Guerre informationnelle et « rideau de fer numérique »1

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En Russie, le Kremlin resserre le nœud coulant de la censure sur les réseaux sociaux

Réseaux sociaux, intelligence artificielle… Entre la Russie et l’Occident, la guerre informationnelle s’amplifie

Le Figaro consacre une pleine page dans son édition du 17 décembre à la guerre informationnelle de la Russie de Poutine. Ces articles retiennent l’attention sur deux points.

1/ A côté des actions menées par les services de Poutine hors de Russie pour déstabiliser l’Europe (attaques contre les réseaux physiques – câbles sous-marins – et inondation des médias occidentaux de fake news et désinformations plus ou moins grossières) de mieux en mieux documentées et dénoncées, le quotidien apporte un éclairage intéressant sur le troisième levier « de la cyberguerre et de la lutte d’influence » menée par le Kremlin : la maîtrise des infrastructures (dites « logiques ») de l’information : logiciels, applications, réseaux d’échange.

A la manœuvre, le service fédéral russe de supervision des communications Roskomnadzor (RKN), justement décrit comme « le grand ordonnateur de la censure de l’internet et des médias ». A son actif : la multiplication des pannes techniques, bugs et blocages qui allongent les délais de chargement sur internet, les black-out de plus en plus nombreux imposés aux réseaux internet et de téléphonie mobile, et plus radicalement la fermeture de l’accès en Russie aux messageries en ligne Signal, Face Time (Apple), et Snapchat, la menace (dernière en date) de blocage de WhatsApp, largement utilisée en Russie à titre privé et professionnel. Il leur est officiellement reproché d’être utilisées pour organiser des « sabotages » et « attentats terroristes »2.

Son objectif : la mise sous cloche de la société russe, en remplaçant les réseaux sociaux privés par des plateformes de messagerie et d’informations contrôlées par les proches du Kremlin (Vkontakte, Max), et assurant aux services de renseignement russes un libre accès à leurs données.

L’enjeu : loin du patriotisme économique et de la souveraineté technologique, il s’agit pour Poutine d’organiser « le contrôle social et idéologique de plus en plus strict » de la pensée, de l’information et désormais des vidéos qui circulent, dans une logique à long terme : isoler et atomiser la société civile russe pour mieux la transformer3. Une sorte de Retour vers le futur totalitaire.

Cette lutte à l’intérieur des frontières russes ne peut pas laisser indifférent : Nicolas Barotte considère à juste titre que « les campagnes menées [par la Russie de Poutine] contre l’Occident et la surveillance de sa propre opinion correspondent aux deux faces d’une même pièce ».

2/ Ce constat interroge la capacité et l’efficacité d’un sursaut de l’Occident face à une lutte d’influence dont « l’asymétrie s’accroît » : en termes moins diplomatiques, disons que l’Europe est en train de perdre la guerre informationnelle engagée contre elle par la Russie4, destinée à saper la capacité morale et politique de l’Occident à réagir et à miner ses fondements démocratiques. La question pour les démocraties libérales est de savoir comment identifier et exploiter « les vulnérabilités des régimes autoritaires ».

Dans cette lutte inégale – la Russie s’attaquant ouvertement au modèle d’État libéral5, les démocraties partent avec des moyens fortement contraints par les principes au cœur même de nos institutions : la liberté d’opinion et d’expression, le respect du droit (notamment celui de la guerre), le respect de la vérité. Dans la mise en œuvre d’opérations d’influence offensives, nous est-il également rappelé, les échecs sont interdits aux démocraties compte tenu du risque de discrédit qu’elles encourent.

Le Figaro rappelle enfin que l’Europe démocratique a longtemps cru au soft power de la promotion du libéralisme politique. Ce n’est aujourd’hui manifestement plus suffisant.

Antoine MURAGEOT, le 19 décembre 2025

  1. L’expression « rideau de fer numérique » a été lue sur une pancarte brandie lors d’une (petite) manifestation à Tomsk le 14 décembre 2025 (source : 7sur7.be, 15 déc. 2025). ↩︎
  2. Cette répression sur le « front intérieur » des réseaux de messagerie et d’information en ligne, est un choix de longue date et méthodique du pouvoir poutinien : depuis 15 ans, le Kremlin considère Internet comme une menace ; en 2011, les réseaux sociaux avaient largement contribué au large succès de la « révolution blanche » et des manifestations dans les grandes villes contre le pouvoir accusé d’avoir truqué les élections législatives. Au fil des années, le régime poutinien a visé de plus en plus les médias d’information dans « une forme de contrôle presque totalitaire » ; en 2022 et le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, la répression s’est accrue pour invisibiliser la guerre : deux lois ont organisé la fermeture ou la censure de médias russes indépendants en ligne (figurant dans les listes d’« organisations indésirables »), et des réseaux Facebook, Instagram, Twitter (« agents de l’étranger » accusés « d’activités extrémistes ») ; en septembre 2022, le New York Times a démontré que RKN a mis en place pour aider le FSB des outils d’espionnage téléphonique et sur internet des opposants, militants et médias indépendants. ↩︎
  3. Céline Marangé, « Après l’Ukraine, la Russie prépare la guerre d’Europe », Le Grand Continent, 24 fév. 2025. ↩︎
  4. Cette guerre informationnelle russe est alimentée par les campagnes massives de fake news et de désinformations, relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux (avec au choix la complaisante inaction ou la complicité active des propriétaires de certains d’entre eux), en Europe, en Amérique et en Afrique. ↩︎
  5. « Nous sommes en guerre avec l’Europe, pas avec l’Ukraine, misérable, pitoyable et manipulée. Cette guerre n’en terminera pas tant que nous n’aurons pas vaincu l’Europe moralement et politiquement. » (Sergei Karaganov, conseiller politique du Kremlin, cité dans « Le Kremlin veut-il vraiment la paix ? », ladépeche.fr, 12 déc. 2025) ↩︎

19 Déc 2025


Les tribunaux russes passent. La justice trépasse (suite)

Toujours sur la base des recherches de l’association russe OVD-info, nos amis belges de Human Rights Without Frontiers,  nous communiquent les faits suivants pour les mois d’octobre et novembre

17 octobre 2025

Bien que sérieusement malade, un témoin de Jehovah a été condamné à 7 ans de prison en vertu de l’article 282.2 du code pénal (mise en œuvre d’activités d’une organisation extrémiste).

Un chargeur de bois de Saint-Pétersbourg a été condamné à 8 ans de prison pour des messages postés sur une page interdite en vertu de l’article 280 du code pénal (appels publics en faveur d’une activité extrémiste via internet), de l’article 207.3 du code pénal (diffusion de nouvelles connues pour fausses sur l’Armée russe, motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282.2 (mise sur pied des activités d’une organisation extrémistes via internet).

Un apiculteur du Bachkiristan (au sud de l’Oural) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 du code pénal(violence dangereuse sur la personne d’un représentant de l’autorité et de l’article 212, 2ème partie du code pénal (organisation de troubles publics et incitation à ce que d’autres commettent de tels actes).

