Considérations à discuter entre amis

Israël a deux problèmes.

La guerre qu’Israël doit mener et gagner contre le régime islamiste du Hamas ne doit pas lui faire perdre de vue le conflit territorial entre le peuple israélien et le peuple palestinien, car l’islamisme profite de l’absence d’un État palestinien, qu’il a lui-même rendu impossible en poignardant l’espoir né à Oslo.

Israël a pour tâche prioritaire et indiscutable de détruire ou de réduire le régime du Hamas, tout comme les Alliés devaient détruire le régime nazi.

Cela ne signifie pas éradiquer l’islamisme, qui est une idéologie conquérante mondiale et pour certaines populations, une identité aux racines religieuses et nationales.

Le nazisme et le communisme étaient des religions séculières mais pas des identités anthropologiques.

Faire renoncer massivement les musulmans à l’islamisme revanchard et conquérant prendra peut-être des siècles.

En attendant, il faut se défendre contre cet islamisme conquérant, au-dehors et au dedans de nos sociétés.

Mais Israël (et ses alliés) ont une autre tâche : proposer aux Palestiniens un avenir acceptable (un État à eux) à la condition sine qua non qu’il ne menace pas Israël de disparition.

Même si les conditions de cette solution à deux États ne sont pas réalisables aujourd’hui, l’État d’Israël pourrait proposer unilatéralement cette issue, à la condition que l’État des Palestiniens offre les garanties de ne pas devenir une menace mortelle pour l’État d’Israël ni un agresseur pour d’autres.

La première de ce ces conditions est l’existence de deux partenaires soutenant ce principe, avec les déplacements de population qu’il suppose.

Côté israélien, ce changement politique bouleversant n’est pas définitivement inenvisageable à court ou moyen terme

Côté palestinien, il faudrait un changement radical des mentalités, l’apparition d’un Nelson Mandela, et la bénédiction de certains États arabes pour le parrainer.

Mais il n’est pas nécessaire à Israël d’attendre que ces conditions soient remplies du côté palestinien pour présenter cette perspective aux Palestiniens.

À vous lire

André Senik

Faire renoncer massivement les musulmans à l’islamisme revanchard et conquérant »  n’est pas un des « deux problèmes d’Israël ». 

C’est un problème de l’Humanité toute entière — et de l’Islam lui-même pour commencer.

Le « processus » que vous évoquez prendra moins de « siècles » si   l’humanité « infidèle » ou athée le prend à bras le corps collectivement  et définit  son agenda en se concertant avec l’Islam et l’Arabe du futur : fût-ce encore confusément ou à reculons, chaque jour un peu plus de musulmans manifestent le désir de trouver leur place dans l’Humanité des Lumières, celle que l’Occident tend promouvoir à l’encontre de ses obscurantistes internes  (« réactionnaires » chrétiens, juifs, musulmans ou païens et millénaristes « progressistes » wokistes, droitsdelhommistes et marxistes conscients et inconscients).

Pour que l’Humanité non musulmane (théiste, agnostique et athée) parvienne d’abord à s’unir puis à se concerter avec les musulmans éclairés pour mieux moderniser/rationaliser l’Islam traditionnel, encore faut-il que :

a) elle se modernise/rationalise elle-même en se  défiant  des « demi-habiles » et des « demi-savants » comtistes et laïcards qui l’incitent à croire que la religion ne saurait être qu’irrationnelle et que le  moyen le plus efficace pour lutter contre l’irrationalité  religieuse est de faire de chaque croyant un athée et non de rationaliser patiemment, par le dialogue notamment, le contenu des religions traditionnelles ;

b) elle se dote des institutions adaptées à ce travail de rationalisation collectif autant que croisé.

L’Occident l’oublie facilement : l’obscurantisme athée a plus de destructions à son actif que l’obscurantisme juif ou chrétien et, à côté des Lumières matérialistes, des Lumières spiritualistes ont lui chez les Protestants comme chez les Catholiques et les Juifs qui ont contribué aux premières.

Le  retour aux Lumières dont nous avons besoin pour corriger les dérèglements de chacun sera mondial et il concernera les laïques aussi bien que les religieux ou il ne sera pas.

Jean-Pierre Airut

Cher André,

Une fois de plus, c’est toi qui a lancé le débat.

Merci.

L’heure est trop grave pour qu’on se taise et qu’on ne cherche pas des solutions à la situation actuelle au Moyen-Orient. Encore qu’il s’agira moins d’un débat en ce qui me concerne, qu’une approbation du leitmotiv de ton texte : la solution est à chercher dans la mise en place de deux Etats. Mais les problèmes posés par ce projet de deux Etats, sont immenses : la paix entre eux, et la sécurité de leurs citoyens doivent être garanties et même assurées. Sinon, l’Etat palestinien ne pourra pas être bâti aux côtés de l’Etat israélien. Il faudra donc trouver des formes de contrôles acceptés par les deux populations.

Il faut imaginer pour cela une force internationale puissante pour empêcher toute menée agressive de part et d’autre. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi – et c’est bien plus difficile à obtenir – des engagements, de part et d’autre, à ne pas développer de l’Autre une image haïssable comme c’est souvent le cas chez les Palestiniens et comme c’est le cas d’une minorité non négligeable chez les Israéliens.

Je ne crois pas qu’on puisse y parvenir rapidement. L’image du Juif est fortement négative dans le monde musulman et celui-ci, comme jadis les Etats communistes, pense par exemple définitives ses conquêtes et n’hésite pas à parler de  « terre d’Islam ». Il n’y a pas de terre d’Islam; il n’y a que des terres conquises au détriment d’une population antérieure. Et comme on ne remontera jamais à coup sûr au premier occupant, si l’on ne veut pas que le conflit  se prolonge, il faudra bien en passer par la reconnaissance légitime de l’Etat juif.

En attendant, il va falloir travailler activement à montrer que les thèses avancées par le Hamas sont ou fausses ou illégitimes, et qu’il n’est pas un adversaire des Israéliens mais une organisation  de type totalitaire, pratiquant le terrorisme, et visant, au delà de la destruction de l’Etat d’Israël, la disparition de tout Etat démocratique. Le problème est en effet mondial.

Pierre Rigoulot

24 Oct 2023


Je ne veux pas reprendre les interrogations que nous portons tous en nous : comment cela a été seulement possible? Comment la police et l’armée d’Israël ont pu être à ce point débordées ou même absentes et les services de renseignement aussi aveugles ?

Je ne le sais pas.

Et ce que je sais tient en peu de mots.

Une telle sauvagerie et un tel acharnement dans la haine supposent une vision de l’ennemi juif comme une incarnation du Mal. Ces assaillants étaient habités par une sorte d’hyper-phobie. Ils avaient conscience d’être en face non pas d’êtres humains mais de rejetons du diable. 

Du haut de leurs certitudes, les assassins ou les kidnappeurs pouvaient jouir de les éliminer.

Indéniablement nous avons assisté au plein exercice d’une pensée totalitaire laquelle déshumanise toujours une partie de l’humanité. Comme le Traître et l’Ennemi, dans l’URSS de Staline ou la Chine de Mao le gamin ou la grand-mère d’Ashkelon n’étaient pas de simples adversaires mais des infra humains qu’on balaye comme des insectes et, le plus souvent, des sur-humains maléfiques dont l’élimination hisse leurs bourreaux au rang d’exécuteurs des Grandes Oeuvres de l’Histoire ou de la Parole de Dieu.

Cette journée du 7 octobre 2023 sera pour toujours celle d’une victoire, partielle sans doute, et momentanée, mais d’une victoire quand même de la pensée totalitaire que nous combattons au nom de la démocratie et de la dignité de l’être humain.

Pierre Rigoulot

9 Oct 2023


Nicolas Sarkozy : approximations, oublis et  complaisances

L’équipe d’Histoire  & Liberté a pris connaissance avec regret et indignation des propos tenus par Nicolas Sarkozy sur l’Ukraine et la Russie dans sa longue interview du Figaro du 16 août 2023. Nous publions ici quelques unes de nos réactions.

Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, vient de sortir sa plume pour préconiser une politique qu’il présente comme « réaliste » en Ukraine et qui  en réalité semble bien avoir été inspirée par les écrivailleurs du KGB.

Son analyse se singularise par d’immenses lacunes : le KGB n’est jamais évoqué ; il n’est jamais mentionné que Poutine et le KGB ont, progressivement depuis 2000, rétabli en Russie un régime totalitaire (non plus sous l’égide du marxisme  mais sous l’égide d’une idéologie impérialiste cette fois) ; ne sont jamais évoquées les alliances internationales que Poutine et le KGB ont conclues avec ces autres pays totalitaires que sont la Chine du Parti Communiste Chinois, l’Iran des Ayatollahs et la Corée du nord des Kim pour former un véritable bloc des pays totalitaires…

Ce bloc des pays totalitaires cherche à se déployer à-travers la planète et a déjà infligé, au cours des dernières années, des défaites successives à la démocratie en Syrie, en Crimée, à Hong Kong, en Afghanistan. Ce bloc des pays totalitaires soutient maintenant l’invasion par Poutine de ce pays démocratique qu’est l’Ukraine et il menace par ailleurs d’envahir cet autre pays démocratique qu’est Taïwan.

