L’animateur Arthur, prix Jean Pierre-Bloch de la LICRA avec l’humoriste Sophia Aram

Le Figaro a rapporté les moments importants de l’allocution prononcée par l’animateur de télévision Arthur (de son vrai nom Jacques Essebag), après qu’il eût reçu ce prix pour son engagement contre l’antisémitisme.

« Loin, si loin des rires de Vendredi tout est permis ou des Touristes, les divertissements légers qu’il anime sur TF1,

Benjamin Puech, l’auteur de l’article, rapporte qu’Arthur a vécu le massacre du 7 octobre 2023 comme un déchirement, qui l’a convaincu de sortir de sa réserve pour s’exprimer, sur les réseaux sociaux et dans les médias notamment pour dénoncer le lourd silence qu’il a perçu dans le milieu artistique, et pour « épingler les ambiguïtés de l’extrême gauche à l’égard de l’antisémitisme ».

« Il est vrai que depuis le 7 octobre j’ai parlé. Fort, parfois avec maladresse, souvent en colère, reconnut Arthur, mais j’ai parlé pour rester debout, pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou. Parce que comme tous les Juifs de France, je vis avec une peur qui ne me quitte plus, pas une peur abstraite, une peur intime, qui vous réveille la nuit, qu’on avoue à demi-mot même à ses proches », a expliqué l’animateur, qui évoqua ensuite l’agression du rabbin Arié Engelberg, à Orléans et ses parents, « qui changent leur nom lorsqu’ils commandent un taxi. »

Après avoir regretté un manque d’engagement de la part de « grandes voix » silencieuses, ou pire : floues, tièdes, ambigües, l’homme de télévision qui vit sous protection rapprochée s’est adressé au chef de l’État :

« Monsieur le Président, cher Emmanuel, chers amis, je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons (…) mais de tenir votre place, celle qui engage, qui protège pour que l’histoire ne se répète pas. (…) Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cèdent, tenez-la comme on tient la main d’un enfant, une promesse qu’on ne peut pas trahir, parce que ça commence toujours par les Juifs et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout. »

Arthur a eu un mot chaleureux pour Sophia Aram, récompensée également par le Prix Jean Pierre-Bloch, puis pour son épouse, Mareva Galanter, ancienne Miss France : « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe. Elle ne rase plus les murs, elle les peint, elle les signe », s’inquiète

encore l’animateur. Pour qui l’antisémitisme se drape désormais dans l’antisionisme afin de paraître « acceptable ».

Ce qu’Emmanuel Macron a dénoncé également au cours de cette cérémonie.

Le chef de l’État a salué en Sophia Aram et Arthur deux visages de la «fraternité française». «Être Français aujourd’hui (..) ce n’est ni votre sang, ni votre origine, ni votre religion (..) C’est une volonté !», a-t-il dit. «Comme tous les Juifs de France, je vis désormais avec une peur qui ne me quitte plus», a lancé Arthur, dénonçant «le silence» de ceux qui «se levaient (autrefois) pour toutes les causes» (…) L’humanisme ne se divise pas en races et la République ne se divise pas en communautés parce que la République ne se divise pas», a renchéri Sophia Aram, fervente défenseure de la laïcité ».

Jean-Louis Carillon, le 15 mai 2025

15 Mai 2025


Le livre de Régis Genté « Notre homme à Washington » : une rétrospective accablante sur les liens entre Trump et la Russie

Régis Genté - Notre Homme à Washington Trump dans la main des Russes

Quelle est la nature des relations entre Trump et Poutine ? La question est aussi ancienne que lancinante mais elle est revenue au premier rang des interrogations en particulier pour tous ceux que préoccupe le destin de l’Ukraine.

Ecrit avant l’élection de novembre dernier, le livre de Régis Genté Notre homme à Washington (Grasset, 2024), sous-titré « Trump dans la main des Russes »  éclaire l’actualité sous un jour spécifique dans la mesure où il s’agit d’une exploration des liens entre Donald Trump et la Russie sur une période de plus de quarante ans.

L’auteur, journaliste spécialisé sur l’Europe de l’Est, s’appuie sur des documents et des témoignages avérés pour étayer sa thèse selon laquelle Trump aurait été repéré par les services soviétiques dès les années 1980. Grande continuité puisque, dès cette époque, Trump multiplie les déclarations contre l’OTAN… Et formidable prescience des services russes qui ne pouvaient quand même pas prévoir qu’ils investissaient sur un futur président des Etats-Unis. Cependant, nul complotisme ici, rien que des faits. 

Selon Régis Genté, Trump est devenu très tôt un “contact confidentiel” c’est-à-dire une personne que les services russes “cultivent” en la soutenant, sans qu’elle soit nécessairement consciente de jouer en retour un rôle actif qui leur sera favorable. En l’occurrence les services russes ne cesseront d’apporter d’opportuns soutiens financiers via la horde de mafieux, d’espions et d’oligarques qui a envahi les Etats-Unis après l’effondrement de l’Union Soviétique. A chaque fois qu’il frôle la faillite, de généreux personnages à la fortune trouble achètent des appartements surpayés dans ses Trump Towers ou investissent dans ses autres projets immobiliers. A l’inverse Trump, qui s’est rendu trois fois en Russie depuis 1987, n’a jamais réussi à fourguer une Trump Tower à Moscou – c’est un de ses arguments de défense.

