Quoi de neuf en Corée du Nord ?

Pour une fois, ne parlons pas des essais balistiques et nucléaires nord-coréens. Ce qui ne veut pas dire que nous les tenions pour   négligeables. S’il n’y a pas eu depuis quelques temps d’essais nucléaires, les experts affirment cependant que le 7ème peut être effectué d’une semaine à l’autre.

Les essais balistiques n’ont jamais été aussi nombreux : pas moins d’une quarantaine en 2022 et, un rien provocateurs, les Nord-Coréens les font  aboutir le plus souvent à la limite de la zone économique exclusive du Japon.

Mais il existe une autre dimension, à la fois bien connue et quelque peu effacée, des préoccupations internationales du monde démocratique face à la Corée du Nord : le sort qui y est fait aux droits de l’homme. Quelque peu effacée parce qu’on sait depuis longtemps quelles privations de liberté subit la population nord-coréenne sans qu’on ne trouve la méthode ni les moyens de l’améliorer. La lassitude gagne même certains devant cette impuissance. Quelques-uns parmi les défenseurs des droits de l’homme remettent cependant courageusement sur le métier leur ouvrage et veulent par exemple rappeler l’importance qu’a eue, il y a une dizaine d’années, le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’homme en Corée du Nord. Sans doute, ce qu’elle soulignait dans ses conclusions n’était pas une découverte pour les observateurs et les défenseurs des libertés de par le monde : les libertés d’opinion, d’expression, d’information, de circulation, d’expression sont sévèrement et continument  bafouées en RDPC depuis la naissance même du régime, et il n’y a même jamais eu de comparaison possible avec le régime politique du Sud quoi qu’en ait dit Claude Bourdet ou Jean-Paul Sartre à l’époque. 

Toutefois la précision des faits évoqués par cette commission d’enquête, la prudence et le sérieux avec laquelle ils ont été établis, l’insistance systématique avec laquelle différents témoignages ont été sollicités, sans parler naturellement du respect envers l’ONU, ont fait  que ce tableau dressé des manquements nord-coréens aux droits de l’homme a marqué les esprits.

Depuis cette fameuse enquête,  que nous tenons à saluer dix ans après, qu’est-ce qui a changé ?

Essentiellement trois choses. Les deux premières tiennent en grande partie à des développements techniques. La troisième à des changements politiques chez les deux grands alliés de la Corée du  Nord.

La première évolution perceptible, négative, est un bouclage renforcé de la frontière sino-nord-coréenne par la mise en place de moyens électroniques plus performants. Liée à ces mesures, et plus généralement à l’accroissement de la lutte contre divers « comportements anti-socialistes », le repérage des appels  téléphoniques venus de mobiles est désormais plus rapide et plus précis, Le nombre de réfugiés a en conséquence baissé drastiquement. D’environ un millier en 2019, ils ne sont plus que quelques dizaines cette année, réduisant dans les mêmes proportions le niveau de nos informations. Même les médias d’Etat sont plus opaques que jamais. La Corée du Nord a rarement été aussi refermée sur elle-même et l’épidémie de Covid n’a rien arrangé : les diplomates occidentaux ont quitté le pays. Un tiers  seulement des représentations diplomatiques subsistent ( et encore, en sous-activité).

Le second changement important depuis les conclusions de la Commission d’enquête compense, au moins partiellement, le tarissement des sources habituelles d’informations : c’est la mise en évidence de plus en plus nette, par un ensemble de photos satellitaires américaines, de l’existence d’un réseau de camps de concentration. Il ne s’agit plus de récits de témoins. Il s’agit d’images photographiques claires. Le goulag soviétique, les camps nazis, ont à peu près échappé aux images. Les développements techniques permettent au contraire de faire éclater à la face du monde l’évidence en quelque sorte expérimentale des camps de concentration nord-coréens. Ils confirment que plus de 100 000 hommes, femmes et enfants sont détenus dans un système  qui résulte d’une conception collective de la responsabilité où la « faute » d’un seul aboutit à la punition de toute une famille; un système qui classe les individus selon leur loyauté envers le pouvoir, et qui tire le maximum de ressources de chaque individu pour développer sa force militaire, balistique et nucléaire, et procurer des produits de luxe à ses élites.

La troisième nouveauté est liée à un changement dans les sources d’approvisionnement en devises étrangères. La Corée du Nord a massivement recours actuellement à l’envoi en nombre de travailleurs à l’étranger : le Qatar, par exemple, a utilisé des travailleurs nord-coréens pour la construction des stades de football où s’est déroulée la coupe du monde. Leur nombre maximum sur les chantiers fut d’environ 2500 en janvier 2016. Travaillant dans des conditions difficiles, ils n’étaient pas après tout si mal payés selon les normes nord-coréennes, mais près de 90% de leur salaire allait au gouvernement !

En juillet 2022, on estimait à plusieurs dizaines de milliers ces travailleurs d’outre-mer, surtout en Russie et en Chine qui avaient pourtant voté en faveur d’une résolution onusienne sanctionnant la Corée du Nord pour ces essais militaires, en interdisant notamment l’envoi de ces travailleurs sur-exploités…Chine et Russie avaient voté en faveur de sanctions en représailles des essais nucléaires et balistiques nord-coréens et en 2019, un mouvement de retour des ces travailleurs nord-coréens s’était amorcé. Il ne s’est pas confirmé et pour cause : Chine et Russie contournent maintenant les sanctions en faveur desquelles elles avaient elles-mêmes voté ! On trouve aujourd’hui 20 000 de ces travailleurs nord-coréens en Russie On trouve environ 20 000 de ces travailleurs nord-coréens en Russie mais le nombre de ceux qui prennent la fuite a largement progressé ces derniers temps, surtout quand le bruit a couru parmi eux ( bruit non confirmé à ce jour) qu’ils pourraient être  envoyés dans les zones ukrainiennes occupées par la Russie !