Loin de se référer à cet affrontement, pourtant manifeste, entre le bloc des régimes totalitaires et les pays démocratiques, Nicolas Sarkozy reprend à son compte l’argumentaire de Poutine lui-même selon lequel la Russie aurait une sorte de droit historique à replacer sous son joug les populations qui lui ont été soumises par le passé.  Dans la foulée, avec des arguments inacceptables et par des détours tortueux, il propose aux Ukrainiens (et aux pays démocratiques qui les soutiennent) de se résigner face à Poutine. Pas étonnant que Medvedev se félicite bruyamment de cet interview de Sarkozy.

La proposition de Nicolas Sarkozy est à la fois révoltante, atterrante et antipatriotique.

voltante. Nicolas Sarkozy vient donner un coup de poignard dans le dos de la population ukrainienne au moment où celle-ci résiste héroïquement depuis dix-huit mois au projet du KGB visant à s’emparer de leur territoire et à leur rétablir le totalitarisme.

Atterrante. Celui qui vient donner ce coup de poignard à l’Ukraine n’est autre qu’un ancien Président de la République française. Cela intervient après que François Filon (premier ministre pendant cinq ans de Nicolas Sarkozy) eut pactisé avec Poutine. Tout cela déshonore la France aux yeux de nos alliés et de nos amis ukrainiens. On ne peut que s’interroger sur les véritables raisons qui ont motivé Nicolas Sarkozy à écrire un texte qui réjouir aussi bien Poutine, Medvedev et le KGB. Le soupçon surgit que le KGB serait en capacité de faire basculer dans la collusion certains de nos plus hauts dirigeants (tout comme il y a réussi aux Etats-Unis avec Trump). 

Antipatriotique. Si, comme le préconise Nicolas Sarkozy,  on laissait les troupes de Poutine s’emparer impunément d’une partie de l’Ukraine (ou pire encore de sa totalité), ce seraient ensuite la Pologne, les trois pays baltes, la Moldavie, la Roumanie;;; dont les territoires et les institutions se trouveraient immédiatement menacés par Poutine et par le KGB avant qu’ultimement, ce ne soit le tour de l’Europe de l’ouest et de la France.

En Ukraine, ce qui est en jeu, c’est la souveraineté totale des Etats souverains (conformément aux statuts de l’ONU) et c’est aussi la survie de la démocratie sur notre planète. La population ukrainienne mérite le soutien indéfectible de nos pays démocratiques. Et Nicolas Sarkozy et autres influenceurs pro-Poutine ne doivent pas nous en détourner.

Jean Francart, le 19 août 2023

Sarkozy et lUkraine

Je reprends d’abord quelques propos de Nicolas Sarkozy.

L’échec (le fait que Poutine ne veut plus rien entendre) vient de loin. Il est séculaire.  

Sarkozy ignore donc la rupture radicale de 1917, la naissance d’un nouvel animal historique inconnu jusque là !  

Et je veux ici rendre hommage à Hélène Carrère d’Encausse, qui nous a hélas quittés. Elle a été une grande passeuse de l’histoire russe pendant quarante ans.  

Elle a avoué elle-même n’avoir rien compris notamment à Poutine. La nature de l’URSS (comme de n’importe quel Parti-Etat marxiste-léniniste) et celle de la mafia tchékiste actuelle est fondamentalement différente de la culture russe (comme de la civilisation chinoise, coréenne, cambodgienne, vietnamienne, laotienne, polonaise etc.)

Mais je reviens à votre question. Les Russes sont des Slaves. Ils sont différents de nous   

C’est fou ça ! Sarko croit aussi que les Chinois sont d’une autre espèce que nous ? A l’instar de tant de journalistes, intellectuels et politiciens des années 50 aux seventies ?  Il ignore vraiment à ce point à quels régimes et à quelles menaces nous devons faire face ?  

Je l’avais convaincu (Poutine) de retirer ses chars qui étaient à 25 kilomètres de Tbilissi.  

Il y croit vraiment semble-t-il ! No comment.

Il avait commencé à envahir la Géorgie. Mais dans le même temps, avec Angela Merkel, nous lui avions montré que nous étions conscients de ses lignes rouges. C’est pourquoi nous avions refusé l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan et ce malgré la forte pression américaine  

Quel aveu ! 

Nous ne voulions pas laisser Poutine dériver vers une paranoïa anti-occidentale  

La même erreur qu’avec l’URSS : Sarko ignore que la paranoïa est une composante essentielle de la psychopathie de Poutine et une composante indissociable de l’essence du système poutinien et de tout système d’inspiration marxiste et/ou nationaliste ; il est vain d’essayer de l’amadouer ou de l’adoucir. Elle ne s’arrête de tuer, de violer, de faire souffrir et de détruire que face à une force et à une détermination supérieures. La peur l’excite, les concessions la font ricaner.

qui est depuis longtemps la tentation des dirigeants russes  

Et de nouveau l’abus du mot “russe” et la mise sur le même plan des tsars et des dirigeants communistes et post-communistes ! Le problème n’est ni russe ni slave, il tient à un système psychopathe dont la 1ère mouture fut installée par Lénine & Co et qui se décline actuellement à-travers Poutine, Xi, Kim etc. Sarkozy semble ignorer que le psychopathe paranoïaque n’est sensible à aucune lumière mais peut faire semblant de l’être, parfois très intelligemment. 

Le complexe d’encerclement du Kremlin est une vieille histoire  

Oui, depuis que la terre est ronde ! 

Sur ce sujet les intérêts européens ne sont pas alignés sur les intérêts américains.  

Ils n’ont jamais été alignés mais ils se rejoignent plus que jamais ! Nous défendons la liberté et les valeurs humanistes, nous avons les mêmes ennemis et, que ça nous plaise ou non, nous Européens sommes toujours incapables de nous défendre sans l’appui américain !  

Trump de retour, c’est la mort de l’Ukraine !

La Crimée était russe jusqu’en 1954. Tout retour en arrière est illusoire.  

En vérité la population ukrainienne a clairement opté pour la création d’une démocratie sociale-libérale non plus trop corrompue, pour l’UE et pour l’OTAN et rejette, maintenant plus que jamais dans sa longue Histoire, la soumission au Kremlin, c’est ce retour en arrière-ci qui serait illusoire ! Tout le contraire de l’assertion de Sarkozy !

Une Ukraine et une Crimée libres, ce serait aussi une fameuse marche en avant pour la démocratie et une défaite significative pour ses ennemis, ce qui aurait des répercussions positives à long terme dans le monde entier !   

Néanmoins, avec regret, je crois constater que l’Ukraine ne pourra pas gagner la guerre mais aussi, avec espoir, que l’édifice poutinien a des fondations bien fragiles ; quoiqu’il en soit, il faudra un jour effectivement des pourparlers, des compromis, des concessions de part et d’autre (il y a sans doute des discussions informelles et secrètes) ; mais forcer d’emblée les Ukrainiens à renoncer à leurs droits et à la liberté de choisir leur destin, comme le prône Sarkozy, serait non seulement ignoble mais aussi la manière la plus stupide d’entamer des négociations. 

Affirmer au préalable que l’Ukraine “doit renoncer” à l’UE et à l’OTAN pour être un “trait d’union entre l’Est et l’Ouest” est un non-sens ; peu importe sa situation géographique, toute population a le droit naturel d’être libre, de se développer et de se démocratiser selon sa volonté et non pas comme si elle n’était qu’un conglomérat de territoires que des puissances supérieures déplacent ou sacrifient à leur gré. 

Suggérer qu’un accord international garantisse qu’elle ne court plus aucun risque d’agression me paraît infra-débile face au système poutinien, par nature menteur, destructif et expansionniste. Qu’il suffise de rappeler le mémorandum de Budapest du 5 décembre 1994 par lequel les grandes puissances dont la Russie se portaient garantes de l’inviolabilité du territoire ukrainien et de l’intangibilité de ses frontières contre la cession par l’Ukraine, alors 3e puissance nucléaire mondiale, de toutes ses armes de destruction massive à la Russie ! 

En géopolitique, la force et la détermination, surtout face à des monstres totalitaires, primera toujours le Droit tant qu’il n’y aura pas une instance supérieure universelle dotée de la capacité de faire respecter les traités, accords et conventions, par la force si besoin est. Si l’Ukraine avait conservé son armement nucléaire, peu de doute qu’il n’y aurait jamais eu de guerre d’agression ni d’annexions illégales !   

Pierre Druez  le 20  août 2023

Vous avez dit « Slaves »?

