Pour une vaccination universelle, obligatoire et à répétition

La confusion entre liberté individuelle et penchant immédiat, la mobilisation de quelques uns en faveur du droit à l’irresponsabilité et surtout les accusations de « dictature sanitaire » et de « changement de modèle » politique au moment même où l’on protège des vies précisément pour pouvoir perpétrer le modèle antérieur, celui de la démocratie libérale, nous ramènent à nos préoccupations de toujours : la défense de la liberté. C‘est pourquoi nous portons à la connaissance de nos lecteurs, cette lettre de notre ami André Senik à la rédaction de Causeur, en faveur d’une vaccination universelle, obligatoire et à répétition.

H&L

Non seulement je suis vacciné contre ce Covid, mais je m’aperçois que suis même vacciné contre la question perfide posée par J-P Brighelli qui demande dans Causeur : « quel vaccin? »

Je lui réponds que, sans me vanter,  je me vaccine depuis de très nombreuses années et chaque année contre la grippe au moyen d’un vaccin nouveau, adapté à chaque virus nouveau.

Ma réponse plus générale à sa question perfide “quel vaccin?” est qu’il nous faudra, nous les humains, nous vacciner contre tout nouveau virus au moyen d’un vaccin nouveau.

Nous avons en effet intérêt à comprendre que tel est notre avenir, face aux virus qui ne se priveront pas de muter et de tout faire pour nous infecter : c’est dans leur nature.

Et c’est dans notre culture de nous défendre contre eux, au moyen de la vaccination.

Encore faut-il que la vaccination protège tous les humains.

Ce qui implique une vaccination obligatoire et universelle, répétée chaque fois qu’un nouveau virus menace notre espèce.

Une vaccination obligatoire? Mais oui, comme celles qui sont administrées à tous les enfants de France qui-vont-à-l’école.

Seule cette mesure rendra inutiles tous les contrôles ultérieurs, comme c’est le cas pour les enfants dont je viens tout juste d’évoquer le cas.

Mais alors, ne conserve-t-on pas le droit ultime de se révolter, ce droit que même Hobbes concède, le droit qu’inspire  la volonté de rester en vie ?

Logiquement, non! 

Car cette mesure imposée ne vise à préserver la vie de tous les autres humains qu’en préservant la vie de celui qu’on vaccine.

Que faire des indomptables rebelles qui refuseront de se plier à cette obligation universelle?

S’ils ne sont pas assez nombreux pour menacer la santé des vaccinés, on les fera profiter tranquillement de l’immunité du reste du troupeau, ou plutôt, du reste des passagers du bateau dont ils seront une sorte de passagers clandestins.

André Senik

crédit photo : https://cdn.paris.fr/paris/2021/01/26/huge-63cd3423e9d5aef4dcbace764a4bfffe.jpeg

21 Juil 2021


Les assesseures voilées

Le vote de la majorité et des socialistes repoussant l‘amendement proposé par François Pupponi, l’ancien maire de Sarcelles, au nom du MoDem est une faute lourde de sens.

La neutralité des assesseurs n’est pas seulement une exigence découlent de la séparation des l’Églises et de l’État. La banalisation du port du voile dans l’espace public est une tactique de l’entrisme islamiste qui est pratiqué par ceux qui veulent que la France devienne bi-communautaire.

De bonne foi sans doute, les élus de LREM et les socialistes pensent qu’il faut céder sur des accommodements raisonnables qui faciliteront l’intégration de ceux des Français musulmans qui restent fidèles à leur culture d’origine, qui est incompatible avec la nôtre sur des points fondamentaux

La laïcité n’est donc pas l’enjeu principal de la violente dispute qui a agité le Parlement sur le voile de l’assesseur

L’enjeu principal est le modèle français de société fondé sur une culture commune.

Le choix est clair : ou bien la République française dit gentiment aux Français musulmans qui demeurent fidèles à leur culture d’origine sur les points où cette culture n’est pas compatible avec celle du pays d’accueil, « faites comme chez vous, affichez votre appartenance à votre religion, à condition de tolérer les opinions des autres» ou bien on leur dit « intégrez-vous en faisant comme les autres Français, lesquels ne mettent pas en avant leurs différences culturelles parce qu’ils partagent avant tout une culture commune. »

Ce sont deux façons opposées de concevoir l’intégration.

La macronie vient de donner des verges pour se faire fouetter par les défenseurs du modèle français de société.

