Emmanuel Berl le pacifiste*

Emmanuel Berl, Prise de sang, présentation et biochronologie de Bernard Morlino, postface de Bernard de Fallois, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Le goût des idées », 2020, 250 pages, 13,90 €.

Combattant en 1914, munichois en 1938, comparse de Pierre Drieu la Rochelle avant 1939, apparenté à Marcel Proust et à Henri Bergson, Emmanuel Berl est l’une des figures emblématiques de la vie intellectuelle et littéraire de la France au début du XXe siècle. Sa trajectoire sinueuse, des radicaux et du Front populaire à la réécriture de deux discours de Philippe Pétain, reflète les crispations de l’époque. Essai au style enlevé, Prise de sang est l’examen de conscience d’un juif diasporique, pacifiste non repenti, qui tente de comprendre la réticence des Français devant la guerre et le progrès industriel, qui débouche sur l’écroulement face à l’Allemagne et sur l’Occupation. Dans ce livre, Berl rabroue Mauriac et Kessel pour leurs dérives antisémites, pardonne à Drieu son ralliement à Vichy, parcourt l’histoire diplomatique de l’Europe. Français avant d’être juif, il se sent trahi par cette France qu’il chérit tant et qui, sous le joug du Maréchal, l’a expulsé de la communauté nationale au motif qu’il était juif. Il déplore la tolérance de son pays vis-à-vis de l’antisémitisme, mais n’en réaffirme pas moins sa flamme à la France. Patriote plutôt que nationaliste, Berl se convertit au sionisme en 1946, à cinquante-quatre ans.

Philippe Boulanger

* Auteur de Jean-François Revel. La démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle (Les Belles Lettres, 2014).

(crédit photo : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/17/45_cahiers_vert_1957.jpg)

27 Sep 2021


Zemmour : retour au vieux modèle assimilationniste catholique

L’un des  grands défis posés à notre société est de réussir l’intégration des populations porteuses d’une culture musulmane incompatible avec la nôtre sur certains points fondamentaux bien identifiés : l’égalité de droit hommes/femmes, le statut des Juifs, liberté de conscience et de critique, notamment.

Défi difficile qui doit pourtant être relevé : nous n’avons pas d’autre horizon désirable et possible que cette intégration des musulmans de France, ce qui suppose admis par tous le rejet de l’islamisme politique, et cela dès l’école.

La manière dont Eric Zemmour propose de relever ce défi est pour le moins inquiétante, d’autant plus qu’elle rencontre un certain succès auprès d’une partie de la population. Disant tout haut ce que des millions de Français disent en général tout bas, Zemmour affirme en effet qu’il faut tout simplement stopper l’immigration et tout particulièrement celle des musulmans qui menacent notre sécurité et imposent, dans certaines villes et certains quartiers, un mode de vie qui fait que beaucoup de Français ne se sentent plus chez eux.

Regardons de plus près les arguments qu’il donne. Sans doute est-il contre l’immigration au nom de la sécurité, et l’on se souviendra (il aura pour cela un procès dans quelques mois) de sa sortie pour le moins téméraire sur Cnews, affirmant que les jeunes immigrés mineurs étaient « tous » des délinquants, des criminels, etc.

Mais là n’est pas son argument majeur. Son argument majeur est d’ordre identitaire. La question de la sécurité, bien qu’agitée lors d’interviews, est secondaire et ne se poserait même pas selon lui si l’on cherchait à préserver notre identité nationale. Des ripostes adéquates à la délinquance et à la criminalité seraient en effet mises en place, alors qu’aujourd’hui tout un climat de tolérance, encouragée par l’Union européenne, les rend difficiles à appliquer.

Notre identité, telle est donc la question centrale, une identité menacée par le phénomène migratoire, quelles que soient les déclarations des immigrés en faveur du respect des lois de la République française. Zemmour « sait », lui, ce que cachent ces protestations lénifiantes. Lui sait qu’existe un « inconscient collectif » et que cet « inconscient collectif « dirige » (JDD 19/9/21) les immigrés – soyons plus précis : les « populations musulmanes ». Et l’essence de cet inconscient collectif « est (= exprime la volonté de) « coloniser l’ancien colonisateur et de dominer l’infidèle au nom d’Allah ».(id.)

On voit bien quelques éléments qui alimentent cette hypothèse, comme le djihadisme exerçant ses ravages jusqu’en France. Mais reste à prouver que les actions djihadistes reflètent une volonté musulmane collective ou même qu’elles y trouvent une forme de complaisance. Les problèmes posés à la démocratie par l’islam et pas seulement l’islamisme politique ne sont pas acceptables par une démocratie libérale : le statut des femmes, l’image des Juifs, le refus de l’apostasie, etc. Et à ces problèmes, il faut trouver une solution même s’ils ne donnent pas consistance à un « inconscient collectif » qui ferait des musulmans de France une véritable 5e colonne.

Autre pôle de la confrontation à examiner : l’identité française à laquelle se heurterait cet « inconscient collectif » et qui serait menacée dans son existence même. Mais qu’entend Eric Zemmour par « identité française »? Pour lui, cette identité repose sur un socle constitutif éternel, celui du christianisme et plus précisément du catholicisme, d’un pouvoir autoritaire du type qu’exerçait Clovis, et d’une terre, le domaine royal.

Ce qui vient ensuite au cours de l’histoire, ou qui existe même déjà en marge, est secondaire, accidentel à ses yeux. Ni les Juifs, ni les protestants, ni les futurs immigrés italiens, espagnols, portugais, belges, etc. ne comptent dans la définition de ce socle déjà constitué depuis longtemps quand ils arrivent. L’identité n’est pas pour lui quelque chose qui se forge peu à peu au fil du temps, lestée des données du passé mais aussi des projets d’avenir comme pouvait l’écrire le poète espagnol Antonio Machado : « La patrie, ce n’est pas le sol que l’on foule mais le sol qu’on laboure »… Aux yeux d’Eric Zemmour au contraire, la France ne se constitue pas progressivement sur le temps long, par ce qu’a été le pays des Francs d’Occident puis par les projets de ses dirigeants, leurs réalisations réussies ou manquées : pour lui, un moment surgit où, en une certaine coalescence du pouvoir autoritaire, du catholicisme et d’un lieu, l’essence française se constitue. Pour ceux qui voudront ensuite, dans les siècles qui suivront, s’associer à cette réalité collective, il sera nécessaire de s’assimiler à cette essence immuable même si, comme tout un chacun, ils viennent chargés d’une autre histoire, d’une autre culture, d’une autre religion. Lui-même issu de parents juifs, Eric Zemmour soutient qu’il n’a pu s’assimiler entièrement qu’en abandonnant sa propre identité d’origine et en se définissant désormais comme « Français israélite », reprenant ainsi les termes présents dans le décret Crémieux qui attribua d’office en 1870 la citoyenneté française aux « Israélites indigènes » d’Algérie.

