Mein Kampf et le Manifeste du parti communiste

Le Mein Kampf d’Adolphe Hitler vient d’être édité  chez Fayard, encadré par un énorme appareil critique justifié par le sous-titre :  Historiciser le mal.

Cette publication est nécessaire à la connaissance éclairée de l’Histoire d’une partie du XXe siècle. 

Le livre que j’ai publié en 2015 sur le Manifeste du parti communiste de Karl Marx porte la même idée dans son titre  : Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’Histoire

Tout semble opposer ces deux manifestes, excepté le fait indiscuté qu’ils furent respectivement les évangiles des deux totalitarismes qui ont plongé le XX e siècle dans les pires horreurs.

Certes, tout oppose la rhétorique de ces deux appels concurrents au combat total contre la démocratie libérale : le style de Marx est éblouissant de concision, de logique argumentative, et de maîtrise sophistique, quand celui de Hitler est d’une lecture rebutante sur le plan formel aussi bien qu’intellectuel.

Mais on a cru que la différence radicale entre ces deux appels à une révolution totale et violente tenait au fait que le texte de Marx incarnait l’idéal du Bien, et celui de Hitler l’idéal du Mal.

La lecture du Manifeste de Marx, confronté à ses effets effroyables dans l’Histoire, nous révèle que la différence la plus forte avec Mein Kampf se situe en réalité dans ce que les lecteurs des deux textes ont lu et qui les a galvanisés

Les nazis séduits par Mein Kampf ont compris exactement ce à quoi le texte les invitait : il appelait les Allemands à se considérer comme victimisés, à se venger de leurs ennemis, et à devenir les maitres en écrasant impitoyablement les races inférieures, la mission de la race supérieure lui venant de l’ordre qui règne dans la nature, de même que la mission du prolétariat lui vient du sens de l’Histoire universelle.

Les dizaines de millions de lecteurs séduits par le Manifeste du parti communiste, qui fut le best-seller mondial à égalité avec la Bible, crurent sincèrement que la révolution communiste programmée par ce texte flamboyant allait venger les prolétaires et les damnés de la terre grâce à la dictature du prolétariat, guidé par son Parti, par son État et par sa doctrine. Ils ont cru que cette dictature totale exercée par la terreur au nom et au profit des éternels dominés instaurerait la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice sociale et le triomphe des Lumières.

Quel est le résultat actuel de cette lecture éblouie et non critique du Manifeste du parti communiste  ?

Alors que le Mein Kampfde Hitler est considéré à juste titre dans le monde libre comme porteur d’un monstrueux anti-humanisme à visage découvert, le Manifeste du parti communiste de Marx continue d’y être admiré comme porteur d’un idéal parfaitement humaniste. Aussi humaniste dans ses idéaux et ses intentions que sa mise en pratique dans l’histoire fut monstrueusement anti-humaniste.

Ce que m’a révélé l’étude dégrisée de l’œuvre de Marx, c’est qu’elle ne défend jamais ni l’idéal de liberté, ni celui d’égalité, ni celui de fraternité, et encore moins la liberté de l‘esprit. 

Le seul idéal que Marx a toujours réaffirmé, car il y en a un, qui tient lieu du souverain bien auquel tout doit être subordonné et même sacrifié, cet impératif catégorique unique a été le développement maximum des forces humaines sociales.

Plus précisément, ce que l’étude critique du Manifeste du parti communiste fait apparaître, c’est que son programme conduisait directement à l’avenir qui fut le sien, partout où il fut fidèlement appliqué, c’est-à-dire sur un tiers du globe.

J’ai moi-même fait partie jadis des millions d’admirateurs abusés par la lecture du Manifeste du parti communiste. J’ai fait partie de ces millions de gens qui ne voulurent pas comprendre ce qui était pourtant écrit en toutes lettres dans la conclusion duManifeste : 

« Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre sociétal passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays unissez-vous »!

Maintenant qu’on connait et qu’on reconnait les conséquences dans l’Histoire de cet appel à la guerre totale contre la démocratie libérale, il est utile d’en comprendre la source idéologique et de la juger sans plus de complaisance que pour Mein Kampf.

André Senik

(crédit photo : Mein kampf + Pif !!! | bixentro | Flickr)

6 Juin 2021

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