Histoire & Liberté a reçu d’un de nos lecteurs les plus fidèles, vivant à Washington, la « lettre » qui suit. Ses précédentes interventions avaient suscité de vives réactions de certains d’entre nous. Nous espérons, en publiant ce nouveau texte, favoriser la reprise d’un débat utile, sinon indispensable. Eclaircir les perspectives de la politique américaine à venir ne peut en effet être que profitable à notre lutte contre le danger totalitaire quel que soit le lieu où il se manifeste.


P.R.

Espérer, même en novembre? Les élections américaines

Comment peut-on être pessimiste en avril, le mois du renouveau, le mois qui annonce le temps des cerises et des amours sur les bancs publics? Pour apporter une réponse à cette question, on peut relire The Waste Land de T. S. Eliot, dont le premier vers,  « April is the cruelest month », est canonique dans la littérature anglophone moderne. Enfant de Saint-Louis, une grande ville située entre deux Etats, le Missouri et le Kansas, ce dernier étant souvent vu, avec sympathie ou mépris selon le regard, comme le pur centre géographique et socio-culturel des USA, Eliot émigre en Angleterre où il fera la grande carrière que l’on sait. Mais en dehors de la (très) haute culture, il y a beaucoup de bonnes choses au Kansas, où se situe le classique roman de Frank Baum, The Wonderful Wizard of Oz qui, sous forme de comédie musicale, lancera la carrière de Judy Garland, et qui affirme qu’hors du Kansas, on n’est plus dans le monde normal. C’est peut être pour cela qu’Eliot fit ses valises. 

Octobre, novembre, dans l’imaginaire occidental, sont autrement ambigus, avec les souvenirs de désastres (coup d’Etat bolchevik en Russie qui inaugure le siècle des totalitarismes) et de triomphes après d’indicibles sacrifices comme la dernière offensive des Alliés, dont l’avant-garde était une bande de jeunes venant de New York ( de Harlem, pour être exact) en uniforme de poilus.  Kipling : If you can meet with triumph and disaster/And treat those two imposters just the same…  

Octobre est le dernier souffle – jusqu’à sa renaissance en avril – du baseball, sport éminemment américain, en accord avec l’optimisme printanier et la douceur estivale. C’est en ces temps fâcheux que se disputent les matchs du World Series, le championnat du monde, qui oppose les deux équipes les plus performantes tout au long de la « saison régulière » – 162 matchs ! Cette année, le drame se joue entre Los Angeles et New York, mais dans le même temps, c’est l’équipe de football de Kansas City qui mène la danse dans l’autre sport national.

Novembre commence avec la calamité des élections qu’un peuple se voulant libre doit cependant régulièrement subir – le poids du « least bad choice« , le moins mauvais choix – et dont il doit accepter les conséquences. 

Mais novembre se termine avec la fête du Thanksgiving, pour marquer la reconnaissance que l’on adresse à la Providence, l’ultime et meilleure source d’espoir, qui protège et assure l’avenir des Etats-Unis d’Amérique.

Paradoxe : le camp de l’espoir en cette année présidentielle est représenté par un vieux fâcheux, narcissique indécrottable, bretteur et menteur sans vergogne, qui lance des vérités en frôlant le mépris des faits, mélange flatteries et insultes sans hésitation, se moque des attaques hystériques (« fasciste, putschiste! ») et se vante des applaudissements qu’il reçoit (« il est le seul à parler vrai! ») 

Le camp du « réalisme », par contre, est représenté par une femme d’âge moyen qui exsude en permanence joie et bonne humeur, amour pour tout et tous.  Le hic est qu’elle n’a jamais exprimé ces attitudes dans des actes conséquents lors d’une carrière publique qui l’a menée à des postes de pouvoir considérables – procureur puis sénatrice de Californie, et vice-présidente à l’heure actuelle, responsable notamment du dossier de l’immigration et du contrôle des frontières.  

Donald Trump n’a pas de programme, il n’a jamais donné l’impression d’avoir lu un livre ou étudié des dossiers, mais à partir de ses réflexes, de ses coups de gueules, de des propositions et de ses initiatives pendant sa première présidence, on peut suggérer ce qu’il voudra faire s’il redevient locataire de la Maison Blanche :

– Mettre fin à l’immigration illégale, expulser les illégaux coupables de crimes (en plus d’avoir passer la frontière sans autorisation), renforcer les gardes-frontières ;

– Soutenir Israel contre l’islam impérialiste et anti-occidental tout en tendant la main à un islam qui accepterait le modus vivendi avec le monde libre –  ce qui serait du jamais-vu;

– Promouvoir une paix, ou au moins un armistice entre la Russie et l’Ukraine, même au dépend territorial de cette dernière;

– Promouvoir une détente entre les deux Chines;

– Renégocier les règles du commerce international au dépend des régimes actuels favorables au libre-échange, sans doute au dépend de tout le monde et en fin de compte sans grande conséquences négatives.

– Ne rien faire à l’intérieur sur les dossiers « anti-racistes », « parité entre les genres » et « liberté reproductive » parce que c’est hors du domaine fédéral;

– Continuer l’endettement national par une politique fiscale dépensière et irresponsable.

Kamala Harris non plus n’a pas de programme, sauf l’amour pour tout et pour tous, et elle n’a insisté pendant sa campagne sur aucun dossier spécifique, au contraire de Trump qui, lui, l’a fait de façon contradictoire, voire incohérente.  Mais vu son passé, on peut hasarder que sa politique consistera  à :

– Laisser ouvertes les frontières, continuant la politique de l’administration dont elle est le numéro deux, ce qui n’est pas sans relation avec une politique anti-sécuritaire (anti-police et anti-militaire) qui aurait sans doute pour effet d’accélérer la montée de la criminalité qui a caractérisé les années récentes, et de façon générale, la baisse de l’esprit civique, patriote, et pour tout dire, moral; 

– Encourager le laxisme dans les lois sur l’interruption volontaire de grossesse, c’est à dire poursuivre une politique qui a, qu’on le veuille ou non, sa part de responsabilité dans le délitement des moeurs;

– Détruire l’équilibre institutionnel en pliant la justice aux exigences du législatif et en affaiblissant le législatif sous les pressions d’un exécutif agissant au travers de pouvoirs administratifs non-élus.

Il faut noter que si l’on connait assez bien le personnage qu’est Donald Trump, personne ne peut dire avec assurance qui est Kamala Harris, parce que elle se réinvente quotidiennement, prenant des poses et des attitudes, selon la mode ou le déplacement du jour. 

Donc, fi du pessimisme de T S Eliot ! Même si le nouveau siècle est déjà dans son deuxième quart d’heure et que ses débuts pourraient, pour certains, paraitre annonciateurs de tragédies et de déceptions non moins cruelles que le précédent, il faut choisir, comme Robert Frost nous y engage, son sentier, avec courage et le peu de conscience dont nous sommes capables. Comme dans certaines petites phrases musicales qui nous reviennent de temps en temps, de Mahalia Jackson, par exemple: « I’m going to live the life I sing about. »

Roger Kaplan, le 22 octobre 2024

Cette très jolie lettre d’Amérique me confirme dans l’idée qu’aucun des deux candidats n’est ni le diable ni le bon dieu.

Si j’étais un électeur, là bas  j’hésiterais avant de me résigner finalement à mettre un bulletin pour Kamela Harris.

Trump n’est pas du tout notre genre, mais il a aussi des avantages.

En France, j’aimerais pouvoir voter pour Claude Malhuret

Amitiés à tous

André Senik, 22 octobre 2024

Trump a tenté un coup d’Etat. Il reste un apprenti-dictateur.

Ce texte de Roger Kaplan est inadmissible et honteux. Je le rejette totalement. Sa caractéristique essentielle consiste à recourir au verbiage pour mieux passer sous silence le comportement antidémocratique et pro-dictatorial de Trump entre le 4 novembre 2020 et le 6 janvier 2021.


Quand on revoit les évènements intervenus (par exemple avec le documentaire sur Histoire diffusé le 23 octobre 2024 intitulé « Trump prédident, une création fatale » réalisé par Michael Kirk en 2022), on en ressort encore davantage convaincu que Trump est un politicien qui est délibérément hostile à la démocratie.


A compter du 4 novembre 2020, il n’a cessé de contester les résultats de l’élection qui le donnaient pourtant perdant à mesure qu’étaient validés les résultats officiels des divers Etats. Lorsqu’il eut compris que les résultats lui étaient défavorables, il s’est lancé dans une campagne mensongère et manipulatrice selon laquelle « on lui aurait volé la victoire ». Une base essentielle de toute démocratie libérale consiste pourtant à ce que tous les camps respectent le résultat des élections dès lors que celles-ci ont été loyales (ce qui était parfaitement le cas le 4 novembre 2020).