Dans son interview au Figaro, Nicolas Sarkozy adopte une posture qu’affectionnent les anciens Présidents de la République : celle du sage conseiller, qui parle vrai. Mais n’est pas sage qui veut. Sarkozy accumule nombre de banalités affligeantes. J’en relèverai une seule mais elle est d’importance puisqu’elle prétend donner la clef de toute analyse des options politiques de la population russe et de ses dirigeants. La dite clef n’est pas le concept d’empire ni le rappel des 70 ans de communisme ni la référence à la dictature sui generis actuelle avec son bourrage de crâne systématique, son acharnement contre les opposants, les menaces contre ses voisins, ses mensonges éhontés sur son passé et son présent. La dite clef n’a rien à voir non plus avec le KGB et le FSB. Si Poutine est Poutine et la Russie actuelle une ennemie acharnée de la démocratie, c’est qu’ils sont Slaves! Oui : Slaves !Des gens comme les Tchèques et comme les Polonais mais pas comme nous ! Cette conception ethnique de l’histoire eut cours en France au XIX ème siècle, propre par Augustin Thierry. Une conception abandonnée par presque tout le monde mais pas par l’ancien président de la République. Effet du sang des Magyars qui coule dans ses veines? Ces gens-là ne sont peut-être pas comme nous…

Sur une telle conception s’étend l’ombre du Général de Gaulle dont il faudra reconnaître un jour que sa vision du monde n’a pas eu qu’un effet positif sur la vision du monde de nos compatriotes.

De lui, Sarkozy a appris aussi qu’il y avait l’Ouest et l’Est – mélange politico-géographique jamais décrit par le gaullisme en termes de valeurs et de liberté, de démocratie face au totalitarisme ou d’état de droit face aux empires.

A l’est et à l’ouest de quoi, d’ailleurs ?

Sarkozy répond comme par hasard : de l’Ukraine. Ça tombe bien, vous ne trouvez pas, pour proposer la neutralité de ce pays ?

Je ne sais si l’on a besoin des Russes comme eux ont besoin de nous. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a nul besoin de telles approximations – ethniques ou géographiques. Elles masquent seulement les fondements de notre vie politique, ceux auxquels on doit tenir comme à la prunelle de nos yeux : la sauvegarde de la liberté individuelle et la résistance au totalitarisme.

Pierre Rigoulot, 22  août 2023

(photo: Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager)

22 Août 2023


(1) Ukraine

Amis lecteurs de notre blog,

Comme vous le savez, la guerre en Ukraine se poursuit. L’armée russe pilonne les villes et résiste semble-t-il aux efforts des Ukrainiens pour les déloger de leurs positions actuelles. En 1940, l’URSS de Staline avait fini de cette façon par épuiser les Finlandais, d’abord victorieux. Mais la grande différence avec aujourd’hui est que le monde occidental aide l’Ukraine alors que la Finlande avait du se contenter d’un appui seulement diplomatique. Il s’était notamment manifesté en décembre 1939 par l’expulsion de l’Union soviétique de la Société des Nations.

Cette aide apportée en 2023 au pays agressé doit être accrue. Et nos gouvernements ne sont pas seuls concernés. Chacun d’entre nous peut apporter de l’aide, en première ligne mais aussi derrière les lignes. Donner chacun quelques dizaines d’euros se traduira par davantage de produits pharmaceutiques, d’avantage de moyens de détection sur les lieux bombardés mais aussi de moyens de communication. Nous ferons appel à vous lors de nos réunions de rentrée. Certains de nos amis ont déjà multiplié les aller-retour de Paris à l’Ukraine. Aidons-les. Ne soyons pas seulement solidaires en paroles !

H&L

(2) l’internationalisation ?

La guerre menée par Poutine en Ukraine est longtemps restée limitée au sud et à l’est du pays En cette fin d’été les signes d’une internationalisation rampante se font jour :

– l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes a été rompu. Sont directement concernés un certain nombre de pays importateurs, notamment en Afrique du Nord. La Turquie, qui mène pourtant un jeu ambigu avec la Russie, a dénoncé la prétention russe à faire de la Mer noire une mer russe. Vieille rivalité.

– Les activités russes en Afrique s’accentuent notamment au Mali comme en Centrafrique.  Façon, en quelque sorte d’obliger les Occidentaux à moins concentrer leurs efforts sur le seul théâtre ukrainien.

– D’autres acteurs s’invitent dans cette crise et en confirment l’internationalisation croissante : la Corée du Sud qui a vendu des armes à l’Ukraine et la Corée du Nord. Non contente d’envoyer des ambassadeurs (sic) à Donetsk et à Lugansk, déclarés « indépendants » par Moscou, la Corée du Nord est soupçonnée par les Etats-unis de fournir des armes aux Russes contre des céréales dont la population manque tant.

Que la Corée du Nord abandonne son jeu de bascule traditionnel entre ses deux grands alliés, Russes et Chinois, c’est ce qu’on peut constater. La Corée du Nord penche du côté le plus agressif envers l’Occident. C’était déjà le cas pendant la guerre du Vietnam. Mais peut-elle aller très loin dans son alliance avec la Russie? Elle dépend économiquement  de la Chine, malgré ses prétentions à compter sur ses propres forces. Et Poutine ne peut guère se permettre très longtemps de « chasser » dans une zone de « protectorat » chinois malgré l’intérêt d’agiter le chiffon rouge d’un partenariat nord-coréen pour inquiéter les Occidentaux.

Le front s’est donc élargi. Il est moins « ukrainien » et plus politique,  opposant Etats totalitaires et démocratiques.

La grande absente de ce conflit est l’ONU dont deux membres du Conseil de Sécurité passent leur temps à contourner les sanctions (contre la Corée du Nord) qu’ils avaient eux-mêmes  votées, sanctions qui interdisaient notamment les exportations d’armes  et  l’envois de travailleurs manuels…

(3) 20 000 enfants ukrainiens aux mains des autorités russes

L’association Human Rights Without Frontiers ( HRWF) dont le siège est à Bruxelles, a publié le 31 août  dernier un bilan des enlèvements d’enfants ukrainiens vivant dans les zones occupées par l’armée russe. Environ 20 000 enfants sont concernés. Et sur ces 20 000 enfants, environ 400 seulement, ont pu jusqu’ici être récupérés, non pas à la suite de négociations avec les autorités russes mais d’opérations spécifiques menées par les Ukrainiens.

 Le 17 mars dernier, la Cour pénale internationale de La Haye  a lancé un mandat d’arrêt pour cette déportation  contre Vladimir Poutine et contre la commissaire russe aux droits des enfants, Marie Lvova-Belova, pour ces enlèvements illégaux. 

Human Rights Without Frontiers appelle la Russie à ne pas changer le statut personnel de ces enfants, à autoriser les familles ou les institutions nationales qui en ont la charge d’avoir accès à eux et à ne pas empêcher leur retour  auprès d’elles.

On notera que ce rapport rédigé en anglais, en russe et en ukrainien est accessible sur le site de HRWF https://hrwf.eu/российские-новости/

(1er septembre 2023)

(4) De « l’agression » à « l’emploi de la force »

Les dirigeants des pays du G20 n’ont finalement pas dénoncé l’agression russe en Ukraine lors de leur rencontre du 9 septembre dernier. Sous l’impulsion de l’Inde, le pays hôte, ils se sont contentés de dénoncer « l’emploi de la force visant à obtenir des gains territoriaux en Ukraine. Sans doute, l’allusion est assez claire pour que la Russie se sente visée. Mais que de précautions pour épargner un Etat qui n’en prend aucune pour épargner des civils ! C’est sans aucun doute un recul par rapport à la dénonciation  de l’agression russe formulée lors du sommet de 2022 à Bali.

(9 septembre 2023)

(5) Aide et prêt à faible intérêt de la Corée du Sud à l’Ukraine

Au sommet du G 20 qui s’est tenu récemment à New Delhi, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a annoncé une aide supplémentaire de son pays à l’Ukraine  de 2,3 milliards de dollars pour l’aider à « restaurer la paix » sur son territoire et à effectuer les reconstructions nécessaires  du fait de la guerre avec la Russie. La Corée du Sud versera d’abord 300 millions de dollars en 2024  sous la forme d’une aide humanitaire et le reste sous celle d’un prêt à long terme  à faible taux d’intérêt.

16 Août 2023


(1) Corée du Nord

La Corée du Nord n’en finit pas de nous horrifier. On apprenait ainsi,  il y a quelques semaines, que  Kim Jong Un, le n°1, avait donné l’ordre  aux Nord-Coréens de… cesser de se suicider ! Le taux de suicide serait en nette progression. Les malheureux habitants du pays, subissent, il est vrai, une violente oppression politique, la frontière avec la Chine est mieux « bouclée » que jamais. La pauvreté est le lot de beaucoup et la FAO, l’organisme de l’ONU pour l’alimentation, estime que 40% des habitants du pays manquent de nourriture.  

Kim Jong Un  a désigné le suicide comme un  « acte de trahison contre le socialisme. »

H&L

(2) Corée du Nord

Les régimes totalitaires en décomposition ou/et menacés cherchent à réactiver l’unité chancelante de la société qu’ils contrôlent dans le nationalisme.

La Corée du Nord multiplie ainsi actuellement les campagnes idéologiques en faveur de postures et de traits de la culture traditionnelle.