La négation, pour définir la France, de tout ce qui vient du dehors, entraîne donc pour tout nouveau venu cette opération volontariste – et à vrai dire magique car on n’efface jamais son passé quelle que soit l’envie qu’on en a – de suppression de tout ce qu’on fut hors du socle identitaire français. Et en conséquence, il n’est pas d’histoire individuelle d’immigrant qui ne se ramène au choix entre une totale fusion ou un total rejet. D’où la proposition de Zemmour d’interdire aux Français de donner un prénom connoté musulman, tout en acceptant, au nom du socle chrétien de la Nation française, les prénoms venus des Évangiles, sans se rendre compte qu’ainsi il abolit la laïcité de l’État, ou peut-être même en s’en rendant compte avec indifférence : la « neutralité » et la protection de l’exercice des cultes qui reviennent à l’État sont des prérogatives acquises tardivement, bien après le soi-disant « big bang » catholique originel constitutif de la France.

Voilà qui suppose de sa part une conception de la France – et d’ailleurs de tout autre ensemble politique – comme devant être intégralement homogène et même monolithique. Eric Zemmour veut faire retour au modèle de Louis XIV révoquant d’Edit de Nantes.; au modèle du roi d’Angleterre Edouard 1er Plantagenet en 1290 expulsant tous les Juifs; comme le fera aussi en Espagne Isabelle la Catholique ( poussant peut-être dehors les ancêtres de Zemmour) en 1492. Zemmour a beau faire la une de presque tous les journaux comme s’il apportait quelque chose de nouveau : son modèle de société se situe dans un courant nationaliste-catholique xénophobe et illibéral bien connu.

Ces propositions du candidat Zemmour, il faut le dire haut et fort, sont des propositions dangereuses car si le choix qu’on laisse aux millions de Français qui sont plus ou moins de culture musulmane est « l’assimilation intégrale ou l’expulsion », ce programme provoquera des tensions gravissimes.

La gravité de ces perspectives rend presque anecdotique la surprise qu’on peut éprouver devant la posture de Zemmour. Car avec Alain Minc, on peut s’interroger : « Quel inconscient profond, quelles motivations propres à alimenter, à elles seules, une nouvelle saison d’En thérapie, l’ont poussé à s’inventer ce rôle : ressusciter Maurras, essayer d’exercer la même attraction magnétique que l’auteur de Kiel et Tanger sur la droite, la droite extrême, l’extrême droite ? » 

Surprenant mais vrai : Eric Zemmour se fait le chantre de la Révolution nationale qui triompha en Espagne, en 1939 et en France en 1940 et qui, sans doute dans des formes plus acceptables, s’est imposée de nos jours en Hongrie et en Pologne.

La France d’aujourd’hui, en tant que société ouverte, chargée d’histoire, doit favoriser l’intégration de ses citoyens de différentes origines à la culture française, à ses principes, à ses valeurs et à son mode de vie sans pour autant les obliger à nier leur passé.

Il n’a pas été interdit à Charles Aznavour, qui chantait dans la langue de Molière, d’être en même temps ambassadeur de l’Arménie à l’Unesco, ni à Joséphine Baker de chanter en français qu’elle avait deux amours, son pays et Paris, ni aux Français juifs qui ne se disent plus israélites, de se sentir intégralement et simultanément Juifs et Français.

André Senik

Pierre Rigoulot

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89ric_Zemmour_2021.png)

Charles Zemmour et Eric Maurras

A la suite de la publication sur notre blog de notre texte dénonçant le modèle monarcho-catholique des positions d’Eric Zemmour, André Senik a retrouvé un article signé dans Libération par Laurent Joffrin, intitulé « Charles Zemmour et Eric Maurras » datant de trois ans !!!, très exactement le 16 octobre 2018. Son statut de document ancien d’un grand intérêt nous autorise, espérons-le à la soumettre à la réflexion de nos lecteurs.

H&L

Cette fois la pensée de droite a franchi la ligne rouge. On le pressentait depuis que l’obsession de l’identité – que certains, hélas, encouragent à l’extrême gauche – a conduit au procès oblique de «l’idéologie des droits humains». Avec Zemmour c’est chose faite. Son Destin Français, dernier opus du publiciste favori de l’extrême droite, ne livre qu’un seul message : les libertés publiques sont désormais un obstacle au salut de la nation. Une phrase résume le livre (p. 191) : «Ignorant les leçons du passé et oubliant les vertus de son histoire, la France saborde son état au nom des droits de l’homme et l’unité de son peuple au nom de l’universalisme.» La liberté : voilà l’ennemie.

Après une introduction personnelle, plutôt bien troussée, Zemmour livre un essai chronologique, de Clovis à nos jours. Le livre se présente comme une contre-histoire qui dégonfle les mythes officiels – ce qui se conçoit. Il déterre en fait l’histoire monarchiste nationaliste telle qu’elle fut diffusée par Maurras, Bainville et quelques autres entre les deux guerres. Une histoire cursive, soigneusement écrite, mais une histoire à œillères, outrageusement partisane.

Pour Zemmour, l’histoire de France commence avec Clovis. Choix significatif. Bien sûr, le roi franc a étendu par la guerre son petit fief de Belgique à un territoire qui évoque l’actuel hexagone, il a choisi Paris pour capitale et, surtout, il s’est converti au christianisme. Pour le reste, le choix est arbitraire : Clovis n’a rien de français (il s’appelle Chlodowig et parle une langue à consonance germanique) et n’a aucunement l’idée d’un pays qui pourrait s’appeler la France. A sa mort, son royaume se désunit et il faut attendre deux siècles pour que Charles Martel reconstitue une entité hexagonale, elle-même englobée dans l’empire de Charlemagne – Karl der Grosse pour les Allemands, qui le revendiquent tout autant – puis de nouveau divisée après le traité de Verdun de 843. A vrai dire, les historiens s’accordent pour dater de Bouvines, ou de la guerre de Cent Ans, l’apparition d’un royaume qui annonce la future France, avec un début de sentiment patriotique. Le choix de Clovis n’a qu’une seule origine : la volonté de célébrer «les racines chrétiennes» du pays.