J’aimerais bien qu’elle se reprenne.

André Senik

(crédit photo : Paris, mairie du 10e arrdt, salle des mariages, Marianne)

Réponse

Comme il est tard pour réagir à ce sujet.
Chacun sait que plus on réagit tard face à un travers, à une maladie, moins il est facile de l’entraver et y mettre fin.
Félicitations pour cette réaction d’arrière-garde qui change de celles concernant habituellement le communisme en général, devenu … sous nos cieux….. un fauve assez inoffensif. Ici en tous cas.
Bien au contraire de celui qui avance voilé ici depuis 30 ans au moins, avec ses alliés.
Après des années d’erreur de cible, on tente de rectifier.
Il est bien tard ! Trop tard sans doute.

Didier Devred

5 Juil 2021


À propos de la querelle entre Orban et Macron

Le devenir sexuel des enfants et des adolescents est une affaire délicate qu’il ne faut surtout pas traiter brutalement

Sont brutaux pourtant, pour les homosexuels, leurs familles et leurs amis, le discours et les lois d’Orban revenant à dire aux homosexuels :  « vous êtes libres, mais cachez cette pathologie de peur qu’elle n’influence les enfants et les adolescents ».

Brutaux aussi pour les parents qui préfèrent que leurs enfants ne soient pas incités à aggraver des troubles et des hésitations identitaires qui sont le lot de cette période.

Entre l’occultation infamante et le militantisme transgressif dans les écoles et autres lieux de formation, il doit exister une attitude de respect pour cette époque de la vie.

La priorité revient sans doute à désarmer l’agressivité des enfants et des adolescents à l’égard de ceux qui ne sont pas comme eux.

La tolérance est une ligne de conduite qui rejette à la fois l’opprobre et le militantisme.

André Senik

(Crédit photo : Image par Boris Štromar de Pixabay)

28 Juin 2021


A l’occasion du procès des « petites frappes » ( comme ne dira pas l’ambassadeur de Chine en cette occasion) ayant menacé Mila des pires sévices pour sa mise en cause de l’Islam, à l’abri (pensaient-ils) de leur anonymat, des élus parisiens de La République en marche ont opportunément apporté leur soutien à la jeune fille dans une tribune publiée par L’Opinion et rappelé le caractère essentiel de la liberté d’expression pour une démocratie.

Pour nos lecteurs, nous reproduisons ce texte, passé un peu inaperçu du fait du contexte électoral.

H&L

« Je vais forcément ne pas rester en vie. » C’est par ces mots glaçants que Mila, coupable d’être libre, envisage en 2021, en France, son avenir.

Il y a plus d’un an, Mila entrait dans nos vies à travers l’histoire de son supplice, celui d’une jeune femme de 16 ans affrontant, pour avoir exprimé librement une opinion, un déferlement de haine en ligne, plusieurs dizaines de milliers de menaces de mort, des appels au viol, sans compter d’innombrables insultes et harcèlements souvent misogyne et lesbophobe. Elle vit aujourd’hui sous protection policière et sa vie est en danger, « prisonnière dans son propre pays » pour reprendre ses mots.

La liberté d’expression est attaquée et beaucoup regardent ailleurs. En 2015, après le terrible attentat qui avait frappé Charlie Hebdo, nous avions été formidablement nombreux à manifester notre attachement indéfectible à la liberté d’expression. Nous avions su rejeter les lâchetés, les sophismes, les « oui mais », pour rappeler cette chose simple : en France, chacun a le droit de s’exprimer tant qu’il

 Pourtant, six ans plus tard, Mila est souvent laissée trop seule. Nous nous élevons contre ce silence coupable entretenu par une partie de la classe politique et des responsables associatifs qui préfèrent regarder ailleurs et pavent la voie de tous les renoncements. Nous osons à peine rappeler qu’il ne s’agit guère de prendre position sur le contenu de ses propos, puisque la question n’est pas là. Il s’agit de défendre son droit, et par là même celui de tous les citoyens, à s’exprimer librement, sans autre limite que celles que nous nous sommes fixées collectivement par la loi démocratique.

Il est plus que temps que, collectivement, nous disions : « Ça suffit. » Nous ne pouvons accepter en France que l’on risque sa vie pour une parole. Nous ne pouvons accepter qu’une jeune femme de 16 ans porte sur ses épaules le combat qui devrait être celui de tous. A travers Mila, c’est toute la France qui est meurtrie et c’est toute la Nation qui doit se mobiliser.