L’auteur est particulièrement prolixe autour de la campagne de 2016 car il dispose de deux sources officielles d’enquête. Un rapport du Sénat – alors à majorité républicaine mais pas la même qu’aujourd’hui… – et le rapport du conseiller spécial Robert Mueller, certes publié de façon expurgée mais quand même très explicite. On y découvrira notamment la gamme inattendue des services offerts par la Deutsche Bank.

Régis Genté souligne bien qu’il n’existe pas de “smoking gun” prouvant une collusion directe mais que le faisceau d’indices est suffisamment conséquent pour susciter des interrogations quant aux racines de la grande mansuétude qui est la marque de la nouvelle politique américaine vis-à-vis du Kremlin. La simple fascination pour un autocrate (l’hypothèse psychologique) ou la volonté de redéfinir des zones d’influence (l’hypothèse géostratégique) paraissent des explications très insuffisantes au regard de l’obstination dans les prises de position de Donald Trump et des siens depuis le 20 janvier dernier : toujours favorables à la Russie et hostiles à l’Ukraine. En reliant les événements les plus récents, le lecteur pourra facilement écrire la conclusion que le livre laisse en suspens.

Antoine Cassan, le 29 avril 2025

29 Avr 2025


Lettre ouverte des enfants de Jean-François Revel

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard ont décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération qui, le 2 avril 2025, a repris les accusations qu’il avait déjà portées contre leur père, Jean-François Revel, L’article qui a provoqué leur indignation n’apportait pourtant aucun élément nouveau probant en réponse à la contre-enquête publiée le 12 mars précédent par Le Figaro.

Rappelons que Jean-François Revel fut pendant plusieurs années et jusqu’a sa mort en 2006 le président irréprochable de l’Institut d’histoire sociale.

« Lorsque nous avons pris connaissance, en juin dernier, des allégations publiées dans Libération contre notre père, Jean-François Revel, accusé d’avoir participé dans les années 1970 à des réunions pédocriminelles, nous nous sommes exprimés pour dire notre respect pour la parole de la victime, notre espoir que la justice puisse établir la vérité, mais aussi notre effroi et notre incrédulité.

Près de neuf mois plus tard, nous n’avons pas varié : nous espérons plus que jamais que la justice éclaire la réalité des faits, nous continuons de croire en la sincérité d’Inès Chatin, mais notre incrédulité s’est muée en une certitude : nous sommes maintenant convaincus que les accusations portées contre notre père sont dénuées de tout fondement et que Libération s’est livré à un travail journalistique construit sur l’insinuation, le mensonge et la manipulation. Le dernier article paru la semaine dernière nous en a persuadés définitivement et nous conduit à nous exprimer à nouveau aujourd’hui.

Il serait difficile dans ces quelques lignes de démêler tous les fils des raccourcis et amalgames dont sont tissés les articles de Libération. Pour ceux qui les liront, ils comprendront que notre père est accusé d’avoir participé à des réunions pédocriminelles qui se tenaient dans un appartement vide situé au 33-35, rue de Varenne autour des années 1977 à 1980. L’accusation se fonde sur un élément et un seul : le souvenir d’Inès Chatin. En soi, un seul témoignage pourrait suffire mais celui-ci a ceci de particulier que ce témoin avait entre 4 et 7 ans au moment des faits, indique que les auteurs de ces actes abominables étaient masqués, mais se dit pour autant certaine d’avoir reconnu parmi eux notre père à son odeur, sa corpulence et sa transpiration.

Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits.

Une évidence s’impose : pour qu’une aussi petite fille puisse identifier nommément un homme masqué, sur la base de son odeur, elle doit forcément le connaître et le fréquenter d’une manière particulièrement proche. C’est précisément ce que Libération affirme : notre père aurait été un ami intime de Jean-François Lemaire, le père adoptif d’Inès Chatin, passant sa vie chez eux, débarquant à tout instant, comme s’il s’agissait d’une sorte de deuxième famille.

Et c’est à partir de là que la démonstration ne repose plus sur rien. Libération n’apporte aucun élément, aucun document, aucun témoignage pour corroborer le fait que notre père ait en effet connu Jean-François Lemaire et plus encore fréquenté sa famille au moment des faits. Au contraire même, comme Le Figaro  l’a montré dans sa contre-enquête publiée le 12 mars dernier, ni la lecture des agendas de notre père, fort renseignés et consultables à la BNF, ni les témoignages de ses amis proches, ni aucun autre document porté à notre connaissance, ne font état d’un quelconque lien entre les deux hommes avant le début des années 1980.

On peut en effet reconstituer qu’ils ont dû faire connaissance par la fréquentation du même club gastronomique que notre père a rejoint en mars 1980. Puis ils se voient une première fois dans un cadre privé pour un déjeuner organisé chez Lemaire en présence d’autres invités. L’agenda de notre père fait ainsi mention pour la première fois de Lemaire, à la date du 21 juin 1983 à 12 h 30 : « Dej. Dr J.F. Lemaire, 97 rue du Bac » (rappelons que Jean-François Lemaire était médecin). Drôle de formulation pour des amis supposés intimes de longue date ! Notre père a même noté méticuleusement l’adresse à laquelle il est supposé se rendre depuis des années.

