RUSSIE : dernière étape de la lobotomisation par le Kremlin de la mémoire du peuple russe

L’association de défense des droits de l’homme HWRF (Human Rights Without Frontiers) vient de publier ce 4 mai 2026 un article important, suite à la qualification d’« extrémiste » par la Cour suprême de Russie de l’association Mémorial, et donc à son interdiction. Nous en publions la traduction française ci-dessous :

Lors d’une audience à huis clos tenue le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a qualifié le Mouvement public international Memorial d’« extrémiste » – une appellation fourre-tout utilisée par le gouvernement pour interdire toutes les organisations liées à Memorial – et a interdit ses activités dans le pays. Il s’agit de l’étape finale de la lobotomisation de la mémoire du peuple russe par le Kremlin.

Cette décision couronne une campagne menée pendant des années contre Memorial, fondée à la fin de la période soviétique et devenue depuis une communauté de dizaines d’organisations sœurs opérant en Russie et à l’étranger.

« Plus jamais de régime totalitaire en Russie » était l’objectif de Memorial, lauréat du prix Nobel de la paix 2022.

De « lagent étranger » à « lextrémisme » (2014-2026)

En mai 2014, une des associations, le « Centre des droits de l’homme Memorial » basé en Russie, avait été désignée comme « agent étranger » en raison de financements étrangers et d’activités politiques présumées. Elle était ainsi contrainte d’étiqueter tous ses supports d’information comme tels et faisait l’objet d’audits intensifs.

Par la suite, les autorités russes ont également qualifié plusieurs autres organisations composant Memorial ainsi qu’une vingtaine de leurs collaborateurs d’« agents étrangers ».

En décembre 2021, la Cour suprême a dissous Memorial International et le Centre des droits de lhomme Memorial.

Les motifs invoqués étaient des violations répétées de la loi sur les agents étrangers, notamment ce qui concerne l’étiquetage des documents. Le parquet a accusé l’organisation de « spéculer » sur le thème des répressions politiques et de créer « une fausse image de l’URSS comme État terroriste ». Ces décisions ont suscité une réaction internationale de grande ampleur.

De nombreuses personnalités publiques en Russie et à l’étranger ont alors exprimé leur soutien à Memorial et à ses structures. Parmi elles figuraient les lauréats du prix Nobel Mikhail Gorbachev et Dmitry Muratov, l’écrivain et acteur Stephen Fry, le dramaturge Tom Stoppard, le journaliste Vladimir Pozner, ainsi que plusieurs dizaines d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie.

L’Union européenne et les États-Unis ont condamné également le démantèlement de Memorial.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a regretté la décision de dissoudre Memorial, qui « jouait un rôle important dans la préservation de la mémoire de la répression politique et des violations des droits humains ». Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a déclaré que cette dissolution reflétait « une réduction rapide de l’espace accordé à la société civile indépendante, aux médias et aux activistes défenseurs de la démocratie en Russie ». Il a appelé les autorités russes à cesser de harceler les défenseurs des droits humains.

De 2021 à 2026, les différentes structures de Memorial ont continué à fonctionner sans enregistrement officiel.

En février 2026, le ministère russe de la Justice a ajouté l’Association internationale Memorial (basée en Suisse) et la fondation allemande Zukunft Memorial à la liste des « organisations indésirables ».

Répression contre les gardiens du temple de la mémoire

Un hommage particulier doit être rendu aux nombreux gardiens du temple de la mémoire, connus ou anonymes, qui ont œuvré à collecter et à préserver les preuves des atrocités perpétrées sous le régime communiste totalitaire.

Mentionnons quelques victimes emblématiques parmi tant d’autres…

En 2009, Natalia Estemirova, chercheuse au bureau de Memorial à Grozny (Caucase du Nord), qui enquêtait sur des enlèvements et des meurtres en Tchétchénie, a été kidnappée et retrouvée assassinée en Ingouchie. Sa mort bouleversa la Russie, mais les commanditaires n’ont jamais été identifiés. Selon le président du conseil du Centre des droits de lhomme Memorial, Oleg Orlov, les autorités de la République tchétchène seraient derrière ce meurtre. Il a également déclaré que Ramzan Kadyrov avait personnellement menacé la militante.