Nous, citoyennes et citoyens, élus de la majorité présidentielle à Paris, rappelons aujourd’hui notre attachement indéfectible à la liberté d’expression et notre soutien plein et entier à Mila. Au nom du respect de tous ceux qui sont tombés ces dernières années sous les coups des ennemis de la République, au nom des principes universels qui fondent notre démocratie et font l’honneur de la France, au nom de Paris qui, à travers le monde, est depuis si longtemps une promesse de liberté, nous devons le faire sans tergiverser, sans fausses excuses, sans compromissions.

C’est pourquoi nous demandons également au Conseil de Paris, que ses élus expriment collectivement leur soutien à Mila et au principe de la liberté d’expression tel que défini par la loi et la Constitution de notre République et affirment la volonté que justice soit rendue à l’encontre de chaque pourvoyeur de haine à l’encontre de Mila et de tous ceux qui expriment librement leur opinion

Signataires :

La République en marche de Paris ; Agir Paris ; Territoires de Progrès Paris ; Les Jeunes avec Macron Paris. Stanislas Guerini, député de Paris, délégué général de La République en marche ; Julien Bargeton, sénateur de Paris LREM, coordinateur Paris de La République en marche ; Pierre Yves Bournazel, député de Paris Agir, conseiller de Paris, élu du XVIIIe arrondissement ; Maud Gatel, députée de Paris MoDem, conseillère de Paris ; Laetitia Avia, députée de Paris LREM, porte-parole de La République en marche ; Pacôme Rupin, député de Paris LREM, conseiller de Paris Centre ; Pierre Person, député de Paris LREM ; Anne Christine Lang, députée de Paris LREM – Territoires de Progrès ; Gilles Legendre, député de Paris LREM ; Guillaume Poitoux, conseiller LREM – Territoires de Progrès du XIe arrondissement ; David Amiel, conseiller LREM du XVe arrondissement ; Catherine Ibled, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVe arrondissement ; Hannah Sebbah, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVIe arrondissement ; Alexis Govciyan, conseiller de Paris LREM du IXe arrondissement ; Edouard Civel, 1er adjoint LREM à la mairie du Ve arrondissement ; Jean Pierre Plagnard, adjoint à la mairie du IXe arrondissement ; Sophie Segond, conseillère LREM – Territoires de Progrès du VIIIe arrondissement ; Nicolas Cour, conseiller LREM du IXe arrondissement ; Fanta Berete, conseillère LREM du XVe arrondissement, coordinatrice Paris LREM ; Bertrand Lavaud, conseiller LREM du XVIIe arrondissement ; Justine Henry, conseillère LREM du XVIIIe arrondissement ; Christian Honoré, conseiller Agir du XVIIIe arrondissement ; Antoine Lesieur, secrétaire général de LREM Paris.

(crédit photo : UBC Library French Revolution Collection | Flickr)

23 Juin 2021


Ils n’ont pas voté et puis, après?

Le record d’abstentions au premier tour des élections départementales et régionales a donné lieu à des réactions plaisantes. Il faut avoir lu l’éditorial du Monde parler de la « grève des urnes » et du grand « désengagement démocratique », comme si l’obéissance au rituel électoral par une part aussi importante que possible des citoyens était toujours et en toutes circonstances le symptôme d’une bonne santé démocratique.

Il faut avoir vu aussi Marine Le Pen fustiger ses électeurs absents et déclarer : « Se battre contre des ennemis, c’est une chose. Mais se battre contre des gens qui ne veulent pas être sauvés (sic) en est une autre ». En confondant faire de la politique et faire son salut, Mme Le Pen montre qu’elle n’a guère compris notre époque. Si 73% de ses électeurs se sont abstenus, c’est aussi parce qu’eux aussi commencent à comprendre que le temps n’est plus au manichéisme politique; que le temps n’est plus aux bouleversements salvateurs, ni d’ailleurs au : « Nous ne sommes rien soyons tout » ! Les Français n’ont plus envie de trouver leur salut dans un autre monde politique, dans un autre système.

Des problèmes? Il y en a, en effet et il faut essayer de les résoudre, mais nul besoin pour cela de renverser la table ni de dénoncer le « système ». Nul besoin de manifestes, de proclamations, de banderoles et de drapeaux Le « système », démocratique libéral sur le plan politique et capitaliste sur le plan économique, encadré par des lois et des règlements, voilà ce que veulent l’immense majorité des gens en ce début d’été 2021. Ont-ils renoncé au Grand Soir patriotique du Rassemblement national? A la nuit des barricades de l’extrême gauche ? Tant mieux!. Ils se trouvent bien, ou plutôt assez bien, dans la société française actuelle, en tout cas mieux que quelques vociférations, plaintes et violences nous le feraient croire.