Tout est à l’avenant : on met en scène un peuple catholique par nature patriote, opposé à des élites cosmopolites. Jeanne d’Arc mobilise le camp armagnac, plus conservateur, contre les Bourguignons alliés aux Anglais, pourtant tout aussi «français» que leurs adversaires. Louis XIII et Richelieu ont cent fois raison de réprimer les protestants, accusés de séparatisme ; Catherine de Médicis tente la réconciliation pendant les guerres de religion, mais bascule du côté des catholiques avec la Saint-Barthélémy que Zemmour justifie à mots couverts pour approuver ensuite l’instauration de l’absolutisme – éloge ému de Bossuet -, régime régressif qui a pour seul mérite d’unifier la future nation. Louis XIV, autre héros zemmourien, expulse les protestants, œuvre pie. Il a pourtant ruiné son peuple et mené des guerres incessantes et vaines. Pas un mot sur le Code noir et l’essor de l’esclavage organisé par Colbert au nom du Roi-Soleil. Les Lumières inoculent à la vieille France l’illusion universaliste qui corrompt l’identité française. Le chapitre sur Voltaire (qui avait certes des défauts) n’est qu’une démolition systématique ressuscitant le vieux réquisitoire réactionnaire contre le philosophe et son «hideux sourire». Robespierre bénéficie d’un éloge paradoxal pour avoir incarné une République impérieuse et nationale. Sans craindre la contradiction, Zemmour porte aux nues l’insurrection vendéenne (classique de la littérature monarchiste) alors qu’elle fut massacrée sans retenue sous l’égide du même Robespierre. Bonaparte est célébré pour avoir mis fin à la Révolution et étendu sur l’Europe une tyrannie dont Zemmour passe sous silence les tares les plus évidentes. Les Anglais puis les Américains sont fustigés comme agents de la mondialisation sans âme. Le Front populaire disparaît, comme sont effacées du récit les conquêtes du mouvement ouvrier. Pétain est réévalué (réhabilité ?) parce qu’il a opposé aux Allemands son «bouclier» complémentaire du «glaive» de la France libre, vieille thèse maréchaliste qui revient à jeter aux orties le travail des historiens contemporains. La théorie du «bouclier» s’effondre d’elle-même quand on remarque que Pétain a poursuivi la collaboration jusqu’au bout pour finir à Sigmaringen après avoir prêté la main à la déportation des Juifs. Drôle de bouclier… Bref, Zemmour ressuscite la vieille histoire maurrassienne, autoritaire, traditionaliste et antisémite, se contentant de remplacer la haine des Juifs par la dénonciation de l’islam. Le livre s’appelle Destin français. Il y avait un meilleur titre : «Action française».

23 Sep 2021


La France à la croisée des chemins?

Selon Eric Zemmour la France serait à la croisée des chemins.

Cette métaphore routière peut servir.

Ce prophète prédit que la France va droit dans le mur puis dans un précipice si elle continue dans la même voie.

Le salut qu’il annonce ne se trouve pas dans une autre direction, qui serait à adopter à la croisée de deux chemins.

Le salut qu’il annonce c’est la marche arrière toute, après qu’on aura fait descendre tous les intrus et qu’on aura fermé toutes les fenêtres ouvertes sur l’extérieur.

Son projet est le retour à la France d’hier, à la fille ainée de l’Église catholique, de race blanche, d’avant l’évolution des moeurs et des mentalités qui ont fait tant de mal à la France, comme aurait pu dire le maréchal Pétain.

D’ailleurs, l’indulgence pour le maréchal Pétain de Vichy qui est affichée d’une façon provocatrice par Zemmour, s’explique sans doute par son refus de la repentance, par son adhésion totale au principe de la préférence nationale, mais aussi par son accord avec l’idée d’une révolution nationale anti-progressiste sur toute la ligne, en rupture consommée avec l’idéal républicain et universaliste.

Si on cherche ses répondants dans le monde actuel, on pourra ranger Éric Zemmour dans le même camp que les catho-nationalistes illibéraux, aux côtés de Viktor Orban et de Mateusz Morawiecki.

Mais si on cherche dans le passé la grande figure historique dont il est le fils spirituel, le mieux est de sortir le portrait d’Isabelle la catholique.

C’est elle qui, au nom de la pureté nationale-catholique de l’Espagne, en a expulsé les Juifs et les musulmans, y compris ceux qui feignaient de se convertir au catholicisme, mais qui ne s’assimilaient pas complètement, puisqu’ils demeuraient secrètement juifs ou musulmans.

Éric Zemmour, qui est un Juif séfarade, reprend à son compte la politique de purification ethnico-catholique dont ses ancêtres ont peut-être été victimes.

Pour montrer patte blanche et race blanche, il en rajoute des tonnes dans la défense d’une francité si purifiée qu’il ne pourrait pas en faire partie.

Par André Senik

Crédit image : https://www.flickr.com/photos/styeb/4664313377

9 Sep 2021


 L’assassinat d’un prêtre: est-ce la faute à l’État de droit?

« Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne« .  L’assassinat du prêtre catholique Olivier Maire par un catholique rwandais qu’il accueillait et protégeait en toute connaissance de la dangerosité de son protégé, et donc des risques qu’il courait à le mettre hors d’atteinte de la justice des hommes, fait penser à cette première phrase des Misérables.

Cet assassinat a d’abord été spontanément rapproché des crimes commis par des islamistes rendus plus ou moins déments par l’islamisme.

Ce rapprochement spontané était sans doute psychologiquement normal, mais il s’est avéré rationnellement et politiquement infondé, car l’assassin ne fait pas partie de l’immigration musulmane. Pour la même raison, incriminer la non-reconduite à la frontière des immigrés illégaux était totalement hors sujet.

Tous ceux qui ont crié trop tôt contre l’exécutif ont perdu là une occasion d’y réfléchir à deux fois avant de prendre une position publique.

La seule question qui s’imposait en cette occurrence tragique était « qu’est-ce que la justice aurait dû faire de cette personne psychiatriquement dangereuse, et plus généralement de toute personne psychiatriquement dangereuse qui est présente sur notre sol, qu’elle soit française ou étrangère, et qui n’a sa place ni dans l’espace public, ni dans un tribunal ni en prison ? »

Nous avons besoin d’établissements qui soient à la fois dispensateurs de soins respectueux de la personne de l’interné d’office, et responsables de la mise hors d’état de nuire de personnes dangereuses pour la société.

Ni les abus monstrueux commis dans les hôpitaux psychiatriques par les régimes totalitaires contre leurs opposants, ni les cas de maltraitance dont ont – peut-être – souffert des personnalités comme Antonin Arthaud, ne doivent pas empêcher les sociétés démocratiques de soigner les personnes qui sont psychiatriquement dangereuses et de les empêcher de nuire.

Il nous faut tourner la page du romantisme anti-psychiatrique qui revenait à nier la pathologie mentale.

Les protestations populistes contre les règles du droit qui ont suspendu la mesure d’expulsion du territoire ont visé prioritairement l’Union européenne, puis l’État de droit, tous deux accusés de priver le peuple français de son pouvoir souverain.

Le droit européen n’émane pas d’une puissance étrangère à laquelle nous serions soumis sans notre aval. Les pays membres sont des associés volontaires qui se plient aux règles communes qu’ils se sont données.

Quant au règne du droit, que les populistes et les autocrates prétendant opposer à la souveraineté des peuples, sa première raison d’être est qu’un peuple n’est pas une personne homogène ayant une seule volonté et un seul intérêt. Le droit a pour mission première de soumettre les conflits existants à l’intérieur du peuple à des règles communes s’appliquant également à tous.

