13 novembre: «Le grand absent de ce grand procès, l’idéologie islamiste»

Les coupables des attentats islamistes du 13 novembre ont été jugés. Ils l’ont été d’une façon irréprochable, et la justice française s’est montrée digne de ce qu’est un État de droit. Personne d’ailleurs n’y trouve rien à redire. Ce procès a apporté aux victimes, à la société française tout entière, et même aux accusés, tout ce qu’on pouvait attendre d’un tel procès.

Et pourtant, la cause première de la tragédie dont on a jugé les coupables humains, la responsabilité première de ces crimes aveugles n’a été ni mise en examen, ni jugée, ni condamnée. La responsabilité première de ces crimes sans justification incombe entièrement à l’idéologie islamiste conquérante, qu’il faut appeler par son nom. Sans elle, aucun des assassins qui ont été jugés ne serait devenu un criminel de masse. Les humains qui commettent ces crimes monstrueux ne sont devenus des criminels que sous l’emprise d’une des idéologies qui poussent leurs fidèles aux crimes les plus inhumains.

Au-delà du cas de l’islamisme terroriste, le rôle des idéologies totalitaires et terroristes dans les crimes de masse des XXe et XXIe siècles doit être reconnu parce que seul ce rôle permet de comprendre comment des humains ordinaires peuvent commettre des actes monstrueux qui nous paraissent impensables. Le rôle des idéologies n’est ni une circonstance aggravante, ni une circonstance atténuante dans le jugement des auteurs, mais il doit être reconnu, parce que ces idéologies doivent être condamnées et combattues en raison de leur criminalité.

Or ces idéologies ne sont ni mises en procès ni condamnées en justice, parce que les tribunaux ne sont habilités à juger que des humains. À Nuremberg, on n’a pas jugé et condamné l’idéologie nazie. La dénonciation des crimes du communisme n’a pas débouché sur le procès en bonne et due forme de l’idéologie de ce système. Mieux vaut dire que la condamnation des crimes de masse du communisme n’est pas remontée jusqu’à la source idéologique qui a rendu possibles ces crimes impensables.

Voilà pourquoi nous avons collectivement le sentiment que le procès des assassins du 13 novembre n’est pas allé jusqu’au bout, et que la condamnation des coupables humains ne suffira pas à nous faire tourner la page en nous disant que justice a été faite.

Pour que justice soit faite, il nous reste à poursuivre le combat contre l’idéologie islamiste barbare qui a mené à cette tuerie. Il nous reste à mener le combat au grand jour contre l’islamisme, en France même, avec pour objectif de faire reculer la séduction de cette idéologie parmi ceux des jeunes musulmans de France qui peuvent être tentés par une vision radicalisée de leur identité, une vision d’autant plus exaltante qu’elle est archaïque et mortifère.

Le combat culturel contre l’islamisme conquérant doit être mené dans l’École, parce qu’il est la condition de l’intégration de tous les jeunes de France à notre culture.

Le jour où le combat contre l’islamisme conquérant et pour l’intégration à notre culture sera officiellement déclaré, le procès exemplaire des assassins du 13 novembre ne nous laissera plus un arrière-goût d’inachevé.

ANDRE SENIK (FIGAROVOX/TRIBUNE le 1er juillet 2022)

André Senik est agrégé de philosophie. Il a notamment publié Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’histoire, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2015.

Crédit photo: Rawpixel

6 Juil 2022


Les économistes pro-Nupes ne représentent pas ‘‘la science’’»

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publiées par Figarovox le 15 dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Plusieurs dizaines d’économistes ont publié une tribune dans le JDD intitulée «Nous soutenons le programme économique de la Nupes aux élections législatives.». Ils appellent à une «rupture avec le néolibéralisme».

Leur première erreur est de laisser croire que la politique macronienne s’est inspirée du «néolibéralisme». C’est oublier complaisamment que notre pays se situe au firmament des États-providence, avec 59 % du PIB en dépenses publiques et 47 % du PIB en prélèvements obligatoires. Impôts écrasants, dette publique abyssale, présence de l’État tous azimuts: aucune nation développée au monde ne pratique une politique plus centralisatrice, plus intrusive dans la vie privée des individus, plus spoliatrice, plus opposée à la libre initiative individuelle.

La deuxième erreur des signataires est d’ignorer les fondements de la science économique en osant soutenir un projet auprès duquel le désastreux programme commun de gouvernement du PS et du PCF des années 1970 peut passer pour modéré. Il est vrai que rien ne saurait freiner l’ardeur révolutionnaire de ces économistes à la gauche de la gauche, l’inévitable Thomas Piketty en tête, qui vient de dénoncer l’«incompétence économique» de ceux qui oseraient critiquer le programme de Jean-Luc Mélenchon.

Selon eux, la crise sociale actuelle pourrait être réglée par le blocage des prix, le salaire minimum à 1500 euros net, une fiscalité plus progressive encore sur les revenus et les patrimoines, le rétablissement de l’ISF, la spoliation des «riches héritiers». À plus long terme, une «remobilisation de la puissance publique» devrait permettre, selon eux, d’une part d’améliorer l’enseignement, la santé, la recherche, et d’autre part de respecter la biosphère. «Notre programme est solide»: ces économistes soutiennent la Nupes au point de s’identifier à elle, et la solidité serait garantie par une dette publique très favorable parce que la France a su bien emprunter et qu’un peu d’inflation arrange les débiteurs.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté

En fait non seulement ce «programme solide» se chiffre à quelques centaines de milliards d’euros de dépenses, mais il aurait surtout pour effet de détruire les entreprises françaises et le pouvoir d’achat des Français les plus modestes, victimes de la spirale inflationniste liée à la décroissance.

La troisième erreur est d’ignorer que le seul recours pour le pouvoir d’achat des Français, mais aussi pour l’harmonie sociale, est dans le libéralisme. C’est la rupture avec le socialisme qui est aujourd’hui indispensable, car celui-ci a fini par persuader une grande partie de la population que le pouvoir d’achat est un droit social, défini et financé par les instances politiques, et que l’«égalité réelle» doit être respectée entre tous les citoyens, quels que soient leur mérite, leur effort, leur épargne, leur sens de l’entreprise et de l’innovation.

Le libéralisme n’est pas limité à une dimension économique, il repose sur la confiance dans l’être humain, qui peut affirmer sa personnalité en démontrant ses capacités au service des autres, dans ses relations contractuelles comme dans ses solidarités volontaires. Pourtant il n’a inspiré aucun grand candidat lors de cette campagne, et il est largement exclu du débat politique et médiatique depuis plusieurs décennies.

Contre la voie mortifère de l’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits, contre l’expansion de l’étatisme qui toucherait en premier lieu les plus faibles et accroîtrait encore le chômage, il n’existe qu’une issue: celle de la liberté. 

Une liberté qui se décline avec le strict respect de la propriété, de la subsidiarité et l’éminente dignité de l’individu. 

Une liberté qui constitue le seul rempart contre le charlatanisme économique 

et les dérives autoritaires du populisme.

N’en déplaise aux thuriféraires de la Nupes, le salut ne viendra pas de la contrainte, mais de la libération.

Les signataires de la tribune:

Économistes: Jean-Pierre Centi, doyen de la faculté d’économie de l’Université Aix-Marseille III, François Facchini, professeur de sciences économique à l’Université Paris I- Sorbonne, Guido Hülsmann, professeur de sciences économiques à l’Université d’Angers, Pierre Garello, professeur de sciences économiques à l’Université d’Aix-Marseille, Jacques Garello, Pascal Salin, Jacques Bichot, Jean-Didier Lecaillon, Pierre Dussol et Jean-Yves Naudet, professeurs émérites en sciences économiques, Gérard Bramoullé, doyen honoraire de la faculté d’économie appliquée de l’Université d’Aix-Marseille, Liliane Debroas, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Aix-Marseille.

Personnalités Alain Madelin, ancien ministre, David Lisnard, Maire de Cannes, président de Nouvelle Energie, Alain Laurent, philosophe, Jean-Philippe Delsol, président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref, think-tank libéral), Jean-Philippe Feldman, agrégé des facultés de droit, vice-président de l’Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), Yves Buchsenschutz, président d’Irdeme, Patrick de Casanove, président du Cercle Frédéric Bastiat, Gérard Dosogne, président d’Entrepreneurs pour la France, Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, Francis Balle, professeur émérite en science politique, Nicolas Lecaussin, directeur d’Iref Europe, Henri Lepage, économiste, Didier Maréchal, expert-comptable, Cercle Frédéric Bastiat de Paris, Alain Mathieu, président d’honneur de Contribuables associés, Patrick Simon, avocat à la Cour de Paris.

(crédit photo: Thomas Bresson, 19/01/2022, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Meeting_M%C3%A9lenchon_Toulouse_-2017-04-16Jean-Luc_M%C3%A9lenchon-_16.jpg)

2 Juil 2022


Vive l’OTAN ! (Tribune d’Alain Laurent et Pierre Rigoulot publiée par FIGAROVOX le 16 juin 2022)

Nous reproduisons ci-dessous une tribune publié par Figarovox le 16 juin dernier. Que soit ici remercié pour nous y avoir autorisé le responsable de cet espace de dialogue et de réflexion en ligne.

Alain Laurent est philosophe, sociologue et essayiste. Ancien membre fondateur du Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés, il dirige depuis 2004 la collection La Bibliothèque classique de la liberté, aux Belles lettres.

Pierre Rigoulot, spécialiste des régimes communistes, est directeur de l’Institut d’histoire sociale (fondé par Boris Souvarine en 1935) et du trimestriel Histoire & Liberté. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier publié est Points chauds de la guerre froide (1946-1989), L’Archipel, 2019.

Il y a quelques mois encore, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon (en passant par quelques souverainistes), c’était à qui dénoncerait le plus férocement l’Otan, cet autre «machin» fabriqué par les Américains pour s’adjoindre des supplétifs dans leur lutte pour asseoir leur domination mondiale.

Aujourd’hui, l’un et l’autre candidats à la présidentielle se sont calmés. Ils savent que ce n’est plus le moment de se montrer trop proches du discours de Poutine. Ils savent aussi que chaque électeur sent plus ou moins confusément que le parapluie nucléaire américain est une protection sérieuse et que face à l’entreprise folle de la Russie aux frontières de l’Europe, cette dernière a besoin de la force militaire qu’est l’Otan. On le sait: chaque pays membre de cette alliance s’engage selon l’article 5 de sa Charte à riposter à l’agression que pourrait subir n’importe quel autre membre de l’alliance.

Les électeurs connaissent moins les circonstances de la naissance de l’Otan. Mais elles plaident elles aussi en sa faveur: du début de l’année 1948 jusqu’au mois de mai 1949, Staline avait mis peu à peu en place un blocus de la ville de Berlin. Fallait-il abandonner celle-ci aux Soviétiques? Non! Et dans un magnifique élan pour sauver ce qui pouvait l’être de la civilisation occidentale en Europe, un formidable pont aérien fut mis en place par les Occidentaux et surtout les États-Unis.

C’est dans ce contexte, le 12 avril 1949, que l’Otan fut créée. Staline n’avait pas encore renoncé à s’emparer de la capitale allemande mais, les Occidentaux ne cédant rien (le 16 avril un avion chargé de vivres ou de combustible atterrissait chaque minute à Berlin!) il finit par rouvrir les routes qui permettaient d’y accéder et d’en sortir un mois plus tard. L’URSS («humiliée» et «menacée» comme aurait dit Mélenchon) dénonça évidemment le «diktat de guerre et d’agression» que la nouvelle Organisation du traité de l’Atlantique Nord représentait à ses yeux. Elle dénonça même les prétextes que l’Otan avançait pour justifier sa fondation et notamment les graves violations des droits de l’homme en URSS et dans les pays européens qu’elle avait conquis: comment l’Otan osait-elle user d’un tel argument alors que «les nazis de l’Allemagne occidentale» et les franquistes espagnols approuvaient sa naissance ? À l’époque, les nazis n’étaient pas ukrainiens mais les partisans du pacte atlantique pouvaient l’être: ses fondateurs reprenaient selon Moscou les visées et les desseins de Hitler !

