Conforter les principes républicains ? Echange de P. Rigoulot et A. Senik autour du projet de loi dit de confortement des principes républicains

Le texte dit de confortement des principes républicains, actuellement en cours de discussion au Parlement, suscite bien des réactions. Philippe d’Iribarne, que nous avons eu le plaisir de recevoir à l’Institut d’histoire sociale, a par exemple publié dans Le Figaro un texte clair, cernant bien les problèmes en distinguant la foi de chaque musulman des prescriptions sociétales tirée du Coran. Distinction importante bien qu’on puisse lui objecter qu’une religion n’est jamais seulement une affaire spirituelle sans vision sociétale. L’Eglise catholique le prouve encore aujourd’hui.

André Senik a, le premier parmi nous, émis quelques remarques sur le texte gouvernemental comme sur celui de d’Iribarne dont il propose au fond un commentaire critique.

L’Exécutif, écrit Senik, peut sans problème se déclarer publiquement hostile à l’idéologie politico-religieuse qu’est l’islamisme. Mais il ne peut pas la nommer particulièrement, dans une loi dont la portée doit toujours être générale.

On se souvient que l’Allemagne fédérale avait interdit le KPD mais qu’elle n’avait pas interdit la propagande marxiste.

Aujourd’hui, la République française peut dissoudre les organisations islamisées, mais elle ne ne peut pas porter de jugement global sur l’Islam, pour lui donner un blanc seing, pour le rejeter, ou pour demander aux musulmans de purger leur religion. Ce serait une ingérence contraire à la fameuse ligne de séparation des religions et de l’Etat.

La nouveauté de la situation actuelle dans le rapport entre les religions et la République, c’est qu’il n’y a plus de cloison étanche : les religieux ont le droit d’intervenir dans les débats de société en tant que religieux et la République peut combattre certains aspects d’une religion quand ils sont de portée sociétale :  la religion doit être alors traitée comme les autres idéologies

La République peut dire ce qui la concerne elle-même : quels sont les principes et quelles sont les lignes rouges qu’elle défend et qu’aucune religion ni aucun aucune idéologie ne peuvent franchir sans tomber sous le coup de la loi.

Ce rappel ne peut pas prendre pour cible une seule religion.

Cela ne signifie pas qu’on doive interdire le port de la kippa comme celui du voile islamique ou du burkini , car la signification du port de ces tissus n’a rien d’identique.

J’aimerais poursuivre ici cette réflexion de notre ami Senik et m’en inspirer pour apporter mon soutien au texte proposé pour conforter les principes républicains

Une majorité de Français avait apprécié que l’ennemi soit désigné lors du discours présidentiel des Mureaux, et qu’on fournisse des armes législatives contre lui en conséquence d’une perception de l’islamisme ou islam politique comme ennemi d’une démocratie comme la notre.

On reproche aujourd’hui au texte législatif de ne pas nommer cet ennemi et pire, d’avoir retiré les chefs d’accusation explicités au lendemain de la décapitation de Samuel Paty, et notamment le « séparatisme ». On ne regrettera pas ce dernier retrait qui, pour explicité qu’il soit, était en deçà des attentes. Les islamistes ne cherchent pas seulement à se séparer, en effet. Ils cherchent à vaincre et à conquérir. Le séparatisme (idéologique, culturel, institutionnel) n’est qu’un élément d’une entreprise globale de conquête.

Et puis, gagne-t-on toujours à nommer l’ennemi? Pas si sûr. Le nommer, c’est lui accrocher la médaille d’opposant majeur quand ce n’est pas celle de minorité persécutée. En tout cas, le texte législatif actuellement en discussion au Parlement ne le fait pas pour trois raisons, je pense. La première est évidente : une loi ne peut s’en prendre à une institution ou à une minorité particulières.

Deuxièmement, il est impossible en démocratie d’interdire telle ou telle foi religieuse. Ce qu’il est seulement possible d’interdire, ce sont des prescriptions sociales incompatibles avec l’ordre démocratique libéral actuel.

La troisième raison est d’ordre politique et même tactique. Faire passer une loi qui renforce des principes républicains, c’est prendre au mot des gens qui prétendent les respecter et c’est isoler les autres, sans rejeter la majorité des musulmans. Tactiquement, la manoeuvre est bonne. On ne veut pas voir cet aspect de la démarche présidentielle parce qu’on ne veut pas penser qu’elle est au fond anti-islamiste même si elle n’en a pas toutes les apparences.

Le Rassemblement national, par exemple pense non seulement qu’il faut nommer l’ennemi, mais justifier la désignation par la nature même de l’islamisme comme un totalitarisme. Nous sommes d’accord avec cette qualification. Dans Histoire et Liberté et dans nos colloques, nous l’avons répété sans cesse. Mais peut-on interdire l’adhésion à une idéologie? A une institution qui s’en réclame et qui représente un danger pour la société démocratique dans laquelle nous vivons, oui. A un groupe qui vise l’ordre public sous les pires formes (des attentats aveugles), oui également. Comme André le rappelle très justement, la République fédérale d’Allemagne avait interdit le KPD, le parti communiste allemand. Mais elle n’interdisait pas la propagande marxiste et léniniste.

On ne doit pas comme le pense Jean-Paul Garraud, l’eurodéputé RN qui présente le contre-projet de son parti, interdire purement et simplement une idéologie comme telle.

Sans doute, le contrôle des préconisations sociales, pour le coup séparatistes, comme celles qu’on peut valoriser dans le cadre d’un enseignement hors de l’Ecole de la République, gène-t-il des structures scolaires juives ou chrétiennes qui vont être davantage surveillées. Mais nous le savons : il n’y a pas actuellement d’institution scolaire subversive de ce côté-là et la dénonciation d’une atteinte aux libertés dans l’annonce de contrôle supplémentaire tombe à plat : ces contrôles ne les empêcheront pas de fonctionner. On sait qui est effectivement visé même si on ne le crie pas de manière provocatrice sur les toits.

Pour revenir au texte de Philippe d’Iribarne paru le 2 février qui reproche au projet législatif gouvernemental de ne pas bien distinguer la foi et les prescriptions d’ordre social. Il me semble qu’il n’est pas nécessaire d’évoquer une ou la religion dès lors que la pratique qu’elle inspire entre en contradiction avec les principes démocratiques et républicains. Les autorités d’un Etat démocratique n’ont pas à proposer explicitement des modifications du contenu religieux ou en tout cas de leur perception par les croyants même si l’objet de l’ « islam de France » que cherche à mettre sur pied revient implicitement à cela, en tout cas à long terme.

