TEXTE PAR ROGER KAPLAN, 06 JUIN 2024
Joe Biden est-il un chef de bande incompétent qui mène les USA à la ruine et la planète à la guerre mondiale?
Donald Trump est-il un escroc financier et un vilain habitué des « filles de joie » capables de le faire chanter au prix fort?
L’un et l’autre sont-ils des imbéciles qui mettent en péril la sécurité de la Nation en laissant trainer chez eux des documents marqués « secret défense » ?
Difficile de se croire en année électorale aux USA et non dans un cauchemar ou un film de Mel Brooks.
Mieux encore : des membres de la Chambre des Représentants participent à des manifestations ouvertement anti-américaines sur des campus, organisées par des agents du Hamas et de l’Iran et soutenues par des professeurs, des recteurs et même des présidents d’université; d’autres, enragés, tentent de faire tomber les chefs de leur propre parti, rendant quasiment impossible le fonctionnement de la Chambre tandis qu’au Sénat, l’un des chefs du parti adverse appelle au renversement du gouvernement démocratiquement élu d’un pays allié et en guerre.
Pendant ce temps, le président obtient, par le biais des tribunaux, la suspension d’une initiative du gouverneur du Texas pour contrôler la frontière avec le Mexique, par où passent des centaines de milliers de clandestins miséreux, sans travail et parfois criminels ou agents de puissances ennemies comme la Chine communiste, l’Iran ou Cuba.
Mais si les partis n’ont pas su trouver parmi les 300 millions d’Américains d’autres candidats que deux vieillards gâteux ou fâcheux, à qui la faute? Symbolisent-ils le mauvais fonctionnement d’un système inventé à l’époque de la Révolution française pour gérer une République vouée à protéger un peuple d’hommes libres et entreprenants contre tout abus tyrannique?
A l’heure actuelle, il apparait que Donald Trump gagnera en novembre. Il mène – selon des sondages encore incertains – dans les Etats qu’on dit « battleground », c’est à dire pouvant basculer d’un parti à l’autre.
Ainsi, Trump devrait gagner en Arizona, en Géorgie, dans le Wisconsin, en Pennsylvanie ainsi qu’en Caroline du Nord, dans le Michigan et le Nevada.
Oui, les Républicains sont en position de force, dans la mesure ou l’on peut qualifier de « force » une collection de nuls (mis a part quelques personnalités d’honnêteté et de conviction, tel le président de la Chambre, le député Mike Johnson de Louisiane ou telle Elise Stefanik, de l’Etat de New York. Ils ont aussi la possibilité de retrouver leur majorité au Sénat (qu’ils perdirent en 2020 surtout à cause de Trump et de son refus d’accepter le verdict des urnes).
Evidemment, à cinq ou six mois des élections, rien n’est joué. Mais rien ne donne à penser que Joe Biden, affaibli et sous l’influence de l’aile de gauche de son parti, changera de message. Il représente aux yeux des électeurs l’homme de l’inflation, du démantèlement des industries automobile et énergétiques, et de l’abandon des alliés (Israel, Taiwan. et Ukraine). En plus, Biden, qui se prétend catholique, est favorable à l’IVG et aux transgenres.
Donald Trump subit l’usage qui est fait des tribunaux pour le mettre hors-jeu. Dans une République bananière, on ne ferait guère plus grossier. Jusqu’à présent, toutes ces tentatives ont échoué.

Donald Trump subit l’usage qui est fait des tribunaux pour le mettre hors-jeu. Dans une République bananière, on ne ferait guère plus grossier. Jusqu’à présent, toutes ces tentatives ont échoué. Mais le procès qui vient de se dérouler à New York va-t-il réussir là ou les autres ont échoué? Rien n’est encore joué mais l’on s’oriente semble-t-il, après un verdict de culpabilité, vers une peine assez légère. Et il y aura probablement appel.
En face, de sérieuses suspicions portant sur le trafic d’influence auquel Joe Biden et son entourage, auquel son fils se livrait dans des pays étrangers, dont l’Ukraine (avant l’agression russe) et la Chine communiste, ont été levées par les procureurs, sauf une inculpation pour fraude fiscale du fils de Biden, Hunter.
Il est difficile pour beaucoup d’électeurs, de ne pas voir dans ces différents cas une instrumentalisation de la justice.
Donald Trump, s’il manque de tact et pratique l’outrance verbale, avait entre 2017 et 2021, mené une politique pragmatique. Certes, il avait l’habitude de se tirer lui-même une balle dans le pied, par exemple en écartant par maladresse et petitesse les meilleurs de ses ministres et conseillers, tel Jim Mattis ou John Kelly, deux généraux des Marines, ou Nikki Halley, son ambassadrice à l’ONU.
Les Démocrates pourraient reprendre l’initiative en choisissant un centriste comme le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro.