L’Allemagne ne rejoignit l’Otan qu’en 1955 et l’Espagne, seulement après être passée à la démocratie, en 1982.

Divers souverainistes comme Philippe de Villiers parlent quant à eux de mainmise américaine sur l’Europe et d’acceptation par les Européens de la soumission à l’Amérique. La guerre, froide ou chaude, menée par l’URSS aurait été l’occasion, pour Washington, de configurer une Europe à la main américaine…

Or, c’est Staline le vrai créateur de l’Otan: le coup de Prague en 1948 et le blocus de Berlin en 1949 ont fait beaucoup pour la naissance de l’Alliance et ont rendu nécessaire face à ses menaces la mise sur pied d’une contre-menace, crédible et efficace – le déclenchement-surprise de la Guerre de Corée avec l’approbation du même Staline en juin 1950, renforçant la détermination atlantique.

Lorsque l’URSS s’effondra en 1991, les pays du Centre et de l’Est européen demandèrent librement leur adhésion pour assurer leur sécurité. Dans les années qui suivirent, 14 de ces États rejoignirent l’Otan, dont les trois États baltes.

L’Otan interviendra plus tard pour faciliter la décommunisation de la Yougoslavie – Cet épisode, maintes fois caricaturé, mit fin à la tentative du rouge-brun Milosevic d’y succéder.

L’Otan est la grande force de petits États trop faibles pour assurer seule leur défense face à la Russie poutinienne. La volonté largement majoritaire des très pacifiques Finlandais et Suédois d’adhérer à l’Otan illustre bien la vraie nature de l’organisation: une libre alliance défensive de démocraties libérales qui veulent avant tout vivre en paix et qui ont compris la nature tyrannique impérialiste et donc tout particulièrement dangereuse pour eux de l’État russe actuel.

L’Otan est le bras armé d’un monde occidental menacé par la volonté russe de retrouver sa «grandeur» d’antan.

L’Otan est une alliance en vue de protéger la liberté dans un monde où l’ONU est incapable, muselée qu’elle est par les vétos de la Russie et de la Chine, de dénoncer les menaces des États totalitaires.

(crédit photo: QG de l’OTAN, https://www.flickr.com/photos/nato/27029507408)

2 Juil 2022


Lenjeu du deuxième tour le 24 avril 2022

A l’évidence l’analyse électorale selon le vieux clivage Gauche/Droite a perdu toute pertinence. L’évolution est même tragique puisqu’elle fait ressortir une France ingouvernable du fait que le total des électeurs de l’Extrême-Gauche et de l’Extrême-Droite dépasse désormais largement les 50%.

Cette ingouvernabilité de la France nous vient de la Chine. La France, l’Europe et nos pays démocratiques sont à leur insu, l’objet d’une offensive géopolitique des deux grandes puissances totalitaires que sont la Chine et la Russie.

En Russie, après la chute du Mur, une partie significative de la population et le KGB en particulier ont très mal vécu la défaite militaire en Afghanistan (1979-1989), la dissolution du Pacte de Varsovie, l’implosion de l’URSS en 15 Républiques souveraines. Le KGB a fini par structurer et diriger un mouvement politique qui vise à la fois à reconstituer l’Empire russe et à annihiler l’idée même de démocratie en Russie et dans le monde en infligeant une défaite retentissante aux pays démocratiques.

La première étape a consisté pour le KGB à obtenir son retour au pouvoir (Poutine en 1999).

La deuxième a consisté à abolir le peu de vie démocratique en Russie pour y restaurer un régime franchement totalitaire.

La troisième a consisté à rétablir la Russie comme grande puissance, une puissance qui repose sur les matières premières (après s’être associée à l’OPEP pour en faire l’OPEP+, la Russie a pris le leadership du cartel des pays exportateurs de pétrole) et sur une armée dotée d’armements sophistiqués.

La quatrième, très offensive : avec l’invasion de l’Ukraine, Poutine cherche à se soumettre toute l’Europe continentale en l’obligeant à se finlandiser sous une double menace, celle concernant son approvisionnement en matières premières et celle du feu nucléaire et des missiles hypersoniques téléguidés.

En Chine, depuis 1978, le Parti Communiste Chinois n’a plus rien à voir avec ce qu’il était sous Mao. Il a fait basculer le modèle économique de la Chine du Collectivisme au Capitalisme ; mais il a maintenu intact son régime politique totalitaire. 

Les évènements de Tian Anmen en juin 1989 puis la première guerre d’Irak (1990/1991) ont amené le PCC à conclure qu’il lui fallait plus que jamais abattre l’hégémonie géopolitique des Etats-Unis et de leurs alliés pour restaurer l’hégémonie mondiale dont, selon lui, disposaient les empereurs de Chine jusqu’en 1842. En ravissant l’hégémonie aux Etats Unis, le PCC assurerait définitivement sa sécurité militaire ; il s’assurerait le contrôle des ressources du monde ; il ferait mordre la poussière au modèle démocratique et il serait même en mesure de généraliser le modèle totalitaire à toute la planète.

La première étape consista à passer d’une alliance de la Chine avec les Etats Unis contre l’URSS (de 1972 à 1989), à une alliance de la Chine avec la Russie contre les Etats-Unis.

La deuxième consista dans l’adoption autour de 1992 et dans la mise en œuvre à partir de 2001 d’une stratégie mercantiliste d’une ampleur jamais vue qui, dans un même mouvement, réussissait à doper la puissance économique, militaire et géopolitique de la Chine au détriment de celle des Etats Unis et de leurs alliés.

La troisième étape (à partir de 2012 et de la nomination de Xi Jinping) consiste à amorcer l’offensive finale à l’égard des Etats-Unis et de leurs alliés, ce qui nécessitait le renforcement de l’alliance avec la Russie du KGB et de Poutine.

Le KGB et le PCC ont contracté une alliance durable dont le ciment est une même détestation de la démocratie et un même appétit au totalitarisme.

Or la France, en dépit de son affaiblissement, constitue encore un élément très important du camp des pays démocratiques (l’arme nucléaire, une armée équipée et expérimentée, un des cinq sièges au Conseil de Sécurité de l’ONU, une Union Européenne qui serait déstabilisée si la France la quittait ou menaçait de la quitter, l’alliance franco-allemande, sa présence géographique dans le monde, la francophonie…). La France constitue un enjeu et une cible pour l’axe Pékin/Moscou.

De la déstabilisation sociale à la déstabilisation politique.

Comme les Etats-Unis et comme de très nombreux pays dans le monde, la France est entrée depuis 2001 dans une longue période de déstabilisation industrielle, commerciale, économique et financière conséquence, de la stratégie géopolitique mercantiliste menée méthodiquement par le Parti Communiste Chinois. D’où la désindustrialisation de la France, laquelle induit un chômage endémique et un déficit commercial croissant (principalement à l’égard de la Chine). Ce déficit commercial croissant induit une croissance trop faible de notre PIB, de notre emploi et de nos recettes fiscales ainsi qu’un endettement extérieur croissant (dû de plus en plus à la Chine, devenue de très loin le premier pays créancier au monde et de ce fait le pays devenu incontournable pour financer les dettes extérieures des autres pays).

Comme il était prévisible, cette déstabilisation industrielle, commerciale, économique et financière engendre, de quinquennat en quinquennat, un mécontentement social permanent et croissant dont l’épisode des gilets jaunes (2017 à 2019) est la manifestation la plus significative.

En arrivant à l’Elysée, les présidents qui se succèdent découvrent quelle est la répartition de notre énorme dette publique extérieure entre les pays prêteurs ; ils en déduisent très logiquement que la souveraineté même de la France se trouve sérieusement menacée par l’emprise financière dont le P.C.C. dispose sur elle. Cette situation les pousse à mettre en place des réformes qui sont nécessaires mais qui sont impopulaires.

Avec le vote du 10 avril 2022, la Chine et son allié la Russie en arrivent à transformer la déstabilisation sociale (à laquelle ils ont eux-mêmes contribué) en une déstabilisation politique de la France comme le montre le nouveau repli global des partis de gouvernement (LR + LREM + PS + EELV).

Les partis de gouvernement dans un corner

Dans ce contexte en effet, des partis démagogues entendent exploiter à leur profit le mécontentement social par des propositions électorales inconsidérées.

En face d’eux, les partis de gouvernement, connaissant trop bien le délabrement actuel de notre pays (industriel, commercial, économique et financier), cherchent encore à gérer le pays de façon responsable, mais ils sont placés face à un débat cornélien :

Ou bien ils limitent les cadeaux électoraux et se font renverser électoralement par ces partis démagogues pour la plus grande joie de leurs parrains étrangers…

Ou bien ils pratiquent eux-mêmes des cadeaux électoraux importants alors que notre pays n’en a plus les moyens, ils enfoncent de ce fait notre pays dans un endettement extérieur considérable à l’égard de Pékin et ils en arrivent à ce que, peu après, Pékin, muni de son emprise financière sur notre pays, puisse nous imposer une sorte de protectorat.

L’élection en France et la guerre hybride que mènent Pékin et Moscou

Pékin et Moscou considèrent sans doute qu’ils approchent la fin de la partie mondiale qu’ils ont engagée contre les Occidentaux. Après s’être employés pendant vingt ans à dissimuler leur alliance, la Russie du KGB et la Chine du PCC se sont permis de l’officialiser et de l’afficher ouvertement avec leur communiqué du 4 février 2022 (15 pages, rédigé en anglais), à la veille de l’invasion de l’Ukraine

Sans attendre cette officialisation, les deux grands pays totalitaires n’ont cessé d’entreprendre des initiatives bellicistes qui vont toutes dans le sens d’affaiblir les Etats Unis et la démocratie dans le monde.

Pour la Russie : l’agression de la Géorgie, l’invasion de la Crimée et de deux circonscriptions du Donbass, l’intervention barbare en Syrie, puis les commandos Wagner dans plusieurs pays d’Afrique puis maintenant l’invasion barbare en Ukraine.

Pour la Chine : la sinisation forcée du Tibet et du Sinkiang, l’abolition unilatérale du Traité de Hong Kong, l’invasion de la Mer de Chine du sud et maintenant la menace d’une invasion de Taïwan.

A chaque étape, l’agression commise par l’un des deux pays est validée et soutenue par l’autre pays.

Cette guerre entreprise par l’axe Pékin/Moscou est une guerre multidimensionnelle, une guerre hybride. Les théâtres militaires ne sont pas les seuls fronts : il y a le front diplomatique (à l’ONU et ailleurs) ; il y a les cyberattaques ; il y a la désinformation et les fake news ; il y a l’intervention secrète mais très active dans les campagnes électorales des pays démocratiques (ce sont les services de Poutine qui avaient contribué à ce que Trump soit élu en 2016 et à ce que les Britanniques votent le Brexit).

L’élément le plus récent et le plus discret de cette guerre hybride, c’est toute l’opération de hausse simultanée des prix des matières premières orchestrée par Poutine (pétrole, gaz, céréales) et conjuguée avec une hausse des prix des produits manufacturés et du fret maritime orchestrée par Pékin. Cette énorme inflation importée porte brutalement atteinte à la paix sociale partout dans le monde et n’épargne ni les Etats Unis (hausse des prix à 8,5 % en mars 2022) ni la France. Cette inflation est tombée à point nommé pour Marine Le Pen qui a pu faire mouche avec sa campagne centrée sur le pouvoir d’achat.

Une victoire de Marine Le Pen en France serait un formidable trophée pour Poutine. Un trophée extrêmement conséquent puisque ses services sont depuis longtemps mobilisés pour qu’intervienne un Frexit après avoir déjà inscrit le Brexit à son tableau de chasse.

On aura compris l’énorme enjeu géopolitique qui est associé au résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle surtout quand on sait qu’une bonne part de l’électorat d’extrême-gauche s’entêtera cette fois encore à « refuser de choisir entre la peste et le choléra ».

