ERIC  ET  LE  SEXE

( Sur Eric Zemmour : « Le Premier Sexe », Denoël 2006)   

  

Selon Eric Zemmour, la France se meurt de l’ « islamisation ». Surprenant, en 2006, hier, il alertait sur un péril mortel tout autre : la « féminisation » (« Le Premier Sexe »). A contre- courant, seul, il lançait « mon offensive idéologique » (p.9), bouleversant la science : « C’est pour comprendre ce qui s’est passé … que j’ai d’abord écrit ce petit livre. Comme untraité de savoir-vivre viril … » (p.11). L’histoire, c’est avant tout le face-à-face virilité-féminité : « valeurs viriles » (action, combat, création, sexualité insatiable) face aux « valeurs féminines » (« la douceur sur la force, le dialogue sur l’autorité, la paix sur la guerre, l’écoute sur l’ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le risque » p.10). Stupéfiant : chez « Z », tout part du phallus, foyer de la vigueur sexuelle, donc de l’énergie physique et morale (« un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer … ça prend et ça jette » p.12). Zemmour attribue tous les évènements à la « virilité », véritable moteur de l’Histoire : « La Révolution guillotine le roi … parce qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait … La République … sera virile et fière de l’être » (p.90) ;  « fascisme, qui est toujours virilité exacerbée » (p.119). Immigration ? » «…la France et l’Europe, devenue uniformément femme … attendant d’être fécondée par une virilité venue du dehors » (p.108). « Ratonnades anti-Blancs » contre des lycéens parisiens ? « Certains avaient une grille de lecture ethnique. J’y vois, moi, la haine viscérale des « vrais hommes » pour les « tantouzes » » (p.113), etc., etc..

« Le totalitarisme féministe » (p.131)

D’après « Z », « une véritable mutation anthropologique » (p.10) s’est opérée après 1968 : la « féminisation qui n’est en vérité qu’une dévirilisation » (p.126). Féministes, couturiers homosexuels et capitalistes cupides ont, de pair, promu l’ « homme féminisé » sur le modèle du « gay », androgyne, flambeur et frivole. La « destruction sexuelle » a remis en cause « la tradition judéo-chrétienne… (d’) hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles » (p.26) ; « il n’y a plus …rien que des êtres humains… indifférenciés, interchangeables » (p.10) et « l’homme doit devenir une femme » (p.52) : allure, psychologie, habillement (et les femmes en pantalon ?) « Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste » (p.131), aussi totalitaire. A preuve les mesures contre la prostitution et le harcèlement sexuel. « C’est la conception d’un désir masculin distinct de l’amour qui est visée » (p.58) ; « l’homme n’a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu’aimer » (p.59). Zemmour, lui, pense avec Rousseau que « l’amour est un sentiment factice… célébré par les femmes… pour rendre dominant un sexe qui devrait obéir » (cité p.60). Le « respect » à la mode féministe exigé par les femmes tue le désir (« plus on respecte moins on bande » sic, p.65), poussant les hommes à chercher ailleurs, au détriment des premières.

« La féminisation … victoire à la Pyrrhus » (p.97)

Elles voulaient tout ensemble : « mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n’ont rien. » (p.69) ; la libéralisation du divorce a profité aux hommes : « les mères célibataires n’ont jamais été aussi nombreuses ; jamais aussi pauvres » (p.102). La salarisation des femmes a dévalorisé les professions féminisées : « Education nationale, magistrature, médecine, procédure judiciaire, journalisme » (p.122) ; les bas salaires féminins « limitent les revendications des salariés mâles » (p.120). En politique « le pouvoir n’est plus là où il fut. Il est désormais dans la finance et les hautes sphères de l’industrie. Où il n’y a pas de femmes » (p.128) ; « le pouvoir c’est le phallus » (p.130).