Sans doute les grandes promesses de lendemains qui chanteront une fois l’infâme abattu – le bourgeois, le mâle, le Blanc, que sais-je encore? -, sans doute, les pauses avantageuses de « patriotes » dénonçant les Grandes invasions, ou l’Insécurité omniprésente, en prennent-elles un coup. Chevaliers de la canne à pêche, partisans de la partie de pétanques, candidats à la promenade familiale et militants du bricolage ont pris le pas sur ceux qui savent comment sauver la France. Ils jugent que l’installation d’un gymnase dans un collège ou le gain d’un quart d’heure sur une destination de TER sont des enjeux respectables mais qui peuvent être traités par de bons gestionnaires et de bons administrateurs …Pour ce qui est de la politique à proprement parler, ou plutôt pour ce qui est des grandes questions politiques que sont la mise en place d’un développement équilibré et souverain, l’approfondissement de l’identité européenne, le contrôle de l’immigration, la défense de la laïcité, la lutte contre l’islamisme radical et l’organisation de la défense contre le totalitarisme chinois, ils pensent que l’on verra cela en avril 2022, lors des présidentielles qui cannibalisent il est vrai, pour reprendre la bonne formule de Gérard Grunberg sur son blog Telos, les autres élections. En attendant, nul parti ne saura animer la vie politique française. Si La République en marche pâtit de n’ avoir pas su trouver une nouvelle voie, les anciens partis – PC, PS, gaullistes de LR et même le RN, à sa manière – ont pâti de ne pas avoir abandonné leurs anciennes structures hyper-hiérarchisées, incarnées voire soumises à une personnalité, incapables d’abandonner leur rhétorique convenue et leur ronron idéologique.

Au fond, les abstentionnistes du 20 juin nous rappellent ce qui est important aujourd’hui et ce qui l’est moins. Ils n’ont pas vraiment besoin, comme cela a été proposé au soir du premier tour, d’une « vigoureuse campagne civique » comme le suggérait Le Monde pour les remettre dans le droit chemin.

Pierre Rigoulot

(Crédit photo : Cannes à pêche | Flickr)

De fait, rien n’a changé et il ne s’est donc rien passé!

L’extraordinaire taux d’abstention et l’extraordinaire immobilité du paysage électoral disent la même chose  : la masse des électeurs n’est pas en colère contre les équipes diverses qui gèrent leurs régions.

Ce pays que l’on décrit comme révolté, déchiré et explosif a continué à vaquer à ses affaires privées.

Cela ne prouve pas une désaffection à l’égard de la démocratie quand elle n’est pas menacée. On le verra lors des élections qui comptent.

Certaines questions demeurent selon moi : y aura-t-il des référendums comme en Suisse? Y aura-t-il des débats de fond pour les présidentielles?

André Senik

23 Juin 2021


Reconnaissance par Emmanuel Macron à Kigali, capitale du Rwanda, de la part de responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis en 1994

Dans cet acte qui engage la France, le mot » reconnaissance » est le plus significatif, le plus juste aussi, et il doit être salué comme tel.

Il doit être salué par ceux, c’est mon cas, qui estiment que la reconnaissance par un pays de la vérité historique sur une page sombre de son histoire est une raison d’admirer le pays qui en est capable.

Je rappelle que bien des Juifs étrangers choisirent de s’installer en France par admiration pour la façon dont la France avait finalement reconnu l’innocence de Dreyfus.