Le 6 janvier 2021, il a piétiné une deuxième fois la Constitution américaine en exigeant de son vice-président Mike Pence qu’il fasse obstacle à la proclamation officielle de la liste validée des grands électeurs ; il s’agissait d’empêcher la passation de pouvoirs à Biden en sorte que Trump reste à la Maison-Blanche.


Devant le refus de Mike Pence de se soumettre à la volonté de Trump, Trump en a alors appelé à ses électeurs les plus exaltés pour qu’ils sortent dans les rues de Washington pour protester contre « le vol de sa victoire » et il les a chauffés à blanc par des interventions répétées pour qu’ils aillent menacer au Capitole Mike Pence (aux cris de « pendons Mike Pence ») et les autres congressistes américains s’ils ne laissaient pas Trump conserver la Maison Blanche.


La suite on la connaît : une troisième fois la démocratie américaine est piétinée ; le Capitole, lieu sacré de la démocratie, est envahi et saccagé par une foule de miliciens extrémistes, exaltés et violents ; ils visent à terroriser les congressistes et ils bousculent violemment les forces de police (très peu nombreuses) ; en dépit des appels répétés émanant des dirigeants républicains du Congrès, Trump se refuse longtemps à appeler la Garde Nationale pour protéger le Congrès. C’est seulement quand Trump se résout enfin à appeler au calme que les troubles prennent fin. Au total cinq morts dont un membre des forces de police.


Ces évènements du 6 janvier 2021 auront contribué à ce que les miliciens qui lui sont dévoués instaurent un climat de terrorisation sur le reste de la population ; les menaces de morts contre les personnes opposées à Trump se sont ensuite répandues, y compris à l’encontre des congressistes républicains. Ce sont ces menaces qui contribuèrent à ce que les dirigeants républicains, après avoir désavoué l’opération Capitole, refusent de désavouer Trump et de s’associer aux Démocrates pour prononcer sa destitution par le Congrès. Dès lors le Parti républicain se transformait en un parti dévoué à Trump.


Le 6 janvier 2021 aura donc été une vraie tentative de coup d’Etat. Si Mike Pence avait alors cédé à Trump, le coup d’Etat réussissait.


Dans une démocratie qui fonctionne bien, l’auteur d’une tentative de coup d’Etat est normalement condamné à l’inéligibilité. Trump et ses affidés se sont employés avec succès à ce que la Cour Suprême statue sur son inéligibilité seulement après le 5 novembre 2024.


On entreprend un coup d’Etat quand on veut instaurer une dictature. Trump peut donc être qualifié d’apprenti-dictateur. Et cet apprenti-dictateur non seulement reste éligible mais ose maintenant se présenter sans honte aux élections présidentielles de novembre 2024.


Les électeurs américains voient de ce fait leur choix réduit aujourd’hui à deux candidats, Kamala Harris, avec ses qualités et ses défauts, et Donald Trump l’apprenti-dictateur avéré.


Il est pour moi évident que la démocratie aux Etats-Unis se trouve aujourd’hui en grand danger. Si Trump était élu, ce serait un rejet de la démocratie qu’exprimeraient les électeurs américains et Trump se saisirait de ce blanc-seing pour instaurer une dictature aux Etats-Unis.


C’est la raison pour laquelle les partisans de la démocratie aux Etats-Unis se doivent absolument de lui faire barrage et de voter pour Kamala Harris. C’est la démocratie aux Etats-Unis et avec elle la démocratie dans le monde qui est en jeu.


Jean Francart, le 24 octobre

26 Oct 2024


 Le vrai problème, pour cette élection, est que ni les uns ni les autres, jusqu’à présent, n’ont voulu dévoiler clairement leurs perspectives et leurs propositions.

Kamala Harris et Tim Walz ont des biographies politiques marquées à gauche, et même à la gauche la plus radicale. Elle en tant que procureur, puis sénateur de Californie, lui en tant que gouverneur de l’Etat du Minnesota.  Ils ont soutenu toute la gamme du socialo-wokisme et ses résultats : police démoralisée, enseignement public en faillite, invasion migratoire sur le Rio Grande, abolition de la notion de genre (Walz a ordonné aux écoles publiques du Minnesota de mettre des serviettes hygiéniques dans les toilettes des garçons, au cas où…). Il y a aussi toute une politique « d’énergie verte » qui nuit à l’indépendance énergétique que le pays connaissait sous Trump, la baisse du pouvoir d’achat, l’inflation, l’endettement à perte de vue pour des générations, ces difficultés grandissantes étant bien entendu, autant  d’avantages concédés à nos adversaires russes, chinois, perses et autres.

Kamala Harris bénéficie d’un avantage qu’on aurait pu facilement anticiper.  L’électorat américain depuis longtemps exprimait un manque d’enthousiasme pour les deux fâcheux Trump et Biden, et pensait depuis 2020 qu’il serait raisonnable de tourner la page des années de guerre civile verbale et de proposer des hommes nouveaux.  Contre Biden, Trump avait toutes les chances de gagner l’élection car il était de toute évidence « centriste » dans ses positions (sinon dans son comportement), tandis que Biden était de plus en plus visiblement le prisonnier le l’extrême gauche de son parti. Celui-ci, d’ailleurs, était de plus en plus prisonnier de ses gauchistes.  Mais les Démocrates ayant réalisé un coup d’Etat contre leur propre tête de liste – du jamais vu en Amérique et un très mauvais signe pour la démocratie libérale dont les Démocrates ne cessent de dire qu’elle est menacée par la droite -, reste Trump à qui bien des électeurs auraient préféré dire merci et au revoir. La démocratie étant toujours un peu démagogique, Harris-Walz, contre toute évidence, apparaissent « nouveaux », permettant ainsi de prétendre que ce sont eux les centristes modérés et respectueux des institutions. Et tant pis s’ils ont affirmé dans un passé très récent qu’il fallait, par exemple, donner au législateur un pouvoir de surveillance (et de veto) sur la branche judiciaire et en particulier sur la Cour Suprême…

L’important, donc, est de savoir si, quand les sottises de l’été auront cessé et quand la campagne électorale sera dans sa phase finale, les Républicains et l’équipe Trump-Vance sauront convaincre les Américains qu’ils représentent le parti de la prudence — défense des institutions, politique étrangère sérieuse, attitude normale envers la biologie –, ou s’ils succomberont  aux  tentations de l’invective et ne récolteront alors que les raisins de la colère.

Roger Kaplan

Journaliste à The American Spectator

le 15 août 2024

17 Août 2024


Il y a normalement quelques semaines de sottises verbales après les assemblées d’investiture des candidats à la présidence, qui se tiennent en juillet ou en août, Puis, à la fin de l’été marquée par le Labor Day, qui tombe le premier lundi de septembre pendant le dernier tournoi de tennis du grand chelem à New York et les fêtes juives (qui cette année commencent début octobre), a lieu le sprint final qui aboutit le « first Tuesday after the first Monday » de novembre – ce sera le 8 cette année – suivi d’un vote pour choisir les membres du collège électoral, lequel, à son tour, en décembre, normalement, procédera à un vote qui sera certifié par le Sénat (normalement en janvier). Le mandat du nouveau président commencera alors, dès son intronisation, deux semaines après… normalement.

L’époque étant anormale, qui peut dire que ce calendrier sera suivi? Pour le moment, il tient bon. Mais en ce mois d’août, on donne très peu dans le sérieux.  Il y eut d’abord des défis réciproques à propos des débats qui devaient être programmés. Pour le moment il semble que le champion républicain (D. Trump) et la championne démocrate (K. Harris) sont d’accord pour organiser trois débats télévisés en septembre, mais il faut se méfier : ça peut changer ! Une question inutile de Trump sur l’ascendance raciale ou tribale de Mme Harris a ouvert la porte à des accusations de racisme, usées depuis longtemps alors qu’on sait très bien que Trump n’est pas raciste mais qu’il utilise volontiers un langage parsemé de blagues ethniques (« ethnic jokes ») qui, en plus d’être d’un gout douteux ont le défaut de souligner son âge (78 ans) dans la mesure où la forme en est plutôt désuète, alors que son adversaire, ayant remplacé le Vieux Biden après avoir assuré jusqu’à la veille de son désistement qu’il était « en pleine forme », joue maintenant (à 59 ans) la carte de la jeunesse. 

