Le 11 janvier 2023

Washington 6 janvier 2021. Brasilia 8 janvier 2023.

Les émeutes anti-démocratiques qui ont pris place à Brasilia dimanche 8 janvier 2023, soit pratiquement deux ans après d’autres émeutes anti-démocratiques à Washington le 6 janvier 2021, doivent retenir l’attention de tous les démocrates et de toutes les personnes soucieuses de préserver les libertés sur notre planète.

Et tout d’abord, ces deux émeutes jumelles (que le principal inspirateur de Donald Trump, Steve Bannon, reconnaît lui-même comme jumelles) doivent être prises très au sérieux. Je me souviens avoir été considéré comme paranoïaque pour avoir très vite retenu que les émeutes du 6 janvier 2021 étaient une vraie tentative de coup d’Etat aux Etats-Unis.

Pourtant, tout ce qu’on a appris ensuite, grâce surtout aux investigations ultérieures du Congrès américain, a confirmé qu’il s’était bien alors agi d’une tentative de coup d’Etat (même si elle fut un peu brouillonne). Trump avait clairement envisagé que, sous la menace des émeutiers, Mike Pence (qui présidait les instances du Congrès chargées de valider les résultats) opte pour invalider les résultats en sorte que, avec une complicité de la Cour Suprême qu’il anticipait à tort ou à raison, il puisse se maintenir à la Maison Blanche. Dans la mesure où Trump ne semble pas s’être préalablement assuré de complicités dans l’armée américaine, sa tentative de coup d’Etat était vouée à l’échec. Mais ce n’était pas du tout une raison pour sous-estimer la nature de la manœuvre de Trump.

Trump en réalité a commis alors un acte extrêmement grave, celui de chercher à se maintenir au pouvoir en dépit du verdict électoral. Et quelqu’un comme Steve Bannon a fort bien pu encourager Trump dans sa démarche jusqu’au-boutiste pour pouvoir prendre la mesure de comment la société américaine dans son ensemble réagirait à un acte aussi anti-démocratique.

En quelque sorte, le 6 janvier était une tentative de coup d’Etat mais c’était peut-être aussi une expérimentation de coup d’Etat. Par exemple, les partisans de Trump et de Bannon ont pu constater (pour s’en réjouir) que la Garde Nationale était restée longtemps passive et n’avait pas été du tout à la hauteur de ses responsabilités en matière de défense de la démocratie américaine. Ils ont pu constater (pour s’en réjouir aussi) que l’émeute anti-démocratique n’avait pas suscité la réaction populaire pro-démocratie  qu’on aurait pu attendre et qui aurait uni dans la rue Démocrates et Républicains.

Ce Bis Repetita (Brasilia, deux ans après Washington) me conforte bien entendu davantage dans ma caractérisation initiale du coup du 6 janvier 2021. Constater que Steve Bannon est au premier rang de ceux qui applaudissent le coup de Brasilia est à mes yeux très révélateur. Dans l’un et l’autre cas, une fraction (malheureusement assez importante) de la population s’est mobilisée pour interrompre le fonctionnement démocratique d’un grand pays.

A Brasilia, les miliciens sont même allés plus loin encore qu’à Washington deux ans auparavant : leurs slogans et leurs calicots réclamaient explicitement « la suppression des trois pouvoirs ». En clair, ils revendiquaient d’instaurer au Brésil un système où le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire seraient fusionnés en une seule main. C’était réclamer explicitement l’abolition du principe démocratique lui-même ; c’était aussi revendiquer l’instauration au Brésil d’un régime totalitaire dans la mesure où une subordination totale de la Justice au pouvoir constitue une pièce essentielle et indispensable à tout régime totalitaire.

Ces émeutes anti-démocratiques aux Etats-Unis et au Brésil doivent nous tenir plus que jamais en alerte. Les capitales de l’axe totalitaire (Pékin, Moscou et Téhéran), non contentes de la répression intense qu’elles maintiennent à l’encontre des populations sous leur contrôle, menacent militairement deux pays souverains, l’Ukraine et Taïwan, deux pays dont par ailleurs la population prouve quotidiennement son attachement à la démocratie libérale.

Et en même temps, comme en écho à ces trois capitales totalitaires, on voit se développer aux Etats-Unis at au Brésil des mouvements pro-totalitaires qu’il faut bien identifier comme tels.

Le moment est venu de prendre en compte que des liens de plus en plus manifestes se tissent entre les capitales totalitaires et ces mouvements pro-totalitaires dans nos pays démocratiques : ce qui est très révélateur à ce sujet, ce sont les relations intenses (qui ne sont désormais plus contestées) entre Poutine et Trump, entre Trump et Bolsonaro, entre Poutine et Bolsonaro.

Si un jour, par malheur, un coup pro-totalitaire devait réussir aux Etats-Unis ou au Brésil, nul doute que les capitales totalitaires sableraient le champagne sans délai, tant ce qui prime chez elles, c’est une volonté obsessionnelle d’affaiblir et même d’anéantir la démocratie et les libertés, non seulement sur leurs territoires mais aussi sur le reste de la planète.

Antoine Brunet

17 Jan 2023


Le Mage du Kremlin, de Giuliano Da Empoli – Gallimard, 280 pages

La littérature peut être, parfois, un meilleur vecteur pour comprendre un contexte politique ou géopolitique qu’un essai historique.

C’est le cas du roman de Giuliano Da Empoli : Le Mage du Kremlin.

Le narrateur se passionne pour Evgueni Zamiatine, l’auteur de Nous. Celui qui avait compris que l’idéologie de Staline ne pouvait conduire à autre chose qu’au camp de concentration.

Il commence, autour de cet écrivain, une étrange conversation sur les réseaux sociaux avec un certain Nicolas Brandeis. Interlocuteur énigmatique qui n’écrit pas plus d’une phrase toutes les deux semaines.

Un jour, ils prennent rendez-vous. Le narrateur découvre que derrière Nicolas Brandeis se dissimule Vadim Baranov. D’abord metteur en scène, puis producteur d’émissions de télé-réalité, celui-ci devient, par le truchement de Boris Berezovsky, le spin doctor de Vladimir Poutine. Après deux décennies passées au plus proche du pouvoir, il vient de rendre son tablier pour se réfugier dans un cocon familial où seule sa fille revêt une importance.

Baranov se livre à un récit passionnant. Après la tragédie des années 90, lorsque la Russie se transforme en un immense supermarché, « la métropole des portables qui sonnaient pendant les représentations du Bolchoï et des fusils automatiques qui servaient à régler les comptes entre mafieux … » les Russes ne savent plus où est leur patrie. Poutine, lorsqu’il devient le nouveau maître du Kremlin, leur donne l’espoir qu’ils vont la retrouver. Ils reconnaissent  en lui un chef quand il a su laver l’affront de Bill Clinton qui s’était esclaffé devant les bévues de Boris Eltsine, lors de la signature d’un traité bilatéral. Ou encore après l’attentat terroriste de Moscou. Le « Tsar », comme l’appelle Baranov,  affirme alors à un journaliste qui l’interroge sur sa possible réplique : « Nous frapperons les terroristes où qu’ils se trouvent. S’ils sont dans un aéroport, nous frapperons l’aéroport, et s’ils sont aux chiottes, nous irons les tuer jusque dans les cabinets … ».

Nous découvrons le monde des oligarques maintenus en grâce tant qu’ils n’expriment pas la moindre opinion. Oligarque, ce terme étrange que l’on ne retrouve d’ailleurs qu’en Russie et qui les cantonne à leur sphère d’activité. Mikhail Khodorkovski ou Boris Berezovsky, pour ne citer qu’eux, en ont fait les frais. On n’imaginerait pas de voir un Murdoch ou un Bill Gates, menottés. 

Vadim Baranov nous révèle la volonté sans faille de Poutine. Rien ne peut le faire reculer. Preuve en est, le jour où il décide de passer le Nouvel An à Goudermes, en Tchétchénie et que les intempéries l’empêchent d’atterrir. Retourné à l’aéroport de décollage, il organise un convoi en jeep et retrouve ses soldats, somnolents et éberlués, en temps et en heure. Et son aptitude à comprendre et à jouer sur les faiblesses de ses homologues : mettre Angela Merkel en présence de son Labrador, alors qu’elle a une peur panique des chiens ou rappeler à Nicolas Sarkozy qu’il préside une petite France, face à une immense Russie lui apportent visiblement une certaine jouissance.

On comprend, qu’à nouveau, la Russie se cherche, perdue entre sa civilisation et la nôtre. Des personnages comme Limonov ou Zaldostanov, en rassemblant tous les égarés, tous ceux en quête de symboles qui incarnent la grandeur russe, éloignent la Russie de l’Occident et leur rappellent que la Russie et l’Ukraine sont une seule et même nation, que la Rus’ est leur source commune.

Et Poutine montre au monde, par sa politique et ses grands événements, comme les Jeux olympiques de Sotchi, que la Russie renaît de ses cendres avec son identité et le sentiment affirmé qu’elle a une vocation dans ce monde : celle de le remettre sur le droit chemin. Vague souvenir d’une Moscou, troisième Rome.

Giulano Da Empoli met en scène ce climat autour du « Tsar » où chacun apprend les règles du jeu, à dire les mots qu’il faut, à se conformer pour ne pas tomber dans un désamour qui lui serait fatal. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Vadim Baranov, son personnage le jour où, devenu transparent, aux yeux de Poutine, il s’est lui-même, éloigné du premier cercle auquel il est finalement toujours resté étranger.