Pierre Rigoulot

8 Fév 2021


Corée du Nord

Le 1 er janvier 2021, le Daily NK, journal en ligne sud-coréen, spécialisé dans les nouvelles en provenance de Corée du Nord, a rappelé que depuis la fin août 2020, quiconque pénétrait dans la zone de 1 à 2 km qui précède la frontière avec la Chine, s’exposait à des tirs sans sommation.

Le quotidien économique sud-coréen Mail Business vient de confirmer que l’ancien ambassadeur par intérim au Koweït, Ryu Hyun-woo, avait trouvé refuge en septembre 2019 en Corée du Sud. Cette défection, gardée jusqu’ici secrète, suit celle, en 2016, de Thae Yong-ho, ancien ambassadeur adjoint au Royaume-Uni et celle, en 2018, de Jo Song-gil, ambassadeur par intérim de Corée du Nord en Italie.

Chine

A lire : Rescapée du goulag chinois, de Gulbahar Haitiwaji (une activiste ouighour) avec la journaliste Rozenn Morgat, Éditions des Équateurs.

Ces derniers mois, nombre de patrons chinois critiques du pouvoir ont été victimes de la répression des autorités, bien décidées à mettre au pas le secteur privé. Peu après avoir sanctionné, début novembre, Jack Ma en annulant la mise en Bourse d’Ant Group, la « filiale «  financière d’Alibaba, les autorités l’ont tout simplement enlevé. D’autres entrepreneurs locaux ont subi les foudres de Pékin.

C’est le cas de Li Huaiqing (vingt ans de prison pour subversion). En septembre, Ren Zhiquiang, un magnat de l’immobilier avait été arrêté. Il a écopé de dix-huit ans de prison). Le 11 novembre 2020, Sun Dawu, 72 ans, fondateur de Dawu Group, l’un des plus gros producteurs de poulet et de porc de Chine, avait également été arrêté ainsi que des gens de sa famille ou de son entreprise.

France

Le Parti communiste français dirige encore 620 mairies dans le pays, et un seul département, le Val de Marne. Ce dernier pourrait bien lui échapper lors des prochaines élections régionales et départementales de 2021.

Vietnam

Pham Chi Dung, un journaliste vietnamien qui en avait appelé – en vain – publiquement à l’Union européenne pour qu’ils renoncent à leurs accords sur le commerce et la protection de leurs investissements tant que la situation des droits de l’homme ne serait pas améliorée, vient d’être condamné à 15 ans de prison et deux de ses confrères à 11 ans

3 Fév 2021


Identitarisme et marxisme-léninisme

Je regroupe ici sous le nom d’identitaristes les conceptions à l’honneur dans les courants actuels qui prétendent défendre des groupes d’individus jusque-là dominés et soumis à leurs yeux, jusque dans leur définition, à d’autres groupes d’individus dominants. Ce « déconstructionnisme », souligne Pascal Bruckner dans une interview récente1, nous vient des intellectuels français des années 1970 qui l’ont exporté outre-Atlantique sur les campus américains. « Nous leur avons fourni le virus, ils nous renvoient la maladie pleinement développée, ironise-t-il. Mais ni Derrida, ni Deleuze ni Foucault ne se reconnaîtraient dans cette bouillie idéologique réimportée des États-Unis, qui fige le monde en ethnies, en identités étanches les unes aux autres alors que l’intelligentsia française visait à la dissolution du sujet ».

La légitimité de cette taxinomie, justifiée par la couleur de peau, le sexe, ou le statut colonial n’est pas posée ici. Je veux seulement souligner quelques rapprochements entre cette attribution d’une identité essentielle à chacun, et qu’on peut donc appeler « identitarisme », et la conception marxiste traditionnelle.

Premier rapprochement : l’idée que les maux de la société sont susceptibles d’être éliminés par…l’élimination de ceux qui portent, transmettent voire défendent des conceptions qui affirment la légitimité de la domination de certains sur d’autres (Hommes/Femmes, Blancs/Noirs, Hétero/Homo etc). On peut parler d’un objectif d’élimination d’ennemis. Comme le souligne le sociologue Olivier Galland dans une contribution récente à Telos : « En figeant ainsi les identités et en les opposant les unes aux autres, cette pensée crée inévitablement des ennemis. Si on est inscrit, presque génétiquement (…) dans une identité et un rapport de domination, si aucun amendement n’est possible, la lutte contre les discriminations devient une guerre ». Une guerre contredes ennemis par nature, une guerre qui, comme la lutte des classes décrites par Marx se terminera par la victoire des « fossoyeurs » de l’ancien ordre des choses. « Inutile de chercher à les convaincre, c’est peine perdue. Au minimum, il faut les faire taire car leurs propos ne peuvent être que viciés par leur essence de dominants.…»2

Comme le rappelle encore Galland. « Sylviane Agacinski a été dans cette perspective, empêchée de s’exprimer à la faculté de Bordeaux à cause de son opposition à la PMA pour toutes, comme Mohamed Sifaoui à la Sorbonne pour cause « d’islamophobie ». Dans la même université, la représentation de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, avait dû être déprogrammée, accusée de mettre en scène un « black face » raciste. »3.

Deuxième rapprochement : ces luttes doivent mener à la disparition de ces réalités opposées. La classe ouvrière est censée, par sa victoire contre la bourgeoisie, faire disparaître toute classe. La négation d’identités sexuellement ou racialement inégales en valeur, et même simplement différentes, est de même nature, encore que la mise en cause des différences identitaires n’est pas la conséquence de luttes victorieuses. Dans le cas des idéologies identitaristes actuelles, la négation d’une hiérarchie ou même des différences perçues comme par ses promoteurs comme un montage social (« on ne nait pas femme, on le devient ») et comme une justification idéologique, est la cause (attendue) de l’entrée dans un nouveau monde enfin libre.

Notons aussi que le marxisme, et c’est une de ses grandes faiblesses, ignore la dimension individuelle ou en nie l’importance au profit de réalités collectives. Cela ne l’oppose pas nettement pour autant aux idéologies identitaristes actuelles : les militants identitaristes posent en effet le problème de l’identité de chacun et de la valeur de cette identité d’une manière binaire, simpliste (on est Noir ou Blanc, Homme ou Femme, Colonisateur ou Colonisé). L’appartenance à ces différentes communautés (noire, hétéro, etc) renvoie donc, comme dans le marxisme, à des collectivités qui définissent entièrement ses membres. Seule ce que les identaristes appellent « l’intersectionnalité » (le croisement ou l’absence de différentes identités) introduit une certaine complexité de l’analyse.

Théoriquement, la grosse différence semble concerner l’historicité de la conception marxiste et l’absence de référence historique chez les identitaristes. La question de la colonisation, par exemple est jugée moralement, en dehors de toute contextualisation. La colonisation est une entreprise criminelle. Point final.