C’est idiot mais normal pour l’été. Toutefois il faut remarquer que les « boss » Démocrates ont profité de ce qu’on nomme la silly season (la saison bête) pour opérer un « coup d’Etat » (comme disent les Républicains) en remplaçant Biden par son vice-président sans demander leur avis aux électeurs des primaires de leur parti; Biden lui-même voulait maintenir sa candidature – ce qui pose une première question à faire peur: s’il n’est pas en état (physique et mental) d’être candidat, est-il prudent qu’il garde la main sur les codes nucléaires jusqu’en janvier? Et cette autre : son état de santé a-t-il été caché aux Américains depuis 2020?  Mais alors qui gouverne, sinon des « putschistes » se présentant comme sa famille, son entourage, ses ministres…? 

Il y eut ensuite des échanges d’insultes entre les candidats à la vice-présidence, J. D. Vance sur la liste républicaine, Tim Walz sur la liste démocrate, à propos de leurs années de service militaire, sans toucher du tout à ce que sont, de fait, leurs positions face aux défis internationaux.

Or il est certain que ces défis posent des questions auxquelles les Américains doivent avoir des réponses.  Trump et Vance se contentent de rappeler que sous l’administration Trump le monde n’était pas en guerre, et que les politiques munichoises et peu cohérentes de Biden, et par association de Harris, ont mené le monde au bord de l’abime.  

Car il n’est pas faux de dire que le désordre va croissant, et il est vrai que déjà sous l’administration Obama la politique des Etats-Unis envers l’Iran encouragea le régime des mollahs à soutenir les agressions contre Israël et la liberté de navigation.  Obama avait donné l’ordre de débloquer des milliards mis sous séquestre dans le cadre d’un embargo visant a stopper le développement d’une arme nucléaire islamo-iranienne.  De façon plus générale, il avait ouvert une diplomatie de « détente » que les Perses ne lui rendirent pas. Bien au contraire, ils redoublèrent leur soutien aux Hamas, Hezbollah, et autres Houtis.  Depuis quelques temps on assiste aussi à une recrudescence des activités de « l’Etat islamique », sans parler de l’abandon honteux de la campagne pour donner a l’Afghanistan une chance de sortir de l’emprise des talibans.  

Il y a aussi la guerre en Ukraine et l’immigration, pour ne pas dire l’invasion en cours via le sud-ouest américain, et les budgets de la défense en chute libre. La Chambre des représentants a voté en juin le budget Défense de 2025, avec des augmentations par rapport a presque tous les budgets depuis le gouvernement Reagan: manoeuvre politicienne mais d’où l’on peut tirer un certain soulagement. Il faut quand même savoir que, dans le contexte de l’inflation et des années de pénurie, la Défense américaine est sérieusement en retard sur plusieurs dossiers, l’un des plus inquiétant étant l’augmentation de la puissance navale chinoise.

Si Biden n’a pas  de quoi se vanter de sa politique étrangère, il faut reconnaître que la montée des périls aurait eu lieu même si Trump était resté aux affaires en 2020. Il y a dans le monde, qu’on le veuille ou non, des mouvements et des Etats totalitaires qui vouent une haine implacable à l’Occident.

Roger Kaplan,

journaliste à The Américan Spectator

le 15 août 2024

15 Août 2024


TEXTE PAR ROGER KAPLAN, 06 JUIN 2024

Joe Biden est-il un chef de bande  incompétent qui mène les USA à la ruine et la planète  à la guerre mondiale?

Donald Trump est-il un escroc financier et un vilain habitué des « filles de joie » capables de le faire chanter au prix fort?

L’un et l’autre sont-ils des imbéciles qui mettent en péril la sécurité de la Nation en laissant trainer chez eux des documents marqués « secret défense » ?

Difficile de se croire en année électorale aux USA et non dans un cauchemar ou un film de Mel Brooks.

Mieux encore : des membres de la Chambre des Représentants participent à des manifestations ouvertement anti-américaines sur des campus, organisées par des agents du Hamas et de l’Iran et soutenues par des professeurs, des recteurs et même des présidents d’université; d’autres, enragés, tentent de faire tomber les chefs de leur propre parti, rendant quasiment impossible le fonctionnement de la Chambre tandis qu’au Sénat, l’un des chefs du parti adverse appelle au renversement du gouvernement démocratiquement élu d’un pays allié et en guerre.

Pendant ce temps, le président obtient, par le biais des tribunaux, la suspension d’une initiative du gouverneur du Texas pour contrôler la frontière avec le Mexique, par où passent des centaines de milliers de clandestins miséreux, sans travail  et parfois criminels ou agents de puissances ennemies comme la Chine communiste, l’Iran ou Cuba.

Mais si les partis n’ont pas su trouver parmi les 300 millions d’Américains d’autres candidats que deux vieillards gâteux ou fâcheux, à qui la faute? Symbolisent-ils le mauvais fonctionnement d’un système inventé à l’époque de la Révolution française pour gérer une République vouée à protéger un peuple d’hommes libres et entreprenants contre tout abus tyrannique?

A l’heure actuelle, il apparait que Donald Trump gagnera en novembre. Il mène – selon des sondages encore incertains – dans les Etats qu’on dit « battleground », c’est à dire pouvant basculer d’un parti à l’autre.

Ainsi, Trump devrait gagner en Arizona, en Géorgie, dans le Wisconsin, en Pennsylvanie ainsi qu’en Caroline du Nord, dans le  Michigan et le Nevada.

Oui, les Républicains sont en position de force, dans la mesure ou l’on peut qualifier de « force » une collection de nuls (mis a part quelques personnalités d’honnêteté et de conviction, tel le président de la Chambre, le député Mike Johnson de Louisiane ou telle Elise Stefanik, de l’Etat de New York. Ils ont aussi la possibilité de retrouver leur majorité au Sénat (qu’ils perdirent en 2020 surtout à cause de Trump et de son refus d’accepter le verdict des urnes).

Evidemment, à cinq ou six mois des élections, rien n’est joué. Mais rien ne donne à penser que Joe Biden, affaibli et sous l’influence de l’aile de gauche de son parti, changera de message. Il représente aux yeux des électeurs l’homme de l’inflation, du démantèlement des industries automobile et énergétiques, et de l’abandon des alliés (Israel, Taiwan. et Ukraine). En plus, Biden, qui se prétend catholique, est favorable à l’IVG et aux transgenres.

Donald Trump subit l’usage qui est fait des tribunaux pour le mettre hors-jeu. Dans une République bananière, on ne ferait guère plus grossier. Jusqu’à présent, toutes ces tentatives ont échoué.

Donald Trump subit l’usage qui est fait des tribunaux pour le mettre hors-jeu. Dans une République bananière, on ne ferait guère plus grossier. Jusqu’à présent, toutes ces tentatives ont échoué. Mais le procès qui vient de se dérouler à New York va-t-il réussir là ou les autres ont échoué? Rien n’est encore joué mais l’on s’oriente semble-t-il, après un verdict de culpabilité, vers une peine assez légère. Et il y aura probablement appel.

En face, de sérieuses suspicions portant sur le trafic d’influence auquel Joe Biden et son entourage, auquel son fils se livrait dans des pays étrangers, dont l’Ukraine (avant l’agression russe) et la Chine communiste, ont été levées par les procureurs, sauf  une inculpation pour fraude fiscale du fils de Biden, Hunter.

Il est difficile pour beaucoup d’électeurs,  de ne pas voir  dans ces différents cas une instrumentalisation de la justice.

Donald Trump, s’il manque de tact et pratique l’outrance verbale, avait entre 2017 et 2021, mené une politique pragmatique. Certes, il avait l’habitude de se tirer lui-même une balle dans le pied, par exemple en écartant par maladresse et petitesse les meilleurs de ses ministres et conseillers, tel Jim Mattis ou John Kelly, deux généraux des Marines, ou Nikki Halley, son ambassadrice à l’ONU.

Les Démocrates pourraient reprendre l’initiative en choisissant un centriste comme le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro.

La manoeuvre serait plus risquée du côté des Républicains, vu le caractère de Trump et de sa base militante, si certains étaient tentés de faire sécession et de lancer une troisième force (ou une quatrième voire même une cinquième puisqu’il y a déjà Robert Kennedy Jr., Démocrate « indépendant » et Jill Stein, « écologiste ».)

Qui sait? Dieu protège les orphelins, les crétins et les USA, disait, je crois, Oscar Wilde. Et le monde est fichu si nous perdons la foi.

Mais de foi, il n’en manque heureusement pas dans ce grand et magnifique pays où, ne l’oublions pas, rien n’est impossible.

