Brèves de blog 3

A lire

Le numéro du Point du 6 février 2021 avec une interview de Gilles Kepel à l’occasion de la publication de son dernier essai, Le prophète et la pandémie, aux éditions Gallimard. Il évoque la normalisation de nombreux Etats à dominante sunnite avec Israël, le poids et les faiblesses de la Turquie, l’alliance ambiguë de cette dernière avec la Russie, le retrait américain, désormais auto-suffisant en pétrole.

Dans ce numéro, enfin, les progrès étonnants de l’incroyance dans nombre de pays musulmans, en particulier en Tunisie

ainsi que, de …

…Frédéric Charpier : Un homme sous influence, enquête sur Jean-Luc Mélenchon, Grasset, 2020, 336 p.

L’enquête porte surtout sur ses liens avec Chavez et Maduro et ses ennuis judiciaires, où il se fait passer pour victime su sytème.

et de Hadrien Mathoux, Mélenchon, la chute, Comment la France insoumise s’est effondrée, Ed. du Rocher, 2020, 320 p.

l’ouvrage a trait à son entourage islamo-gauchiste, à sa complaisance pour Poutine, à sa détestation des Etats-Unis, à sa complaisance pour l’immigration, à ses options souverainistes.

A ne plus entendre :

Au cours d’une émission de « C’est dans l’air », sur France 5, l’un des sujets abordés fut la Covid19 et la façon de combattre le virus dans d’autres pays que le nôtre. 

L’urgentiste Patrick Pelloux a accusé à deux reprises l’Etat d’Israël d’imposer un embargo sur la fourniture de vaccins à l’Autorité Palestinienne. lIsraël n’a pourtant jamais empêché les Palestiniens de s’approvisionner en vaccins, ni n’a imposé un « embargo du vaccin », ou quoi que ce soit qui y ressemblât de près ou de loin.

Le socialisme du XXIe siècle?

90% des Vénezuéliens survivent avec moins de 10 dollars par mois

Une farce chinoise racontée par La Libre Belgique

La mission d’enquête de l’OMS sur l’origine du covid19 à Wuhan a fait l’objet d’un article de La Libre Belgique du 16 février 2021.  Equipe composée de gens accrédités par Pékin. Des mois de négociation avant qu’ils soient mis dans l’incapacité de mener une enquête digne de ce nom. Témoins morts, disparus ou muselés. Hypothèse de la fuite d’un labo balayée d’un revers de main. Pékin veut attribuer l’origine à un animal ou à de la viande surgelée importée de l’étranger et avance l’apparition simultanée de la pandémie dans plusieurs pays, ce qui n’est étayé par aucune donnée. Pour le quotidien belge, il est probable qu’un labo de Wuhan soit à l’origine du virus. Comme il est établi que c’est le déni initial de la RPC qui a permis le déferlement du virus sur le monde.

A charge et à surcharge!

L’opposant russe Alexei Navalny est sous la menace d’une amende de 150 000 roubles – l’équivalent de 13 000 dollars – pour diffamation à l’encontre d’un ancien combattant pro-Poutine

Les limites des relations commerciales avec la Chine

La Chine a fait savoir qu’elle examinait l’opportunité de poursuivre à leur niveau actuel les exportations de terres rares aux Etats-Unis.

Comme par hasard, elles sont utilisées dans le chasseur américain F35 et dans la fabrication d’autres armes.

Le castrisme, encore et toujours

Le deuxième tour des élections équatoriennes n’est pas assuré de se tenir : l’ELN, la guérilla pro-castriste, dont le QG se trouve à La Havane, aurait participé au financement de la campagne d’Andres Arauz (33% des voix au premier tour), soutenu par ailleurs par Evo Morales, une ancienne « gloire » de la gauche latino-américaine.

L’Etat-voyou

Trois programmeurs nord-coréens sont accusés par la justice américaine d’extorsion et de vol d’I,3 milliards (monnaie officielle ou bitcoins) en onze ans de cyber attaques.

Le commerce très politique des communistes chinois

Taïwan ne s’est pas contentée de gérer magnifiquement la pandémie de covid19 ( moins de 1000 ça recensés jusqu’ici). Les dirigeants de l’île ont voulu aussi organiser la vaccination de la majorité de la population et ont souhaité notamment se procurer 5 millions de doses auprès de BioN’tech. Alors qu’on se dirigeait vers une signature du contrat définitif, le groupe allemand aurait soudainement fait marche arrière. Le Ministre de la Santé a mis en cause à demi-mot le gouvernement de Pékin coupable de pressions sur un partenaire hongkongais de BioN’tech pour expliquer ce retournement

22 Fév 2021


La Bibliothèque d’histoire sociale

Né à Kiev en 1895, Boris Lifschitz dit Souvarine est naturalisé français en 1906. Dessinateur d’art et journaliste, il est membre de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO).

Lors du Congrès de Tours de décembre 1920, il est un des acteurs de la scission au sein de la SFIO aboutissant à la création du futur parti communiste français.

Exclu du parti dès 1924, Boris Souvarine continue néanmoins son activité politique à travers un groupe de réflexion sur le régime stalinien. En 1935 il crée l’Institut d’Histoire Sociale (IHS), filiale française l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam.

Réfugié aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, il y tisse des liens étroits avec des universitaires anti-communistes. A son retour en France en 1947, Souvarine poursuit sa lutte contre le stalinisme, via la participation à des revues et la réorganisation de l’IHS à partir de 1954. Secrétaire général jusqu’en 1976, il restera très proche de l’institut jusqu’à son décès en 1984.

Le fonds de la Bibliothèque d’histoire sociale tire son origine des premiers documents rassemblés par Souvarine dans les années 1920 en Russie, puis en France avec la création de l’Institut d’Histoire Sociale. Confisquée durant la seconde guerre mondiale, la bibliothèque renaît après la Libération conjointement avec l’IHS. Continuellement enrichie depuis, elle constitue un fonds de référence sur le communisme, le socialisme et le syndicalisme, retraçant l’histoire des luttes politiques, syndicales et sociales qui agitent le monde depuis le XIXe siècle.

