en tous cas.
Bien au contraire de celui qui avance voilé ici depuis 30 ans au moins, avec ses alliés.
Après des années d’erreur de cible, on tente de rectifier.
Il est bien tard ! Trop tard sans doute.

Didier Devred

5 Juil 2021


Colombie : Petro cherche à obtenir dans la rue ce qu’il n’a pu trouver dans les urnes

Les manifestations ont pris fin dans l’ensemble du pays a l’exception de Cali, nous y reviendrons, et d’une ou deux municipalités. Les troubles se poursuivent à Bogota. Depuis le 28 avril, que la « grève nationale » a donné lieu, après les marches et manifestations a des débordements incontrôlés. Le gouvernement a dû faire appel à la police et à l’armée et l’opposition a parlé de répressions, des violences policières ce qui a conduit à une augmentation de la violence dans les rues, le pillage de magasins et une insécurité dans plusieurs quartiers de Bogota. Mercredi soir, le 23 juin, la destruction du « Portal » de Suba, du Transmilenio, le système de transport urbain de la ville, a obligé la Maire de Bogota, Claudio Lopez, à déclaré : « Nous n’allons pas accepter le vandalisme ». Elle avait auparavant demandé à Gustavo Petro de calmer ses troupes et de les faire cesser les violences, déclenchant ainsi une controverse avec le principal dirigeant de l’opposition au gouvernement. Il y a donc bien une politisation de ces conflits ; ce qui donne raison aujourd’hui a tous ceux qui dénonçaient l’action de Petro d’envenimer en sous-main la situation pour profiter du chaos afin de prendre le pouvoir par la rue qu’il n’avait pas pu obtenir par les urnes. Dernière minute : un motocycliste est mort vendredi 25 a Bogota en raison d’une « obstruction violents de la part certains manifestants » a dénoncé samedi 26 la maire de la capitale colombienne qui a interdit les rassemblements a Suba et Las Americas, deux des terminus du Transmilenio.

Il ne s’agit plus de protestations pacifiques mais de guérilla urbaine. Le vandalisme a pris de graves proportions à Bogota. Ce sont bien des groupes radicaux, organisés, avec des bombes incendiaires, des armes et des casques, financés par quelques politiques qui génèrent le chaos. La lassitude ressentie par la population, en Colombie, en général, et à Bogota, en particulier, doit faire face a une escalade de la violence pour attirer l’attention. Alors que baisse la protestation sociale, apparait un autre type de violence. Gustavo Petro est responsable, selon la Maire, d’entretenir cette violence et ceux qui le suivent sont les plus radicaux. La protestation sociale a dégénéré avec les groupes illégaux et radicalisés.

A Cali, la situation est désormais clarifiée par la capture de Leonardo Diaz Escobar, alias Richard, ex-chef de la colonne mobile Jacobo Arenas des Farc et aujourd’hui à la tête de la structure urbaine mise en place par Ivan Marquez un des chefs des dissidences de Farc qui se cache au Venezuela. La revue Semana a révélé qu’alias Richard a été arrêté avec 7 autres membres des Farc dont une femme, par la police après des interceptions téléphoniques qui permirent d’apporter de nouvelles preuves de l’infiltration d’Ivan Marquez. C’est lui qui assure l’approvisionnement en argent, logistique et en armes de ces groupes liés aux Farc et même anciens des Farc. Ils ont ainsi organisé le blocage des routes d’accès à Cali et à Buenaventura, la ville portuaire du Pacifique ou venaient les armes et bombes incendiaires utilisées par les « muchachos », les jeunes au chômage ou étudiants de l’université del Valle de Cali. Les communications téléphoniques révèlent ainsi que les chefs rassemblaient ces groupes de jeunes, les payaient, leurs donnaient des fusils pour aller se battre contre la force publique et la police.

Une démonstration supplémentaire que la paix négociée par l’ex-président Santos et les Farc n’a pas obtenu le but souhaité ; les dissidents des Farc continuent d’organiser « les luttes » pour prendre le pouvoir en Colombie avec l’appui plus ou moins déclaré du Venezuela et de Cuba qui n’ont pas abandonné l’idée de renverser le pouvoir légal de Colombie pour installer a sa place une régime qui partage la même idéologie.