Roger Kaplan, 06 juin 2024

TEXTE JEAN FRANCART en réponse à ROGER KAPLAN

12 JUIN 2024

Dans son texte, Roger Kaplan entreprend de nous délivrer une vision noire des Etats-Unis où les deux candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2024 seraient à renvoyer dos-à-dos pour leur commune nullité supposée. Ce texte, qui se présente comme équilibré, constitue en réalité un plaidoyer caché en faveur de Trump. 

Après nous avoir expliqué que, sur la base des sondages, il retenait la victoire de Trump comme probable, Roger Kaplan ne s’en émeut pas pour autant, et il s’affirme même serein pour l’avenir en faisant confiance « à la bonne étoile dont bénéficient les Etats-Unis ».

Roger Kaplan ne nous dit rien sur l’avenir de la démocratie aux Etats-Unis en cas de victoire de Trump. Il omet délibérément, il est vrai, de mentionner dans sa grande fresque la tentative de coup d’Etat commise par Trump le 6 janvier 2021. Cette tentative (ratée) de coup d’Etat devrait pourtant alerter tous les partisans de la démocratie de ce qu’une victoire de Trump pourrait enclencher un basculement des Etats-Unis dans une dictature. 

Comment penser qu’une fois élu, Trump respecterait les institutions américaines alors qu’il les a déjà violées à deux reprises, en refusant d’admettre le verdict électoral en novembre 2020 puis en tentant en janvier 2021 de se maintenir au pouvoir en dépit du verdict qui lui était défavorable. Et à cet égard, on ne peut que regretter que la Cour Suprême n’ait pas pu statuer sur l’éligibilité de Trump avant l’élection de novembre.

Roger Kaplan ne nous dit rien non plus sur l’impact qu’une victoire de Trump exercerait sur la démocratie dans le monde., A contrario de la vérité, il affirme que, dans son mandat, Biden serait resté passif sur les trois fronts où la démocratie se trouve menacée de l’extérieur : l’Ukraine menacée par la dictature totalitaire de Moscou, Taïwan menacé par la dictature totalitaire de Pékin, Israël menacé par la dictature totalitaire de Téhéran et ses alliés que sont les Frères musulmans et le Hamas. Autant de contre-vérités. 

Biden eut un mal fou à arracher aux Républicains du Congrès le soutien militaire et financier qui était nécessaire à l’Ukraine ; il aura fallu que Mike Johnson, le leader républicain de la Chambre, ait le courage de désobéir à son patron Trump en sorte qu’une fraction des représentants républicains s’associe aux représentants démocrates pour que soient adoptées les mesures de soutien à l’Ukraine. Biden et son allié de circonstances, Mike Johnson réussirent ainsi à débloquer ce que Trump bloquait depuis trop longtemps.

Quant à Taïwan, Biden a entrepris, à la grande fureur de Pékin, toutes sortes de mesures préventives, une des plus efficaces ayant constitué à rétablir face à Pékin une solidarité géopolitique forte entre le Japon, la Corée du sud et les Philippines.

Enfin, au Moyen-Orient, Biden déploie depuis octobre 2023 la seule stratégie possible, celle d’un soutien, conditionnel mais réel, à Israël tout en décourageant (à l’opposé de ce qu’avait fait Trump entre 2016 et 2020) les pulsions bellicistes de Nétanyahou et de ses alliés extrémistes.

Quant à Trump, il annonce à l’avance qu’il abandonnera l’Ukraine à son ami et complice, Poutine. Et son principal financier, John Paulson, se répand en disant qu’en contrepartie de son soutien financier, il a obtenu de Trump la promesse d’abandonner la stratégie de « decoupling » avec la Chine, une stratégie qui s’avère très efficace pour contenir Pékin et que Biden a amorcée avec un certain succès (en matière de semi-conducteurs en particulier). La déclaration Paulson est « un signal faible » du peu d’enthousiasme que Trump mettrait à se confronter à Pékin et à défendre Taïwan en particulier.

On aura compris que, défenseur résolu de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde, c’est une victoire de Biden que j’appelle de mes vœux même si celle-ci paraît actuellement peu accessible.

Jean Francart, 12 juin

Trump versus Biden: Texte Roger Kaplan en réponse à Jean Francart

30 JUIN

Certes, le comportement de Donald Trump après l’élection de 2020 est irénique au point qu’on peut le qualifier de narcissisme infantile – et cela manque de dignité et de respect pour la Constitution des USA et de fidélité envers la notion d’Etat de droit dont il était, en tant que président, celui qui se devait de donner l’exemple.

Le terme de « coup d’Etat » fait cependant problème.  Peut-on parler de coup d’Etat sans coup de force soigneusement préparé? Aucune unité militaire ou policière n’a bougé. Pas une voix n’a été entendue parmi les notables politiques ( comme des gouverneurs d’Etats qui auraient par exemple proposé de faire sécession en soutien du président sortant).  Aucune bande de conspirateurs n’a occupé les centre de radiotélévision et personne n’a utilisé les réseaux sociaux pour proclamer l’état d’urgence et la formation d’un comité de salut public décidé  à défendre la République.  En fait, « l’assaut » du Capitole est une manifestation qui a mal tourné, et c’est grave, mais ce n’est pas un coup d’Etat. 

Mais on pourrait dire que si coup d’Etat il y eut, ce fut celui mené contre Trump dès son investiture en janvier 2016. Les mêmes individus et organisations, notamment le clan Clinton et leurs hommes de mains du parti Démocrate, qui avaient oeuvré pour torpiller sa campagne en fabriquant de fausses informations à commencer par le « dossier Steele » qui devait démontrer que le candidat républicain était piloté (ou « tenu ») par V. Poutine et ont multiplié les fraudes électorales, recommencèrent leurs magouilles en 2020, au profit cette fois, de l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden.  

C’est ainsi que l’élection que les manifestants du 6 janvier dénonçaient, maladroite et mal surveillée, fut remportée par les gauchistes dont Biden était l’homme de paille. Cet homme, tout au long de sa carrière s’est trompé sur quasiment tout, abattant ses cartes au gré des modes et mentant sans vergogne. Il fut ainsi le parfait rassembleur d’un parti qui représente la meilleure raison de douter de la possibilité d’un régime fondé sur la démocratie libérale. C’est le parti de la ségrégation raciale, de la colonisation intérieure des populations démunies à travers les régimes d’assistanat étatiste, de la remise en jeu de la carte raciale, à travers le « wokisme » lorsque la très grande majorité des américains étaient, et agissaient, dans la réalité, sans arrière-pensées fondées sur d’autre considérations que les mérites individuels. 

Sans doute le côté mauvais perdant et bretteur de D. Trump rendent faciles les cris « au fascisme » des Démocrates, mais l’enjeu n’est pas la personnalité du président mais ses efforts pour changer la tendance vers le tout-Etat qui est leur seule politique.

Dès que Biden s’installe avec son entourage qui le manipule, toute la politique de Trump est renversée, provoquant la remontée de l’invasion des clandestins au sud, la catastrophe inflationniste, la folie wokiste.  Le but n’est point la « justice sociale », mot d’ordre qui devrait être terrifiant pour tout homme libre quand la gauche l’utilise, mais  le chaos et le désordre.  Il n’est pas du tout surprenant que les Américains se rendent compte que la nature même de leur pays est menacée.   

A l’étranger, les Bidenocrates hésitent à aider l’Ukraine et Israël dans leurs guerres défensives, encourageant par cela une montée des périls totalitaires que l’on croyait (naïvement) enterrée. Comme à une autre époque que l’on croyait (naïvement encore) révolue, la conjugaison de politiques maléfiques à l’étranger et à l’intérieur encourage un déferlement antisémite jamais vu sur les campus et ailleurs, ce qui n’est pas sans rapport avec la subversion des polices, entièrement le fait des Démocrates, et par là à une montée de la criminalité. 

Bref, on ne pourrait faire mieux si les gauchistes, voire les communistes étaient aux commandes.  Et c’est Trump que l’on accuse d’être le complice des Russes? 

Pour répéter ce que j’écrivais, la « guerre légale » (lawfare en américain) que les Démocrates ont lancé contre Trump représente rien de moins qu’une déformation de l’Etat de droit. La manoeuvre met en péril l’indépendance de la Justice. Un congressman gauchiste, Jeremy Rabkin si je ne me trompe, a même proposé de donner à la Chambre le pouvoir de décider quels appels la Cour Suprême peut entendre.  

Le premier débat entre Trump et Biden s’est déroulé le 27 juin et j’ose penser que ce sera un tournant: Biden a largement sombré pendant le débat au point que de nombreux Démocrates pensent à investir un remplaçant venant de ce qui reste de leur centre politique.  