Aux efforts – limités, il faut le reconnaître – pour faire baisser le nombre des fumeurs, ont succédé, avec beaucoup plus de vigueur, cette fois, d’autres efforts pour faire baisser le tabagisme chez les femmes. Ce sont les femmes occidentales qui fument! Les femmes de la tradition coréenne nettoient le cendrier de leur mari. Elles ne se permettent pas de fumer elles-mêmes !

La chasse est donc ouverte contre celles qui, de fait, font la promotion de la « culture capitaliste » et tournent le dos aux « idéaux socialistes ».

En 2020 une nouvelle loi avait été promulguée pour mieux encadrer la production et la vente des cigarettes et pour élargir les espaces publics où il est interdit de fumer. Mais depuis cette année, des amendes  (30 000 wons, soit environ 3,30 euros) sont infligées – à des femmes! Et les punitions iront croissant en cas de récidives !

Kim Jong Eun, lui, se fait régulièrement photographier une cigarette à la main.  Il n’est pas soumis à la loi : il est La loi…

PR

(3) La Chine renvoie en Corée du Nord les réfugiés  qui s’en étaient échappés

Malgré les appels de diverses associations et de quelques gouvernements, Xi Jinping a commencé à rapatrier de force les Nord-Coréens qui avaient pu passer la frontière clandestinement. Le 29 août, deux autobus chargés d’environ 90 réfugiés nord-coréens appréhendés par la police chinoise ont passé le grand pont qui traverse le Yalou, de Dandong en Chine à  Sinuidju, en Corée du Nord.

On peut tout craindre : tortures, détentions et même exécutions en cas de contacts avec des pasteurs sud-coréens engagés justement dans l’aide aux réfugiés. 

P.R. (1er septembre 2023)

(4) Kim Gun Ok

Personne ne s’est interrogé sur l’origine du nom donné au sous-marin nord-coréen inauguré en grande pompe par Kim Jong Eun, le n°1 nord-coréen. La presse l’a présenté, sur les indications nord-coréennes, comme un sous-marin « nucléaire », ce qu’il n’est pas : d’une conception vieille d’un demi-siècle, il est à propulsion classique (diesel-électrique). Et on lui a ajouté six lance-missiles susceptibles de transporter des charges nucléaires tactiques.

Quant à Kim Gun Ok,  c’est le nom d’un « héros » de la guerre de Corée qui aurait coulé un bateau américain…lequel n’a jamais existé!

Décidément, beaucoup de théâtre et d’esbroufe dans cette affaire!

(9 septembre 2023)

(5) Exécutions publiques  en Corée du Nord

25 000 personnes de 17 à 60 ans ont reçu l’ordre d’assister, près de l’aéroport de Hyesan, en Corée du Nord, à l’exécution de neuf détenus (sept hommes et deux femmes), fusillées pour avoir organisé un réseau clandestin de vente de viande. Le réseau fonctionnait depuis environ quatre ans et alimentait des marchés et des entreprises et même un restaurant de la capitale.

14 Août 2023


Défendre la démocratie à l’Ouest, aussi

Notre engagement en faveur de la démocratie libérale et notre opposition au totalitarisme se jouent aussi en France même. où il est important de rappeler les « fondamentaux » de la première et les diverses figures que peut prendre le second.  Dans la perspective des prochaines élections présidentielles, quels choix politiques ( nous ne disons pas : quels partis politiques)  peuvent être recommandés  ou au contraire exclus ? Nous lançons le débat auprès de nos lecteurs et livrons à leur réflexion un premier texte, signé André Senik, sur l’idée  d’opposition.

H&L

L’enjeu géopolitique mondial des douze prochains mois

Il faut prendre très au sérieux la relation de complicité (qui n’est plus à démontrer) entre Trump et Poutine. Le dernier livre de Raphaël Glucksman apporte encore des preuves supplémentaires à ce sujet. Cette relation est trop souvent mentionnée comme simplement « pittoresque » alors même qu’il s’agit d’un dispositif qui est certainement essentiel aux yeux de l’axe des pays totalitaires « Moscou/Pékin/Téhéran/Pyongyang ».

L’objectif final pour cet axe consiste à assurer le triomphe irréversible des régimes totalitaires sur les régimes démocratiques. Par sa tentative avérée de coup d’Etat le 6 janvier 2021, Trump a affiché très nettement sa détestation de la démocratie et son appétence au totalitarisme. Une victoire de Trump en 2024 introduirait très probablement un régime totalitaire aux Etats-Unis (ce qui permettrait à l’axe totalitaire de se débarrasser du plus puissant des pays démocratiques,sans avoir à engager un affrontement militaire avec les Etats Unis). 

Rappels. Le soutien de 22% des Russes avait suffi aux Bolcheviques pour réussir à instaurer le totalitarisme soviétique (chiffres à l’élection constituante de septembre 1917) ; le soutien de 33% des Allemands avait suffi aux Nationaux-Socialistes pour réussir à instaurer le totalitarisme nazi (chiffre à la dernière élection législative loyale avant la nomination de Hitler par Hindenburg).

Et Trump, quant à lui, dispose aux Etats Unis d’un socle électoral très solide (37,5% des électeurs américains : 75% des 50% des Américains qui votent Républicain).

C’est ce qu’a compris le KGB depuis les années 95 en s’affiliant Trump, en se le subordonnant par toutes sortes d’emprises (sexuelles ou financières), puis en l’aidant à gagner l’élection de 2016, en l’aidant à nouveau en 2020, en l’aidant à nouveau contre Biden d’ici 2024. Le redoutable KGB sait que Trump est le seul politicien américain capable de faire basculer les Etats Unis de la démocratie au totalitarisme. Entre clans dirigeants des pays totalitaires, on trouve des compromis (Pékin par exemple, en dépit de son obsession territoriale, s’interdit de revendiquer de reprendre « l’Extrême-Orient russe » à Moscou).

Si Trump était élu et si ensuite les Etats-Unis devenaient un Etat totalitaire, toutes sortes de coopérations deviendraient possibles entre les clans qui sont à la tête des Etats totalitaires. Surtout, il n’y aurait plus aucun obstacle à généraliser le totalitarisme sur toute la planète (ce qui est un rêve commun à Poutine, à Xi, aux Kim, aux Ayatollahs et peut-être aussi à des personnalités comme Donald Trump et comme Elon Musk (qui ne cache pas son soutien à Trump)).

Et pour contribuer à une victoire de Trump en 2024, le KGB et Poutine ont déjà entrepris de réveiller l’inflation aux Etats-Unis par le biais d’une deuxième vague de hausse des matières premières (le pétrole et le gaz en particulier). Poutine va tout entreprendre pour que le prix du baril dépasse à nouveau le seuil des 100 $, ce qi fera remonter l’inflation aux Etats Unis, ce qui obligera la Fed à monter ses taux, ce qui introduira le risque d’une récession, trois éléments que détestent les électeurs américains et qui pourraient contribuer à une victoire de Trump.

Pour faire monter le prix du baril, Poutine dispose d’un allié de choix : MBS, le dirigeant tout-puissant de l’Arabie Saoudite qui pactise de plus en plus avec Poutine et avec Xi depuis que fin 2016, il a décidé d’associer la Russie de Poutine à l’OPEP pour former l’OPEP+ (une OPEP qui est désormais élargie à la Russie et à quelques autres pays exportateurs) ; MBS n’hésite d’ailleurs plus à s’opposer publiquement à son allié traditionnel, MBZ (le dirigeant tout-puissant des Emirats Arabes Unis).

Trump est un agent des régimes totalitaires. Il faut tout entreprendre pour le démasquer et pour faire obstruction à ses manœuvres politiciennes.

Jean Francart

10 août 2023

Vous avez dit « opposant »?

La perspective des prochaines présidentielles pousse certains aspirants au pouvoir à se présenter comme les plus farouches opposants à la majorité relative qui exerce le pouvoir exécutif.

L’emploi de ce mot est une faute.

L’opposition est un concept anti démocratique

Une société démocratique doit certes  offrir aux citoyens des alternances au pouvoir.

Des équipes  politiques concurrentes peuvent donc  échanger des critiques et proposer aux électeurs des solutions différentes.

Mais le parlement n’est pas un ring de boxe ou de catch entre les champions de camps politiques que tout oppose.

Ceux qui pratiquent l’opposition totale à la majorité en place dans une démocratie visent au monopole du pouvoir pour eux mêmes.

 Or une société démocratique est pluraliste sur tous les plans hormis les principes constitutionnels de base.

Les partis qui se prétendent démocrates doivent donc chercher à s’entendre sur ce qu’ils ont en commun,  et ne se combattre que sur ce qui les différencie.

Les partis peuvent s’opposer sur des lois mais s’ils se définissaient par principe comme des opposants systématiques pleins de haine, il leur faudrait s’opposer aux mesures que la majorité leur aurait emprunté.

C’est ce qui a conduit une partie des Républicains à ne pas voter  pour des mesures qu’ils défendent depuis toujours.

Les démocrates ont pour opposants les anti démocrates, et réciproquement.

Si le Parlement n’était composé que d’opposants irréductibles la société serait impossible.

Il faut donc renoncer au mot « opposant » entre démocrates .