La manoeuvre serait plus risquée du côté des Républicains, vu le caractère de Trump et de sa base militante, si certains étaient tentés de faire sécession et de lancer une troisième force (ou une quatrième voire même une cinquième puisqu’il y a déjà Robert Kennedy Jr., Démocrate « indépendant » et Jill Stein, « écologiste ».)
Qui sait? Dieu protège les orphelins, les crétins et les USA, disait, je crois, Oscar Wilde. Et le monde est fichu si nous perdons la foi.
Mais de foi, il n’en manque heureusement pas dans ce grand et magnifique pays où, ne l’oublions pas, rien n’est impossible.
Roger Kaplan, 06 juin 2024
TEXTE JEAN FRANCART en réponse à ROGER KAPLAN
12 JUIN 2024
Dans son texte, Roger Kaplan entreprend de nous délivrer une vision noire des Etats-Unis où les deux candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2024 seraient à renvoyer dos-à-dos pour leur commune nullité supposée. Ce texte, qui se présente comme équilibré, constitue en réalité un plaidoyer caché en faveur de Trump.
Après nous avoir expliqué que, sur la base des sondages, il retenait la victoire de Trump comme probable, Roger Kaplan ne s’en émeut pas pour autant, et il s’affirme même serein pour l’avenir en faisant confiance « à la bonne étoile dont bénéficient les Etats-Unis ».
Roger Kaplan ne nous dit rien sur l’avenir de la démocratie aux Etats-Unis en cas de victoire de Trump. Il omet délibérément, il est vrai, de mentionner dans sa grande fresque la tentative de coup d’Etat commise par Trump le 6 janvier 2021. Cette tentative (ratée) de coup d’Etat devrait pourtant alerter tous les partisans de la démocratie de ce qu’une victoire de Trump pourrait enclencher un basculement des Etats-Unis dans une dictature.
Comment penser qu’une fois élu, Trump respecterait les institutions américaines alors qu’il les a déjà violées à deux reprises, en refusant d’admettre le verdict électoral en novembre 2020 puis en tentant en janvier 2021 de se maintenir au pouvoir en dépit du verdict qui lui était défavorable. Et à cet égard, on ne peut que regretter que la Cour Suprême n’ait pas pu statuer sur l’éligibilité de Trump avant l’élection de novembre.
Roger Kaplan ne nous dit rien non plus sur l’impact qu’une victoire de Trump exercerait sur la démocratie dans le monde., A contrario de la vérité, il affirme que, dans son mandat, Biden serait resté passif sur les trois fronts où la démocratie se trouve menacée de l’extérieur : l’Ukraine menacée par la dictature totalitaire de Moscou, Taïwan menacé par la dictature totalitaire de Pékin, Israël menacé par la dictature totalitaire de Téhéran et ses alliés que sont les Frères musulmans et le Hamas. Autant de contre-vérités.
Biden eut un mal fou à arracher aux Républicains du Congrès le soutien militaire et financier qui était nécessaire à l’Ukraine ; il aura fallu que Mike Johnson, le leader républicain de la Chambre, ait le courage de désobéir à son patron Trump en sorte qu’une fraction des représentants républicains s’associe aux représentants démocrates pour que soient adoptées les mesures de soutien à l’Ukraine. Biden et son allié de circonstances, Mike Johnson réussirent ainsi à débloquer ce que Trump bloquait depuis trop longtemps.
Quant à Taïwan, Biden a entrepris, à la grande fureur de Pékin, toutes sortes de mesures préventives, une des plus efficaces ayant constitué à rétablir face à Pékin une solidarité géopolitique forte entre le Japon, la Corée du sud et les Philippines.
Enfin, au Moyen-Orient, Biden déploie depuis octobre 2023 la seule stratégie possible, celle d’un soutien, conditionnel mais réel, à Israël tout en décourageant (à l’opposé de ce qu’avait fait Trump entre 2016 et 2020) les pulsions bellicistes de Nétanyahou et de ses alliés extrémistes.
Quant à Trump, il annonce à l’avance qu’il abandonnera l’Ukraine à son ami et complice, Poutine. Et son principal financier, John Paulson, se répand en disant qu’en contrepartie de son soutien financier, il a obtenu de Trump la promesse d’abandonner la stratégie de « decoupling » avec la Chine, une stratégie qui s’avère très efficace pour contenir Pékin et que Biden a amorcée avec un certain succès (en matière de semi-conducteurs en particulier). La déclaration Paulson est « un signal faible » du peu d’enthousiasme que Trump mettrait à se confronter à Pékin et à défendre Taïwan en particulier.
On aura compris que, défenseur résolu de la démocratie aux Etats-Unis et dans le monde, c’est une victoire de Biden que j’appelle de mes vœux même si celle-ci paraît actuellement peu accessible.