Le cas de l’historien Youri Dmitriev, chef de la branche carélienne de Memorial et chercheur sur les fosses communes de Sandarmokh et Krasny Bor, a suscité aussi une vive émotion. Âgé aujourd’hui de 70 ans, Youri Dmitriev est jugé depuis 2018. À l’issue de multiples procédures, il a été condamné à 15 ans de prison et, si les décisions sont maintenues, il ne sera libéré qu’en 2032. Ses soutiens affirment que ces poursuites sont liées à son activité en faveur des droits humains et à son travail de mémoire sur les victimes de la répression URSS.

L’Union européenne, ainsi que des scientifiques et artistes de divers pays, ont demandé sa libération. Le 31 mars 2026, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a ordonné à la Russie de lui verser une indemnisation pour le préjudice moral causé par une détention provisoire excessivement longue et pour l’absence de procès équitable. Youri Dmitriev a reçu de nombreuses distinctions internationales.

Le 18 mars 2019, Oyub Titiev, responsable du bureau tchétchène de Memorial, a été condamné à quatre ans de colonie pénitentiaire pour possession présumée de drogue.

Le 23 mai 2023, le défenseur des droits humains Bakhrom Khamroev, collaborateur de Memorial, a été condamné à 13 ans et 9 mois de prison pour des accusations à motivation politique, notamment « appels publics au terrorisme » et « participation à une organisation terroriste ».

Le 27 février 2024, le coprésident de Memorial, Oleg Orlov, a été condamné à 2 ans et demi de colonie pénitentiaire pour « discrédit répété de l’armée ». Il a été libéré le 1er août 2024 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre la Russie, la Biélorussie et cinq pays occidentaux.

Le 4 avril 2024, Alexander Chernyshov, ancien président du « Centre de la mémoire historique » de Perm, a été condamné pour « tentative de contrebande de biens culturels ». Les archives de Memorial de Perm ont dû être transférées aux archives d’État russes.

Le 19 août 2025, Sergei Davidis, membre du conseil d’administration de Memorial, a été condamné par contumace à six ans de prison pour « justification du terrorisme » sur Internet. Il vit aujourd’hui en Lituanie.

Destruction en Russie des monuments à la mémoire des victimes des répressions soviétiques

On peut espérer qu’un jour de tels monuments seront érigés dans toutes les régions de Russie où Memorial était présent. Pour l’instant, Moscou continue au contraire de détruire les monuments dédiés aux victimes des répressions soviétiques.

En avril 2026, lors de la « Journée de commémoration des victimes du génocide du peuple soviétique », la « Pierre du Chagrin » (une arche en marbre et un bloc de granit gris), monument dédié aux victimes des répressions soviétiques, a été subrepticement rasée en une nuit.

D’autres pierres commémoratives, érigées à la mémoire des Polonais, Estoniens, Lettons, Lituaniens et Kalmouks déportés en Sibérie pendant l’occupation soviétique ont également été détruites à Tomsk.

PS : Au lendemain de cette interdiction de Mémorial, HWRF demande la libération des membres de l’association, tous défenseurs des droits humains. Cette libération pourrait éventuellement s’effectuer dans le cadre d’un échange international de prisonniers comme cela s’était fait pour Oleg Orlov en 2024. H&L s’associe évidemment à cette proposition.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Conférence débat : Galia Ackerman – Le KGB à Tchernobyl

Nous allons clore le cycle 2025/2026 de nos conférences-débats par une rencontre avec Galia Ackerman, l’infatigable animatrice de Desk Russie et l’une des figures majeures de la dénonciation en France du régime criminel de Vladimir Poutine.

Galia nous présentera son dernier ouvrage, Le KGB à Tchernobyl, qui s’appuie sur des rapports de cette institution publiés en Ukraine.

Nous comprendrons mieux ainsi comment s’est produite et comment a été gérée la catastrophe nucléaire dont nous commémorions il y a quelques jours le 40e anniversaire. Mieux : nous trouverons, dans les analyses de Galia Ackerman des éléments importants pour mieux comprendre la Russie actuelle dont le Chef vient de décider (comme au bon vieux temps ?) la réhabilitation de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tchéka, l’ancêtre du KGB.

Rendez-vous donc le lundi 18 mai au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, de 18 à 20h.