Les affaires et le commerce contrôlés par l’Etat nord-coréen continuent donc. Et tout ce qui peut rapporter des devises étrangères est apprécié de ce dernier mais de manière différente. La presse a parlé des soupçons américains quant à des ventes d’armes nord-coréennes aux Russes pour leur guerre en Ukraine. La Russie serait en particulier intéressée par l’achat d’obus de 152 mm and 122 mm. La Corée du Nord a démenti, évidemment, comme elle démentait les accusations de fabrication de fausse monnaie et de trafic de drogue ou…de déclenchement de la guerre de Corée!

Elle n’a pas encore démenti la confection d’uniformes pour les soldats russes. Trois ateliers fonctionneraient à Pyongyang, chacun abritant des centaines de couturières, et davantage en province. Celles-ci travaillent à partir de matières premières russes qui arrivent par train ou par la zone économique spéciale de Rajon à l’extrême nord-est du pays, près des frontières russe et chinoise. Dans ce cas-là aussi, une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU avait été adoptée en septembre 2017, interdisant toute exportation de textiles par la Corée du Nord.

Mais qu’importe l’ONU ! Un véto suffit à assurer son inefficacité. Et hors du contrôle onusien, les relations russo-nord coréennes ont rarement, et pendant si longtemps, été aussi bonnes. L’Etat-voyou nord-coréen deviendrait-il un modèle pour les poutiniens?

Pierre Rigoulot

(Image: North Korea’s ballistic missile – North Korea Victory Day-2013, source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:North_Korea%27s_ballistic_missile_-_North_Korea_Victory_Day-2013_01.jpg)

26 Fév 2023


Encore un que les Ukrainiens n’auront pas ?

Parmi les observateurs de la Corée du Nord, circule un information incroyable : le 8 février dernier, lors d’un défilé militaire en Corée du Nord, on aurait vu évoluer dans le ciel un hélicoptère AS 350. Petit détail : cet appareil est…français! A-t-il été vendu aux tyrans qui dirigent le pays? Quand? Pourquoi ? A quel prix? Tient-on vraiment à entretenir de bonnes relations avec le pire Etat totalitaire de la planète?

Peut-on espérer un démenti de notre Ministère des Armées ?

H&L

26 Fév 2023


Il faut intégrer l’Ukraine à l’OTAN

Poutine parie sur une guerre interminable. Tout le monde le comprend.

L’aide en matériel apportée à l’Ukraine par le monde libre ne suffira pas à faire gagner David contre Goliath.

Tout le monde le comprend.

Comment alors éviter la guerre sans fin que veut Poutine?

Il n’existe qu’un moyen de couper court à cette guerre et de faire rentrer les envahisseurs chez eux sans avoir à faire la guerre à la Russie.

Ce moyen consiste à intégrer l’Ukraine dans l’OTAN et à ouvrir ainsi au dessus de sa tête le parapluie de l’article 5.

Cela exige que l’OTAN et le monde libre tirent toutes les conséquences de la situation mondiale et s’organisent sans tergiverser.

Cela signifie deux choses

– Les conditions restrictives d’entrée dans l’OTAN qui se justifiaient dans l’après guerre froide doivent être adaptées dans l’urgence à la situation actuelle.

– Il faudra aussi supprimer le droit de veto des pays qui s’opposent à cette réorganisation de l’Otan.

Quand cette intégration sera annoncée, ce sera l’envahisseur de l’Ukraine qui devra affronter un monde libre ayant enfin les mains libres.

Il y a des fortes raisons de prévoir que Poutine ne s’y frottera pas.

André Senik

Photo: © Crown Copyright 2014 Photographer: Sergeant Paul Shaw LBIPP (Army) Image 45157525.jpg from www.defenceimages.mod.uk

7 Fév 2023


Nous recevrons mercredi 1er février Galia Ackerman  pour mieux connaître et comprendre les réactions de l’opinion publique russe face aux vues et aux projets de Vladimir Poutine.  Galia Ackerman, comme vous le savez, a co-dirigé avec Stéphane Courtois la publication du Livre Noir de Poutine. Elle est également très présente sur la chaîne LCI pour commenter l’actualité de l’Ukraine.
Notre rencontre aura lieu de 18 à 20h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre.

Histoire & Liberté

19 Jan 2023


Le 11 janvier 2023

Washington 6 janvier 2021. Brasilia 8 janvier 2023.

Les émeutes anti-démocratiques qui ont pris place à Brasilia dimanche 8 janvier 2023, soit pratiquement deux ans après d’autres émeutes anti-démocratiques à Washington le 6 janvier 2021, doivent retenir l’attention de tous les démocrates et de toutes les personnes soucieuses de préserver les libertés sur notre planète.

Et tout d’abord, ces deux émeutes jumelles (que le principal inspirateur de Donald Trump, Steve Bannon, reconnaît lui-même comme jumelles) doivent être prises très au sérieux. Je me souviens avoir été considéré comme paranoïaque pour avoir très vite retenu que les émeutes du 6 janvier 2021 étaient une vraie tentative de coup d’Etat aux Etats-Unis.

