L’ « autre Europe », c’est notre Europe     

Pour nous, amis d’Histoire & Liberté, issus de l’Institut d’histoire sociale fondé par Boris Souvarine (né à Kiev en 1895) et présidé par Emmanuel Le Roy Ladurie après Jean-François Revel, pour nous qui nous définissons par notre hostilité aux divers totalitarismes – communisme, nazisme et islamisme politique -, par notre attachement à la démocratie libérale et à l’État de droit, l’agression de la Russie de Poutine contre l’Ukraine est un acte de banditisme qui viole les règles du droit international et porte atteinte à la sécurité de l’ordre mondial.   

L’Ukraine est européenne…et l’Europe est démocratique

Derrière les prétextes confus que s’est donné le dictateur russe (unité ethnique, linguistique voire religieuse russo-ukrainienne, menaces de l’Otan, « nazisme » du gouvernement de Kiev, poids de la drogue), se cache, bien au-delà, un projet impérialiste qui passe par la reconquête d’une « grandeur » et d’une influence perdue, mais aussi de territoires et d’États qui se sont dégagés, à la faveur de la chute du communisme au début des années 1990, de ce que Poutine considère comme sa légitime arrière-cour, pour rejoindre un des bastions du monde libre : l’Union  Européenne. De Tallin à Bucarest et de Kiev à Prague, les peuples de ce qu’on nommait alors l’ « autre Europe » rappelaient que les Baltes, les Tchèques ou les Ukrainiens étaient des Européens autant que les Français, les Irlandais ou les Finlandais. La chape de plomb soviétique qui les a recouverts pendant plus de 40 ans – après la chape de plomb nazie (voire en même temps qu’elle, entre 1939 et 1941)  nous l’avait  trop fait oublier…

Cette Europe s’est justement constituée et développée avec des institutions et des valeurs totalement opposées aux totalitarismes communiste et nazi. L’aide à l’Ukraine relève donc de l’assistance que l’on doit à un peuple de notre Europe, agressé.

Le projet de Poutine`

La simple réaffirmation aujourd’hui de l’identité démocratique libérale et européenne de l’Ukraine est bien sûr mal accueillie par les États alliés de la Russie et parfois eux-mêmes totalitaires, comme la Chine. Certains de ces Etats, par haine de la démocratie libérale, par rancoeur, par intérêt économique, par soumission financière, refusent de désapprouver le projet poutinien, projet impérial d’un pouvoir autoritaire, voire totalitaire (le syncrétisme actuel en cours au Kremlin, à la fois passéiste et communiste, en tout cas antidémocratique, reste à définir mais est d’ores et déjà condamnable par ses effets en Russie, en Europe, en Syrie et jusqu’en Afrique).

Comme l’islamisme politique et la Chine aujourd’hui, comme le communisme et le nazisme hier, Vladimir Poutine refuse l’existence d’une société pluraliste, de son mode de vie et de sa culture, jugés dégénérés. La détruire ou la réduire à l’impuissance lui semble la meilleure riposte aux risques bien réels de propagation des aspirations démocratiques dans son propre espace.

Cette guerre contre l’Ukraine, entreprise à ses risques et périls par Poutine, n’est pas une simple querelle d’ordre historique et linguistique entre Slaves qui nous serait étrangère. C’est un épisode de la lutte globale menée contre l’ordre mondial prévalant depuis la chute du nazisme, et dans lequel le monde libre occupe une place légitime, sous la protection de l’Otan, une organisation  défensive née au lendemain du blocus de Berlin par Staline et injustement décriée : il faut rappeler qu’elle a protégé l’Europe occidentale  des ambitions expansionnistes de l’URSS et notamment lors de « la crise des euromissiles » dans laquelle, après 1977, Brejnev entendait pointer ses missiles sur elle.

Poutinolâtres et poutinophiles

Que certains gaullistes voient dans la guerre de Poutine contre l’Ukraine une nouvelle preuve du caractère nuisible  de l’opposition entre les États-Unis et la Russie et en concluent à la nécessité pour la France d’adopter une position « équilibrée », à mi-chemin entre les deux grandes puissances, n’est pas pour nous surprendre.

Les poutinolâtres à la Zemmour, et les poutinophiles à la Marine Le Pen et à la Mélenchon ne nous surprennent pas non plus. Seule la peur de perdre des voix lors de l’élection présidentielle les empêche d’ailleurs d’apporter plus ouvertement leur soutien au Grand Chef d’Etat si « respectable » d’une Russie que l’Occident aurait trop longtemps « humiliée » et repoussée.

Il est plus attristant de constater ce refus de soutenir activement l’Ukraine dans certains milieux qui dénonçaient jadis plus librement les diverses tyrannies : la tarte à la crème de l’émotion qui « trouble le jugement » , sinon « l’aveugle », fait florès  – comme si l’indignation morale n’était pas de mise devant le malheur unilatéralement provoqué par une puissance hostile à la démocratie !

Faire front

Cet épisode difficile dans la vie du Monde libre a mis en évidence l’incurie de l’ONU, désormais incapable de faire respecter les règles du droit international du fait du veto dont usent et abusent les deux grandes puissances hostiles au respect de ces règles et ennemies déclarées du système démocratique et libéral : la Russie et la République populaire de Chine.

L’Otan, quant à elle, joue un rôle positif d’outil de défense militaire d’une partie des démocraties mais elle est géographiquement marquée par le seul Atlantique nord, comme son nom l’indique, même si elle a joué un rôle déterminant dans l’échec du projet rouge-brun du dictateur Milosevic dans les années 1990. Devant la menace mondiale exercée par les deux anciennes grandes puissances communistes et clairement explicitée dans le communiqué commun sino-russe du 4 février dernier, s’imposent le maintien et le renforcement de l’OTAN mais aussi la constitution progressive d’une puissance politique et militaire autonome capable de faire front par elle-même à ses différents adversaires afin de sauvegarder ses valeurs de liberté et de défendre le Droit à l’échelle mondiale.