Histoire & Liberté, le 4 mai 2026

4 Mai 2026


Sombres lumières…

Les lumières sombres - Miranda

        Difficile d’avoir ignoré la récente parution des Lumières sombresComprendre la pensée néoréactionnaire d’Arnaud Miranda (*) tant nombre d’influents médias l’ont encensé – sans recul critique excessif, alors qu’il y a de quoi s’inquiéter comme on va le voir plus loin ! Proposant une inédite et factuellement bienvenue « cartographie de la galaxie néoréactionnaire », l’auteur de ce bref opus passe en revue les principales figures  intellectuelles américaines diffusant des « lumières sombres » menaçant de plonger le monde occidental dans une apocalypse « illibérale » sans précédent. A un Curtis Yarvin puis un Nick Land (un « philosophe » créateur de l’expression « Dark Enlightment » dès juillet 1992) qui sont les principaux inspirateurs  de ce nouveau courant idéologique succèdent ainsi les improbables Bronze Age Prevert et Zero HP Lovecraft sévissant avant tout sur le Net, puis l’entrepreneur, milliardaire et trumpiste Peter Thiel. Lequel n’est pas désormais le moins illuminé de la secte : n’est-il pas venu en février dernier donner à Cambridge (UK) une conférence sur l’avènement prochain de … l’Antéchrist ? Mais tous ces personnages sont en effet les promoteurs d’un incroyable corpus de fantasmagories fumeuses toutes plus irrationnelles et délétères les unes que les autres, textes à l’appui. Tout en redonnant vie à une eschatologie millénariste où s’entremêlent bondieuseries théocratiques et transhumanisme à grands renforts d’une « tech » déifiée, ils prônent le retour au patriarcat, aux « hiérarchies naturelles », à la monarchie héréditaire ou à l’eugénisme. Mais se pose la question : comment accorder le moindre crédit aux élucubrations de ces individus paraissant comme échappés d’un asile psychiatrique dirigé par des complotistes d’extrême droite ?

        Nulle part dans son livre et bien qu’il parle d’un « succès idéologique  , l’auteur ne répond précisément à la question qui importe le plus: les néoréactionnaires, combien de divisions ? Ni n’établit que la « lumière sombre » qu’ils diffusent exerce une réelle et objectivement mesurable influence dans la société américaine en général et les milieux politiques ou économiques en particulier. Aussi bien peut-on se demander s’il faut vraiment prendre au sérieux le danger allégué comme le fait A. Miranda. Et si l’activisme et entrisme des ultras nationaux-populistes (de plus ouvertement poutiniens et antisémites) Steve Bannon, Tucker Carlson et Nick Fuentes n’en incarne pas un, autrement plus grave et imminent, bénéficiant de la complaisance de l’idéologue forcené J.D. Vance ?

        Mais cela ne pourrait-il pas s’expliquer par les biais cognitifs préoccupants qui entachent le propos de l’auteur lorsqu’il incrimine l’« illibéralisme » de la néo-réaction américaine ? Non que cette imputation soit erronée, mais parce que ce faisant, il se fourvoie sur deux plans. Tout d’abord, et comme le souligne à juste titre Olivier Babeau sur son compte X, en accusant implicitement les libéraux classiques (Hayek, Mises…) ou prétendument « libertariens » (ainsi quand il fait état d’une prétendue « origine libertarienne de la pensée néoréactionnaire », p.145 : cela n’a aucun sens !) d’avoir constitué le terreau intellectuel sur lequel aurait prospéré les « lumières sombres », A. Miradeau commet une stupéfiante erreur : n’y a-t-il pas contradiction à mettre en cause l’illibéralisme d’esprits d’abord nourris de libéralisme ? Lorsque O. Babeau en conclut que « ce défaut d’analyse…affaiblit la portée critique du livre », il ne croit peut-être pas si bien dire car cette imputation d’illibéralisme renvoie dans la perspective de l’ouvrage à une conception fort discutable du libéralisme qui en serait victime ? Celle-ci est explicitée dans ses dernières pages (147) où il est indiqué que l’illibéralisme a entre autres pour piliers « la défense d’une homogénéité culturelle face au multiculturalisme » et « l’exigence de préservation des hiérarchies et valeurs traditionnelles face au progressisme »1. Ce qui revient à faire arbitrairement du libéralisme un promoteur du multiculturalisme, et un suppôt du progressisme. Pour se convaincre qu’il n’en est rien, que c’est là une imposture (le terme « libéralisme » est visiblement pris dans son sens américain, voisin de sociale-démocratie gauchisante!) et témoigner d’un peu plus de rigueur conceptuelle à propos du label « libéralisme » et par suite de l’« illibéralisme », rien de mieux que se reporter par exemple à La Grande parade de Jean-François Revel, L’Appel de la tribu de Mario Vargas Llosa ou, tout récemment, au Manifeste libéral de David Lisnard.