Pourtant, tout ce qu’on a appris ensuite, grâce surtout aux investigations ultérieures du Congrès américain, a confirmé qu’il s’était bien alors agi d’une tentative de coup d’Etat (même si elle fut un peu brouillonne). Trump avait clairement envisagé que, sous la menace des émeutiers, Mike Pence (qui présidait les instances du Congrès chargées de valider les résultats) opte pour invalider les résultats en sorte que, avec une complicité de la Cour Suprême qu’il anticipait à tort ou à raison, il puisse se maintenir à la Maison Blanche. Dans la mesure où Trump ne semble pas s’être préalablement assuré de complicités dans l’armée américaine, sa tentative de coup d’Etat était vouée à l’échec. Mais ce n’était pas du tout une raison pour sous-estimer la nature de la manœuvre de Trump.

Trump en réalité a commis alors un acte extrêmement grave, celui de chercher à se maintenir au pouvoir en dépit du verdict électoral. Et quelqu’un comme Steve Bannon a fort bien pu encourager Trump dans sa démarche jusqu’au-boutiste pour pouvoir prendre la mesure de comment la société américaine dans son ensemble réagirait à un acte aussi anti-démocratique.

En quelque sorte, le 6 janvier était une tentative de coup d’Etat mais c’était peut-être aussi une expérimentation de coup d’Etat. Par exemple, les partisans de Trump et de Bannon ont pu constater (pour s’en réjouir) que la Garde Nationale était restée longtemps passive et n’avait pas été du tout à la hauteur de ses responsabilités en matière de défense de la démocratie américaine. Ils ont pu constater (pour s’en réjouir aussi) que l’émeute anti-démocratique n’avait pas suscité la réaction populaire pro-démocratie  qu’on aurait pu attendre et qui aurait uni dans la rue Démocrates et Républicains.

Ce Bis Repetita (Brasilia, deux ans après Washington) me conforte bien entendu davantage dans ma caractérisation initiale du coup du 6 janvier 2021. Constater que Steve Bannon est au premier rang de ceux qui applaudissent le coup de Brasilia est à mes yeux très révélateur. Dans l’un et l’autre cas, une fraction (malheureusement assez importante) de la population s’est mobilisée pour interrompre le fonctionnement démocratique d’un grand pays.

A Brasilia, les miliciens sont même allés plus loin encore qu’à Washington deux ans auparavant : leurs slogans et leurs calicots réclamaient explicitement « la suppression des trois pouvoirs ». En clair, ils revendiquaient d’instaurer au Brésil un système où le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire seraient fusionnés en une seule main. C’était réclamer explicitement l’abolition du principe démocratique lui-même ; c’était aussi revendiquer l’instauration au Brésil d’un régime totalitaire dans la mesure où une subordination totale de la Justice au pouvoir constitue une pièce essentielle et indispensable à tout régime totalitaire.

Ces émeutes anti-démocratiques aux Etats-Unis et au Brésil doivent nous tenir plus que jamais en alerte. Les capitales de l’axe totalitaire (Pékin, Moscou et Téhéran), non contentes de la répression intense qu’elles maintiennent à l’encontre des populations sous leur contrôle, menacent militairement deux pays souverains, l’Ukraine et Taïwan, deux pays dont par ailleurs la population prouve quotidiennement son attachement à la démocratie libérale.

Et en même temps, comme en écho à ces trois capitales totalitaires, on voit se développer aux Etats-Unis at au Brésil des mouvements pro-totalitaires qu’il faut bien identifier comme tels.

Le moment est venu de prendre en compte que des liens de plus en plus manifestes se tissent entre les capitales totalitaires et ces mouvements pro-totalitaires dans nos pays démocratiques : ce qui est très révélateur à ce sujet, ce sont les relations intenses (qui ne sont désormais plus contestées) entre Poutine et Trump, entre Trump et Bolsonaro, entre Poutine et Bolsonaro.

Si un jour, par malheur, un coup pro-totalitaire devait réussir aux Etats-Unis ou au Brésil, nul doute que les capitales totalitaires sableraient le champagne sans délai, tant ce qui prime chez elles, c’est une volonté obsessionnelle d’affaiblir et même d’anéantir la démocratie et les libertés, non seulement sur leurs territoires mais aussi sur le reste de la planète.

Antoine Brunet

17 Jan 2023


Le Mage du Kremlin, de Giuliano Da Empoli – Gallimard, 280 pages

La littérature peut être, parfois, un meilleur vecteur pour comprendre un contexte politique ou géopolitique qu’un essai historique.

C’est le cas du roman de Giuliano Da Empoli : Le Mage du Kremlin.

Le narrateur se passionne pour Evgueni Zamiatine, l’auteur de Nous. Celui qui avait compris que l’idéologie de Staline ne pouvait conduire à autre chose qu’au camp de concentration.

Il commence, autour de cet écrivain, une étrange conversation sur les réseaux sociaux avec un certain Nicolas Brandeis. Interlocuteur énigmatique qui n’écrit pas plus d’une phrase toutes les deux semaines.

Un jour, ils prennent rendez-vous. Le narrateur découvre que derrière Nicolas Brandeis se dissimule Vadim Baranov. D’abord metteur en scène, puis producteur d’émissions de télé-réalité, celui-ci devient, par le truchement de Boris Berezovsky, le spin doctor de Vladimir Poutine. Après deux décennies passées au plus proche du pouvoir, il vient de rendre son tablier pour se réfugier dans un cocon familial où seule sa fille revêt une importance.

Baranov se livre à un récit passionnant. Après la tragédie des années 90, lorsque la Russie se transforme en un immense supermarché, « la métropole des portables qui sonnaient pendant les représentations du Bolchoï et des fusils automatiques qui servaient à régler les comptes entre mafieux … » les Russes ne savent plus où est leur patrie. Poutine, lorsqu’il devient le nouveau maître du Kremlin, leur donne l’espoir qu’ils vont la retrouver. Ils reconnaissent  en lui un chef quand il a su laver l’affront de Bill Clinton qui s’était esclaffé devant les bévues de Boris Eltsine, lors de la signature d’un traité bilatéral. Ou encore après l’attentat terroriste de Moscou. Le « Tsar », comme l’appelle Baranov,  affirme alors à un journaliste qui l’interroge sur sa possible réplique : « Nous frapperons les terroristes où qu’ils se trouvent. S’ils sont dans un aéroport, nous frapperons l’aéroport, et s’ils sont aux chiottes, nous irons les tuer jusque dans les cabinets … ».