À partir de là, les deux hommes nouent une relation que l’on peut qualifier d’amicale sans être ni intense ni assidue puisqu’ils se verront essentiellement dans le cadre des déjeuners mensuels du Club des cent et à l’occasion d’environ une douzaine d’autres déjeuners entre eux, étalés cependant sur une période de plus de vingt années. Ni la chronologie de cette relation ni son intensité ne viennent donc corroborer le souvenir d’Inès Chatin. Sans pour autant que cela interdise qu’elle puisse être d’une parfaite sincérité, l’hypothèse la plus probable selon nous étant qu’elle ait croisé notre père bien après les faits supposés et pour peu que sa physionomie lui ait rappelé celle de l’un des auteurs des sévices qu’elle dit avoir subis, elle s’est convaincue de ce que Jean-François Revel en faisait partie.

Ce type de mécanisme de reconstruction de la mémoire ayant déjà été observé dans bien des cas analogues, Libération aurait dû ne pas se contenter de ce seul souvenir et s’attacher à rechercher des éléments objectifs pour l’étayer. Non seulement, ils ne l’ont pas fait mais ils ont délibérément mis le nom de Revel en une de Libé dans le seul souci de mettre en avant un nom connu qui attire le lecteur, comme l’un des journalistes signataires nous en a fait l’aveu, le jour de la publication du premier article en juin dernier, dans un message écrit impressionnant de cynisme et de duplicité : « Lidée qu’une une doit parler immédiatement à un lecteur passant devant un kiosque ou une gare l’a emporté. (…) Votre père paye en quelque sorte sa notoriété. »

Une fois la contre-enquête du  Figaro  parue,  Libération  aurait pu reconnaître les limites de son enquête ou se taire. Ils ont fait le choix de s’enfoncer dans le mensonge et la manipulation.

L’article paru la semaine dernière annonce en effet qu’il apporterait enfin les preuves de la relation d’amitié qui liait Revel au père adoptif d’Inès Chatin, « y compris à l’époque » des faits incriminés situés entre 1977 et 1980. Car telle est bien la question clé en effet sur laquelle nous avions d’ailleurs plusieurs fois interrogé Libération au cours des derniers mois, sans succès.

Nous invitons chacun à lire l’article : à aucun moment, n’y figure un quelconque élément, document ou témoignage nouveau attestant de cette relation au cours de la période considérée. Les lettres retrouvées datent toutes de 1984 et 1987. Elles indiquent qu’ils se tutoient, ce qui « atteste d’une vraie proximité » selon Libération. Or il se trouve qu’au Club des cent le tutoiement est obligatoire entre les membres.

Une photo de 1982 est publiée où notre père et l’épouse de Jean-François Lemaire sont assis à une même table : il s’agissait vraisemblablement d’un grand dîner donné pour les 10 ans du Point auquel participaient plusieurs centaines de convives dont les Lemaire qui étaient de proches amis du directeur de l’hebdomadaire, Claude Imbert. Si l’amitié entre les Lemaire et notre père était si vivace et ancienne, comment expliquer qu’on n’ait retrouvé aucun courrier, aucun témoignage, aucune photo, aucun livre dédicacé datant des années antérieures ?

Faute de preuve, faute de mieux, Libération se livre alors à un festival d’arguments manipulatoires.

Si on ne retrouve rien dans les agendas, c’est qu’ils auraient été tronqués. Il est vrai que tous n’ont pas été retrouvés après le décès de notre père, mais l’essentiel y est et sur une durée de près de cinquante ans. Ainsi, sur les années 1975 à 1983, il ne manque que trois carnets trimestriels sur un total de trente-six. Rien qui ne permette d’effacer toute trace d’une fréquentation supposée quasi quotidienne. Et pourquoi notre père n’aurait-il jamais noté ces rencontres avec Lemaire, ne serait-ce que les toutes premières, puis pendant des années, pour tout d’un coup les faire apparaître à partir de 1983 ?

Libération avance alors une autre hypothèse : finalement « Revel n’avait nullement besoin de Lemaire pour converger » vers ces réunions pédocriminelles rue de Varenne puisqu’il connaissait l’un des autres protagonistes supposés, en la personne de Claude Imbert. Il est exact que les deux avaient travaillé ensemble à L’Express à la fin des années 1960. Mais alors de deux choses l’une : si Revel participait à ces réunions par l’intermédiaire d’Imbert et non de Lemaire, s’il n’était donc pas un familier de ce dernier, comment expliquer alors que sa fille ait pu le reconnaître à sa simple odeur ?

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération

Qu’à cela ne tienne, Libération va chercher un autre lien, cette fois-ci entre notre père et Gabriel Matzneff avec pour seul élément le fait qu’ils aient été invités en 1965 à un même déjeuner, avec quatre autres convives, chez François Mitterrand, et auraient échangé quelques propos sur saint Thomas en fin de repas. Quelle proximité accablante !

Enfin, Libération abat sa carte maîtresse. Un élément matériel antérieur à 1983 aurait été trouvé dans les agendas de notre père : « Dans les pages du mois de juin 1975, soit deux ans avant les sévices qu’elle dénonce, Inès Chatin a découvert la mention de l’adresse de la cour d’immeuble où elle résidait. » Qu’est-il réellement écrit dans l’agenda ? « Mahias 32 rue de Varenne. » Notre père se rend donc bien rue de Varenne, mais à une autre adresse que celle où les réunions pédocriminelles se seraient tenues, et pour voir quelqu’un d’autre ! En l’espèce, son ami Claude Mahias, qui est aussi son collègue au sein de la maison d’édition Robert Laffont, et a habité l’essentiel de sa vie dans cet immeuble. Libération a-t-il sciemment manipulé cet élément pour voir une preuve là où il n’y avait qu’une coïncidence ?