Jean Francart (13 avril 2022)

(photo: https://www.flickr.com/photos/number7cloud/34356062021)

20 Avr 2022


La journaliste  Zineb El Rhazoui  et  le philosophe Peña-Ruiz dénoncent la volonté de Marie Le Pen d’interdire le voile dans lespace public.  « une exigence qui vise exclusivement une partie de la population, ce qui est discriminatoire ». Ils avancent un deuxième argument : «invoquer la laïcité pour justifier une telle règle, c’est se méprendre lourdement sur son sens. En effet, la laïcité ne produit de normes concernant la tenue vestimentaire que dans certains lieux où la neutralité de la tenue est requise et dans l’exercice de certaines fonctions qui appellent cette même neutralité. Elle donne à la sphère privée, individuelle ou collective, la plus grande liberté. Le critère de la norme est simple à définir et à comprendre. Quand mon action n’engage que moi-même, elle est libre. Quand elle engage mon rapport à autrui, elle doit se conformer à l’ordre public qui le règle (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 4 : «La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui»).Reste que la neutralité vestimentaire est exigible dans certains cas, comme par exemple dans l’enseignement public et les lieux officiels.

André Senik a lu cet article et  nous fait part de ses commentaires :

1° Il est exact que le principe de laïcité, à lui seul, ne concerne pas l’espace public ni les vêtements des personnes  privées.

Mais il est non moins exact que la laïcité et la neutralité de l’État se sont accompagnées en France, d’une discrétion généralisée dans le port des signes d’une appartenance particulariste, que celle-ci soit religieuse,  politique ou ethnique.

Le respect de cette discrétion exprime notre  préférence pour l’appartenance à une culture nationale commune y compris dans le domaine des moeurs

Le renoncement au port ostentatoire des signes particularistes dans l’espace public s’explique donc par le refus, très français, du multi-communautarisme, refus qui a conduit à ne pas mettre en avant dans l’espace public  les signes d’appartenance particularistes et séparatistes.

Cette remarque signifie au minimum qu’on peut préférer et recommander la discrétion dans l’affichage public de ce qui distingue voire qui oppose oppose les Français qui se rencontrent dans leur espace commun.

2° Les Français qui exhibent des signes ostentatoires de leur appartenance à une religion particulière et à sa culture particulière  font donc exception à la règle suivie par les autres Français, au lieu de se comporter en Romains à Rome.

Mais les signes vestimentaires d’affiliation à l’islamisme – ce qu’est  le port public du voile islamique – présentent ceci d’absolument  particulier qu’ils expriment un soutien à une idéologie qui veut imposer sa culture en France et qui nous fait la guerre.

Tout cela doit être pris en compte et exprimé avant d’en venir à faire une loi ou à en refuser le principe.

André Senik apporte avec subtilité et originalité sa contribution au débat toujours vif sur le voile islamique en commençant par contester qu’il se pose seulement en ces termes simples : dans les lieux officiels (école, administration, etc. ), le voile ou le foulard sont interdits. Ils ne le sont pas dans l’espace public et ne doivent pas l’être comme Marine Le Pen le propose dans son programme électoral. 

André Senik, dont on connait pourtant les positions démocratiques et libérales, apporte cependant la réserve suivante : le port du voile, c’est le port d’un accessoire vestimentaire exprimant un soutien à une idéologie qui veut imposer sa vision en France et qui nous fait la guerre. Bonne raison de s’y opposer, bonne raison qui va bien au delà  de la critique qu’on peut faire de l’indifférence – dont témoignent celles qui se voilent ou portent un foulard – au souci général de discrétion  des Français, quant à leur culture et en particulier à leur religion.

On comprend bien l’argument et son souci de ne pas donner libre cours au multiculturalisme et, plus encore, de ne pas donner le moindre avantage au courant islamiste qui veut imposer sa présence, ses règles et ses exigences en France.

Le problème c’est que l’immense majorité des femmes qui portent un foulard ne vivent pas cette décision vestimentaire comme un soutien à l’islamisme mais comme une coutume dans laquelle elles ont été  élevées, un peu comme nos mères et  grand-mères ne sortaient pas « en cheveux » et à la campagne  se séparaient même rarement  d’un foulard. On peut admettre comme le dit André qu’il s’agit d’une indifférence à la société et à la culture où elles sont venues vivre aujourd’hui. L’islam est peut-être même ici en cause car une de ses caractéristiques, relevées par exemple par Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques, c’est sa difficulté à reconnaître et accepter l’altérité. Mais presque jamais n’est en cause l’islamisme politique ou djihadiste. Ne faut-il pas en conséquence compter sur le temps, les changements de conditions de vie, d’éducation et de culture pour voir les moeurs évoluer et le port du voile perdre de sa « normalité »? Une cinquantaine d’années ont suffi pour que la France catholique s’effondre ainsi que bien des habitudes vestimentaires et alimentaires qui l’accompagnaient. L’islam ne pourrait-il pas prendre le même chemin?  Je serais donc tenté de laisser dans l’espace public les femmes libres de porter ou non le foulard. Le multiculturalisme, regrettable peut-être, mais transitoire (même si la transition dure quelques décennies) ne me semble pas le danger majeur encouru par nos sociétés.

Pierre Rigoulot

Photo de couverture : https://www.flickr.com/photos/121483302@N02/13765930124

je peux dire sans attendre où j’en suis sur ce point fort délicat.

Au début de la polémique sur le voile, j’étais totalement libéral. Je me souvenais que ma grand-mère maternelle n’avait pas quitté son shtetl pour venir visiter ses enfants en France, de crainte de ne pas pouvoir respecter toutes ses coutumes religieuses.

Avec la proposition d’interdiction du voile dans l’École, j’ai cru me retrouver devant un cas semblable et je n’avais vraiment pas envie d’emmerder des femmes comme cette grand-mère que je n’ai donc jamais vue.

Je me suis totalement trompé.

Le port du voile n’est pas une tradition chère aux femmes âgées et qui s’efface avec le temps et le passage des générations.

Il progresse partout dans le monde en signe extérieur de la progression de l’islamisation des moeurs… et des esprits.

Marine a été habile en associant voile et femme âgée. Mais c’est une esquive et rien de plus.

Conclusion : je ne suis pas du tout favorable à une interdiction qui serait violemment anti-libérale, mais je crois nécessaire une bataille culturelle contre cet étendard islamiste en défense de l’art de vivre ensemble à la française.

J’ajoute, en réponse à l’argument de la liberté de s’habiller comme on veut,

comme si le choix d’afficher un signe vestimentaire d’appartenance était

insignifiant : que celles qui portent librement un voile islamique arborent un logo défendant la liberté de le porter ou non pour toutes et partout.

André Senik

19 Avr 2022


Marine Le Pen encense le dictateur russe, bourreau de l’Ukraine

Qui a dit : « la France a plus dintérêts communs sur les plans culturels et stratégiques avec la Russie quavec les Etats-Unis », ?

(Le Monde, 16 novembre 2002)

Marine Le Pen

Qui a dit aussi, faisant preuve d’encore davantage de clairvoyance : « Rien ne permet daffirmer, du point de vue constitutionnel quelle nest pas une démocratie?  [une démocratie]. (…) Si vous lisez la presse russe, vous verrez que le ton de la presse dopposition y est bien plus libre et virulent à lencontre de Poutine quelle ne lest en France à l’égard de Sarkozy » ?

(Le Nouvel Observateur, 19 avril 2012)

Marine Le Pen

Qui a dit ? « M. Poutine est un patriote. Il défend les intérêts de son pays », « cest un homme attaché aux valeurs ».

(M le magazine du Monde, 29 mars 2014)

Marine Le Pen

Qui a obtenu un prêt de 9 millions d’euros de la banque russe FRCB ?

Marine Le Pen

(Cécile Vaissié : Les réseaux du Kremlin en France, éd. Les petits matins, 2016)

Qui a dénoncé« une diplomatie de menaces, de sanctions (…) une diplomatie de chantage que lUnion européenne, malheureusement, applique de plus en plus contre la Fédération de Russie. (…) ?

(Le Monde 26/27 mars 2017)

Marine Le Pen

Autant de  preuves de la nocivité, du caractère mensonger, et de la  dangerosité de la politique extérieure que mènerait la candidate du Rassemblement National.  Autant de  raisons, au moment où le dictateur stalino-tsariste avec qui elle a tissé des liens privilégiés martyrise les civils ukrainiens, de ne pas voter pour elle à la prochaine élection présidentielle !

Pierre Rigoulot

Photo © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

11 Avr 2022


 ERIC  ET  LE  SEXE

( Sur Eric Zemmour : « Le Premier Sexe », Denoël 2006)   

  

Selon Eric Zemmour, la France se meurt de l’ « islamisation ». Surprenant, en 2006, hier, il alertait sur un péril mortel tout autre : la « féminisation » (« Le Premier Sexe »). A contre- courant, seul, il lançait « mon offensive idéologique » (p.9), bouleversant la science : « C’est pour comprendre ce qui s’est passé … que j’ai d’abord écrit ce petit livre. Comme untraité de savoir-vivre viril … » (p.11). L’histoire, c’est avant tout le face-à-face virilité-féminité : « valeurs viriles » (action, combat, création, sexualité insatiable) face aux « valeurs féminines » (« la douceur sur la force, le dialogue sur l’autorité, la paix sur la guerre, l’écoute sur l’ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le risque » p.10). Stupéfiant : chez « Z », tout part du phallus, foyer de la vigueur sexuelle, donc de l’énergie physique et morale (« un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer … ça prend et ça jette » p.12). Zemmour attribue tous les évènements à la « virilité », véritable moteur de l’Histoire : « La Révolution guillotine le roi … parce qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait … La République … sera virile et fière de l’être » (p.90) ;  « fascisme, qui est toujours virilité exacerbée » (p.119). Immigration ? » «…la France et l’Europe, devenue uniformément femme … attendant d’être fécondée par une virilité venue du dehors » (p.108). « Ratonnades anti-Blancs » contre des lycéens parisiens ? « Certains avaient une grille de lecture ethnique. J’y vois, moi, la haine viscérale des « vrais hommes » pour les « tantouzes » » (p.113), etc., etc..

« Le totalitarisme féministe » (p.131)

D’après « Z », « une véritable mutation anthropologique » (p.10) s’est opérée après 1968 : la « féminisation qui n’est en vérité qu’une dévirilisation » (p.126). Féministes, couturiers homosexuels et capitalistes cupides ont, de pair, promu l’ « homme féminisé » sur le modèle du « gay », androgyne, flambeur et frivole. La « destruction sexuelle » a remis en cause « la tradition judéo-chrétienne… (d’) hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles » (p.26) ; « il n’y a plus …rien que des êtres humains… indifférenciés, interchangeables » (p.10) et « l’homme doit devenir une femme » (p.52) : allure, psychologie, habillement (et les femmes en pantalon ?) « Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste » (p.131), aussi totalitaire. A preuve les mesures contre la prostitution et le harcèlement sexuel. « C’est la conception d’un désir masculin distinct de l’amour qui est visée » (p.58) ; « l’homme n’a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu’aimer » (p.59). Zemmour, lui, pense avec Rousseau que « l’amour est un sentiment factice… célébré par les femmes… pour rendre dominant un sexe qui devrait obéir » (cité p.60). Le « respect » à la mode féministe exigé par les femmes tue le désir (« plus on respecte moins on bande » sic, p.65), poussant les hommes à chercher ailleurs, au détriment des premières.

« La féminisation … victoire à la Pyrrhus » (p.97)

Elles voulaient tout ensemble : « mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n’ont rien. » (p.69) ; la libéralisation du divorce a profité aux hommes : « les mères célibataires n’ont jamais été aussi nombreuses ; jamais aussi pauvres » (p.102). La salarisation des femmes a dévalorisé les professions féminisées : « Education nationale, magistrature, médecine, procédure judiciaire, journalisme » (p.122) ; les bas salaires féminins « limitent les revendications des salariés mâles » (p.120). En politique « le pouvoir n’est plus là où il fut. Il est désormais dans la finance et les hautes sphères de l’industrie. Où il n’y a pas de femmes » (p.128) ; « le pouvoir c’est le phallus » (p.130).