Nous découvrons le monde des oligarques maintenus en grâce tant qu’ils n’expriment pas la moindre opinion. Oligarque, ce terme étrange que l’on ne retrouve d’ailleurs qu’en Russie et qui les cantonne à leur sphère d’activité. Mikhail Khodorkovski ou Boris Berezovsky, pour ne citer qu’eux, en ont fait les frais. On n’imaginerait pas de voir un Murdoch ou un Bill Gates, menottés. 

Vadim Baranov nous révèle la volonté sans faille de Poutine. Rien ne peut le faire reculer. Preuve en est, le jour où il décide de passer le Nouvel An à Goudermes, en Tchétchénie et que les intempéries l’empêchent d’atterrir. Retourné à l’aéroport de décollage, il organise un convoi en jeep et retrouve ses soldats, somnolents et éberlués, en temps et en heure. Et son aptitude à comprendre et à jouer sur les faiblesses de ses homologues : mettre Angela Merkel en présence de son Labrador, alors qu’elle a une peur panique des chiens ou rappeler à Nicolas Sarkozy qu’il préside une petite France, face à une immense Russie lui apportent visiblement une certaine jouissance.

On comprend, qu’à nouveau, la Russie se cherche, perdue entre sa civilisation et la nôtre. Des personnages comme Limonov ou Zaldostanov, en rassemblant tous les égarés, tous ceux en quête de symboles qui incarnent la grandeur russe, éloignent la Russie de l’Occident et leur rappellent que la Russie et l’Ukraine sont une seule et même nation, que la Rus’ est leur source commune.

Et Poutine montre au monde, par sa politique et ses grands événements, comme les Jeux olympiques de Sotchi, que la Russie renaît de ses cendres avec son identité et le sentiment affirmé qu’elle a une vocation dans ce monde : celle de le remettre sur le droit chemin. Vague souvenir d’une Moscou, troisième Rome.

Giulano Da Empoli met en scène ce climat autour du « Tsar » où chacun apprend les règles du jeu, à dire les mots qu’il faut, à se conformer pour ne pas tomber dans un désamour qui lui serait fatal. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Vadim Baranov, son personnage le jour où, devenu transparent, aux yeux de Poutine, il s’est lui-même, éloigné du premier cercle auquel il est finalement toujours resté étranger.

Sa marginalité lui permet de prendre le recul nécessaire pour analyser la déviance autoritaire du régime de Poutine et de constater que le monde avec la puissance de ses ordinateurs confère aux algorithmes la place que l’humanité avait, en d’autre temps, accordé à Dieu.

Sabine Renault-Sablonière

J’ai lu attentivement le compte-rendu de lecture de Sabine. Je reste perplexe comme je le reste depuis que j’ai fini de lire « Le mage du Kremlin » il y a cinq mois environ.

Il est maintenant largement admis que derrière le personnage de Vadim Baranov, Giuliano da Empoli cache Vladislav Sourkov, celui qui devint le conseiller principal de Poutine autour de 2000 et qui a démissionné de son poste le 8 mai 2013, « pour raison personnelle ». De ce fait, on est très naturellement amené, comme je l’ai fait, à lire le livre de Da Empoli, non pas comme un roman mais comme une biographie officieuse de Vladislav Sourkov.

La lecture du livre révèle un personnage très intelligent mais aussi très cynique : Sourkov-Baranov entreprend de mettre son expertise en matière de manipulation au service du KGB et de Poutine. Il semble bien avoir joué un rôle majeur pour définir la stratégie machiavélique que Poutine a retenue tant dans sa politique intérieure que dans sa politique extérieure (Syrie et Ukraine en particulier). Sourkov-Baranov s’implique tellement dans sa fonction de conseiller qu’on est assez légitimement amené à lui imputer une part de responsabilité dans les agissements monstrueux que son employeur Poutine a commis successivement.

La biographie de Sourkov et l’itinéraire du supposé Baranov coïncident jusqu’à leur terme : ainsi, il est établi que Sourkov démissionne du Cabinet de Poutine le 8 mai 2013, peu après que Bérézovsky eut été assassiné le 23 mars 2013 tandis que, dans « le roman », Baranov démissionne peu après qu’il eut appris l’assassinat de Bérézovsky. (Sourkov avait exercé ses talents de manipulateur-stratège pour le compte de Bérézovsky avant de les exercer pour le compte de Poutine après 2000).

Au passage, on retient que cette démission résulte du seul scrupule éthique qui anime encore le personnage de Sourkov-Baranov : un principe de loyauté à ses employeurs successifs. Un principe moral qui est très limité et qui relève de la morale des milieux mafieux plutôt que de la morale générale

Par ailleurs, puisque Sourkov n’éprouve aucun remords pour sa collaboration avec Poutine, Da Empoli n’a jamais l’occasion de placer des remords dans la bouche de Baranov. Au total, du fait même qu’il a opté de présenter la biographie de Sourkov comme un roman, Giuliano da Empoli n’est jamais amené à nous délivrer, ni directement ni indirectement, quelque commentaire négatif qui serait relatif à son personnage de Baranov.