Reste que cet élément est à l’image de tout ce travail « d’enquête » : manipulateur et fallacieux. Comme l’illustre encore un autre passage où Libération rappelle que la famille Lemaire a emménagé dans son domicile historique « racheté à la famille de Jean d’Ormesson, fréquenté aussi par Revel ». Notre père connaissait en effet Jean d’Ormesson, sans proximité particulière d’ailleurs. La famille de Jean d’Ormesson – et non lui directement si on comprend bien – vend un appartement aux Lemaire. La boucle est bouclée, l’affaire est dans le sac !

À la fin des fins, au-delà de ces multiples raccourcis, amalgames et déformations, il ne subsiste donc que le souvenir olfactif d’Inès Chatin. Nous pourrions nous situer sur ce même terrain en apportant notre propre témoignage de ce que notre père que nous avons côtoyé bien plus intimement et longtemps que quiconque, n’avait pas la moindre odeur marquée, et encore moins désagréable, que ce soit le matin ou le soir, sous tous les climats et toutes les latitudes.

Non, en tout état de cause, cela ne saurait suffire pour jeter l’infamie sur la mémoire d’un homme dont toute la vie et la personnalité, exempte de toute forme de perversité, de cruauté et de dissimulation, se situaient aux antipodes des actes abominables qui lui sont prêtés.

Face à de telles accusations, de tels manquements à l’éthique journalistique et pour défendre l’honneur de notre père, nous avons décidé d’engager une action judiciaire contre le journal Libération. »

Nicolas Revel, Ève Ricard et Matthieu Ricard, le 7 avril 2025

23 Avr 2025


Plus que jamais solidaires des Ukrainiens

Article journal la provence
Article du journal La Provence du samedi 5 mars 2025

Les bombardements russes sur les villes d’Ukraine se poursuivent. Ces jours derniers ils se font même plus intenses.

Quelques politiciens irresponsables acceptent cette agression contre un Etat indépendant qui ne demande qu’à se rapprocher des démocraties libérales européennes. A les entendre, l’Ukraine, comme jadis la Finlande, doit donner au contraire des gages de neutralité à Vladimir Poutine.

N’abandonnons pas l’Ukraine à ce triste sort. Qu’elle sache  que dans toute l’Europe des gens se sentent solidaires de la résistance qu’elle oppose à l’impérialisme russe. Solidaires au point de se sentir frappés eux-mêmes quand un missile s’abat sur des gens qui font leurs courses, se rendent à leur travail ou se promènent avec leurs enfants. Solidaires au point de prendre sur leur temps et leur argent pour apporter aux Ukrainiens leur aide matérielle, leur présence et pour partager, face à la brutalité d’un Etat russe avide de conquêtes et de revanches, un sentiment d’humanité commune et une liberté menacée par la barbarie.

Deux exemples parmi beaucoup d’autres : dans l’Yonne, deux associations, Kiev-Avallon et Ukraine 89, ont pris l’initiative d’envoyer le 3 avril dernier un convoi humanitaire  en direction de l’Ukraine transportant des casques de pompiers, des tenues anti-feu et du matériel médical.

Par ailleurs, l‘association SOS Ouman (du nom d’une ville située au centre du pays) que nous avait présentée notre ami Nicolas Miletitch, un de ses animateurs, a expédié également au début avril en Ukraine du matériel, médical et autre, dont ont besoin leurs amis et connaissances.

Ce courant d’aide spontané ne faiblit pas, bien au contraire. Jamais, selon un des responsables de l’association, autant de contributions financières ou matérielles ont été reçues – comme si bien des gens souhaitaient répondre avec détermination à « la volte-face de Trump », pour reprendre l’expression du journal La Provence dans un article consacré à cette aide et tout particulièrement à SOS-Ouman qui fait régulièrement l’aller-retour France-Ukraine.

Nous aussi, lecteurs d’Histoire & Liberté, nous pouvons entrer dans cette chaine de solidarité en adressant nos dons à SOS-Ouman. (Toutes les précisions pour effectuer cette opération simple  sont accessibles sur internet).

Pierre Rigoulot, le 16 avril 2025

20 Avr 2025


Du soupçon à l’accusation

Pris la main dans le bocal de confiture, Marine Le Pen et quelques autres cadres de son parti viennent d’être condamnés par la Justice. Les réactions scandalisées de leurs amis et de leurs partisans valaient la peine d’être entendues, le soir du 31 mars !

D’abord – la formule est usée jusqu’à la corde mais pourquoi ne pas s’en servir encore ? – « ce n’est pas un hasard si elle a été condamnée », disent-ils. Bien des magistrats sont membres du Syndicat de la Magistrature. Ils ont donc fait parler leur opposition (gauchiste) au Rassemblement National.

N’ont-ils pas seulement appliqué le code pénal, répondez-vous ? Pas du tout ! Leur condamnation, même conforme aux articles du code pénal, a été tout ce qu’il y a de plus politique ! Sans éprouver de gêne à l’idée que la France puisse être dirigée par quelqu’un qui a admis et couvert le détournement de l’argent du contribuable, amis et partisans de Mme Le Pen préfèrent mettre en cause les options politiques des juges. Ce sont elles qu’ils accusent ouvertement d’être en dernière instance à l’origine de la condamnation de Mme Le Pen et non le fait que celle-ci ait enfreint la loi, un fait qui entraîne logiquement le verdict que nous connaissons.