Avec leurs revendications féministes, les femmes se trompent. Du reste, Zemmour fait silence sur les droits des femmes, sauf sur la contraception et l’avortement, causes de la dépopulation. Il ignore les femmes battues ou tuées. Pfff ! Il ne connaît de droits que masculins, surtout sexuels.  Il regrette le modèle patriarcal, ici nord-africain, de sa jeunesse : épouse au foyer (cuisine, enfants …) ; homme, chef de famille (Zemmour cite Nietzsche : « La femme … joue le second rôle » p.33), au public; entre eux deux, de « l’attachement » (p.62) !

« Le lourd fardeau qu’il a entre les jambes » (p.87)

Seconde moitié du livre, « Z » avance une nouvelle explication (laquelle croire ?) : certes incités par la société, en fait « les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour … devenir une femme comme les autres » (p.11), ce qui constitue le … véritable « fil rouge  d’une histoire du XXe siècle » (p.81) ! « C’est même lui (l’homme), et non sa compagne, qui a lancé la machine infernale de l’indifférenciation sexuelle » (p.82). Enlisés en 14-18, défaits en 1940, etc., progressivement « les hommes renoncent à eux-mêmes » (p.83), à leurs trop lourdes responsabilités, tandis que les femmes s’affirment. (Question : cette « féminisation » est-elle un fait accompli ou une tendance encore possible d’inverser ?) « En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression, ils se contentent de conserver » (p.128), d’où « la stagnation intellectuelle et économique de l’Europe ». Pour Zemmour, le « désordre féminin » (p.133) entraînera une dictature (tout espoir est donc perdu ? malgré l’ « offensive idéologique » de «Z » ? ) les femmes, échaudées, voulant revenir à l’ « ordre viril » (p.134), mais les  hommes, « trop contents de s’être enfin débarrassés du fardeau » de leur entrejambe (p.134), s’y opposant. « Même si la soumission, l’humiliation, le malheur sont leur destin. » Fin. Dans « Un destin français » (Albin Michel 2018), Zemmour conclut par « La France est morte. ». Personne ne s’en était aperçu. Place donc, sans justification aucune, au « grand remplacement. »

L’islam, « religion masculine par définition » (p.133)

« Le grand remplacement … c’est le thème majeur de cette élection, celui qui va détruire … la France, qui va l’amener à devenir un Liban, avec tout le tumulte qui va avec : la guerre civile, etc. » (« L’Express », 21 mars 2022). Après la « féminisation », évaporée : l’« islamisation », thème autrement porteur. (Bel opportunisme !) Dans « Le Premier Sexe », le mot « islam » n’apparaît qu’une fois, « Coran », « charia » et « djihad » pas du tout ; « musulmans » pas non plus ; la « tradition » judéo-chrétienne (à propos de la distinction entre les sexes) est invoquée trois fois, mais absolument pas la « religion ». Et, en 2006 toujours, malgré l’Iran, les Talibans, le 11 septembre, le terrorisme en France, le « voile », etc., « Z » en « pince » pour l’islam : « Quand on demande à Malek Chebel : Pourquoi choisir l’islam… ?  Il répond :  « Pour sa virilité … Que propose Mahomet ? Un renforcement du patriarcat …» (p.132-33).   En 2006, l’immigration ne préoccupe pas encore Zemmour : 2 pages seulement (107-108) sur 134. Ah ! il s’inquiète des « jeunes Arabes », (« le loup entré dans Paris… l’homme d’avant la civilisation » p.109), ses copains d’école ou de quartier, « petits coqs contre petits coqs … rivaux pour le boulot ou les filles » (p.109).  Peut-être en désaccord sur la Palestine ? Zemmour observe que « les bandes de jeunes garçons sont un substitut à la famille d’autrefois. Il y règne la loi du clan, des caïds, le rapport de forces, la fascination pour l’argent et la frime » (p.115-116). Rien de jeunes endoctrinés : des loubards. Zemmour est l’héritier d’une des lignées kabyles ayant maintenu, en dépit des discriminations et persécutions, leur identité juive. Ses parents ont quitté l’Algérie difficile en 1952, au début du conflit israelo-arabe. Ils ne lui ont pas fait apprendre l’arabe. Les musulmans d’Algérie sont ses « ennemis héréditaires », fuis mais retrouvés, las ! toujours plus nombreux, en France. Rien d’une guerre de religions, d’autant que Zemmour est agnostique ; seulement un très vieux contentieux. Qui n’engage pas la France …. En 2006, Zemmour pestait contre les « garçonnets androgynes », « vêtus du même uniforme », déambulant « dans les rues de Paris ou d’ailleurs » (p.63) ; il se désespère désormais à la vue  « des femmes voilées et des hommes en djellabas… propagande par le  fait. Une islamisation de la rue, comme les uniformes d’une armée d’occupation rappelant aux vaincus leur soumission » (discours à la Convention de la droite, 28 sept. 2019). (Faut-il prendre le maquis ?)

« L’essence de la politique, c’est Eros et Thanatos » (p.37)

Zemmour confond « virilité », son obsession, avec dureté, voire cruauté à la Poutine, envisageant ainsi d’un cœur léger le « rapatriement » outre-Méditerranée de plusieurs millions de musulmans, inverse de celui des Pieds-Noirs et harkis, si douloureux, et qui déclencherait assurément une guerre civile. Dans « Le Premier Sexe », il martèle : « le pouvoir, c’est la capacité au moment ultime de tuer l’adversaire. C’est au final, l’instinct de mort » (p.129), « autrefois, la Révolution, c’était donner la mort aux ennemis de classe sans hésiter » (p.41), etc.. Valeurs chrétiennes ? Le doux Jésus était plus « féminin ». Dans la jungle politique, les « qualités féminines » (sentimentalisme, etc.) sont contre- performantes. « Les historiens du XIXe siècle ont fait le décompte et il n’est pas vraiment favorable à l’immersion des femmes dans la sphère politique » (p.90) : des reines et favorites (citées par Zemmour), conseillères enjôleuses et/ou autoritaires des rois, poussèrent à tant de conflits. (« Z » « oublie » les Geneviève, Jeanne d’Arc, Marie Curie, etc., etc.. Histoire sélective.)  Aujourd’hui, note Zemmour, on n’élit plus un homme mais un couple à la Présidence, effet de la « peoplisation » : « Cécilia (Sarkozy) était ambitieuse, comme son mari ; Nicolas était prêt à tout pour devenir président de la République… La présence de Cécilia à ses côtés féminisait, adoucissait une image (de) virilité exacerbée » (p.39). « Cette stratégie s’est révélée fort dangereuse » (ibid.) lorsque le couple se délita : « Nous étions en plein vaudeville » (p.40)… Aussitôt candidat à la présidentielle, Zemmour s’est affiché avec une jeune inconnue, sa nouvelle compagne et « conseillère » (« la plupart des politiques sont connus pour être d’insatiables conquérants … Le pouvoir reste manifestement un aphrodisiaque exceptionnel » p.37). Sarah et Eric ne se quittent plus depuis ; en parfait autocrate, Zemmour a imposé la novice à ses proches, vieux routiers de la politique, comme « directrice stratégique » de sa campagne et vice-présidente de son parti « Reconquête ». C’est Sarah, et elle seule (quelle influence !), qui a réussi à convaincre « Z » de se présenter. Pour sauver, in extremis, la France, voire l’Occident, sinon le monde. A quoi tiennent les choses : au nez de Cléopâtre. Imaginons Zemmour élu : via le viril monarque, c’est la « première dame », si entreprenante et persuasive, qui nous régenterait ! … « La vraie espérance est le désespoir surmonté » (à la Convention de la droite). Pessimisme ou optimisme ? « Féminisation » ou « islamisation » ? Les femmes avec les hommes ou à l’écart ? Plein de contradictions, M. je-sais-tout, que sait-il au juste ? A quoi croit-il vraiment ? Si, à deux choses : « La virilité va de pair avec la violence… l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant » (p.33) ; « la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires » (p.94). et à une troisième : je suis le meilleur, le seul. Unique certitude de notre part : avec Zemmour Président, ce serait Eros et Thanatos à l’Elysée.

Guy Barbier

28 Mar 2022


Blanquer, touriste au paradis quand les profs sont en enfer!

Qui sont les ennemis de la démocratie libérale? L’extrême droite avec un zeste de prétention à la respectabilité, style Dupont Aignan ou Marine Le Pen ? Ou la même avec un zeste de pétainisme dans le style Zemmour ou un zeste d’antivax dans le style Philippot ?

Les vrais ennemis de la démocratie libérale ne seraient-ils pas plutôt les Black blocs casseurs d’agences bancaires et de mobiliers urbains ? Ou les ahuris de la décroissance ? Ou, style vintage, ceux qui rêvent à l’extrême gauche d’un Parti unique des ouvriers hissant le drapeau rouge au sommet de la Tour Eiffel?

Vous n’y êtes pas du tout! L’ennemi de la démocratie libérale, c’est à dire, entre autres, de la discussion argumentée, du débat (pourquoi ajouter d’idées, comme s’il y avait autre chose que des idées dans un débat!), c’est l’imbécile qui ne saisit pas ce dont il est question mais conteste tout de suite et donne son avis comme on plante un clou, fortement, fermement; mais c’est aussi, c’est surtout, l’hypocrite qui ne veut pas comprendre, lui, et dénonce comme un scandale affreux une banalité du quotidien.

Ces deux catégories sont particulièrement bien représentées parmi les syndicalistes enseignants qui, au lieu de débattre avec un Ministre rognant sur ses vacances, travaillant ses dossiers sur son lieu de détente, et envoyant en un clic les mesures qu’il préconise pour faire face à la pandémie de covid-19 dans le cadre scolaire, préfèrent dire qu’il rogne sur son travail en allongeant ses vacances ! Ils pourront même dire, yeux révulsés et voix indignée, qu’il les méprise puisqu’il profite, comme le dira à peu près Marine Le Pen, d’un séjour dans une île « paradisiaque » alors que le peuple écrasé d’impôts et accablé par l’augmentation des prix tire le diable par la queue !

N’importe lequel de ces enseignants, syndicalistes ou pas, peut aller à Ibiza quand il veut, pour un prix modeste. 29 euros, 49 euros sont quelques unes des promotions qu’on trouvait sans difficulté ce 18 janvier. C’est ruineux n’est-ce pas? Oui, ça l’est ! Ah ces riches qui mènent la grande vie quand le peuple souffre! Démission, Blanquer! Démission!

J’ai fait jadis partie du corps enseignant. Ces gens qui demandent la démission de leur Ministre pour des raisons si futiles, me font honte d’avoir été l’un des leurs.

Pierre Rigoulot

(crédit photo: Jérémy Barande / Ecole polytechnique Université Paris-Saclay / CC BY-SA 2.0)

20 Jan 2022


La France selon Zemmour-Zelig

Zemmour veut rendre à la France sa pureté catholique en la débarrassant des musulmans qui l’envahiraient dans le but planifié de l’occuper et de l’islamiser intégralement.

Il faut voir dans ce programme épurateur un hommage implicite à une épuration menée dans un dessein comparable, en Espagne, par Isabelle la catholique et Ferdinand III, immédiatement après l’achèvement de la Reconquista au détriments du dernier royaume musulman en Espagne.

Quand Éric Zemmour reprend à son compte, sans toutefois le mentionner, ce programme national-catholique d’épuration, il prouve qu’il ne tient pas rigueur à Isabelle la catholique d’avoir expulsé non seulement les musulmans, mais les Juifs d’Espagne, ses ancêtres, en 1492, et d’avoir persécuté sans pitié ceux des Juifs qui feignaient de se convertir au catholicisme tout en restant juifs en cachette.

C’est en tout cas sans doute grâce à cette « épuration » impitoyable qu’Éric Zemmour est né de parents juifs vivant dans Algérie française.

Éric Zemmour n’en veut pas non plus aux antidreyfusards qui condamnèrent un capitaine juif français innocent, parce qu’ils agissaient, dit-il, dans l’intérêt de l’armée française. Un intérêt national que Zemmour, adepte fervent de la real-politik et de la raison d’État, place au-dessus des droits de l’homme et de toute considération morale ou juridique.

Éric Zemmour prend ainsi le contrepied des Juifs qui, comme les parents d’Emmanuel Levinas, vinrent en France parce qu’elle était le pays qui s’était dressé pour innocenter un Juif.