Jacques Carbou

Le 25 juin 2021

(Crédit photo : El alcalde Mayor de Bogotá, Gustavo Petro | Flickr)

29 Juin 2021


À propos de la querelle entre Orban et Macron

Le devenir sexuel des enfants et des adolescents est une affaire délicate qu’il ne faut surtout pas traiter brutalement

Sont brutaux pourtant, pour les homosexuels, leurs familles et leurs amis, le discours et les lois d’Orban revenant à dire aux homosexuels :  « vous êtes libres, mais cachez cette pathologie de peur qu’elle n’influence les enfants et les adolescents ».

Brutaux aussi pour les parents qui préfèrent que leurs enfants ne soient pas incités à aggraver des troubles et des hésitations identitaires qui sont le lot de cette période.

Entre l’occultation infamante et le militantisme transgressif dans les écoles et autres lieux de formation, il doit exister une attitude de respect pour cette époque de la vie.

La priorité revient sans doute à désarmer l’agressivité des enfants et des adolescents à l’égard de ceux qui ne sont pas comme eux.

La tolérance est une ligne de conduite qui rejette à la fois l’opprobre et le militantisme.

André Senik

(Crédit photo : Image par Boris Štromar de Pixabay)

28 Juin 2021


A l’occasion du procès des « petites frappes » ( comme ne dira pas l’ambassadeur de Chine en cette occasion) ayant menacé Mila des pires sévices pour sa mise en cause de l’Islam, à l’abri (pensaient-ils) de leur anonymat, des élus parisiens de La République en marche ont opportunément apporté leur soutien à la jeune fille dans une tribune publiée par L’Opinion et rappelé le caractère essentiel de la liberté d’expression pour une démocratie.

Pour nos lecteurs, nous reproduisons ce texte, passé un peu inaperçu du fait du contexte électoral.

H&L

« Je vais forcément ne pas rester en vie. » C’est par ces mots glaçants que Mila, coupable d’être libre, envisage en 2021, en France, son avenir.

Il y a plus d’un an, Mila entrait dans nos vies à travers l’histoire de son supplice, celui d’une jeune femme de 16 ans affrontant, pour avoir exprimé librement une opinion, un déferlement de haine en ligne, plusieurs dizaines de milliers de menaces de mort, des appels au viol, sans compter d’innombrables insultes et harcèlements souvent misogyne et lesbophobe. Elle vit aujourd’hui sous protection policière et sa vie est en danger, « prisonnière dans son propre pays » pour reprendre ses mots.

La liberté d’expression est attaquée et beaucoup regardent ailleurs. En 2015, après le terrible attentat qui avait frappé Charlie Hebdo, nous avions été formidablement nombreux à manifester notre attachement indéfectible à la liberté d’expression. Nous avions su rejeter les lâchetés, les sophismes, les « oui mais », pour rappeler cette chose simple : en France, chacun a le droit de s’exprimer tant qu’il

 Pourtant, six ans plus tard, Mila est souvent laissée trop seule. Nous nous élevons contre ce silence coupable entretenu par une partie de la classe politique et des responsables associatifs qui préfèrent regarder ailleurs et pavent la voie de tous les renoncements. Nous osons à peine rappeler qu’il ne s’agit guère de prendre position sur le contenu de ses propos, puisque la question n’est pas là. Il s’agit de défendre son droit, et par là même celui de tous les citoyens, à s’exprimer librement, sans autre limite que celles que nous nous sommes fixées collectivement par la loi démocratique.

Il est plus que temps que, collectivement, nous disions : « Ça suffit. » Nous ne pouvons accepter en France que l’on risque sa vie pour une parole. Nous ne pouvons accepter qu’une jeune femme de 16 ans porte sur ses épaules le combat qui devrait être celui de tous. A travers Mila, c’est toute la France qui est meurtrie et c’est toute la Nation qui doit se mobiliser.

Nous, citoyennes et citoyens, élus de la majorité présidentielle à Paris, rappelons aujourd’hui notre attachement indéfectible à la liberté d’expression et notre soutien plein et entier à Mila. Au nom du respect de tous ceux qui sont tombés ces dernières années sous les coups des ennemis de la République, au nom des principes universels qui fondent notre démocratie et font l’honneur de la France, au nom de Paris qui, à travers le monde, est depuis si longtemps une promesse de liberté, nous devons le faire sans tergiverser, sans fausses excuses, sans compromissions.

