Que se passe-t-il en Colombie ?

Depuis trois semaines, la situation reste assez confuse en Colombie. Les manifestations qui ont commencé le 28 avril avaient d’abord pour objectif de dénoncer la réforme fiscale proposée par le gouvernement du président Duque. Celui-ci a finalement décidé de la retirer pensant ainsi rétablir le calme dans le pays. Mais cela n’a pas suffi et les manifestations ont repris dans plusieurs villes. Il est vrai que la réforme était malvenue dans un pays déjà fortement affecté par de Covid 19.

La Colombie avait déjà connu des manifestations en novembre 2019 durant lesquelles les commentateurs et analystes politiques voyaient l’action de Gustavo Petro, ancien maire de Bogota, candidat malheureux aux élections présidentielles. On disait donc que ce qu’il n’avait pu obtenir par les urnes il voulait le prendre par la rue. Il est certain que toute l’opposition de gauche en Colombie est mobilisée contre le gouvernement et cherche à orienter, diriger voire récupérer les mouvements de protestations qui ont éclaté dans tout le pays : à Pereira, à Medellin, à Baranquilla, à Tunja, etc. A Bogota et à Cali, en particulier, les manifestations ont rapidement dégénéré en actes de vandalisme, saccages et pillages de nombreux supermarchés et magasins. Ces actes de délinquance s’expliquent aussi par la présence de nombreux Vénézuéliens sans travail qui ont préféré venir en Colombie plutôt que mourir de faim au Venezuela. Dans les rues de Bogota, dans les bus du Transmilenio, le système de transports de la ville, de nombreux Vénézuéliens survivent depuis quelques années par la mendicité. D’autres se sont associés aux bandes délinquantes de Colombie. En outre, l’arrivée massive de ces réfugiés vénézuéliens incluait aussi certains « terroristes » envoyés par Maduro. Il y a deux ans déjà, Diosdado Cabello, le numéro 2 du régime Vénézuélien, déclarait – et il l’a répété depuis – « que la Colombie allait connaitre des troubles qui iraient jusqu’au chaos pour renverser le gouvernement colombien ». Il est probable que des groupes se sont infiltrés dans les marches pour attaquer la police et saccager. A Cali, il y a eu des affrontements entre groupes de civils ; les indigènes qui soutiennent la grève ont bloqué les routes d’accès a la ville et vandalisé les voitures ; des civils fortement armés se sont opposés à leur entrée dans la ville. Cali a connu des problèmes d’approvisionnement en essence, aliments et médicaments et une augmentation des prix qui profitent, comme toujours a des spéculateurs au détriment des classes pauvres et sans ressources. Aux dernières nouvelles, le calme semble être revenu à Cali.

Le président Duque a engagé des négociations avec les différents comités de grève sans résultat décisif jusqu’à présent. Il a proposé le retrait de la reforme de la santé, un soutien économique pendant la pandémie et des mesures pour contrer la pauvreté et les inégalités. Duque, accompagné des ministres de l’économie et de l’éducation a rencontré 51 leaders étudiants, et offert la gratuité des frais de scolarité pour les étudiants les plus pauvres des universités publiques pendant le second semestre de l’année. Les manifestations continuent cependant. Les chiffres font état de 42 morts depuis le début mais aussi de 849 policiers blessés. On a dénombré 33.000 manifestants pour 44 rassemblements un jour de grève dans le pays.

On ne peut s’empêcher de se demander à qui profite le climat d’insurrection ainsi entretenu, en ayant en mémoire les manifestations qui avaient éclaté au Chili, au Pérou et en Equateur. Le 10 mai, le gouvernement colombien a déclaré « persona non grata » un fonctionnaire de l’ambassade de Cuba accrédité en Colombie pour « activités incompatibles avec les relations diplomatiques ».

Pour expliquer tous ces évènements, le jeune essayiste et politologue argentin Agustin Laje Arrigoni parle de « révolution moléculaire », idée théorisée par Felix Guattari dans le livre qui porte ce titre, publié en 1977 (réédité en 1980 puis en 2002). L’extrême gauche, en Amérique latine, a lu la traduction espagnole du livre en essayant de mettre en pratique cette idée d’une multiplication des luttes sociales qui surgissent de différents groupes avant de s’associer et de créer ainsi des mouvements de masse.

Nous sommes au-delà des schémas marxistes classiques comme le prophétisait Guattari.

Jacques Carbou

Le 20 mai 2021

(crédit photo : Manifestation Paris mai 2021 | Philippe Agnifili | Flickr)

23 Mai 2021

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