Dans un espace politique divisé en plus de deux partis la posture de l’opposition totale oblige les modérés à s’aligner sur leurs extrêmes pour finir par réduire la scène politique à une épure manichéenne et simpliste.

Les citoyens démocrates doivent exiger des politiques qui prétendent les représenter de s’accorder sur le bien commun sans mettre leur drapeau dans leur poche.

Sans quoi nous irions vers une guerre froide  civile. »

André Senik

Marine  et  Vladimir,  propos rassuristes 

Né en 1943, j’ai passé la première moitié de mon existence avec une triple épée de Damoclès sur la tête : le communisme totalitaire et expansionniste, une troisième guerre mondiale, thermonucléaire, et le « péril jaune », aggravé par la bombe ! On me l’assurait, mi-figue mi-raisin : « Profitons vite de la vie, avant la mort fatale », mort nucléaire, car « les armes, y compris atomiques, cest fait pour sen servir. » Et, pendant les quarante années suivantes (depuis Dreux 1982), on a tout fait pour m’insuffler la peur des « fascistes », ressuscités en France et campant sans cesse « aux portes du pouvoir ». Que d’angoisse !

Heureusement, pour moi les « grands » n’étaient nullement suicidaires : « politique au bord du gouffre » certes, mais très contrôlée ; et je considérais la Chine assez vaste pour sa population. Bien sûr, j’étais très impressionné par la « masse énorme qui commence à Vladivostok sur le Pacifique et s’étend jusquau cœur de Berlin » (Paul Reynaud, 9/07/1957) ; une fraternité internationaliste grâce au communisme, pensais-je candidement. Toutefois, en visitant l’Europe de l’Est, j’ai eu la révélation : des « colosses aux pieds d’argile », sans base populaire ; de même, adhérant au PCF, j’ai vite fait le constat d’une bureaucratie pusillanime, loin de la réputation révolutionnaire qui m’avait attirée.

Finalement, l’empire soviétique, miné de l’intérieur, s’est effondré de lui-même, sans guerre avec l’Ouest, où,  de leur côté, les Partis communistes périclitaient rapidement. Chez nous, François Mitterrand, machiavélique, serra, très fort, le « redoutable » PCF dans ses bras (quelle inconscience, selon beaucoup) … jusqu’à l’étouffement. C’est alors que, pour remplacer Georges Marchais comme ennemi public n°1, surgit, très opportunément, un autre bouledogue, Jean-Marie Le Pen : « le fascisme revient, fascinant et contagieux ; serrez les rangs (derrière nous) pour l’endiguer. Avant qu’il ne soit trop tard ! »

                                  La « montée des extrêmes »                         

A la présidentielle de 2002,  Jean-Marie Le Pen, avec 17% des suffrages exprimés au 1er tour, se qualifia, à la stupeur générale, pour le second. Des trotskistes à la « droite », la classe politico-médiatique embraya sur l’émotion populaire, la « gauche » poussant carrément dans la rue des foules paniquées. Paradoxe : le peuple manifestait contre … le peuple, supposé hypnotisé par le monstre ! Une peur irrationnelle : passer de 17% à plus de … cinquante en quinze jours ? Ses 17,5% obtenus, le matamore abdiqua plus tard, au FN, en faveur de sa fille et les experts politiques d’expliquer doctement qu’au fond le rôle d’aboyeur et d’histrion satisfaisait amplement son ambition. En revanche, Marine, elle, était une femme de pouvoir, redoutable (comme Marchais ?), d’où sa diabolique tactique de … « dédiabolisation ». Alerte maximum donc : « Extrême-droite, un danger pire que jamais » (« une » de Libération du 7 avril 2022).

Le 24 avril 2022, avec seulement 41,5% au 2ème tour  de la présidentielle (23,41% au 1er), Marine Le Pen n’obtenait qu’un score piteux, après tant d’années d’activisme. Et les mêmes commentateurs, qui criaient la veille encore au fascisme imminent, d’affirmer qu’en réalité M. Le Pen ne se voit qu’en cheffe de l’opposition parlementaire. Aux deux tours des législatives de juin, le RN (ex-FN) ne recueillit que 19% puis 17,3 (57% d’abstentions), démentis cinglants à la thèse de « la montée du Front national » quasi-irrésistible, colportée de part et d’autre depuis 1982. 

Au Parti communiste aussi, dans les années 60-70, les militants étaient convaincus de la progression inexorable du parti, d’élections en élections,  jusqu’à sa victoire, qu’imaginaient également ses adversaires, effrayés (beaucoup ont même redouté une insurrection communiste en mai 68 !…). Or l’Histoire est sinueuse ; la société évolue de façon imprévue ; les générations nouvelles se distinguent des anciennes ; les partis, bousculés, se transforment pour survivre ou progresser, etc. : le PC de Fabien Roussel (de Brossat, de Dartigolles …) diffère nettement de celui Maurice Thorez comme le Rassemblement national de Marine Le Pen du Front national de son père, qu’elle a, du reste, exclu. PC et RN sont donc perçus autrement. C’est pourquoi, spectaculairement, les DOM ont voté à plus de 50% (des exprimés) pour Jean-Luc Mélenchon le 10 avril 2022 (premier tour), puis, à près de 60% pour Marine Le Pen le 24 : la vieille tactique  du « faire barrage au fascisme », fascisme hypothétique et d’un temps futur, a, cette fois, échoué, le FN-RN, autrefois rejeté comme « violent, raciste, néo-colonialiste, etc. », étant absous ou jugé moindre mal par les domiens en colère contre le pouvoir macronien, très concret.

A l’inverse de ceux des médias qui ont, l’an dernier, qualifié la candidate Meloni en Italie, d’« héritière de Mussolini » (« Giorgia Meloni, la femme qui fait trembler l’Europe », « une » du Courrier international du 22 septembre 2022), on pourrait reprendre pour Marine Le Pen les mots d’un historien du fascisme sur Madame Meloni : elle est « presque tout, sauf fasciste » (Jean-Christophe Buisson, dir.-adjoint du Figaro Magazine, dans Marianne du 27 septembre 2022). D’« extrême droite » (bien proche de l’ « extrême gauche »  souvent !) si l’on y tient, mais pas … extrémiste.

                                             « Scénarios fous »

… Par contre, on a créé de l’inquiétude chez les Français en leur parlant du « retour des années trente en Europe » (tandis qu’à Moscou, on dénonçait la résilience des « nazis » en Ukraine, comme on y stigmatisait naguère les « revanchards de Bonn »). La sensibilisation à la tyrannie agressive russe a toujours été stimulée par cette représentation courante d’une armée « rouge » invincible : aujourd’hui comme en 1950, beaucoup croyaient qu’ « en cas de guerre, lArmée Rouge aurait vite fait denvahir lEurope jusqu’à Brest » (S. de Beauvoir : La force des choses, Livre de poche 1963, p. 320) ; « LEurope a exagéré la force de la Russie » (Olga Stefanishyna, vice-Première ministre ukrainienne, Le Monde du 27 mai 2022).

… L’échec de l’offensive de la Russie et l’enlisement de son armée dans l’est de l’Ukraine devraient nous rassurer. Mais non : « On pourrait en particulier craindre que, la victoire en Ukraine devenant hors de portée, la Russie décide d’élargir le champ de bataille à quelques pays voisins en Europe. Et ce serait la troisième guerre mondiale ; la vraie première guerre thermonucléaire. Lhumanité ny survivrait pas » (Jacques Attali, legrandcontinent.eu/fr/2022/04/26 ). Tout ça pour une Ukraine qui périrait elle aussi ? Sophisme particulièrement utilisé sous Staline : plus l’ennemi s’affaiblit, plus  il devient dangereux (plus il est fort, plus il est inoffensif ?)    

Envisageant, en préalable, des frappes nucléaires « tactiques », aux effets limités, en territoire ukrainien, Attali précisait : « Un tel scénario, aussi fou soit-il, est parfaitement vraisemblable, juste avant ou juste après le 9 mai prochain, date anniversaire de la victoire de l’Armée rouge sur les armées hitlériennes. » Une prédiction fort hasardeuse, mais qu’importe : « Avec la guerre en Ukraine, la menace nucléaire s’intensifie » (L’Humanité du 14 juin 2022). Ensuite, d’autres devins ont annoncé que, le 24 août, pour le sixième mois de son « opération spéciale », Poutine assénerait un grand coup ; on attend toujours. Puis, périodiquement, l’explosion possible de la plus grande centrale nucléaire d’Europe à Zaporijjia, prise par les Russes, est revenue sur le tapis : « On est passé très près de la catastrophe » (Libération du 22 septembre 2022). Sans compter les rappels de la crise des missiles de Cuba d’octobre 1962 : « au bord du gouffre » (oui, mais jamais plus loin !) Et encore, on a fait le saut, des Caraïbes à la mer de Chine, avec la question de Taïwan, revendiquée par Pékin et, à ce titre, présentée comme le nouveau foyer du feu nucléaire. Quitte à devoir reconnaître plus tard la retenue (par réalisme et calcul) de Xi Ping dans l’affaire, ainsi que son rôle modérateur sur l’Ukraine auprès de Poutine.