De même, bien des Juifs français se sentirent pleinement réintégrés dans leur pays grâce au discours de Chirac qui reconnut officiellement la responsabilité de la France dans les exclusions, les persécutions et les crimes du régime de Vichy. Voici ce qu’écrivit Marthe Robert, grande spécialiste de Freud et de Kafka, en soutien à la demande de reconnaissance adressée (en vain) au Président Mitterand en 1992 par une pétition parue dans Le Monde :

« A l’occasion du cinquantenaire de la rafle du Vel’d’Hiv’, le président de la République s’honorerait en disant solennellement, avec la haute autorité que lui confère sa fonction, que l’Etat français a eu sa part dans les crimes dits avec raison contre l’humanité. il se peut que tout de suite après les années sombres, la nécessité de relever un pays défait, profondément démoralisé, ait conduit le général de Gaulle à cette forme de falsification que nous déplorons encore aujourd’hui .. Mais depuis longtemps, l’argument ne tient plus : ni de l’extérieur ni de l’intérieur, la République n’est plus menacée, il est vraiment temps de dire enfin la vérité . Non qu’on puisse l’offrir en réparation aux victimes et à leurs descendants, ce crime est irréparable. Mais l’exprimer publiquement, par la voix la plus autorisée, ce serait d’abord pour nous faire oeuvre de salubrité

La reconnaissance est un acte de vérité qui met fin à un refoulement, à un déni, ou à une forme de négationnisme à l’égard de faits historiques objectivement établis par les historiens.

Ce qu’a fait Chirac en 1995 était un acte de reconnaissance permettant à tous les Français se partager un même jugement et une mémoire commune.

Ce que Emmanuel Macron vient de faire au Rwanda est du même ordre.

Ceux qui placent la défense du passé et de l’avenir de la France dans le refoulement, le déni ou le révisionnisme doivent être affrontés au nom de la véritable grandeur de la France.

L’idée de la reconnaissance d’une vérité objectivement établie par les historiens peut être aussi opposée, s’agissant des rapports entre la France et l’Algérie, à une démarche d’auto-accusation unilatérale, au nom d’une vérité tronquée de la partie française.

La reconnaissance de la vérité établie par les historiens sera pour moi une ligne de clivage lors des élections.

Comme le sera l’attitude envers la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran et l’islamisme conquérant.

À discuter si besoin est.

André Senik, le 31/05/2021

(Crédit photo : President Kagame and President Macron, Press Conference, 2018 | Flickr)

Réponse de Pierre Druez

Bravo pour la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans le dernier massacre entre Tutsis et Hutus.

Plus généralement, la référence à la réalité historique factuelle proportionnée et replacée dans son contexte fait de plus en plus défaut dans le monde médiatique, académique, culturel et politique.

La Chine, la Russie, le monde musulman, les nationalistes, les gens qui haïssent l’Occident (notamment via l’emploi du mot « capitalisme » au lieu du mot « démocratie » et, notamment, de la liberté d’expression qu’elle implique)  s’appuient sur cette méconnaissance et accentuent la mésinformation dans le sens de l’accentuation de la détérioration de l’image mentale collective dominante de l’Occident dans le monde.

Ce qui génère à la fois l’ignorance et la honte de notre identité et de notre histoire !

Ce qui pose délicat problème, c’est que, comme l’écrit André Senik, la reconnaissance de la responsabilité historique est unilatérale.

On peine à imaginer une reconnaissance équivalente par exemple par les Arabes d’une traite génocidaire de plus de 1000 ans à laquelle a mis (presque) fin la colonisation.  De même l’esclavage intra-africain, l’esclavage des blancs par les Ottomans, l’impérialisme sanguinaire japonais, les autogénocides communistes, les conditions de la « libération » par les troupes soviétiques de l’Europe de l’Est,… 

A quand un Nuremberg au centuple pour juger les Hun Sen, Castro, Kim, anciens du KGB, et autres cadres du PCC ? 

A quand un acte de contrition public des Arabes, Ottomans et dirigeants africains ?

Dans quelques siècles peut-être…

La relance et l’amélioration de l’enseignement de l’histoire factuelle et des différences fondamentales entre systèmes politico-informatifs couvrant et ayant couvert la planète me semble être la condition incontournable d’un coup d’arrêt à l’accentuation croissante des distorsions entre réalité sociale-historique et représentations mentales collectives de ladite réalité. 

Amitié

Pierre Druez

31 Mai 2021


Contribution au débat en vue des présidentielles

Je crois que notre société souffre d’une absence  totale de précision concernant le clivage politique essentiel des prochaines élections présidentielles.

Cette lacune empêche les composantes du camp démocratique et libéral d’affronter la vague montante du vote RN.

Il faut cesser de lui faire des procès d’intention et de filiation, même quand ils sont fondés  et il reste à dire en quoi le RN de Marine le Pen est politiquement à combattre pour ceux qui sont attachés à la démocratie libérale.