Sa marginalité lui permet de prendre le recul nécessaire pour analyser la déviance autoritaire du régime de Poutine et de constater que le monde avec la puissance de ses ordinateurs confère aux algorithmes la place que l’humanité avait, en d’autre temps, accordé à Dieu.

Sabine Renault-Sablonière

J’ai lu attentivement le compte-rendu de lecture de Sabine. Je reste perplexe comme je le reste depuis que j’ai fini de lire « Le mage du Kremlin » il y a cinq mois environ.

Il est maintenant largement admis que derrière le personnage de Vadim Baranov, Giuliano da Empoli cache Vladislav Sourkov, celui qui devint le conseiller principal de Poutine autour de 2000 et qui a démissionné de son poste le 8 mai 2013, « pour raison personnelle ». De ce fait, on est très naturellement amené, comme je l’ai fait, à lire le livre de Da Empoli, non pas comme un roman mais comme une biographie officieuse de Vladislav Sourkov.

La lecture du livre révèle un personnage très intelligent mais aussi très cynique : Sourkov-Baranov entreprend de mettre son expertise en matière de manipulation au service du KGB et de Poutine. Il semble bien avoir joué un rôle majeur pour définir la stratégie machiavélique que Poutine a retenue tant dans sa politique intérieure que dans sa politique extérieure (Syrie et Ukraine en particulier). Sourkov-Baranov s’implique tellement dans sa fonction de conseiller qu’on est assez légitimement amené à lui imputer une part de responsabilité dans les agissements monstrueux que son employeur Poutine a commis successivement.

La biographie de Sourkov et l’itinéraire du supposé Baranov coïncident jusqu’à leur terme : ainsi, il est établi que Sourkov démissionne du Cabinet de Poutine le 8 mai 2013, peu après que Bérézovsky eut été assassiné le 23 mars 2013 tandis que, dans « le roman », Baranov démissionne peu après qu’il eut appris l’assassinat de Bérézovsky. (Sourkov avait exercé ses talents de manipulateur-stratège pour le compte de Bérézovsky avant de les exercer pour le compte de Poutine après 2000).

Au passage, on retient que cette démission résulte du seul scrupule éthique qui anime encore le personnage de Sourkov-Baranov : un principe de loyauté à ses employeurs successifs. Un principe moral qui est très limité et qui relève de la morale des milieux mafieux plutôt que de la morale générale

Par ailleurs, puisque Sourkov n’éprouve aucun remords pour sa collaboration avec Poutine, Da Empoli n’a jamais l’occasion de placer des remords dans la bouche de Baranov. Au total, du fait même qu’il a opté de présenter la biographie de Sourkov comme un roman, Giuliano da Empoli n’est jamais amené à nous délivrer, ni directement ni indirectement, quelque commentaire négatif qui serait relatif à son personnage de Baranov.

C’est sans doute pour cette raison que j’ai éprouvé un malaise important après avoir achevé la lecture de cette biographie. Le même malaise qui surviendrait si un historien nous livrait une somme biographique sur Hitler ou sur Staline en s’abstenant de délivrer tout commentaire défavorable à son personnage…Un parti-pris d’objectivité absolue qui laisserait aussi un gros sentiment de malaise.

Dans ces conditions, quelque part, je ne suis pas mécontent que le jury Goncourt ait finalement renoncé à attribuer son prix 2022 à Giuliano Da Empoli.

Antoine Brunet

Le Mage du Kremlin suscite décidément de nombreuses réactions  parmi nos amis. Nous publions ci-dessous la critique que Cécile Vaissié a donnée de cet ouvrage pour Desk Russie, l’excellente revue en ligne consacrée à l’actualité de la guerre russo-ukrainienne, Nous remercions chaleureusement Cécile de nous en avoir donné l’autorisation.

H&L

Les ambiguïtés gênantes d’une « véritable histoire russe »

par Cécile Vaissié

Giuliano Da Empoli a été conseiller du ministre de la Culture italien entre 2006 et 2008, puis adjoint au maire de Florence et conseiller de Matteo Renzi, président du Conseil. En vingt-cinq ans, cet auteur, habitué à jongler entre culture et politique, a publié neuf essais en italien et trois en français, dont le très intéressant Les Ingénieurs du chaos, traduit en une douzaine de langues. Il y démontre que les nouvelles technologies, dont internet, ont bouleversé les règles du jeu politique et que l’utilisation de ces technologies explique en partie le succès des populistes en Italie, en Hongrie et en Grande-Bretagne, au Brésil et aux États-Unis. Il constate, en outre :

« Dans le monde de Donald Trump, de Boris Johnson et de Jair Bolsonaro, chaque jour porte sa gaffe, sa polémique, son coup d’éclat. […] Pourtant, derrière les apparences débridées du Carnaval populiste, se cache le travail acharné de dizaines de spin doctors, d’idéologues et, de plus en plus souvent, de scientifiques et d’experts en Big Data, sans lesquels les leaders populistes ne seraient jamais parvenus au pouvoir1. »

Da Empoli analyse donc les parcours et les pratiques des conseillers en communication (spin doctors) des leaders populistes. Il explique que pour ces « nouveaux docteurs Folamour de la politique, le jeu ne consiste plus à unir les gens autour du plus petit dénominateur commun, mais, au contraire, à enflammer [grâce à Internet] les passions du plus grand nombre possible de groupuscules pour ensuite les additionner, même à leur insu. […] Pour conquérir une majorité, ils ne vont pas converger vers le centre, mais joindre les extrêmes2 ». Faisant exploser le clivage gauche-droite, ces spécialistes de la nouvelle communication politique attisent les colères et les indignations, cultivent les antagonismes entre « le peuple » et « les élites », s’appuient sur des fake news et des théories du complot.

Le premier roman de Giuliano Da Empoli était donc très attendu par ceux qui tentent d’analyser le fonctionnement actuel du Kremlin. En effet, le héros est censé être inspiré par Vladislav Sourkov, longtemps qualifié d’« éminence grise du Kremlin » : il a été, de 1999 à 2011, l’adjoint au président de l’Administration présidentielle (une structure extrêmement importante, mais qui n’est pas citée dans le roman), vice-Premier ministre de 2008 à 2013, puis conseiller de Poutine (2013-2020), et a joué un rôle clé dans la définition de certains concepts (« démocratie souveraine », « peuple profond »), la création de mouvements de jeunesse (les Nachi), les articulations idéologiques du régime poutinien, ainsi que le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine. Une question s’impose, immédiate : puisque ce sujet paraît dans la continuité des Ingénieurs du chaos, pourquoi préférer écrire un roman plutôt qu’un essai ? Ce choix reflète-t-il la volonté de toucher un public plus large ? de masquer certaines méconnaissances ? de bénéficier d’une liberté plus grande pour imaginer, par exemple, les réflexions de son héros ou l’histoire d’amour avec la belle Ksenia qui « dégageait la beauté d’une armée déployée en ordre de bataille » et qui « aurait mis le feu à une ville entière pour s’épargner un seul moment d’ennui » ? Discuter des atouts et des faiblesses de la littérature par rapport à certaines sciences humaines — l’histoire, les sciences politiques, la sociologie… — a déjà été fait mille fois. Dans ce cas précis, le choix du roman comme genre débouche sur un plaidoyer en faveur de Vladimir Poutine.

Le Mage du Kremlin repose, en effet, sur deux monologues à la première personne du singulier. Le premier narrateur, au tout début et à la fin, est un Occidental qui se rend en Russie et entend notamment y mener des recherches sur l’écrivain Evguéni Zamiatine, l’auteur de Nous, une dystopie qui, selon Da Empoli, annonce autant l’URSS totalitaire que l’époque actuelle, « le monde lisse, sans aspérités, des algorithmes ». C’est un point de vue. Le deuxième narrateur est le personnage inspiré par Sourkov, Vadim Baranov, qui, dans la fiction comme dans la réalité, a disparu de la scène publique. Ce deuxième narrateur a travaillé avec « le Tsar » Poutine, croisé les oligarques Boris Bérézovski et Mikhaïl Khodorkovski, Igor Setchine (et non Sechine), l’adjoint de Poutine, Evguéni Prigojine, le chef des « Wagners », le joueur d’échecs Garry Kasparov, ainsi que le chef des bikers, les « Loups de la nuit ». Les noms des écrivains Zamiatine, Limonov et Brodski sont cités, Sourkov étant le seul personnage important du roman à ne pas apparaître sous son nom réel. À peine une « Anastasia Tchekhova » est-elle aussi mentionnée, qui renvoie sans doute à la femme de lettres Tatiana Tolstaïa — dont le fils a travaillé pour Sourkov, comme le romancier ne le rappelle pas.