Les collections de la BHS rassemblent plus de 40 000 ouvrages, plus de 1800 titres de périodiques, des brochures, des archives et des manuscrits légués par des militants et des historiens.
Depuis sa donation au département en 2013, cette bibliothèque contribue à la promotion et la valorisation du patrimoine culturel des Hauts-de-Seine. Conservées aux Archives départementales, elles complètent les archives publiques et privées et sont consultables par un large public.

Les Fonds :

– Communisme

Ouvrages théoriques (Marx, Engels, Lénine…), études marxistes (économie, politique, littérature…), témoignages de dirigeants, mémoires d’exclus, brochures. Œuvres de Boris Souvarine, documentation sur le PCF, sur l’anticommunisme

– Socialisme

Ouvrages théoriques (Saint-Simon, Fourier, Proudhon…), fonds sur la SFIO, le PS, le PSU, le PSA, le NPS, documentation sur le socialisme international (AIT, partis socialistes européens)


– Monde ouvrier, syndicalisme

Histoire du travail et du monde ouvrier, des bourses du travail, documentation sur les grandes centrales ouvrières (CGT, CGTU, CFDT, CFTC, FO), les syndicats de branches professionnelles,
l’anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire, le syndicalisme international


– Autres mouvements de pensée politique :

Anarchisme (ouvrages théoriques, études, brochures…), Mai 68 en France et dans le monde, altermondialisme (ATTAC…), Internationale situationniste, catholicisme social, contributions philosophiques

– Fonds complémentaires :

Histoire de France de 1789 à aujourd’hui.

Ressources sur le féminisme, la protection sociale, le monde rural, l’enseignement, les médias, le travail et l’économie.

Etudes sur l’ensemble des pays où se sont propagées la doctrine communiste et l’influence soviétique : l’Afrique (Algérie, Angola…), l’Amérique latine (Cuba, Nicaragua…), l’Asie (Chine, Corée du Nord…), l’Europe occidentale et orientale (RDA, ex-Yougoslavie…)


– Fonds d’archives

Fonds Boris Souvarine, Jacques Le Roy Ladurie, Annie Kriegel, Emile Roche et bien d’autres encore…

L’ensemble de ces archives est librement communicable sous réserve des droits moraux et patrimoniaux des auteurs s’agissant d’œuvres de l’esprit.

La communication des archives renvoie au Code du Patrimoine.

La Souvarine propose une aide personnalisée à la recherche sur place, par mail ou par téléphone et un accès à la presse en libre-service.

La consultation de ses collections se fait uniquement sur place.

Possibilité de photocopies.

L’inscription se fait sur présentation obligatoire d’une pièce d’identité.

Horaires

Le lundi de 13 h à 17 h
Du mardi au jeudi de 9 h à 12 h, de 13 h à 17 h
Le vendredi de 9 h à 12 h

Contact :
Conseil départemental des Hauts-de-Seine
Immeuble « Le Quartz »
Bibliothèque d’histoire sociale La Souvarine
4 avenue Benoît-Frachon
92023 NANTERRE cedex
01 46 14 09 32

(RER Nanterre-Ville)

bibliotheque.souvarine@hauts-de-seine.fr

19 Fév 2021


Éric-Emmanuel Schmitt : La Traversée des Temps, t. I Paradis perdus, Albin-Michel, Paris 2021

Quand j’ai entendu qu’Éric-Emmanuel Schmitt se lançait dans une écriture romanesque de l’Histoire de l’humanité en 8 volumes et 5000 pages, je me suis immédiatement attendu au pire et je ne suis pas déçu par la lecture de l’interview parue dans La Libre Belgique d’aujourd’hui. En gros : nous vivions au paradis du temps où nous étions chasseurs-cueilleurs, égalité homme femme, pas de hiérarchie, chacun savait tout ce qu’il y avait à savoir, abondance, harmonie et bonheur. Avec l’agriculture, sont arrivées la propriété et la spécialisation et avec elles la violence, le vol, la perte d’autonomie, la dégradation de la condition féminine. Maintenant nous prenons conscience de l’impasse où nous nous sommes nous-mêmes menés, mais il est peut-être trop tard car nous sommes à la veille d’un nouveau déluge causé cette fois par l’homme et son orgueil.

Ces inepties à la mode, contredites, entre autres, par les dernières découvertes archéologiques et anthropologiques, renforcent les grandes ignorances et distorsions mentales sur l’évolution, l’histoire, le monde et la nature humaine. Elles évacuent encore et encore les progrès, en accélération rapide, accomplis en matière de bien-être et de qualité de vie selon tous les critères mesurables : pauvreté, faim, maladies, accidents, guerres, autres violences, conditions de travail, libertés réelles, espérance de vie en bonne santé, possibilités culturelles, d’échanges, d’épanouissement personnel et collectif. Et, bien sûr, attendons-nous à un volume où il sera beaucoup question de nazisme et à l’inexistence du communisme !

Les romans de ce type, parfois d’une haute valeur littéraire, se fondent sur une réalité fictive et dès lors renforcent les grandes ignorances, nourrissent la sinistrose, le pessimisme, l’angoisse, démotivent nombre de jeunes, nous affaiblissent face aux menaces et enjeux bien concrets. Ils contribuent indirectement aussi à des décisions politiques débiles comme l’abandon du nucléaire.

Pierre Druez

19 Fév 2021


Le Voile dans l’espace public ?

Suite au débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin, je propose à la discussion les remarques suivantes

1° Darmanin avait entièrement raison contre MLP quand il lui expliquait que si l’islamisme est effectivement une idéologie totalitaire à combattre en tant que telle, sa différence d’avec les autres idéologies totalitaires est qu’il est une idéologie politico-religieuse. Or la séparation entre l’Église et l’État est souvent comprise comme une non ingérence réciproque, comme si la religion était sanctuarisée.

2° Or, le lien entre l’islamisme et l’Islam  oblige l’État à prendre position sur les idées diffusées par une religion (ou au nom d’une religion)) et même sur la façon dont ces idées se manifestent dans l’espace public sous des formes vestimentaires.