En ces temps de « déconstruction », en cette époque de triomphe du soupçon d’intérêts à défendre, de volonté de puissance, de désirs cachés mais à l’œuvre; en ces temps d’abandon (et pas seulement par Donald Trump !) de toute référence au vrai ou au faux, au bon ou au mauvais; en ces jours de rejet des propos fondés sur le raisonnement et l’expérience au profit des rumeurs « complotistes » les plus folles, le contraire eut été, il est vrai,  étonnant.

Les partisans de Mme Le Pen ne se contentent pas, hélas, de ce premier pas. Ils en franchissent un second en passant du soupçon à la mise en cause en nous assurant que la décision des juges est un déni de démocratie. Les juges rendent la justice « au nom du peuple français ». Ce n’est donc pas à eux, en ce moment important de notre vie politique, de décider si Marine Le Pen peut ou non être condamnée à l’inéligibilité mais au Peuple. Si celui-ci s’apprête en effet à voter pour elle, c’est qu’il ne la tient pas pour inéligible contrairement à ce que prétendent les magistrats. Et comme il vaut mieux s’adresser au bon dieu (le Peuple français) qu’à ses saints (les juges), le désaccord patent entre ces deux instances doit être tranché en faveur de la première.

Joli tour de passe-passe et posture propagandiste car les juges, et les juges seuls, se prononcent légitimement de par leur connaissance reconnue des règles du droit, ce qui n’est pas le cas de tout un chacun, fut-il électeur, et parce que le peuple leur a délégué cette légitimité …

D’autres arguments secondaires, annexes, ont été entendus sur le fait par exemple qu’il n’y a pas eu volonté d’enrichissement personnel. Comme si le détournement d’argent public en faveur d’un parti et d’une certaine idée de la France n’était pas tout autant condamnable que la recherche d’avantages personnels ! Les hommes politiques usant de moyens prohibés pour faire triompher leurs idées paraîtraient-ils plus sympathiques que ceux qui se servent les premiers ? De Savonarole à Staline, la liste est longue des tyrans « désintéressés » !

Pierre Rigoulot, le 31 mars 2025

2 Avr 2025


MARCEL GAUCHET – LE NŒUD DÉMOCRATIQUE, Aux origines de la crise néolibérale (Gallimard 2024. 250 pages. 20 euros)

Le passé humain a mis longtemps à sortir d’un mode de structuration religieux qui consacrait l’entente entre le sacré et le social. C’est ainsi que dans la société féodale, la domination se présentait sans masque, appuyée sur une justification religieuse.

Celle-ci a été remplacée par un principe alternatif aux « droits de Dieu » : L’Habeas  Corpus, officialisé en 1679. Puis les Droits de l’Homme ont supplanté le droit divin des rois. Après un long processus qui a mis cinq siècles à se mettre en place, on a donc vu émerger nos sociétés démocratiques et libérales qui combinaient un cadre politique, une légitimation des rapports sociaux et une vision collective.

Ce mode d’organisation est en train de voler en éclat.

L’arrimage à un passé fondateur réputé indépassable a fait place à l’ouverture vers un avenir à inventer qui a conduit à un extrémisme démocratique.

C’est ainsi que les libertés individuelles se sont totalement exprimées au détriment d’un destin collectif dont la nation se sent aujourd’hui dépossédée. Autrement dit le collectif a été partiellement dissous au profit de l’individu.

Et, sans bruit, la crise de la démocratie s’est installée.

Marcel Gauchet appelle à la création d’une instance de diagnostic indépendant dont la mission consisterait à rechercher des éléments collectifs pour sauver la démocratie.

L’auteur constate qu’aujourd’hui l’histoire s’est effacée derrière le présent économique, la socialisation derrière l’individualisation enlevant aux individus le sens de la responsabilité sociale tout en s’acharnant à les faire exister comme individu. Et la politique porteuse d’une vision derrière le politique, à courte vue.

En outre, le droit s’est imposé comme la référence centrale qui commande partout et inspire toute la vie sociale au détriment du pouvoir des élus.

Aujourd’hui, nous devrions vivre un âge d’or de la démocratie puisque la société civile a gagné son indépendance complète.

Pourtant, nous assistons à une radicalisation des appels à démocratiser la démocratie.

Cette tendance entraîne les acteurs politiques traditionnels à faire marche arrière pour remobiliser l’idéal démocratique. Ils sont considérés comme illibéraux.

Parallèlement, on voit se développer une protestation populiste qui s’incarne par une affirmation d’ordre identitaire en réaction à la pluralisation de l’existence collective. Elle appelle à redonner la priorité à la cohésion collective grâce à l’autorité du politique.

Le nouveau défi politique lancé aux démocraties est de préserver les libertés individuelles tout en maîtrisant le destin collectif. Ceci ne pourra se faire, d’après le philosophe, que si la politique et la « moralité » reprennent leur place. On a vu, en effet, surgir un couple juges/medias qui conduit en douceur à un moralisme émotionnel et le pouvoir à l’impuissance.

Il s’agit de redonner aux indépendances une appartenance hors de laquelle elle flotte dans le vide et de réarmer la conscience historique du présent.