Ce recours à un pseudonyme envoie un signal : l’auteur garderait sa liberté dans ce qu’il fait dire à son héros, et une mention en exergue précise d’ailleurs que « ce roman est inspiré de faits et de personnages réels, à qui l’auteur a prêté une vie privée et des propos imaginaires », même s’il s’agit d’« une véritable histoire russe ». Plusieurs détails donnés amènent néanmoins à voir dans « Vadia » une représentation de Sourkov, cette proximité ayant été systématiquement répétée dans la promotion du livre. Ainsi, « Vadia », conseiller du « Tsar », a une formation théâtrale et il a travaillé pour la chaîne de télévision ORT ; il crée des partis politiques, mais aussi la « nouvelle réalité » russe, et il écrit des récits sous pseudonyme. Il est d’ailleurs dommage que ceux-ci n’aient pas été utilisés, faute d’avoir été traduits, car le plus connu d’entre eux, Proche de zéro (Okolonolja), mis en scène au théâtre par Kirill Sérébrennikov, est extrêmement révélateur du fonctionnement des « élites » poutiniennes qui abuseraient de la cocaïne, baigneraient dans des flots de violence et penseraient pouvoir tout acheter. Or Proche de zéro n’est pas tant l’expression d’« une veine paradoxale dans la meilleure tradition russe », comme l’écrit Da Empoli, qu’un texte influencé par des romans, non seulement de Victor Pélévine et de Vladimir Sorokine, mais aussi de Frédéric Beigbeder et de Bret Easton Ellis. Une sorte de magma postmoderne.

« Vadia » fait venir le premier narrateur chez lui, dans un mystérieux manoir au milieu des bois, qui semble inspiré de contes fantastiques du XIXe siècle, et, au cœur d’une bibliothèque riche de milliers de volumes anciens, il lui raconte son histoire. Le choix de ce procédé n’est pas très heureux. En effet, ce monologue de presque 250 pages n’est pas rédigé dans un style oral et inclut divers dialogues, lorsque Baranov évoque des scènes du passé. Surtout, c’est donc par « Vadia », avec ses mots et ses perceptions, que sont racontées la vie politique russe des vingt-cinq dernières années et, plus particulièrement, l’ascension et la carrière de Poutine. Certes, de nombreux propos attribués au président russe dans cet interminable monologue semblent avoir réellement été prononcés par lui, mais ils ne font l’objet d’aucune critique, analyse ou simple distanciation. Dès lors, le roman de Da Empoli offre, de facto, une caisse de résonance, sans contestation, aux propos poutiniens et présente le président russe comme un héros positif, un peu intransigeant, certes, mais voulant le bien de son pays et de son peuple. L’écart entre les déclarations et les réalités, fondamental en Russie, n’est pas interrogé.

Un lecteur peu au fait des réalités russes peut ainsi déduire de ce texte que Poutine est un ascète qui commande de la kacha dans les restaurants luxueux, qui entendait lutter contre le pouvoir de l’argent, et qui considère que « celui qui est au service de l’État doit privilégier l’intérêt public à tout autre, y compris le sien ». Poutine verrait les oligarques comme « ceux qui ont détruit l’État pendant dix ans, qui ont tout volé, qui ont mis l’armée sur le pavé », et il aurait réellement souhaité reprendre « le contrôle des sources de richesse » du pays pour mettre « cette richesse au service des intérêts et de la grandeur du peuple russe, non pas de quelque gangster avec villa sur la Costa del Sol ». Parce qu’il aurait voulu reconstruire à la fois la Russie, son pouvoir et son armée, les militaires et lui seraient rapidement devenus « comme une famille au cœur d’un incendie, tenue ensemble par l’amour et l’orgueil ».

En 2022, est-ce de cela que témoigne la conduite de l’armée russe en Ukraine ? Avec ses viols, ses assassinats, ses pillages, avec ses criminels recrutés comme soldats et le sous-équipement de ses troupes, avec les discours délirants des dirigeants sur la « guerre sainte », la dénazification et la dé-satanisation ? Et ce palais au luxe tapageur, montré dans le film d’Alexeï Navalny, serait celui d’un ascète, avec ses brosses à toilettes dorées coûtant 700 euros pièce ? Sans parler des proches de Poutine, qui, comme lui, se sont enrichis de façon tapageuse, toutes ces « élites » étant honteusement, outrageusement, insolemment corrompues, ainsi que Sourkov l’a d’ailleurs écrit dans Proche de zéro.

Le lecteur peu informé peut aussi croire ce qui est affirmé par « Vadia » — qui, au passage, admet avoir « toujours conspiré en faveur du pouvoir, jamais contre » : que la CIA, « le Département d’État américain », « les grandes fondations américaines » et « l’Open Society de George Soros » sont les « principaux soutiens de l’opposition ukrainienne ». Que — c’est toujours « Vadia » qui s’exprime — les « rebelles » du Maïdan étaient « soutenus par les Américains », si bien que « la situation en Ukraine a dégénéré » et que « le candidat pro-américain a gagné, celui qui voulait faire entrer l’Ukraine à l’OTAN » — il n’en était pourtant pas question en 2004. Cela aurait été « l’assaut final à ce qui restait de la puissance russe », d’autant qu’en Géorgie aussi, une révolution avait porté au pouvoir « un espion de la CIA ». Certes, l’auteur pourra rétorquer que les propos cités sont ceux de son personnage, « Vadia », et que le pacte littéraire interdit de les considérer comme autre chose qu’une fiction. Mais, d’une part, aucun personnage ne contredit ces propos, et, d’autre part, ceux-ci sont à la base de la propagande pro-Kremlin qui se répand depuis des années en Russie et en Occident, et à laquelle ce roman, volens nolens, apporte sa pierre.

Le lecteur aura pu absorber d’autres affirmations douteuses, voire erronées, d’une importance politique variable, et notamment — la liste est loin d’être exhaustive — que Khodorkovski et « Vadia » se seraient disputé la belle Ksenia ; que « Vadia » est extrêmement cultivé (autour de Sourkov circulent surtout, en Russie, des rumeurs d’escort-girls et de cocaïne…) ; que « l’élite soviétique […] ressemblait beaucoup à la vieille noblesse tsariste », qu’il n’est pas certain que les attentats de 1999 aient été organisés par le FSB, et non par des « terroristes tchétchènes ». Aussi, l’Occident aurait humilié la Russie affaiblie ; les Russes auraient une mentalité fondamentalement différente de celle des Occidentaux ; quant aux Setchine et Prigojine actuels, ils s’inscriraient, au bout du compte, dans une lignée passant par les opritchniki d’Ivan le Terrible, « la police secrète des tsars et la Tcheka [sic] de Staline ». Une « véritable histoire russe », vue par un Occidental.

D’autres points gênent, qui ne dérangeraient pas si ce roman en était pleinement un. Par exemple, les origines sociales de « Vadia », qui semble ressembler sur ce point davantage à Nikita Mikhalkov qu’à Sourkov, ou le refus de tenir compte de l’identité mixte russo-tchétchène de Sourkov : « Vadim » serait « le Russe », ce qui, en français, désigne à la fois la nationalité et la citoyenneté, deux notions traduites par deux mots différents en russe, rousski et rossiïanin. Et qui, en Russie, désignerait Sourkov comme exclusivement « rousski » ? À cela s’ajoutent des stéréotypes et des fantasmes occidentaux (pas toujours complètement faux) sur la vie à Moscou, les réussites spectaculaires et rapides des années 1990 et 2000, et les femmes russes qui auraient la « férocité » comme « un des motifs principaux de [leur] charme ».

Da Empoli connaît mal la Russie, et cela se sent à chaque ligne. En revanche, il a beaucoup travaillé, si bien qu’un jeu peut consister à repérer d’où, de quel livre, de quel article, l’auteur tire telle ou telle information, ou telle ou telle citation. Ses réflexions sur l’instrumentalisation du chaos en politique sont extrêmement intéressantes, comme l’a démontré son brillant essai précédent, et elles peuvent s’appliquer, avec certains décalages, à la Russie poutinienne. Mais il est difficile d’écrire sur la Russie sans la connaître, même sous une forme romancée.

Tout cela n’aurait sans doute pas grande importance — les « romans » créant et entretenant une image fausse de la Russie pullulent en France… — si une guerre féroce n’était pas en cours, si des Ukrainiens n’étaient pas tués chaque jour par des Russes et si cette guerre, faisant tomber bien des simulacres et des apparences, ne mettait pas aussi en évidence l’échec absolu de la société russe à reconstruire et solidifier son identité et ses valeurs — un terme souvent brandi par Vladimir Poutine… — au cours des dernières décennies. Dans ce contexte, la reprise, sans analyse, des propos des idéologues est plus qu’inadéquate : elle est dangereuse, car elle contribue à renforcer la propagande du Kremlin. À en juger par son essai précédent, ce n’est pourtant pas ce que voulait faire Giuliano Da Empoli.

Finaliste pour le Goncourt, Le Mage du Kremlin a obtenu le Grand Prix du roman de l’Académie française. Il a été vendu à plus de 130 000 exemplaires.

1.Giuliano Da Empoli, Les Ingénieurs du chaos, JCLattès, 2019, e-book, p. 18. 

2.Ibid., p. 21. 

1 Jan 2023


Comment juger la politique de Macron sur la guerre en Ukraine?

La tentation est de répondre à la hache et à l’insulte comme si tout allait de soi pour les défenseurs de l’Ukraine.

A mes yeux, c’était une faute de langage de dire qu’il ne fallait pas humilier la Russie, en référence implicite au traité de Versailles.

En revanche, il le parait juste de rechercher et de proposer une solution satisfaisante pour le jour d’après la défaite militaire de l’armée russe en Ukraine.

Ee n’est pas à Poutine qu’il faut s’adresser car il n’est pas un interlocuteur fiable et respectable. C’est aux Russes qu’il faut s’adresser pour leur parler de l’avenir par-dessus la tête de la clique au pouvoir.