3° D’où la question délicate : au nom de quoi a-t-on le droit de combattre le port du voile islamique dans l’espace public ? Pas au nom de la laïcité qui ne prescrit pas la neutralité vestimentaire dans l’espace public.
Est-il juridiquement possible de l’interdire en tant que signe de soumission à l’islamisme qui n’est pas imposé par l’Islam, un peu comme s’il s’agissait d’un brassard portant a croix gammée pendant la guerre ou la faucille et le marteau pendant la guerre froide?

4° le minimum possible est de dénoncer l’exception séparatiste que constitue le port du voile ostensible dans l’espace public, là où les autres religions pratiquent la discrétion. Mais légiférer parait délicat. On peut au moins sans problème faire remarquer que le port ostensible du voile  religieux est un signe d’auto-exclusion agressive.

André Senik

14 Fév 2021


[Point de Vue] Les dissents de la FARC au Vénézuela – par Jacques Carbou

La revue colombienne Semana, dont nous avons déjà parlé, poursuit un vrai travail d’investigation en publiant dans son numéro du 8 février des preuves sur l’hébergement des dissidents des FARC au Venezuela. Ce n’était plus un secret que Luciano Marin, alias Ivan Marquez qui avait participé aux accords de paix à Cuba, alias Jésus Santrich, Romana et El Paisa se cachaient au Venezuela. La revue précise que le gouvernement du président Duque possède les informations exactes sur les mouvements et les campements où se trouvent les dissidents qu’il accuse de diriger le trafic de drogue depuis le Venezuela. Ils ont quitté l’accord de paix signé en novembre 2016 pour se ranger sous le commandement d’Ivan Marquez, créant ainsi une dissidence autodénommée « Segunda Marquetalia » le 19 aout 2019. Ils ont repris les armes au prétexte que le gouvernement Colombien avait trahi les accords de paix de La Havane.

D’après Semana, les Etats-Unis collaborent aux recherches sur les lieux où se cachent les dissidents qui regroupent presque 5.000 hommes repartis en 36 groupes. Selon la revue, ces dissidences ne possèdent plus le commandement unique qui existait avec les FARC ; elles s’apparentent plutôt à des bandes criminelles qui utilisent l’idéologie des FARC. Les trois fronts commandés par Ivan Marquez comprendraient environ 861 membres alors qu’un autre dissident, Miguel Santillana, alias Gentil Duarte, contrôlerait le reste des unités dissidentes dont les actions consistent principalement dans le trafic de drogue, l’exploitation de mines illégales et le vol de bétail en Colombie pour le revendre au Venezuela.

Outre les armes, camions et véhicules, les dissidents disposent d’un avion Cessna, immatriculé au Venezuela, pour leurs déplacements et le transport de la drogue. Ils se déplacent librement dans les zones rurales comme dans les zones urbaines, en particulier à Elorza, ville située à trois heures de Arauca, capitale du département du même nom, en Colombie. Ivan Marquez y vit dans une résidence protégée par le régime de Maduro. La frontière entre les deux pays mesure environ 2.800 km d’où la facilité avec laquelle les dissidents peuvent mener leurs incursions en territoire colombien.

Les preuves de la présence des dissidents en territoire vénézuélien confirment la complicité du régime dans le trafic de drogue. Cela explique la réaction rapide de Maduro, ce dimanche 8 février, en accusant la Colombie, le président Duque, la CIA et la revue Semana, d’avoir préparé un attentat contre la nouvelle assemblée « chaviste » ; complot qui aurait pu être évité grâce a l’intervention des services vénézuéliens.

Nous sommes habitués à la rhétorique du régime vénézuélien. Il y a une dizaine d’années, Chavez faisait semblant d’ignorer que les troupes des FARC venaient se refugier au Venezuela après des attaques en Colombie ou pour en préparer de nouvelles. Lorsque le président colombien, Alvaro Uribe lui avait montré, avec des images satellites, les emplacements exacts des campements des FARC dans les régions frontalières du Venezuela, Chavez s’était indigné en criant au complot et aux manipulations de la CIA pour déstabiliser son régime.

Les tensions existent toujours entre les deux pays mais le président Duque joue un jeu subtil puisqu’il vient d’accorder un asile temporaire à tous les réfugiés vénézuéliens qui sont en Colombie jusqu’à la date de janvier 2021.

Jacques Carbou

Le 9 février 2021

14 Fév 2021


[Point de Vue] Les ingérences de Cuba en Colombie – par Jacques Carbou (Partie 2)

S’agit-il d’une coïncidence ? Deux semaines après la publication par la revue Semana d’un rapport officiel sur les ingérences cubaines en Colombie, l’ambassadeur de Cuba en Colombie, Jose luis Ponce, a envoyé une lettre ou un mémorandum à la Ministre des affaires étrangères de Colombie (la « Cancilleria » ou Chancellière), Claudia Blum, pour informer le gouvernement colombien d’un supposé attentat préparé par le Front oriental de la guérilla ELN qui viserait plusieurs villes du pays.

Il est écrit : « Notre ambassade en Colombie a reçu une information dont nous ne pouvons pas évaluer la vraisemblance au sujet d’une attaque militaire supposée de la part du Front oriental de guerre de l’ELN. » La lettre déclare aussi avoir informé la délégation de l’ELN à La Havane en charge de la négociation d’un accord de paix avec le gouvernement colombien. Cette délégation a exprimé son ignorance à ce sujet et a tenu à affirmer qu’elle n’était pas impliquée dans les décisions militaires ou opérationnelles de l’organisation. La mission de l’ONU en Colombie a aussi reçu copie de cette lettre.

L’ancien Ministre de la Défense de Colombie, Carlos Holmes Trujillo, est mort du virus covid-19 le 26 janvier 2021. Il a été remplacé à ce poste par Diego Molina, précédemment directeur de la Police. Il a voulu rassurer les Colombiens en disant que les forces militaires et la Police sont préparées pour assurer la sécurité. Il a réitéré la volonté de démanteler le groupe terroriste ELN, unique voie pour empêcher les actes terroristes dans plusieurs régions du pays.

Une chronique précédente avait souligné les tensions qui existaient entre la Colombie et Cuba. Aurions-nous affaire maintenant à une action diplomatique de la part de l’ambassadeur de Cuba en Colombie – visé par un rapport officiel précédent – en vue d’apaiser ces tensions ?

