Afghanisan : après la victoire des talibans

Passionnante conférence organisée par le Club France-Afghanistan que préside Françoise Hostalier à la mairie du X e arrondissement lundi 15 novembre. Pas d’envolées lyriques, pas de tremolos dans la voix. Des informations et des avis de la part d’un enseignant chercheur de Paris I Sorbonne, Gilles Dorronsoro, et d’un journaliste du Monde, Jacques Folloru, spécialisé dans les questions de Renseignements et tourné, ces dernières années, sur l’Afghanistan. Leur bonne connaissance du dossier afghan et leur expérience du terrain touchèrent vivement un public de connaisseurs.

Une des grandes questions, pour Gilles Dorronsoro, est de comprendre pourquoi l’armée américaine a, en quelque sorte, sous-traité cette guerre de 20 ans en s’appuyant sur des gens peu fiables, souvent corrompus et/ou trafiquants de drogue. Il était prévisible dans ces conditions que la situation irait en se détériorant jusqu’à ces dernières négociations où au fond, il ne fut question que des modalités du retrait sans la moindre exigence adressée aux talibans.

D’autres choix stratégiques ont conduit à l’abîme actuel. On n’a rien fait pour reconstituer l’Etat afghan ni pour agir en coordination avec lui. On ne se coordonna pas avec lui : on le contourna plutôt. Les talibans ont d’une certaine façon répondu à une demande d’Etat de la part des Afghans qui tout en étant très divers souhaitent un ordre légal, une institution judiciaire ainsi que des initiatives en faveur du développement économique du pays.

Comment un tel aveuglement américain a-t-il été possible? Qui sont les conseillers de l’armée américaine ? Comme sont-il formés? Voilà un point particulièrement important à « creuser »…

Une autre affirmation paradoxale frappa bien des auditeurs : les Américains n’ont pas fait la guerre (on compte moins d’une centaine de morts en 20 ans!) mais ont mené des opérations d’éliminations individuelles incontrôlées qui n’ont pas suscité – c’est le moins qu’on puisse dire – le soutien de la population.

Les deux conférenciers insistèrent sur le fait qu’à leurs yeux la situation humanitaire actuelle était très grave et qu’on risquait une crise majeure dans les prochaines semaines. Le froid est déjà vif en novembre en Afghanistan. Il serait donc utile de discuter avec eux. Certes, le dialogue est difficile puisqu’on ne veut pas reconnaître leur régime et il est en particulier difficile de parler de « droits de l’homme » puisqu’ on ne veut pas les accueillir et qu’on ne peut, pour améliorer la situation des droits de l’homme, faire pression sur eux par des sanctions car elles risqueraient de faire crever de faim une partie d’entre eux.

Aujourd’hui, les talibans sont seuls ou presque. Ils dépendent moins qu’on l’a dit des Pakistanais. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas encore reconnu le nouveau régime de Kaboul. Et les talibans doivent attendre moins des Chinois qu’ils pourraient le souhaiter.

Comme ils sont Isolés, menacés d’une grave crise alimentaire, l’Occident pourrait négocier leur aide. mais rien n’est fait dans cette optique. On pourrait discuter aussi de la drogue produite dans le pays, de l’immigration et du terrorisme. il faudrait échanger des concessions de la part des talibans dans ces domaines contre de la nourriture. Sans doute, ce n’est pas facile : les talibans ne veulent pas voir de femmes actives dans la vie sociale. Mais cette présence est aussi une question négociable ! Après tout, la situation des « vainqueurs »est si grave qu’on peut envisager des négociations sur des thèmes très divers.

Les observateurs ont insisté beaucoup sur la diversité du mouvement taliban. Mais les conférenciers insistent quant à eux sur la discipline, la hiérarchie et la centralisation de la direction. Malgré l’anachronisme, l’un d‘eux parlera même, à propos du mouvement taliban, de mouvement « stalinien » ( ce qui permet d’envisager la possibilité de retournements stratégiques brusques) dont l’idéologie, leur horizon, est la charia…

Bref, les participants à cette soirée ont eu leur content d’informations et d’ouvertures vers de nouveaux horizons. Tout n’est peut-être pas perdu à condition de prendre des initiatives et de négocier, malgré la répugnance qu’on peut éprouver à s’y résoudre…

(crédit photo: https://www.flickr.com/photos/ipostcross/49138640673/in/photolist-2hSdnUD-9WGZkw-9WEax8-9X4WLJ-9XLDXm-9X4WFh-9X4Wzy-9WH1Wh-9X4WUE-9WEbPe-fU74y-9WEaZt-9WH7hG-9XHMHR-9XHJZP-9X25SK-9WH84G-9WGZSb-9X4Wt1-9WE7He-ML3S3-ML3RY-emEX7o-oxyG4Q-fU6Nh-9WEcCg-9WH69f-fU74V-9X26cB-9WH5qw-9X25kp-9X4Wnd-9X4WZ7-9X267n-9X4Wd5-fU75s-fU73v-fU73Q-4PwcGt-fU75g-ackjad-9X25a2-fU74g-4PArbL-4PAs3j-4xPF1N-emrrqB-emrwBi-nnz1pC-5xHKD3)

18 Nov 2021

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