Roger Kaplan, 30 JUIN

6 Juin 2024


De Karl Marx au wokisme et à la cancel culture, la filiation est bonne

Karl Marx a construit sa vision de la société et de l’histoire au moyen d’un syllogisme en trois temps.

Son postulat de départ est que l’histoire des sociétés est caractérisée par l’antagonisme irréductible entre les classes exploiteuses (qui sont dominantes) et les classes exploitées (qui sont dominées).

Ce postulat est suivi par un corollaire : la domination générale des dominants s’impose aux exploités qui lui sont soumis au moyen de la culture dominante.

La conséquence logique de ces deux prémisses est que les dominés qui veulent en finir avec la domination qu’ils subissent doivent abolir la culture passée.

Sur ce sujet, voici ce qu’on lit dans le Manifeste du parti communiste :

« L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes. 

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. 

Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes.

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété ; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. »

Ce texte nous montre ce que le mouvement déconstructionniste, le wokisme, et la cancel culture doivent au marxisme.

Ils en sont des résurgences et des métastases qui vont au-delà des seuls conflits de classes. 

Vivement donc que cette envie de tout déconstruire et de faire table rase de la culture finisse par passer de mode et que les jeunes intellos qui en sont affectés retrouvent leur bon sens, à l’exemple de leurs ainés qui en France sont tous revenus de leur délire maoïste, à l’exception de l’imperturbable Alain Badiou.

André Senik

« Que le marxisme prépare les esprits au wokisme, lui fournisse quelques uns de ses termes voire  de ses  concepts et soit une de ses conditions nécessaires  pour ces trois raisons, il faut le rappeler, et,  texte  à l’appui ainsi que vous le faites, c’est encore mieux.

Ce rapport de filiation doit-il nous empêcher de distinguer ce qui  différencie la pensée marxiste de son possible « avatar » wokiste ?  

Voici ceux que je discerne en tout cas.

Est-ce que j’en oublie ou me trompe ?

A vous et aux autres de me le signaler, le souhaiteriez-vous.

– La pensée marxiste est européenne  et elle se conçoit comme  européenne même si elle se veut prolétarienne. Elle croit à la supériorité de la culture prolétarienne sur la culture européenne bourgeoise  et à la supériorité de la culture européenne bourgeoise sur les cultures pré-capitalistes des pays déjà colonisés à l’époque ou colonisables ; le wokisme est une pensée occidentale, qui se veut non occidentale, qui croit à l’infériorité morale et intellectuelle de l’Occident et qui, comme le marxisme, cherche à conquérir les esprits

– Le marxisme est étatiste (« léniniste » ?) en ce sens qu’il fait de la conquête de l’Etat la condition de la conquête de la société et de la transformation des mœurs par la dictature juridique du prolétariat ;  le wokisme agit par la base et vise (à la manière de Gramsci ?)  à transformer l’Etat et le droit par une dictature morale (mœurs).

–  Le marxisme idéalise et neutralise la science, pas le wokisme qui, sous l’influence peut-être de Foucault et de Staline (« science prolétarienne »), fait du savoir le plus scientifique une expression de la « domination » sociale.

–  Le marxisme est constructif ;  le wokisme déconstructif : il me paraît déconstruire la société sans donner à voir un modèle de société alternatif au complet.

–  Même si, sous le nom de « matérialisme dialectique » et de « socialisme scientifique», Marx & Engels  promeuvent une rationalité distincte de la rationalité commune afin de ne pas avoir à lui rendre des comptes, Marx se veut et se croit rationnel. Recourt-il à des paralogismes, il se les cache à lui-même autant qu’aux autres. Rien à voir avec le wokisme qui  bafoue les règles les plus élémentaires de la logique sans en éprouver la moindre gêne …  Son sur-moi n’est pas judéo-chrétien ou rationnel mais « primitif » il fait régresser la gauche non seulement du «socialisme scientifique» au « socialisme utopique » mais du « socialisme utopique » à l’ « ethnicisme » le plus obscur, le plus confus et le plus irrationnel « .

Jean-Pierre Airut

D’accord sur les différences signalées entre le marxisme d’un côté et de l’autre le wokisme et la cancel culture, laquelle n’ose pas aller jusqu’à défendre une contre-culture positive.

Mais en réalité, Marx insiste surtout sur l’idée que toute la culture passée est au service d’une société fondée sur l’exploitation et qu’il faut s’en libérer.

Contrairement à Gramsci (et déjà à Engels dans son introduction  de 1895 aux Luttes des classes en France) Marx non plus ne propose pas une culture communiste à la place de l’actuelle culture. Il compte exclusivement sur l’évolution de l’économie pour pousser le prolétariat à la révolution.

André Senik

18 Déc 2023


Lettre d’Amérique

Roger Kaplan intervient peu sur notre blog. L’intérêt et l’originalité de son commentaire sur la situation américaine expliquent que nous dépassions exceptionnellement la longueur maximum acceptée pour les textes reçus ici. Il va de soi qu’il s’agit d’un document, susceptible comme tel de recevoir vos remarques, vos critiques et vos questions à notre ami américain.

P.R.

Aux élections partielles  (de mi-mandat) qui approchent, les Républicains ont l’ambition de se retrouver majoritaires a la Chambre des Représentants ainsi qu’au Sénat.  Ils cherchent aussi à renforcer leur majorité dans les Etats et les municipalités qui sont en ballotage.…

Ce sont des élections, comment dire,  sous surveillance et même sous menace.  Et pour les personnalités politiques, les menaces peuvent passer à l’acte, comme on l’a vu dans l’agression au marteau contre l’époux de la députée de Californie Nancy Pelosi, présidente de la Chambre et titulaire du troisième rang en cas d’incapacité du Président Joe Biden.  

M. Pelosi, homme d’affaires natif de San Francisco dont il est un des piliers économiques, bon vivant et plutôt dangereux comme conducteur d’autos de luxe (son permis lui a été confisqué après  la dernière des catastrophes qu’il a provoquée en état d’ivresse aux commandes de sa Porsche), est à l’hôpital suite à une opération urgente pour une fracture du crâne.  Son agresseur a l’habitude d’écrire des tracts de type conspirationiste sur les affaires courantes.  Des que possible — il est également hospitalise — il sera inculpé, selon le chef de police de San Francisco, pour tentative de meurtre et mauvais traitements sur personnes âgées (Paul Pelosi a 82 ans).  Il a affirmé vouloir casser les genoux de Mme Pelosi, qui était à Washington mais elle s’est empressée de revenir en Californie pour se rendre au chevet de son mari.  L’agresseur, un ancien gauchiste, nudiste militantet montrant des signes de déséquilibre mental — encore que, pour une telle description, on pourrait être accusé « d’agression verbale » en Californie –, était passé à l’acte avec son marteau, la moitié du symbole communiste.

Ce crime pourrait-il apporter un sursaut « de compassion » au Parti Démocrate? Nancy Pelosi elle-même se (re)présente dans une circonscription sûre à San Francisco, ville démocrate dans un Etat très libéral au sens américain. 

Il semble que, malgré l’acharnement des Démocrates, Biden en tête, à faire porter la responsabilité de cette agression sur les leaders républicains et sur Trump lui-même, les électeurs se soucient plutôt de l’incertaine orientation des affaires publiques.  Selon les sondages, qui évidemment ne sont pas des certitudes, bien au contraire, les Démocrates, en tant que parti de gouvernement, sont tenus responsables pour l’inflation, l’insécurité urbaine et le chaos aux frontières (notamment entre les Etats du sud-ouest et le Mexique, la confusion autour des politiques d’immigration allant d’ailleurs au delà du problème de la police des frontières.  Et ce ne sont là que les thèmes majeurs. 

Qui plus est, les Démocrates sont perçus comme incohérents.  Biden lui même peine à articuler ses positions.  Il semble souvent incapable de savoir de quoi il parle.  Il insistait l’autre jour sur un « vote » qu’il aurait fait passer par la Chambre pour réduire les dettes des étudiants, ce qui en pratique donnerait une facture de plusieurs milliards adressée au contribuable. Or il ne s’agissait nullement d’un vote mais d’un « executive order », un ordre présidentiel ayant une fonction comparable au 49-3 francais – ce qui d’ailleurs pourrait éventuellement mener à une annulation puisque le Congres, selon la Constitution, est seul en charge des allocations et impôts. 