Jacques Carbou, le 10 février 2021

13 Fév 2021


Norilsk et Lëd, deux polars russes de Caryl Férey – par Florence Grandsenne

J’ai eu l’œil attiré dans Le Monde des livres par la critique de deux nouveaux livres, Norilsk et Lëd (« glace » en russe), écrits par Caryl Férey, un auteur français de romans policiers dont j’ignorais jusqu’alors l’existence. Mais le sujet m’interessait : Norilsk,bien sûr, fait référence à un des centres du Goulag. C’est une ville de Sibérie située à 350 km au nord du Cercle polaire arctique, la ville la plus septentrionale du monde, qui fut construite pour desservir le camp de Norillag, où furent enfermés des centaines de milliers de déportés. Nous avons sur ce camp le témoignage de Jacques Rossi qui y a passé de nombreuses années.

La ville et le camp ont été créés en 1935 à la suite de la découverte en 1920 de ressources très importantes de nickel. Les détenus, comme les mineurs actuels, exploitaient les mines de nickel mais aussi de cuivre, de platine, de cobalt et de charbon. D’autres étaient chargés de construire la ville de Norilsk, une belle ville dont Staline voulait faire la Léningrad du Grand Nord. Bien sûr, les conditions de travail et de vie étaient terribles car l’hiver y dure 9 mois par an et les températures peuvent descendre jusqu’à moins 60. Des milliers de zeks y perdirent la vie.

Norilsk est connu aussi pour le soulèvement des détenus quelques mois après la mort de Staline, en 1953. Ce fut la révolte la plus longue – du   26 mai au 4 août – et la plus importante de l’histoire du Goulag. Elle fut menée principalement par des « politiques », surtout des Baltes et des Polonais. La répression fut violente : une centaine (ou 200 ?) de détenus furent fusillés. Peut-être beaucoup plus.

En 1956, le camp fut supprimé, mais la ville continua de se développer du fait d’une politique de hauts salaires mise en place pour attirer la main d’œuvre. Un combinat continua l’exploitation des ressources minières. A la chute du communisme, il fut racheté par un oligarque et devint entreprise privée sous le nom de Norilsk Nickel. Actuellement, c’est la premiere entreprise mondiale produisant du nickel et des platinoïdes. Etant donné les conditions climatiques, et malgré les salaires plus hauts que dans le reste du pays, la ville se dépeuple progressivement. Elle compte encore actuellement 176 000 habitants.

Norilsk a un statut de ville fermée. Personne ne peut y aller sans une autorisation du FSB que Caryl Ferey, envoyé à Norilsk par sa maison d’édition, a obtenue. Il s’y rendit à contrecoeur et finalement fut emballé par l’expérience, qui ne dura que quelques jours. Dans le petit ouvrage, Norilsk, il raconte ce séjour et les rencontres qu’il fit dans cette ville. Ce qui lui donna l’idée d’écrire un roman policier en utilisant comme personnages les amis qu’il s’était faits là-bas.

Je ne porterai pas de jugement sur le roman policier en tant que tel. Mais ce qui m’intéressait était de voir ce qu’était devenue une ville du Goulag. Si le centre, composé d’immeubles d’architecture stalinienne, tient le coup, les immeubles autour ont été construits sur le permafrost et le lent dégel de celui-ci entraine l’affaissement de nombreux édifices. L’envol du toit d’un immeuble est d‘ailleurs le point de départ de l’histoire policière. Les services sont maigres et inefficaces, il y a peu de boutiques. Mais beaucoup de tuyaux surélevés qui quadrillent la ville. Et comme dans de nombreuses autres villes de Russie, le nettoyage des vieux sites industriels n’a pas été fait et les débris sont restés, renforçant l’ambiance sinistre de la ville.

Surtout, la pollution est terrible : deux millions de tonnes de gaz sont rejetés chaque année dans l’atmosphère. Les maladies respiratoires sont fréquentes, et beaucoup d’enfants souffrent d’un eczéma dû au nickel. Les habitants ont une espérance de vie de 60 ans, soit 10 ans de moins que la moyenne russe. Des pluies acides inondent la toundra autour de la ville, réduisant progressivement les ressources des populations autochtones, les Nenets, qui vivent de l’élevage de rennes.

Dans cette triste ambiance, que reste-t-il du Goulag ? Très peu de choses. Comme partout en Russie, on ne veut pas trop savoir. L’avenue Lénine s’appelle toujours ainsi, et la statue du leader est toujours là. Néanmoins un monument aux morts, sur une butte à l’extérieur de la ville, quelques constructions dans le cimetière rappellent l’existence du camp. C’est tout !

10 Fév 2021


Marxisme et idéologie – par Pierre Druez (Partie 2)

On trouvera ci-dessous la 2ème partie de la réflexion de notre ami Pierre Druez sur l’idéologie marxiste.

Ce qui empêche les masses populaires d’emprunter le chemin qui nous mènera au nouveau paradis terrestre, à Utopia, ce sont les gens choisis comme supports de projection. Pire que des boucs-émissaires, leur seule existence est une injure au camp du Bien. Le fonctionnement mental des écologistes, altermondialistes, woke, décolonialistes et autres bien-pensants à la mode rejoint ici celui des marxistes. On trouve des supports de projection, on les désigne et on y fait croire facilement car tous nous nous débarrassons des pulsions et tendances que nous ne supportons pas en nous sur des objets extérieurs. Chacun a les siens : pour le nazisme, c’était les Juifs et quelques autres. Pour le communisme, c’est très particulier : le support de projection, c’est TOUT LE MONDE. Pas seulement les bourgeois, les patrons, les nantis, les dominants, les privilégiés etc. Car celui qui fait obstacle à la pertinence de l’idéologie et à son triomphe, c’est l’humain, l’humain tel qu’il est; c’est celui qui pense librement en dehors des dogmes de l’idéologie, c’est celui qui entend défendre ses intérêts et ceux de ses proches davantage que ceux du Parti, c’est tout un chacun qui conserve un instinct de propriété et d’aspiration au bonheur individuel, c’est chacun qui ose exister tel qu’il est en propre.