                                       Le pire nest jamais sûr

Poutine est un animal à sang froid, sans affects, impitoyable, assoiffé de pouvoir et sûr de lui. Il faut lui faire résolument barrage et rallier les opinions publiques. Mais il est caricatural de le présenter (avec, souvent, une bonne dose de sensationnel) comme un fou, furieux et tout puissant, à la bombe entre les dents. Et c’est démobilisateur, sachant qu’on devra « expliquer », dans un second temps, qu’avec la bombe, il pèse sagement (?) le pour et le contre, ou plutôt qu’il bluffe purement et simplement : « Il n’est pas exclu que le Kremlin fasse usage d’armes nucléaires tactiques … Poutine ne ferait que dévaster la terre qu’il cherche à s’approprier et mettre en danger son armée et son peuple avec les retombées radioactives … Le fait qu’il n’y ait pas eu recours montre qu’il est conscient de son caractère inepte. » (New York Times du 13 septembre 2022). Comme on lâchera, discrètement, l’info vraie sur les contacts permanents, même si secrets, entre les diplomates et les états-majors des deux côtés, ainsi qu’il est, prudemment, de règle. Alors, cataclysme mondial ou pas ? « … la menace d’une guerre nucléaire s’intensifie » maintiennent certains (L’Express du 31 juillet 2023), c’est tellement plus excitant.

Poutine et sa clique, c’est vrai, évoquent régulièrement le risque d’un conflit planétaire (provoqué par l’Ouest naturellement). Avec une désinvolture, apparente, qui surprend. Comme si, fanatisme ou fatalisme de l’ « âme slave », ils ne redoutaient aucunement la fin du monde, voire s’y étaient préparés, eux aussi, comme les « djihadistes », en recherche de martyre et de gloire.

C’est que les dirigeants russes, qui règnent par la peur chez eux (assassinats et arrestations, répression des manifestations …), voudraient faire naître l’angoisse dans les populations occidentales, perçues d’ailleurs comme amollies et veules. Susciter la crainte d’une guerre nucléaire, qui amènerait les Occidentaux à ménager la Russie et à multiplier les concessions sans besoin même, pour elle, de se battre. La dramatisation développée dans certains rangs occidentaux terrorise à l’instar de la propagande russe et va dans son sens.

Pourtant, les Russes ne lanceront pas leurs missiles nucléaires sur l’Ukraine et l’Europe. Ils en sont dissuadés par la riposte immédiate et foudroyante que leur vaudrait leur attaque. Les Russes ont déjà été surpris par la capacité de résistance des Ukrainiens et le haut niveau d’engagement des Occidentaux ; sur ce dernier point, les Ukrainiens aussi : « … avant ce conflit, javais déjà fait mon deuil de lOccident … Pourtant, il sest réveillé : la mort de lOccident na pas eu lieu » (Arestovytch Oleksiy, conseiller du président Zelensky, dans desk-russie.eu/2022/05/13 ). En fait, face aux dictatures, l’Occident ne dort que d’un œil. Il est fondé sur le système de liberté le plus avancé jusqu’ici, qui offre des chances à chaque tendance politique et que, dans lequel, toutes ont donc intérêt à s’inscrire. D’autre part, côté positif du tarissement idéologique actuel, l’époque n’est plus, en Occident, aux grands emballements et aux grands affrontements internes. Alors que les divers autres régimes  campent sur des volcans, à la merci des conspirations et des guerres civiles, des haines et des fanatismes.

Il se déroule dans ces régimes assez d’évènements tragiques dans le présent, pour échafauder, en totale indécence, par froideur intellectuelle ou pour l’adrénaline, des scénarios d’anticipation apocalyptiques – relativisant les horreurs actuelles, et, qui plus est, invraisemblables.  L’avenir ne sera pas radieux ni, nécessairement, un enfer.

Guy  Barbier

Réponses à André et Guy

Les deux premières contributions à cette réflexion sur la démocratie libérale et à la meilleure manière de la défendre sont importantes.

André rappelle avec raison que les défenseurs, ou les promoteurs de la démocratie doivent, avec les autres démocrates, chercher les meilleures solutions  aux problèmes posés dans le cadre qui leur est commun et d’abord dans le respect de la Constitution.

Le premier  problème est qu’on n’a jamais pu éliminer les ambitions personnelles, la volonté d’éliminer ou en tout cas de surpasser un  rival en célébrité. Le pouvoir fascine et  peut conduire à  s’opposer justement, à un concurrent plutôt qu’à collaborer avec lui tout en étant en désaccord.

Le second problème – hommage du vice à la vertu – est que même des adversaires de la démocratie libérale se font passer pour des démocrates. Mieux : pour des démocrates plus vrais, plus authentiques  que les autres.  En conséquence, ils peuvent s’opposer à d’autres démocrates parce qu’ils sont en fait des adversaires de la démocratie libérale. Les  députés de La France Insoumise par exemple s’opposeront à d’autres démocrates par haine de la démocratie libérale qu’ils jugent une fausse démocratie. Nous mêmes, ne devons-nous pas alors nous opposer à ces gens qui méprisent le parlementarisme et déplacent le centre de gravité de la scène où se joue la vie politique  démocratique, dans la rue ? Problème compliqué, on le voit : bien qu’au sein des institutions démocratiques, les démocrates libéraux ne doivent-ils pas s’opposer à ceux qui veulent dépasser ou renverser le système actuel? Le problème est encore plus compliqué lorsque des opposants au « système » se présentent en défenseurs de la démocratie libérale afin d’être mieux acceptés. Leur objectif de « dédiabolisation » appelle une conduite apparemment acceptable et, peut-être soucieuse en fait, de gagner les voix nécessaires pour gouverner selon des principes et des valeurs bien éloignées de la démocratie libérale.

Le texte de Guy Barbier est également un rappel à suivre une ligne de conduite raisonnable. Le pire n’est jamais certain en effet. La dramatisation est de rigueur chez les militants . C’est une arme, en tout cas un appel à la mobilisation.

Le problème est que l’on ne sait jamais… On ne sait pas si le  « collègue » et adversaire politique n’est pas en fait un opposant et si oui qu’elle attitude avoir envers lui.

On ne sait pas davantage si l’improbable ne peut pas advenir. On a ici et là pensé en 1933 que les nazis ne parviendraient pas au pouvoir et presque 90 ans plus tard, j’en connais qui ne pensaient pas que Poutine attaquerait l’Ukraine. Mais dans les deux cas le pire est arrivé.  Sans doute, il faut ne pas jouer les Cassandre. Sans doute, il ne faut pas agiter d’épouvantails. Mais parfois, Cassandre a raison…Et le rappel aux bons principes et à la sagesse  individuelle est moins utile qu’on pourrait l’espérer.

Pierre Rigoulot

Trump : épouvantail  ou  adversaire ?

Le texte de Jean Francart est de ceux que vise directement  Guy Barbier : le style Cassandre y triomphe. Le pire est le plus probable et diverses forces s’organisent pour qu’il advienne. On comprend qu’il s’agit de nous sortir de notre insouciance estivale. Mais les arguments avancés sont bien discutables.

Premièrement, il n’est pas besoin d’ imaginer un « dispositif ». Les Etats totalitaires sont là. Ils s’opposent aux démocraties et craignent pour leur survie autant qu’ils veulent nuire aux démocraties. La guerre d’Ukraine est aussi une guerre d’émancipation de la sphère totalitaire.  C’est pourquoi nous soutenons les Ukrainiens. Le monde occidental, le monde des démocraties libérales, est menacé mais il menace aussi le monde totalitaire en particulier par son attractivité. Poutine est par là lui-même menacé et l’avenir du totalitarisme russe incertain.

Deuxièmement, les appuis africains saoudiens ou iraniens à Poutine ne permettent pas de parler de « bloc ». La haine commune des démocraties occidentales n’empêche pas les fanatiques chiites au pouvoir d’être contestés chez eux et de contester la « russian and chinese way of life ». L’avenir de leurs relations avec les anciennes puissances communistes est loin d’être assuré à long terme.

Troisièmement, et c’est là le fil directeur du texte de Jean Francart, l’affirmation du caractère totalitaire des projets de Donald Trump laisse l’observateur quelque peu perplexe. L’Amérique de Trump pourrait-elle être celle d’un parti unique, de la soumission obligatoire à une idéologie et celle d’une économie étatisée ou encadrée par l’Etat? Trump s’en prendrait-il aux démocraties de l’Europe occidentale ? L’avenir totalitaire des Etats-Unis est un fantasme angoissant, sans doute, mais un fantasme dont la réalisation est peu concevable.

Reste cependant  – et Jean Francart nous y invite vivement avec raison – à comprendre les liens de Trump avec la Russie et ce qu’ils peuvent avoir comme conséquences politiques. Le rejet au sein d’une partie des extrêmes- droites occidentales d’une Union européenne visant à dépasser  peu à peu la souveraineté nationale, se traduit par un refus de soutenir l’Ukraine. Les mêmes motivations ne pourraient-elles pas animer leur favori américain  Donald Trump? Une raison de plus de suivre de près la campagne d’un éventuel candidat qui prétend régler la question ukrainienne en 24 heures.