Pratiquement, les prises de position en faveur de la cancel culture, les opérations de boycottage et de censure, rattachent le comportement des identitaristes à celle des gauchistes du mouvement communiste.

Le Parti communiste, a, au cours de sa longue histoire, opté soit pour l’opposition frontale, soit pour le « débat démocratique »…Le mouvement actuel, exigeant, pressé et pressant est typique des groupes gauchistes un rien millénaristes, qui se vivent comme participant à la « lutte finale » : cet esprit « woke », revendiqué sur les campus américains et qu’on voit surgir en France, « cet éveil permanent aux injustices, note encore Olivier Galland, place les sentiments au premier plan. Le ressenti a plus d’importance que le fait lui-même. Être blessé devient le critère ultime qui définit les victimes et leurs agresseurs. Et ces derniers peuvent le devenir sans le savoir et sans le vouloir. ..Il n’y a même pas besoin de vérification puisque la simple expression est en elle-même une preuve. »

Des liens théoriques peuvent donc être repérés entre les thèses déconstructionnistes et le marxisme, mais aussi des pulsations comparables, qui font dans la pratique des militants qui les défendent actuellement les enfants ou les petits-enfants des gauchistes d’antan…

Pierre Rigoulot

1.Le Figaro, 21 janvier 2021

2.Olivier Galland, op.cit

3.Olivier Galland, op.cit.

1 Fév 2021


Les ingérences de Cuba en Colombie – par Jacques Carbou (Partie 1)

L’hebdomadaire Semana de Bogota, publie un article qui fait la couverture du numéro 2018, du 17 au 24 janvier 2021 : « Cuba, le dossier secret ». La revue révèle un rapport officiel sur la stratégie d’ingérence de Cuba en Colombie. Alors que les Etats-Unis viennent de requalifier Cuba comme un pays qui appuie le terrorisme, le malaise augmente en Colombie. Depuis plusieurs mois, les autorités ont détecté plusieurs activités inusuelles et suspectes de la part de diplomates cubains en poste dans le pays, selon ce rapport dont la revue Semana a pu prendre connaissance. Il y aurait des plans cubains pour intervenir dans les élections présidentielles de 2022, déstabiliser le pays et même d’attenter à la sécurité nationale. Le titre du rapport est explicite : « Stratégie d’ingérence cubaine dans l’indépendance et la souveraineté de la Colombie ». On peut lire : « Cuba exerce une stratégie d’ingérence, menée sous couverture diplomatique, par des Cubains dans les organisations sociales d’aide eux populations en difficulté, l’infiltration dans les programmes de coopération avec les autorités locales, actions financées par l’ELN » (Ejercito de liberacion nacional, Armée de libération nationale), un mouvement de guérilla – moins connu que les FARC mais tout aussi criminel . L’ELN a revendiqué l’attentat du 21 janvier 2019 à l’Ecole des cadets de la police General Santander, à Bogota qui a tué 22 personnes, dont l’un des auteurs de l’attentat, et blessé plus de 70 personnes. Pour cette raison le Président de la Colombie, Ivan Duque avait demandé l’extradition des chefs de l’ELN qui se trouvent a Cuba.

Il faut savoir que l’actuel ambassadeur de Cuba en Colombie, José Luis Ponce Carabello, aurait été expulsé des Etats-Unis pour espionnage en 1996. En outre, Cuba a refusé l’extradition des auteurs de l’attentat de l’ELN à Bogota et le gouvernement du Président Duque a donc rompu les négociations de paix avec l’ELN qui se déroulaient à Cuba, comme précédemment les négociations de paix avec les FARC. Ainsi les tensions qui existaient entre la Colombie et Cuba pourraient empirer et aller jusqu’à la rupture des relations, dans la mesure ou le gouvernement colombien a perdu confiance dans l’ambassadeur cubain.

Le rapport fournit des données précises en indiquant que les activités d’ingérence se camouflent derrière le Mouvement Colombien de solidarité avec Cuba (MCSC) qui entretient une relation étroite avec l’Institut cubain d’amitié entre les peuples (Icap), dirigé par deux responsables du scandale d’espionnage aux Etats-Unis a la fin des années 1990. Les activités parallèles de cette organisation comprennent le recrutement et l’endoctrinement de jeunes en situation de vulnérabilité, l’organisation de manifestations contre le gouvernement colombien pour générer plus d’instabilité et de chaos dans le pays.

A l’évidence, Cuba n’a pas renoncé aux actions subversives menées du temps de Fidel Castro. A l’approche d’élections présidentielles en Equateur, au Pérou et au Chili, le rapport avertit que de semblables actions pourraient être menées dans ces pays pour favoriser les partis de gauche qui ont perdu du terrain ces dernières années en Amérique latine. L’axe Cuba-Venezuela vise à redonner le pouvoir a ces partis dans la région. La Colombie ne veut pas voir se reproduire les nombreux incidents à la frontière colombo-vénézuélienne ou s’abritent les dissidents des FARC, les guérilleros de l’ELN, sans parler de la délinquance, avec le consentement du gouvernement vénézuélien. Il faut noter que l’Equateur, le Pérou et le Chili viennent d’interdire l’entrée de réfugiés vénézuélien dans leurs pays respectifs.

En conclusion, le magazine Semana s’interroge sur les conséquences possibles de ce rapport : les relations diplomatiques et politiques entre les deux pays vont-elles se détériorer jusqu’à la confrontation ? Que va faire le gouvernement Duque de ce rapport élaboré par les propres services de l’Etat Colombien ? Comment va réagir Cuba face à ces graves accusations ? Est-ce que, tout simplement, il ne se passera rien parce que la prudence et la diplomatie s’imposeront aux deux nations qui continueront leurs relations dans un climat de suspicion accru ?

Contacté par la rédaction du magazine qui souhaitait lui poser plusieurs questions à ce sujet, l’ambassadeur cubain s’est contenté de dire qu’il ne répondrait à aucune question.

Jacques Carbou

Le 30 janvier 2021

1 Fév 2021


Dévaluation à cuba – par Jacques Carbou

Le premier janvier 2021, Cuba a fortement dévalué le peso cubain. La dévaluation fut annoncée à la télévision cubaine le 10 décembre 2020, par le président Miguel Diaz-Canel, en présence de Raul Castro.

Cette mesure va être un remède très amer pour la population et le pays qui traverse la pire crise économique depuis la chute de l’Union Soviétique. Le taux de change du peso cubain est fixé à 24 pesos pour un dollar. Pendant presque 30 ans, deux monnaies ont circulé à Cuba : le peso et le peso convertible (CUC), arrimé au dollar.