Comment le faire?

En essayant de profiter des moyens de communication modernes qui permettent de prendre les peuples à témoin et de les responsabiliser.

André Senik

(Photo: https://www.flickr.com/photos/13476480@N07/51917655620)

14 Déc 2022


Pourquoi la France doit adopter les enfants de parents djihadistes venus de France

Certes, ces enfants ne sont pas nos enfants.

Ils sont les enfants de parents qui ont choisi de faire la guerre à la France et dont certains sont « morts contre la France ».

La France se doit d’adopter ces enfants parce qu’ils sont innocents de leur histoire, et parce que nul autre pays que la France dont leurs parents sont originaires ne leur offrira un avenir auquel ils ont humainement droit .

Pour ces deux raisons, la France se doit de les adopter et de les intégrer, mais sans se cacher à elle-même et sans leur cacher non plus, qu’ils sont les enfants de parents djihadistes anti-français.

On sait que dans les adoptions, dire toute la vérité est une condition nécessaire et utile à toutes les parties concernées.

Il faut dire à ces enfants qu’ils ne sont pas responsables des crimes de leurs parents, et qu’il leur faudra se construire, ou parfois se reconstruire, en connaissance de cause.

C’est pourquoi la France se doit de les adopter sans prétendre qu’ils sont nos enfants de par leur naissance.

Ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir des grands parents français sont nos petits-enfants.

L’adoption est toujours une aventure comportant des risques. Dans le cas de ces enfants, la France doit courir ces risques en connaissance de cause et en se donnant les moyens de leur intégration.

André Senik

14 Déc 2022


Ocean Viking

Dans un entretien au journal Le Point, Gérard Collomb vient de dévoiler que la raison profonde de sa démission du ministère de l’intérieur en octobre 2018 tient à son désaccord avec Emmanuel Macron sur la politique migratoire : « Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking », qui « ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent ». Ainsi « on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air ».

Il constate que « une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger ».

Il considère surtout que le laxisme fait le jeu de l’extrême droite et précise que s’il n’a rien dit avant les présidentielles, c’est pour éviter la victoire de Mme Le Pen.

N’en déplaise aux bonnes âmes, aucune école, aucune philosophie, aucun vœu pieux, ne viendra à bout du problème. La Bien-Pensance, quelle qu’en soit les mérites, fait le lit de ce qu’il est convenu d’appeler désormais « le populisme » (on a renoncé au terme « fascisme » qui semble vieillir). Au risque de ne pas être publié, même dans Histoire et Liberté, je m’évertue à l’écrire depuis des années. Il est vrai que Ocean Viking est un nom parfaitement choisi en termes de marketing. Le basculement de la Suède est prémonitoire. Tous les pays d’Europe sont concernés.

Il me semble en outre que reporter la responsabilité sur l’Italie est une manière peu glorieuse de botter en touches une nouvelle fois, et de ne pas affronter la réalité.

Puisse Gérard Collomb avoir plus de poids qu’un simple pékin. 

JL Carillon, le 13/11/2022

Nous publions ci-dessous de larges extraits de l’entretien accordé au Point par l’ancien Ministre de l’intérieur auquel fait référence notre ami Carillon en espérant qu’un débat éclairant en naîtra parmi les lecteurs de notre blog.

H&L

« Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking »,  explique l’ancien maire socialiste de Lyon, « Il y a quatre ans, les problèmes migratoires étaient déjà extrêmement importants. La Commission européenne avait lancé l’idée de centres contrôlés pour accueillir les migrants. Peu après, les chefs d’État, réunis spécialement pour traiter les problèmes migratoires, reprennent ce projet, Emmanuel Macron s’y montrant l’un des plus favorables »  Ce dernier avait demandé au préfet de l’époque, Pierre Dartout, d’y travailler. Gérard Collomb, alors Ministre de l’intérieur, y était très favorable, sachant qu’une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger, tant les accords de Dublin entre pays européens sont peu respectés.

Le Point poursuit : « Gérard Collomb explique, en outre, qu’au moment de manifester son désaccord au chef de l’État, il doit participer à la commémoration de l’assassinat terroriste de deux jeunes filles à la gare Saint Charles de Marseille, tuées un an plus tôt par un djihadiste présent clandestinement sur le sol. « L’auteur, un Tunisien en situation irrégulière, aurait dû être placé la veille en centre de rétention administrative à Lyon pour être expulsé. Il ne l’a pas été, et il a pris le lendemain le train pour Marseille où il commettra ce crime. Je pense alors : “Je ne veux plus que cela se reproduise“ » explique l’ancien ministre. (…)

À en croire Gérard Collomb, la vraie raison de son départ serait donc d’abord la politique migratoire, même s’il confesse avoir longtemps voulu taire cet aspect : “Si j’avais dit cela à l’époque, j’aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m’étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C’est pourquoi je me suis tu“ expose-t-il.

C’est l’accueil de l’Ocean Viking – en complet revirement de la décision de ne pas accueillir l’Aquarius quatre ans auparavant – qui lui dicterait aujourd’hui de changer d’avis : cette décision “ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent“, déplore Gérard Collomb. Selon lui, sous des faux airs humanitaires, en prenant cette décision “on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air“.

L’ancien ministre de l’Intérieur s’en prend ensuite aux proches du chef de l’État qui invitent l’exécutif à renoncer à sa politique de fermeté sur l’immigration, souhaitée pourtant par son successeur Gérald Darmanin. Mais aussi aux tenants d’une politique d’accueil généreuse, qui constitue à ses yeux une promesse qui n’est jamais tenue : “On voit aujourd’hui que dans nos grandes agglomérations, ils finissent sous des tentes, sous des ponts, dans des camps de fortune. À Lyon, le problème devient si aigu qu’après avoir dit “Welcome le monde“, les élus écologistes se retrouvent débordés, comme vient de le reconnaître lors du dernier conseil municipal l’adjointe en charge de ce dossier ».

Citant d’autres hommes politiques de gauche (François Pupponi, l’ex-maire de Sarcelles, et Julien Dray) qui en sont venus au même constat que lui, Gérard Collomb invite donc le gouvernement à prendre des mesures fortes, comme au Danemark, pour éviter l’avènement au pouvoir de partis d’extrême droite : « regardez le résultat » en Suède, s’exclame-t-il.

25 Nov 2022


    UNE STATUE UBUESQUE DE FIDEL CASTRO À MOSCOU, INAUGURÉE EN PLEINE GUERRE PAR MIGUEL DÍAZ-CANEL ET VLADIMIR POUTINE

     Cela peut paraître incongru : une statue de Fidel Castro, six ans après sa mort le 25 novembre 2022, inaugurée à Moscou en pleine guerre contre l’Ukraine, conjointement par le président cubain désigné par Raúl Castro, le bureaucrate pâlot Miguel Díaz-Canel, et le maître du Kremlin en personne, Vladimir Poutine.

     C’est pourtant hautement symbolique de la gratitude de Poutine envers la dictature castriste. Cuba est en effet l’un des rares pays, avec le Venezuela du castro-chaviste Nicolás Maduro, le Nicaragua du sandiniste Daniel Ortega, la Syrie de Bachar el Assad, la Corée du nord de Kim Jong-un, l’Érythrée, à voter presque systématiquement à l’Assemblée générale des Nations Unies contre les résolutions condamnant l’agression russe (parfois, ils s’abstiennent sur certains scrutins, ce qui revient pratiquement au même).

     Officiellement, la visite est empreinte d’une certaine normalité. Díaz-Canel, accompagné de sa femme, Lis Cuesta, dépose une gerbe de fleurs devant le monument au soldat inconnu en face du Kremlin et se réunit avec l’ex vice-Président puis Président Dmitri Medvedev, sans oublier Zhiouganov, le vieux dirigeant du Parti communiste, auquel il transmet les salutations chaleureuses de Raúl Castro. Soulignons que l’actuel dirigeant fantoche de l’île est également premier secrétaire du Parti communiste de Cuba, dans la plus pure tradition soviétique. C’est justement cette tradition que tentent de faire revivre les deux frères idéologiques, récupérer les restes du monde disparu avec la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS.

     L’histoire révolutionnaire de Cuba est intimement liée à la protection du « grand frère » soviétique, son tuteur pendant plus de trois décennies. La « crise des missiles » d’octobre-novembre 1962 en a été le point culminant. Il n’est guère étonnant, d’ailleurs, que nombre d’analystes, pour mettre en perspective les menaces nucléaires russes, aient fait référence à ces treize jours qui ont vu s’affronter Khrouchtchev et Kennedy et ont placé la terre entière au bord de la guerre atomique.,

     Comme toujours, le régime castriste se range de ce côté de l’histoire, contre l’ « impérialisme », américain bien sûr -les Soviétiques et les Russes n’ont pour lui jamais eu d’ambitions de cet ordre, même pas en Angola ou en Éthiopie, où Cubains, Soviétiques et Allemands de l’est ont combattu côté à côte. Il l’a fait lors de la guerre en ex-Yougoslavie, de même que lors de celle d’Irak. Mais pas seulement en se rangeant du côté de ce camp militaire. En réprimant à l’intérieur aussi, ce qui est une des modalités de sa guerre contre les opposants. Ainsi, les procès iniques contre les manifestants du 11 juillet 2021 se poursuivent-ils, ainsi que ceux contre des citoyens protestant récemment contre les interminables coupures de courant et les pénuries de toutes sortes, et en laissant mourir un prisonnier des suites d’une grève de la faim de 56 jours. En même temps, il organise des scrutins évidemment truqués, un référendum portant sur un nouveau Code de la famille, légalisant aujourd’hui le mariage homosexuel alors qu’autrefois, les homosexuels étaient parqués dans de véritables camps de concentration, les Unités militaires d’aide à la production (UMAP), ou des « élections » municipales avec des listes concoctées par le pouvoir. C’est curieusement à cela que s’intéressent le plus les médias de nos sociétés démocratiques. Les Cubains, eux, tout comme les Russes qui fuient la « mobilisation partielle » décrétée par Poutine, votent avec leurs pieds. Ils sont plus de deux cent mille à avoir quitté clandestinement l’île en moins d’un an, certains d’entre eux payant de leur vie ces tentatives de fuite, comme cette famille décimée en pleine mer par un garde-côtes cubain qui a embouti leur embarcation.