C’est pourquoi nous demandons également au Conseil de Paris, que ses élus expriment collectivement leur soutien à Mila et au principe de la liberté d’expression tel que défini par la loi et la Constitution de notre République et affirment la volonté que justice soit rendue à l’encontre de chaque pourvoyeur de haine à l’encontre de Mila et de tous ceux qui expriment librement leur opinion

Signataires :

La République en marche de Paris ; Agir Paris ; Territoires de Progrès Paris ; Les Jeunes avec Macron Paris. Stanislas Guerini, député de Paris, délégué général de La République en marche ; Julien Bargeton, sénateur de Paris LREM, coordinateur Paris de La République en marche ; Pierre Yves Bournazel, député de Paris Agir, conseiller de Paris, élu du XVIIIe arrondissement ; Maud Gatel, députée de Paris MoDem, conseillère de Paris ; Laetitia Avia, députée de Paris LREM, porte-parole de La République en marche ; Pacôme Rupin, député de Paris LREM, conseiller de Paris Centre ; Pierre Person, député de Paris LREM ; Anne Christine Lang, députée de Paris LREM – Territoires de Progrès ; Gilles Legendre, député de Paris LREM ; Guillaume Poitoux, conseiller LREM – Territoires de Progrès du XIe arrondissement ; David Amiel, conseiller LREM du XVe arrondissement ; Catherine Ibled, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVe arrondissement ; Hannah Sebbah, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVIe arrondissement ; Alexis Govciyan, conseiller de Paris LREM du IXe arrondissement ; Edouard Civel, 1er adjoint LREM à la mairie du Ve arrondissement ; Jean Pierre Plagnard, adjoint à la mairie du IXe arrondissement ; Sophie Segond, conseillère LREM – Territoires de Progrès du VIIIe arrondissement ; Nicolas Cour, conseiller LREM du IXe arrondissement ; Fanta Berete, conseillère LREM du XVe arrondissement, coordinatrice Paris LREM ; Bertrand Lavaud, conseiller LREM du XVIIe arrondissement ; Justine Henry, conseillère LREM du XVIIIe arrondissement ; Christian Honoré, conseiller Agir du XVIIIe arrondissement ; Antoine Lesieur, secrétaire général de LREM Paris.

(crédit photo : UBC Library French Revolution Collection | Flickr)

23 Juin 2021


Ils n’ont pas voté et puis, après?

Le record d’abstentions au premier tour des élections départementales et régionales a donné lieu à des réactions plaisantes. Il faut avoir lu l’éditorial du Monde parler de la « grève des urnes » et du grand « désengagement démocratique », comme si l’obéissance au rituel électoral par une part aussi importante que possible des citoyens était toujours et en toutes circonstances le symptôme d’une bonne santé démocratique.

Il faut avoir vu aussi Marine Le Pen fustiger ses électeurs absents et déclarer : « Se battre contre des ennemis, c’est une chose. Mais se battre contre des gens qui ne veulent pas être sauvés (sic) en est une autre ». En confondant faire de la politique et faire son salut, Mme Le Pen montre qu’elle n’a guère compris notre époque. Si 73% de ses électeurs se sont abstenus, c’est aussi parce qu’eux aussi commencent à comprendre que le temps n’est plus au manichéisme politique; que le temps n’est plus aux bouleversements salvateurs, ni d’ailleurs au : « Nous ne sommes rien soyons tout » ! Les Français n’ont plus envie de trouver leur salut dans un autre monde politique, dans un autre système.

Des problèmes? Il y en a, en effet et il faut essayer de les résoudre, mais nul besoin pour cela de renverser la table ni de dénoncer le « système ». Nul besoin de manifestes, de proclamations, de banderoles et de drapeaux Le « système », démocratique libéral sur le plan politique et capitaliste sur le plan économique, encadré par des lois et des règlements, voilà ce que veulent l’immense majorité des gens en ce début d’été 2021. Ont-ils renoncé au Grand Soir patriotique du Rassemblement national? A la nuit des barricades de l’extrême gauche ? Tant mieux!. Ils se trouvent bien, ou plutôt assez bien, dans la société française actuelle, en tout cas mieux que quelques vociférations, plaintes et violences nous le feraient croire.