20  octobre 2025

Le chef d’une communauté ouzbek inculpé pour diffusion d’une image représentant des coqs a été condamné à près de deux ans de prison en vertu de l’article 321 du code pénal (rupture des activités  d’une institution correctionnelle en lien avec un membre du personnel).

21 octobre 2025

Un inculpé dans une affaire de jet de boules de neige lors d’un meeting  à Baymak (une ville du Bachkiristan de 20 000 habitants) a été condamné à 3 ans et sept mois de prison en vertu de l’article 318 (violences dangereuses pour la vie et la santé d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212 du code pénal

22 octobre 2025

Un anarchiste inculpé a été condamné dans une deuxième affaire le concernant à 5 ans de prison en vertu des articles 280 et 205.2 du code pénal (incitation publique à participer à une activité terroriste  et justification du terrorisme) ainsi que de l’article 214 du code pénal (vandalisme commis par un groupe de personnes dans le but de conspirer ou sur la base de la haine ou d’opposition politique, idéologique, racial, national -ou religieuse.

27 octobre 2025

Une femme de Saint-Pétersbourg a été condamnée à deux ans de prison pour une vidéo où elle brulait son passeport. Condamnation  en vertu de l’article 213 (vandalisme commis  sur la base de la haine ou d’un combat mené sur fonds politique, idéologique, racial, national, idéologique, racial, national ou religieux) et de l’article 329 du code pénal (rejet d’un emblème de l’État ou du drapeau de la Fédération de Russie)

31 octobre 2025

Un habitant de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans et demi de prison pour des messages en faveur du Corps de volontaires russes (qui se battent aux côtés des Ukrainiens) en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

6 novembre 2025

La peine d’un blogger orthodoxe de Bouriatie a été aggravée. Résultat : 3 ans et demi de prison en vertu des articles 280 et 282.2 du code pénal.

Un blogger d’Irkoutsk a été lui aussi condamné mais à deux ans et 7 mois de prison après un conflit avec un fonctionnaire de police en vertu de l’article 318 et de l’article 319 du code pénal (insulte publique à un représentant de l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions).

10 novembre 2025

Vladimir Osipov, âgé de 55 ans, a été condamné à 6 ans et demi de prison dans une affaire de fausses nouvelles militaires.

11 novembre 2025

Un libraire de la région de Kostroma a été condamné à cinq ans de prison  dans une affaire de « fausses nouvelles militaires » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

13 novembre 2025

Un habitant de la région de Sverdlovsk a été condamné à 6 ans de prison pour avoir commenté d’un « bien joué les gars » une action ukrainienne en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

14 novembre 2025

Youri Doud a été condamné in absentia  à un an et dix mois de prison pour non respect de ses obligations d’agent étranger selon l’article 330 du code pénal (violation de la procédure à respecter pour les activités d’un agent de l’étranger effectuées par une personne préalablement soumise à une punition administrative).

19 novembre 2025

Un habitant d’Ekaterinburg qui réprimandait un écolier portant un chapeau portant la lettre Z (peinte sur les véhicules de l’armée russe lors de l’attaque contre l’Ukraine) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu des articles 205.2 et 213 du code pénal.

20 novembre 2025

L’inculpé de ce qu’on a appelé « l’affaire ingouche » a été condamné à 9 ans de prison en vertu des articles 33 (création d’un groupe criminel et direction de ce groupe), 318 et 282 du code pénal. 

21 novembre 2025

Un ancien partisan des séparatistes du Donbass a été condamné à six ans de prison pour opposition à la guerre en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

24 novembre 2025

Un ancien stewart des Oural airlines a été condamné à 7 ans de prison dans une affaire de « fake news » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

25 novembre 2025

Un habitant de Moscou, Solim Kamin, a été condamné à 8 ans de prison  pour avoir posté des slogans anti-guerre en vertu de l’article  207.3, part 2 et de l’article 280.4 du code pénal.

26 novembre 2025

Un professeur d’histoire a été condamné à un an et demi de prison pour avoir montré un poster de 1945, où figurait le drapeau du IIIème Reich et la lettre V, en vertu de l’article 284 du code pénal (exhibition répétée de symboles interdits (nazis ou liés à des organisations extrémistes)).

28 novembre 2025

Un journaliste iakoute a été condamné à trois ans de prison dans une affaire mettant en cause sa justification du terrorisme. Condamnation en vertu de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à  développer une activité terroriste et justification du dit terrorisme).

17 Déc 2025


Notre ami Malliarakis, un néo-fasciste ad aeternam?

Jean-Gilles Malliarakis - Photo distribuée à l'office religieux
Jean-Gilles Malliarakis – Photo distribuée à l’office religieux

Il arrive que les discours accompagnant une disparition pêchent par une bien compréhensible surenchère touchant les qualités du défunt.

Le Monde du 12 décembre a su éviter cet écueil et dans une courte notice nécrologique qualifie sans réserve aucune, Jean-Gilles Malliarakis, décédé cinq jours plus tôt, de « néo-fasciste ». Le « quotidien du soir » dont on appréciait jadis les nuances, a même essentialisé le défunt. Néofasciste, il n’était que cela, et, de « groupuscules » en « factions »,  Jean-Gilles maintenait ce cap quand d’autres se rangeaient. Pas un mot pour reconnaître un sens à ses combats pour un Vietnam qui ne soit pas inféodé au monde communiste. Pas un mot sur ses dénonciations de l’URSS et du goulag si ce n’est qu’elles « assouvissaient » ainsi une haine du « soviétisme », haine de mauvais aloi, manifestation de soviétophobie (comme d’autres parlent d’islamophobie) réduisant  à une allergie maladive une opposition légitime au pire ennemi du monde libre : le totalitarisme communiste.

Jean-Gilles travaillait. Il s’était forgé une forte culture historique et théologique. Venu d’une droite nationaliste dans les années 60, il avait évolué ; quand nous l’avions connu et qu’il nous a rejoints, les textes qu’il signait étaient favorables à l’Union européenne et à la démocratie libérale. 

La défense de la liberté était notre combat commun.

Nous nous étions montré solidaires de Jean-Gilles quand la Mairie de Paris contribua à empêcher que se tienne un colloque jugé par elle « militant » et non « scientifique » du fait, notamment, de sa présence parmi les participants. C’était en octobre 2019. Devaient y intervenir entre autres, nos amis Philippe Raynaud, professeur à l’Université de Paris-Panthéon-Assas, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite à Sciences po Paris et Bernard Bruneteau professeur à l’Université de Rennes I.

Sans doute, Jean-Gilles participait-il moins ces derniers temps à nos rencontres et à nos discussions. Il s’était lancé, comme l’expliqua son ami Charles Culbert lors de l’office religieux qui suivit son décès il y a quelques jours, « dans la rédaction d’une saga couvrant cent ans d’histoire », en se concentrant sur la Chine, « un empire énigmatique dont il voulait dévoiler, aux yeux de tous, la face cachée ».