     Malgré tout, la révolution castriste continue de jouir d’une aura incompréhensible de la part d’une partie de l’opinion publique internationale, y compris en France, et de certains États d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. La prochaine étape de la tournée de Díaz-Canel, c’est la Chine. Les deux anciennes – ou toujours vivantes par bien des aspects – puissances tutélaires du communisme.

     Il ne faudrait pas croire que l’île des Caraïbes n’est que du menu fretin. En échange de pétrole, de fertilisants que le pays va mendier auprès de la Russie (on se demande bien comment celle-ci va faire pour livrer tout cela, en contournant l’embargo), l’ancienne patrie du socialisme espère profiter de l’influence cubaine toujours importante au sein des pays émergents pour amoindrir à l’avenir les condamnations massives à l’ONU.

     Pour les dissidents et les exilés, dans leur immense majorité, la lutte des Ukrainiens libres contre la Russie post-communiste est exemplaire. Nous nous reconnaissons en elle, en cette volonté farouche de défendre la démocratie contre la volonté de recréer une Union Soviétique caricaturale, avec les mêmes ressorts propagandistes, la même cruauté dans la répression et la peur comme système de gouvernement. Sa victoire ne sera pas seulement militaire. Elle aura valeur de symbole pour tous ceux qui veulent en finir avec ce passé tyrannique, symbolisé par l’ubuesque statue de Fidel Castro à Moscou. Un exemple à suivre par les Cubains libres. 

JACOBO MACHOVER

(Image: https://www.flickr.com/photos/marcelo_montecino/9609361)   

25 Nov 2022


Mercredi 7 décembre à 18h, au Café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre, Paris Ier, métro Pont-Neuf) Les amis d’Histoire & Liberté recevront Galia Ackerman et Stéphane Courtois, qui présenteront l’ouvrage écrit sous leur direction : Le Livre noir de Vladimir Poutine, aux éditions Perrin et Robert Laffont.                            

Ce livre réunit les noms de quelques-uns des meilleurs connaisseurs du monde russe et soviétique – André Kozovoï, Françoise Thom, Yves Harmant, Cécile Vaissié et bien d’autres.

La psychologie de Poutine, sa formation, ses références, ses références, ses objectifs, ses méthodes sont analysées avec précision et dénoncées sans appel. Un débat suivra cette présentation.

H&L

PS Si vous souhaitez une dédicace, apportez votre volume.

21 Nov 2022


Post Scriptum sur des élections attentistes

Une ou deux remarques seulement, pour faire le point. Les mid-terms elections sont remarquables par ce qu’elles ont d’inattendu, mais l’inattendu n’a absolument rien de remarquable.  

Les « analystes » prévoyaient un raz de marée du Parti Républicain, il n’en a rien été. 

Au contraire, dans la composition du Sénat et de la Chambre, les forces vont presque surement être quasi identiques, avec peut-être un léger basculement dans la Chambre pour donner une petite majorité aux Républicains.  Dans les élections des Etats, les forces restent quasiment celles qu’elles étaient avant l’élection. 

Ainsi, New York illustre bien ce que ces élections démontrent.  Dans l’Etat comme dans la ville, les Républicains progressent nettement.  S’ils perdent dans la course pour le poste de governor (l’executif), leur challenger, Lee Zeldin réalise un bon score contre la sortante, Kathy Hochul, et plusieurs districts (circonscriptions) dans la Chambre fédérale, considérés comme sûrs par les Démocrates, passent dans l’autre camp.

Zeldin, un congressman (député) peu connu en dehors de sa circonscription de Long Island, avait mené une bonne campagne sur la base de positions raisonnables, notamment en matière de sécurité (soutien aux forces de l’ordre et le minimum de pitié pour les voyous) et opposition au « wokisme ».

C’est un programme payant qui fut aussi le noyau de la campagne du gouverneur Républicain sortant en Floride, Ron de Santis, lequel est reconduit aisément et devient dès maintenant le rival de Donald Trump pour l’investiture du parti à la prochaine présidentielle. 

L’équilibre, ou statu quo, apparemment voulu par les électeurs,  dans l’ensemble de cette grandes diversité d’Etats et de circonscriptions, semble démontrer que les Américains sont réceptifs aux idées conservatrices, modérées, raisonnables, fondées sur le bon sens, la discipline dans le travail et la responsabilité individuelle.  Ils se méfient de l’hystérie qui caractérise le discours politique depuis une bonne douzaine d’années et qui frôle la paranoïa depuis l’élection de 2020 et ses séquelles. 

A l’heure de cette correspondance, il manque cinq députés pour donner une mince majorité aux Républicains, le double pour la donner aux Démocrates. On attend les résultats dans plusieurs circonscriptions dont les officiels soit ne savent pas compter soit sont des vendus, ce qui n’est pas forcement different. 

Il serait normal, vu la sottise et le cynisme de la classe politique dans son ensemble, ne ne pas trouver de majorité qui puisse fonctionner, et que la Chambre reste dans un état de catatonie législative, miroir de sa catatonie mentale.  Si les Démocrates tiennent leur majorité, ils sont trop affaiblis pour faire passer un programme législatif sérieux, et la conséquence est qu’on remet, une fois de plus, à plus tard, l’heure de vérité.

Cela implique quelques dangers en politique étrangère, dans la mesure ou aucune grande initiative — par exemple, le bombardement du Qatar pour défendre les droits de l’homme et écraser la corruption dans le football — ne sera prise. Mais on peut espérer que l’enemi totalitaire, qu’il soit arabe, perse, russe, coréen ou chinois, aura la lucidité de comprendre que dans une crise, la classe politique américaine, par conformisme plus que par conviction, choisira le drapeau et la riposte à toute provocation.  Ce n’est  pas d’un grand  confort pour les assoiffés de liberté en Iran, en Afghanistan ou à Hong Kong, ni pour ses défenseurs de la Chine Libre (Taiwan) ou de l’Ukraine, mais c’est mieux que l’étrange défaite vers laquelle nous mèneraient et les wokes du Parti Démocrate et les complotistes du Parti Républicain.

Roger Kaplan

(image: James Boast, Ikon Images, NTB)

19 Nov 2022


Lettre d’Amérique

Roger Kaplan intervient peu sur notre blog. L’intérêt et l’originalité de son commentaire sur la situation américaine expliquent que nous dépassions exceptionnellement la longueur maximum acceptée pour les textes reçus ici. Il va de soi qu’il s’agit d’un document, susceptible comme tel de recevoir vos remarques, vos critiques et vos questions à notre ami américain.

P.R.

Aux élections partielles  (de mi-mandat) qui approchent, les Républicains ont l’ambition de se retrouver majoritaires a la Chambre des Représentants ainsi qu’au Sénat.  Ils cherchent aussi à renforcer leur majorité dans les Etats et les municipalités qui sont en ballotage.…

Ce sont des élections, comment dire,  sous surveillance et même sous menace.  Et pour les personnalités politiques, les menaces peuvent passer à l’acte, comme on l’a vu dans l’agression au marteau contre l’époux de la députée de Californie Nancy Pelosi, présidente de la Chambre et titulaire du troisième rang en cas d’incapacité du Président Joe Biden.  

M. Pelosi, homme d’affaires natif de San Francisco dont il est un des piliers économiques, bon vivant et plutôt dangereux comme conducteur d’autos de luxe (son permis lui a été confisqué après  la dernière des catastrophes qu’il a provoquée en état d’ivresse aux commandes de sa Porsche), est à l’hôpital suite à une opération urgente pour une fracture du crâne.  Son agresseur a l’habitude d’écrire des tracts de type conspirationiste sur les affaires courantes.  Des que possible — il est également hospitalise — il sera inculpé, selon le chef de police de San Francisco, pour tentative de meurtre et mauvais traitements sur personnes âgées (Paul Pelosi a 82 ans).  Il a affirmé vouloir casser les genoux de Mme Pelosi, qui était à Washington mais elle s’est empressée de revenir en Californie pour se rendre au chevet de son mari.  L’agresseur, un ancien gauchiste, nudiste militantet montrant des signes de déséquilibre mental — encore que, pour une telle description, on pourrait être accusé « d’agression verbale » en Californie –, était passé à l’acte avec son marteau, la moitié du symbole communiste.

Ce crime pourrait-il apporter un sursaut « de compassion » au Parti Démocrate? Nancy Pelosi elle-même se (re)présente dans une circonscription sûre à San Francisco, ville démocrate dans un Etat très libéral au sens américain. 