À chacun sa France.

Mais Zemmour, pas rancunier pour deux sous, n’en veut pas non plus à l’État français de Vichy d’avoir abrogé le décret Crémieux, qui en 1870 avait attribué « la citoyenneté française aux Israélites indigènes » c’est-à-dire, sans dire le mot juif, aux Juifs d’Algérie. Suite à l’abrogation de ce décret par le gouvernement de Vichy le 7 octobre 1940, les « Israélites d’Algérie » redevinrent des Juifs, et leur sort fut aggravé par l’application sur ce territoire des multiples interdictions imposées par la loi portant statut des Juifs du 3 octobre 1940.

Il fallut attendre l’après seconde guerre mondiale pour qu’en France le mot Juif cesse d’être soit banni soit injurieux, pour qu’il acquière droit de cité et honorabilité dans le vocabulaire de la République française.

De nos jours, en France, on peut se dire Juif et Français, dans les deux sens.

Éric Zemmour, nostalgique de la France d’avant, a choisi de se définir dans la France d’aujourd’hui en tant que Français de confession israélite, et pas comme un Français juif ou un Juif français.

L’idée qu’un être humain puisse provenir de deux histoires et se reconnaitre dans une double appartenance lui parait aussi contradictoire qu’un cercle carré. Pour lui, s’assimiler c’est « changer d’arbre généalogique ».

Pour le dire autrement, s’assimiler, selon lui, ce n’est pas assimiler la culture du pays d’accueil sans renier son passé : c’est être assimilé, comme un aliment qui a été ingéré et métamorphosé. S’assimiler, c’est faire un trou dans son passé et s’infliger une sorte de trépanation.

Si les Juifs s’étaient assimilés au sens que Zemmour donne à ce terme, le peuple juif n’existerait plus.

On voit qu’Éric Zemmour ne se noie pas dans les nuances et la complexité. Son discours est carrément carré.

C’est là sa force.

Mais c’est aussi sa faille.

Son choix de s’identifier publiquement en tant que « Français de confession israélite », l’oppose au choix du cardinal Lustiger, qui, lui, se revendiquait comme un Français juif de confession catholique.

Pourquoi ?

Mais pourquoi le « Français israélite » Zemmour n’en veut-il pas à ceux qui ont persécuté les Juifs au nom de la pureté catholique de leur pays ?

Pourquoi les blanchit-il?

Certains commentateurs ont allégué le syndrome de Stockholm, qui pousse les victimes à prendre le parti de leurs bourreaux pour s’imaginer être du côté du manche.

D’autres ont cherché la clé de ce rejet de sa judéité originelle dans l’aspiration à échapper à la dangereuse condition qui est celle des Juifs de la diaspora, en jouant la carte de l’autodissolution par assimilation intégrale.

Ce fut déjà le pari avant 1933 de nombreux Juifs allemands qui se voulurent plus allemands que les Allemands de souche. On connait la suite.

On trouve d’ailleurs une illustration de cette assimilation forcenée chez l’un des meilleurs spécialistes de l’âme juive, Woody Allen.

Le personnage qui porte le nom de Zelig dans son film éponyme est un homme-caméléon, capable de prendre totalement l’apparence des individus avec lesquels il est en relation. En présence de gros, il devient gros ; à côté d’un noir, son teint se fonce ; parmi les médecins, il fait comme s’il avait travaillé à Vienne avec Freud, et ainsi de suite. Jusqu’à ce que le spectateur du film le retrouve à l’époque de l’Allemagne hitlérienne, à une tribune dans le rôle d’un nazi forcené et vociférateur.

Heureusement pour lui, Zemmour n’est pas un Allemand d’origine juive des années 30 et 40, et sa pathologie assimilationniste ne le métamorphosera pas en nazi.

Mais cette pathologie aide à comprendre que notre Zelig-Zemmour reprenne à son compte le combat purificateur d’Isabelle la catholique, cette fois contre les musulmans. Qu’il justifie les Français antidreyfusards. Qu’il remercie l’État français de Vichy de n’avoir collaboré à la Shoah qu’en maintenant autant que possible les déportations de Juifs de France dans les limites de la préférence nationale pour les Juifs français. Et finalement qu’il conteste leur nationalité française aux enfants juifs français assassinés en France et enterrés en Israël.

La raison en est que, aux yeux de ce Français de confession israélite, les Juifs de France ne peuvent simplement pas être à la fois, et sans contradiction aucune, et Français et Juifs.

À partir de cette alternative imposée, que réserve son programme d’assimilation intégrale – un modèle qu’il oppose au modèle d’intégration sans déni des origines- à tous les Français non juifs dont les ascendants sont, eux aussi, venus d’ailleurs, chargés de leur histoire et de leur mémoire ?

Son modèle d’assimilation intégrale et exclusive leur propose d’effacer toutes les traces de leur passé, d’adopter les Gaulois pour seuls ascendants, et le catholicisme pour seule origine culturelle de leur identité française.

Voir par exemple ce qu’il propose aux musulmans vivant en France et qui voudraient y demeurer. Zemmour ne leur demande pas de s’adapter à la France des Lumières, à la France des droits de l’homme, à la France de la République et de la modernité, en laïcisant et en sécularisant leur appartenance religieuse. Il leur tend généreusement une main hospitalière, sous la condition, précise-t-il, qu’ils « s’assimilent » intégralement et exclusivement à la France catholique, en « christianisant », c’est le mot qu’il a choisi, leur mode d’appartenance à leur religion

Si Zelig-Zemmour devenait Président, et s’il tenait parole sans fléchir, il pourrait mettre en application la définition de la France qu’il dit emprunter à De Gaulle :  » Un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

En application de cette définition de la France éternelle, les Juifs de France pratiquants redeviendraient des israélites. Les Juifs de France non croyants ne seraient plus des Juifs. Les musulmans de France devraient se christianiser. Quant aux Asiatiques de France, ils devraient au minimum se blanchir et se convertir à une religion chrétienne.

Pour inaugurer son élection par un geste symbolique, le Président Zemmour pourrait déchoir de la nationalité française, , en grande pompe et en leur arrachant leurs décorations, et Joséphine Baker, qui chantait « j’ai deux amours, mon pays et Paris« , et Charles Aznavour, qui, tout en chantant dans la langue de Molière, accepta d’être l’ambassadeur officiel de l’Arménie à l’Unesco.

Telle est son idée de la France.

On ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenus.

André Senik

Cher André, j’ai lu, un peu ahuri, ton article sur Zemmour, je n’imaginais pas ça en démocratie occidentale au XXIème siècle, des « idées » archaïques absurdes et simplistes qui vont à l’encontre de tout progrès, de toute évolution constatable, de toute solution pratiquement applicable aux problèmes issus de l’immigration, du moins sans créer des dommages majeurs. Mais j’ai surtout apprécié tes pertinentes références à Zelig de Woody Allen. J’avais vu ce film à sa sortie, jamais un film ne m’avait autant plu et fait rire et à l’époque j’avais été étonné de son peu de retentissement et de son succès mitigé. La différence, c’est que Zemmour, lui, a l’air de se prendre au sérieux ! Il croit vraiment à ce qu’il raconte ? Docteur, une urgence !
Bravo à toi en tout cas !

Pierre Druez

Le courroux d’André

Je suis surpris de voir qu’André Senik adopte la technique de l’amalgame pour marquer sa violente opposition aux idées politiques d’Eric Zemmour. Senik, ancien professeur de philosophie, auteur d’un remarquable essai critique sur Karl Marx (1), plein d’exigence et de rigueur analytique, abandonne néanmoins cette fois ces bonnes habitudes pour se jeter à plat ventre dans une confuse diatribe contre le courageux journaliste et polémiste (2). Senik remet en question les opinions bien connues, lancées   sans langue de bois,  d’Éric Zemmour sur des sujets comme la liberté, la France, sa perte d’identité, l’islamisme, l’immigration, l’assimilation, le catholicisme, le grand remplacement, etc.  

Mais cette fois, Senik s’avance avec une facilité déconcertante dans la méthode de la reductio ad hitlerum, usant et abusant de la conjecture et du langage subliminal. Rien ne manque à sa harangue. Zemmour serait, nous dit-il, un «épurateur impitoyable », un agent du « national-catholique d’épuration » et un «nostalgique de la France d’avant ». Senik invente que « S’assimiler [selon Zemmour]  c’est faire un trou dans son passé » et « s’infliger une sorte de trépanation » (comme celles du Dr. Mengele ?). Et, enfin, Zemmour serait une espèce d’exterminateur de Juifs. Voici la phrase atroce de Senik: « Si les Juifs sont assimilés au sens que Zemmour donne à ce terme, le peuple juif n’existerait plus. »

Dans son article, André Senik martèle quatre fois le mot «épuration». Il reproche au polémiste sa « pathologie assimilationniste ». Tout cela est excessif et motivé  par une haine sans fard.

Tout en essayant de nous faire croire qu’il manie « les nuances et la complexité », André Senik fait dire à Zemmour ce qu’il n’a jamais dit et prend comme des faits des phrases inexistantes.

Tente-t-il de s’inscrire dans la course aux fadaises  prononcées,  il y a quelques semaines, par BHL et par le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui affirmait – en clivant encore plus la communauté juive de France-  que Zemmour était « antisémite certainement, raciste évidemment » ? Prenant comme un signal ces fariboles, les « bien-pensants » et les progressistes  se liguent  et essaient de faire boule de neige contre le pre-candidat conservateur, la révélation politique de l’année. Ils ne font pas cela sans réinstaller, aux yeux de tous, une machine staliniste de désinformation et de liquidation « des ennemis ».

D’une certaine façon, Senik devient le défenseur, par contrecoup, de causes rétrogrades. Par exemple, il déplore, dans sa diatribe,  la chute du « dernier royaume musulman d’Espagne », et fulmine contre l’admirable action d’Etat d’Isabelle la Catholique.

Il nous dépeint un Zemmour qui n’existe que dans sa tête. Il le présente comme un « impitoyable épurateur », comme un être obsédé par une seule chose : une supposée « pureté catholique », pour laquelle il expulserait « les musulmans » et « les Juifs de France ».

Et ce n’est pas tout. Senik croit savoir que « le Président Zemmour pourrait déchoir de la nationalité française,  en grande pompe et en leur arrachant leurs décorations, à Joséphine Baker, qui chantait ‘j’ai deux amours, mon pays et Paris’, et à Charles Aznavour ». On frôle la paranoïa.

Etrange manière de débattre : appelant à la dramatisation, ou plus exactement à un catastrophisme digne de réalisateurs de fictions comme Mimi Leder et Matt Reeves.

Non, cher André Senik, pour s’engager contre les idées d’Éric Zemmour, il faut respecter au moins une règle d’or: citer méticuleusement ses textes et déclarations. Vous ne le faites pas.  Vous vous contentez d’interpréter et de simplifier cette pensée, afin de pouvoir tirer les conclusions les plus aberrantes.

Senik demande : «pourquoi le ‘Français israélite’ Zemmour n’en veut-il pas à ceux qui ont persécuté les Juifs au nom de la pureté catholique de leur pays ? ». Où est le paragraphe ou la déclaration exprimant cette position?

La préoccupation d’André Senik semble tourner autour de la vieille question de l’assimilation et de ses effets sur les Français de confession juive et, à présent, sur les musulmans. Il prétend que Zemmour  exige, aux uns et aux autres, l’assimilation « intégralement et exclusivement à la France catholique ».