Sans doute les grandes promesses de lendemains qui chanteront une fois l’infâme abattu – le bourgeois, le mâle, le Blanc, que sais-je encore? -, sans doute, les pauses avantageuses de « patriotes » dénonçant les Grandes invasions, ou l’Insécurité omniprésente, en prennent-elles un coup. Chevaliers de la canne à pêche, partisans de la partie de pétanques, candidats à la promenade familiale et militants du bricolage ont pris le pas sur ceux qui savent comment sauver la France. Ils jugent que l’installation d’un gymnase dans un collège ou le gain d’un quart d’heure sur une destination de TER sont des enjeux respectables mais qui peuvent être traités par de bons gestionnaires et de bons administrateurs …Pour ce qui est de la politique à proprement parler, ou plutôt pour ce qui est des grandes questions politiques que sont la mise en place d’un développement équilibré et souverain, l’approfondissement de l’identité européenne, le contrôle de l’immigration, la défense de la laïcité, la lutte contre l’islamisme radical et l’organisation de la défense contre le totalitarisme chinois, ils pensent que l’on verra cela en avril 2022, lors des présidentielles qui cannibalisent il est vrai, pour reprendre la bonne formule de Gérard Grunberg sur son blog Telos, les autres élections. En attendant, nul parti ne saura animer la vie politique française. Si La République en marche pâtit de n’ avoir pas su trouver une nouvelle voie, les anciens partis – PC, PS, gaullistes de LR et même le RN, à sa manière – ont pâti de ne pas avoir abandonné leurs anciennes structures hyper-hiérarchisées, incarnées voire soumises à une personnalité, incapables d’abandonner leur rhétorique convenue et leur ronron idéologique.

Au fond, les abstentionnistes du 20 juin nous rappellent ce qui est important aujourd’hui et ce qui l’est moins. Ils n’ont pas vraiment besoin, comme cela a été proposé au soir du premier tour, d’une « vigoureuse campagne civique » comme le suggérait Le Monde pour les remettre dans le droit chemin.

Pierre Rigoulot

(Crédit photo : Cannes à pêche | Flickr)

De fait, rien n’a changé et il ne s’est donc rien passé!

L’extraordinaire taux d’abstention et l’extraordinaire immobilité du paysage électoral disent la même chose  : la masse des électeurs n’est pas en colère contre les équipes diverses qui gèrent leurs régions.

Ce pays que l’on décrit comme révolté, déchiré et explosif a continué à vaquer à ses affaires privées.

Cela ne prouve pas une désaffection à l’égard de la démocratie quand elle n’est pas menacée. On le verra lors des élections qui comptent.

Certaines questions demeurent selon moi : y aura-t-il des référendums comme en Suisse? Y aura-t-il des débats de fond pour les présidentielles?

André Senik

23 Juin 2021


Compte-rendu : DEPORTÉS EN URSS – Récits d’Européens au goulag 1939-19501

Il me semble que le nombre de publications sur le Goulag est en augmentation, ce qui, au moment où Poutine fait tout pour revaloriser Staline, est très positif. Et d’autant plus que les témoins et acteurs survivants du Goulag sont de moins en moins nombreux.

18 récits ont été conservés parmi les 160 recueillis par l’équipe d’Alain Blum et constituent la trame de ce livre, Déportés en URSS. La plupart des témoins étaient des enfants au moment où ils ont été déportés, car les plus âgés ont maintenant disparu. La majorité d’entre eux n’a cependant pas été envoyée dans des camps, mais appartenait à des familles de « déplacés spéciaux », c’est-à-dire assignés à résidence dans des zones inhospitalières d’URSS pour y travailler.

En 1984, Pierre Rigoulot avait publié Des Français au Goulag, basé sur les récits d’un certain nombre de Français mais aussi d’Italiens, de Japonais, d’Espagnols qui, pour diverses raisons, avaient été déportés dans les camps soviétiques. Ce nouvel ouvrage apporte des compléments utiles car il est centré sur les déportés d’Europe centrale et orientale, dont la situation est peu connue en France. Ainsi, apprend-on l’existence de plusieurs grandes vagues de déportation dans ces zones, suite au pacte germano-soviétique du  23 août 1939 et aux annexions soviétiques qui en découlèrent. L’épuration stalinienne entreprise immédiatement visa surtout les élites politiques, économiques et militaires de ces pays.