Le RN est à combattre comme un parti dangereux parce qu’il est un parti national-populiste et anti-européiste, en quoi il est proche des courants et des pouvoirs nationalistes et illibéraux qui menacent l’Europe de l’intérieur. Une illustration en a été fournie par Marine le Pen qui n’a pas pu se retenir d’apporter son encouragement aux militaires et policiers qui adoptent des positions factieuses foncièrement anti-républicaines et anti-démocratiques.

Certes, le RN sera un allié face aux islamistes et à leurs défenseurs islamo-gauchistes qui haïssent eux aussi la démocratie libérale.

Mais face à la Russie, face à la Chine et face à la Turquie; la France a besoin d’une Europe-puissance et de l’alliance avec la démocratie américaine pour défendre ses intérêts et ses principes, et sa civilisation.

Ce positionnement nous sort de l’alternative manichéenne entre progressisme et conservatisme.  

Voilà une alternative réelle et crédible.

André Senik (le 17 mai 2021)

(crédit photo : Plenary debate on terrorism and Paris attacks with Marine Le Pen | Flickr)

18 Mai 2021


Éric Zemmour: «Seule l’assimilation permet la laïcité»

La conception de la laïcité exprimée dans Figarovox du 28 avril dernier par Éric Zemmour, nous permet de nous définir à titre individuel sur cette question. Nous en reprenons ci-dessous quelques extraits majeurs. Comment les accueillez-vous? Quel est votre propre point de vue?

Si des divergences apparaissent, nous pourrons en débattre.

A vos claviers donc!

H&L

(Selon Patrick Weil) on doit traiter aujourd’hui l’islam comme on a traité il y a un siècle le catholicisme. : protéger la liberté des fidèles et punir ses mauvais bergers.

C’est le retour de la distinction entre islam et islamisme, derrière laquelle se cachent la plupart de nos politiques (y compris Marine Le Pen) pour ne pas voir la réalité en face: l’islam n’est pas un simple catholicisme des Arabes. L’islam n’a jamais reconnu une quelconque séparation entre spirituel et temporel. L’islam est avant tout un code juridico-politique qui enserre de manière totale la vie des fidèles. Il n’y a pas d’Église en islam. Chacun des fidèles doit appliquer le Coran sacré et les hadiths (propos de Mahomet, «le bel exemple».) L’Islam ressemble davantage au protestantisme des origines. Et on sait comment la monarchie française a traité le protestantisme: siège de La Rochelle, place forte protestante, par Richelieu et révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV.

(…)

Aujourd’hui, les nombreuses banlieues sont des enclaves étrangères où la loi de l’État ne s’applique plus, où les mœurs islamiques ont supplanté les mœurs françaises, et où les caïds armés font régner leur loi et celle de l’islam. La monarchie française a combattu violemment le protestantisme car il défiait non seulement l’Église mais s’alliait également avec les puissances huguenotes (Angleterre et Pays-Bas) qui étaient des adversaires de la France. Weil voit juste quand il nous dit que la laïcité est aussi une loi qui lutte pour «la souveraineté de l’État français face aux ingérences de l’Église de Rome». On sait aujourd’hui que de nombreuses puissances étrangères, Turquie, mais aussi Algérie, voire Maroc ou Arabie saoudite ou Qatar utilisent les diasporas musulmanes en France pour empiéter sur la souveraineté de l’État en France.

(…)Weil (…) reconnaît que «tous les Français ont en héritage un catholicisme national (…) le déséquilibre ainsi créé dans le principe d’égalité (…) doit être distingué des discriminations réelles». Il corrige pertinemment le slogan qui trône dans toutes les écoles: «La laïcité permet la citoyenneté, proclame la charte affichée sur les murs de nos établissements scolaires.

Eh bien non, c’est l’inverse. Seule la citoyenneté, pleinement reconnue à chacune et à chacun, permet la laïcité.» Encore un effort Patrick Weil ! Seule l’assimilation permet la citoyenneté qui permet la laïcité. Seule l’assimilation à la culture et aux mœurs et à l’histoire françaises, imprégnées de catholicisme et de culture gréco-romaine, permet de comprendre, d’approuver et d’appliquer les règles de la laïcité. Seule l’assimilation impose, dans l’esprit sinon dans la lettre de la loi de 1905, ce «devoir de discrétion» dans l’espace public qui permet la coexistence pacifique et la discussion politique rationnelle entre citoyens. Les enfants de l’immigration arabo-africaine refusent dans leur majorité la laïcité car ils ne sont pas assimilés.