        Comme si ces errements ne suffisaient pas, il faut en outre déplorer un certain nombre d’inexactitudes ponctuelles dans les références à des auteurs cités ou d’appréciations infondées. Ainsi en est-il quand A. Miranda signale que la philosophe et écrivaine Ayn Rand était  « très populaire aux États-Unis dans les années 1980 » (p. 122) (non, c’était entre 1960 et le début des années 1980) et qu’il la présente comme typiquement « libertarienne » au même titre que l’économiste Mises (Rand détestait les libertarians, pour elle des « zombies irrationnels » – et Mises n’était certainement pas la « principale source du développement du libertarianisme » (p. 59)  mais l’une des figures centrales du classical liberalism  hostile à l’anarchisme et attaché à un État minimal fort (cf son magistral Liberalism!). De même ne voit-on pas ce qui autorise cet auteur à parler de « paléo-libertatiens »(cf. pp. 143, 145 ou 151 : « paléo » par rapport à quoi : des…néo-libertariens?) ou d’une actuelle ère « post-libertarienne » (jamais il n’y a eu aux USA de période dite « libertarienne », les libertariens n’ayant jamais été qu’un courant intellectuel fort minoritaire). Sur tous ces sujets où règnent ici une franche confusion sinon un « n’importe quoi » débridé, des lectures de première main auraient été nécessaires afin de savoir ce que parler de libéralisme et de libertarianisme veut vraiment dire…

        Une autre question, et de taille,  se trouve occultée par cette … assombrissante lumière projetée sur le paysage idéologique américain : pourquoi ce prurit extrémiste et délirant  se déclare-t-il maintenant, comme en contrepoint de l’effarante « trumpisation » encore en cours ? Et si c’était justement en réaction aux préalables outrances dévastatrices d’un « wokisme » fanatique passé à l’acte dans les médias, les universités et même les entreprises (ce dont les partisans fanatisés vont jusqu’à nier l’existence!) ? Une remarque similaire vaut pour notre pays, où ni les belles âmes mollassonnes  et incohérentes du « bloc central » et encore moins la gauche complice des islamo-staliniens de LFI ne conviennent qu’ils sont les premiers responsables de l’irrésistible ascension du RN – mais ceci est une autre histoire…

Alain Laurent, le 22 avril 2026

* Gallimard – Le Grand continent, 2026.

  1. L’universitaire Martine Laruelle  que cite A. Miranda pour avancer ces assertions fantaisistes est une habituelle contributrice du Monde diplomatique – peu réputé comme publication de référence sur le libéralisme. Il fallait oser ! ↩︎

22 Avr 2026


Conférence débat : Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Depuis plusieurs semaines le livre de Ferghane Azihari, « L’Islam contre la modernité » édité aux Presses de la Cité, se situe parmi les meilleures ventes d’essais.

L’auteur est issu d’une famille comorienne de tradition musulmane, ce qui a sans doute développé chez lui une sensibilité particulière sur le sujet qu’il traite.

Son livre, particulièrement roboratif, n’hésite pas à remettre en cause tout ce que l’on croit plus ou moins savoir concernant l’islam et l’histoire des civilisations musulmanes.

Nous sommes heureux de pouvoir l’accueillir le jeudi 9 avril à 18h00 au Café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre, Paris Ier) où il sera possible de dialoguer avec lui et d’acheter son livre.

Conférence-débat : Feghane Azihari – L’Islam contre la modernité

Histoire et liberté, le 5 avril 2026

5 Avr 2026


Du jazz pour Kyiv

Du jazz pour Kyiv

Dimanche 29 mars, SOS Ouman, l’association de soutien à l’Ukraine qu’anime notre ami Nicolas Milétitch, organisait un concert au New Morning, le temple parisien du jazz de la rue des Petites écuries. Deux cents personnes y assistaient et il était réconfortant de se dire que malgré les mollesses officielles,  actuelles, malgré les réticences européennes à couper les ailes des drones iraniens qui frappent Kyiv, Lviv ou Kkarkiv, de simples citoyens manifestaient ainsi leur appui à ceux qui plusieurs fois par an conduisent des convois de matériel, de médicaments et de divers produits dont la population, frappée depuis plus de quatre ans, a tant besoin. 