Ce travail est presque achevé. Il le sera bientôt. Quand il paraîtra, nous en rendrons compte dans notre revue, où paraissent ces lignes. Il en a été un des fondateurs. Et nous tenions à saluer amicalement sa mémoire

Pierre Rigoulot, le 15 décembre 2025

15 Déc 2025


Un terrible chemin vers la sagesse et la liberté

Anastasia FOMITCHOVA – Volia (Grasset 2025. 280 pages. 22 euros)

Premier de couverture livre

Bien sûr, nous sommes tous, dans la mouvance d’Histoire & Liberté, contre la guerre de Poutine en Ukraine et nous ruminons avec dégoût les motivations affichées du chef du Kremlin prétendant lutter contre les néo-nazis-bourreaux-des-malheureux-russophones-des-régions-de-Donetsk-et-de-Louhansk.

Bien sûr, nous savons qu’en 1991 la Russie a récupéré toutes les armes nucléaires ukrainiennes contre la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Ukraine dans ses frontières d’alors. Avec en prime les garanties de sécurité des Occidentaux (déjà !).

L’Etat ukrainien existait alors et il existe encore malgré l’occupation russe de la Crimée en février 2014 puis la tentative manquée, en février 2022, de le défaire militairement tout entier.

Bien sûr, nous dénonçons la complaisance du Rassemblement National et de LFI qui, refusent de participer à toute mobilisation en faveur d’une Ukraine qui défend pourtant l’Europe et la démocratie contre l’impérialisme russe.

Bien sûr, nous condamnons les horreurs commises par l’armée de Poutine contre la population civile, les bombardement aveugles, les tortures, les enfants raflés et déportés en Russie.

Mais nous n’avons pas l’idée depuis nos lieux de vie douillets de ce qui se passe précisément au front. La guerre : les morceaux de corps, les hémorragies qu’on ne peut arrêter, les éclats d’obus qui cisaillent les chairs, le phosphore qui brûle la peau jusqu’aux os et liquéfie les poumons en cas d’inhalation, les souffrances atroces.

Et en même temps, la volonté de résister, de tenir, d’être, tout simplement. C’est cela que nous fait toucher, du cœur, Anastasia Fomitchova, une jeune franco-ukrainienne des équipes médicales présentes sur le front, face à l’armée russe.

Volia (un mot qui signifie volonté et liberté), son journal de bord en quelque sorte, ses souvenirs de la ligne de front,vient d’être publié aux éditions Grasset.

Attention. On n’en ressort pas indemne. Vies brisées net ou longues souffrances vous poursuivent longtemps après avoir lu ce livre.

Et l’on tremble après l’avoir refermé pour les vies épargnées jusqu’ici, un rien fasciné par ce qu’elles endurent et comprennent, de s’être confrontées à elles-mêmes : « La guerre a cette faculté de nous ramener à l’essentiel où seule une frontière existe véritablement : celle qui délimite la vie de la mort ». Fasciné, on l’est aussi, par leur infinie volonté de voir l’Ukraine vivre libre. Volia.

Pierre Rigoulot, le 27 novembre 2025

27 Nov 2025


Liberté pour Boualem Sansal !

Le monde de la littérature se mobilise pour apporter son soutien à Boualem Sansal, à l’occasion du triste anniversaire de son arrestation et de son incarcération en Algérie. Malade, âgé de 80 ans, condamné à 5 ans d’emprisonnement pour « atteinte à l’unité nationale » [sic], son sort suscite une grande inquiétude.

En octobre dernier, Boualem Sansal était élu à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, qui saluait « la fonction créatrice de l’écrivain qui est inséparable de la liberté dans laquelle elle s’exerce ».

Ce sont ensuite les jurés du Goncourt qui, le 4 novembre, ont réaffirmé leur solidarité avec Boualem Sansal et leur condamnation de toute atteinte à la liberté d’expression et, les jurés du Renaudot qui lui ont, le 7 novembre, unanimement décerné le prix Renaudot poche pour l’édition de « Vivre. Le compte à rebours ».

C’est l’écrivain Kamel Bencheik, proche de Boualem Sansal qui déclare dans une tribune publiée le 9 novembre (JDD) : « On ne l’a pas arrêté pour un crime car il n’y en a pas. […] On l’a enfermé pour une raison simple et terrible : il a pensé librement, et a eu l’audace de l’écrire. […] La libération de Boualem Sansal est un test moral. Elle interroge notre rapport collectif à la liberté de conscience, à la pensée, à la culture. »

Ce sera, le 15 novembre prochain à la Maison de l’Europe, le P.E.N. Club français qui attribuera son Grand Prix à Boualem Sansal, une manifestation importante dont nous publions l’annonce.

Le 20 novembre, la réunion des Amis d’Histoire & Liberté, autour de Philippe d’Iribarne, sera l’occasion de manifester, à notre tour, notre soutien à Boualem Sansal.

Boualem Sansal doit être libéré.

H&L

*

ANNONCE : Le Grand Prix du P.E.N. Club français – Cercle littéraire international décerné à Boualem Sansal le 15 novembre 2025 à la Maison de l’Europe

À l’occasion de la Journée mondiale des écrivains en prison, célébrée le 15 novembre, le P.E.N. Club français – Cercle littéraire international – décernera son Grand Prix à Boualem Sansal, à la veille du premier anniversaire de son arrestation arbitraire à Alger, survenue le 16 novembre 2024, pour l’ensemble de son œuvre et son engagement indéfectible en faveur de la liberté.

La remise officielle du Grand Prix du P.E.N. Club français aura lieu le 15 novembre 2025, à partir de 15 heures, en partenariat avec le Comité de soutien à Boualem Sansal et le journal Marianne, à la Maison de l’Europe de Paris.

10 Nov 2025


Le Grand colloque de L’Express

Le 13 octobre dernier, Claude Malhuret, sénateur de l’Allier, président du groupe « Les indépendants », est intervenu au Grand colloque de l’hebdomadaire L’Express. Les démocraties ont-elles perdu la partie ? s’est-il demandé. Les problèmes semblent en effet s’accumuler contre elles en ce début de XXIe siècle. Et de manière de plus en plus inquiétante : problèmes écologiques, problèmes posés par la haute technologie, problèmes liés au surgissement de puissances régionales agressives, problèmes posés par la Russie et par la Chine, mais aussi problèmes posés par le refus des démocraties de regarder en face les dangers qu’elles courent, les menaces qu’on lui adresse, voire les guerres qu’on lui fait, qu’elles soient chaudes, froides ou hybrides.

De plus, les démocraties se voient menacées en leur sein même par des « cinquièmes colonnes » qui font preuve de complaisance envers des États ou les courants idéologiques qui n’aspirent qu’à leur perte.

Heureusement, ces États et ces courants hostiles connaissent eux-mêmes des difficultés considérables, ce pourquoi Claude Malhuret peut en appeler à faire preuve de lucidité, de courage et à renforcer avec confiance l’unité et la puissance européenne.