Il semble que, malgré l’acharnement des Démocrates, Biden en tête, à faire porter la responsabilité de cette agression sur les leaders républicains et sur Trump lui-même, les électeurs se soucient plutôt de l’incertaine orientation des affaires publiques.  Selon les sondages, qui évidemment ne sont pas des certitudes, bien au contraire, les Démocrates, en tant que parti de gouvernement, sont tenus responsables pour l’inflation, l’insécurité urbaine et le chaos aux frontières (notamment entre les Etats du sud-ouest et le Mexique, la confusion autour des politiques d’immigration allant d’ailleurs au delà du problème de la police des frontières.  Et ce ne sont là que les thèmes majeurs. 

Qui plus est, les Démocrates sont perçus comme incohérents.  Biden lui même peine à articuler ses positions.  Il semble souvent incapable de savoir de quoi il parle.  Il insistait l’autre jour sur un « vote » qu’il aurait fait passer par la Chambre pour réduire les dettes des étudiants, ce qui en pratique donnerait une facture de plusieurs milliards adressée au contribuable. Or il ne s’agissait nullement d’un vote mais d’un « executive order », un ordre présidentiel ayant une fonction comparable au 49-3 francais – ce qui d’ailleurs pourrait éventuellement mener à une annulation puisque le Congres, selon la Constitution, est seul en charge des allocations et impôts. 

La vice-présidente Kamala Harris, est d’un niveau intellectuel réellement choquant, qui dépasse toute explication, au vu de son c.v..  Elle prétend, sans aucun appui sur des faits, que la frontière est sécurisée ou que les transports d’enfants (habituels dans beaucoup de systèmes scolaires) se font actuellement dans des autocars électriques, ce qui est formidable pour l’environnement, puisque, dit-elle sans s’excuser pour le contresens, cela permet aux enfants, comme aux conducteurs, de respirer habituellement un air « toxique » ! Et cela n’est qu’un exemple parmi les moins étonnants de sa façon de parler.  Bref, si Biden semble ne pas savoir où il est ou ce qui se passe, elle ne sait pas communiquer sans s’embrouiller et donner l’impression, avec les ricanements inexplicables qui ponctuent ses discours, d’une frivolité sans bornes. 

A force d’entendre de telles bêtises, les gens se disent inévitablement que les Démocrates sont des abrutis, des menteurs, ou qu’ils se fichent des faits, sans parler de la Constitution.  

L’agression contre M. Pelosi est, certes, inquiétante, et en tant que crime ordinaire, il n’y a rien à en dire sauf que le malfaiteur mérite ce qui lui arrivera, et qui pourrait être au moins vingt ans de prison. On ne peut toutefois s’empêcher de remarquer que San Francisco, et les Démocrates qui gèrent cette ville et l’Etat dont elle était jadis un des joyaux (et d’ailleurs elle l’est toujours à condition d’éviter les voyous, les ivrognes et les drogues et de pouvoir payer des impôts astronomiques), pourraient faire leur examen de conscience au lieu d’accuser la « rhétorique de droite » d’inciter les gens à la violence.  Apres tout, c’est un partisan du sénateur stalinoïde Bernie Sanders qui a tiré en 2017 une balle sur d’un des chefs Républicains au Congrès , le député de Louisiane Steve Scalise, et c’est un autre gauchiste qui s’en est pris, avec un couteau, au candidat républicain aux élections du gouverneur de New York, le député Lee Zeldin, il y a peine quelques semaines.

Sans doute est-il exact que le ton n’est pas poli dans la, ou les, luttes politiques en Amérique. Ce n’est en rien une nouveauté.  En fait, cela date des origines, de même que la violence physique (agressions, duels…) entre hommes politiques et entre leurs partisans. Parmi les cas célèbres, le grand homme d’Etat Alexandre Hamilton, lieutenant de George Washington et premier secrétaire au Trésor, fut tué dans un duel par un rival, Aaron Burr.  Un des grands orateurs anti-esclavagistes, le sénateur Charles Sumner (Massachusetts), un des chefs de file Républicains pendant la Guerre Civile, fut attaqué avec une canne et grièvement blessé par un député de Caroline du Sud, Preston Brooks, en 1856.  Mais il est vrai, aussi, que les partisans de Donald Trump ressemblent parfois plus à des supporteurs surexcités dans un stade de football qu’à des gens écoutant des orateurs s’exprimant sur des questions d’actualité.  Il est non moins vrai que les Démocrates ont, depuis bien longtemps (bien avant Trump), pratiqué la politique de la délégitimisation, en accusant les Républicains d’être extrémistes et dangereux et une menace pour l’ordre constitutionnel et la  démocratie. C’est ce que répétait encore M. Biden la semaine dernière, sans aucune référence aux squadristi de son propre parti qui appellent à modifier radicalement les institutions constitutionnelles. Au passage, — on ne peut que noter  le choix du terme qu’ils ont choisi eux-mêmes pour designer leurs courant : les « squadristi » étaient les groupes paramilitaires mussoliniens !

Dans cette période électorale, les Démocrates se présentent comme les défenseur de « notre » démocratie, ce qui signifierait qu’eux seuls ont les capacités, et les politiques pour la sauvegarder. Or, c’est eux qui ont, sous couvert d’un anti-racisme cynique et mensonger, ont oeuvré pour déconsidérer et désarmer les services de police. En font les frais les quartiers populaires, souvent à majorité noire, comme à Minneapolis (la ville ou le malheureux George Floyd fut tué lors d’une arrestation musclée) ou à Chicago (dont le maire et le chef de police sont des Noirs). 

S’ajoutant à leur mauvaise gestion dont les conséquences sont un mélange malsain d’apologie active de la criminalité (des catégories entières de crimes ne sont plus punies de prison), de démagogie, et assistanat,  avec comme conséquence la migration des entreprises hors des villes comme Chicago et New York, le désespoir ou du moins l’exaspération des classes moyenne, le parti Démocrate n’a rien de mieux comme mot d’ordre électoral que d’accuser les Républicains d’être des extrémistes.  Ses propositions, d’ailleurs, montrent à quel point les Démocrates n’ont aucune volonté de redresser les désastres urbains (et pas seulement urbains) qu’ils ont créés: ils veulent « fédéraliser » (c’est a dire nationaliser) le droit à l’avortement et, de même, mettre les procédures de vote sous un seul régime, géré par le gouvernement fédéral.  Dans ces deux cas, ce ne serait qu’un pas de plus dans leur longue campagne pour détruire le système fédéral proprement dit, qui suppose la souveraineté des Etats et la gestion locale. 

Les élections pourraient-elles mener à un changement de cap?  Rien n’est impossible en Amérique.  Les Républicains ont le vent en poupe en partie parce que la Californie représente pour beaucoup d’électeurs un contre-exemple de gestion, responsable d’une forte dégradation de la sécurité, de l’infrastructure, des services municipaux.

Le parti Républicain est divisé entre une apparente majorité d’élus et d’autres officiels qui soutiennent, ou du moins se gardent de critiquer, l’ex-président Donald Trump et ceux qui, sans le dire carrément, préféreraient qu’il disparaisse de la scène politique.  C’est le cas du gouverneur Républicain de Floride, Ron de Santis, qui brigue un deuxième mandat et pourrait se présenter à l’investiture pour la présidentielle en 2024.

Il y a aussi un petit carré de Républicains « never-Trump » qui, depuis leur déception de 2016, cherchent la défaite de l’affairiste-politicien, mais leur influence parait négligeable.  Leur étoile la plus connue, Liz Cheney, fille du vice-président de G. W. Bush,  a été battue dans la primaire pour le siège qu’elle occupe jusqu’à la convocation de la nouvelle Chambre en Janvier, et se prépare une nouvelle carrière. Adam Kinzinger, un autre farouche « never-Trumper » qui représente une circonscription dans l’Etat de l’Illinois, ne s’est pas présenté à sa propre réélection et cherchera également un nouvel emploi.  Un certain Evan McMullin, qui avait joué un rôle de figurant dans l’élection de 2016 sous l’impulsion du groupuscule « never Trump », est en lice dans son Etat natal de Utah.  Il semble qu’il ait fait une bonne campagne contre le sénateur sortant, Mike Lee, qui est plus ou moins trumpiste sans être jusqu’auboutiste, mais ses chances de l’emporter restent assez modestes.

Les élections sont importantes, comme toujours.  Le programme du President Biden est couteux à plusieurs égards, et il serait sans doute utile de le bloquer, ou au moins le freiner, en donnant au Congrès le veto qu’il aurait avec une majorité à droite.  De ce point de vue, d’ailleurs, les Républicains sont en bonne position car pour ce qui du Congrès, la Chambre a plus de poids dans les questions budgétaires que le Sénat, dans la mesure où c’est à elle d’écrire les législations autorisant les dépenses. 

Il faut toutefois noter que les Républicains, tout « Messieurs Austerite Fiscale » qu’ils voudraient paraitre, peuvent être aussi dépensiers que leurs rivaux.  Dès qu’on tient les clefs du Trésor public, on a la tentation de l’ouvrir pour des intérêts locaux, afin d’ être, justement, réélu dans sa circonscription.  Les sénateurs, eux, sont dépensiers par bêtise et vanité.