En Pologne, les Soviétiques organisèrent plusieurs grandes vagues de déportations. La première, en février 1940, visa les « colons militaires », c’est-à-dire les anciens membres de l’armée polonaise à qui avaient été attribuées des terres dans les zones frontalières. La deuxième, en avril de la même année, concerna surtout les membres des classes possédantes et leurs familles. La troisième, en juin, conduisit à la déportation de réfugiés qui avaient fui la Pologne occidentale occupée par les Allemands. 80% étaient juifs, et paradoxalement la déportation au Goulag leur évita l’extermination par les nazis. Une quatrième vague en juin 1941 compléta les trois premières.

Dans les pays baltes, la même épuration fut pratiquée dès l’annexion de juin 1940. Mais l’invasion allemande y mit provisoirement fin.

Même chose en Ukraine occidentale, où la répression frappa surtout les nationalistes et résistants à l’annexion. Mais là encore, la région fut occupée par les nazis dès le 22 juin 1941.

Enfin l’annexion de la Bucovine du Nord et de la Bessarabie par l’URSS, résultat du pacte germano-soviétique, permit aux Soviétiques de déporter une partie de la population, notamment allemande, qui s’étaient installée en Roumanie pendant la domination autrichienne.

De nouvelles déportations furent entreprises par les Soviétiques, dès que ces différents territoires furent libérés de la présence nazie par l’Armée rouge. Ce fut le cas dans les pays baltes à partir de 1943, où furent déportés surtout ceux qui avaient collaboré, de gré ou de force, avec les nazis. Puis il y eut de nouveau des arrestations nombreuses après la guerre, du fait de la résistance des populations à la soviétisation, en particulier à la collectivisation des terres.

La répression reprit aussi en Pologne, en Roumanie et en Ukraine occidentale, où le mouvement de résistance nationaliste à l’occupation soviétique était très actif.

Quant aux autres territoires libérés par l’Armée rouge qui, soit avaient été annexés par Hitler (Tchécoslovaquie, Bulgarie, Yougoslavie), soit avaient fait alliance avec lui (Hongrie, Roumanie), ils furent aussi épurés d’une grande partie de leurs « Allemands ethniques » qui furent envoyés au Goulag.

Enfin, à la fin de la guerre, les Soviétiques pratiquèrent des rafles de jeunes hommes en Allemagne même, où ils réouvrirent d’anciens camps gérés par les nazis au temps du IIIe Reich !

Et lorsqu’ils soviétisèrent les pays européens de l’Est pour les intégrer dans leur bloc, ceux qui étaient considérés comme un obstacle potentiel à cette soviétisation furent à leur tour jetés dans des camps sur place ou déportés en URSS.

Les 18 récits choisis par les auteurs illustrent tous une de ces situations. Le seul qui soit presque réconfortant est celui de deux jeunes Juifs qui « eurent la chance » d’être déportés  – et de survivre – tandis que le reste de leur famille restée en Pologne pour l’un, en Lituanie pour l’autre, était exterminée.

Henry Welch, le petit Polonais, parti avec sa mère, son oncle et sa tante en Pologne orientale, fut arrêté avec sa famille car sa mère avait refusé de prendre la nationalité soviétique. Ils furent envoyés à Arkhangelsk travailler à l’abattage du bois. Mais le cas des Polonais est particulier puisque après l’invasion de l’URSS, sous la pression de ses nouveaux alliés, Staline dut accepter d’amnistier les Polonais présents sur le sol russe. Les Welch furent donc amnistiés en 1941 mais ne réussirent pas à quitter le pays comme 80 000 de leurs compatriotes le firent sous la conduite du général Anders.

Le cas de l’autre petit garçon juif, Iser Sliomovicius, est plus tragique car celui-ci ne réussit pas à quitter la Sibérie pour Kaunas avant 1963. Son plus grand regret est de n’avoir pu faire des études puisque cela était interdit aux enfants de déportés.