Certes, les démocraties sont en danger aujourd’hui. Mais elles l’ont toujours été.

Nous suggérons fortement à nos lecteurs d’écouter ce fort et beau discours qui ne minimise pas les difficultés mais souligne la nécessité pour les démocrates de se défendre contre les dictatures et les totalitarismes qui la menacent de l’extérieur et même de l’intérieur.

*

Ce discours de Claude Malhuret est facilement accessible sur internet. Les organisateurs du colloque n’y font pas obstacle et nous les en remercions.

– pour aller sur la page du site de l’Express, cliquer ici ‌– pour écouter et voir le discours de Claude Malhuret (sur Youtube) : cliquer ici

H&L, le 27 octobre 2025

27 Oct 2025


Un prix Nobel discutable aux yeux du Monde

María C. Machado

María Corina Machado, une des grandes figures de l’opposition au dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, vient de se voir attribuer le Prix Nobel de la paix 2025. Une interview qu’elle a donnée à Guillaume de Dieuleveult en septembre pour Le Figaro éclaire sa situation – tant politique que personnelle – et celle de son pays.

Elle vit en effet cachée au Venezuela depuis plus d’un an. « Je n’ai aucun contact avec personne si ce n’est par le biais de plateformes sur internet (…) J’y suis contrainte afin de rester en vie : le régime Maduro veut ma tête, sa police est à ma recherche », précise-t-elle. Le 28 juillet 2024, l’opposition avait gagné l’élection présidentielle. Maduro ne l’a pas reconnu et a déclenché, en réaction, la pire vague de répression jamais connue au Venezuela. « Plus de 2 000 personnes ont été incarcérées, explique-t-elle encore, dont des enfants, des jeunes gens, des femmes. Deux jours après les élections, j’ai appris que le régime s’apprêtait à m’arrêter, j’ai donc dû me cacher. »

Elle insiste sur la nature particulière du pouvoir vénézuélien : une dictature totalement investie par des réseaux criminels provenant du monde entier. « Ils ont pris le contrôle de notre territoire, de nos institutions et de nos ressources, dit-elle. C’est pire qu’une dictature : c’est une entreprise criminelle qui a fait du pays un havre pour les régimes iranien, russe et cubain, mais également pour des groupes terroristes du Proche-Orient, des cartels latino-américains et des guérillas. Ils sont tous là et Nicolas Maduro est à la tête de cette structure criminelle ».

Non seulement, comme les régimes totalitaires d’aujourd’hui, le Venezuela contrefait les institutions et les procédures démocratiques, mais il nous suggère fortement de chercher sa vérité du côté de ses amitiés internationales et plus encore de la criminalité mafieuse.

Maria Corina Machado pense donc, non sans fondement, que le type de lutte le plus adapté pour faire tomber ce régime, c’est celui qu’on mène contre la pègre, et en particulier contre les trafiquants de drogue, une lutte que Donald Trump mène déjà. L’arraisonnement et la destruction de navires appartenant à la mafia par la marine américaine lui paraissent donc appropriés. « Je considère que la décision du président Trump est la bonne façon de se débarrasser de ces structures mafieuses, affirme-t-elle. D’autant que le temps presse. Notre pays est à terre. Un professeur au Venezuela gagne entre un et quatre dollars par mois. Un enfant va à l’école deux fois par semaine. Le salaire minimum est de moins d’un dollar par mois ! Les Vénézuéliens meurent de faim. Nous demandons un soutien international pour que cesse cette tragédie. C’est une question de vie ou de mort. Il y a plus de 800 prisonniers politiques au Venezuela. Les familles et les avocats de quelques dizaines d’entre eux ignorent tout de leur sort. »

Le tableau que le nouveau prix Nobel brosse de la situation est terrible : huit prisonniers politiques sont morts du fait de leurs conditions de captivité. Récemment, neuf personnes incarcérées dans la prison de Tocoron ont essayé de se suicider en raison des conditions inhumaines auxquelles elles étaient soumises ». Autre scandale : « la police, ne trouvant pas un militant de l’opposition a jeté sa mère et ses trois enfants en prison pour le forcer à se rendre. (…) La seule chose qui reste au régime, c’est la terreur et la répression, ainsi que quelques milliers d’individus utilisés pour terroriser une société. » Optimiste malgré tout, elle affirme que la peur est en train de changer de camp : « Ils savent que c’est terminé pour eux, que le changement est en cours et que rien ne pourra l’arrêter. ».

Cette opposition radicale à un pouvoir pourtant atroce ne plaît guère au journal Le Monde qui, dans un article consacré à la remise du Nobel à cette femme courageuse, a multiplié les réserves voire les suggestions venimeuses. Après avoir souligné le mécontentement de l’entourage de Trump qui regrettait un choix trop « politique » et noté que le pouvoir vénézuélien voyait dans cette attribution l’approbation de l’action d’un « instrument de l’impérialisme occidental », Le Monde insista lourdement sur la ligne « très droitière » d’une lauréate qui avait soutenu les sanctions américaines contre l’industrie pétrolière de son pays (comme si l’effondrement de la production ne remontait pas aux décisions de Hugo Chavez !) et semblait même souhaiter une intervention américaine. Pas un instant la parole n’a été donnée à Corina Machado. Seuls les opposants critiques de sa radicalité ont été invités à faire part plus ou moins discrètement de leurs réserves : n’est-elle pas une fille de bourgeois éduquée dans une école catholique, demandent certains ? N’a-t-elle pas fréquenté George Bush ? N’a-t-elle pas soutenu, contre le pouvoir de son pays, des mouvements violents coûteux en hommes, s’interrogent d’autres ? N’a-t-elle pas participé à des forums d’extrême droite ? Soutenu l’ultra libéral argentin Javier Milei ? N’a-t-elle pas ouvertement souhaité le renversement de l’actuel régime vénézuélien au moment même où l’armée américaine menaçait d’intervenir ? Ne vaudrait-il pas mieux, comme le disait un autre opposant, favoriser la voie du dialogue et de la négociation ?

Maria Corina Machado eût sans doute répondu que le dialogue et l’opposition respectueuse avaient été tentés en vain depuis longtemps. Mais Le Monde n’a pas souhaité l’entendre s’expliquer.

Pierre Rigoulot, le 21 octobre

21 Oct 2025


Mais si! C’était mieux avant !

Alain Laurent, comme 75 % des Français (sondage ipsos/sopra steria d’octobre 2023 cité par Philosophie magazine), semble plonger dans la « nostalgie du c’était mieux avant ». Sa description dense et implacable de l’état maladif de la société française doit interpeller : ce qu’il nous dit ici haut et fort, nous le voyons et pouvons aussi l’entendre, à bas bruit, autour de nous. S’il est grand temps de mettre fin à ce « déni du réel » qu’il dénonce, et qui ne peut qu’alimenter les fantasmes extrêmes, n’y a-t-il pas tout de même quelques raisons d’espérer ?
Nul doute que son billet d’humeur suscitera le débat. Espérons-le en tout cas, et ouvrons-le.