Nombre de candidats Républicains dans les deux chambres du Congres, tant sortants que challengers,  ont le soutien de l’ex président, en échange de quoi ce dernier exige d’eux fidélité et approbation de son opinion sur l’élection de 2020.  Ce soutien est à double tranchant, ou mieux dit, à tranchant ambigu.  Obligerait-il les politiciens qui en bénéficient de soutenir une éventuelle candidature de Trump pour l’investiture Républicaine en 2024?  Et, si celle-ci lui échappait et qu’il se lançait dans une campagne de troisième voie, qu’arriverait-il? En général, les « third-party candidacies » favorisent le perdant : leurs voix sont perdues d’un seul côté plutôt qu’entre les deux candidats principaux (ce qui aurait un effet neutre).  Par exemple, la candidature de Ross Perot donna la victoire à Bill Clinton lors de l’élection de 1992 au détriment du président sortant, G.W. Bush. Mais la candidature de l’écologiste Ralph Nader donna une mince majorité à G. W. Bush en Floride contre Al Gore (le vice-président de Clinton). Apres des déboires fort embarrassants pour les inconditionnels de la démocratie, la Floride fut déclarée favorable à Bush par la Cour Suprême.

La raison pour laquelle ces souvenirs historiques et ces incertitudes sur l’élection de 2024 ont de l’importance est que le régime américain souffre d’un manque de respect.  Certes, les Américains se sont toujours méfiés de leurs politiciens, mais rarement ont-ils éprouvé comme aujourd’hui, le sentiment que la classe politique est composée d’une bande de voyous qui se sont emparés du gouvernement avec l’aide de dirigeants non-élus de « l’Etat administratif », maintenant invulnérables à leurs postes de direction, qu’ils gagnent des élections ou non.

Il est à noter que le concept de « administrative state » ne date pas d’hier.  Depuis au moins l’administration de Woodrow Wilson, un des débats les plus sérieux et en même temps peu connus sur le système politique américain est celui qui oppose les partisans d’un étatisme des élites (comme Wilson lui-même, qui était par ailleurs favorable à la ségrégation raciale) et ceux qui insistent sur l’impérieux besoin de maintenir les prérogatives – et responsabilités – des élus.  Les représentants les plus connus de cette position anti-étatiste à l’heure actuelle sont sans doute Philip Hamburger, professeur à la faculté de droit de Columbia University (New York) et le juge Clarence Thomas (de la Cour Suprême). Mais le concept est sorti des cercles érudits (science politique, droit, histoire, presque toujours des savants ou juristes éminents) pendant la présidence de Donald Trump, quand ses partisans ont, en quelque sorte, fait le lien entre ce débat constitutionnel et l’agacement anti-Washington sur lequel misait l’ex-président qui agaçait tant lui-même.

Il faut noter aussi que ce débat et cet agacement, sont intrinsèque à la démocratie, et je pense qu’on en retrouvera sans peine la version française.  En Amérique nous sommes arrivés à un point qu’on peut appeler critique sans exagérer, car le conflit entre Etat administratif et République mettant en avant les libertés et la gouvernance décentralisée est sur le point de devenir insupportable ou de forcer une mutation de notre régime constitutionnel.  C’est pour cela que l’élection « mid-term », en d’autres temps banale et une sorte de répétition de la prochaine présidentielle, prend une plus ample signification. 

En bref,  ce qui se joue est le choix entre un « trumpisme » sans Trump et une démocratisation radicale, socialiste, égalitaire, et tyrannique.  En fait, ce serait le passage de la démocratie à la tyrannie dont se méfiaient les Grecs et Romains avant leurs déchéances. 

Sur fond d’inflation galopante, d’insécurité croissante, et d’inquiétude quant à la l’immigration clandestine venant du Sud, il semble que les Républicains peuvent gagner les élections sinon mettre de nouvelles politiques en place, et au moins d’atténuer les effets des politiques démocrates qui ont la plus grande part de responsabilité dans les fléaux du moment. 

Roger Kaplan

Il y a pas mal de choses qui me déplaisent chez les démocrates américains mais il y a des ordres de priorité et d’urgence.
Actuellement, pour un Européen normalement humaniste et pour quiconque, dans le monde entier, est attaché aux valeurs fondamentales de la démocratie et au respect des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine, la priorité des priorités est de mettre à mal le psychopathe du Kremlin et de l’empêcher, lui et sa bande, de continuer à détruire, assassiner, torturer, violer, mentir, semer la zizanie, avec l’appui de tous les régimes terroristes de la planète.

Or il se fait que Trump, le clown frappé d’une psychose blanche et d’un sévère trouble de la personnalité histrionique-narcissique, n’aurait jamais contaminé la Maison Blanche sans l’appui du psychopathe prémentionné, lequel, de toute évidence, tient Trump, Dieu sait comment. Une marionnette du KGB Président des Etats-Unis, jamais un tchékiste n’avait osé rêver d’un tel prodige !

Or je constate que, dans l’article de Roger Kaplan, il n’y a pas un mot sur la politique étrangère des USA telle qu’elle deviendrait en cas de victoire d’un parti républicain qui n’en finit pas de se galvauder au profit du guignol ignare matamore précité.

Par ailleurs traiter Kamala Harris de déficiente intellectuelle et Bernie Sanders de stalinien me fait m’interroger sur le niveau des capacités cognitives de l’auteur.

Avec humeur fumante,

Pierre Druez

Sans disserter sur la personnalité de Donald Trump qui, certes, a un côté narcissique assez prononcé pour attirer l’attention de ceux qui confondent étude psychologique et commentaire politique, je ne peux qu’observer que les démocrates ont tenté pendant quatre ans de détruire Donald Trump sur la base d’accusations émanant d’un dossier fantaisiste commandité et subventionné par eux-mêmes, provoquant des investigations couteuses en argent et en confiance accordée à nos institutions. Ces investigations ont été menées par un procureur irréprochable, ancien patron du FBI (Robert Mueller). Rien n’en est sorti, à part la découverte que certains agents de la police fédérale, partisans en cela, malgré leur devoir de réserve, avaient faussé des rapports dans un sens qui infléchissait le dossier au détriment du président .

Il serait donc prudent de ne pas faire de cet acharnement obsessionnel à penser que Trump serait la marionnette de Poutine, la pièce centrale d’une comparaison entre les politiques étrangères des deux grands partis politique américains. Il y a des courants « interventionnistes » et « isolationnistes » chez les uns et les autres et, pour le moment, il existe un consensus opérationnel sur les bons et les méchants dans le conflit entre Russes et Ukrainiens. Si une tendance « isolationniste » se développait à l’avenir et poussait au désengagement, il n’est nullement sure qu’elle viendrait plus d’un parti que de l’autre.

Par ailleurs, on peut sans ironie se demander si Mme Kamala Harris sait contre qui nous luttions par exemple, pendant la Guerre de Corée, ou même la Deuxième Guerre Mondiale.

J’ajoute que Donald Trump, tout pécheur et narcissique qu’il soit, a quand même des réflexes de bon sens en politique internationale. Il est vrai que son manque de culture entrave ces réflexes, tout comme  son mépris pour ceux qui n’avalisent pas ses réactions hâtives aux dossiers. Ce fut notamment le cas de son premier secrétaire à la Défense James Mathis,

Roger Kaplan

La contribution de Roger Kaplan à ce blog me heurte à triple titre :

1) Roger est beaucoup trop indulgent à l’égard de Trump. Il est maintenant établi que le 6 janvier 2021 était bel et bien une tentative de coup d’Etat de la part de Trump et des trumpistes. L’objet principal consistait à terroriser non seulement les responsables du Parti Démocrate mais aussi et surtout des personnalités du Parti Républicain comme Mc Donnel et surtout Mike Pence. Souvenons nous des slogans des émeutiers « Hang Mike Pence ». Le but était que Mike Pence invalide le résultat des présidentielles en sorte que se substitue un autre vote (à raison de deux représentants par Etat fédéré élus par le Congrès de chaque Etat) qui aurait désigné Trump comme Président. Ce coup d’Etat aurait peut-être été le préambule à instaurer un régime totalitaire aux Etats Unis mêmes. Trump avait alors un soutien électoral marqué (35% environ des suffrages exprimés). Rappels. A la constituante de septembre 1917, à la veille de son coup d’Etat, le parti bolchevique, n’avait recueilli que 23% des suffrages exprimés. Aux dernières législatives loyales en Allemagne, le parti nazi n’avait recueilli que 34% des suffrages exprimés. Dans les deux cas, une base électorale, significative bien que minoritaire, avait beaucoup contribué à instaurer un régime totalitaire prolongé.

2) Roger néglige délibérément la relation très spéciale qui s’est nouée entre Trump et le FSB dès le milieu des années 90 et qui a conduit ensuite à une relation de complicité et plus précisément de subordination de Trump à Poutine. Les deux chambres du Congrès avaient, par un vote très majoritaire, début 2017, désavoué les interférences du FSB et de Poutine dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Et Trump a fini par renoncer à contester l’appui que le FSB lui avait donné en 2016. Si dans une interview récente au New York Times (22/07/22), Karaganov, conseiller géopolitique de Poutine, a déclaré qu’il aurait mieux valu envahir l’Ukraine avant la pandémie, c’est à l’évidence parce qu’il pense que Trump serait resté passif face à l’invasion de l’Ukraine.