Les taux de change variaient de 1 pour 1$ pour les entreprises d’Etat à 24 pesos pour 1 CUC pour les entreprises privées et la population. Cuba avait dévalué le CUC en 2011. Mais le taux principal n’avait pas été modifié depuis 1959. Il s’agit donc de la première dévaluation en 60 ans.

Miguel Diaz-Canel a simplement annoncé qu’il y aura un seul taux de change à partir de janvier 2021, ajoutant « qu’il n’y a pas de solution miracle pour affronter les problèmes économiques ». Les économistes s’attendent à une inflation a 3 chiffres. La mesure s’accompagne d’une augmentation des salaires d’Etat et des retraites des 7 millions d’employés d’Etat, mais celle-ci ne s’applique pas aux 2 millions de travailleurs du secteur privé et du secteur informel, ni bien entendu aux chômeurs. Selon Carmelo Mesa-Lago, professeur émérite de l’université de Pittsburg, cela va entrainer « une réévaluation de 2400% du prix du dollar et une dévaluation de 99% de la monnaie cubaine. Les économistes cubains estiment à 40% le nombre d’entreprises qui sont en déficit et travaillent à perte.

Que signifie cette première dévaluation à Cuba ?

Il s’agit d’abord d’un remède de cheval pour les Cubains, un ajustement drastique de l’économie cubaine – oxymore douloureux pour les admirateurs de la révolution cubaine. L’idée est de s’ouvrir à des capitaux étrangers dont l’île manque cruellement. Dès janvier, la participation majoritaire de capitaux étrangers sera possible dans les entreprises mixtes pour améliorer le climat des affaires. Il s’agit d’un changement dont les énormes risques expliquent qu’il ait été reporté depuis plusieurs années par la gérontocratie castriste qui refuse de suivre les ouvertures de Raul Castro.

Après la chute du communisme en Union Soviétique, Fidel Castro avait décrété un « periodo especial » ou « période spéciale », car la fin de l’aide russe a désintégré l’économie de l’Ile. Avec l’apparition de Chavez, Cuba a bénéficié des largesses du Venezuela – pétrole et autres financements et dons autorisés par Chavez. Depuis 2010, l’effondrement du Venezuela a mis en péril l’économie cubaine qui vivait, outre l’aide vénézuélienne, notamment de la vente du pétrole vénézuélien à différentes iles des Caraïbes et quelques pays d’Amérique centrale ; les « remesas », c’est-à-dire l’envoi d’argent des Cubains principalement installés aux USA, constituaient aussi une importante source de revenu, tout comme le tourisme.

La crise vénézuélienne, à l’origine du peso convertible, n’a fait qu’aggraver la situation à Cuba. Avec la pandémie, les « remesas » et le tourisme ont considérablement baissés. La situation est aggravée par le fait que Cuba importe 60% de sa nourriture. Les touristes européens, espagnols mais aussi allemands, belges, français apportaient les devises qui manquaient. Depuis quelques années, ce sont surtout les Canadiens et les Américains ( il y a annuellement 600.000 touristes américains constituant le deuxième contingent de touristes après le Canada). Mais on a observé une chute de 15% du tourisme avant même 2020. Selon la CEPAL, un observatoire économique des pays d’Amérique Latine, la croissance de l’économie cubaine était de 1% en 2015 ; elle sera négative – -8%, en 2020. Le dollar est rare à Cuba ; le marché noir s’est développé ainsi que les opérations de dessous de table, réalisées par « las mulas », comme on appelle les intermédiaires cubains de ces tractations illégales. On observe aussi le phénomène de la « pyramide inversée » selon lequel les travailleurs les moins formés, ceux qui « travaillent » dans le tourisme, par exemple, gagnent plus que les professionnels payés par l’Etat.

Tout va donc dépendre de la crédibilité des mesures annoncées. Sinon, Cuba connaitra le sort du Venezuela, c’est-à-dire un cycle inévitable de rareté et de pauvreté. Alejandro Gil, ministre de l’économie de Cuba, a dit qu’il s’attendait à d’autres dévaluations dans le futur. Selon John Kavulich, Président du Conseil économique et commercial Etats-Unis-Cuba, « si l’administration de Diaz-Canel concrétise l’unification des monnaies et la dévaluation, l’investissement étranger sera encouragé et les Gouvernements seront plus attentifs aux mesures d’ouverture ».

Jacques Carbou

Le 10 janvier 2021

20 Jan 2021


Larissa Zakharova, « De Moscou aux terres plus lointaines ; Communications, politique et société en URSS » – par Florence Grandsenne

Larissa Zakharova, De Moscou aux terres plus lointaines – Communications, politique et société en URSS, Editions EHESS, Paris 2020, 25€

Larissa Zakharova, sociologue française d’origine russe, décédée l’année dernière, a travaillé sur la question des communications en URSS, question majeure pour un régime totalitaire (terme que d’ailleurs l’auteur n’utilise pas, parlant de régime autoritaire), qui vise à contrôler toute la vie politique, sociale et économique.

Les bolcheviks étaient conscients de l’importance des communications, eux qui, pour réussir leur coup d’Etat en octobre, prirent immédiatement le contrôle du télégraphe, du téléphone et du bureau central de la poste de Petrograd. D’ailleurs, disait Lénine, qui voulait faire de l’URSS un pays « moderne », « le socialisme sans poste, télégraphe et machine est un mot vide de sens ».

Développer les communications répondait en effet à deux nécessités : imposer dans tout le pays les consignes venant de Moscou et contrôler la population. Pour cette dernière fonction, là encore plusieurs buts : développer la conscience politique de la population en diffusant l’idéologie et prévenir toute opposition potentielle au régime.

Ces différents buts exigeaient des modes de communication modernes. Or ce que montre l’auteur, c’est au contraire leur archaïsme après 70 ans de régime communiste. Le télégraphe, utilisé jusqu’aux années 60, puis le téléphone étaient réservés presqu’uniquement aux dirigeants et à la nomenklatura. Le peuple devait se contenter du courrier postal, dont la distribution, fort lente, était assurée par des bureaux de poste clairsemés et dans les campagnes par des kolkhoziens affectés à cette tâche.

L’auteur met ainsi l’accent sur l’accès inégal aux moyens de communication selon les classes socialee, donc l’inégalité dans un pays où le projet proclamé était justement l’égalité. Mais nul besoin d’étudier les modes de communication pour constater l’existence de privilèges en URSS, on le sait depuis longtemps.

L’étude nous intéresse plus pour une autre conclusion tirée par l’auteur, qui insiste sur une contradiction majeure. Le système économique, censé impulser la modernisation espérée, était au contraire ce qui la freinait ; elle pointe l’absence d’initiatives des cadres, craignant d’être accusés de sabotage, la concurrence entre les différents secteurs de production, la dépendance vis-à-vis des livraisons de matières premières, l’affichage de résultats chiffrés mensongers et les vagues de répression qui accentuèrent la mauvaise organisation du pays.

