Ils n’ont pas voté et puis, après?

Le record d’abstentions au premier tour des élections départementales et régionales a donné lieu à des réactions plaisantes. Il faut avoir lu l’éditorial du Monde parler de la « grève des urnes » et du grand « désengagement démocratique », comme si l’obéissance au rituel électoral par une part aussi importante que possible des citoyens était toujours et en toutes circonstances le symptôme d’une bonne santé démocratique.

Il faut avoir vu aussi Marine Le Pen fustiger ses électeurs absents et déclarer : « Se battre contre des ennemis, c’est une chose. Mais se battre contre des gens qui ne veulent pas être sauvés (sic) en est une autre ». En confondant faire de la politique et faire son salut, Mme Le Pen montre qu’elle n’a guère compris notre époque. Si 73% de ses électeurs se sont abstenus, c’est aussi parce qu’eux aussi commencent à comprendre que le temps n’est plus au manichéisme politique; que le temps n’est plus aux bouleversements salvateurs, ni d’ailleurs au : « Nous ne sommes rien soyons tout » ! Les Français n’ont plus envie de trouver leur salut dans un autre monde politique, dans un autre système.

Des problèmes? Il y en a, en effet et il faut essayer de les résoudre, mais nul besoin pour cela de renverser la table ni de dénoncer le « système ». Nul besoin de manifestes, de proclamations, de banderoles et de drapeaux Le « système », démocratique libéral sur le plan politique et capitaliste sur le plan économique, encadré par des lois et des règlements, voilà ce que veulent l’immense majorité des gens en ce début d’été 2021. Ont-ils renoncé au Grand Soir patriotique du Rassemblement national? A la nuit des barricades de l’extrême gauche ? Tant mieux!. Ils se trouvent bien, ou plutôt assez bien, dans la société française actuelle, en tout cas mieux que quelques vociférations, plaintes et violences nous le feraient croire.

Sans doute les grandes promesses de lendemains qui chanteront une fois l’infâme abattu – le bourgeois, le mâle, le Blanc, que sais-je encore? -, sans doute, les pauses avantageuses de « patriotes » dénonçant les Grandes invasions, ou l’Insécurité omniprésente, en prennent-elles un coup. Chevaliers de la canne à pêche, partisans de la partie de pétanques, candidats à la promenade familiale et militants du bricolage ont pris le pas sur ceux qui savent comment sauver la France. Ils jugent que l’installation d’un gymnase dans un collège ou le gain d’un quart d’heure sur une destination de TER sont des enjeux respectables mais qui peuvent être traités par de bons gestionnaires et de bons administrateurs …Pour ce qui est de la politique à proprement parler, ou plutôt pour ce qui est des grandes questions politiques que sont la mise en place d’un développement équilibré et souverain, l’approfondissement de l’identité européenne, le contrôle de l’immigration, la défense de la laïcité, la lutte contre l’islamisme radical et l’organisation de la défense contre le totalitarisme chinois, ils pensent que l’on verra cela en avril 2022, lors des présidentielles qui cannibalisent il est vrai, pour reprendre la bonne formule de Gérard Grunberg sur son blog Telos, les autres élections. En attendant, nul parti ne saura animer la vie politique française. Si La République en marche pâtit de n’ avoir pas su trouver une nouvelle voie, les anciens partis – PC, PS, gaullistes de LR et même le RN, à sa manière – ont pâti de ne pas avoir abandonné leurs anciennes structures hyper-hiérarchisées, incarnées voire soumises à une personnalité, incapables d’abandonner leur rhétorique convenue et leur ronron idéologique.

Au fond, les abstentionnistes du 20 juin nous rappellent ce qui est important aujourd’hui et ce qui l’est moins. Ils n’ont pas vraiment besoin, comme cela a été proposé au soir du premier tour, d’une « vigoureuse campagne civique » comme le suggérait Le Monde pour les remettre dans le droit chemin.

Pierre Rigoulot

(Crédit photo : Cannes à pêche | Flickr)

De fait, rien n’a changé et il ne s’est donc rien passé!

L’extraordinaire taux d’abstention et l’extraordinaire immobilité du paysage électoral disent la même chose  : la masse des électeurs n’est pas en colère contre les équipes diverses qui gèrent leurs régions.

Ce pays que l’on décrit comme révolté, déchiré et explosif a continué à vaquer à ses affaires privées.

Cela ne prouve pas une désaffection à l’égard de la démocratie quand elle n’est pas menacée. On le verra lors des élections qui comptent.

Certaines questions demeurent selon moi : y aura-t-il des référendums comme en Suisse? Y aura-t-il des débats de fond pour les présidentielles?

André Senik

23 Juin 2021

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