C’est sans doute pour cette raison que j’ai éprouvé un malaise important après avoir achevé la lecture de cette biographie. Le même malaise qui surviendrait si un historien nous livrait une somme biographique sur Hitler ou sur Staline en s’abstenant de délivrer tout commentaire défavorable à son personnage…Un parti-pris d’objectivité absolue qui laisserait aussi un gros sentiment de malaise.

Dans ces conditions, quelque part, je ne suis pas mécontent que le jury Goncourt ait finalement renoncé à attribuer son prix 2022 à Giuliano Da Empoli.

Antoine Brunet

Le Mage du Kremlin suscite décidément de nombreuses réactions  parmi nos amis. Nous publions ci-dessous la critique que Cécile Vaissié a donnée de cet ouvrage pour Desk Russie, l’excellente revue en ligne consacrée à l’actualité de la guerre russo-ukrainienne, Nous remercions chaleureusement Cécile de nous en avoir donné l’autorisation.

H&L

Les ambiguïtés gênantes dune « véritable histoire russe »

par Cécile Vaissié

Giuliano Da Empoli a été conseiller du ministre de la Culture italien entre 2006 et 2008, puis adjoint au maire de Florence et conseiller de Matteo Renzi, président du Conseil. En vingt-cinq ans, cet auteur, habitué à jongler entre culture et politique, a publié neuf essais en italien et trois en français, dont le très intéressant Les Ingénieurs du chaos, traduit en une douzaine de langues. Il y démontre que les nouvelles technologies, dont internet, ont bouleversé les règles du jeu politique et que l’utilisation de ces technologies explique en partie le succès des populistes en Italie, en Hongrie et en Grande-Bretagne, au Brésil et aux États-Unis. Il constate, en outre :

« Dans le monde de Donald Trump, de Boris Johnson et de Jair Bolsonaro, chaque jour porte sa gaffe, sa polémique, son coup d’éclat. […] Pourtant, derrière les apparences débridées du Carnaval populiste, se cache le travail acharné de dizaines de spin doctors, didéologues et, de plus en plus souvent, de scientifiques et dexperts en Big Data, sans lesquels les leaders populistes ne seraient jamais parvenus au pouvoir1»

Da Empoli analyse donc les parcours et les pratiques des conseillers en communication (spin doctors) des leaders populistes. Il explique que pour ces « nouveaux docteurs Folamour de la politique, le jeu ne consiste plus à unir les gens autour du plus petit dénominateur commun, mais, au contraire, à enflammer [grâce à Internet] les passions du plus grand nombre possible de groupuscules pour ensuite les additionner, même à leur insu. […] Pour conquérir une majorité, ils ne vont pas converger vers le centre, mais joindre les extrêmes2 ». Faisant exploser le clivage gauche-droite, ces spécialistes de la nouvelle communication politique attisent les colères et les indignations, cultivent les antagonismes entre « le peuple » et « les élites », s’appuient sur des fake news et des théories du complot.

Le premier roman de Giuliano Da Empoli était donc très attendu par ceux qui tentent d’analyser le fonctionnement actuel du Kremlin. En effet, le héros est censé être inspiré par Vladislav Sourkov, longtemps qualifié d’« éminence grise du Kremlin » : il a été, de 1999 à 2011, l’adjoint au président de l’Administration présidentielle (une structure extrêmement importante, mais qui n’est pas citée dans le roman), vice-Premier ministre de 2008 à 2013, puis conseiller de Poutine (2013-2020), et a joué un rôle clé dans la définition de certains concepts (« démocratie souveraine », « peuple profond »), la création de mouvements de jeunesse (les Nachi), les articulations idéologiques du régime poutinien, ainsi que le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine. Une question s’impose, immédiate : puisque ce sujet paraît dans la continuité des Ingénieurs du chaos, pourquoi préférer écrire un roman plutôt qu’un essai ? Ce choix reflète-t-il la volonté de toucher un public plus large ? de masquer certaines méconnaissances ? de bénéficier d’une liberté plus grande pour imaginer, par exemple, les réflexions de son héros ou l’histoire d’amour avec la belle Ksenia qui « dégageait la beauté dune armée déployée en ordre de bataille » et qui « aurait mis le feu à une ville entière pour s’épargner un seul moment dennui » ? Discuter des atouts et des faiblesses de la littérature par rapport à certaines sciences humaines — l’histoire, les sciences politiques, la sociologie… — a déjà été fait mille fois. Dans ce cas précis, le choix du roman comme genre débouche sur un plaidoyer en faveur de Vladimir Poutine.

Le Mage du Kremlin repose, en effet, sur deux monologues à la première personne du singulier. Le premier narrateur, au tout début et à la fin, est un Occidental qui se rend en Russie et entend notamment y mener des recherches sur l’écrivain Evguéni Zamiatine, l’auteur de Nous, une dystopie qui, selon Da Empoli, annonce autant l’URSS totalitaire que l’époque actuelle, « le monde lisse, sans aspérités, des algorithmes ». C’est un point de vue. Le deuxième narrateur est le personnage inspiré par Sourkov, Vadim Baranov, qui, dans la fiction comme dans la réalité, a disparu de la scène publique. Ce deuxième narrateur a travaillé avec « le Tsar » Poutine, croisé les oligarques Boris Bérézovski et Mikhaïl Khodorkovski, Igor Setchine (et non Sechine), l’adjoint de Poutine, Evguéni Prigojine, le chef des « Wagners », le joueur d’échecs Garry Kasparov, ainsi que le chef des bikers, les « Loups de la nuit ». Les noms des écrivains Zamiatine, Limonov et Brodski sont cités, Sourkov étant le seul personnage important du roman à ne pas apparaître sous son nom réel. À peine une « Anastasia Tchekhova » est-elle aussi mentionnée, qui renvoie sans doute à la femme de lettres Tatiana Tolstaïa — dont le fils a travaillé pour Sourkov, comme le romancier ne le rappelle pas.