Rien de tel. Zemmour  n’a jamais mené bataille contre les « Français juifs » ni les « Juifs de France ». Au contraire, il combat la brutale remontée de l’antisémitisme, d’origine islamiste, et ses sanglants effets en France et en Europe. Zemmour, ne sort pas de la doctrine française traditionnelle et des principes du constituant Clermont-Tonnerre de soumettre la loi juive au Code Civil (et pas à la France catholique) et il dit que cette doctrine devrait être appliquée également vis-à-vis des musulmans: « Il faut refuser tout  aux Juifs comme nation et accorder tout aux Juifs comme individus ; il faut qu’ils ne fassent dans l’Etat ni un corps politique ni un ordre ; il faut qu’ils soient individuellement citoyens. »

Senik semble incommodé par ce vieux principe français. Aussi par les exigences du Premier Consul Bonaparte au Sanhédrin, en 1807, et par les modifications aux dogmes de l’islam –sur l’égalité homme-femme et la laïcité–, exigées par le ministre de l’Intérieur Chevènement en 1997. Idem sur la caractérisation de la France du général de Gaulle : « Un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

En prétendant  polémiquer  avec Zemmour, Senik détourne, en réalité, les propos de Clermont-Tonnerre, en disant :  « Zemmour ne leur demande pas [aux musulmans vivant en France ] de s’adapter à la France des Lumières, à la France des droits de l’homme, à la France de la République et de la modernité, en laïcisant et en sécularisant leur appartenance religieuse. Il leur tend généreusement une main hospitalière, sous la condition, précise-t-il, qu’ils ‘s’assimilent’ intégralement et exclusivement à la France catholique, en ‘christianisant’, c’est le mot qu’il a choisi, leur mode d’appartenance à leur religion. »

Et de conclure : « En application de cette définition de la France éternelle, les Juifs de France pratiquants redeviendraient des israélites. Les Juifs de France non croyants ne seraient plus des Juifs. Les musulmans de France devraient se christianiser. Quant aux Asiatiques de France, ils devraient au minimum se blanchir et se convertir à une religion chrétienne. » Ainsi, Senik, par un insolent tour de passe-passe,  transforme l’assimilation en conversion religieuse, en un procès de «christianisation» massive. Or, cela n’est aucunement la vision d’Eric Zemmour. Mais faire croire que cela est un fait avéré –comme font ceux qui l’accusent de « réhabiliter Pétain », par exemple-,  fait partie de la stratégie des petits et grands coups bas que l’islamo-gauchisme pratique pour tenter de démolir ses adversaires sans discuter le fond des choses.

Je déplore de voir André Senik, admirable analyste et fin observateur, se laisser entraîner par les fureurs des contempteurs d’Eric Zemmour. De sa part, j’espérais pouvoir une nouvelle fois voir sa puissante capacité de recul  se mettre en œuvre et reconnaitre à Zemmour une sincérité et un courage dont les hommes politiques actuels nous ont privés depuis trop longtemps.  

(1) Marx, les Juifs et les droits de l’homme (Denoël, Paris 2011).

(2) https://histoireetliberte.fr/2021/11/18/debat-point-de-vue-la-france-selon-zemmour-zelig-par-andre-senik/

Eduardo Mackenzie

Cher Eduardo

Merci pour ce mélange d’éloges et de critiques.

Le mot « courroux » me convient.

Et en deçà des arguments, en voici la réponse de fond.

Je suis un Juif intégré et un Français juif assumé comme tel

Je n’ai aucune nostalgie pour a longue histoire de la France républicaine fidèle à  Rousseau et à Clermont-Tonnerre , pendant laquelle les Juifs ne pouvaient être désignés et reconnus que comme des israélites, c’est-à-dire par leur confession.

Les antisémites (dont Marx) ont eu cet unique mérite de révéler que c’est la judéité qu’ils haïssent. Cette judéité, cet héritage, et l’appartenance au peuple juif;  sont un patrimoine que je refuse d’effacer rn m’assimilant sans reste.

Je me proclame Juif français à 100% et Français juif à 100% comme le cardinal Lustiger et pour les mêmes raisons.

C’est pourquoi je me bagarre depuis des années avec certains de nos amis les plus proches en faveur de l’intégration à la culture français, au sens le plus large du mot culture, et contre le modèle assimilationniste.

Je suis très favorable à l’existence du CRIF qui est effectivement incompatible avec le principe de Clermont-Tonnerre/

Je souhaite qu’on offre et qu’on fasse accepter ce modèle d’intégration aux nouveaux venus des autres cultures, en exigeant d’eux qu’ils renoncent seulement à ce qui est incompatible avec la culture de leur pays d’accueil.

C’est pourquoi je prends pour exemples de cette intégration Joséphine Baker et Charles Aznavour.

Deux choses dites par Zemmour suffiraient à provoquer mon courroux.

1° Il a reproché à De Gaulle d’avoir soutenu la loi Neuwirth qui légalisa la contraception.

Cette nostalgie de France d’avant-hier me fait horreur.

2° il a critiqué le refus de « commémore »r Maurras.

Or la commémoration est définie comme étant « un type particulier de célébration »

:Voici ce que Charles Maurras à écrit

« Le 9 avril 1935, Charles Maurras écrit dans son journal, L’Action française , à propos de Léon Blum, leader du Parti socialiste :  « Ce Juif allemand naturalisé, ou fils de naturalisé[…]  n’est pas à traiter comme une personne naturelle. C’est un monstre de la République démocratique. Et c’est un hircocerf de la dialectique heimatlos1.  Détritus humain, à traiter comme tel[…]  . L’heure est assez tragique pour comporter la réunion d’une cour martiale qui ne saurait fléchir. [Un député]  demande la peine de mort contre les espions. Est-elle imméritée des traîtres ? Vous me direz qu’un traître doit être de notre pays : M. Blum en est-il ? Il suffit qu’il ait usurpé notre nationalité pour la décomposer et la démembrer. Cet acte de volonté, pire qu’un acte de naissance, aggrave son cas. C’est un homme à fusiller, mais dans le dos. »

Le fait que Zemmour désinhibe les antidreyfusards me stupéfie.

M’enrage le fait qu’il désinhibe les nostalgique de Pétain (qui aurait eu le mérite de préserver les Juifs francais de la déportation en livrant de bon coeur aux nazis les Juifs étrangers.

Je suis né en 1938 à Paris et je n’ai été naturalisé français qu’en 1947 en même temps que mes parents, qui étaient des Juifs polonais athées et non des Israélites.

  Je n’ai pas assez d’humour (juif), je l’avoue,  pour trouver des circonstances atténuantes à Pétain.

Les historiens ont le devoir de dire toute la complexité sur cette période, et sur la différence de traitement entre les Juifs français et les Juifs étrangers, mais l’usage politique que Zemmour fait de cette différence est proprement répugnant.

En un mot, je n’ai pas la nostalgie de la France d’avant-hie ni de sympathie pour les amis de Viktor Orban.

Je te salue

André

Bonjour Eduardo,

Je viens de recevoir ton mail à propos du texte d’André et je te donne mon avis, non sur l’ensemble de ton propre texte – avec lequel je ne suis pas d’accord- mais sur deux pointe.

-tout d’abord je suis étonnée de ta virulence qui montre une absence de respect pour l’auteur dont le seul tort est de penser différemment de toi. Je ne trouve pas cela très sympathique malgré le rappel récurrent des qualités intellectuelles manifestées jusqu’ici par André. Il « se jette à plat ventre », il manifeste une « haine sans fard », la référence absurde à Mengelé…Ce n’est pas cela un débat.

-de plus, la question de Pétain et le fait que Zemmour cherche à le réhabiliter ne peuvent être écartés comme tu le fais. Cette réhabilitation est bien dans la pensée de Zemmour qui affirme que Pétain a protégé les Juifs français. C’est une erreur historique. Certes, le fait qu’il y ait eu pendant deux ans une zone non occupée a permis à un certain nombre de Juifs de s’y réfugier, mais ce n’était en rien le but de Pétain de les protéger.Les mesures antisémites d’octobre 1940 puis les suivantes visaient tout autant les Juifs français que les Juifs étrangers. Puis l’obligation qui leur a été faite par le gouvernement de Vichy de se déclarer comme Juifs à la mairie (avec le tampon « juif » sur leur carte d’identité) n’avait pas pour but de les protéger, a au contraire permis de les désigner aux persécutions nazies.

Zemmour, Juif d’Algérie, ne connait pas vraiment la situation en France pendant la guerre et son goût de la provocation l’amène à faire de graves erreurs historiques.

Pour le reste de ton mail, c’est ton opinion, rien à dire, mais je ne crois pas que les Juifs de France soient ravis de voir au premier plan de l’actualité un Juif raciste, c’est une image bien négative.

Florence

J’ai relu l’article d’André et je ne comprends pas bien la virulence de la diatribe – bien écrite – d’Eduardo Mackenzie. Un amour immodéré pour Zemmour ? La nostalgie d’une époque révolue ?

Tout à fait d’accord avec Florence dont j’ai apprécié l’ensemble du texte. J’ajoute que le gouvernement de Vichy a été de son propre chef plus loin que ce que demandait Berlin, qui excluait les enfants de la déportation, c’est Vichy qui a proposé la déportation des enfants aussi. Selon Jean-François Revel (de mémoire mais je ne me rappelle plus où il a écrit ça, longtemps avant la reconnaissance officielle de ces faits), les nazis ont été tellement surpris qu’ils ont mis quinze jours avant de répondre : « Oui » –  bien sûr, les nazis, restaient les nazis, ajoutait Revel.

Plus largement, je crois que le grand danger en cours en ce qui concerne les Occidentaux est la haine de soi, l’ignorance et même le rejet et la haine de notre propre Histoire, de notre culture et de notre œuvre de civilisation universelle qui fut et reste bien réelle.

La mauvaise réaction aux menées anti-occidentales est de diaboliser à notre tour , tant l’autre que les mésinformateurs. S’en suivent des contre-réactions etc. , et on n’a plus que fermetures, blocages et chute des échanges dans des polémiques de cours de récré (ou pire !) 

Il me parait essentiel d’œuvrer à un enseignement éclairé, serein et ouvert en la matière.

Je crois que les retours aux nationalismes dévastateurs d’antan et l’obsession en vogue de l’identité s’appuient sur l’imaginaire d’une pureté originelle qui n’a jamais existé. Démarche palpable tant chez les racistes inversés à la mode que chez les racistes traditionnels « naturels » et aussi chez les nationalistes nostalgiques d’une « grandeur » mythique. 

Tout cela me parait fort archaïque tant sur le plan personnel que sur celui de l’Histoire. Ces aspirations se nourrissent de peurs profondes enfouies en tout un chacun : la peur de se perdre (souvent parce qu’ on ne s’est jamais vraiment trouvé), la peur d’être privé de ses supports familiers d’identification, d’idéalisation et de haine, la terreur inconsciente d’être dévoré et métabolisé si on laisse une culture différente et des idées incompatibles avec les siennes pénétrer son environnement, son entourage et finalement soi-même !

Comme le dit André, s’assimiler c’est assimiler la culture du pays d’accueil sans renier sa culture d’origine. 

Les exemples de coexistence pacifique entre religions et cultures différentes au sein d’un même ensemble politique (Empire ottoman, Autriche-Hongrie) ne manquent pas.

De même les exemples d’assimilation réussie sans reniement des origines : aux USA bien sûr mais aussi en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique…

Pourquoi n’en irait-il pas de même avec les musulmans et Africains de France et de Belgique malgré toutes les difficultés bien concrètes auxquelles cette immigration massive nous confronte ? 

Détail important :  pourquoi continuer à interdire la tenue de statistiques sur l’ethnie, la race, la religion en France et en Belgique ? Par peur de l’instrumentation raciste et de faire le jeu de l’extrême-droite, on se prive de la référence au réel pour prendre les mesures correctrices adéquates en matière d’inégalité et on laisse libre cours à toutes les extrapolations abusives, aux fantasmes et aux rumeurs. Les USA et le Royaume-Uni ne s’ handicapent pas de la sorte et ont le courage de regarder la réalité en face.

Que nous le voulions ou non, nous allons vers un monde supranational et multiculturel universel, nous y sommes déjà pour une grande part. Toute évolution porteuse de mutations génère résistances, crises, retours en arrière mais je crois que rien ni personne n’empêchera le progrès de se poursuivre tendanciellement que ce soit sur le plan dont nous discutons ou les autres (progrès technologiques et économiques) qui entrainent eux aussi de très fortes réactions archaïques.  Les revendications nationalistes, régionalistes et religieuses sont des combats d’arrière-garde nuisibles quand elles mettent à mal des démocraties (islamistes, intégristes, Catalogne, Pays basque, Corse, Lombardie… ) mais PAS quand ce sont de simples revendications destinées à pouvoir exercer ses libertés et droits fondamentaux en matière de religion, d’expression, d’information, de circulation et de justice indépendante, ainsi qu’Antoine et Pierre l’ont fait remarquer en distinguant l’action de #Me Too en RP de Chine et en Occident.