Ne pas croire et ne pas servir l’idéologie marxiste, c’est être constituant de sa négation, c’est être un obstacle à éliminer. Pour être éliminable par le Parti-Etat (Parti>Etat), gardien du dogme, il ne faut pas nécessairement être opposant mais seulement non partisan, et même en se comportant comme un serviteur sincère, fidèle, parfaitement obéissant, on peut être éliminé dans l’intérêt supérieur du Parti (procès gags, auto-confessions publiques, etc). Pour un objectif aussi grandiose que l’instauration du paradis sur terre, tout est permis, même le pire. « Du passé faisons table rase » = Du réel et de l’humain faisons table rase. Du réel et de la vérité faisons table rase.

Pour y arriver, Lénine a mis en place une machine géniale, invention sans précédent, appelée le centralisme démocratique. Un Parti-Etat tout puissant doté de tous les pouvoirs, strictement hiérarchisé qui tente incessamment de contrôler tout, tous et chacun du sommet à la base. La tête du Parti est censée représenter la Volonté du prolétariat, de l’humanité en marche vers l’avenir radieux, du Peuple, peuple concret encore trop aliéné, trop stupide ou trop obscurantiste pour avoir droit à la libre parole, à l’autonomie, pour être capable de décider lui-même de son destin.

Néanmoins, comme le système se nourrit du réel, et s’entretient via des humains humains bien réels, il doit faire des concessions au réel et à la nature humaine, comme l’explique Alain Besançon : de la NEP de Lénine au capitalisme de l’Etat-Parti en Chine depuis Deng Xiao Ping. 

La création de la surréalité ne se fait pas qu’en mots. Elle tente de s’inscrire dans le réel par la  violence et le viol permanent au sens large. Elle se réalise surtout en spectacle, en images, par une mise en scène, un théâtre, une désinformation, sans précédent dans l’Histoire et de très loin supérieurs à la propagande et aux mises en scène nazie et fasciste, par son ampleur, ses domaines d’application, son caractère incessant et son efficacité sur les esprits y compris en dehors des nations occupées.

La mise en pratique du dogme a permis d’atteindre des résultats « fantastiques » : par exemple, les premiers Etats entourés de défenses non tournées vers un agresseur extérieur éventuel mais installées avant tout pour empêcher les gens de fuir le paradis en construction,  des Etats transformés en prisons à ciel ouvert, un quadrillage et un contrôle de la population inédits dans l’Histoire, une subordination de tout au pouvoir central sur tous les plans et dans tous les domaines, un lavage de cerveau à nul autre pareil, un arbitraire absolu sur la vie, les déplacements, les relations, les communications de chacun, la culture et les richesses en expansion accélérées de maints pays détruites (tous les pays communistes et marxisants), la dernière grande famine de l’Europe dans ses terres les plus riches (Ukraine, la Russie était le premier producteur et exportateur de céréales du monde avant la Première guerre mondiale), la croyance pendant des décennies de presque tous les non-soviétiques au progrès réel engendré par l’Etat-Parti (même Raymond Aron y a cru !). Et puis l’extension au centre et à l’est de l’Europe, en Corée du Nord, au Nord-Vietnam, en Chine, à Cuba, au Sud-Vietnam, au Laos et au Cambodge (premier Etat de l’Histoire à être transformé en quelque chose de pire qu’un camp de concentration à ciel ouvert) et l’extension aussi en pseudo états marxisants imparfaits, par exemple en Ethiopie, au Zimbabwe ou au Venezuela, le plus riche Etat pétrolier dont l’exode de la population a été la plus grande et rapide vague d’émigrés en temps de paix. Imaginez que ce soit le fait d’une dictature militaire latino-américaine …

La grande majorité des étudiants occidentaux semble ignorer le nom de Pol Pot mais connaît celui de Pinochet alors que le Cambodge a connu le régime le plus psychopathe de l’Histoire, créé par des gens formés par les marxistes français, et qu’Hun Sen, dictateur actuel depuis 35 ans et ancien Khmer rouge, puis collaborateur des envahisseurs et occupants vietnamiens, écrase toute contestation et vend son pays à la Chine. Où entend-on les cris d’orfraie des nobles consciences et autres indignés ? 

La dernière grande famine du monde en Corée du Nord en 94-96, laquelle est toujours victime de malnutrition et a longtemps absorbé la majorité de l’aide du FAO (comme le Zimbabwe en un autre temps proche) pendant que la Corée du Sud, historiquement plus pauvre que le Nord, l’un des pays les plus pauvres de la planète au début des années 60, nous rejoint ou nous dépasse en tous domaines tout en préservant sa culture.

La plus grande famine de l’histoire de l’humanité en Chine lors du « Grand bond en avant » alors que, souvenons-nous (pour les plus âgés), tout le monde pensait que le communisme avait non seulement apporté son bol de riz à chacun mais bien au-delà. Il a fallu 40 ans pour qu’émerge le savoir, sans images, de ces dizaines de millions de morts de faim provoqués par le maoïsme et ses « communes populaires ».

La RPC utilise depuis Deng Xiao Ping la stimulation par l’intérêt personnel, le libre-échange contrôlé et les recettes économiques dites capitalistes avec de superbes résultats mais le pouvoir, fort de l’expérience de la chute de l’URSS, y met au point un système de contrôle de la vie et de la pensée qui fait ressembler les écrits d’Orwell à des contes pour enfants. Orwell visait le communisme tel qu’il l’a vécu en Catalogne et en URSS. Récemment dans Le Monde, les 3 premières pages du supplément littéraire étaient consacrées à George Orwell. Pas une seule fois on y lit les mots communisme ou marxisme !

Partout, en régions occupées par le marxisme : abominations, malheur, l’horreur, gratuites, bien pires que le négatif éternel qui se produit forcément partout où il y a vie, mensonge omniprésent obligatoire, double pensée comme mode de survie psychique,  etignorance du reste du monde quant à l’étendue des désastres en raison des distorsions systémiques dans la production de matière informative et aussi de l’a priori encore majoritairement favorable chez les intellectuels, dès qu’il y a une étiquette de gauche ;  et surtout : sous-estimation systématique des tragédies vécues par les nations soumises à un Parti-Etat communiste par nos médias, notre enseignement et nos productions culturelles. Cette édulcoration et cette complaisance sont aussi le fait des esprits les plus brillants, eux-mêmes confrontés à l’absence d’images à fort impact émotionnel, à l’inverse de celles des camps nazis par exemple.