La vice-présidente Kamala Harris, est d’un niveau intellectuel réellement choquant, qui dépasse toute explication, au vu de son c.v..  Elle prétend, sans aucun appui sur des faits, que la frontière est sécurisée ou que les transports d’enfants (habituels dans beaucoup de systèmes scolaires) se font actuellement dans des autocars électriques, ce qui est formidable pour l’environnement, puisque, dit-elle sans s’excuser pour le contresens, cela permet aux enfants, comme aux conducteurs, de respirer habituellement un air « toxique » ! Et cela n’est qu’un exemple parmi les moins étonnants de sa façon de parler.  Bref, si Biden semble ne pas savoir où il est ou ce qui se passe, elle ne sait pas communiquer sans s’embrouiller et donner l’impression, avec les ricanements inexplicables qui ponctuent ses discours, d’une frivolité sans bornes. 

A force d’entendre de telles bêtises, les gens se disent inévitablement que les Démocrates sont des abrutis, des menteurs, ou qu’ils se fichent des faits, sans parler de la Constitution.  

L’agression contre M. Pelosi est, certes, inquiétante, et en tant que crime ordinaire, il n’y a rien à en dire sauf que le malfaiteur mérite ce qui lui arrivera, et qui pourrait être au moins vingt ans de prison. On ne peut toutefois s’empêcher de remarquer que San Francisco, et les Démocrates qui gèrent cette ville et l’Etat dont elle était jadis un des joyaux (et d’ailleurs elle l’est toujours à condition d’éviter les voyous, les ivrognes et les drogues et de pouvoir payer des impôts astronomiques), pourraient faire leur examen de conscience au lieu d’accuser la « rhétorique de droite » d’inciter les gens à la violence.  Apres tout, c’est un partisan du sénateur stalinoïde Bernie Sanders qui a tiré en 2017 une balle sur d’un des chefs Républicains au Congrès , le député de Louisiane Steve Scalise, et c’est un autre gauchiste qui s’en est pris, avec un couteau, au candidat républicain aux élections du gouverneur de New York, le député Lee Zeldin, il y a peine quelques semaines.

Sans doute est-il exact que le ton n’est pas poli dans la, ou les, luttes politiques en Amérique. Ce n’est en rien une nouveauté.  En fait, cela date des origines, de même que la violence physique (agressions, duels…) entre hommes politiques et entre leurs partisans. Parmi les cas célèbres, le grand homme d’Etat Alexandre Hamilton, lieutenant de George Washington et premier secrétaire au Trésor, fut tué dans un duel par un rival, Aaron Burr.  Un des grands orateurs anti-esclavagistes, le sénateur Charles Sumner (Massachusetts), un des chefs de file Républicains pendant la Guerre Civile, fut attaqué avec une canne et grièvement blessé par un député de Caroline du Sud, Preston Brooks, en 1856.  Mais il est vrai, aussi, que les partisans de Donald Trump ressemblent parfois plus à des supporteurs surexcités dans un stade de football qu’à des gens écoutant des orateurs s’exprimant sur des questions d’actualité.  Il est non moins vrai que les Démocrates ont, depuis bien longtemps (bien avant Trump), pratiqué la politique de la délégitimisation, en accusant les Républicains d’être extrémistes et dangereux et une menace pour l’ordre constitutionnel et la  démocratie. C’est ce que répétait encore M. Biden la semaine dernière, sans aucune référence aux squadristi de son propre parti qui appellent à modifier radicalement les institutions constitutionnelles. Au passage, — on ne peut que noter  le choix du terme qu’ils ont choisi eux-mêmes pour designer leurs courant : les « squadristi » étaient les groupes paramilitaires mussoliniens !

Dans cette période électorale, les Démocrates se présentent comme les défenseur de « notre » démocratie, ce qui signifierait qu’eux seuls ont les capacités, et les politiques pour la sauvegarder. Or, c’est eux qui ont, sous couvert d’un anti-racisme cynique et mensonger, ont oeuvré pour déconsidérer et désarmer les services de police. En font les frais les quartiers populaires, souvent à majorité noire, comme à Minneapolis (la ville ou le malheureux George Floyd fut tué lors d’une arrestation musclée) ou à Chicago (dont le maire et le chef de police sont des Noirs). 

S’ajoutant à leur mauvaise gestion dont les conséquences sont un mélange malsain d’apologie active de la criminalité (des catégories entières de crimes ne sont plus punies de prison), de démagogie, et assistanat,  avec comme conséquence la migration des entreprises hors des villes comme Chicago et New York, le désespoir ou du moins l’exaspération des classes moyenne, le parti Démocrate n’a rien de mieux comme mot d’ordre électoral que d’accuser les Républicains d’être des extrémistes.  Ses propositions, d’ailleurs, montrent à quel point les Démocrates n’ont aucune volonté de redresser les désastres urbains (et pas seulement urbains) qu’ils ont créés: ils veulent « fédéraliser » (c’est a dire nationaliser) le droit à l’avortement et, de même, mettre les procédures de vote sous un seul régime, géré par le gouvernement fédéral.  Dans ces deux cas, ce ne serait qu’un pas de plus dans leur longue campagne pour détruire le système fédéral proprement dit, qui suppose la souveraineté des Etats et la gestion locale. 

Les élections pourraient-elles mener à un changement de cap?  Rien n’est impossible en Amérique.  Les Républicains ont le vent en poupe en partie parce que la Californie représente pour beaucoup d’électeurs un contre-exemple de gestion, responsable d’une forte dégradation de la sécurité, de l’infrastructure, des services municipaux.

Le parti Républicain est divisé entre une apparente majorité d’élus et d’autres officiels qui soutiennent, ou du moins se gardent de critiquer, l’ex-président Donald Trump et ceux qui, sans le dire carrément, préféreraient qu’il disparaisse de la scène politique.  C’est le cas du gouverneur Républicain de Floride, Ron de Santis, qui brigue un deuxième mandat et pourrait se présenter à l’investiture pour la présidentielle en 2024.

Il y a aussi un petit carré de Républicains « never-Trump » qui, depuis leur déception de 2016, cherchent la défaite de l’affairiste-politicien, mais leur influence parait négligeable.  Leur étoile la plus connue, Liz Cheney, fille du vice-président de G. W. Bush,  a été battue dans la primaire pour le siège qu’elle occupe jusqu’à la convocation de la nouvelle Chambre en Janvier, et se prépare une nouvelle carrière. Adam Kinzinger, un autre farouche « never-Trumper » qui représente une circonscription dans l’Etat de l’Illinois, ne s’est pas présenté à sa propre réélection et cherchera également un nouvel emploi.  Un certain Evan McMullin, qui avait joué un rôle de figurant dans l’élection de 2016 sous l’impulsion du groupuscule « never Trump », est en lice dans son Etat natal de Utah.  Il semble qu’il ait fait une bonne campagne contre le sénateur sortant, Mike Lee, qui est plus ou moins trumpiste sans être jusqu’auboutiste, mais ses chances de l’emporter restent assez modestes.

Les élections sont importantes, comme toujours.  Le programme du President Biden est couteux à plusieurs égards, et il serait sans doute utile de le bloquer, ou au moins le freiner, en donnant au Congrès le veto qu’il aurait avec une majorité à droite.  De ce point de vue, d’ailleurs, les Républicains sont en bonne position car pour ce qui du Congrès, la Chambre a plus de poids dans les questions budgétaires que le Sénat, dans la mesure où c’est à elle d’écrire les législations autorisant les dépenses. 

Il faut toutefois noter que les Républicains, tout « Messieurs Austerite Fiscale » qu’ils voudraient paraitre, peuvent être aussi dépensiers que leurs rivaux.  Dès qu’on tient les clefs du Trésor public, on a la tentation de l’ouvrir pour des intérêts locaux, afin d’ être, justement, réélu dans sa circonscription.  Les sénateurs, eux, sont dépensiers par bêtise et vanité.

Nombre de candidats Républicains dans les deux chambres du Congres, tant sortants que challengers,  ont le soutien de l’ex président, en échange de quoi ce dernier exige d’eux fidélité et approbation de son opinion sur l’élection de 2020.  Ce soutien est à double tranchant, ou mieux dit, à tranchant ambigu.  Obligerait-il les politiciens qui en bénéficient de soutenir une éventuelle candidature de Trump pour l’investiture Républicaine en 2024?  Et, si celle-ci lui échappait et qu’il se lançait dans une campagne de troisième voie, qu’arriverait-il? En général, les « third-party candidacies » favorisent le perdant : leurs voix sont perdues d’un seul côté plutôt qu’entre les deux candidats principaux (ce qui aurait un effet neutre).  Par exemple, la candidature de Ross Perot donna la victoire à Bill Clinton lors de l’élection de 1992 au détriment du président sortant, G.W. Bush. Mais la candidature de l’écologiste Ralph Nader donna une mince majorité à G. W. Bush en Floride contre Al Gore (le vice-président de Clinton). Apres des déboires fort embarrassants pour les inconditionnels de la démocratie, la Floride fut déclarée favorable à Bush par la Cour Suprême.