Pierre Druez

25 novembre 2021

Cher André,

Je me félicite de constater que dans ta « réponse de fond » à mon article tu abandonnes ton horrible caractérisation d’Eric Zemmour comme un « impitoyable épurateur », comme quelqu’un obsédé par l’expulsion de France  «des musulmans » et  « des Juifs de France ». Il y a du progrès.

Toutefois, tu arrimes de nouveaux éléments à la controverse, comme Marx, le CRIF,  la loi Neuwirth, la condition féminine,  ta judéité, Charles Maurras et Viktor Orban, entre autres. Je ne veux pas, excuse-moi,  discuter de tout cela et te laisser disperser la discussion dans un foutoir, bien que j’aie des opinions bien affirmées sur ces sujets. Il faut savoir mener et terminer une discussion, camarade, pour parodier l’autre.  

Néanmoins, le thème de Maurras et les commémorations m’intéresse,  ainsi que tes affirmations sur l’« assimilation sans reste » et l’intégration de « nouveaux venus des autres cultures », comme tu dis, par antiphrase, pour ne pas utiliser la formule  immigration incontrôlée, car cela c’est, je pense, le noyau dur de notre conversation.

Tu dis que « Zemmour a critiqué le refus de ‘commémorer’ Maurras » et que cela suffit pour  « provoquer [ton] courroux ». Cet épisode est très intéressant. Il est, à mon avis, une curieuse anticipation, en janvier 2018, de l’aberration qui explosera quelque mois après aux Etats Unis sous l’appellation du wokisme/cancel culture.

En janvier 2018,  Françoise Nyssen, ministre de la Culture,  sous la pression, semble-t-il, des réseaux sociaux, et des injonctions de Manuel Valls et de la LICRA, décide de retirer le nom de Charles Maurras du livre de commémorations d’Etat. Le 5 février, Éric Zemmour, dans une interview de Figaro/Live, critique, en effet, cette décision. Il admet que les propos antisémites de Maurras contre Léon Blum  sont d’une « cruauté impardonnable» car ils tombent dans un moment où l’Allemagne nazie « procède à l’extermination des juifs ».  Il dit que, pourtant, la République « a le devoir de commémorer (pas forcement célébrer) toutes les figures qui ont marqué la vie intellectuelle de la France, sinon elle risque de dériver vers le sectarisme ».

Je suis d’accord avec cette vision de Zemmour. Ce que tu ne dis pas c’est que Zemmour n’est pas la seule personne qui voit les choses ainsi. Une semaine avant Zemmour, deux historiens –Pascal Ory et Jean-Noël Jeanneney— avaient critiqué la décision de Mme Nyssen à l’égard de Maurras. Dans la même semaine, cinq autres personnalités –Pascal Perrineau, Philippe Meyer, Lucile Schmid, Karl Meus et Jean Christophe Buisson–, déclarent, sur Figaro/Live,  être favorables au maintien de Maurras dans la liste de commémorations, en raison de l’importance considérable de celui-ci dans la  politique de son temps  et parce que la liste de commémorations ne pouvait pas devenir le catalogue des « gens bien » selon une chapelle du moment.

M. Perrineau a évoqué même un détail intéressant : le déserteur Maurice Thorez, le chef  « historique » du PCF, avait écrit aussi, à Moscou, en janvier 1940, des « propos ignobles » du même acabit de Maurras à l’encontre de Léon Blum : «agent de l’Angleterre capitaliste », « égoïste jouisseur », « misérable créature »,  « répugnant reptile », « la hyène Blum », « chien de garde, il aboie à gorge déployée », etc. (1).

Pourtant, le chef staliniste n’est pas l’objet, bien entendu, du châtiment mémoriel infligé à l’heure actuelle à Charles Maurras. Louis-Ferdinand Céline doit-il aussi être banni de l’histoire littéraire de France pour ses pamphlets antisémites? As-tu, André, cédé aux sirènes de cette exécrable mode de la cancel culture ?

Pourquoi ne dénonces-tu pas Thorez et Céline ? Pourquoi ta bronca contre Éric Zemmour est-elle sélective et exclusive? Pourquoi ce deux poids-deux mesures ?  Pourquoi te fais-tu violent contre le polémiste conservateur et aveugle face à l’appel au meurtre de Jean-Christophe Lagarde contre Zemmour ? La phrase «Si Monsieur Pasqua était là, il te filerait une balle dans la tête», ne t’a donc pas ému ? Le voyou centriste n’a pas présenté ses excuses (il a regretté uniquement son expression « inappropriée ») et tout le progressisme a vite passé à autre chose. Mais pas Éric Zemmour.

Tu avances que l’assimilation est une « idée terrifiante » et que la seule chose qui aille c’est l’intégration. Pour toi, l’assimilation est « faire table rase du passé » de chaque personne. Dans ta définition de l’assimilation il y a autant d’invention que de fantasme. Pour toi, l’intégration serait « faire sien l’héritage du peuple français ».  Toutefois, tu es contre l’interdiction du port du voile islamique à l’université ou du burkini sur les plages, car pour toi ces deux gestes apparaissent comme des libertés individuelles, et seraient donc seulement  des « particularismes» et des « phénomènes communautaires » (qui doivent, selon toi, être tolérés dans une société libérale).  Tu ne vois pas dans ces gestes ce qu’ils sont : des drapeaux et des symboles d’un système politico-religieux et d’une offensive à long terme qui vise à islamiser la France.   

Dans ton long article de décembre 2016 (2), où tu n’abordes pas une seule fois le problème de l’immigration en France, tu dis être d’accord avec le philosophe Etienne Balibar qui défend « le droit des musulmans contre les mesures visant le voile et le burkini », car il, Balibar, estime que « notre société libérale n’aurait pas une identité à défendre ». Porter le voile islamique à l’université ou le burkini sur les plages est-il, pour toi, « faire sien l’héritage du peuple français » ?

Ta vision de « l’assimilation » est aussi inexacte. La France n’a jamais exigé aux Juifs d’« effacer l’appartenance au peuple juif » comme tu l’écris. La loi française n’a jamais exigé l’apostasie, l’abjuration, la conversion, le lavage de cerveaux pour faire l’assimilation. Tu crois à cela, mais tu te trompes. Il y a de nombreuses générations d’immigrés italiens, espagnols, polonais, portugais, qui ont réussi non seulement une rapide intégration mais aussi une assimilation parfaite, sans « s’infliger une sorte de trépanation », pour utiliser ta formule.

Tu estimes que «…en ce qui concerne les musulmans, l’identité à laquelle doivent impérativement s’adapter (…) c’est avant tout l’identité des valeurs libérales, et pas obligatoirement des valeurs ‘nationales’ ou ‘républicaines’ ». Faire cette distinction (artificielle)  entre « valeurs libérales » et « valeurs nationales ou républicaines », te permet de résoudre l’équation par une voie imparfaite : en évacuant de l’analyse la civilisation judéo-chrétienne, rien de moins, c’est-à-dire en renonçant à voir  quelque chose de fondamental et qui fait partie, en France, des « valeurs nationales » et du socle du roman national.

On devrait dire merci à Éric Zemmour car il a ouvert le débat sur certaines de ces notions importantes, ensevelies pendant des années de soumission vis-à-vis des constructions idéologiques de la gauche. Il a mis sur la table les thèmes qui préoccupent le plus les Français et les acteurs politiques s’engouffrent déjà dans la brèche en ce début de campagne présidentielle.   

Eduardo Mackenzie

Je suis d’accord avec toi sur un point : il faut centrer nos propos.
Je vais donc essayer d’être concis;
Je peux néanmoins préciser quelques points de détail
Cela fait soixante ans que j’ai jamais ménagé mes critiques de Thorez et j’eusse été hostile à ce que l’on commémore l’auteur de Fils du peuple (une auto-biographie qu’il a d’ailleurs fait écrire par un « nègre » Jean Fréville).
Je n’ai évidemment jamais donné raison à Balibar, avec lequel je suis en total désaccord depuis nos années étudiantes.
Ce n’est pas moi qui ai défini i l’assimilation comme un renoncement total au passé, c’est Zemmour qui la définit comme un changement d’arbre généalogique. C’est selon moi un déni pathologique
Enfin, je me souviens que plusieurs intellectuels respectables ont souhaité que les Français commémorent Maurras, alors qu’il n’a pas contribué à autre chose qu’au déshonneur de la France.
Ces intellectuels respectables prétendaient que la commémoration n’était pas une célébration.
En quoi ils se trompaient. La commémoration est définie comme une forme de célébration.
Entre commémorer et effacer, il y a place pour éventuellement rappeler et condamner.
Les livres d’histoire dans laquelle ils ont joué un rôle important doivent évidemment parler de Maurras et de Staline et de Hitler et de Pétain. Mais les célébrer, non!
Je veux bien célébrer la loi Neuwirth qui donna aux femmes le droit à la contraception, et rappeler, sans les commémorer les discours de ceux qui regrettent cette loi (dont le PCF qui combattit le « birth control ».
Je crois que nous sommes au clair.
Porte toi bien

André

Aveu d’accablement

Je suis quelque peu accablé par la tournure prise par ce qui devait être un débat sur les affirmations d’Eric Zemmour.

Un animateur central de notre blog, un participant depuis des années aux activités de l’Institut d’histoire sociale, à sa revue Histoire & Liberté, à ses colloques, à ses réunions, André Senik pour ne pas le nommer, a pu ainsi être, par un autre participant à cette histoire, auteur notamment de nombreux articles sur la Colombie dans la même revue, accusé de pratiquer l’ « amalgame », de « rejeter à plat ventre (sic) dans une confuse diatribe », d’ « user et abuser de la conjecture et du langage subliminal », d’ « inventer », d’être « motivé par une haine sans fard » et même – ce sera la touche comique – de « déplorer dans sa diatribe – la chute du dernier royaume musulman d’Espagne » et de « fulminer contre l’admirable action d’Etat d’Isabelle la catholique ».

Pour s’en tenir à la forme, il y a une manière digne, respectueuse, d’échanger des arguments politiques, moraux, historiques, qui émane des valeurs que nous disons tous défendre. Il y en a une autre qui vise à écraser l’adversaire, à le caricaturer voire à le ridiculiser, qui signe une incivilité impropre au cadre démocratique et libéral.

Mais peut-être est-ce là que le bât blesse? André Senik défend, je défends, d’autres défendent dans notre cercle d’Amis d’Histoire & Liberté la démocratie libérale. D’autres, visiblement, défendent l’illibéralisme, une conception de la démocratie qui favorise la conduite incontestable, en tout cas très difficilement contestable, du pouvoir politique. C’est celle de Viktor Orban, apprécié de Zemmour; c’est celle de Vladimir Poutine, défendu par le même Zemmour.

Dans cette conception, l’intérêt de l’Etat, contrôlé par un « leader » et un parti au service de ce dernier, prévaut et tend à rendre impossible l’alternance. Cette chasse aux oppositions se drape ostensiblement dans une posture de défense de l’intérêt national. Ostensiblement mais fantasmatiquement. Car on peut contester le service que rendent à leur propre nation les positions sur l’islamisme, l’identité nationale, l’immigration, les religions, d’un Orban, d’un Poutine, ainsi que celles d’un Eric Zemmour.  

Contre l’islamisme, la tentative de constituer un « islam de France » compatible avec les règles de la démocratie libérales me semble respectable. Elle est encore dans les limbes il est vrai, et les conflits entre les musulmans, l’influence qu’ont sur chacune de ces parties mutuellement hostiles, des pays étrangers, rendent cette tâche particulièrement difficile. Mais le renseignement et les opérations policières ne suffisent pas. C’est pourquoi cette tentative de constituer un islam compatible avec nos valeurs politiques, morales et intellectuelles, est appréciable, tout comme l’est l’action contre le « séparatisme », même si l’on sait parfaitement que ce séparatisme n’est qu’un moyen en vue d’une fin : la prise de pouvoir.