André Senik

(crédit photo : PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Anthony Billaud  https://www.leparisien.fr/faits-divers/meurtre-du-pere-olivier-maire-en-vendee-un-suspect-au-parcours-chaotique-09-08-2021-ZCZYDQSKZZAHJP2KAVJUF77FKM.php)

13 Août 2021


6 Août 2021

Le Monde Diplomatique et le Parti Communiste Chinois

Chose étrange, le Monde Diplomatique, qui s’exprime très volontiers sur la plupart des pays de la planète, s’exprime très peu souvent sur la Chine (pourtant le plus grand pays de la planète par sa population et par son PIB depuis 2014). Le Monde Diplomatique lui-même reconnaît avoir publié seulement cinq articles importants à ce sujet depuis 1999.

Un tel comportement d’abstention n’est sans doute pas fortuit. La Rédaction du Monde Diplomatique n’est pas à l’aise dès lors qu’il s’agit de reprocher publiquement au Parti Communiste Chinois ses exactions dans de multiples domaines. C’est sans doute son antiaméricanisme, bien connu et presqu’obsessionnel, qui l’amène à évoquer le moins possible le Parti Communiste Chinois, en sorte de ne pas avoir à lui adresser de reproches.

Néanmoins, le Monde Diplomatique ne pouvait pas laisser passer le centenaire du Parti Communiste Chinois sans en prononcer le bilan qu’il retirait. On trouve en tout cas dans son numéro daté de juillet 2021 un grand article qui en tient lieu et qui est intitulé : « De Mao Zedong à Xi Jinping, un parti pour le renouveau national ». C’est un professeur de Sciences Po, Monsieur Jean-Louis Rocca, que le Monde diplomatique a chargé de l’exercice.

Compte tenu de ce que le Parti Communiste Chinois a défrayé l’actualité internationale par ses multiples exactions, on se serait attendu à ce que son bilan soit établi au regard de sa contribution (positive ou négative) aux droits de l’homme en Chine au cours des 100 années qui ont séparé 1921 et 2021 avec un accent particulier sur les 72 années (1949 à 2021) au cours desquelles le Parti a exercé sans interruption, le pouvoir – tous les pouvoirs.

Point du tout. Monsieur Rocca a délibérément choisi de juger le Parti Communiste Chinois au seul regard de sa fidélité à ses origines et en particulier au marxisme-léninisme qui était, initialement en tout cas, sa doctrine de référence. Monsieur Rocca nous déroule ainsi les quelques contorsions du Parti à l’égard de sa doctrine : dans sa période d’opposition, celui-ci, conformément à sa doctrine, s’adresse initialement aux ouvriers (alors très peu nombreux, trop peu nombreux à son goût) puis il s’en détourne pour cibler sans succès les paysans pauvres ; dans sa période au pouvoir, le Parti, à partir de 1978, effectue de nouveaux virages en accueillant dans ses rangs beaucoup de diplômés et même de chefs d’entreprise et surtout en basculant du collectivisme au capitalisme.

Chose incroyable, dans son rappel historique, Monsieur Rocca se dispense de rappeler que c’est par un coup de force militaire que le Parti Communiste Chinois s’est emparé du pouvoir en 1949 et s’est imposé immédiatement comme Le Parti Unique.

Mais Monsieur Rocca a sans doute conçu son article pour ne jamais avoir à recourir aux mots qui fâcheraient Pékin.

Jamais dans l’article, le régime que le Parti impose à la population chinoise n’est caractérisé comme totalitaire.

Jamais dans cet article, il n’est procédé non plus à une énumération, même embryonnaire, des très graves exactions que ce régime a commises. Ainsi ne sont mentionnées :

  • Ni les victimes de la grande famine que Mao imposa aux paysans (comme avant lui Staline aux paysans russes et surtout ukrainiens) ;
  • Ni les persécutions à grande échelle infligées pendant la Révolution Culturelle à certaines catégories sociales (aux intellectuels en particulier);
  • Ni l’imposition de la politique de l’Enfant Unique (pour les habitants des zones urbaines) ;
  • Ni le chômage imposé brutalement (après 1978) par le Parti aux populations des provinces intérieures assorti d’une interdiction pour elles de migrer vers les provinces côtières en sorte que se constitue, de 1978 à aujourd’hui, une population de 288 millions de mingong (qui représentent un tiers environ de la population en âge de travailler et qui constituent un segment totalement séparé du reste de la population chinoise) qui sont, pour la plupart, des ouvriers d’usine sans aucune défense sociale surexploités par les entreprises manufacturières de la zone côtière ;
  • Ni la répression brutale et sanglante d’un immense mouvement populaire qui avait pris le risque immense de sortir dans la rue pour réclamer la démocratie (Tian An Men, juin 1989) ;
  • Ni l’emprisonnement soudain (sans motif annoncé, sans procès ni recours) assorti de tortures (physiques et mentales) pour de très nombreux militants prodémocratie ou même pour des citoyens que le Parti juge non conformes à ses normes ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, (principalement entre 1949 et 1969) de la minorité tibétaine (minorité à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ;
  • Ni l’introduction de la reconnaissance faciale généralisée et l’institution du score social qui introduit un système de punitions automatiques pour les Chinois qui dévient des normes de conformité imposées par le Parti ;
  • Ni l’abolition unilatérale (juin 2020) par Pékin du traité anglo-chinois qui instituait, de 1997 à 2047, un minimum de vie démocratique pour les habitants de Hong Kong ni la répression sévère qui s’abat sur les nombreux militants qui, avec le soutien quasi-unanime de la population, cherchent à résister à cette décision ;
  • Ni la répression, atroce et sanglante, au Sinkiang, principalement depuis 2014, de la minorité ouïghoure (à la fois ethnique, linguistique et religieuse) ; dans ce dernier cas d’ailleurs, le Parti Communiste Chinois se défend de l’accusation de génocide qui est portée contre lui, en invoquant, très spécieusement, que le nombre officiel des victimes décédées reste limité et en omettant, délibérément, de prendre en compte les très nombreuses victimes qui ne survivent que très difficilement après qu’il leur ait fait subir un emprisonnement et un travail forcé accompagnés de tortures physiques et mentales, ou encore de viols ou de stérilisations forcées.

Encore une fois, il est proprement inadmissible de tirer le bilan de 100 ans d’existence du Parti Communiste Chinois sans porter à son passif une telle énumération de forfaits horribles. Imagine-t-on tirer le bilan du Parti Nazi sans porter à son passif le génocide des Juifs et des Tziganes ?

A dire vrai, Monsieur Rocca a choisi de s’adresser à ceux qui sont restés marxistes-léninistes (ou à ceux qui n’ont pas complètement coupé le cordon ombilical avec lui). Ce qui en réalité l’intéresse, c’est de démontrer et de conclure que le Parti Communiste Chinois est resté fidèle à sa vocation : « Loin d’avoir trahi, le Parti Communiste Chinois reste fidèle à deux principes ».