Le trio –  Louis Moutin à la batterie, Géraldine Laurent au saxophone et Louis Bex au clavier – n’a pas oublié qu’il s’est produit il y a quelques années dans la capitale ukrainienne et a évoqué explicitement sa solidarité avec ceux qui résistent à la brutalité poutinienne. Des moments musicaux hachés ou violents évoquaient pour chacun de nous les horreurs subies, les explosions des bombes. les combats acharnés. Sans désespoir cependant : la vie était là, aussi, et la beauté des choses, comme dans le morceau tendre et sublime de Gershwin qu’il a interprété . Etait là aussi la volonté de défendre l’essentiel : Volia, comme dirait Anastasia Fomitchova. Volonté et liberté.

Merci à ces trois musiciens.

Pierre Rigoulot, le 5 avril 2026

5 Avr 2026


Colloque : Redécouvrir La « société ouverte » de Karl POPPER

A l’initiative du groupe de réflexion « Histoire et Liberté » :

Regards croisés sur la nouvelle, intégrale et tant attendue traduction de La Société ouverte et ses ennemis par Didier Delsart parue aux Belles Lettres fin 2025 dans la collection « Bibliothèque classique de la liberté ».

Jeudi 26 mars, 17h15
au Café du Pont-Neuf
(14 Quai du Louvre, Paris Ier)
Salon du 1er étage*

17h30 : Présentation de la soirée par Pierre Rigoulot et Antoine Cassan.

17h45 : Genèse et enjeux d’une nouvelle traduction par Alain Laurent (Philosophe et essayiste, directeur de la collection où est paru l’ouvrage).

18h15 : Les paradoxes de la liberté dans « La Société ouverte et ses ennemis » par Gilles Campagnolo (Philosophe, Directeur de recherches à l’Université Paris I).

18h45 : Karl Popper lecteur de Platon et Marx, par Philippe Raynaud (Professeur émérite de science politique, co-directeur de la revue Commentaire).

De 19h15 à 20h : Débat avec le public.

* Participation aux frais : 7 euros (boisson offerte)

Une nouvelle traduction qui n’est pas passée inaperçue :

« Á l’heure où la démocratie dérive, toute action pour lui maintenir la tête hors de l’eau est la bienvenue. C’est ce que font les éditions Les Belles Lettres en retraduisant La Société ouverte et ses ennemis de Karl Popper. Dans ce texte, le philosophe établit une distinction entre ʺsociété closeʺ – hiérarchisée et favorisant les idéologies fascistes – et ʺsociété ouverteʺ – pluraliste, progressiste et tournée vers l’avenir. » (Philosophie Magazine, août 2025)

« Cette édition intégrale de La Société ouverte et ses ennemis tombe à pic. » (Libération, 18 octobre 2025)

« A l’heure où la démocratie est menacée de toute part, on peut voir dans ce livre-culte un combat contre le totalitarisme d’hier et aujourd’hui. » (Esprit, octobre 2025)

« Le relire aujourd’hui fait découvrir que bon nombre de ses intuitions et arguments nous parlent de ce que nous vivons encore dans un contexte différent : le combat des démocraties et des systèmes clos. » (Roger-Pol Droit, Le Monde, 7 novembre 2025)

« La nouvelle – et excellente – traduction de l’ouvrage de Karl Popper me donne le plaisir inhabituel de rendre compte d’un classique cinquante ans après l’avoir lu. » (Philippe Raynaud, Commentaire, Hiver 2025)

« Dans un style vif, non dénué d’humour, Karl Popper livre une œuvre magistrale de philosophie politique, toujours actuelle, sur la critique du totalitarisme. » (Études, février 2026)

« En défense de la démocratie libérale… » (Sciences Humaines, février 2026)

H&L, le 19 mars 2026

19 Mar 2026


Lettre de Galia ACKERMAN : Deux rencontres littéraires le 12 mars avec Françoise THOM et le 13 mars avec Constantin SIGOV

Chères amies, chers amis,

Je vous convie à deux rencontres littéraires.