Affirme t-il.

Sabine Renault-Sablonière, le 2 avril 2025

1 Avr 2025


Les antécédents du Wokisme

Le wokisme pratique le scandale et la diabolisation publique hors procès  en justice comme moyen révolutionnaire d’éveiller les consciences aux injustices intolérables qui ne sont pas perçues comme telles, tant leur ancienneté les fait passer pour naturelles.

Je crois que je ne caricature pas.

Cette chasse aux sorcières renoue avec l’appel qui fut lancé par Marx dans l’un de ses tout premiers écrits philosophiques : « Il faut rendre l’oppression réelle encore plus opprimante, en lui adjoignant la conscience de l’oppression, la honte encore plus honteuse, en la rendant publique. Il faut dépeindre chaque sphère de la société allemande comme la partie honteuse de cette société.. »

La démocratie libérale,  mérite-t-elle cette hostilité générale ?

Notre société promeut et pratique l’examen critique des mots et des comportements hérités du passé et qui semblent en porter des traces condamnables.

Cet examen est une mesure d’hygiène culturelle et politique, car nos mentalités et nos valeurs évoluent, et les mots de notre langue commune doivent évoluer en conséquence.

Il est bon, pour ne prendre qu’un exemple, qu’on ne dise plus « une fille-mère » pour évoquer une « mère célibataire », et il est impératif qu’une personne ayant autorité sur une autre n’abuse pas de ce rapport de forces.

Mais l’évolution de notre langue et de nos comportements ne doit pas être dénaturée et transformée en un appel à leur déconstruction systématique et globale, comme s’il nous fallait nous purifier de tout ce que nous sommes en faisant table rase de notre héritage culturel.

En particulier, la chasse aux traces linguistiques d’un passé culturel qui serait totalement au service de la domination vise à imposer la novlangue politiquement correcte au sein d’une cancel culture.

 Dans la dynamique de cette épuration culturelle,  les mots ne devraient plus porter trace de leur histoire, et ils devraient également perdre la polysémie qui caractérise les mots de toutes les langues vivantes.

Seuls les mots des langues artificielles, tels ceux qui définissent les figures de la géométrie, sont parfaitement neutres et univoques

Pour contrecarrer la guerre révolutionnaire menée par le wokisme contre notre héritage culturel, il peut être utile de réfléchir à la généalogie du wokisme, et aux éléments qui composent son ADN.

Sa première caractéristique est de suspecter, de dénoncer publiquement sans procès le mal qui se cache.

Sur ce plan, le wokisme a pour ancêtre la bien nommée Terreur de 1793, et sa terrifiante loi des suspects.

 Celle-ci fut initiée par Robespierre, et on en retrouve les principes dans les procès staliniens : à l’image de ces antécédents, le wokisme exclut lui aussi la présomption d’innocence et lui oppose la présomption de culpabilité. Il refuse lui aussi les droits de la défense.

Et il manifeste lui aussi une forme de paranoïa.

J’ajoute que la filiation du wokisme à la Terreur de 1793 se double d’une filiation au communisme de Karl Marx.

Le wokisme actuel reprend en effet la formulation marxiste de ce qui est devenu la cancel culture.

Voici un des passages du Manifeste du parti communiste qui justifie la destruction de notre héritage culturel

« L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes. 

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes. 

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. »

Cette cancel culture repose sur le paradigme marxiste de la lutte des classes, qui déclare une guerre sans compromis entre deux ennemis dont l’un doit disparaitre : les dominés et les dominants.

L’objectif avoué de la lutte des classes n’est pas de supprimer la domination d’une classe sur l’autre : il est d’inverser la domination, d’imposer la domination de la classe dominée, en l’espèce : la dictature du prolétariat.

L’universalité et l’égalité en droits et en dignité de tous les humains n’est pas son horizon

Le wokisme applique le paradigme marxiste de l’antagonisme irréductible entre les classes sociales à tous les rapports entre les groupes sociaux

L’intersectionnalité des luttes est le mot d’ordre de cette coalition revancharde qui voue la société à une guerre civile sans fin.

Que répondre à cette conflictualité radicale, vengeresse et irréductible érigée en loi universelle ?

Qu’il est exact que tous les rapports entre les individus et les groupes humains peuvent contenir une dimension conflictuelle, des rapports de force et des risques d’abus, mais qu’il est faux et paranoïaque de les y réduire.

L’ambivalence des sentiments est dans la nature de tous les rapports entre les humains, comme on le sait mieux depuis Freud, mais cette ambivalence n’entraine pas la guerre totale entre dominants et dominés

L’examen critique des mots et des comportements doit se faire dans l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme, expression qu’il faut désormais entendre comme Déclaration des droits des êtres humains.

Tout mot, expression ou comportement qui peut paraitre contraire au principe de l’égalité en droits et en dignité de tous les êtres humains peut être examiné, et être éventuellement critiqué et corrigé, au nom de ce principe politique premier.

Tous les progrès qui ont été accomplis dans ce sens, qu’il s’agisse du rapport entre les sexes et les sexualités, ou entre les groupes ethniques et sociaux, l’ont été au nom de ce principe premier.

Les progrès accomplis sont stupéfiants. Que l’on compare la situation actuelle à celle d’il y a un siècle concernant les droits et la dignité des femmes et des personnes homosexuelles.