La raison pour laquelle ces souvenirs historiques et ces incertitudes sur l’élection de 2024 ont de l’importance est que le régime américain souffre d’un manque de respect.  Certes, les Américains se sont toujours méfiés de leurs politiciens, mais rarement ont-ils éprouvé comme aujourd’hui, le sentiment que la classe politique est composée d’une bande de voyous qui se sont emparés du gouvernement avec l’aide de dirigeants non-élus de « l’Etat administratif », maintenant invulnérables à leurs postes de direction, qu’ils gagnent des élections ou non.

Il est à noter que le concept de « administrative state » ne date pas d’hier.  Depuis au moins l’administration de Woodrow Wilson, un des débats les plus sérieux et en même temps peu connus sur le système politique américain est celui qui oppose les partisans d’un étatisme des élites (comme Wilson lui-même, qui était par ailleurs favorable à la ségrégation raciale) et ceux qui insistent sur l’impérieux besoin de maintenir les prérogatives – et responsabilités – des élus.  Les représentants les plus connus de cette position anti-étatiste à l’heure actuelle sont sans doute Philip Hamburger, professeur à la faculté de droit de Columbia University (New York) et le juge Clarence Thomas (de la Cour Suprême). Mais le concept est sorti des cercles érudits (science politique, droit, histoire, presque toujours des savants ou juristes éminents) pendant la présidence de Donald Trump, quand ses partisans ont, en quelque sorte, fait le lien entre ce débat constitutionnel et l’agacement anti-Washington sur lequel misait l’ex-président qui agaçait tant lui-même.

Il faut noter aussi que ce débat et cet agacement, sont intrinsèque à la démocratie, et je pense qu’on en retrouvera sans peine la version française.  En Amérique nous sommes arrivés à un point qu’on peut appeler critique sans exagérer, car le conflit entre Etat administratif et République mettant en avant les libertés et la gouvernance décentralisée est sur le point de devenir insupportable ou de forcer une mutation de notre régime constitutionnel.  C’est pour cela que l’élection « mid-term », en d’autres temps banale et une sorte de répétition de la prochaine présidentielle, prend une plus ample signification. 

En bref,  ce qui se joue est le choix entre un « trumpisme » sans Trump et une démocratisation radicale, socialiste, égalitaire, et tyrannique.  En fait, ce serait le passage de la démocratie à la tyrannie dont se méfiaient les Grecs et Romains avant leurs déchéances. 

Sur fond d’inflation galopante, d’insécurité croissante, et d’inquiétude quant à la l’immigration clandestine venant du Sud, il semble que les Républicains peuvent gagner les élections sinon mettre de nouvelles politiques en place, et au moins d’atténuer les effets des politiques démocrates qui ont la plus grande part de responsabilité dans les fléaux du moment. 

Roger Kaplan

Il y a pas mal de choses qui me déplaisent chez les démocrates américains mais il y a des ordres de priorité et d’urgence.
Actuellement, pour un Européen normalement humaniste et pour quiconque, dans le monde entier, est attaché aux valeurs fondamentales de la démocratie et au respect des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine, la priorité des priorités est de mettre à mal le psychopathe du Kremlin et de l’empêcher, lui et sa bande, de continuer à détruire, assassiner, torturer, violer, mentir, semer la zizanie, avec l’appui de tous les régimes terroristes de la planète.

Or il se fait que Trump, le clown frappé d’une psychose blanche et d’un sévère trouble de la personnalité histrionique-narcissique, n’aurait jamais contaminé la Maison Blanche sans l’appui du psychopathe prémentionné, lequel, de toute évidence, tient Trump, Dieu sait comment. Une marionnette du KGB Président des Etats-Unis, jamais un tchékiste n’avait osé rêver d’un tel prodige !

Or je constate que, dans l’article de Roger Kaplan, il n’y a pas un mot sur la politique étrangère des USA telle qu’elle deviendrait en cas de victoire d’un parti républicain qui n’en finit pas de se galvauder au profit du guignol ignare matamore précité.

Par ailleurs traiter Kamala Harris de déficiente intellectuelle et Bernie Sanders de stalinien me fait m’interroger sur le niveau des capacités cognitives de l’auteur.

Avec humeur fumante,

Pierre Druez

Sans disserter sur la personnalité de Donald Trump qui, certes, a un côté narcissique assez prononcé pour attirer l’attention de ceux qui confondent étude psychologique et commentaire politique, je ne peux qu’observer que les démocrates ont tenté pendant quatre ans de détruire Donald Trump sur la base d’accusations émanant d’un dossier fantaisiste commandité et subventionné par eux-mêmes, provoquant des investigations couteuses en argent et en confiance accordée à nos institutions. Ces investigations ont été menées par un procureur irréprochable, ancien patron du FBI (Robert Mueller). Rien n’en est sorti, à part la découverte que certains agents de la police fédérale, partisans en cela, malgré leur devoir de réserve, avaient faussé des rapports dans un sens qui infléchissait le dossier au détriment du président .

Il serait donc prudent de ne pas faire de cet acharnement obsessionnel à penser que Trump serait la marionnette de Poutine, la pièce centrale d’une comparaison entre les politiques étrangères des deux grands partis politique américains. Il y a des courants « interventionnistes » et « isolationnistes » chez les uns et les autres et, pour le moment, il existe un consensus opérationnel sur les bons et les méchants dans le conflit entre Russes et Ukrainiens. Si une tendance « isolationniste » se développait à l’avenir et poussait au désengagement, il n’est nullement sure qu’elle viendrait plus d’un parti que de l’autre.

Par ailleurs, on peut sans ironie se demander si Mme Kamala Harris sait contre qui nous luttions par exemple, pendant la Guerre de Corée, ou même la Deuxième Guerre Mondiale.

J’ajoute que Donald Trump, tout pécheur et narcissique qu’il soit, a quand même des réflexes de bon sens en politique internationale. Il est vrai que son manque de culture entrave ces réflexes, tout comme  son mépris pour ceux qui n’avalisent pas ses réactions hâtives aux dossiers. Ce fut notamment le cas de son premier secrétaire à la Défense James Mathis,

Roger Kaplan

La contribution de Roger Kaplan à ce blog me heurte à triple titre :

1) Roger est beaucoup trop indulgent à l’égard de Trump. Il est maintenant établi que le 6 janvier 2021 était bel et bien une tentative de coup d’Etat de la part de Trump et des trumpistes. L’objet principal consistait à terroriser non seulement les responsables du Parti Démocrate mais aussi et surtout des personnalités du Parti Républicain comme Mc Donnel et surtout Mike Pence. Souvenons nous des slogans des émeutiers « Hang Mike Pence ». Le but était que Mike Pence invalide le résultat des présidentielles en sorte que se substitue un autre vote (à raison de deux représentants par Etat fédéré élus par le Congrès de chaque Etat) qui aurait désigné Trump comme Président. Ce coup d’Etat aurait peut-être été le préambule à instaurer un régime totalitaire aux Etats Unis mêmes. Trump avait alors un soutien électoral marqué (35% environ des suffrages exprimés). Rappels. A la constituante de septembre 1917, à la veille de son coup d’Etat, le parti bolchevique, n’avait recueilli que 23% des suffrages exprimés. Aux dernières législatives loyales en Allemagne, le parti nazi n’avait recueilli que 34% des suffrages exprimés. Dans les deux cas, une base électorale, significative bien que minoritaire, avait beaucoup contribué à instaurer un régime totalitaire prolongé.

2) Roger néglige délibérément la relation très spéciale qui s’est nouée entre Trump et le FSB dès le milieu des années 90 et qui a conduit ensuite à une relation de complicité et plus précisément de subordination de Trump à Poutine. Les deux chambres du Congrès avaient, par un vote très majoritaire, début 2017, désavoué les interférences du FSB et de Poutine dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Et Trump a fini par renoncer à contester l’appui que le FSB lui avait donné en 2016. Si dans une interview récente au New York Times (22/07/22), Karaganov, conseiller géopolitique de Poutine, a déclaré qu’il aurait mieux valu envahir l’Ukraine avant la pandémie, c’est à l’évidence parce qu’il pense que Trump serait resté passif face à l’invasion de l’Ukraine.

