Reconnaissance par Emmanuel Macron à Kigali, capitale du Rwanda, de la part de responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis en 1994

Dans cet acte qui engage la France, le mot » reconnaissance » est le plus significatif, le plus juste aussi, et il doit être salué comme tel.

Il doit être salué par ceux, c’est mon cas, qui estiment que la reconnaissance par un pays de la vérité historique sur une page sombre de son histoire est une raison d’admirer le pays qui en est capable.

Je rappelle que bien des Juifs étrangers choisirent de s’installer en France par admiration pour la façon dont la France avait finalement reconnu l’innocence de Dreyfus.

De même, bien des Juifs français se sentirent pleinement réintégrés dans leur pays grâce au discours de Chirac qui reconnut officiellement la responsabilité de la France dans les exclusions, les persécutions et les crimes du régime de Vichy. Voici ce qu’écrivit Marthe Robert, grande spécialiste de Freud et de Kafka, en soutien à la demande de reconnaissance adressée (en vain) au Président Mitterand en 1992 par une pétition parue dans Le Monde :

« A l’occasion du cinquantenaire de la rafle du Vel’d’Hiv’, le président de la République s’honorerait en disant solennellement, avec la haute autorité que lui confère sa fonction, que l’Etat français a eu sa part dans les crimes dits avec raison contre l’humanité. il se peut que tout de suite après les années sombres, la nécessité de relever un pays défait, profondément démoralisé, ait conduit le général de Gaulle à cette forme de falsification que nous déplorons encore aujourd’hui .. Mais depuis longtemps, l’argument ne tient plus : ni de l’extérieur ni de l’intérieur, la République n’est plus menacée, il est vraiment temps de dire enfin la vérité . Non qu’on puisse l’offrir en réparation aux victimes et à leurs descendants, ce crime est irréparable. Mais l’exprimer publiquement, par la voix la plus autorisée, ce serait d’abord pour nous faire oeuvre de salubrité

La reconnaissance est un acte de vérité qui met fin à un refoulement, à un déni, ou à une forme de négationnisme à l’égard de faits historiques objectivement établis par les historiens.

Ce qu’a fait Chirac en 1995 était un acte de reconnaissance permettant à tous les Français se partager un même jugement et une mémoire commune.

Ce que Emmanuel Macron vient de faire au Rwanda est du même ordre.

Ceux qui placent la défense du passé et de l’avenir de la France dans le refoulement, le déni ou le révisionnisme doivent être affrontés au nom de la véritable grandeur de la France.

L’idée de la reconnaissance d’une vérité objectivement établie par les historiens peut être aussi opposée, s’agissant des rapports entre la France et l’Algérie, à une démarche d’auto-accusation unilatérale, au nom d’une vérité tronquée de la partie française.

La reconnaissance de la vérité établie par les historiens sera pour moi une ligne de clivage lors des élections.

Comme le sera l’attitude envers la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran et l’islamisme conquérant.

À discuter si besoin est.

André Senik, le 31/05/2021

(Crédit photo : President Kagame and President Macron, Press Conference, 2018 | Flickr)

Réponse de Pierre Druez

Bravo pour la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans le dernier massacre entre Tutsis et Hutus.

Plus généralement, la référence à la réalité historique factuelle proportionnée et replacée dans son contexte fait de plus en plus défaut dans le monde médiatique, académique, culturel et politique.

La Chine, la Russie, le monde musulman, les nationalistes, les gens qui haïssent l’Occident (notamment via l’emploi du mot « capitalisme » au lieu du mot « démocratie » et, notamment, de la liberté d’expression qu’elle implique)  s’appuient sur cette méconnaissance et accentuent la mésinformation dans le sens de l’accentuation de la détérioration de l’image mentale collective dominante de l’Occident dans le monde.

Ce qui génère à la fois l’ignorance et la honte de notre identité et de notre histoire !

Ce qui pose délicat problème, c’est que, comme l’écrit André Senik, la reconnaissance de la responsabilité historique est unilatérale.

On peine à imaginer une reconnaissance équivalente par exemple par les Arabes d’une traite génocidaire de plus de 1000 ans à laquelle a mis (presque) fin la colonisation.  De même l’esclavage intra-africain, l’esclavage des blancs par les Ottomans, l’impérialisme sanguinaire japonais, les autogénocides communistes, les conditions de la « libération » par les troupes soviétiques de l’Europe de l’Est,… 

A quand un Nuremberg au centuple pour juger les Hun Sen, Castro, Kim, anciens du KGB, et autres cadres du PCC ? 

A quand un acte de contrition public des Arabes, Ottomans et dirigeants africains ?

Dans quelques siècles peut-être…

La relance et l’amélioration de l’enseignement de l’histoire factuelle et des différences fondamentales entre systèmes politico-informatifs couvrant et ayant couvert la planète me semble être la condition incontournable d’un coup d’arrêt à l’accentuation croissante des distorsions entre réalité sociale-historique et représentations mentales collectives de ladite réalité. 

Amitié

Pierre Druez

31 Mai 2021

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