Pierre Rigoulot

Ne pas minimiser

La réponse de Pierre Rigoulot se caractérise par le fait de minimiser les évolutions intervenues et de minimiser aussi les menaces qui pèsent sur nos pays démocratiques. Il est pourtant devenu banal de voir la presse de nos pays démocratiques constater (pour le regretter) que la démocratie est depuis plusieurs années en recul sur la planète.

Procédons ici à une énumération très incomplète : certains pays restent démocratiques mais renoncent à l’état de droit (Pologne, Hongrie, Turquie, Israël) ; d’autres pays qui étaient démocratiques basculent dans la dictature (Tunisie, Ethiopie, Mali, Centrafrique, Niger…) ;  deux pays, la Birmanie et la Syrie, ont durci leur dictature tout en se subordonnant à la Chine et à la Russie ; Pékin a contraint par la force la population de Hong Kong (pourtant massivement prodémocratie) à se soumettre à son régime totalitaire ; l’Afghanistan est retombé sous l’emprise d’un régime totalitaire théocratique, celui des Talibans ; deux grandes dictatures s’avèrent désormais s’être transformées en régimes totalitaires, la Russie du KGB et l’Iran des Ayatollahs ; la Chine, le plus ancien, le plus achevé et le plus puissant des régimes totalitaires, rivalise à parité avec les Etats-Unis en termes de puissance géopolitique ; on a vu les Etats-Unis subir (le 6 janvier 2021 et pour la première fois de leur histoire) une sérieuse tentative de coup d’état sans que s’enclenche un puissant mouvement de protestation. L’auteur ? un certain Donald Trump, celui qui célèbre régulièrement Poutine, qui accepte de rencontrer Kim Jing Un et qui, ni avant ni après le 6 janvier, n’a jamais exprimé une seule fois publiquement un quelconque attachement à la démocratie…

Pierre me reproche de privilégier « le scénario du pire ». Je lui réponds que son attitude l’amène à fermer les yeux sur la lourde tendance internationale qui prévaut depuis plus de vingt ans, celle du recul de la démocratie et de la montée des régimes antidémocratiques sous la houlette d’un bloc de quatre pays totalitaires (la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du nord).

En la matière, je pèse mes mots et je cherche à distinguer soigneusement les dictatures ordinaires des vrais régimes totalitaires, Je n’ai en particulier jamais affirmé que l’Arabie Saoudite était un régime totalitaire, encore moins qu’elle aurait intégré le bloc des régimes totalitaires. Ce que je pointe, c’est l’activisme agressif que déploie ce bloc pour soustraire de nombreux pays à l’influence des pays démocratiques, pour faire reculer la démocratie partout dans le monde et pour faire triompher in fine le modèle totalitaire à l’échelle mondiale.

En quoi serais-je donc excessif ? entre 1980 et 2000, nos pays démocratiques eux-mêmes ont aussi déployé beaucoup d’énergie pour étendre notre modèle démocratique à l’échelle mondiale. Depuis 2000, deux grandes organisations totalitaires se sont regimbées sans le faire savoir : le PCC en Chine et le KGB en Russie ; depuis 2005 (Instauration de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine)), elles se sont même alliées pour, à leur tour, défendre et propager leur propre modèle, le sinistre modèle totalitaire. Une alliance qu’ils ont rendue officielle et publique tardivement avec leur long communiqué commun le 5 février 2022, juste avant l’invasion de l’Ukraine.

Mon analyse n’a donc rien de paranoïaque. Elle vise la lucidité et elle renonce à l’autocensure.

Aujourd’hui nos pays démocratiques sont hélas sur la défensive ; c’est bien pourquoi, plus que jamais, ils doivent s’unir et se soutenir mutuellement pour faire face au bloc des quatre régimes totalitaires. Il s’agit aussi de contrer leur stratégie conjointe qui est beaucoup plus construite qu’il n’est généralement admis ; en la matière, il ne faudra jamais oublier la capacité qu’a montrée le KGB à jouer « son pion Trump » pour nuire à la démocratie aux Etats Unis eux-mêmes ou la perversité qu’a manifestée le PCC au cours de la pandémie Covid.

Jean Francart

19 août 2023

Ni parano ni minimisation

Je ne minimise pas les dangers de la situation actuelle. Je ne veux simplement pas qu’on laisse entendre qu’on va de toute nécessité à la catastrophe. Je n’ai pas pour autant parlé de paranoïa. J’ai dit seulement refuser un discours du même type que celui de Cassandre, laquelle annonçait des catastrophes qui survenaient  inéluctablement.

Je n’irai pas plus loin dans cette polémique. L’avenir nous dira-t-il  qui a raison ? Même pas : tant de facteurs nouveaux et inattendus peuvent jouer ! Il y a mieux à faire, pour défendre la démocratie libérale, tant en France qu’ailleurs, que théoriser ce qui est sans doute surtout la manifestation de différences psychologiques ayant toutes deux des avantages…et des inconvénients !

Pierre Rigoulot

24 août  2023

31 Juil 2023


Alain Besançon (1932-2023)

Alain Besançon  vient de mourir. Il avait 91 ans. Il fut, comme tant d’autres de ses amis (Annie et Arthur Kriegel, Emmanuel Le Roy Ladurie par exemple) membre du Parti communiste dans sa jeunesse. Professeur de lycée à Montpellier, Tunis et Neuilly, il fut ensuite attaché de recherches au CNRS et intégra l’EHESS où il devint directeur d’études à partir de 1977.  Il enseigna aussi aux Etats-Unis, notamment à Columbia, à la Hoover institution de Stanford, haut lieu des archives du communisme, puis à Princeton. En 1987, Alain Besançon publia des  mémoires sous le titre Une génération où il raconte qu’il décida « d’explorer l’histoire de la Russie et de l’URSS afin de mieux comprendre ce qui lui était arrivé ». Il avait en effet rompu avec le communisme en 1956, mais était fasciné par les mécanismes affectifs et intellectuels par lesquels cette conception du monde s’auto-justifiait. Selon lui, le totalitarisme léniniste était une forme de gnose qui n’était pas sans rappeler le marcionisme, lequel exaltait le Dieu d’amour du Nouveau testament et dans le même temps rejetait le Dieu de la Loi, celui de l’Ancien testament. Cet examen, selon Besançon, devait « conserver son sens judiciaire » et aboutir à un jugement. Ce procès de l’histoire russe était à ses yeux une « cause capitale entre toutes ».

Ami de Branko Lazitch, qui animait la revue Est & Ouest, ancêtre des Cahiers d’histoire sociale et d’Histoire & Liberté, Alain Besançon fréquentait l’Institut d’Histoire sociale, participant en particulier à nombre de ses colloques où il nous associait avec clarté et force de conviction le Mal aux pratiques soviétiques et à l’idée même du communisme.

Membre du Conseil de rédaction de la revue Commentaire depuis 1986, Alain Besançon. fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1999.

On relira avec grand profit ses oeuvres, notamment Le Tsarévitch immolé (1967), le Court traité de soviétologie à l’usage des autorités civiles, militaires et religieuses (1976), préfacé par Raymond Aron, Les Origines intellectuelles du léninisme (1977), Présent soviétique et passé russe (1980), La Falsification du bien, Soloviev et Orwell, (1985), Le Malheur du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, (1998), Sainte Russie, (2012).

Tous ses anciens étudiants, devenus souvent ses amis, pleurent sa disparition et adressent à son épouse, Maria, toutes leurs condoléances.

Pour les Amis d’Histoire & Liberté,

Pierre Rigoulot

Alain Besançon était une des personnes que je respectais le plus. « Les origines intellectuelles du léninisme » réduit ce dernier en cendres. Bien que non économiste il est à ma connaissance le premier à avoir mis en lumière l’imposture absolue qu’était la « brillante réussite économique » de l’URSS ( dans Anatomie d’un spectre, économie politique du socialisme réel que j’ajoute à la liste des oeuvres retenues par Pierre). Une surréalité construite en chiffres falsifiés, en mots, en théâtre et en images, surréalité qui, à l’époque, et encore longtemps après, trompait presque tout le monde, de gauche, comme de droite, surtout parmi les plus instruits dont la majorité des économistes les plus brillants de la planète ! En plus, un homme très humain, doté d’un sens psychologique aigu, à l’humour fin et capable d’autodérision 

Larme sincère.

Pierre Druez

J’éprouve un grand respect pour ce très bel esprit

André Senik

Un représentant authentique de l’intelligentsia en France, avec une érudition et un humour qui faisaient de lui un interlocuteur délicieux et de haut vol.

Nicolas Miletitch

C’est une grande tristesse pour moi. J’avais lu un livre de lui qui était très décapant sur le léninisme et sur l’univers soviétique. Cela m’avait bien dessillé les yeux. J’avais toujours espéré avoir l’occasion de le rencontrer. Trop tard hélas trop tard.