H&L

Voyage dans une vie courante décivilisée

Au volant, on faisait d’abord attention à la circulation et on ne priorisait pas compulsivement et inconsidérément la consultation de son « doudouphone ».

Sur les chaussées, il n’y avait pas de hordes de cyclistes fous ignorant résolument le code de la route.

Sur les trottoirs, on n’était pas sans cesse percutés par des « zombies » hallucinés des écrans et des écouteurs, ni par des trotinetteurs lancés dans des safaris anti-piétons.

Conduire sans permis ni assurance était rarissime.

Les administrations et les banques disposaient de guichets où on pouvait s’adresser à des personnes humaines  vivantes, de même quand on leur téléphonait – et tout n’était pas  dépersonnalisé au profit de robots et de tyrans numériques dénommés « algorithmes », l’humain a été banni.

Il n’existait pas de bonimenteurs narcissiques appelés « influenceurs » s’efforçant de nous faire prendre les vessies pour des lanternes.

Il n’existait pas de fanatiques antivax, d’obscurantistes anti-science (en particulier des climato-négationnistes) fiers de l’être ni de complotistes voyant partout de sordides conspirations.

Des obsessionnels du « genre » n’avaient pas imposé leurs lubies aux médias et les enfants ne comparaient pas leurs prouesses dans le porno dès 5 ans.

L’absentéisme au travail n’était pas considéré comme un nouvel « acquis social » et on ne sombrait pas pour un oui ou un non dans une insondable « fatigue mentale » ou « burn-out » (les pauvres chéris!).

La notion d’ami » avait encore un sens (comme celle de « communauté », utilisée maintenant pour désigner la clientèle de…Carrefour ou les adorateurs du pissenlit), réservée à des affinités électives fortes –  et pas encore galvaudée sur les réseaux dits « sociaux » aux milliers d’ « amis » virtuels.

La connexion obsessionnelle aux écrans n’avait pas encore décervelé les adolescents tout en les enfermant dans encore plus de mimétisme grégaire.

Il n’y avait pas chaque année des centaines d’actes de vandalisme et de profanation commis contre des lieux de culte chrétiens (maintenant en croissance exponentielle). 

Culture « cultivée » et instruction publique : le trou noir !

Les ados lisaient des livres et ne sortaient pas littéralement incultes et ignares de l’école.

La France figurait dans les premiers rangs mondiaux  des performances scolaires et les élèves n’étaient pas les plus nuls du monde en mathématiques selon les classements PISA.

Obtenir le bac (qui n’était pas surnoté) exigeait des efforts et ce diplôme avait une valeur intellectuelle et sociale reconnue, désormais anéantie.

Une alléguée « éducation positive » aux effets dévastateurs n’était pas devenue l’idéologie officielle de l’ Éducation nationale.

Les enseignants n’étaient pas obligés de s’autocensurer dans leurs cours d’histoire et de français, et n’avaient pas à craindre d’être agressés dans leurs classes et égorgés à leur sortie des établissements.

La plupart des gens se débrouillaient en calcul mental et savaient lire une carte routière.

La musique classiques avait nombre d’adeptes et ça se voyait par exemple dans les rayons spécialisés des Fnac, désormais réduits à peau de chagrin.

On adhérait à l’idée classique du vrai et du faux, on n’était pas encore entrés dans l’ère calamiteuse des « faits alternatifs », de la « post vérité » et des trucages par l’IA.

Les profs ne commettaient pas eux-mêmes des fautes d’orthographe dans leurs appréciations ou au tableau.

On n’avait pas besoin de traquer des travaux d’élèves et d’étudiants stéréotypés produits en masse par une nouvelle divinité omnisciente et occulte dénommée Chat GPT.

La langue française n’avait encore été sabotée de l’intérieur par une horreur linguistique dénommée « écriture inclusive ».

On n’incendiait pas les écoles et enseignants comme élèves ne vivaient pas dans la hantise de harcèlements.

D’infortunés enfants et adolescents ne se suicidaient pas sous la pression de harcèlements scolaires.

Bienvenue au paradis des incivilités et de la violence ordinaires

Pompiers, médecins, pharmaciens et maires étaient respectés de tous et non pas menacés, harcelés et victimes d’agressions physiques sauvages dans l’exercice de leur profession.

Quasi exceptionnel, le refus d’obtempérer n‘était pas devenu un sport national et un nouveau droit de l’homme.

Les femmes n’avaient pas peur de sortir seules le soir venu.

Les fêtes et évènements sportifs nationaux se déroulaient dans un calme total et n’étaient pas devenus autant de prétextes à émeutes et guérillas dites « urbaines » dévastatrices.

Il n’y avait pas de rodéos urbains meurtriers ni de rodéos ruraux détruisant les récoltes.

Il n’y avait pas davantage de « rave party » hystériques foulant les champs et niant le droit de propriété des agriculteurs.

Les commissariats de police et les prisons n’étaient pas les cibles d’assauts à coups de mortiers d’artifice, de voitures béliers, voire de cocktails Molotov et de tirs à balles réelles.

Des barbares ne lynchaient pas les policiers.

Un arrogant narco-trafic et de son armée du tueurs ne s’affichaient pas ouvertement sur nombre de coins de rues et même de villages jusqu’alors sans histoires.

On n’avait pas à craindre les fusillades meurtrières entre narcos qui, chaque semaine maintenant, ponctuent l’actualité (merci aux consommateurs de drogues!).

Aux abords des collèges et lycées, on ne réglait pas ses comptes au couteau en tuant éventuellement sans hésiter son adversaire.

On ne sabotait pas les voies de la SNCF.

Joies du multiculturalisme

Les citoyens français n’étaient pas considérés comme une « communauté » parmi d’autres dans leur propre pays, dont certaines lui sont de plus hostiles et en proie à un racisme anti-Blancs (les « gwerks » = sales blancs en arabe des banlieues…).

Les personnes d’origine étrangère vivaient la plupart du temps comme leurs voisins, on ne voyait pratiquement pas de femmes voilées.

Le mot « assimilation » n’était pas officiellement rejeté et disqualifié comme « raciste ».

On ne voyait nulle part de « mineurs isolés », devenus délinquants ou devant être hébergés, nourris à grands frais et rééduqués (sans succès) par les administrations locales.

Les citoyens français n’avaient nullement le sentiment pénible de souvent devenir « étrangers » dans leur pays natal.

Le sol français n’était pas littéralement submergé par des « clandestins » et autres « sans-papiers » entrés illégalement et de force dans notre pays.

L’aide médicale d’État et l’hébergement gratuit de droit « opposable » en hôtel « social » ne jouaient pas encore le rôle d’attracteurs universels pour tous les migrants du monde.

Il n’existait pas de quartiers urbains excluant de fait les citoyens français « historiques » et encore moins de villes où ceux-ci ne sont plus qu’en minorité (Roubaix, communes du 93…).

Dans un pays consensuellement laïque comme la France, il n’y avait pas de prières collectives dans les rues ni de salles de prière dans certaines entreprises et universités ou les vestiaires sportifs et au cours des matches.