Rendons hommage à tous les malheureux civils assassinés ou écrasés sous les bombes et les missiles russes. Et aidons les Ukrainiens et leur magnifique président, Volodymyr Zelensky : il  combat pour leur  liberté et pour la nôtre. 

Les amis d’Histoire & Liberté

4 Avr 2022


Donbas: Renoncement sous contrainte à la nationalité ukrainienne dans les “Républiques populaires” du Donetsk (RPD) et de Lugansk (RPL)

Le plan d’annexion par Moscou de la partie du Donbas qui n’est plus sous le contrôle de Kiev est en marche par contrainte administrative, sans effusion de sang et hors des radars occidentaux. Diverses mesures sont en effet mises en place.

Dans la “République Populaire du Donetsk” (RPD), les détenteurs de passeports ukrainiens peuvent être détenus pendant 30 jours pour que leur identité puisse être déterminée!

Les détenteurs de passeports ukrainiens ne peuvent recevoir d’avantages sociaux ni exécuter certaines opérations pour lesquelles un document d’identité est requis. Ils ne peuvent faire de telles opérations, bancaires et autres, que s’ils ont fait une demande de passeport de la « RPD » ou de la RPL..

Depuis plus d’un an, les citoyens ukrainiens vivant dans les territoires occupés du Donbas sont dans l’impossibilité d’obtenir un premier passeport ukrainien s’ils sont âgés de 16 ans ou de le renouveler parce que les checkpoints sont fermés du côté des autorités séparatistes auto-proclamées. La seule issue est donc de faire une demande de passeport RPD ou RPL

Selon certaines informations en provenance de sources ouvertes et confidentielles, Moscou souhaite que la question des passeports soit “réglée à 100%” pour 2025. Un plan est prévu en vue de saisir tous les passeports ukrainiens et de les remplacer par des passeports émis par les autorités RPD et RPL. Les portes de l’Ukraine leur étant fermées, ils n’auront d’autres solutions que de demander un passeport RPD our RPL.

Sans passeport ukrainien, les citoyens ukrainiens du Donbas ne pourront plus recevoir leur pension de retraite, profiter d’allocations sociales, entrer à l’université, ouvrir un compte bancaire en Ukraine, etc. Ils seront entièrement coupés de la mère patrie.

Un projet de loi “sur la citoyenneté” est actuellement à l’étude dans le Donetsk occupé. Il prévoit que la citoyenneté RPD ne pourra être attribuée aux personnes ayant été absentes du territoire pendant de longues périodes ou si elles sont considérées comme hostiles. Dès qu’elles seront mises en oeuvre, ces mesures vont entériner l’exclusion administrative de 2 millions de citoyens ukrainiens qui ont été forcés par la guerre de quitter le Donbas, l’impossibilité de leur retour et de la récupération de leurs biens immobiliers.  

Avant le conflit, la partie du Donbas actuellement sous contrôle des autorités séparatistes pro-russes auto-proclamées comptait 3, 894 millions d’habitants. Il est actuellement impossible d’établir la population vivant actuellement dans cette région, mais après l’émigration d’environ 600,000 habitants vers la Russie et 1,57 million vers l’Ukraine, mais également l’entrée de forces militaires en provenance de Russie, certains estiment le nombre de résidents actuels à environ 2, 668 millions.

Willy Fautré, Human Rights Without Frontiers (Bruxelles)

Crédit photo de présentation 2012, Donetsk, Ukraine | Peter Collins | Flickr

5 Mai 2021


Visioconférence : la situation humanitaire dans les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine


Video du webinar: https://www.youtube.com/watch?v=NU-K945o2LE

Le 20 novembre, Droits de l’homme sans frontières (Bruxelles) a organisé un webinar sur la situation humanitaire dans les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine. Les intervenants étaient surtout des jeunes défenseurs de droits de l’homme ayant une expérience de terrain.

Tetiana Yakubovych , journaliste ukrainienne, travaillant à Radio Donbas et Radio Liberty – Elle a parlé de la situation humanitaire en ces temps de pandémie dans les régions séparatistes de Donetsk et Lugansk.

Elina Shishkina , coordinat rice à l’ONG Right to Protection Charitable Foundation – Elle a expliqué les énormes difficultés des traversées de frontières dans les deux sens entre les régions séparatistes et l’Ukraine .

https://hrwf.eu/ukraine-donbass-how-to-get-in-and-out-of-donbass/

Viktor Yelensky, membre du parlement ukrainien, a dressé un état des lieux de l’oppression des diverses communautés religieuses .

Oleksandra Matviychuk , présidente du conseil d’administration de l’ONG Center for Civil Liberties a décrit la situation des détenus dans les prisons secrètes des régions séparatistes .

https://hrwf.eu/donbass-a-secret-prison-in-donetsk-occupied-territory/

Voir aussi (hors webinar) Are militants in the Donbass preparing to mobilize? : https://hrwf.eu/ukraine-are-militants-in-the-donbass-preparing-to-mobilize/

NB : si le blog Histoire & Liberté était responsable de la décision de publier les textes qu’on pouvait y lire, cela ne signifiait pas pour autant l’approbation de la totalité des thèse qui était défendue. Le blog H & L est d’abord un moyen de dialogue et d’approfondissement.





4 Déc 2020