Enfin autre contradiction interne majeure, celle existant entre une autre facette du projet social communiste et la culture du secret. Le système visait en effet à la fois à aider à la constitution d’une société nouvelle, homogène et socialiste, et à la contrôler. Or, la diffusion des ordres du centre dans un régime fondé sur la méfiance et la volonté de tout contrôler s’avéra extrêmement compliquée. Codage des télégrammes, écoutes des conversations téléphoniques, ouverture des lettres, surveillance minutieuse des secrétaires et des coursiers freinèrent le développement des échanges, qui devait être la base de la modernisation. D’autant que plus ceux-ci se multipliaient, plus se compliquaient les procédures de surveillance, exigeant de plus en plus de personnel et de moyens techniques. Il devint impossible de contrôler la société tout entière.

Le projet de Lénine de moderniser son pays, en particulier en développant les moyens de communication, fut donc un échec. Toutes les explications géographiques, techniques, économiques de celui-ci doivent être considérées à l’aune de la contradiction fondamentale du projet, inhérente au système soviétique. La modernisation, nécessaire au succès de l’entreprise communiste, était freinée par ce qui faisait l’essence même de cette dernière. En l’occurrence, le développement des voies de communication, en facilitant les échanges entre les hommes, aboutissait à mettre en péril le système totalitaire soviétique.

Florence Grandsenne

7 Jan 2021


Pascal Fontaine, « Les Murmures d’une île enchaînée » – par Benoît Villiers

Viennent-ils surtout de l’île, ces murmures, ou de l’auteur? Et sont-il des murmures littéraires ou politiques? Telle est peut-être la première question que se pose le lecteur.

Pascal Fontaine a contribué au Livre noir du communisme pour ce qui concerne l’Amérique latine. Il connait intimement le castrisme et l’on pouvait s’attendre à une nouvelle offensive explicite contre le communisme cubain.

Une « chronologie », chargée d’ordinaire d’éclairer les ouvrages historiques ou politiques, mentionne d’ailleurs des noms qui sentent le souffre chez les castristes : José-Antonio Echevarria, par exemple, ou Huber Matos.

Les Comités de défense de la Révolution sont désignés pour ce qu’ils sont : des organismes de quadrillage et de contrôle.

Les guérillas, urbaine du début des année 60 ou paysanne dans les hauteurs de l’Escambray, sont mentionnées aussi et leur répression féroce rappelée, tout comme les violences, les tortures et les suicides dans les camps joliment baptisés « Unités militaire d’aide à la production ».

Le soutien de Castro à l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1968 ou de l’Afghanistan en 1979 est souligné. L’engagement dans l’Angola nouvellement indépendant pour que le pays bascule dans le camp soviétique, aussi.

Au prix de 12 000 morts cubains au moins.

Les formes diverses de résistance et de fuite hors du pays, enfin.

Chacun de ces rappels constitue autant d’aides pour mieux saisir et comprendre ces murmures que nous livre Pascal Fontaine, murmures d’un pays où tous ont été intimement marqués et « transformés en une masse informe »  par « l’obsession criminelle » de Fidel Castro « d’imposer un bonheur ordonnancé par un parti unique ».

Cette souffrance imposée, ce repli dans les bras des divinités de la santeria – la religion syncrétique afro-cubain – cette capacité de violence suscitée par les réalités du régime en dépit de son idéologie bavarde et superficielle en faveur du « socialisme » et de la « patrie », ont produit les personnages des huit nouvelles du recueil.

Volonté chez certains de réussir à tout prix – jusqu’à la mort cruelle d’un enfant – dans un monde où l’individu n’a aucun prix; liquidation physique par le régime de ses premiers soutiens, naïfs rêveurs d’un monde meilleur pourtant promis dans les discours du Jefe, le Chef; dissidence héroïque ponctuée d’une condamnation à 25 ans; souvenirs qui pèsent des tonnes égrenés par un ancien combattant d’Angola; escrocs assassins, passeurs prétendus d’une filière « vers le Nord » – entendez les diaboliques Etats-Unis; tentatives de traversée du détroit de Floride des balseros ( la balsa, c’est un radeau) malgré les requins, tels sont quelques uns des thèmes évoqués par Pascal Fontaine en un langage clair, en des des scènes souvent crues et brutales, et avec un art indéniable du dialogue réaliste.

Sans doute, peut-on regretter quelques expressions répétées, quelques mélanges des genres comme le rappel au milieu d’une nouvelle, statistiques à l’appui, de la situation complexe et non catastrophique, de Cuba avant le castrisme. Mais ce recueil, exceptionnel en français, touche au coeur, trouble le lecteur et lui fait sentir le goût si particulier de l’horreur totalitaire.

On attendra avec impatience une suite, d’autres nouvelles peut-être, à l’écoute d’autres « murmures ».

Benoît Villiers

Pascal Fontaine : Les murmures d’une île enchaînée, éd. Persée, Sainte-Lice sur Loire, 124 p., 12,70 euros

4 Jan 2021


« Célébrer les 100 ans du Parti Communiste Français ? » par Pierre Rigoulot & Bibliographie par Stéphane Courtois

A l’occasion de son centenaire, certains ont parlé de l’existence du PCF comme d’une honte. D’autres, avec respect, ont souligné ce que sa naissance devait au refus total de revivre la boucherie de 1914-1918 ou se sont extasiés sur le fait qu’il attirait encore des jeunes.

On peut rappeler en effet la soumission à l’URSS de Staline et au culte de son Chef, l’approbation du pacte germano-soviétique, la dénonciation en 1940 de l’impérialisme britannique et la demande d’autorisation de publier l’Humanité sous l’Occupation allemande, l’approbation des exécutions de dirigeants du camp socialiste tombés en disgrâce, les efforts récurrents de sabotage de l’armée française, la négation acharnée de l’existence du goulag – et l’on pourrait poursuivre ainsi ad nauseam.

Mais le PCF n’est pas seulement une honte et sa longévité n’est pas seulement un sujet d’admiration. Son comportement, sa propagande, ses choix politiques, son lien à l’URSS ont une explication et son succès (relatif mais bien réel à certaines époques) aussi.

Le Parti communiste français, comme ses partis « frères », a su habilement se présenter devant ceux qui rêvaient d’un monde meilleur, comme un levier sinon comme le levier efficace pour changer le monde, supprimer les injustices, rapprocher les hommes, accroître leur bien-être et leur puissance matérielle. Et non seulement il a promis que telle était sa nature mais il a laissé entendre que c’était là le « sens de l’histoire ». Les lendemains se devaient de chanter et ils allaient effectivement chanter. De quoi faire illusion à tous ceux qui, lassés des bonnes paroles ds religions mais sensibles à certaines valeurs fondamentales qu’on y trouve, voulaient oeuvrer pour un monde meilleur.