Et qu’importe si cette vocation l’a amené à devenir un Léviathan toujours plus monstrueux et toujours plus menaçant, pour sa population comme pour le reste du monde.

Laissons Monsieur Rocca à sa démarche beaucoup trop particulière. Relevons quand même qu’en choisissant la plume de Monsieur Rocca pour rendre compte du centenaire du Parti Communiste Chinois, le Monde Diplomatique, une fois encore, montre qu’il préfère défendre le marxisme-léninisme (en dépit même de ce qu’il a toujours mené au totalitarisme) plutôt que de défendre les droits de l’homme, les libertés et la démocratie libérale.

Dominique Duel

(crédit photo : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:FF_Yoga_(4197323321).jpg)

Réponses

Il n’est pas surprenant que Le Monde diplo publie un article qui préfère passer sous silence les crimes du communisme chinois. Ce qui est inquiétant, Dominique Duel c’est que, comme vous le précisez, l’auteur de l’article est professeur a Sciences Po. Cela donne une idée de l’impartialité et du sérieux des recherches qu’il doit mener et des cours qu’il doit donner a ses élèves de Sciences Po.

Le Monde diplomatique, fondé par Hubert Beuve-Mery, était destiné à ses débuts aux cercles diplomatiques et aux grandes organisations internationales. Tout change lorsque Claude Julien prend la direction du journal; c’est l’époque ou j’ai cessé de le lire. Tout comme j’ai arrêté de lire Le Monde de Jacques Fauvet lorsqu’ils ont titré en première page  » Saigon libérée » en 1974. Jacques Fauvet avait reconnu du bout des lèvres, sur le plateau de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, que  » c’était une erreur ».

Quant au Monde diplo, après sa tendance altermondialiste (Bernard Cassen) il représente maintenant le courant de la gauche radicale, la gauche de la gauche comme l’explique un article du Monde du 14/02/2017. Cet article fait l’apologie du Monde diplo qui, selon la journaliste du Monde, « dénonce les partis pris et les conformismes ». Ignacio Ramonet a été membre du journal dirigé maintenant par Serge Halimi. On voit donc les partis pris…Il est ironique de voir sur son site internet que Le Monde diplo se présente comme « un mensuel critique d’informations et d’analyse » (sous-entendant une seule critique : la critique marxiste-léniniste pour analyser le monde comme il va).

Jacques Carbou

Merci à Monsieur Carbou pour son commentaire que je partage largement. Comme lui, je n’ai pas été surpris par le fait que, une fois encore, Le Monde Diplo manifeste de la complaisance à l’égard du Parti Communiste Chinois.

Ce qui m’a surpris, c’est jusqu’où Le Monde Diplo ose aller. Faire un bilan positif du PCC sans même commencer à lister les exactions et les crimes dont il est responsable, c’est proprement ahurissant. Rappelons nous que, lorsque le PCF était sous la coupe du PCUS (PC de l’Union Soviétique), Georges Marchais, commençait par reconnaître quelques passifs de l’URSS même s’il finissait par conclure à « un bilan globalement positif de l’URSS ». Monsieur Rocca n’a même pas les scrupules qu’avait encore Georges Marchais. Encore une fois, serait-il admissible que quelqu’un fasse le bilan du Parti Nazi en passant sous silence le génocide contre les Juifs et le génocide contre les Tziganes ?

La représentante de la communauté ouighoure en France a raison lorsqu’à la télévision, elle dit que, selon la définition retenue par l’ONU, le Parti Communiste Chinois commet un génocide culturel au Sinkiang. Et ce génocide culturel succède à celui commis au Tibet. A quoi il faut ajouter une troisième persécution religieuse, celle commise par le PCC contre les membres de la religion Falun Gong (environ 95 millions de personnes avant que le PCC n’entame sa persécution contre elle). Ce sont en réalité toutes les religions qui sont menacées d’être persécutées par le PCC en Chine.

Dans sa volonté de domination, le PCC ne supporte pas le maintien des religions parce qu’elles pourraient devenir la source d’un contrepouvoir. Dans sa volonté de rendre homogène, uniforme et conforme la population chinoise, le PCC a inventé récemment « le score social » ; manifestement, la persécution de toutes les religions est aux yeux du PCC, le complément indispensable à construire »l’homme nouveau » au service du PCC et de ses objectifs.

Dominique Duel


8 Août 2021


Inconditionnelle, la liberté individuelle?

À en croire les analyses et les commentaires impartiaux, le mouvement anti passe sanitaire, dont la fronde recueille la sympathie de 35% des Français, aurait pour seul thème de ralliement « la défense de la liberté ».

Ce phénomène est aussi inédit que paradoxal.

C’est la toute première fois qu’une démocratie libérale est attaquée par une révolte de cette ampleur au nom de son propre principe premier :  la défense de la liberté individuelle.`

À moins que l’esprit libéral-libertaire du mois de Mai 68 n’en constitue un précédent.

Ce serait alors le cas de renverser cul par-dessus tête la formule de Marx toujours citée « « Tous les grands événements et personnages de l’histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois… la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide… »

Tandis que Mai 68 fut une fête juvénile et joyeuse qui décorseta les moeurs et les mentalités de la société française, le refus de la vaccination voulue par l’association de État et de la médecine est une farce attristante, dans laquelle le mot d’ordre de la liberté individuelle inconditionnelle sert à se barricader contre la protection de la vie des personnes, et contre la connaissance rationnelle.

Explicitons le contenu de cette liberté individuelle inconditionnelle.

On trouve à son premier niveau : « ma liberté de conscience me donne le droit de ne pas croire à ce que les autorités me disent sur le virus, sa dangerosité et les mesures qu’il impose. »

La liberté de croyance est en effet un droit sans limites. Nul n’est tenu d’adhérer à des idées quelles qu’elles soient et quelles que soient les autorités politiques ou scientifiques qui les profèrent.

À son second niveau, le principe d’une liberté individuelle inconditionnelle et illimitée peut s’appuyer sur le droit pour chacun de disposer librement de son corps. Le philosophe Thomas Hobbes a ainsi désigné et justifié le seul droit pour l’individu de résister à l’autorité d’un État légitime : ce « right to resist » renvoie à la liberté naturelle que possède chacun de tout mettre en œuvre pour se conserver en vie quand il s’estime menacé, y compris par l’État légitime. »

Les adversaires en révolte contre le passe-sanitaire et plus encore contre la perspective d’une vaccination obligatoire imposée à toute personne vivant au contact d’autres personnes semblent présenter une argumentation sans faille et conforme aux fondements d’une démocratie libérale.

« J’ai le droit de penser que les autorités se trompent quand elles prétendent vacciner mon corps pour mon bien. De cela, j’en suis seul juge comme cela est inscrit dans la loi Kouchner de 2002 qui pose le principe du consentement libre et éclairé du patient aux actes et traitements qui lui sont proposés. »

Que répondre à cet argumentaire apparemment irréfutable, sans porter atteinte au caractère libéral de notre démocratie?