Ces progrès devront se poursuivre au nom de ce principe qui est le fondement de notre société.

C’est ce principe, et lui seul, qui est systémique dans le monde libre.

C’est pourquoi il faut continuer à défendre la démocratie libérale contre ses ennemis.

Il reste des progrès à faire dans les mots, dans les mentalités, dans les comportements et ailleurs, mais ce combat devra se mener en défense de la démocratie libérale à laquelle les wokistes font une guerre révolutionnaire inspirée de la Terreur et de la lutte des classes.

André Senik, le 25 mars 2025

26 Mar 2025


18 mars 2025. Une date historique

L’or ce matin vaut 3.024 $ l’once. Il vient de franchir nettement la barre des 3.000 $. Le fait que, publiquement, la PBOC, la banque centrale de Chine a renforcé ses avoirs en or (au cours des quatre derniers mois connus) contribue à cette explosion haussière de l’or ; mais ce sont d’autres facteurs presque tous liés à Trump qui ont lancé le mouvement : l’explosion prévisible de la dette publique américaine, la politique commerciale très aventureuse des États-Unis, l’anticipation d’une récession aux États-Unis, le recul marqué du Nasdaq 100, les négociations très hasardeuses de Trump avec Poutine sur l’Ukraine, la position très agressive adoptée par Trump au Moyen-Orient, la grave division qui prévaut désormais au sein du camp occidental, le projet de Trump de soumettre au Président la banque centrale des États-Unis (la Fed) qui était indépendante de très longue date, et plus généralement les incertitudes sur l’avenir des États-Unis. 

En contribuant à cette explosion haussière du cours de l’or (+ 12% en deux mois, de 2.696 $ le 17 janvier à la veille de son investiture à 3.024 $ ce 18 mars), Trump affaiblit, sans du tout s’en émouvoir, la position géopolitique des États-Unis. Cette hausse spectaculaire de l’or constitue en effet un formidable désaveu du statut privilégié du dollar, celui de demeurer la monnaie du monde depuis 1945. Ce privilège du dollar, rappelons-le, avait en particulier permis à Reagan de financer sans douleur la guerre des étoiles, celle-là même qui a joué un rôle majeur dans la défaite de l’URSS en 1991.

L’enjeu de ce statut du dollar n’a jamais échappé ni à Pékin, ni à Moscou, ni à Téhéran, ni à Pyongyang. A plusieurs reprises dans le passé, Pékin, Moscou et leurs alliés avaient émis des déclarations conjointes visant à abolir ce privilège du dollar. Ce n’est donc pas un hasard si on voit maintenant Pékin vendre publiquement du dollar contre de l’or pour amplifier le désaveu du dollar. La Chine reste en embuscade pour porter l’estocade au dollar (et aux États-Unis) le jour où cela lui sera propice. La politique amorcée par Trump lui fournit une formidable opportunité dont elle entend bien se saisir.

C’est ainsi un autre cadeau somptueux que Trump offre au camp des quatre grandes dictatures totalitaires. On finit par s’interroger sur la nature des liens que Trump entend établir entre les États-Unis et elles quatre.

Jean Francart, le 21 mars 2025

21 Mar 2025


Lettre ouverte de Lech Walesa au président Trump

Lech Walesa, une des figures emblématiques de la résistance au  totalitarisme communiste, ancien leader du syndicat Solidarnosc, ancien président de la Pologne et prix Nobel de la paix en 1983,  a envoyé, avec une quarantaine d’autres anciens opposants politiques au régime communiste polonais, une lettre ouverte au président Trump. Nous pensons qu’il est important que nos lecteurs en prennent connaissance.

« Excellence, Monsieur le Président,

Nous avons suivi votre rencontre avec le président Zelenski à la Maison-Blanche avec crainte et dégoût. Il est insultant que vous attendiez de l’Ukraine qu’elle exprime sa gratitude pour l’aide matérielle des États-Unis dans sa lutte contre la Russie. Nous devons gratitude aux héroïques soldats ukrainiens qui versent leur sang depuis plus de 11 ans pour défendre les valeurs du monde libre et leur patrie attaquée par la Russie de Poutine. Comment le dirigeant d’un pays qui est le symbole du monde libre peut-il ne pas le reconnaître ?

L’atmosphère dans le Bureau ovale pendant la rencontre nous a rappelé les interrogatoires des services de sécurité et des tribunaux communistes. À l’époque, les procureurs nous disaient qu’ils détenaient tout le pouvoir alors que nous n’en avions aucun. Ils supprimaient nos libertés parce que nous refusions de coopérer ou d’exprimer notre gratitude envers le régime communiste. Nous sommes choqués que le président Zelensky ait été traité de la même manière.

L’histoire montre que lorsque les États-Unis s’éloignent des valeurs démocratiques et de leurs alliés européens, ils se mettent en danger. Le président Woodrow l’avait compris en 1917, lorsque les États-Unis sont entrés dans la Première Guerre mondiale. Roosevelt l’avait compris après Pearl Harbor en 1941, conscient que défendre l’Amérique signifiait combattre à la fois dans le Pacifique et en Europe.

Sans le président Reagan et le soutien financier des États-Unis, l’effondrement de l’empire soviétique n’aurait pas été possible. Reagan a qualifié l’URSS d’« empire du mal » et l’a affronté avec détermination. Nous avons gagné, et aujourd’hui sa statue est à Varsovie, face à l’ambassade des États-Unis.