Avec leurs revendications féministes, les femmes se trompent. Du reste, Zemmour fait silence sur les droits des femmes, sauf sur la contraception et l’avortement, causes de la dépopulation. Il ignore les femmes battues ou tuées. Pfff ! Il ne connaît de droits que masculins, surtout sexuels.  Il regrette le modèle patriarcal, ici nord-africain, de sa jeunesse : épouse au foyer (cuisine, enfants …) ; homme, chef de famille (Zemmour cite Nietzsche : « La femme … joue le second rôle » p.33), au public; entre eux deux, de « l’attachement » (p.62) !

« Le lourd fardeau qu’il a entre les jambes » (p.87)

Seconde moitié du livre, « Z » avance une nouvelle explication (laquelle croire ?) : certes incités par la société, en fait « les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour … devenir une femme comme les autres » (p.11), ce qui constitue le … véritable « fil rouge  d’une histoire du XXe siècle » (p.81) ! « C’est même lui (l’homme), et non sa compagne, qui a lancé la machine infernale de l’indifférenciation sexuelle » (p.82). Enlisés en 14-18, défaits en 1940, etc., progressivement « les hommes renoncent à eux-mêmes » (p.83), à leurs trop lourdes responsabilités, tandis que les femmes s’affirment. (Question : cette « féminisation » est-elle un fait accompli ou une tendance encore possible d’inverser ?) « En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression, ils se contentent de conserver » (p.128), d’où « la stagnation intellectuelle et économique de l’Europe ». Pour Zemmour, le « désordre féminin » (p.133) entraînera une dictature (tout espoir est donc perdu ? malgré l’ « offensive idéologique » de «Z » ? ) les femmes, échaudées, voulant revenir à l’ « ordre viril » (p.134), mais les  hommes, « trop contents de s’être enfin débarrassés du fardeau » de leur entrejambe (p.134), s’y opposant. « Même si la soumission, l’humiliation, le malheur sont leur destin. » Fin. Dans « Un destin français » (Albin Michel 2018), Zemmour conclut par « La France est morte. ». Personne ne s’en était aperçu. Place donc, sans justification aucune, au « grand remplacement. »

L’islam, « religion masculine par définition » (p.133)

« Le grand remplacement … c’est le thème majeur de cette élection, celui qui va détruire … la France, qui va l’amener à devenir un Liban, avec tout le tumulte qui va avec : la guerre civile, etc. » (« L’Express », 21 mars 2022). Après la « féminisation », évaporée : l’« islamisation », thème autrement porteur. (Bel opportunisme !) Dans « Le Premier Sexe », le mot « islam » n’apparaît qu’une fois, « Coran », « charia » et « djihad » pas du tout ; « musulmans » pas non plus ; la « tradition » judéo-chrétienne (à propos de la distinction entre les sexes) est invoquée trois fois, mais absolument pas la « religion ». Et, en 2006 toujours, malgré l’Iran, les Talibans, le 11 septembre, le terrorisme en France, le « voile », etc., « Z » en « pince » pour l’islam : « Quand on demande à Malek Chebel : Pourquoi choisir l’islam… ?  Il répond :  « Pour sa virilité … Que propose Mahomet ? Un renforcement du patriarcat …» (p.132-33).   En 2006, l’immigration ne préoccupe pas encore Zemmour : 2 pages seulement (107-108) sur 134. Ah ! il s’inquiète des « jeunes Arabes », (« le loup entré dans Paris… l’homme d’avant la civilisation » p.109), ses copains d’école ou de quartier, « petits coqs contre petits coqs … rivaux pour le boulot ou les filles » (p.109).  Peut-être en désaccord sur la Palestine ? Zemmour observe que « les bandes de jeunes garçons sont un substitut à la famille d’autrefois. Il y règne la loi du clan, des caïds, le rapport de forces, la fascination pour l’argent et la frime » (p.115-116). Rien de jeunes endoctrinés : des loubards. Zemmour est l’héritier d’une des lignées kabyles ayant maintenu, en dépit des discriminations et persécutions, leur identité juive. Ses parents ont quitté l’Algérie difficile en 1952, au début du conflit israelo-arabe. Ils ne lui ont pas fait apprendre l’arabe. Les musulmans d’Algérie sont ses « ennemis héréditaires », fuis mais retrouvés, las ! toujours plus nombreux, en France. Rien d’une guerre de religions, d’autant que Zemmour est agnostique ; seulement un très vieux contentieux. Qui n’engage pas la France …. En 2006, Zemmour pestait contre les « garçonnets androgynes », « vêtus du même uniforme », déambulant « dans les rues de Paris ou d’ailleurs » (p.63) ; il se désespère désormais à la vue  « des femmes voilées et des hommes en djellabas… propagande par le  fait. Une islamisation de la rue, comme les uniformes d’une armée d’occupation rappelant aux vaincus leur soumission » (discours à la Convention de la droite, 28 sept. 2019). (Faut-il prendre le maquis ?)