3) Roger néglige l’agression dont sont l’objet les Etats Unis et leurs alliés de la part de l’axe Pékin-Moscou depuis la crise de 2008-2012. Si Trump a eu un seul mérite, c’est d’avoir amorcé en 2018 la guerre commerciale qui était indispensable avec Pékin. Mais quelle grave incohérence de sa part : s’opposer frontalement à Pékin tout en entretenant des relations très particulières avec Moscou, le meilleur allié de Pékin ! La proposition de Roger pour revigorer la démocratie américaine se devrait de rappeler aux deux grands partis américains qu’ils ont une tâche historique, sauver les Etats Unis, leurs alliés et la démocratie dans le monde face à la menace que l’axe des pays totalitaires fait peser sur eux. L’éviction de Trump du parti républicain et l’émergence de nouveaux responsables au sein du parti républicain favoriseraient fortement l’établissement d’un pacte entre les deux partis face à la menace totalitaire.

Antoine Brunet

Je ne sais que dire.  J’ai essayé d’éclairer un peu les élections américaines avec une ébauche d’analyse plutôt conventionnelle, et voici qu’on accuse ce pauvre Donald de coup d’Etat en vue d’un régime totalitaire !  Trump, certes, par paresse, narcissisme, bêtise, et mépris pour tout le monde, a blessé l’ordre constitutionnel le 6 janvier, et il a continué de se moquer de ses compatriotes avec son déni du résultat des présidentielles de 2020.  Il est vrai que les organisateurs de coup d’Etat ne pensent pas souvent très loin.  Mais je doute qu’il s’agissait de cela. Trop inculte pour connaitre la Constitution, il laissa des illuminés le convaincre que l’on pouvait « décertifier » le vote des Grands Electeurs (Electoral College) après qu’ils eurent voté. Or c’est tout simplement faux.  On peut mettre un vote en cause, et cela se fait assez souvent, mais la « certification » par le Congres réuni, comme il l’était le 6 janvier, est un rite, ou une formalité certes solennelle mais pas sujette à contradiction.

Mais il s’agit, dans le cas de notre ami, d’erreur d’appréciation sur l’imaginaire américain, et pas seulement américain.  Il y a une sorte de paranoïa qui se répand et qui peut être instrumentalisé, c’est ce que comprenait très bien l’auteur du livre The Manchurian Candidate (1959) Richard Condon.  Le film avec Frank Sinatra qui en a été tiré est mieux connu est en quelque sorte tout à fait actuel même s’il est nourri des expériences (et craintes) du temps de la guerre de Corée.

Enfin, voici quand même quelques mots pour faire parade sans, j’espère, être trop impoli.

Je suis reconnaissant envers ceux qui s’inquiètent de la bonne santé de notre régime.  Mais il ne faut pas, même si le réflexe est naturel, gonfler les évènements. Ce faisant, on les dénature.  L’assassinat de John Kennedy n’était pas le fait du KGB ni de la Sécurité cubaine.  L’émeute sur le Capitole n’était pas une tentative de coup d’Etat.

On voudrait croire au drame digne de Shakespeare lorsqu’il s’agit d’un jeune président dont on espérait tant; on avait du mal à admettre qu’il avait pu être détruit par la balle d’un garçon perdu qui se voyait en héros d’un système de tyrannie qu’il confondait avec un mouvement d’émancipation qui ne voulait pas de lui. Lui même fut fauché par un type sans conséquence qui se vit acclamé par la nation reconnaissante. 

Et comment serait-il possible que la patrie de la liberté, dont la Constitution est un modèle de sagesse libérale et républicaine, soit mise en danger par des émeutiers ignares et sans autre objectif que de mettre le désordre dans un bâtiment dont ils comprenaient à peine la fonction ? On préfère croire qu’il y eût conspiration, plan élaboré et une suite prévue.  Mais il n’y eût aucune suite, ni dans ce cas ni dans l’autre.  Il y eût, par contre, un boom dans l’industrie complotiste. Ce qui est d’ailleurs normal, les USA étant, en plus du foyer de la liberté et l’arsenal de la démocratie, une grande foire de l’entreprise.  Le complotisme paye : voyez le succès en librairie ou au cinéma des adeptes du genre.

Il n’empêche que jusqu’à une nouvelle découverte sensationnelle, par exemple un document crédible trouvé dans une boite oubliée dans une cave à Moscou ou à la Havane, le meurtrier de John Kennedy a agi seul.  Et si le 6 janvier était vraiment une tentative de coup d’Etat, il faut parler comme de Gaulle pendant la mutinerie du malheureux quarteron : ce qui est sérieux c’est que ce n’est pas sérieux. 

Roger Kaplan

TEXTE JEAN FRANCART en réponse à ROGER KAPLAN 12 JUIN 2024

Dans son texte, Roger Kaplan entreprend de nous délivrer une vision noire des Etats-Unis où les deux candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2024 seraient à renvoyer dos-à-dos pour leur commune nullité supposée. Ce texte, qui se présente comme équilibré, constitue en réalité un plaidoyer caché en faveur de Trump. 

Après nous avoir expliqué que, sur la base des sondages, il retenait la victoire de Trump comme probable, Roger Kaplan ne s’en émeut pas pour autant, et il s’affirme même serein pour l’avenir en faisant confiance « à la bonne étoile dont bénéficient les Etats-Unis ».

Roger Kaplan ne nous dit rien sur l’avenir de la démocratie aux Etats-Unis en cas de victoire de Trump. Il omet délibérément, il est vrai, de mentionner dans sa grande fresque la tentative de coup d’Etat commise par Trump le 6 janvier 2021. Cette tentative (ratée) de coup d’Etat devrait pourtant alerter tous les partisans de la démocratie de ce qu’une victoire de Trump pourrait enclencher un basculement des Etats-Unis dans une dictature. 

Comment penser qu’une fois élu, Trump respecterait les institutions américaines alors qu’il les a déjà violées à deux reprises, en refusant d’admettre le verdict électoral en novembre 2020 puis en tentant en janvier 2021 de se maintenir au pouvoir en dépit du verdict qui lui était défavorable. Et à cet égard, on ne peut que regretter que la Cour Suprême n’ait pas pu statuer sur l’éligibilité de Trump avant l’élection de novembre.

Roger Kaplan ne nous dit rien non plus sur l’impact qu’une victoire de Trump exercerait sur la démocratie dans le monde., A contrario de la vérité, il affirme que, dans son mandat, Biden serait resté passif sur les trois fronts où la démocratie se trouve menacée de l’extérieur : l’Ukraine menacée par la dictature totalitaire de Moscou, Taïwan menacé par la dictature totalitaire de Pékin, Israël menacé par la dictature totalitaire de Téhéran et ses alliés que sont les Frères musulmans et le Hamas. Autant de contre-vérités. 

Biden eut un mal fou à arracher aux Républicains du Congrès le soutien militaire et financier qui était nécessaire à l’Ukraine ; il aura fallu que Mike Johnson, le leader républicain de la Chambre, ait le courage de désobéir à son patron Trump en sorte qu’une fraction des représentants républicains s’associe aux représentants démocrates pour que soient adoptées les mesures de soutien à l’Ukraine. Biden et son allié de circonstances, Mike Johnson réussirent ainsi à débloquer ce que Trump bloquait depuis trop longtemps.

Quant à Taïwan, Biden a entrepris, à la grande fureur de Pékin, toutes sortes de mesures préventives, une des plus efficaces ayant constitué à rétablir face à Pékin une solidarité géopolitique forte entre le Japon, la Corée du sud et les Philippines.

Enfin, au Moyen-Orient, Biden déploie depuis octobre 2023 la seule stratégie possible, celle d’un soutien, conditionnel mais réel, à Israël tout en décourageant (à l’opposé de ce qu’avait fait Trump entre 2016 et 2020) les pulsions bellicistes de Nétanyahou et de ses alliés extrémistes.

Quant à Trump, il annonce à l’avance qu’il abandonnera l’Ukraine à son ami et complice, Poutine. Et son principal financier, John Paulson, se répand en disant qu’en contrepartie de son soutien financier, il a obtenu de Trump la promesse d’abandonner la stratégie de « decoupling » avec la Chine, une stratégie qui s’avère très efficace pour contenir Pékin et que Biden a amorcée avec un certain succès (en matière de semi-conducteurs en particulier). La déclaration Paulson est « un signal faible » du peu d’enthousiasme que Trump mettrait à se confronter à Pékin et à défendre Taïwan en particulier.

On aura compris que, défenseur résolu de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde, c’est une victoire de Biden que j’appelle de mes vœux même si celle-ci paraît actuellement peu accessible.

Jean Francart.

6 Nov 2022


La Règle du Jeu, n° spécial Ukraine et Le Livre noir de Poutine (et éd. Perrin et laffont)

Au Théâtre du Nord-Ouest, à Paris, le 26 octobre, à 18h30, l’équipe de Desk Russie – qui en est à son n° 43 – a organisé un débat sur l’histoire et la culture ukrainienne, à l’occasion de la sortie d’un numéro spécial de la revue trimestrielle La Règle du Jeu, entièrement consacré à l’Ukraine : 500 pages écrites par les meilleurs spécialistes ukrainiens et occidentaux.

Le 3 novembre, à 20h30, Desk Russie propose de se pencher sur la personnalité et le régime de Poutine, à l’occasion de la sortie (programmée pour le 10 novembre) de l’ouvrage collectif Le Livre noir de Poutine, chez Perrin-Laffont.

Nous relaierons prochainement les détails  que Desk Russie communiquera dans les prochains jours sur cette rencontre

H&L

30 Oct 2022