Et ce, alors que nous, et pas seulement les médias, ne manquons pas de sauter avidement sur tout le négatif (biais cognitif naturel de négativité) qui advient, surtout chez nous, en Occident « capitaliste » et encore davantage aux USA, Etat le plus ouvert à l’exposition de ses manques, tares et défauts. Nous traquons le négatif dans le passé, le présent ou le futur supposé, de préférence si l’on peut en attribuer la « faute » à l’Occident et surtout aux USA. Cette distorsion s’accentue encore davantage dans les milieux académiques américains qu’ailleurs. Les quelque 400.000 étudiants chinois actuellement aux USA ne doivent pas se sentir trop déconnectés d’avec ce que le Parti leur a appris !

Tel est l’air du temps que l’interaction cumulative médias/enseignement/opinion publique dominante/politiques ne cesse de renforcer. Jusqu’à l’absurde, commenterait un observateur objectif extra-terrestre doté d’une macro vision évolutive complète.

Je crois que le relais idéologique du marxisme chez nous est maintenant l’écologisme. Il n’est heureusement pas représenté par des Partis totalitaires mais les motivations sont du même ordre : sous prétexte de sauvetage de la terre, on fait appel aux pulsions de haine, d’envie, de jalousie, à l’égard des plus privilégiés ou soi-disant tels, contre le « capitalisme », le « libéralisme », la « mondialisation », le « consumérisme » sans rien comprendre ni connaître des réalités socio-économiques et de l’évolution positive accélérée de la vie réelle concrète moyenne des gens à l’échelle de la planète. 

L’idée de fond de départ  de l’écologisme trouve aussi  sa source inconsciente dans le fantasme d’assomption narcissique et  ressemble à l’utopie marxiste : la Mère-terre qui serait paradisiaque sans l’action humaine, la bonne Nature, la dénonciation d’un « capitalisme » en grande partie imaginaire, le dogmatisme, le refus du réel, le rejet du nucléaire alors que forcément la fusion thermonucléaire est l’avenir de l’humanité, le déni du progrès, parfois même le rejet de la science et de la technologie, et toutes ces exacerbations d’antagonismes qui font fi de la réalité historique : accroissement des inégalités, pauvres de plus en plus pauvres/riches de plus en plus riches, anciens colonisés et esclaves versus anciens esclavagistes blancs (rien sur les  esclavagistes arabes, noirs, jaunes), hommes versus femmes, LGBT versus hétéros  et autres caricatures émotionnelles surréelles sinistrogènes, conflictuelles, dépressives, démotivantes, mortifères, désespérantes.

Oui car ils ne promettent plus le paradis mais les catastrophes, l’apocalypse, la mort de la Mère-terre. Ils rejoignent aussi les marxistes, me semble-t-il, par un singulier manque d’humour et d’autodérision ainsi que par la détestation du bonheur des gens ordinaires.

La recette, la solution, le traitement recommandé font aussi penser aux marxistes : Mort aux possédants ! A bas les heureux et les optimistes ! Vive les illusions ! A bas le réel ! Et finalement : Mort à l’humanité !

Pierre Druez

10 Fév 2021


Marxisme et idéologie – par Pierre Druez (Partie 1)

Notre ami Pierre Druez, de Bruxelles, nous adresse cette longue réflexion sur l’idéologie en régime capitaliste et dans le système marxiste. Nous en publions aujourd’hui la première partie.

Nos sociétés ne sont pas fondées sur une idéologie au sens où le marxisme est une idéologie. A savoir idée-mot versus réel. En langage normal, les mots ne sont jamais supérieurs au réel qu’ils sont censés désigner, ils cernent à peu près, imparfaitement, sans englober et totaliser, ce à quoi ils renvoient. Dans l’idéologie marxiste les mots sont censés représenter la totalité et l’essence du réel, comme le souligne Hannah Arendt. Ce qui n’est pas nommé par l’idéologie n’existe pas. Ce qui est nommé par l’idéologie existe dans le sens, extrêmement péjoratif ou laudatif, fixé par l’idéologie : bourgeois, koulak, progressiste, peuple, etc. Seuls les mots de l’idéologie importent, le réel doit s’y conformer, le réel qui n’est pas assimilable par l’idéologie constitue un obstacle en soi et doit être éliminé.

Sans doute, il existe une idéologie capitaliste ambiante qui nous incite à gagner plus, à dépasser autrui, à consommer plus mais elle ne fait qu’accentuer des tendances primitives naturelles dont nous sommes tous l’objet. Ne pas les reconnaître ne les supprime pas mais au contraire les exacerbe : les peuples sortis du communisme s’avèrent en moyenne nettement plus avides de biens matériels et de démonstrations de richesse matérielle que les autres.  L’idéologie capitaliste, ni aucune autre, ne ressemblent à l’idéologie marxiste – totalisante et totalitaire à un degré infiniment supérieur à tout ce qui l’a précédé sur terre, et à ce qui l’a suivi, durable ou éphémère, comme fascisme et nazisme.

L’islamisme c’est autre chose, plus secondaire selon moi, qui a des équivalents très anciens liés aux sociétés traditionnelles,  bien plus contraignantes et étouffantes que celles dites – avant la mode d’auto-dépréciation en vogue – civilisées.

En système dit capitaliste démocratique, on peut très bien vivre à « l’idéologie capitaliste », sans y adhérer mentalement et pratiquement et on ne manque pas de la contester, de chercher des alternatives, de les essayer et finalement de progresser selon un trend positif à-travers conflits, crises et renouveaux. C’est une évolution qui a quelque chose de dialectique. J’incline à croire par exemple que la démocratie américaine se renforcera après – grâce à?- sa dernière crise.