« L’essence de la politique, c’est Eros et Thanatos » (p.37)

Zemmour confond « virilité », son obsession, avec dureté, voire cruauté à la Poutine, envisageant ainsi d’un cœur léger le « rapatriement » outre-Méditerranée de plusieurs millions de musulmans, inverse de celui des Pieds-Noirs et harkis, si douloureux, et qui déclencherait assurément une guerre civile. Dans « Le Premier Sexe », il martèle : « le pouvoir, c’est la capacité au moment ultime de tuer l’adversaire. C’est au final, l’instinct de mort » (p.129), « autrefois, la Révolution, c’était donner la mort aux ennemis de classe sans hésiter » (p.41), etc.. Valeurs chrétiennes ? Le doux Jésus était plus « féminin ». Dans la jungle politique, les « qualités féminines » (sentimentalisme, etc.) sont contre- performantes. « Les historiens du XIXe siècle ont fait le décompte et il n’est pas vraiment favorable à l’immersion des femmes dans la sphère politique » (p.90) : des reines et favorites (citées par Zemmour), conseillères enjôleuses et/ou autoritaires des rois, poussèrent à tant de conflits. (« Z » « oublie » les Geneviève, Jeanne d’Arc, Marie Curie, etc., etc.. Histoire sélective.)  Aujourd’hui, note Zemmour, on n’élit plus un homme mais un couple à la Présidence, effet de la « peoplisation » : « Cécilia (Sarkozy) était ambitieuse, comme son mari ; Nicolas était prêt à tout pour devenir président de la République… La présence de Cécilia à ses côtés féminisait, adoucissait une image (de) virilité exacerbée » (p.39). « Cette stratégie s’est révélée fort dangereuse » (ibid.) lorsque le couple se délita : « Nous étions en plein vaudeville » (p.40)… Aussitôt candidat à la présidentielle, Zemmour s’est affiché avec une jeune inconnue, sa nouvelle compagne et « conseillère » (« la plupart des politiques sont connus pour être d’insatiables conquérants … Le pouvoir reste manifestement un aphrodisiaque exceptionnel » p.37). Sarah et Eric ne se quittent plus depuis ; en parfait autocrate, Zemmour a imposé la novice à ses proches, vieux routiers de la politique, comme « directrice stratégique » de sa campagne et vice-présidente de son parti « Reconquête ». C’est Sarah, et elle seule (quelle influence !), qui a réussi à convaincre « Z » de se présenter. Pour sauver, in extremis, la France, voire l’Occident, sinon le monde. A quoi tiennent les choses : au nez de Cléopâtre. Imaginons Zemmour élu : via le viril monarque, c’est la « première dame », si entreprenante et persuasive, qui nous régenterait ! … « La vraie espérance est le désespoir surmonté » (à la Convention de la droite). Pessimisme ou optimisme ? « Féminisation » ou « islamisation » ? Les femmes avec les hommes ou à l’écart ? Plein de contradictions, M. je-sais-tout, que sait-il au juste ? A quoi croit-il vraiment ? Si, à deux choses : « La virilité va de pair avec la violence… l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant » (p.33) ; « la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires » (p.94). et à une troisième : je suis le meilleur, le seul. Unique certitude de notre part : avec Zemmour Président, ce serait Eros et Thanatos à l’Elysée.

Guy Barbier

28 Mar 2022

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