Naturellement, être croyant en une religion et militant communiste n’est pas identique. Et la différence n’est pas tant la transcendance reconnue par l’un et niée par l’autre. Pour le Parti communiste, le monde meilleur, l’humanité nouvelle réconciliée avec elle-même, n’adviennent que par la suppression du monde ancien. Autant dire par une lutte à mort qui satisfait la haine, dite de classe, de ceux qui en effet, peuvent être opprimés mais trouvent aussi avantage à attribuer à d’autres (les bourgeois, les militaires, les curés, etc.), la totalité de leurs malheurs.

Telle fut la recette du parti communiste français comme de tout le monde communiste, suivant en cela la doctrine de Marx qui se voulait scientifique, et prétendait reprendre en histoire l’inéluctabilité qu’avait découverte Darwin dans l’évolution des espèces. Comme tout parti communiste, le PCF eut ainsi son côté exotérique, clair, simple, destiné aux « masses » à qui il expliquait qu’il luttait pour un monde moralement et socialement meilleur, mais il eut aussi son côté ésotérique, partagé par les savants es marxisme pour lesquels, loin de toute considération de valeurs, le monde communiste facilitait une évolution inéluctable en détruisant sans état d’âme les obstacles à cette avancée ( Lénine parlait de balayer la vermine).

Une « philosophie » que Staline avait résumé un jour par cette boutade : « Pas d’homme, pas de problème »…

Dans une telle perspective de liquidation des ennemis, une discipline exigeante s’imposait. Il fallait faire corps avec le Parti soviétique. Le PCF associa son destin à celui de l’URSS.

Celle-ci a aujourd’hui disparu. Le PCF n’est plus qu’une séquelle d’un passé lointain. Mais ses méthodes, sa prétention à porter seul un regard vrai et même scientifique sur les relations entre les hommes, sa volonté de détruire ses adversaires dans un monde manichéen sont reprises par divers groupements féministes, anti-racistes, anticolonialistes et environnementalistes. En ce sens, je l’admets, le PCF, le communisme et le marxisme ne sont pas morts…

Pierre Rigoulot

Centenaire du PCF : les publications par Stephane Courtois

Le centenaire du Parti communiste français nous a valu à l’automne 2020 une spectaculaire série d’ouvrages dus pour l’essentiel aux historiens communistes ou de la mouvance universitaire communiste. Ils étaient programmés pour être lancés à la traditionnelle fête de l’Huma, mais virus oblige, celle-ci a été annulée. Il est néanmoins nécessaire d’en rendre compte succinctement afin de comprendre où en est la réflexion de cette orientation historiographique qui, outre son côté hagiographique plus ou moins prononcé, propose une sorte de « récit national-communiste », celui d’un PCF franco-français ignorant à peu près tout de Lénine, de Staline, du Komintern, d’Eugen Fried, du Goulag, et des négociations à Paris à l’été 1940 avec les nazis… On a l’impression d’être revenus trente ans en arrière, avant l’ouverture des archives – celles de Moscou, du PCF et de la police et la justice françaises.

Stéphane Courtois

Ouvrages (ordre chronologique de parution)

Paul Bouland, Des vies en rouge. Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981), Paris, Éditions de l’Atelier, 2016, 350 p.

Claude Pennetier, Bernard Pudal, Le souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Paris, Éditions de l’Atelier, 2017, 383 p.

Maurice Thorez, Journal 1952-1964, édition établie sous la direction de Jean-Numa Ducange et Jean Vigreux, Paris, Fayard, 2020, 782 p.

Véronique Fau-Vincenti, Frédérick Genevée, Éric Lafon, Aux alentours du congrès de Tours. Scission du socialisme et fondation du Parti communiste, 1914-1924, Montreuil, Musée d’histoire vivante, 2020, 184 p.

Roger Martelli, Jean Vigreux, Serge Wolikow, Le Parti rouge. Une histoire du PCF, 1920-2020, Paris, Armand Colin, 2020, 384 p.

Jean Vigreux, Le congrès de Tours, 25-30 décembre 1920, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2020, 270 p.

Julian Mischi, Le parti des communistes. Histoire du Parti communiste français de 1920 à nos jours, Marseille, Hors d’atteinte, 2020, 720 p.

Romain Ducoulombier, Préface à Léon Blum, Le congrès de Tours. Le socialisme à la croisée des chemins, 1919-1920, Paris, Gallimard, « Folio-Histoire », 2020, 164 p.

Guillaume Roubaud-Quashie (dir.), 100 ans de Parti communiste, Paris, Éditions du Cherche-Midi, 2020, 232 p.

Guillaume Roubaud-Quashie, Corentin Lahue, 100 ans d’histoire de France et du PCF sur les murs, Paris, Éditions Helvétius, 2020, 192 p.

Yolande Rasle, Renaud Faroux, Libres comme l’art. Cent ans d’histoire entre les artistes et le PCF, Paris, Éditions de l’Atelier, 2020, 254 p.

Jacques Girault, Jean-Louis Robert, Le congrès de Tours, Montreuil, Le Temps des cerises, 2020, 204 p. (republication du livre de 1990).

Gérard Leidet (dir.), Le PCF dans les Bouches-du-Rhône. Cent ans de luttes et de débats 1920-2020, Marseille, Promemo, 2020, 384 p.

Bernard Vasseur, Le communisme a de l’avenir … si on le libère du passé, Paris, Éditions de l’Humanité, 2020, 346 p.

Nicolas Chevassus-au-Louis, Alexandre Courban, Marcel Paul, Paris, Éditions de l’Atelier, 2020, 254 p.

Bernard Friot, Judith Bernard, Un désir de communisme : conversations pour demain, Textuel, 162 p.

Rouge cent, recueil de nouvelles sur le centenaire, Arcanes 17, 2020, 280 p.

Seuls deux ouvrages échappent à la vision hagiographique et franco-française du PCF :

Denis Lefebvre, Communisme et Franc-Maçonnerie ou la 22e condition, Éditions Conform, 2020, 94 p.

Jean-Marie Argelès, Longtemps (trop ?) j’ai cru au matin, Préface d’Antoine Spire, Lormont, Le Bord de l’eau, 2021, 240 p.

Revues

« A quoi sert un congrès politique ? Le congrès de Tours et ses échos européens », Mil neuf cent, revue d’histoire intellectuelle, n°38, 2020, 184 p.