L’idée de « blasphème » semblait définitivement relever de la préhistoire.

Il n’y avait pas davantage de « police des mœurs » (milices privées de fait) forçant, dans les cités, les femmes à se voiler et les jeunes filles à ne pas porter jupes courtes ou pantalons moulants.

La politique étrangère de la France n’était pas l’otage consentante  de la « rue arabe » importée dans notre pays.

Naufrage judiciaire, social, politique et institutionnel

On n’accueillait pas par un éclat de rire consterné des déclarations comme « Il encourt (ou risque) jusqu’à x années de prison » : les peines prononcées contre délinquants et criminels pouvaient alors être  maximales,  effectivement et intégralement exécutées – et non pas comme maintenant automatiquement réduites d’1/3 ou arbitrairement adoucies (sauf pour des personnalités politiques de droite) par un juge de non-application des peines  préférant infliger des… « stages de citoyenneté » ou décider des «classements  sans suite » plutôt que sanctionner (surtout ne pas punir! – et bannir la prison).

Une délétère idéologie de l’excuse n’avait pas socialement et moralement tout corrompu, créant une impunité de fait et favorisant la récidive.

Les prisons n’étaient pas devenues de douceâtres centres de rééducation sociale (avec promenades en forêt, massages et initiations aux arts martiaux) ou de plus sûrs centres opérationnels sécurisés d’où les mafieux peuvent par téléphone continuer leurs trafics et ordonner des meurtres.

Le très gauchiste Syndicat de la Magistrature n’était pas encore devenu le véritable prescripteur de la politique pénale.

Les squatteurs étaient rares, et non protégés par une loi scélérate paralysant leur expulsion ou imposant leur relogement – niant ainsi le droit de propriété des occupants légaux.

L’État-providence demeurait à une place raisonnable et ne s’était pas hypertrophié en État-nounou générant une masse d’assistés de tous poils exigeant d’être toujours plus pris en charge et de bénéficier d’aides sociales (de chèques en tous domaines) sans contribution ni contreparties.

Il n’y avait pas de chômage « de confort » (refus de propositions d’emplois trop matinaux, trop éloignés ou trop « physiques »).

La majorité des citoyens était normalement assujettis à l’impôt sur le revenu, désormais concentré sur une minorité de contribuables, les autres jouissant du statut envié de « non-imposables » (ce jackpot de la démagogie fiscale).

Les emplois étaient pourvus en fonction des compétences et non pas d’appartenances à un groupe donné (selon les préférences édictées par la « discrimination positive »).

Une pleine liberté d’expression régnait en France et la censure idéologique (de plus privatisée) avec dépôts de plainte devant les tribunaux n’imposait pas de taire ses opinions par crainte d’être accusé d’« islamophobie ».

L’extrême droite héritée du pétainisme et de l’OAS tendait à disparaître et ne s’était pas muée en massif national-populisme (grâce à la domination de l’islamo-gauchisme culturel renforcée par la complaisance du « bloc central » qui ne se reconnaissent aucune responsabilité dans ce glissement).

L’antisémitisme (alors toujours d’extrême droite) était lui aussi  alors en cours de régression et n’avait pas été remplacé par un racisme anti-juif d’origine extra-européenne se donnant libre cours avec l’appui des pseudo « antiracistes » de l’extrême gauche.

L’antifascisme gardait son sens classique et ne servait pas d’alibi à un néo-fascisme rouge/vert (recours à la violence brutale dans les rues, volonté de prendre le pouvoir par l’intimidation et la force).

De même, la laïcité conservait son sens initial de protection contre les intrusions liberticides des religions et ne se trouvait pas affadie voire contrefaite par les partisans d’une prétendue « laïcité ouverte » et « positive »,  bouffeurs de « laïcards ».

Le parti socialiste n’avait pas sombré dans le camp anti-laïque et tribal (communautariste), comme ses camarades de LFI (La France Islamiste ?).

Notre pays n’était pas le champion mondial (ou en tous cas de l’UE et de l’OCDE) des prélèvements obligatoires, d’une redistribution forcée et spoliatrice, de la dépense, du déficit et de la dette publics.

Les universités et le CNRS n’étaient pas soumis aux diktats idéologiques du gauchisme (depuis devenu islamo-gauchisme).

France Inter, France TV et l’AFP étaient jadis de vrais services publics, respectant leur obligation déontologique de neutralité et d’impartialité.

Conseil d’État, Conseil constitutionnel et PNF ne s’étaient pas encore de fait transformés en officines politiques orientées, aux décisions biaisées mais frauduleusement labellisées «État de droit» dès qu’il s’agit d’immigration et de politique pénale ou de punir les mal-pensants non « progressistes ».

*       *       *

« Avant » (disons au cours du dernier quart du XXème siècle), ce n’était bien sûr pas le meilleur des mondes et ça n’avait rien d’un long fleuve tranquille à idéaliser rétrospectivement, sur lequel on pouvait se laissait aller1.  Les femmes étaient encore bien souvent traitées en mineures, les enfants volontiers soumis à une éducation conformiste et autoritaire, les homosexuels victimes de discrimination – et le travail corseté dans des hiérarchies rigides…). MAIS pour l’essentiel les règles élémentaires de savoir-vivre ensemble se trouvaient respectées par tous, les « autorités » faisaient preuve d’…autorité quand il le fallait et, surtout, les choses évoluaient dans un sens positif (en médecine en particulier) et avec le renfort de la « tech », avant que celle-ci, dans son délire démiurgique, ne compromette tout avec en plus l’artificialisation des existences.

« Réac », donc, selon le réflexe pavlovien des progressistes béats ? Certes non, car les faits sont là, et le trop répandu déni du réel cher à la mentalité magique n’avance à rien (Cf de Raymond Aron,un « réac » bien connu!!! -Les désillusions du progrès, 1969), y compris pour croire devoir et pouvoir revenir en arrière. En tous cas, grâce à l’emprise subversive du gauchisme et du « libéralisme » culturels puis du wokisme (néo-féminisme et « genrisme », pédagogisme, angélisme judiciaire, immigrationnisme, droit-de-l’hommisme, antiracisme dévoyé, démagogie du social, multiculturalisme relativiste et pro-islamiste…), les bienvenues améliorations apparues « avant » n’ont pas tardé à se retourner en leur contraire en générant de multiples effets pervers et donc de franches perversions individuelles et collectives. Ce qui était impensable il y a encore peu de temps a pris corps sous nos yeux, en raison de la forfaiture des institutions qui sont la clé de tout (justice et éducation, corrompues par des idéologies laxistes et nihilistes), mais aussi de l’irresponsabilité délétère d’une majorité de nos ex-concitoyens (consommation croissante de stupéfiants, phobie du travail, mentalité d’assisté demandeur de toujours plus d’aides, hyper-tolérance, addiction forcenée aux écrans abrutissants, mépris des règles élémentaires de civilité…) : une auto-infantilisation d’« atmosphère » qui ne provient pas forcément du seul État mais que celui-ci a laissé faire et récupère à son profit.