Monsieur le Président, une aide militaire et financière ne peut être comparée au sang versé pour l’indépendance de l’Ukraine, pour la liberté de l’Europe  et du monde. La vie humaine n’a pas de prix. Nous devons être reconnaissants à ceux qui sacrifient leur sang et leur liberté, ce qui est une évidence pour nous, anciens prisonniers politiques du régime communiste sous la Russie soviétique.

Nous exhortons les États-Unis à respecter le Mémorandum de Budapest de 1994 qui établit une obligation directe de défendre les frontières et la souveraineté de l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires. Ces garanties sont inconditionnelles: elles ne suggèrent nulle part que cette aide est une simple transaction économique. »

Lech Wałęsa, ancien prisonnier politique, dirigeant de Solidarité, président de la Pologne, le 3 mars 2025

7 Mar 2025


L’ennemi Américain

Des réactions très vives se sont aussi manifestées parmi nous. Significative de cette veine est celle de notre ami  Alain Laurent, philosophe et éditeur. La voici  – et en tout cas le débat continue.

H&L

Dans les diatribes de Trump/Musk/Vance contre une Europe mollassonne, masochistement ouverte aux submersions islamo-migratoires  (mais si prompte à réprimer la liberté d’expression de qui les critique) et si longtemps dénuée de vraie volonté de se défendre,  tout est donc loin d’être infondé ou mal venu. Et on leur reconnaîtra une salubre volonté d’éradiquer l’immonde wokisme et un soutien sans faille à Israël.

Nonobstant, cela ne saurait assurément suffire à compenser tout ce que les nouvelles et disruptives orientations de l’administration Trump comportent de profondément révoltant et inacceptable pour tout partisan de la démocratie libérale. Bien sûr il y a d’abord la trahison de l’Ukraine avec l’alignement servile de l’affairiste mafieux de la Maison blanche sur le narratif répugnant du criminel de guerre du Kremlin (« Zelinsky dictateur », la Russie n’est pas l’agresseur mais c’est l’OTAN), avec passage à l’acte (fin du soutien financier et militaire américain, injonction à la capitulation, insondable mépris pour les souffrances, le bon droit et l’héroïsme des Ukrainiens, complicité avec la Russie néo-soviétique dans le dépeçage et le pillage de l’Ukraine, fin des sanctions, votes de sordides résolutions communes  russo-américaines à l’ONU….). Mais tout cela ne prend sens que dans le contexte global d’un cataclysme géo-idéologique sans précédent : la violente et cauchemardesque conversion de la politique étrangère états-unienne au culte cynique du seul rapport de force et l’absolution totale des régimes tyranniques et impérialistes (ce qui est le cas de la Sainte Russie poutinienne qui, pour Trump, n’est ni une dictature ni un agresseur – et doit être réintégrée au G7 !!!)

De facto, les États-Unis « maga » sont donc ainsi devenus des traîtres à l’Occident (leur soutien à la vraie extrême droite pro-nazie et  nostalgique du stalinisme de l’Afd en Allemagne en est la parfaite illustration) et des ennemis non seulement économiques mais politiques de l’Europe puisque celle-ci est abandonnée aux appétits impérialistes d’une Russie avide d’en finir avec les démocraties libérales. qui la bordent  Trump ne se contente pas d’être un ingénieur du chaos mondial: avec son complice Poutine auquel il s’est désastreusement soumis, il forme désormais avec lui une monstrueuse entité maléfique :Poutrump – dont les exactions vont encore accroître le réensauvagement de la planète. Qu’il soit en outre un obscurantiste climato-négationiste,  anti-science et anti-vax agissant notoire ne fait que compléter le tableau d’un nouveau pouvoir américain composé d’un ramassis de voyous et de brutes primitives au cerveau reptilien surdimensionné qui mentent  et affabulent comme ils respirent (à l’instar de leur ami Poutine!).

Confrontés à ce désastre civilisationnel, à la destruction irrémédiable de l’Alliance atlantique et à ce règne annoncé de tyrannie planétaire d’un vampiresque duopole russo-américain, inutile de se voiler la face : les USA trumpisés nous ont déclaré une querelle non seulement commerciale mais (géo)politique et morale. Peut-on alors se contenter de faire le dos rond en attendant passivement et illusoirement que ça se passe et des jours meilleurs (exorcisme magique par déni d’une réalité dystopique!)? Et suffira-t-il que l’Europe s’engage enfin dans un réarmement militaire dont les effets ne seront pas effectifs avant 5 ans au mieux– donc trop tard ? Ne vaudrait-il pas plutôt  sans tarder entrer en résistance et même riposte actives : boycotter ce qui peut l’être du « made in USA » (ce que font déjà les revendeurs de Tesla et les Canadiens!), cessation de la fourniture principale d’armements  américains par les autres pays européens, exiger dans l’UE la mise au ban…d’Orban, le Hongrois (et de Fico, le Slovaque) ces alliés du trumpisme poutinien, marquer à la culotte en France les propagandistes décomplexés de celui-ci qui relèvent la tête (sur les réseaux sociaux et des médias comme le JDD ou C News) – et soutenir encore plus les Ukrainiens insultés et calomniés ?

Longue vie à une Ukraine indépendante et démocratique –  and shame on you for ever, Trump and C° –  God damn you !                

Alain Laurent, le 4 mars 2025

6 Mar 2025