Ce recours à un pseudonyme envoie un signal : l’auteur garderait sa liberté dans ce qu’il fait dire à son héros, et une mention en exergue précise d’ailleurs que « ce roman est inspiré de faits et de personnages réels, à qui lauteur a prêté une vie privée et des propos imaginaires », même s’il s’agit d’« une véritable histoire russe ». Plusieurs détails donnés amènent néanmoins à voir dans « Vadia » une représentation de Sourkov, cette proximité ayant été systématiquement répétée dans la promotion du livre. Ainsi, « Vadia », conseiller du « Tsar », a une formation théâtrale et il a travaillé pour la chaîne de télévision ORT ; il crée des partis politiques, mais aussi la « nouvelle réalité » russe, et il écrit des récits sous pseudonyme. Il est d’ailleurs dommage que ceux-ci n’aient pas été utilisés, faute d’avoir été traduits, car le plus connu d’entre eux, Proche de zéro (Okolonolja), mis en scène au théâtre par Kirill Sérébrennikov, est extrêmement révélateur du fonctionnement des « élites » poutiniennes qui abuseraient de la cocaïne, baigneraient dans des flots de violence et penseraient pouvoir tout acheter. Or Proche de zéro n’est pas tant l’expression d’« une veine paradoxale dans la meilleure tradition russe », comme l’écrit Da Empoli, qu’un texte influencé par des romans, non seulement de Victor Pélévine et de Vladimir Sorokine, mais aussi de Frédéric Beigbeder et de Bret Easton Ellis. Une sorte de magma postmoderne.

« Vadia » fait venir le premier narrateur chez lui, dans un mystérieux manoir au milieu des bois, qui semble inspiré de contes fantastiques du XIXe siècle, et, au cœur d’une bibliothèque riche de milliers de volumes anciens, il lui raconte son histoire. Le choix de ce procédé n’est pas très heureux. En effet, ce monologue de presque 250 pages n’est pas rédigé dans un style oral et inclut divers dialogues, lorsque Baranov évoque des scènes du passé. Surtout, c’est donc par « Vadia », avec ses mots et ses perceptions, que sont racontées la vie politique russe des vingt-cinq dernières années et, plus particulièrement, l’ascension et la carrière de Poutine. Certes, de nombreux propos attribués au président russe dans cet interminable monologue semblent avoir réellement été prononcés par lui, mais ils ne font l’objet d’aucune critique, analyse ou simple distanciation. Dès lors, le roman de Da Empoli offre, de facto, une caisse de résonance, sans contestation, aux propos poutiniens et présente le président russe comme un héros positif, un peu intransigeant, certes, mais voulant le bien de son pays et de son peuple. L’écart entre les déclarations et les réalités, fondamental en Russie, n’est pas interrogé.

Un lecteur peu au fait des réalités russes peut ainsi déduire de ce texte que Poutine est un ascète qui commande de la kacha dans les restaurants luxueux, qui entendait lutter contre le pouvoir de l’argent, et qui considère que « celui qui est au service de l’État doit privilégier lintérêt public à tout autre, y compris le sien ». Poutine verrait les oligarques comme « ceux qui ont détruit l’État pendant dix ans, qui ont tout volé, qui ont mis larmée sur le pavé », et il aurait réellement souhaité reprendre « le contrôle des sources de richesse » du pays pour mettre « cette richesse au service des intérêts et de la grandeur du peuple russe, non pas de quelque gangster avec villa sur la Costa del Sol ». Parce qu’il aurait voulu reconstruire à la fois la Russie, son pouvoir et son armée, les militaires et lui seraient rapidement devenus « comme une famille au cœur dun incendie, tenue ensemble par lamour et lorgueil ».

En 2022, est-ce de cela que témoigne la conduite de l’armée russe en Ukraine ? Avec ses viols, ses assassinats, ses pillages, avec ses criminels recrutés comme soldats et le sous-équipement de ses troupes, avec les discours délirants des dirigeants sur la « guerre sainte », la dénazification et la dé-satanisation ? Et ce palais au luxe tapageur, montré dans le film d’Alexeï Navalny, serait celui d’un ascète, avec ses brosses à toilettes dorées coûtant 700 euros pièce ? Sans parler des proches de Poutine, qui, comme lui, se sont enrichis de façon tapageuse, toutes ces « élites » étant honteusement, outrageusement, insolemment corrompues, ainsi que Sourkov l’a d’ailleurs écrit dans Proche de zéro.

Le lecteur peu informé peut aussi croire ce qui est affirmé par « Vadia » — qui, au passage, admet avoir « toujours conspiré en faveur du pouvoir, jamais contre » : que la CIA, « le Département d’État américain »« les grandes fondations américaines » et « lOpen Society de George Soros » sont les « principaux soutiens de lopposition ukrainienne ». Que — c’est toujours « Vadia » qui s’exprime — les « rebelles » du Maïdan étaient « soutenus par les Américains », si bien que « la situation en Ukraine a dégénéré » et que « le candidat pro-américain a gagné, celui qui voulait faire entrer lUkraine à lOTAN » — il n’en était pourtant pas question en 2004. Cela aurait été « lassaut final à ce qui restait de la puissance russe », d’autant qu’en Géorgie aussi, une révolution avait porté au pouvoir « un espion de la CIA ». Certes, l’auteur pourra rétorquer que les propos cités sont ceux de son personnage, « Vadia », et que le pacte littéraire interdit de les considérer comme autre chose qu’une fiction. Mais, d’une part, aucun personnage ne contredit ces propos, et, d’autre part, ceux-ci sont à la base de la propagande pro-Kremlin qui se répand depuis des années en Russie et en Occident, et à laquelle ce roman, volens nolens, apporte sa pierre.