3) Roger néglige l’agression dont sont l’objet les Etats Unis et leurs alliés de la part de l’axe Pékin-Moscou depuis la crise de 2008-2012. Si Trump a eu un seul mérite, c’est d’avoir amorcé en 2018 la guerre commerciale qui était indispensable avec Pékin. Mais quelle grave incohérence de sa part : s’opposer frontalement à Pékin tout en entretenant des relations très particulières avec Moscou, le meilleur allié de Pékin ! La proposition de Roger pour revigorer la démocratie américaine se devrait de rappeler aux deux grands partis américains qu’ils ont une tâche historique, sauver les Etats Unis, leurs alliés et la démocratie dans le monde face à la menace que l’axe des pays totalitaires fait peser sur eux. L’éviction de Trump du parti républicain et l’émergence de nouveaux responsables au sein du parti républicain favoriseraient fortement l’établissement d’un pacte entre les deux partis face à la menace totalitaire.

Antoine Brunet

Je ne sais que dire.  J’ai essayé d’éclairer un peu les élections américaines avec une ébauche d’analyse plutôt conventionnelle, et voici qu’on accuse ce pauvre Donald de coup d’Etat en vue d’un régime totalitaire !  Trump, certes, par paresse, narcissisme, bêtise, et mépris pour tout le monde, a blessé l’ordre constitutionnel le 6 janvier, et il a continué de se moquer de ses compatriotes avec son déni du résultat des présidentielles de 2020.  Il est vrai que les organisateurs de coup d’Etat ne pensent pas souvent très loin.  Mais je doute qu’il s’agissait de cela. Trop inculte pour connaitre la Constitution, il laissa des illuminés le convaincre que l’on pouvait « décertifier » le vote des Grands Electeurs (Electoral College) après qu’ils eurent voté. Or c’est tout simplement faux.  On peut mettre un vote en cause, et cela se fait assez souvent, mais la « certification » par le Congres réuni, comme il l’était le 6 janvier, est un rite, ou une formalité certes solennelle mais pas sujette à contradiction.

Mais il s’agit, dans le cas de notre ami, d’erreur d’appréciation sur l’imaginaire américain, et pas seulement américain.  Il y a une sorte de paranoïa qui se répand et qui peut être instrumentalisé, c’est ce que comprenait très bien l’auteur du livre The Manchurian Candidate (1959) Richard Condon.  Le film avec Frank Sinatra qui en a été tiré est mieux connu est en quelque sorte tout à fait actuel même s’il est nourri des expériences (et craintes) du temps de la guerre de Corée.

Enfin, voici quand même quelques mots pour faire parade sans, j’espère, être trop impoli.

Je suis reconnaissant envers ceux qui s’inquiètent de la bonne santé de notre régime.  Mais il ne faut pas, même si le réflexe est naturel, gonfler les évènements. Ce faisant, on les dénature.  L’assassinat de John Kennedy n’était pas le fait du KGB ni de la Sécurité cubaine.  L’émeute sur le Capitole n’était pas une tentative de coup d’Etat.

On voudrait croire au drame digne de Shakespeare lorsqu’il s’agit d’un jeune président dont on espérait tant; on avait du mal à admettre qu’il avait pu être détruit par la balle d’un garçon perdu qui se voyait en héros d’un système de tyrannie qu’il confondait avec un mouvement d’émancipation qui ne voulait pas de lui. Lui même fut fauché par un type sans conséquence qui se vit acclamé par la nation reconnaissante. 

Et comment serait-il possible que la patrie de la liberté, dont la Constitution est un modèle de sagesse libérale et républicaine, soit mise en danger par des émeutiers ignares et sans autre objectif que de mettre le désordre dans un bâtiment dont ils comprenaient à peine la fonction ? On préfère croire qu’il y eût conspiration, plan élaboré et une suite prévue.  Mais il n’y eût aucune suite, ni dans ce cas ni dans l’autre.  Il y eût, par contre, un boom dans l’industrie complotiste. Ce qui est d’ailleurs normal, les USA étant, en plus du foyer de la liberté et l’arsenal de la démocratie, une grande foire de l’entreprise.  Le complotisme paye : voyez le succès en librairie ou au cinéma des adeptes du genre.

Il n’empêche que jusqu’à une nouvelle découverte sensationnelle, par exemple un document crédible trouvé dans une boite oubliée dans une cave à Moscou ou à la Havane, le meurtrier de John Kennedy a agi seul.  Et si le 6 janvier était vraiment une tentative de coup d’Etat, il faut parler comme de Gaulle pendant la mutinerie du malheureux quarteron : ce qui est sérieux c’est que ce n’est pas sérieux. 

Roger Kaplan

TEXTE JEAN FRANCART en réponse à ROGER KAPLAN 12 JUIN 2024

Dans son texte, Roger Kaplan entreprend de nous délivrer une vision noire des Etats-Unis où les deux candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2024 seraient à renvoyer dos-à-dos pour leur commune nullité supposée. Ce texte, qui se présente comme équilibré, constitue en réalité un plaidoyer caché en faveur de Trump. 

Après nous avoir expliqué que, sur la base des sondages, il retenait la victoire de Trump comme probable, Roger Kaplan ne s’en émeut pas pour autant, et il s’affirme même serein pour l’avenir en faisant confiance « à la bonne étoile dont bénéficient les Etats-Unis ».

Roger Kaplan ne nous dit rien sur l’avenir de la démocratie aux Etats-Unis en cas de victoire de Trump. Il omet délibérément, il est vrai, de mentionner dans sa grande fresque la tentative de coup d’Etat commise par Trump le 6 janvier 2021. Cette tentative (ratée) de coup d’Etat devrait pourtant alerter tous les partisans de la démocratie de ce qu’une victoire de Trump pourrait enclencher un basculement des Etats-Unis dans une dictature. 

Comment penser qu’une fois élu, Trump respecterait les institutions américaines alors qu’il les a déjà violées à deux reprises, en refusant d’admettre le verdict électoral en novembre 2020 puis en tentant en janvier 2021 de se maintenir au pouvoir en dépit du verdict qui lui était défavorable. Et à cet égard, on ne peut que regretter que la Cour Suprême n’ait pas pu statuer sur l’éligibilité de Trump avant l’élection de novembre.

Roger Kaplan ne nous dit rien non plus sur l’impact qu’une victoire de Trump exercerait sur la démocratie dans le monde., A contrario de la vérité, il affirme que, dans son mandat, Biden serait resté passif sur les trois fronts où la démocratie se trouve menacée de l’extérieur : l’Ukraine menacée par la dictature totalitaire de Moscou, Taïwan menacé par la dictature totalitaire de Pékin, Israël menacé par la dictature totalitaire de Téhéran et ses alliés que sont les Frères musulmans et le Hamas. Autant de contre-vérités. 

Biden eut un mal fou à arracher aux Républicains du Congrès le soutien militaire et financier qui était nécessaire à l’Ukraine ; il aura fallu que Mike Johnson, le leader républicain de la Chambre, ait le courage de désobéir à son patron Trump en sorte qu’une fraction des représentants républicains s’associe aux représentants démocrates pour que soient adoptées les mesures de soutien à l’Ukraine. Biden et son allié de circonstances, Mike Johnson réussirent ainsi à débloquer ce que Trump bloquait depuis trop longtemps.

Quant à Taïwan, Biden a entrepris, à la grande fureur de Pékin, toutes sortes de mesures préventives, une des plus efficaces ayant constitué à rétablir face à Pékin une solidarité géopolitique forte entre le Japon, la Corée du sud et les Philippines.

Enfin, au Moyen-Orient, Biden déploie depuis octobre 2023 la seule stratégie possible, celle d’un soutien, conditionnel mais réel, à Israël tout en décourageant (à l’opposé de ce qu’avait fait Trump entre 2016 et 2020) les pulsions bellicistes de Nétanyahou et de ses alliés extrémistes.

Quant à Trump, il annonce à l’avance qu’il abandonnera l’Ukraine à son ami et complice, Poutine. Et son principal financier, John Paulson, se répand en disant qu’en contrepartie de son soutien financier, il a obtenu de Trump la promesse d’abandonner la stratégie de « decoupling » avec la Chine, une stratégie qui s’avère très efficace pour contenir Pékin et que Biden a amorcée avec un certain succès (en matière de semi-conducteurs en particulier). La déclaration Paulson est « un signal faible » du peu d’enthousiasme que Trump mettrait à se confronter à Pékin et à défendre Taïwan en particulier.

On aura compris que, défenseur résolu de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde, c’est une victoire de Biden que j’appelle de mes vœux même si celle-ci paraît actuellement peu accessible.

Jean Francart.

6 Nov 2022