Jean Francart, 12 juin
Trump versus Biden: Texte Roger Kaplan en réponse à Jean Francart
30 JUIN
Certes, le comportement de Donald Trump après l’élection de 2020 est irénique au point qu’on peut le qualifier de narcissisme infantile – et cela manque de dignité et de respect pour la Constitution des USA et de fidélité envers la notion d’Etat de droit dont il était, en tant que président, celui qui se devait de donner l’exemple.
Le terme de « coup d’Etat » fait cependant problème. Peut-on parler de coup d’Etat sans coup de force soigneusement préparé? Aucune unité militaire ou policière n’a bougé. Pas une voix n’a été entendue parmi les notables politiques ( comme des gouverneurs d’Etats qui auraient par exemple proposé de faire sécession en soutien du président sortant). Aucune bande de conspirateurs n’a occupé les centre de radiotélévision et personne n’a utilisé les réseaux sociaux pour proclamer l’état d’urgence et la formation d’un comité de salut public décidé à défendre la République. En fait, « l’assaut » du Capitole est une manifestation qui a mal tourné, et c’est grave, mais ce n’est pas un coup d’Etat.
Mais on pourrait dire que si coup d’Etat il y eut, ce fut celui mené contre Trump dès son investiture en janvier 2016. Les mêmes individus et organisations, notamment le clan Clinton et leurs hommes de mains du parti Démocrate, qui avaient oeuvré pour torpiller sa campagne en fabriquant de fausses informations à commencer par le « dossier Steele » qui devait démontrer que le candidat républicain était piloté (ou « tenu ») par V. Poutine et ont multiplié les fraudes électorales, recommencèrent leurs magouilles en 2020, au profit cette fois, de l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden.
C’est ainsi que l’élection que les manifestants du 6 janvier dénonçaient, maladroite et mal surveillée, fut remportée par les gauchistes dont Biden était l’homme de paille. Cet homme, tout au long de sa carrière s’est trompé sur quasiment tout, abattant ses cartes au gré des modes et mentant sans vergogne. Il fut ainsi le parfait rassembleur d’un parti qui représente la meilleure raison de douter de la possibilité d’un régime fondé sur la démocratie libérale. C’est le parti de la ségrégation raciale, de la colonisation intérieure des populations démunies à travers les régimes d’assistanat étatiste, de la remise en jeu de la carte raciale, à travers le « wokisme » lorsque la très grande majorité des américains étaient, et agissaient, dans la réalité, sans arrière-pensées fondées sur d’autre considérations que les mérites individuels.
Sans doute le côté mauvais perdant et bretteur de D. Trump rendent faciles les cris « au fascisme » des Démocrates, mais l’enjeu n’est pas la personnalité du président mais ses efforts pour changer la tendance vers le tout-Etat qui est leur seule politique.
Dès que Biden s’installe avec son entourage qui le manipule, toute la politique de Trump est renversée, provoquant la remontée de l’invasion des clandestins au sud, la catastrophe inflationniste, la folie wokiste. Le but n’est point la « justice sociale », mot d’ordre qui devrait être terrifiant pour tout homme libre quand la gauche l’utilise, mais le chaos et le désordre. Il n’est pas du tout surprenant que les Américains se rendent compte que la nature même de leur pays est menacée.
A l’étranger, les Bidenocrates hésitent à aider l’Ukraine et Israël dans leurs guerres défensives, encourageant par cela une montée des périls totalitaires que l’on croyait (naïvement) enterrée. Comme à une autre époque que l’on croyait (naïvement encore) révolue, la conjugaison de politiques maléfiques à l’étranger et à l’intérieur encourage un déferlement antisémite jamais vu sur les campus et ailleurs, ce qui n’est pas sans rapport avec la subversion des polices, entièrement le fait des Démocrates, et par là à une montée de la criminalité.
Bref, on ne pourrait faire mieux si les gauchistes, voire les communistes étaient aux commandes. Et c’est Trump que l’on accuse d’être le complice des Russes?
Pour répéter ce que j’écrivais, la « guerre légale » (lawfare en américain) que les Démocrates ont lancé contre Trump représente rien de moins qu’une déformation de l’Etat de droit. La manoeuvre met en péril l’indépendance de la Justice. Un congressman gauchiste, Jeremy Rabkin si je ne me trompe, a même proposé de donner à la Chambre le pouvoir de décider quels appels la Cour Suprême peut entendre.
Le premier débat entre Trump et Biden s’est déroulé le 27 juin et j’ose penser que ce sera un tournant: Biden a largement sombré pendant le débat au point que de nombreux Démocrates pensent à investir un remplaçant venant de ce qui reste de leur centre politique.
Roger Kaplan, 30 JUIN