« Commémorer le congrès de Tours : quels enjeux politiques et historiographiques ? », Cahiers d’histoire, n°147, 2020, p. 115-148 (débat du 17 octobre 2020, animé par Annie Burger-Roussenac, Anne Jollet, Pascal Guillot, avec Gilles Candar, Frédérick Genevée, Jacques Girault, Jean-Louis Robert).

« Les naissances du communisme en France », Le Mouvement social, n°272, juillet septembre 2020.

On pourrait y ajouter Raluca Grosescu, Laure Neumayer et Eva Clarita-Pettai, « Transnational activism and the globalistion of anti-communism after 1989 », Revue d’études comparatives Est-Ouest (PUF), septembre 2020, p. 9-19.

Presse

« T’as cent ans mon coco » (dossier), Marianne, 11 décembre 2020, p. 42-59 (Hadrien Mathoux, Guy Konopnicki, Jack Dion, Copelia Mainardi, Emmanuel Bellanger, Guillaume Roubaud-Quashie, Michel Renard, Etienne Campion, Philippe Foussier, Kevin Boucaud-Victoire, Stéphane Milou)

Michel Winock, « Le centenaire du PCF », Sud-Ouest, 11 décembre 2020.

Stéphane Courtois, « Le congrès de Tours en 1920 : naissance du PCF et de la contre-société communiste », Le Figaro, 22 décembre 2020.

Roger Martelli, « Le PCF a incarné un réformisme radical », Le Monde, 1er-2 janvier 2021.

Michel Pigenet (inteview), « Depuis les années 1990, la CGT traverse mieux la tourmente que le PCF », Médiapart, 2 janvier 2021.

Sylvain Boulouque, « Le Centenaire du PCF en livre », Non fiction, janvier 2021.

Guy Konopnicki, « Centenaire du PCF : le communisme à la française », Marianne, 8 janvier 2021, p. 64-67.

2 Jan 2021


« CCP Publishes Book On Xi Jinping’s Thought on the Rule of Law ; the Obsessive Campagn to Promote the Presidents’ Legal Ideology Continue » par Massimo Introvigne

Le texte que nous mettons à la disposition de nos lecteurs a été publié dans Bitter Winter un périodique de défense des droits de l’homme et en particulier de la liberté religieuse face notamment à des mouvements ou Etats totalitaires assez offensifs aujourd’hui pour justifier de donner à une revue un titre quelque peu alarmant.

L’auteur de ce texte, Massimo Introvigne, est un professeur italien de sociologie religieuse, fondateur du Centre d’Etudes sur les Nouvelles Religions (CESNUR). De 2012 à 2015, il a présidé l’Observatoire de la Liberté Religieuse, mis en place par le Ministère italien des Affaires étrangères et dont le champ d’observations et d’actions s’étend au monde entier. Nous le remercions de nous autoriser à reproduire cette forte étude sur la Chine de Xi Jinping et en retour nous espérons contribuer à faire mieux connaître Bitter Winter.

PR

BITTER WINTER A MAGAZINE ON RELIGIOUS LIBERTY AND HUMAN RIGHTS

Sun, Deccember 27, 2020

CCP Publishes Book on Xi Jinping’s Thought on the Rule of Law : The obsessive campaign to promote the President’s legal ideology continues with the publication of a book collecting his main texts on the matter.

By Massimo Introvigne

Yet another book signed Xi Jinping is ready (from Twitter)

Bitter Winter has commented repeatedly on how “Xi Jinping’s Thought on the Rule of Law” is now emerging as the central tool in the attempt to elevate the status of the Chinese President as a Marxist ideologist not less important than Lenin, Stalin, or Chairman Mao. Whether this would work, or Xi will be forgotten after somebody will replace him in China—just as nobody would read today, say, the books signed by Leonid Brezhnev—is an entirely different question.

As part of this campaign, the Institute of Party History and Literature of the Central Committee of the CCP has just published a new book by Xi Jinping. It is titled “On Persistence in Comprehensively Governing the Country According to the Law”,and includes 54 texts and speeches by the President on the rule of law, dated between December 4, 2012 and November 16, 2020. Xi Jinping’s previous book, “On the Party’s Propaganda and Ideological Work,” was published just one month before this one—and Party members and high school and college students are supposed to study all of them.

The last chapter of the new book is Xi Jinping’s lecture at the Beijing conference on the rule of law of November 16, 2020. We have already analyzed this text in Bitter Winter, as a clear example of how the words “rule of law” may be misleading. In the Western legal tradition, “rule of law” means that all citizens, including those in the government, are subject to the law. Xi Jinping adopts the Marxist point of view, according to which the celebrated “rule of law” is simply the rule of the bourgeoise over the proletarians, and the Communist revolution solves the problem by subjecting the law to “the People” and its sole authorized spokesperson, the Communist Party. “Xi Jinping’s Thought on the Rule of Law” reiterates that the law should be subject to the CCP, rather than the CCP to the law, but adds a new global twist by arguing that also international law should be subject to the interpretation of a coalition including CCP-led China and like-minded international critics of that annoying bourgeois idea of universal human rights.

By perusing the book, one discovers that Xi did not invent this theory in 2020, but developed it gradually since he came to power in 2012. Of special interest is the chapter “The Party’s Leadership and the Socialist Rule of Law Are Consistent,” in fact a portion of Xi’s speech at the Central Political and Legal Work Conference of January 7, 2014. This text already included a good deal of what Xi would say at the November 2020 conference. We read there that with the Communist revolution, “the People,” rather than capitalists or the bourgeoisie, becomes the master of the law. However, as Marx knew very well, the problem is how to ascertain the will of “the People.” Marx’s answer is that the Communist Party is the only entity that knows what “the People” wants, or at any rate what is better for “the People.”

Xi repeats that “the People is the master,” but the Marxist rule of law can only function “by the Party leading the People.” In a Communist system of the rule of law, “the most fundamental is to uphold the Party’s leadership. Upholding the leadership of the Party means supporting the People to be the master of the country and implementing the basic strategy of governing the country with the Party leading the people.” In other words, “only by adhering to the Party’s leadership, the idea that the People is the master of the country can be fully realized, and the country and social life can be institutionalized and ruled by the law in an orderly manner.” One understands that “the People is the master of the country” and the law should respect the People, rather than vice versa, really means that the CCP is the master of the country, and the law should obey the CCP.

Xi at the 2019 congress of China Law Society in Beijing (Source: The Supreme People’s Court of the PRC).