On aimerait savoir quelles mesures lui, Eric Zemmour, compte prendre, pour faire reculer l’islamisme politique et pour faciliter l’intégration progressive des musulmans dans la société française- si tant est qu’il la souhaite. Lui prône plutôt l’assimilation, autrement dit la suppression imaginaire, malsaine ou impossible de son arbre généalogique. Et il la prône dans une France qui n’existe pas. Décidément, Zemmour met la barre trop haute pour la majorité de nos compatriotes musulmans.

Pourquoi une France qui n’existe pas? C’est que, pour cerner et défendre l’identité française, il faudrait, ce que ne fait guère Zemmour, reconnaître en même temps et son passé et son évolution et son avenir. La France n’est pas une essence. L’identité de cette société évolue – comme toute société – lentement, avec le temps. Son intégration dans l’Union européenne, son affaiblissement démographique, son besoin de main d’oeuvre, son respect des droits de l’homme qui la conduisent à accueillir les réfugiés et à favoriser les regroupements familiaux conduisent sans doute à des excès et à des tensions, mais aussi à une ouverture nouvelle sur le monde qui l’oblige à repenser ses modèles nationaux et culturels antérieurs.

Un Zemmour ne peut entendre de telles propositions. La France d’hier et la France d’aujourd’hui expriment pour lui une réalité identique, forgée – et confirmée – pendant des siècles par une histoire dont nous devons être totalement et continûment fiers.

En fait, la France d’aujourd’hui se mondialise, comme la plupart des sociétés modernes économiquement développées. Ses fils et ses filles voyagent, se marient avec des étrangers et des étrangères, vivent parfois au loin. Peut-on s’imaginer que dans de telles conditions l’identité du pays pourrait ne pas changer ? Et que le sentiment national, forgé pour beaucoup par les confrontations voire les guerres, puisse rester aussi aigu qu’hier ? S’adapter à nos valeurs, à nos principes et à nos moeurs, est une demande légitime aux nouveaux venus. Mais les valeurs, et surtout les moeurs ( laissons cependant les principes, énoncés dans la Déclaration des droits de l’homme!) ne sont pas immuables. Il n’y a pas de France éternelle à laquelle il faille s’adapter. Et l’équation, on le voit, est complexe et bien éloignée des simplissimes positions « zémmouriennes » : au moment même où l’acuité du sentiment national s’émousse au contact de l’Europe et du monde, et du fait de près de huit décennies de paix, il convient de faire accepter aux immigrés les valeurs et les moeurs qui caractérisent la France!

Le problème est évidemment autre pour Eric Zemmour qui, désireux de faire coïncider ses fantasmes d’invasion migratoire criminogène et la réalité actuelle, rejette en quelques formules à l’emporte-pièce la Cour européenne des droits de l’homme, la « bureaucratie de Bruxelles », la levée des frontières au sein de l’U.E. et invente un socle catholique unifié où ensuite se fondent – condition sine qua non pour être Français – divers groupes tard venus.

De Clovis sacré roi à Reims à de Gaulle en passant par Louis XIV et Napoléon Ier, tous rappellent, à entendre Zemmour, que les minorités – sexuelles, religieuses, ethniques, venues d’ailleurs ou pas – ne forment pas le socle du pays. Si notre journaliste veut dire qu’elles sont minoritaires, il enfonce une porte ouverte. Et s’il veut dire qu’elles comptent pour rien dans l’identité française en évolution, il se trompe. Tout particulièrement aujourd’hui.

Je ne sais trop si le débat doit continuer. Ce que je sais en revanche, c’est que covid ou pas, flux migratoires ou pas, nous traversons une période difficile : une menace totalitaire chinoise plus une menace totalitaire islamiste, cela fait beaucoup pour un pays et une Europe divisés et contestés de l’intérieur comme de l’extérieur. Et que le temps est plutôt à se serrer les coudes qu’à s’accuser de malhonnêteté intellectuelle.

Pierre Rigoulot


18 Nov 2021


Eric Zemmour  : La France n’a pas dit son dernier mot, éd. Rubempré, 348 p., 21,90 €

Attention  : ceci n’est pas un livre. La plupart des 340 et quelques pages sont des récits de rencontres de l’auteur avec diverses personnalités, donnant souvent des précisions sur le restaurant qui les a accueillis et sur les plats dégustés.

On conçoit donc qu’un militant nationaliste, déçu par une Marine Le Pen dédiabolisée, achète cet ouvrage comme d’autres le maillot de leur équipe de football préférée, en signe d’adhésion, et comme une obole et un encouragement. Mais on le déconseillera à quiconque veut en savoir plus sur la pensée politique d’Eric Zemmour et les moyens de mettre en oeuvre des mesures utiles et réalistes pour contrer l’islamisme. Il faut en effet parcourir avec patience ces pages qui tiennent du bottin mondain et du Gault et Millaut pour recueillir une prise de position argumentée, une mesure réaliste à prendre.

Zemmour ne démontre pas, n’explicite pas. Il procède par affirmation à l’emporte pièce, par envolées indignées et raccourcis explosifs. Inutile de chercher des propos minutieusement défendus, la parade à des objections possibles et encore moins des interrogations adressées à ses adversaires, voire à lui-même, marques d’ouverture d’esprit et de refus du dogmatisme. Zemmour n’est pas un penseur, adepte de la confrontation rationnelle. C’est un polémiste parfois habile, un histrion cultivé, capable de sortir de son chapeau une citation percutante. Il est, lui aussi – pourquoi le lui reprocher ? – un nostalgique de la douce France de son enfance, de surcroît un bon vivant et un convive agréable. Mais pas un Président souhaitable, tant sa pensée est soumise, et comme une évidence, à de vieilles conceptions du pouvoir qui affleurent dans quelques points d’intérêt, qu’on déniche à l’issu d’une lecture patiente.

Au coeur de ses certitudes : la France éternelle existe. Elle est née des rois de France et de leur union avec l’Eglise catholique. C’est sur ce socle que s’affirme toute autorité légitime à la tête de la Nation. Même Napoléon  ; même la République de 1789 s’y adosseront. Hélas, cette belle France là est menacée de l’intérieur et de l’extérieur. De l’intérieur par «  l’individualisme  né il y a quatre siècles aux confins de la Renaissance italienne et du protestantisme germanique  ». De l’extérieur par l’Islam. L’effet complémentaire de la Liberté individuelle, qui mine la puissance collective, et de la religion de la Soumission, pousse «  des diasporas de plus en plus fournies  » à imposer «  leurs mœurs, leurs lois, leurs imaginaires, leurs patronymes dans une logique colonisatrice  ». Un peuple français. Deux ennemis opposés qui veulent le détruire. Cela ne vous rappelle rien, demande-t-il  ? Mais si  ! Le pacte germano-soviétique  !

Raccourci peut-être brillant mais certainement discutable. Tel est l’art du polémiste : lancer son trait, et…passer à autre chose. Zemmour est maître dans cet art de passer à autre chose  : perspectives d’avenir avec Xavier Bertrand, retour sur un débat raté avec Marine Le Pen, la fin de l’homme blanc avec Tom Wolfe, avec chacun, on évoque un sujet différent, entre la poire et le fromage. Et après une pirouette, on passe aux suivants : Serge July et François Bayrou, Alain Minc et Dominique Baudis, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Seguin.

On s’arrêtera là mais certainement pas Zemmour, qui continuera de papoter sur deux ou trois centaines de pages. Contentons nous d’extraire quelques passages, pleins de sens, même s’ils portent sur des détails.

La France qu’il aime, celle qu’il appelle avec un sourire (on peut en tout cas l’espérer) «  la France éternelle, cette France des bérets et de la baguette de pain  », c’est évidemment celle où l’immigration musulmane n’existait pas  encore. Ce n’est pas celle non plus, de l’individualisme protestant et humaniste qui, au sortir du Moyen-âge, «  a transformé nos vieilles nations en société d’individus craintifs et capricieux  ». Ce n’est pas davantage celle des Juifs à propos desquels Zemmour a cette confidence émouvante et trop peu relevée par les critiques, sur sa maman qui voulait gommer le mot «  Juif  » de la conscience de ses enfants pour qu’ils soient seulement des «israélites». Zemmour a suivi le conseil de sa maman  : il ne balaie pas sa judéité comme le firent Spinoza ou Marx mais la réduit à un culte. La vraie France est une France catholique. Peuvent s’y raccrocher des protestants ou des israélites, et même des musulmans, à condition de « catholiciser » leur appartenance religieuse ou de suivre l’exemple de ceux qui se sont assimilés en gommant ou en changeant leur arbre généalogique pour se fondre littéralement dans la nation française.

Pas de réflexion chez lui sur la possibilité d’avoir des racines plongeant dans un ailleurs ethnique, géographique ou historique, comme Joséphine Baker et Charles Aznavour, tout en étant Français. En bon maurassien qu’il est sans vergogne, Zemmour élimine ce qui n’est pas du socle qui fait la France éternelle  ! Il ne veut pas de l’intégration de gens conscients de leur histoire et de leur culture particulières. A la manière d’Isabelle la catholique chassant les Juifs d’Espagne et de Louis XIV révoquant l’édit de Nantes, il exige l’unité, que dis-je  ? la fusion nationale…Aussi peut-il écrire  : «  Je suis un juif (avec une minuscule) d’Algérie grandi en banlieue parisienne que l’héritage familial et les lectures ont transformé en Français (avec une majuscule) de la terre et des morts  »…

Où l’on comprend qu’on simplifie son message quand on le réduit après une première lecture à la lutte contre l’immigration. Le thème est au cœur de ses affirmations en effet. Mais il se conjugue avec sa haine de la société libérale, de son «  individualisme consumériste », de sa référence au droit supranational, accouchant d’hommes ignorants de leurs racines nationales et se rêvant «  citoyens du monde  ». Eric Zemmour préfère un régime de type illibéral comme celui de Victor Orban.

Mais la France ne bouge-telle pas lentement, comme bougent sa culture et  ses croyances? Eh bien non, pour Zemmour, qui ne sera guère impressionné par les observations et les statistiques qu’on lui produira. La France est catholique, même si jamais elle ne va plus à l’église  et Zemmour adore cette formule d’André Suares  : le peuple français est «  chrétien dans ses moelles. Ses erreurs mêmes sont chrétiennes et ses excès, quand il veut introduire la politique dans l’ordre du sentiment. Nation très chrétienne, elle a l’Evangile dans le sang  ».

Voilà peut-être l’enseignement majeur de la lecture de ce livre léger et parfois plaisant : que les faits confirment ou non ses vues, qu’importe au fond. La France, même si elle ferme ses églises, est catholique par essence. De même, si la majorité des musulmans s’intègrent en France, lui, Zemmour sait que «  l’inconscient collectif des populations musulmanes «  est de coloniser l’ancien colonisateur  ». De même, il «  sait  » que tous les jeunes immigrés sont des voleurs et des violeurs. Il avoue d’ailleurs dans ce livre que nuancer son propos à ce sujet et le restreindre à «  la plupart  » d’entre eux n’est qu’une manière rituelle d’éviter le tribunal. Son socle à lui, c’est bien l’accusation que le Mal les habite tous et que ce Mal est plus dangereux que la Covid-19. Inutile de tenter de prouver le contraire par l’expérience, les chiffres ou le raisonnement. Comme les communistes qui connaissaient les aspirations profondes de la classe ouvrière à la révolution même s’ils préféraient dans les faits améliorer leur conditions de travail, Zemmour « sait » que la France est catholique et ce que veut « l’inconscient collectif » des immigrés musulmans : coloniser l’ancien colonisateur. Et il sait aussi que c’est aujourd’hui ou jamais que se joue le sort de notre civilisation. Les communistes appelaient cela le Grand soir. Cet admirateur de Poutine adopterait-il les vieilles ficelles des militants d’extrême gauche sur l’urgence, sur la dernière chance et le dernier mot qu’on n‘a pas encore dit ? Les Français qui voteront pour lui s’il se présente, auront donc en prime de sentir claquer parmi eux le Grand vent de l’Histoire. Un vent bien mauvais, hélas.

Pierre Rigoulot

25 Oct 2021