Que la liberté de conscience individuelle peut être préservée à condition qu’elle ne soit pas présentée comme rendant illégitime toute connaissance rationnellement établie et collectivement acceptée. Chaque individu a le droit de croire que le soleil tourne autour de la terre et que Darwin a tort de raconter une autre histoire que le récit biblique de la Création du monde, mais, sur ces sujets, l’École de la République impose à tous ses élèves d’acquérir les connaissances qui sont objectivement établies par les sciences.

Une démocratie faite d’opinions individuelles, qui ne pourrait pas se référer à une démarche rationnelle faisant autorité, ferait éclater la société en mille morceaux ingouvernables.

La liberté d’opinion individuelle concerne la pensée des individus et des groupes particuliers sans leur donner le droit et l’autorité d’invalider l’autorité des connaissances qui ont été objectivement et rationnellement établies et qui font consensus parmi les compétents.

S’il est scientifiquement démontré et prouvé que dans l’histoire de l’humanité les vaccins ont sauvé des centaines de millions de vies humaines, et que les vaccins actuels sont notre seul rempart, la liberté de croyance ne peut pas paralyser le bras de l’État et de la médecine.

Quant à libre disposition par chacun de son corps, et dont chacun est seul juge, il en va comme de la liberté de conscience: cette liberté n’est illimitée que dans la mesure où elle n’affecte pas autrui. Je ne suis pas en droit de me comporter en véhicule de l’épidémie mettent les autres en danger.

Si je suis en droit de refuser une transfusion sanguine qui sauverait ma vie, je ne suis pas en droit de refuser une mesure qui protège la vie d’autrui.

Quant à l’ultime droit de résister à l’autorité légitime de l’État, selon Hobbes, il ne s’applique qu’au cas où je protège ma vie du risque de mort. Or la vaccination qui protège ma vie ne tombe pas sous cette exception à la règle, tout au contraire.

Finalement, les défenseurs de la liberté individuelle illimitée feignent d’ignorer que ma liberté n’est illimitée que quand elle ne concerne que ma personne. C’est la liberté naturelle de l’individu solitaire et asocial.

Un individu qui ne doit rien à personne et auquel personne ne doit rien, à commencer par des soins médicaux.

André Senik

(crédit photo : Manifestation anti-pass sanitaire | Samedi 17 juillet 2021 | Flickr)

Réponses

Cher André Senik, la révolte qui se manifeste depuis les trois derniers samedi, un peu partout en France (Samedi dernier, ils étaient plus de 200.000 dans les rues) contre le pass-sanitaire, ne se réduit pas à une demande de liberté inconditionnelle. D’ailleurs, est-il question de liberté inconditionnelle? Je vois plus derrière ces mouvements une exaspération devant la surveillance généralisée qui se met en place en France et les restrictions de liberté – de sortir, d’aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, aux concerts, etc.- que nous subissons depuis mars 2019. Derrière ces manifestations, on peut voir aussi un ras-le-bol contre la classe politico-médiatique qui nous raconte tout et son contraire – quand elle ne nous ment pas- au sujet du masque inutile au début de la pandémie puis devenu obligatoire; au sujet du vaccin qui nous protège mais ne rend pas le masque inutile etc.
Autant de mesures qui semblent dérisoires voire inutiles si l’on se réfère aux taux de mortalité enregistrés en baisse depuis plusieurs mois au point que Salomon ne vient plus annoncer au pays chaque soir le nombre de contaminés, de personnes en réanimation et de morts. En revanche, le ministre Veran s’était engagé, au mois de juin 2020, à fournir 5,000 lits supplémentaires pour les services de réanimation; il semble que les hôpitaux publics ne les ont toujours pas vus arriver. Les hôpitaux et cliniques privées avaient proposé des lits. Le Ministère n’en a pas tenu compte, estimant probablement que seul l’hôpital public allait faire face à la pandémie.
Enfin, le pass sanitaire est obligatoire mais M. Ferrand, président de la chambre des députés, a déclaré que les députés, au Palais Bourbon, ne seraient pas soumis au contrôle du vaccin. Ils continueront de bénéficier, comme les sénateurs de leurs restaurants où l’on ne vérifiera pas leur attestation. Certains « sont plus égaux que d’autres ».
Jacques Carbou

Cher Jacques Carbou,

J’ai prétendu montrer que la liberté qui est présentée comme la valeur commune à tous les manifestants n’existait pas car nous n’avons pas la liberté de ne pas porter assistance à personne en danger.
Vous m’objectez que la véritable motivation de ce mouvement est l’hostilité justifiée à ceux qui gouvernent.
Je suis d’accord avec vous pour estimer que la liberté n’est qu’un prétexte à la manifestation d’hostilité a l’égard du pouvoir en place.
Vous énumérez les reproches qui lui sont adressés en France ; mais on constate des mouvements de fronde similaires dans d’autres pays démocratiques.
J’en conclus qu’en démocratie le pouvoir d’Etat doit parfois imposer des mesures urgentes qui cristallisent les rejets systématiques d’une partie de la société à son encontre. La démocratie libérale est un régime structurellement fragile.
Bien à vous

André Senik

Je voulais laisser la priorité des réponses aux objections qui lui étaient adressées à André lui-même. Maintenant qu’il a réagi, je voudrais ajouter mon grain de sel.

D’abord, c’est un fait difficile à nier, bien que notre ami Jacques Carbou se refuse à le reconnaître : il est surtout question de liberté individuelle dans la bouche des manifestants. Liberté (individuelle) chérie contre dictature sanitaire, tel est leur thème central et récurrent. Et quand on les interroge, ils répètent en boucle, comme des gamins gâtés, qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent et comme ils veulent. C’est dans le même esprit que Jacques Carbou parle de « surveillance généralisée », entendez par là l’ensemble des mesures prises pour contrer la progression du virus, et de « restrictions des libertés ». Liberté de m’infecter? D’infecter mes voisins ou des inconnus de tout âge? Nous ne sommes pas seuls au monde. En conséquence notre liberté n’est pas illimitée.

Jacques le sent bien d’ailleurs, qui apporte en soutien à sa thèse la faiblesse sinon l’affaiblissement de l’épidémie – c’est à dire du poids, de la présence du collectif. Pourtant, si nous n’en sommes pas encore au nouveau des vagues précédentes, le nombre de cas commence à remonter sérieusement et de toute façon, il ne faut pas attendre que le variant delta ait fait des ravages pour commencer à réagir.