Le lecteur aura pu absorber d’autres affirmations douteuses, voire erronées, d’une importance politique variable, et notamment — la liste est loin d’être exhaustive — que Khodorkovski et « Vadia » se seraient disputé la belle Ksenia ; que « Vadia » est extrêmement cultivé (autour de Sourkov circulent surtout, en Russie, des rumeurs d’escort-girls et de cocaïne…) ; que « l’élite soviétique […] ressemblait beaucoup à la vieille noblesse tsariste », qu’il n’est pas certain que les attentats de 1999 aient été organisés par le FSB, et non par des « terroristes tchétchènes ». Aussi, l’Occident aurait humilié la Russie affaiblie ; les Russes auraient une mentalité fondamentalement différente de celle des Occidentaux ; quant aux Setchine et Prigojine actuels, ils s’inscriraient, au bout du compte, dans une lignée passant par les opritchniki d’Ivan le Terrible, « la police secrète des tsars et la Tcheka [sic] de Staline ». Une « véritable histoire russe », vue par un Occidental.

D’autres points gênent, qui ne dérangeraient pas si ce roman en était pleinement un. Par exemple, les origines sociales de « Vadia », qui semble ressembler sur ce point davantage à Nikita Mikhalkov qu’à Sourkov, ou le refus de tenir compte de l’identité mixte russo-tchétchène de Sourkov : « Vadim » serait « le Russe », ce qui, en français, désigne à la fois la nationalité et la citoyenneté, deux notions traduites par deux mots différents en russe, rousski et rossiïanin. Et qui, en Russie, désignerait Sourkov comme exclusivement « rousski » ? À cela s’ajoutent des stéréotypes et des fantasmes occidentaux (pas toujours complètement faux) sur la vie à Moscou, les réussites spectaculaires et rapides des années 1990 et 2000, et les femmes russes qui auraient la « férocité » comme « un des motifs principaux de [leur] charme ».

Da Empoli connaît mal la Russie, et cela se sent à chaque ligne. En revanche, il a beaucoup travaillé, si bien qu’un jeu peut consister à repérer d’où, de quel livre, de quel article, l’auteur tire telle ou telle information, ou telle ou telle citation. Ses réflexions sur l’instrumentalisation du chaos en politique sont extrêmement intéressantes, comme l’a démontré son brillant essai précédent, et elles peuvent s’appliquer, avec certains décalages, à la Russie poutinienne. Mais il est difficile d’écrire sur la Russie sans la connaître, même sous une forme romancée.

Tout cela n’aurait sans doute pas grande importance — les « romans » créant et entretenant une image fausse de la Russie pullulent en France… — si une guerre féroce n’était pas en cours, si des Ukrainiens n’étaient pas tués chaque jour par des Russes et si cette guerre, faisant tomber bien des simulacres et des apparences, ne mettait pas aussi en évidence l’échec absolu de la société russe à reconstruire et solidifier son identité et ses valeurs — un terme souvent brandi par Vladimir Poutine… — au cours des dernières décennies. Dans ce contexte, la reprise, sans analyse, des propos des idéologues est plus qu’inadéquate : elle est dangereuse, car elle contribue à renforcer la propagande du Kremlin. À en juger par son essai précédent, ce n’est pourtant pas ce que voulait faire Giuliano Da Empoli.

Finaliste pour le Goncourt, Le Mage du Kremlin a obtenu le Grand Prix du roman de l’Académie française. Il a été vendu à plus de 130 000 exemplaires.

1.Giuliano Da Empoli, Les Ingénieurs du chaos, JCLattès, 2019, e-book, p. 18. 

2.Ibid., p. 21. 

1 Jan 2023


Comment juger la politique de Macron sur la guerre en Ukraine?

La tentation est de répondre à la hache et à l’insulte comme si tout allait de soi pour les défenseurs de l’Ukraine.

A mes yeux, c’était une faute de langage de dire qu’il ne fallait pas humilier la Russie, en référence implicite au traité de Versailles.

En revanche, il le parait juste de rechercher et de proposer une solution satisfaisante pour le jour d’après la défaite militaire de l’armée russe en Ukraine.

Ee n’est pas à Poutine qu’il faut s’adresser car il n’est pas un interlocuteur fiable et respectable. C’est aux Russes qu’il faut s’adresser pour leur parler de l’avenir par-dessus la tête de la clique au pouvoir.

Comment le faire?

En essayant de profiter des moyens de communication modernes qui permettent de prendre les peuples à témoin et de les responsabiliser.

André Senik

(Photo: https://www.flickr.com/photos/13476480@N07/51917655620)

14 Déc 2022


Pourquoi la France doit adopter les enfants de parents djihadistes venus de France

Certes, ces enfants ne sont pas nos enfants.

Ils sont les enfants de parents qui ont choisi de faire la guerre à la France et dont certains sont « morts contre la France ».

La France se doit d’adopter ces enfants parce qu’ils sont innocents de leur histoire, et parce que nul autre pays que la France dont leurs parents sont originaires ne leur offrira un avenir auquel ils ont humainement droit .

Pour ces deux raisons, la France se doit de les adopter et de les intégrer, mais sans se cacher à elle-même et sans leur cacher non plus, qu’ils sont les enfants de parents djihadistes anti-français.

On sait que dans les adoptions, dire toute la vérité est une condition nécessaire et utile à toutes les parties concernées.

Il faut dire à ces enfants qu’ils ne sont pas responsables des crimes de leurs parents, et qu’il leur faudra se construire, ou parfois se reconstruire, en connaissance de cause.