The different chapters tediously apply this principle to the lawyers, the judges, the military courts, the police, the regulatory authorities for the economy, and so on: they should respect the rule of law, which in a Marxist sense means respecting the law as interpreted and dictated by the CCP. By definition, there can be no conflict between the CCP and the law because, based on what Xi calls the principle of the “organic unity of Party leadership,” the CCP is the law, but what needs to be clarified here is that nobody can presume to use the written laws to criticize the decisions and policies of the Party. Otherwise, the rule of law would be used to “weaken and narrow” the Socialist essence of China, while its real purpose is to reinforce it. “There are many things, Xi writes, that need to be explored in depth, but the basics must be adhered to for a long time, i.e., the leadership of the CCP must be adhered to.”

One interesting chapter is a compilation of texts, some of them unpublished, about Hong Kong and Macao, where Xi explains that the principle “one country, two systems” may only be understood as being subject to the rule of law, by which he means the Marxist/CCP rule of law, which makes the laws subject to the Party. And that should perforce include Hong Kong laws.

Another chapter includes an apology for the Constitutional amendments of 2018. The world’s attention focused on Article 45 of the reform law, which eliminated the term limits for the President, meaning that Xi can now be President for life. However, Xi argues that the whole structure of the Constitutional reform of 2018 is governed by Article 36, which adds to Article 1 of the Constitution a new paragraph, reading as follows: “The defining feature of Socialism with Chinese characteristics is the leadership of the Chinese Communist Party.”

Taking this as the standpoint, the question is whether the other reforms, including the one allowing Xi to remain President for life, weakens or reinforce “the leadership of the CCP.” One persistent critic could object that the provision reinforces the Party’s current leader but not necessarily its leadership. However, Xi tells us that the stability is thus strengthened, which is good for the CCP. It sems that the general principle is, what is good for Xi is good for the Party, and what is good for the Party is good for the People.

29 Déc 2020


Ne gommer aucune figure historique, même indigne d’un hommage national

Dans un mail récent, André Senik me disait qu’on ne peut honorer Robespierre et les victimes de la Terreur ni le Pétain de 1916-17 et les victimes de  sa politique de Collaboration. C’est ce dernier exemple qu’il a repris dans le texte donné à Causeur et publié le 27 décembre : « On ne peut pas faire entrer Jean Moulin et Simone Veil au Panthéon et rendre un hommage national à Pétain qui fut le premier responsable de leur martyre. »

Et d’en tirer cette leçon générale : « Dans la connaissance du passé historique, on ne choisit pas, on ne retranche pas. On rend à chacun son dû.

Dans l’hommage national, un geste qui permet à un peuple de s’identifier à ceux qu’il honore, comme il s’identifie dans la condamnation de ceux qu’il rejette, il faut choisir. »

Au contraire, «Macron voudrait réconcilier les mémoires des uns et des autres et croit devoir le faire en donnant les points qui leur sont dus aux deux camps  ce qui est une démarche intellectuellement juste. Mais il n’est pas en train de passer l’oral de l’ENA ».

Je ne suis pas convaincu car il me semble qu’il n’y a pas seulement deux niveaux : la recherche d’une vérité historique – hors enjeux, hors affect et hors éthique – et la volonté de rendre hommage, de remercier et de donner comme modèle à la Nation, deux démarches j’en conviens facilement, qu’il faut en effet soigneusement distinguer.

Il y a aussi, pour une mémoire historique bien constituée la nécessaire reconnaissance du rôle effectif et important de gens ( à vrai dire les plus nombreux) qui ont marqué le destin du pays sans pour cela qu’on leur rende hommage et qu’on les donne en exemple. Les méthodes de Pétain comme chef de guerre, après tout, ne furent pas si admirables. Il ne semble pas avoir rompu avec les assauts inutiles lancés depuis les tranchées, il est responsable de l’exécution d’hommes qui n’en pouvaient plus de cette boucherie et, entre les deux guerres, il était partisan d’une stratégie défensive là où de Gaulle prônait l’offensive et l’usage des armes mécaniques,

Pétain, peut-être pas si admirable qu’on l’a crut, et certainement aussi discutable qu’il l’a été entre 1940 et 1944, s’est trouvé cependant à un poste décisif à Verdun et a joué alors un rôle important dans la première guerre mondiale et l’avenir de la République française

L’histoire d’un pays ne se raconte pas en noir et blanc, même si la population a tendance à la simplification et au manichéisme. En reconnaissant le rôle essentiel de Pétain dans ce qu’on appelle la victoire de Verdun, on n’a pas cette inhumaine exigence d’obliger les victimes les plus évidentes de la Collaboration d’applaudir mais on a cette très humaine invitation à se pencher sur la complexité des choix au cours de la vie, politique notamment. Un Chef de guerre qui permet de « casser » l’offensive allemande et de sauver la République française d’un désastre militaire peut, 20 ans après, renoncer à la Résistance contre l’envahisseur et même Collaborer avec lui jusque dans ce que la machine totalitaire allemande avait de plus horrible : l’extermination des Juifs.

Il ne s’agit donc pas de rendre hommage à Pétain. Il s’agit de reconnaitre une existence et un rôle effectifs – et par là d’apprendre à rejeter les simplismes, les approches manichéennes, l’absence de dimension temporelle dont les Etats totalitaires sont si friands quand ils évoquent leur pouvoir et les hommes qui l’incarnent.

Non, il n’y aura pas d’avenue Pétain à Paris ou de place Louis-Ferdinand Céline à Meudon sous la présidence d’Emmanuel Macron. Ces hommes n’ont pas laissé une vie assez admirable pour la donner en exemple aux générations ultérieures. Mais ils ont marqué leur domaine il faut le reconnaître. C’est dans les pays totalitaires que le Méchant disparait socialement, gommé qu’il est parfois des photographies officielles et outrageusement transformé ou annihilé dans les livres d’histoire dictés par le Pouvoir. Si le Méchant a aussi été un chef de guerre ou un écrivain exceptionnel, il convient de le dire et de le faire savoir et pas seulement dans les centres de recherches mais publiquement. C’est ainsi que se formeront des citoyens lucides, étrangers aux délices dangereux du manichéisme; des citoyens qui gardent leur esprit critique, avec ses nuances, ses approbations mais aussi ses désaccords voire ses condamnations.

La méthode proposée par Emmanuel Macron n’est donc pas une atteinte au principe de non-contradiction, pas plus qu’elle n’est réservée au concours de l’ENA quand on n’a pas ou pas encore de responsabilités politiques. C’est de notre liberté de jugement qu’il s’agit. C’est même à mon avis la meilleure manière de créer des esprits libres qui pourront dans le même temps reconnaître (pour prendre un exemple d’actualité), et les horreurs et l’illégitimité de la colonisation et les facteurs qui la rendaient « normale » en une époque, un monde et une humanité différente de la nôtre, pour ne rien dire de ses bienfaits.

Pierre Rigoulot

28 Déc 2020