Le reste des arguments de Jacques permet surtout de comprendre que les adversaires du gouvernement ont de quoi alimenter leur haine. Tout aurait été dit, par exemple, mais aussi son contraire, par le gouvernement ! Mais la situation évolue et l’on fait des déclarations en fonction d’une situation qui évolue, non ? J’ajouterai que les Philippot et autres Dupont-Aignan, eux, n’ont pas beaucoup évolué : ils étaient hostiles à notre démocratie libérale avant même le déclenchement de l’épidémie ! Quelle que soit la mesure prise, ils y seront hostiles et, à mon avis, un des problèmes les plus intéressants à résoudre serait de comprendre les racines de la haine vouée à Emmanuel Macron. Il est jeune et eux sont vieux? Il a réussi et eux courent après le succès politique sans le rattraper? Il y a sans doute d’autres choses à noter comme sa position pro-européenne ou comme son refus de toute revendication identitaire simple.

Nous sommes loin de la critique menée par André contre l’utilisation du thème de la liberté individuelle? Non ! On est en plein dans ce paradoxe qu’il relève : les adversaires affichés de la démocratie libérale combattent celle-ci au nom de la « liberté », confondue avec l’envie immédiate, ignorante de la collectivité qui m’entoure et des acquis scientifiques.

Pierre Rigoulot

Cher André Senik,
Merci de votre réponse a mon commentaire. Je suis bien entendu d’accord avec vous pour dire que la démocratie libérale est un régime structurellement fragile et que le pouvoir d’Etat doit parfois imposer des mesures d’urgence. Mais j’ajouterai qu’il y a l’art et la manière qui manquent particulièrement au pouvoir en place et aux élites technocratiques qui nous dirigent. Il semble nécessaire de ne pas confondre urgence et précipitation !
Le pass sanitaire peut malheureusement ouvrir la voie a des dérives – le contrôle social par les uns et les autres est une première étape. Autant de dangers qui existent déjà dans des pays qui sont loin d’être démocratiques. Il ne faudrait pas que l’urgence cède la place a l’improvisation.

Bien à vous

Jacques Carbou

Pour ma part, je pense que sous couvert de liberté individuelle, les manifestants expriment leur ras le bol ( à part quelques fous qui refusent systématiquement les vaccins!).
Ils me font l’impression de mômes qui sont fiers de dire non au gouvernement mais ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Je m’interroge aussi sur la haine qu’ils éprouvent envers Macron et suis désolée quand ils parlent de pays totalitaire: ils ne savent vraiment pas de quoi ils parlent.

Louise Girard

1 Août 2021


Pour une vaccination universelle, obligatoire et à répétition

La confusion entre liberté individuelle et penchant immédiat, la mobilisation de quelques uns en faveur du droit à l’irresponsabilité et surtout les accusations de « dictature sanitaire » et de « changement de modèle » politique au moment même où l’on protège des vies précisément pour pouvoir perpétrer le modèle antérieur, celui de la démocratie libérale, nous ramènent à nos préoccupations de toujours : la défense de la liberté. C‘est pourquoi nous portons à la connaissance de nos lecteurs, cette lettre de notre ami André Senik à la rédaction de Causeur, en faveur d’une vaccination universelle, obligatoire et à répétition.

H&L

Non seulement je suis vacciné contre ce Covid, mais je m’aperçois que suis même vacciné contre la question perfide posée par J-P Brighelli qui demande dans Causeur : « quel vaccin? »

Je lui réponds que, sans me vanter,  je me vaccine depuis de très nombreuses années et chaque année contre la grippe au moyen d’un vaccin nouveau, adapté à chaque virus nouveau.

Ma réponse plus générale à sa question perfide “quel vaccin?” est qu’il nous faudra, nous les humains, nous vacciner contre tout nouveau virus au moyen d’un vaccin nouveau.

Nous avons en effet intérêt à comprendre que tel est notre avenir, face aux virus qui ne se priveront pas de muter et de tout faire pour nous infecter : c’est dans leur nature.

Et c’est dans notre culture de nous défendre contre eux, au moyen de la vaccination.

Encore faut-il que la vaccination protège tous les humains.

Ce qui implique une vaccination obligatoire et universelle, répétée chaque fois qu’un nouveau virus menace notre espèce.

Une vaccination obligatoire? Mais oui, comme celles qui sont administrées à tous les enfants de France qui-vont-à-l’école.

Seule cette mesure rendra inutiles tous les contrôles ultérieurs, comme c’est le cas pour les enfants dont je viens tout juste d’évoquer le cas.

Mais alors, ne conserve-t-on pas le droit ultime de se révolter, ce droit que même Hobbes concède, le droit qu’inspire  la volonté de rester en vie ?

Logiquement, non! 

Car cette mesure imposée ne vise à préserver la vie de tous les autres humains qu’en préservant la vie de celui qu’on vaccine.

Que faire des indomptables rebelles qui refuseront de se plier à cette obligation universelle?

S’ils ne sont pas assez nombreux pour menacer la santé des vaccinés, on les fera profiter tranquillement de l’immunité du reste du troupeau, ou plutôt, du reste des passagers du bateau dont ils seront une sorte de passagers clandestins.

André Senik

crédit photo : https://cdn.paris.fr/paris/2021/01/26/huge-63cd3423e9d5aef4dcbace764a4bfffe.jpeg

21 Juil 2021


Les assesseures voilées

Le vote de la majorité et des socialistes repoussant l‘amendement proposé par François Pupponi, l’ancien maire de Sarcelles, au nom du MoDem est une faute lourde de sens.

La neutralité des assesseurs n’est pas seulement une exigence découlent de la séparation des l’Églises et de l’État. La banalisation du port du voile dans l’espace public est une tactique de l’entrisme islamiste qui est pratiqué par ceux qui veulent que la France devienne bi-communautaire.

De bonne foi sans doute, les élus de LREM et les socialistes pensent qu’il faut céder sur des accommodements raisonnables qui faciliteront l’intégration de ceux des Français musulmans qui restent fidèles à leur culture d’origine, qui est incompatible avec la nôtre sur des points fondamentaux

La laïcité n’est donc pas l’enjeu principal de la violente dispute qui a agité le Parlement sur le voile de l’assesseur

L’enjeu principal est le modèle français de société fondé sur une culture commune.

Le choix est clair : ou bien la République française dit gentiment aux Français musulmans qui demeurent fidèles à leur culture d’origine sur les points où cette culture n’est pas compatible avec celle du pays d’accueil, « faites comme chez vous, affichez votre appartenance à votre religion, à condition de tolérer les opinions des autres» ou bien on leur dit « intégrez-vous en faisant comme les autres Français, lesquels ne mettent pas en avant leurs différences culturelles parce qu’ils partagent avant tout une culture commune. »

Ce sont deux façons opposées de concevoir l’intégration.

La macronie vient de donner des verges pour se faire fouetter par les défenseurs du modèle français de société.

J’aimerais bien qu’elle se reprenne.

André Senik

(crédit photo : Paris, mairie du 10e arrdt, salle des mariages, Marianne)

Réponse

Comme il est tard pour réagir à ce sujet.
Chacun sait que plus on réagit tard face à un travers, à une maladie, moins il est facile de l’entraver et y mettre fin.
Félicitations pour cette réaction d’arrière-garde qui change de celles concernant habituellement le communisme en général, devenu … sous nos cieux….. un fauve assez inoffensif. Ici en tous cas.
Bien au contraire de celui qui avance voilé ici depuis 30 ans au moins, avec ses alliés.
Après des années d’erreur de cible, on tente de rectifier.
Il est bien tard ! Trop tard sans doute.