Le 12 mars, à 18 heures, Pierre Rigoulot et moi aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir Françoise Thom au café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre). Françoise Thom présentera son ouvrage, La Guerre totale de Vladimir Poutine, en insistant sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine sur le plan du pouvoir politique.  

Et le lendemain, je vous invite à une conférence-débat exceptionnelle, organisée par Les Vendredis de Gif, avec le grand intellectuel ukrainien Constantin Sigov, sur le thème de la résistance du peuple ukrainien. À cette occasion, il présentera son ouvrage Musiques en résistance : Arvo Pärt et Valentin Silvestrov. Cette conférence aura lieu le vendredi 13 mars à 20 h 30 à la salle Teilhard de Chardin, 13 rue Amodru, à Gif-sur-Yvette (salle proche de l’église de Gif, à environ 7 minutes à pied de la station du RER B Gif-sur-Yvette, sortie 1 – rue de la gare).

Au cours de ces deux soirées, les auteurs dédicaceront leurs livres, qui seront également proposés à la vente.

Enfin, je dois m’excuser auprès de vous, nos fidèles lecteurs, pour le retard de parution exceptionnel du prochain numéro de Desk Russie : il sortira le 22 mars au lieu du 15 mars. Nous espérons rattraper ce retard prochainement.

Avec mes amitiés fidèles, Galia Ackerman, le 10 mars 2026

10 Mar 2026


Droit – paravent et diplomatie-complaisance

L’attaque des forces américaines et israéliennes contre la République islamique d‘Iran donne lieu à un certain nombre de commentaires qui méritent d’être eux-mêmes commentés.

– On s’inquiète des conséquences d’une entreprise guerrière. Mais s’inquiétait-on de la guerre menée dans l’ombre par la République islamique contre les démocraties européennes ou amicales et contre la démocratie israélienne ? La théocratie totalitaire chiite souhaitait et souhaite encore ni plus ni moins que la destruction d’Israël, à ce point diabolisé que les dirigeants iraniens n’utilisent jamais son nom et lui substituent celui d’« entité sioniste ».

– On entend aussi regretter l’abandon de la voie de la négociation. Mais depuis combien de temps négocie-t-on en vain avec l’Iran ? Depuis des décennies, pendant lesquelles ce régime totalitaire avance dans la mise au point de son armement nucléaire. La Corée du Nord, autre Etat totalitaire, alliée de l’Iran, a réussi de cette manière, à se doter de l’arme atomique. Le monde libre pouvait-il répéter la même approche erronée ?

– On agite la cause du droit international que ne respecterait pas la présidence américaine. C’est seulement, ajoute-t-on, avec l’aval de l’ONU que cette guerre aurait dû être conduite. Argument hypocrite : Poutine – qui se dit choqué par les coups portés à son allié – n’aurait-il pas opposé son veto à l’opération à laquelle nous assistons ? Il ne s’agit pas d’opposer le droit et la force mais d’approuver (ou non) l’usage de la force par les démocraties contre des Etats totalitaires qui cherchent à les détruire.

Les événements actuels montrent une fois de plus que l‘Europe doit être forte, c’est à dire suffisamment armée, pour  briser les entreprises menées  contre elle.

On notera que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé dans l’opération la « négation du droit international » et une « escalade impérialiste ».

On notera aussi – ce qui est plus acceptable, mais plus « petit bras » aussi, que Jordan Bardella a demandé un débat à l’Assemblée nationale et des mesures pour éviter l’escalade…des prix de l’énergie !

On passera sur les habituelles diatribes anti-américaines ou anti-israéliennes et l’on retiendra que parmi les défenseurs de la démocratie libérale, Gabriel Attal est un des rares à avoir affirmé qu’il fallait « assumer le langage de la force » quand elle était nécessaire à la protection de la démocratie.  Boualem Sansal, Manuel Valls, François-Xavier Bellamy, Jean-Michel Blanquer, Raphaël Enthoven, David Lisnard, ont aussi affirmé que « le droit international ne saurait continuer à servir de bouclier aux tyrannies islamistes qui le violent et le contournent chaque jour davantage ».

Nous, qui sommes d’abord attentifs aux prises de position en faveur d’une Europe démocratique dotée des meilleurs moyens de défense, espérons que d’autres voix se feront entendre en ce sens. Ce sera une condition sine qua non pour que nous les soutenions lors de la campagne précédant l’élection présidentielle.