Réponses

« Je regrette que le texte de Zemmour soit sur le blog car les réactions les plus probables à cette insertion sont de nous y assimiler et de faire fuir des gens intéressants. »

Pierre Druez

1 Mai 2021


Pierre Nora : Jeunesse, éd.Gallimard, 234 pages 18 Euros

Nous suivons dans ce livre la vie d’une famille et retrouvons toutes les grandes questions auxquelles doivent répondre nombre d’entre elles : que faire de la maison familiale après la mort des parents ? Que devient la gouvernante quand les enfants ont grandi ? La place de la mère dont on se demande, à sa disparition, si on l’a suffisamment aimée alors qu’elle avait été le pilier de son enfance. Le père et son statut de commandeur … Et puis, il y a le destin personnel de Pierre Nora : ses amours, ses amitiés, son parcours universitaire et professionnel qu’il construit patiemment pour mener une carrière d’historien et d’éditeur qui le mènera à l’Académie. Son petit livre, Les Français d’Algérie, l’a fait sortir de l’anonymat, puis la création de la fameuse collection « Archives » au moment où « s’opérait un profond renouvellement de la sensibilité collective au passé », a révélé ses qualités d’éditeur. C’est ainsi que Claude Gallimard lui ouvrit toutes grandes ses portes pour qu’il créé un secteur d’idées, de documents, de sciences humaines où il sera guidé par la trilogie : Présent, Nation, Mémoire.

 Jeunesse  fourmille d’anecdotes qui nous emmènent dans de multiples univers : d’une princesse malgache aux Etats-Unis, en passant par Cuba, le Mexique et la Chine, nous vivons avec ces jeunes intellectuels et universitaires qui ont jalonné les débats pendant un demi-siècle. Témoins de la seconde guerre mondiale, de la Shoah mais aussi du stalinisme, nous nous interrogeons au fil de ces pages sur leur adhésion au Parti Communiste : « On m’avait conseillé de m’agglomérer à un groupe. Le plus homogène et déterminé était celui des étudiants communistes qui se réunissait rue Férou… Il n’y avait là rien d’extraordinaire. L’air du temps intellectuel, à l’époque, était au communisme. Tous mes amis appartenait au Parti. Même Emmanuel Le Roy Ladurie que son naturel ne paraissait pas porter de ce côté-là. »

Nous découvrons encore l’analyse par l’auteur du rapport tumultueux et central entre les Juifs et la France : « Dans un des séminaires que nous avions animés ensemble ( Yerushalmi – grand historien du judaïsme – et moi), j’avais développé l’idée que les grands moments de la définition identitaire de la France – la Révolution, l’affirmation de la République à travers l’affaire Dreyfus, Vichy – avaient été en même temps les dates-clefs du destin juif dans le monde moderne… » Nous découvrons enfin la complexité de cette dernière époque lorsque son père accepte de témoigner en faveur de Xavier Vallat.

Que l’auteur soit rassuré, c’est justement parce qu’il nous a parlé de la gouvernante qui l’a élevé : Michelle Dupé que Jeunesse est un livre attachant. Nous attendons, néanmoins, le second tome où il nous racontera la maison Gallimard, les quarante ans de vie du Débat, les grands auteurs …

Sabine Renault-Sablonière

28 Avr 2021


Au cœur du communisme thorézien, par Stéphane Courtois

Maurice Thorez, Journal (1952-1964), Fayard éd. 788 p., 34 euros

Bonne nouvelle pour les historiens du Parti communiste français. A l’occasion du centenaire du parti, des historiens de la mouvance communiste viennent d’éditer un fort ouvrage de 780 pages intitulé Journal 1952-1964 (Fayard) qui publie, grâce à l’autorisation de la famille, les carnets personnels de Maurice Thorez conservés aux Archives nationales. Ces notes, prises au jour le jour par l’inamovible secrétaire général du PCF de 1930 à sa mort en 1964, ne sont pas à proprement parler un Journal mais plutôt un agenda bien fourni qui éclaire remarquablement le fonctionnement du cœur de la direction communiste, en particulier grâce à un index onomastique. L’ouvrage peut se lire à différents niveaux – personnel, familial, intellectuel et artistique – du fonctionnement interne, de la politique nationale, des relations internationales.