Antoine Brunet

12 Juil 2023


Prigojine, ou la liquéfaction du pouvoir de Poutine ?

Le 23 juin 2023 entrera peut-être dans l’histoire russe comme le début de l’effondrement du pouvoir de Poutine.

Il n’est pas question ici de parier sur le sort du coup armé de Prigojine et de sa milice Wagner qui ont investi le 24 juin Rostov-sur-le Don et Voronej en réclamant la tête du ministre des armées Choïgou.

Cet évènement jette une lumière crue sur le fonctionnement de l’Etat russe, livré depuis plus de vingt ans à des mafieux et des prédateurs. L’équilibre très précaire entre les vassaux de Poutine, fort bien résumé par Galia Ackerman (Franc-tireur n° 82, 7 juin 2023), disparaît aujourd’hui sous les yeux du maître du Kremlin.

Ecoutons Françoise Thom, qui a livré fin mars 2023 [1], devant les Amis d’Histoire & Liberté, une analyse des principaux « symptômes qui montrent que le système est au bout du rouleau », parmi lesquels le « phénomène Prigojine ».

* La scission des élites russes

F. Thom : « Les évolutions sont inquiétantes pour Poutine parce qu’on assiste à une fragmentation du pouvoir du Kremlin depuis cette guerre. Le processus avait déjà commencé, on l’a vu par exemple au moment du covid où tout d’un coup le pouvoir central a disparu en Russie et Poutine a finalement confié aux gouverneurs la tâche de gérer la crise. Il y a eu là une liquéfaction du pouvoir central qui était déjà assez intéressante et remarquée.

Mais maintenant, le processus de liquéfaction est beaucoup plus avancé et on le voit dans le phénomène Prigojine. Prigojine qui était à l’origine un chien de garde de Poutine (une espèce de rottweiler qu’il s’était donné pour discipliner la haute hiérarchie militaire, pour la tenir en laisse), a visiblement outrepassé le rôle qui lui avait été attribué par Poutine et il est maintenant en train de violer la règle d’or du système poutinien qui consistait à régler toutes les querelles de l’élite à l’intérieur du système, sans qu’il n’en sorte rien, sans que la chose ne transpire et surtout sans faire appel aux masses.

Prigojine […] montre d’abord la scission de l’élite, ce que Poutine voulait éviter depuis son arrivée au pouvoir en 2000 – la première règle qu’il a appliquée, c’est celle du monolithisme parce qu’il attribuait la désagrégation de l’Union soviétique sous Gorbatchev à la scission de l’élite. Pour Poutine, le monolithisme de l’élite était vraiment la vache sacrée de son système. Maintenant nous avons une situation qui rappelle l’époque eltsinienne, où finalement les querelles au sein de l’élite sont portées à l’extérieur, se répercutent dans les médias. Et surtout vous avez des personnages qui font appel à la population. Prigojine a une rhétorique démagogique, néobolchevique : il dit qu’« il faut faire cracher les riches », qu’il faut « fusiller davantage », prendre l’exemple de Staline. Mais il n’est pas le seul : par exemple, Medvedev, le toutou de Poutine (plutôt un caniche qu’un rottweiler, mais il commence à se donner des crocs de rottweiler), lui aussi rappelle que Staline finalement fusillait les directeurs d’entreprises du secteur militaro-industriel et qu’il faudrait se souvenir de cette saine pratique.

Vous avez tous les symptômes d’une guerre intestine au sein des élites russes […]. C’est ce que craignait Poutine par-dessus tout. »

* La sclérose du système Poutine

F. Thom : « Le système poutinien à ses débuts, avant que Poutine ne s’enferme dans son espèce d’autisme, était d’une grande souplesse. La démocratie Potemkine a marché longtemps ; bien sûr Poutine a écrasé tout de suite les libertés en Russie, les libertés de [l’ère] Eltsine, mais ça n’est pas apparu tout de suite, il a créé des faux partis, tout cela était crédible de l’extérieur. […] Le système s’est sclérosé, mais il est parfaitement concevable qu’il soit de nouveau fonctionnel si on met quelqu’un de plus jeune et de moins stupide. […] Le poutinisme intelligent, c’était […] l’époque où Poutine avait de très bons cerveaux, [Gleb] Pavlovski qui vient de mourir, l’architecte du système poutinien avec toute cette fausse démocratie, et puis [Vladislav] Sourkov qui était aussi intelligent et très nuisible. Poutine s’est brouillé avec les éléments intelligents […] en 2011 parce qu’une partie des artisans de son système voulait que Medvedev reste au pouvoir, […] donc Poutine les a marginalisés et puis il s’est appuyé sur de francs abrutis et le système s’est abêti prodigieusement au fur et à mesure.

[… Les] éléments fondamentaux sur lesquels repose le système poutinien, c’est le pillage de la Russie par un petit groupe proche du pouvoir, […] le placement des capitaux à l’Ouest, le contrôle des immenses flux financiers par une poignée de gens […] qui en viennent à nourrir des ambitions extravagantes, forcément, par leur position : étant riches à millions et voyant toute la servilité des Occidentaux devant eux, ils en viennent fatalement à avoir ce que le camarade Staline appelait le vertige du succès.

*

Ajoutons un dernier mot : dans son « discours à la nation » le 24 juin au matin, Vladimir Poutine évoque « un coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple. C’est exactement le coup qui a été porté à la Russie en 1917, lorsque le pays a combattu pendant la Première Guerre mondiale. Mais la victoire lui a été volée. Les intrigues, les querelles, la politique politicienne dans le dos de l’armée et du peuple ont provoqué le plus grand choc, la destruction de l’armée et la désintégration de l’État, la perte de vastes territoires. Le résultat fut la tragédie de la guerre civile. » Poutine vient de décrire la situation dans laquelle il se trouve : celle du Tsar en 1917 à la veille des soubresauts qui le chasseront du pouvoir.

Nous reviendrons dans un prochain article sur les propositions de Françoise Thom pour l’après-Poutine ; nul ne sait quand sa chute interviendra mais les chancelleries doivent s’y préparer.

(24 juin 2023)

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[1] « Après Poutine, les erreurs à éviter », conférence-débat, 27 mars 2023.

Image: Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Putin_%282022-03-10%29_02.jpg

26 Juin 2023


Quand Poutine se prend pour Staline (1)

En attaquant en février 2022 l’Ukraine, censée être dirigée par un gouvernement nazi, Vladimir Poutine s’est prétendu le digne successeur de Staline, chef victorieux de ce que les Russes appellent la « Grande Guerre patriotique ».

Mais c’est une guerre mythique que Vladimir Poutine a pris comme modèle. Gommés les deux ans d’alliance avec Hitler, qui n’ont pris fin qu’à l’initiative du chef nazi et ont abouti à l’annexion par l’URSS des pays Baltes de la moitié de la Pologne. Gommée, la direction incompétente de Staline – car la guerre a été gagnée non grâce à son génie militaire comme veut le faire croire la version enseignée en URSS, mais malgré ses ordres inefficaces et sanguinaires, si peu économes en vies humaines. Gommés, son usage du mensonge et son mépris total des règles du droit international, qui ont abouti à la mainmise de l’URSS sur la moitié de l’Europe, avec son cortège de viols et de pillages, de déportations et d’exécutions, et à l’installation pour plus de 40 ans de régimes totalitaires.  

Car n’est pas l’opposition au nazisme qui animait le chef du Kremlin  mais la volonté de sauvegarder et  d’étendre son empire.

En ce sens, oui, Vladimir Poutine est bien l’héritier de Staline.

Sur cette guerre menée contre l’Ukraine plane décidément l’ombre de « la Grande Guerre patriotique ». Mais la  différence essentielle avec celle-ci, Poutine ne la voit pas : la Russie de Staline, contrainte et forcée, avait à ses côtés les pays qui luttaient pour la démocratie et la liberté. Aujourd’hui,  au contraire,  Vladimir Poutine les combat.

H&L

(1) Pierre Rigoulot, Florence Grandsenne : Quand Poutine se prend  pour Staline, L’ombre de la Grande Guerre patriotique sur l’Ukraine, éd. Buchet-Chastel, Paris, 250 p. ,22,90 €qUAN

24 Mai 2023


Nous apprenons avec tristesse le décès de Christine Chauvet, présidente de l’Institut d’histoire sociale de 1994 à 1998. Elle succédait à Émile Roche (1958-1976), Gabriel Ventejol (1976-1987) et André Bergeron,(1987-1994), ancien secrétaire général de Force ouvrière.

Elle précédait Jean-François Revel  (1998-2006) et Emmanuel Le Roy Ladurie (depuis 2006).

Présidente en 1992 de l’Association des Femmes chefs d’entreprise (FCE) , membre du bureau politique du  Parti républicain, Christine Chauvet exerça les fonctions de secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie, chargée du Commerce extérieur, dans le premier gouvernement Juppé, du 17 mai au 7 novembre 1995.

Nous adressons à sa famille, en particulier à son frère Cedric Chauvet, nos plus sincères condoléances.

Au nom des amis d’Histoire & Liberté

Pierre Rigoulot

24 Mai 2023