Face à cette chienlit tissée d’ensauvagement et d’avachissement (pardon aux vaches), on finit par se sentir vivre dans une dystopie molle – celle d’une « décivilisation » en règle où on marche sur la tête. Et il faudrait défendre « ça », et se réjouir d’y « vivre ensemble » !?

Bon vent pour voguer vers davantage encore d’hyper-modernité et ses radieux lendemains qui chantent!

Alain Laurent, le 20 octobre 2025


  1. C’est bien pourtant ce que croient trop légèrement ceux qui  (à bien des égards des « enfants gâtés » narcissiques), aujourd’hui, vomissent les « boomers » et retraités et en font des boucs émissaires faciles de leurs turpitudes. « Avant », c’était d’ailleurs aussi des maladies encore non guérissables, tout le monde était loin d’avoir une automobile et il fallait trimer dur pour avoir les moyens d’en acheter une  (ou se priver de pas mal de choses pour devenir propriétaire de son logement, ça ne tombait pas du ciel!). MAIS on savait ne pas se plaindre inconsidérément, les relations avec autrui demeuraient saines et on se sentait en sécurité sur tous les plans : c’était le plus important.  ↩︎

20 Oct 2025


Registre mensuel des condamnations prononcées en Russie (4)

Nous avons à nouveau reçu de nos amis de « Human Rights without frontiers », informés par l’association russe OVD, des nouvelles de la répression judiciaire en Russie. Le bilan du mois de septembre que nous publions n’est sans doute pas exhaustif mais il donne une idée de ce que subit la population russe.

1er septembre 2025

– Condamnation à 10 ans de prison d’un prévenu dans l’affaire “Artpodgotovka”1 en application de l’article 205.1, partie 1 (incitation, recrutement ou participation de personnes à des activités terroristes) et de l’article 282.3, partie 1 (activités extrémistes) du code pénal.

03 septembre 2025

– Un habitant de la région de Briansk a été condamné à 8 mois de colonie pénitentiaire pour un commentaire publié sur une messagerie selon l’article 354.1, partie 4 du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire de la Russie et de la mémoire des défenseurs de la Patrie).

Un pasteur  a été condamné à 4 ans de prison pour un prêche pacifiste lors des premiers jours de la mobilisation, en application de l’article 280.4, partie 2, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État, par l’intermédiaire de médias ou d’Internet, en s’autorisant d’une position officielle).

04 septembre 2025

– Le journaliste Karen Chaignian condamné par contumace à 5 ans de prison pour deux dons à la Fondation de lutte contre la corruption selon l’article 282.3 du Code pénal (Financement d’activités extrémistes)

– Un Moscovite a été condamné à 3 ans et demi de prison pour financement de la Fondation de lutte contre la corruption selon le même article du Code pénal.

05 septembre 2025

– Un ancien maître de conférences de Koursk a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur Telegram en application de l’article 205.2 du Code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme).

– Un habitant de la région de Yamal2 a été condamné à 12 ans de prison pour une vidéo sur la guerre en Ukraine selon les articles 280.3 (Actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie), 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), 207.3 (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivées par la haine politique et nationale)  et 280.4, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État par l’intermédiaire de médias ou d’Internet)

– Une bénévole ayant aidé des réfugiés ukrainiens dans la région de Koursk a été condamnée à 5 ans de prison en application de l’article 205.2, partie 2 (appels publics à des activités terroristes et justification du terrorisme) et de l’article 280.4, partie 2 du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État)

– Le dirigeant du mouvement pour l’indépendance de la Tchouvachie a été condamné par contumace à 7 ans et demi de prison pour « menaces à l’encontre du chef du « centre E3 »» en application de l’article 280.4, partie 2 (appel public à des actions dirigées contre la sécurité de l’État) et de l’article 282, partie 2 (Incitation à la haine ou à l’inimitié avec circonstances aggravantes) du code pénal.

06 septembre 2025

Un habitant d’Angarsk a été condamné à 5 ans de prison pour des appels à la violence contre un homme politique russe selon l’article 205.2 du code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Kalouga a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur une attaque de drone selon l’article 205.2, partie 2 du Code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Khabarovsk a été condamné à 15 ans de prison pour avoir déposé des tracts sur les tombes de vétérans de guerre en vertu de l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste) et l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme) du code pénal et en vertu de l’article 244 (profanation de sépultures motivée par la haine politique) et l’article 275.1 du code pénal (collaboration confidentielle avec un État étranger ou une organisation étrangère dirigée contre la sécurité de la Fédération de Russie)

09 septembre 2025

– Un témoin de Jehovah de Crimée occupée  a été condamné à six ans d’emprisonnement en vertu de l’article 282.2, du code pénal (organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Le fondateur du projet “Traverse la forêt” a été condamné par contumace à 6 ans d’emprisonnement  pour “fausses informations militaires” en vertu de l’article 207.3 du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

18 septembre 2025

– Un folkloriste de Khanty-Mansiïsk4 a été condamné à 3 ans d’emprisonnement pour avoir effectué des dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3, du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Un maître-chien poursuivi pour un message sur une frappe contre Kramatorsk a été  condamné à 5 ans de prison en vertu de l’article 207.3, du code pénal (Diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

– Le concierge d’une école de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans de prison pour un message sur les victimes de la ville ukrainienne de Boutchaen vertu de l’article 207.3, partie 2, du code pénal

19 septembre 2025

– Cinq prévenus dans l’affaire “Baymak” ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 5 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 (Violence dangereuse pour la vie et la santé à l’encontre d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212, partie 2 du Code pénal (Organisation d’émeutes et implication d’autres personnes dans de tels actes)

– Un habitant d’Obninsk a été condamné à 4 ans d’emprisonnement pour soutien à la « Fondation de lutte contre la corruption » et à Viesna5 en vertu de l’article 280.3, (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie) et de l’article 282.2 du Code pénal (Recrutement et participation aux activités d’une organisation extrémiste).

22 septembre 2025

– Deux Témoins de Jéhovah ont été condamnés à 6 ans et demi et 7 ans de prison à Saransk en application de l’article 282.2, du code pénal (Organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Un partisan du groupe Wagner a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire inapproprié sur la “pénurie d’obus” en application de l’article 205.2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

23 septembre 2025

Un habitant de Kertch a été condamné par contumace à 5 ans et demi de prison pour un message concernant une frappe contre une gare à Kramatorsk en application de l’article 207.3, du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282, du Code pénal (Incitation à la haine ou à l’inimitié)

– Un habitant de Crimée a été  condamné à 1 an de prison pour avoir craché dans une boîte de collecte d’aide à l’armée en application de l’article 354.1du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 329 du code pénal (profanation de l’emblème ou du drapeau de l’État russe).

24 septembre 2025

– Un habitant de Novorossiïsk a été condamné à 9 ans d’emprisonnement  pour ses publications et sa tentative de rallier la Légion “Liberté de la Russie”6 selon l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste), l’article 30 (préparation d’un crime) et l’article 280.3 du code pénal. (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie).