L’idéologie qui préside à nos destinées est aussi, partiellement, inspirée des Lumières, dont les penseurs divergent sur pas mal de points mais se rassemblent autour d’un essentiel dont on devrait peut-être exclure Rousseau, quelque part précurseur de l’écologisme. Le fondement de cette idéologie est le respect de la dignité de la personne individuelle, de la diversité, de la liberté de penser, de s’exprimer, de s’associer, d’innover, de créer, de vivre autrement, de circuler, de contester, de râler ouvertement ! C’est aussi la séparation des pouvoirs, la création et l’acceptation de contre-pouvoirs et de pouvoirs compensateurs. C’est la garantie du respect des libertés et droits fondamentaux. L’Etat et ses représentants ne sont pas aux dessus de toute critique; ils ne sont ni inamovibles ni intouchables. Ils sont soumis au Droit et aux institutions presqu’au même titre que tout citoyen lambda. Moins ou davantage selon les Etats. Toujours davantage avec le temps. La Justice est (imparfaitement bien sûr) indépendante du pouvoir exécutif, de même les pouvoirs législatif, médiatiques, éducationnels et informatifs en général. Les minorités sont protégées et les malchanceux, faibles, démunis, handicapés, malades pris en compte dans la mesure des possibilités économiques, pratiques, culturelles et mentales. L’avenir n’est pas écrit, il est à forger de façon à ce qu’il continue à s’avérer, globalement, meilleur, mieux vivable par la majorité, que le passé. Le système lui-même se remet en question continûment. Son autocritique permanente est inhérente à sa nature et à son fonctionnement.

Le marxisme appliqué est, à l’inverse, une application idéologique figée, à part, d’un genre radicalement nouveau. Il prétend expliquer tout de l’homme et de la société, exhaustivement, et ce aussi bien au passé, au présent que dans le futur. Y est lié un art et une technique de la dialectique qui permettent de justifier tout événement, quel qu’il soit, y compris son contraire. Procédé qui permet un prêt-à-expliquer universellement applicable qui est ultra confortable mentalement.

Sa vision de l’Histoire au moment où il a été conçu est comiquement aberrante et sa vision de l’évolution future a été non seulement démentie par les faits mais, en sus, l’évolution s’est avérée se dérouler exactement en sens inverse des prédictions marxistes. Au lieu d’appauvrissement croissant de l’ensemble et de masses de plus en plus démunies, on a assisté à l’inverse.  Au lieu du cloisonnement entre « nantis » et « exploités », on a assisté à des flux interclasses exponentiels. Au lieu de la restriction croissante du petit nombre de gens ayant à l’époque une vie satisfaisante on a assisté à tout le contraire. Malgré le pas en arrière accidentel actuel, on tend vers l’éradication de l’extrême pauvreté, en dehors de l’Afrique subsaharienne, où l’amélioration par tête reste néanmoins une réalité. N’oublions pas que la pauvreté, la précarité extrême, a été le mode de survie dominant durant les dizaines de millénaires qui nous ont précédé et que ce que nous vivons aurait été inimaginable pour nos ancêtres.

La vision marxiste de l’économie est simpliste et purement prédatrice et guerrière. Elle ignore les échanges selon les milliards d’avantages comparatifs incessants et croissants internationalement comme étant le principal facteur d’accroissement du bien-être avec les progrès scientifiques, technologiques et organisationnels. Comme s’il n’y avait qu’une tarte donnée une fois pour toutes et que, si l’un gagne dans un échange, l’autre perd. C’est comiquement absurde mais il y en a encore qui y croient surtout parmi les écologistes. Selon ces derniers notre bien-être s’améliorerait au détriment de la terre-mère, nouvelle victime surexploitée.

La vision marxiste de l’homme est encore plus réductrice que sa conception de l’économie et en outre, elle est tout simplement monstrueuse. L’individu n’a pas de valeur en soi. Il n’est que le produit de son appartenance de classe. Laquelle déterminerait toutes ses caractéristiques. N’importe qui pourrait devenir n’importe qui en fonction, non de son environnement familial initial, pourtant surdétermination majeure de chacun de nous, mais de sa situation économico-sociale, de son étiquette de classe et du conditionnement du milieu, ce qui a conduit aux gags du lyssenkisme.

Les inégalités matérielles génèreraient seules les inégalités de bien-être et de bonheur et les inégalités matérielles auraient une origine, une seule : l’invention de la propriété privée. C’est un des plus gros gags marxistes. L’instinct de propriété, de territoire, de possessivité est bien sûr, en réalité donnée, naturel, inscrit dans nos gènes, lié à notre nature d’humain, d’hominidé, de mammifère, d’animal, et d’être vivant.

Le marxisme nie la personne et sa spécificité propre, incite à la guerre de classes incessante et qualifie les sentiments, la compassion, l’amour individuel, la générosité, de sentiments petits-bourgeois. Alors que ce sont les forces d’attraction qui maintiennent sur orbite toute civilisation digne de ce nom (cf Arthur Koestler).

Selon le marxisme-léninisme des origines, si l’on supprime la propriété privée, au moins des moyens de production, si on met tout en commun (même les femmes au début de l’URSS… avant de bannir la sexualité plus sévèrement que les religieux intégristes(1), et si on parvient à faire travailler efficacement les gens en les motivant, non par la poursuite de leur intérêt personnel, mais par celui de l’intérêt collectif,  par la construction du communisme/socialisme, sans que le souci d’eux-mêmes et de leurs proches les écarte de la progression vers l’avenir radieux,  sous la houlette d’un Parti par définition plus infaillible que le pape, on arrivera à une société où chacun travaillera spontanément, comme il voudra et pourra, dans l’intérêt de tous et disposera à volonté de tout ce dont il a besoin pour vivre heureux. Ce sera une société d’abondance parfaitement juste et parfaitement égalitaire. Alléluia ! Sonnez trompettes !

Ce Grand Soir ressemble au Paradis des chrétiens ou des musulmans mais il sera instauré sur terre.

En attendant l’élite du Parti dispose de tout et de chacun à loisir, sans que personne n’ait les moyens pratiques de se défendre contre son arbitraire, ses oukases et ses abus… privés… les plus ignobles.