Autre cas paradoxal, qui rappelle certains cas français : le départ volontaire ! Bien sûr, pas au Goulag, mais en Union soviétique, patrie de tous les espoirs.

Jan Bohdan vivait en Russie subcarpathique, région tchécoslovaque alors occupée par la Hongrie fasciste. Agé de 18 ans, il partit à l’automne 1939 avec quatre compagnons, non par sympathie communiste, mais parce qu’il fuyait l’occupation hongroise et qu’il voyait l’URSS comme « prospère et antifasciste ». Aussitôt arrêté, il écopa de trois ans de travaux forcés dans un camp. En 1943, les autorités soviétiques lui proposèrent de le libérer à condition qu’il rejoigne les rangs de l’armée tchécoslovaque en formation sur leur sol.

Tous ces récits éclairent les déportations organisées dans les territoires annexés par Staline, et leur déroulement bien connu : le très long voyage dans des conditions inhumaines, l’arrivée dans des zones glaciales ou arides, sans lieux d’accueil pour les familles, puis le travail dans les kolkhozes ou dans la forêt. Ou dans un camp : c’est le cas de Klara Hartmann, une Hongroise de 14 ans, arrêtée durant l’hiver 1944-45, lorsque l’Armée rouge occupa son pays. Accusée d’espionnage, elle fut condamnée à 10 ans de camp et envoyée en Sibérie, puis au Kazakhstan. Dans son récit, elle raconte sa solitude car ne parlant que le hongrois et faisant partie d’un pays qui avait été allié d’Hitler, elle ne pouvait se lier avec les autres déportées qui lui menaient la vie dure, principalement les Russes. Elle raconte aussi ses souffrances car malgré son jeune âge elle dut travailler comme les autres à l’abattage du bois puis à la fabrication de pisé. Elle ne fut libérée qu’à la mort de Staline.

Plusieurs récits concernent des déportés polonais. Leur situation fut rendue compliquée par les aléas des relations entre Staline, les Alliés, et les différents gouvernements polonais provisoires. L’amnistie de 1941 ne permit pas à tous les déportés de rentrer dans leur pays, d’autant plus que les autorités exigeaient qu’ils prissent la nationalité russe.

La persécution des Baltes fut terrible aussi et se prolongea largement après la fin de la guerre. Par exemple, le père de Silva Linarte, qui vivait en Lettonie, fut arrêté en 1941 car il était directeur d’une association catholique. Les autres hommes de la famille, qui possédaient des commerces, furent aussi condamnés à des peines allant de trois à dix ans. Toute la famille fut déportée dans la région de Krasnoiarsk. Silva n’avait que deux ans, et ne se souvient plus du terrible voyage durant lequel sa petite sœur mourut. Son père fut envoyé dans un camp, où il mourut aussi en 1941. Quant à elle, à sa mère et à ses trois sœurs, elles furent envoyées dans un kolkhoze au milieu de la taïga, où elles souffrirent énormément de la faim et du froid. Rentrée en Lettonie en 1946, la famille fut de nouveau déportée en Sibérie lors des purges de 1950. Ce n’est qu’en 1956 que Silva et ce qui restait de sa famille purent rentrer en Lettonie.

Autre exemple de ces déportations qui eurent lieu à la fin de la guerre: celle de Ekaterina Szas, qui appartenait à la communauté allemande installée en Transylvanie, alors terre roumaine. Après la victoire soviétique, ses membres furent accusés d’avoir collaboré avec les nazis et arrêtés. En janvier 1945, Ekaterina et sa famille furent envoyées travailler dans un camp en Ukraine, du côté de Dnipropetrovsk. Elles ne purent rentrer qu’en octobre 1949.

Il y a dans cet ouvrage d’autres récits fort intéressants de ces survivants du Goulag, qui sont maintenant très âgés mais virent leur déportation avec des yeux d’enfants, sans vraiment comprendre le sens de ces départs vers l’Est. Ils montrent aussi l’histoire compliquée et douloureuse de ces régions d’Europe centrales prises en étau entre les persécutions nazies et les persécutions soviétiques.