25 septembre 2035

– L’activiste moscovite Konstantin Kotov a été condamné par contumace à 5 ans de prison pour dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3 du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Le directeur du musée de Narva a été condamné par contumace à 10 ans de prison pour avoir tendu une banderole clamant : “Poutine est un criminel de guerre” en vertu de l’article 354.1 (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 207.3 du code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe, motivées par la haine politique et nationale en usant d’une position officielle)

26 septembre 2025

– Un agent de sécurité de Voronej condamné à 2 ans de prison pour avoir appelé à “l’élimination” de la direction de la Fédération de Russie ( selon l’article 205.2, partie 2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

– Un habitant de Saint-Pétersbourg condamné à 5 ans de prison pour des commentaires sur les bombardements en Ukraine en application de l’article 205.2 et de l’article 282.3  du code pénal


  1. Le  « Mouvement social inter-régional » a été jugé « extrémiste » par le pouvoir russe ↩︎
  2. Péninsule de Sibérie occidentale au bord de l’Océan arctique ↩︎
  3. Centre de lutte contre l’extrémisme, une créature du Ministère de l’intérieur ↩︎
  4. Ville d’environ 100 000 habitants du nord-ouest de la Sibérie. ↩︎
  5. Une organisation de jeunes luttant pour une Russie libre et respectueuse des droits de l’homme ↩︎
  6. Unité militaire russe combattant avec les Ukraindiens ↩︎

13 Oct 2025


Fissures dans le silence : la révolte des travailleurs nord-coréens à Helong

Ada Trybuchowska est Polonaise. Elle travaille avec le Comité américain pour les droits de l’homme en Corée du Nord. Le récit qu’elle donne d’une révolte de travailleurs nord-coréens en janvier 2024 à Helong, dans la province chinoise de Jilin – une révolte dont la presse occidentale n’avait jusqu’ici pas eu connaissance – est terrible et passionnant. Nous nous contenterons de traduire en français la première partie de ce texte qui esquisse ensuite une comparaison avec l’action du mouvement polonais Solidarnosc.

H&L

Helong

Par une matinée glaciale de janvier 2024, un événement extraordinaire s’est produit dans la ville de Helong, non loin de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord. Cet hiver-là, des centaines de travailleurs nord-coréens se sont soulevés contre leurs surveillants, organisant une rare protestation pour réclamer le paiement de leurs salaires impayés et leur rapatriement.

Le foyer de la contestation fut Nanping, un centre industriel majeur de transformation alimentaire et de confection employant des Nord-Coréens. Des ouvriers de plus de dix usines textiles et d’habillement de la région s’y sont joints. Pendant trois jours tendus, près de 3 000 travailleurs migrants nord-coréens ont mené une révolte massive. Ils ont enfermé leurs superviseurs chinois et nord-coréens, stoppé la production et exigé plusieurs mois de salaires impayés, estimés à environ 10 millions de dollars.

Cet affrontement n’était pas un conflit du travail ordinaire : il visait directement l’un des systèmes de contrôle du travail les plus répressifs au monde, où l’obéissance découle non seulement de la coercition étatique, mais aussi de la peur pour sa famille, son avenir et sa vie. La tension atteignit son paroxysme lorsqu’un des officiels nord-coréens — envoyé pour surveiller les travailleurs — fut battu à mort par les manifestants.

Face à la situation, des agents de sécurité nord-coréens acceptèrent de verser immédiatement plusieurs mois de salaires aux ouvriers, ce qui mit fin à la grève le jour même. Aucune autre protestation connue de travailleurs nord-coréens à l’étranger n’avait jamais atteint une telle ampleur.

Le soulèvement de Helong a ébranlé le système de peur soigneusement entretenu par Pyongyang. Officiellement, la Corée du Nord affirmait envoyer de jeunes ouvriers à l’étranger par patriotisme et devoir économique. En réalité, il s’agissait d’un vaste système étatique d’exportation de main-d’œuvre, mobilisant des dizaines de milliers de Nord-Coréens dans des usines et sur des chantiers en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

En 2024, on estimait à 100 000 le nombre de Nord-Coréens travaillant encore à l’étranger. Bien que certaines affectations restent théoriquement légales, elles contournent souvent le droit international du travail et violent la Résolution 2397 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui avait interdit en 2017 l’emploi de travailleurs nord-coréens à l’étranger et exigé leur rapatriement d’ici 2019, afin de couper au régime une source de revenus destinée à son programme nucléaire. Faute d’application stricte, beaucoup restèrent en poste, générant une économie grise estimée à 500 millions de dollars par an pour Pyongyang.

La révolte de Helong débuta lorsque les ouvriers découvrirent que leurs collègues rapatriés en Corée du Nord n’avaient jamais touché les salaires promis. Pyongyang confisque 70 à 90 % des gains, généralement versés seulement au retour au pays, pour maintenir dépendance et obéissance. Cette révélation fit voler en éclats l’illusion que la soumission pouvait mener à une récompense. Les ouvriers occupèrent l’usine, barricadèrent les portes et refusèrent de reprendre le travail. Ce geste collectif était d’autant plus marquant qu’il impliquait des risques immenses.

Les travailleurs expatriés nord-coréens vivent sous une surveillance constante : leurs passeports sont confisqués à l’arrivée, ils sont logés dans des dortoirs exigus aux conditions misérables, soumis à des journées de 16 heures, privés de téléphone et dont les conversations sont surveillées. Toute contestation entraîne des sanctions sévères, dont le rapatriement forcé, synonyme d’emprisonnement, voire d’exécution, ainsi que de représailles contre la famille restée en Corée du Nord. Dans ce contexte brutal, la révolte de Helong a constitué une affirmation rare et radicale d’autonomie.

À la fin janvier, les autorités chinoises et nord-coréennes réagirent. Des officiels dépêchés de Pyongyang versèrent plusieurs mois de salaires en retard pour calmer la situation. Les ouvriers furent ensuite dispersés, déplacés vers d’autres sites ou rapatriés ; la plupart subirent des sanctions. La moitié fut renvoyée de force en Corée du Nord, vraisemblablement envoyée en camps de prisonniers politiques ; les autres furent placés sous une surveillance accrue.

Cette réaction illustre la stratégie habituelle de Pyongyang : les travailleurs envoyés à l’étranger ne sont pas seulement une source de devises, mais aussi un test de loyauté, puisqu’ils proviennent souvent de familles jugées politiquement fiables.

La révolte fut écrasée par Pékin et Pyongyang, mais elle reste un épisode révélateur : même dans les systèmes les plus répressifs, le contrôle peut connaître des failles. Helong montre que des travailleurs étroitement surveillés peuvent malgré tout résister. L’épisode pose aussi une question : combien de temps Pyongyang pourra-t-il contenir de tels actes de défiance ?

Ada Trybuchowska, le 22 septembre 2025

22 Sep 2025