Sur le plan personnel, on comprend que Thorez est resté affaibli de l’AVC qui en octobre 1950 l’a laissé hémiplégique et l’a contraint, sur ordre de Staline, à aller se faire soigner en URSS d’où il est rentré peu après la mort du maitre du Kremlin. Néanmoins, avec une grande volonté, il se rééduque progressivement tant à la marche qu’à l’écriture. Parallèlement il a repris une intense vie de famille, suivant de près les études de ses enfants et partant avec plaisir en camping ou en excursion avec eux.

Le rôle de sa femme Jeannette Vermeersch apparaît fortement souligné, tant pour les relations familiales que pour l’aide pratique qu’elle lui apporte pour l’organisation de la vie quotidienne d’un homme très occupé, et pour le relais politique qu’elle lui fournit à travers la préparation de rapports, de discours, de meetings etc.

On y a confirmation que Thorez se cultivait systématiquement, par exemple à travers son apprentissage du latin avec l’aide de l’agrégé communiste Georges Cogniot. Il était aussi un grand lecteur mais se contentait pour l’essentiel des publications des éditions communistes, loin des principaux écrivains de son temps. Ainsi Albert Camus n’est jamais cité. Et son horizon théorique était strictement limité à Marx, Engels, Lénine et Staline.

Thorez partageait sa vie entre la grande propriété que le PCF avait mise à sa disposition à Bazainville près de Dreux, où il vivait presque seul, servi par un couple de militants, son fief politique d’Ivry-sur-Seine où vivait Jeannette, et les Escarasses, une petite propriété mise à sa disposition au Cannet, au dessus de Cannes, entre Mougins et Vallauris. Il vivait donc une partie de l’année sur la Côte d’Azur où il rencontrait fréquemment Picasso et Pignon qui travaillaient alors sur les céramiques de l’atelier Madoura. L’y rejoignaient souvent le couple Aragon et nombre d’intellectuels et de militants de passage.

L’aspect le plus intéressant de l’ouvrage concerne ce qu’Annie Kriegel avait nommé « la contre-société communiste », une sorte de bulle hermétique, n’offrant aucune ouverture sur le monde extérieur, où se mouvait dans les années 1950-1960 l’appareil communiste français. Durant ces douze années, Thorez ne fréquenta quasiment que des communistes. D’une part les autres membres de la direction — Duclos, Frachon, Cogniot, Billoux, Fajon, Garaudy, Waldeck Rochet et Servin et Casanova (du moins avant qu’ils ne soient purgés), puis Plissonnier et Marchais — qui lui font remonter tous les rapports. Mais cette contre société était aussi internationale ; non seulement Thorez rencontrait très souvent l’ambassadeur d’URSS en France, Serge Vinogradov, mais chaque année il partait en famille profiter de vacances en URSS, la plupart du temps en Crimée, à proximité immédiate des datchas des dirigeants soviétiques — Khrouchtchev, Mikoïan, Molotov, Gromyko et autres — qu’il fréquentait assidument ; mais aussi à Moscou où il croisait en toute discrétion les dirigeants du mouvement communiste international — Togliatti, Ponomarev, Ibarruri, Enver Hodja, des dirigeants nord-vietnamiens et des « démocraties populaires » —, sans oublier son fidèle garde du corps Vladimir Jaronov.

Le plus étonnant dans cette immense galerie de portraits du monde communiste français et international est le couple Nadia Léger-Georges Bauquier. D’origine ukrainienne, arrivée en France en 1925 et élève de Fernand Léger, Nadia Kodossievitch était communiste et avait épousé le peintre en 1952, trois ans avant sa mort. Devenue soudain richissime, remariée avec le communiste Georges Bauquier et grande amie de Fourtseva, la ministre de la Culture soviétique, elle s’introduisit par l’intermédiaire d’Aragon et Elsa, dans l’intimité des Thorez — parents et enfants — dont elle devint une sorte de mentor lors de leurs séjours au Cannet. Au point de leur donner un terrain à Callian, magnifique village au dessus de Cannes, où Thorez prévoyait de faire construire une maison. C’est d’ailleurs de Callian qu’il partit s’embarquer le 6 juillet 1964 à Marseille sur le « Litva » pour l’URSS. Son dernier voyage.

Cette chronique est trop courte pour rendre compte de la richesse de ce document, sans doute le plus important pour l’histoire du PCF depuis l’ouverture des archives de Moscou, même si, bien entendu, il est plein de non-dits et de dénis. On n’en est que plus désireux de connaître ce « Journal » des années 1930 et 1940 … toujours fermées.

Stéphane Courtois

11 Mar 2021