1 DEPORTÉS EN URSS

Récits d’Européens au goulag 1939-1950

Dirigé par Alain Blum, Maria Craveri et Valérie Niveton

Editions Autrement. Collection Mémoires/Histoire

311 pages, 24€

22 Juin 2021


Le retrait américain d’Afghanistan

Disons-le carrément, l’administration Biden est en passe de permettre une erreur frôlant la trahison qui mériterait une bonne place sur le tableau de déshonneur où sont déjà l’abandon français des harkis et l’abandon américain du Sud-Vietnam. Le premier entraîna le massacre d’hommes (et femmes et enfants) qui avaient, en toute sincérité et confiance, choisi la France.  Le second engendra la tragédie des « boat people » et, sans doute, encouragea indirectement les massacres communistes dans le Cambodge voisin, massacres dignes de Hitler, Staline, Mao, car il envoya un signe clair aux Khmers rouges que la grande et puissante Amérique n’interviendrait pas.

De quoi s’agit-il?  Du retrait précipité d’Afghanistan, ou déjà les totalitario-isamistes mettent des bombes devant les écoles sous le prétexte que des filles y sont admises (en l’occurence, c’était une école où garçons et filles avaient des horaires de classes alternés).  On voit très bien ce qui se profile : un massacre en règle et sans arrêt, où les Talibans le disputeront à Daesch le premier prix au concours de l’horreur.

Les soldats afghans, américains, francais, et autres, ayant fait de leur mieux et parfois donné leurs vies pour hisser un pays arriéré vers quelque chose de moins cruel – ils se comptent par dizaines de milliers – ne peuvent avoir d’autre réaction à ce que propose le gouvernement Biden que celle de vomir.  The Colonel (en retraite) Bing West, illustre soldat (du US Marine Corps) qui a fait toutes les guerres américaines depuis le Vietnam, montre très bien dans ses récents écrits (dont The Last Platoon, La Derniere Section) qu’il ne s’agit pas de volonté, de savoir-faire ou de courage parmi les combattants; la faute se situe à Washington et depuis très longtemps.  Depuis la guerre de Corée, nous refusons l’évidence: nos ennemis veulent la destruction de tout ce qui respire la liberté et la civilisation moderne.  On ne peut pas composer avec eux.  Il faut soit les écraser, soit les laisser faire en attendant le moment ou l’on répliquera avec une stratégie — un but de guerre — décisif.

Les barbares ne s’y trompent pas.  Voyant un président faible entouré de munichois gauchistes (son secrétaire d’Etat, éduqué à l’Ecole Bilingue Jeannine Manuel et gendre de Samuel Pisar, représente la gauche bien-pensante malgré des grands parents et arrière-grands-parents ayant participé à l’aile dure du mouvement sioniste), ils entrent dans la brêche.  La cyberattaque sur le pipeline desservant la Cote Est n’est qu’un essai relativement modeste.  Mais au lieu de mettre des milliards du « plan de relance » dans de véritables infrastructures comme, justement, la sécurité de nos approvisionnements énergétiques, Biden et les siens envoient la manne fédérale vers les organisations qui perpétuent les défaillances de nos écoles, pour ne prendre qu’un des pires exemples (il y en a tant d’autres, comme l’encouragement à l’immigration clandestine !).

Il y aura une réaction.  Déjà le mouvement raciste « black lives matter » commence à trouver des concurrents, tels les mouvements de défense des polices, souvent baptisés « blue lives matter ».  La réplique politique et intellectuelle se fait entendre, par la voix du Sénateur Tim Scott par exemple, par les plumes d’intellectuels comme Glenn Loury et John McWhorter.  L’esprit d’Andrew Jackson revient ainsi en force chez ceux qui, voyant les Francais s’enthousiasmer pour sur la mémoire de Napoléon, se souviennent que celui-ci a fait la démonstration de l’illettrisme économique qui caractérise tous les tyrans en « bradant » la Louisiane à Thomas Jefferson, ce qui mena à la victoire du General Jackson contre les Anglais à la Nouvelle-Orleans en 1814, une des grandes batailles de l’humanité car elle confirma l’indépendance des Etats-Unis et ouvrit l’Ouest, le grand Ouest, à la liberté en marche.

(crédit photo : Afghanistan | army.mil U.S. Army Staff Sgt. Michael Kaman | Flickr)

16 Juin 2021