Didier Devred

5 Juil 2021


À propos de la querelle entre Orban et Macron

Le devenir sexuel des enfants et des adolescents est une affaire délicate qu’il ne faut surtout pas traiter brutalement

Sont brutaux pourtant, pour les homosexuels, leurs familles et leurs amis, le discours et les lois d’Orban revenant à dire aux homosexuels :  « vous êtes libres, mais cachez cette pathologie de peur qu’elle n’influence les enfants et les adolescents ».

Brutaux aussi pour les parents qui préfèrent que leurs enfants ne soient pas incités à aggraver des troubles et des hésitations identitaires qui sont le lot de cette période.

Entre l’occultation infamante et le militantisme transgressif dans les écoles et autres lieux de formation, il doit exister une attitude de respect pour cette époque de la vie.

La priorité revient sans doute à désarmer l’agressivité des enfants et des adolescents à l’égard de ceux qui ne sont pas comme eux.

La tolérance est une ligne de conduite qui rejette à la fois l’opprobre et le militantisme.

André Senik

(Crédit photo : Image par Boris Štromar de Pixabay)

28 Juin 2021


A l’occasion du procès des « petites frappes » ( comme ne dira pas l’ambassadeur de Chine en cette occasion) ayant menacé Mila des pires sévices pour sa mise en cause de l’Islam, à l’abri (pensaient-ils) de leur anonymat, des élus parisiens de La République en marche ont opportunément apporté leur soutien à la jeune fille dans une tribune publiée par L’Opinion et rappelé le caractère essentiel de la liberté dexpression pour une démocratie.

Pour nos lecteurs, nous reproduisons ce texte, passé un peu inaperçu du fait du contexte électoral.

H&L

« Je vais forcément ne pas rester en vie. » C’est par ces mots glaçants que Mila, coupable d’être libre, envisage en 2021, en France, son avenir.

Il y a plus d’un an, Mila entrait dans nos vies à travers l’histoire de son supplice, celui d’une jeune femme de 16 ans affrontant, pour avoir exprimé librement une opinion, un déferlement de haine en ligne, plusieurs dizaines de milliers de menaces de mort, des appels au viol, sans compter d’innombrables insultes et harcèlements souvent misogyne et lesbophobe. Elle vit aujourd’hui sous protection policière et sa vie est en danger, « prisonnière dans son propre pays » pour reprendre ses mots.

La liberté d’expression est attaquée et beaucoup regardent ailleurs. En 2015, après le terrible attentat qui avait frappé Charlie Hebdo, nous avions été formidablement nombreux à manifester notre attachement indéfectible à la liberté d’expression. Nous avions su rejeter les lâchetés, les sophismes, les « oui mais », pour rappeler cette chose simple : en France, chacun a le droit de s’exprimer tant qu’il

 Pourtant, six ans plus tard, Mila est souvent laissée trop seule. Nous nous élevons contre ce silence coupable entretenu par une partie de la classe politique et des responsables associatifs qui préfèrent regarder ailleurs et pavent la voie de tous les renoncements. Nous osons à peine rappeler qu’il ne s’agit guère de prendre position sur le contenu de ses propos, puisque la question n’est pas là. Il s’agit de défendre son droit, et par là même celui de tous les citoyens, à s’exprimer librement, sans autre limite que celles que nous nous sommes fixées collectivement par la loi démocratique.

Il est plus que temps que, collectivement, nous disions : « Ça suffit. » Nous ne pouvons accepter en France que l’on risque sa vie pour une parole. Nous ne pouvons accepter qu’une jeune femme de 16 ans porte sur ses épaules le combat qui devrait être celui de tous. A travers Mila, c’est toute la France qui est meurtrie et c’est toute la Nation qui doit se mobiliser.

Nous, citoyennes et citoyens, élus de la majorité présidentielle à Paris, rappelons aujourd’hui notre attachement indéfectible à la liberté d’expression et notre soutien plein et entier à Mila. Au nom du respect de tous ceux qui sont tombés ces dernières années sous les coups des ennemis de la République, au nom des principes universels qui fondent notre démocratie et font l’honneur de la France, au nom de Paris qui, à travers le monde, est depuis si longtemps une promesse de liberté, nous devons le faire sans tergiverser, sans fausses excuses, sans compromissions.

C’est pourquoi nous demandons également au Conseil de Paris, que ses élus expriment collectivement leur soutien à Mila et au principe de la liberté d’expression tel que défini par la loi et la Constitution de notre République et affirment la volonté que justice soit rendue à l’encontre de chaque pourvoyeur de haine à l’encontre de Mila et de tous ceux qui expriment librement leur opinion

Signataires :

La République en marche de Paris ; Agir Paris ; Territoires de Progrès Paris ; Les Jeunes avec Macron Paris. Stanislas Guerini, député de Paris, délégué général de La République en marche ; Julien Bargeton, sénateur de Paris LREM, coordinateur Paris de La République en marche ; Pierre Yves Bournazel, député de Paris Agir, conseiller de Paris, élu du XVIIIe arrondissement ; Maud Gatel, députée de Paris MoDem, conseillère de Paris ; Laetitia Avia, députée de Paris LREM, porte-parole de La République en marche ; Pacôme Rupin, député de Paris LREM, conseiller de Paris Centre ; Pierre Person, député de Paris LREM ; Anne Christine Lang, députée de Paris LREM – Territoires de Progrès ; Gilles Legendre, député de Paris LREM ; Guillaume Poitoux, conseiller LREM – Territoires de Progrès du XIe arrondissement ; David Amiel, conseiller LREM du XVe arrondissement ; Catherine Ibled, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVe arrondissement ; Hannah Sebbah, conseillère de Paris LREM, conseillère du XVIe arrondissement ; Alexis Govciyan, conseiller de Paris LREM du IXe arrondissement ; Edouard Civel, 1er adjoint LREM à la mairie du Ve arrondissement ; Jean Pierre Plagnard, adjoint à la mairie du IXe arrondissement ; Sophie Segond, conseillère LREM – Territoires de Progrès du VIIIe arrondissement ; Nicolas Cour, conseiller LREM du IXe arrondissement ; Fanta Berete, conseillère LREM du XVe arrondissement, coordinatrice Paris LREM ; Bertrand Lavaud, conseiller LREM du XVIIe arrondissement ; Justine Henry, conseillère LREM du XVIIIe arrondissement ; Christian Honoré, conseiller Agir du XVIIIe arrondissement ; Antoine Lesieur, secrétaire général de LREM Paris.

(crédit photo : UBC Library French Revolution Collection | Flickr)

23 Juin 2021