Pierre Rigoulot, le 7 mars 2026

7 Mar 2026


Conférence débat : La guerre totale de Vladimir Poutine

Conférence débat avec Françoise Thom

Historienne et savante spécialiste de l’histoire russe et soviétique, Françoise Thom vient de publier La guerre totale de Vladimir Poutine aux éditions « A l’Est de Brest-Litovsk ».

Cet ouvrage, qui réunit en un ensemble ordonné des articles donnés à Desk Russie, l’excellente revue en ligne animée par Galia Ackerman, a été salué par une grande partie de la presse.

Nous aurons la chance et l’honneur de la recevoir le 12 mars à 18h au Café du Pont-Neuf, lieu habituel de nos conférence-débats.

Françoise Thom nous présentera son ouvrage, insistant en particulier sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel du pouvoir politique des Etats-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine.

Histoire & Liberté, le 2 mars 2026

Nous rappelons notre colloque sur la réédition de La société ouverte et ses ennemis, de Karl Popper, avec Alain Laurent, Philippe Raynaud et Gilles Campagnolo, le 26 mars prochain à 17h15, toujours au Café du Pont-Neuf

2 Mar 2026


Blaise Pascal donne-t-il raison à Donald Trump ?

La pensée de Pascal ayant pour titre Justice et force est d’une lucidité accablante.

Pascal constate que pour qu’une société humaine se laisse gouverner dans l’ordre, le pouvoir qui s’exerce sur elle doit nécessairement satisfaire à deux exigences.

Il doit simultanément passer pour juste et être le plus fort.

Ces deux conditions étant étrangères l’une à l’autre, comment les rendre compatibles ?

Selon Pascal, seules deux voies sont théoriquement concevables.

Soit la justice impose un ordre juste en mettant la force à son service.

Soit la force impose par la force son ordre injuste, et le fait passer pour juste.

Pourquoi selon Pascal est-ce seulement cette seconde possibilité qui s’impose nécessairement ?

Parce que la force est une donnée incontestable, tandis que la justice est une idée définitivement discutable, ce qui la rend impuissante.

« La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. »

En conclusion de ce syllogisme apparemment imparable, Pascal nous place devant un constat d’impuissance, un constat désespéré et réaliste.

« Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »

Mais Pascal franchit une autre étape.

Dans une version de cette pensée qui est moins souvent citée, il passe du constat amer à la justification du triomphe de la force-se-faisant-passer-pour-juste.

« Ne pouvant faire qu’il soit forcé d’obéir à la justice on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force. Ne pouvant fortifier la justice on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble et que la paix fût qui est le souverain bien. »

Cette conclusion pacifiste, au prix du renoncement à la justice, semble avoir été adoptée par Donald Trump, le style en moins.

Que faire alors si nous, Européens, n’acceptons pas de vivre dans l’injustice, qu’elle nous soit imposée par le big stick made in USA, ou par le knout de la Russie de Poutine et de ses alliés rejetons du communisme ?

En même temps, devenir forts et dire clairement ce pourquoi nous nous armons, ce que nous sommes et ce que nous défendons, et que nous sommes disposés à défendre par la force s’il le faut.

Nous défendons, en Europe, le monde libre, qui est fondé sur les Déclarations des droits de l‘homme, des droits qui sont garantis par l’État de droit.

L’État de droit n’est pas un idéal discutable et humainement irréalisable, comme l’est l’idée pascalienne d’une justice parfaite.

Le Droit dit positivement ce qui est permis et ce qui est interdit.

Il peut faire usage de la force qui est admis comme étant légal et légitime parce qu’il émane de la volonté du peuple.

Il nous reste à devenir forts pour protéger par la force légitime le Droit contre la force violente des prédateurs.

C’est pour la défense du monde libre que l’Europe doit devenir une puissance

La Déclaration des droits de l’homme est la carte d‘identité du monde libre

Cette déclaration place le droit et l’État au service de la liberté des hommes :

  • Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
  • Article 2 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Aucun des ennemis de l’Europe et du monde libre ne souscrit à cette Déclaration.

Tous soumettent le droit à la force.

Face à eux, les Européens doivent d’urgence mettre la force au service de leurs libertés.

André Senik, le 10 février 2026

10 Fév 2026