La source de la foi et de l’espérance en ces paradis futurs, religieux ou dénués de transcendance, est archaïque, inconsciente, psychologique, et c’est la même pour les religions comme pour le marxisme : il s’agit du fantasme d’assomption narcissique que nous portons tous en nous comme l’explique Janine Chasseguet-Smirgel. C’est le souvenir cellulaire inconscient du vécu intra-utéral de notre première réalité physique en devenir. In utero, celle-ci a vécu le temps d’avant le temps et l’espace; nous croyions tous alors être tout et tout-puissants; nous étions chacun à nous-mêmes notre propre fin, il n’y avait nul autre, nul antagonisme, nul supérieur/inférieur/pouvoir, nulle différence, nul extérieur. Nos besoins étaient instantanément satisfaits, nulle tension entre besoin/désir et satisfaction, un minimum de perturbations.

Ainsi au paradis communiste ou chrétien, il n’y aura plus d’insatisfaction, plus de jalousie, plus de domination, plus de frustration, plus de violence, plus d’agressivité, plus d’injustice, finie la moindre inégalité entre les hommes, plus besoin d’Etat ni de pouvoir ni d’autorité. L’homme nouveau sera advenu. Selon la légende, ce fut l’état du monde lors du communisme originel, mythe marxiste qui est l’équivalent du paradis originel chrétien. Rejoint par le mythe écologiste d’une nature paradisiaque d’avant l’apparition de l’homme.

C’est bien sûr un état fictif, fantasmatique, imaginaire, utopique dans la vie et le monde réels d’après la naissance. C’est aussi un état auquel nous aspirons tous, sans exception même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Nous en gardons toute la nostalgie car nous avons tous cru le vivre avant « l’atterrissage » de la naissance. En ce sens il a existé, cet état, mais illusoirement et sans possibilité de retour ni de répétition. C’est le principal facteur d’attraction des religions qui le promettent après la mort moyennant l’exigence de sacrifices préalables. Marx condamne les religions car selon lui elles conduisent à l’acceptation de l’exploitation et empêchent les croyants de croire en sa religion sans transcendance, à savoir qu’il y a moyen de réaliser le paradis sur terre et qu’il FAUT le faire…moyennant de terribles sacrifices préalables !  « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Le marxisme est, dans ses applications, à la fois une praxis et une nouvelle religion sans transcendance, la plus dogmatique et la plus impitoyable de toutes. Et aussi la plus destructive car imposant au réel, à l’humain et à la nature, ce qu’ils ne sont pas et ne peuvent pas devenir.

(1) https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/11/29/tv-la-double-vie-petite-histoire-de-la-sexualite-en-urss_5222308_1655027.html

9 Fév 2021


Afghanistan

Selon Françoise HOSTALIER, Présidente du Club France-Afghanistan, la situation continue de se dégrader en Afghanistan et surtout au niveau sécuritaire.

« Mais il semblerait qu’après l’élection de Joe BIDEN aux Etats-Unis et l’installation d’une nouvelle Administration, le dossier afghan puisse être révisé. Le nouveau Secrétaire d’Etat, Antony BLINKEN a pris contact avec le Président Ashraf Ghani et l’a assuré du soutien des Etats-Unis. De leur côté, (en miroir ?), les principales chancelleries à Kaboul ont publié une déclaration conjointe mettant les Taliban face à leurs responsabilités dans les actes criminels ».

Corée du Nord

Le pouvoir nord-coréen fait la chasse aux « mauvaises influences » qui pervertissent la jeunesse. L’usage d’expressions venues du Sud est durement réprimé. Les jeunes, comme au Sud, disent ou écrivent dans leurs mails, « sarang haeyeong » pour « je t’aime », « chal-ka » pour « à bientôt », « bye-bye » et « ty » ( allusion à Thank You). Rien que pour ça, ils peuvent être suspectés de regarder des séries sud-coréennes et interrogés par la police

Venezuela

Pour les hispanophones : Parution du livre de Paula Vasquez Lezama : País fuera de servicio,Venezuela de Chavez a Maduro, aux éditions Siglo veinteuno (Mexico 2021).

Nous en parlerons bientôt .

Fénelon (1651-1715) antistalinien?

C’est ce qu’incite à croire ce passage de son oeuvre célèbre, Les aventures de Télémaque:

« Plusieurs des rois furent d’avis qu’il fallait, dans le doute, sacrifier Acante à la sûreté publique : il faut, disaient-ils, le faire mourir. La vie d’un seul homme n’est rien, quand il s’agit d’assurer celles de tant de rois. Qu’importe qu’un innocent périsse quand il s’agit de conserver ceux qui représentent les dieux au milieu des hommes?

-Quelle maxime inhumaine,! Quelle politique barbare! répondit Télémaque (…) Selon vous, on est coupable dès qu’on est accusé: un soupçon mérite la mort; les innocents sont à la merci des envieux et des calomniateurs; à mesure que la défiance tyrannique croîtra dans vos coeurs, il faudra aussi vous égorger plus de victimes. »

France

Virginie Chaillou-Atrous, une historienne élue maître de conférences en histoire de l’esclavage avait porté plainte pour diffamations, injures et provocations à la discrimination en raison de l’origine (elle venait de Nantes, ancien port négrier!) contre les militants racialistes de La Réunion qui avaient finalement empêché sa nomination…

La Justice a prononcé une relaxe générale à l’endroit de ces derniers.

A lire

Omer Bartov : Anatomie d’un génocide. Vie et mort dans une ville appelée Buczacz éd. Plein jour, Paris 2021

Irina Flige : Sandormokh, le livre noir d’un lieu de mémoire, Les Belles lettres, 2021, Paris

167 pages traduites du russe, préface et postface de Nicolas Werth.

Sandormokh est un charnier de 236 fosses où ont été retrouvés les restes de fusillés de la Grande Terreur. Vladimir Poutine juge que ce sont sans doute des victimes des Finlandais !

André Kozovoï Brejnev, Perrin, Paris 2021

Maurice Thorez : Journal 1952-1964, éd. Fayard, Paris 2020

Nous rendrons compte de ce livre prochainement

9 Fév 2021