C’est pourquoi la France se doit de les adopter sans prétendre qu’ils sont nos enfants de par leur naissance.

Ceux d’entre eux qui ont la chance d’avoir des grands parents français sont nos petits-enfants.

L’adoption est toujours une aventure comportant des risques. Dans le cas de ces enfants, la France doit courir ces risques en connaissance de cause et en se donnant les moyens de leur intégration.

André Senik

14 Déc 2022


Ocean Viking

Dans un entretien au journal Le Point, Gérard Collomb vient de dévoiler que la raison profonde de sa démission du ministère de l’intérieur en octobre 2018 tient à son désaccord avec Emmanuel Macron sur la politique migratoire : « Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking », qui « ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent ». Ainsi « on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air ».

Il constate que « une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger ».

Il considère surtout que le laxisme fait le jeu de l’extrême droite et précise que s’il n’a rien dit avant les présidentielles, c’est pour éviter la victoire de Mme Le Pen.

N’en déplaise aux bonnes âmes, aucune école, aucune philosophie, aucun vœu pieux, ne viendra à bout du problème. La Bien-Pensance, quelle qu’en soit les mérites, fait le lit de ce qu’il est convenu d’appeler désormais « le populisme » (on a renoncé au terme « fascisme » qui semble vieillir). Au risque de ne pas être publié, même dans Histoire et Liberté, je m’évertue à l’écrire depuis des années. Il est vrai que Ocean Viking est un nom parfaitement choisi en termes de marketing. Le basculement de la Suède est prémonitoire. Tous les pays d’Europe sont concernés.

Il me semble en outre que reporter la responsabilité sur l’Italie est une manière peu glorieuse de botter en touches une nouvelle fois, et de ne pas affronter la réalité.

Puisse Gérard Collomb avoir plus de poids qu’un simple pékin. 

JL Carillon, le 13/11/2022

Nous publions ci-dessous de larges extraits de l’entretien accordé au Point par l’ancien Ministre de l’intérieur auquel fait référence notre ami Carillon en espérant qu’un débat éclairant en naîtra parmi les lecteurs de notre blog.

H&L

« Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean Viking »,  explique l’ancien maire socialiste de Lyon, « Il y a quatre ans, les problèmes migratoires étaient déjà extrêmement importants. La Commission européenne avait lancé l’idée de centres contrôlés pour accueillir les migrants. Peu après, les chefs d’État, réunis spécialement pour traiter les problèmes migratoires, reprennent ce projet, Emmanuel Macron s’y montrant l’un des plus favorables »  Ce dernier avait demandé au préfet de l’époque, Pierre Dartout, d’y travailler. Gérard Collomb, alors Ministre de l’intérieur, y était très favorable, sachant qu’une fois que les migrants sont entrés sur le sol français, il est presque impossible de les en déloger, tant les accords de Dublin entre pays européens sont peu respectés.

Le Point poursuit : « Gérard Collomb explique, en outre, qu’au moment de manifester son désaccord au chef de l’État, il doit participer à la commémoration de l’assassinat terroriste de deux jeunes filles à la gare Saint Charles de Marseille, tuées un an plus tôt par un djihadiste présent clandestinement sur le sol. « L’auteur, un Tunisien en situation irrégulière, aurait dû être placé la veille en centre de rétention administrative à Lyon pour être expulsé. Il ne l’a pas été, et il a pris le lendemain le train pour Marseille où il commettra ce crime. Je pense alors : “Je ne veux plus que cela se reproduise“ » explique l’ancien ministre. (…)

À en croire Gérard Collomb, la vraie raison de son départ serait donc d’abord la politique migratoire, même s’il confesse avoir longtemps voulu taire cet aspect : “Si j’avais dit cela à l’époque, j’aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m’étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C’est pourquoi je me suis tu“ expose-t-il.

C’est l’accueil de l’Ocean Viking – en complet revirement de la décision de ne pas accueillir l’Aquarius quatre ans auparavant – qui lui dicterait aujourd’hui de changer d’avis : cette décision “ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent“, déplore Gérard Collomb. Selon lui, sous des faux airs humanitaires, en prenant cette décision “on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air“.

L’ancien ministre de l’Intérieur s’en prend ensuite aux proches du chef de l’État qui invitent l’exécutif à renoncer à sa politique de fermeté sur l’immigration, souhaitée pourtant par son successeur Gérald Darmanin. Mais aussi aux tenants d’une politique d’accueil généreuse, qui constitue à ses yeux une promesse qui n’est jamais tenue : “On voit aujourd’hui que dans nos grandes agglomérations, ils finissent sous des tentes, sous des ponts, dans des camps de fortune. À Lyon, le problème devient si aigu qu’après avoir dit “Welcome le monde“, les élus écologistes se retrouvent débordés, comme vient de le reconnaître lors du dernier conseil municipal l’adjointe en charge de ce dossier ».

Citant d’autres hommes politiques de gauche (François Pupponi, l’ex-maire de Sarcelles, et Julien Dray) qui en sont venus au même constat que lui, Gérard Collomb invite donc le gouvernement à prendre des mesures fortes, comme au Danemark, pour éviter l’avènement au pouvoir de partis d’extrême droite : « regardez le résultat » en Suède, s’exclame-t-il.

25 Nov 2022


    UNE STATUE UBUESQUE DE FIDEL CASTRO À MOSCOU, INAUGURÉE EN PLEINE GUERRE PAR MIGUEL DÍAZ-CANEL ET VLADIMIR POUTINE

     Cela peut paraître incongru : une statue de Fidel Castro, six ans après sa mort le 25 novembre 2022, inaugurée à Moscou en pleine guerre contre l’Ukraine, conjointement par le président cubain désigné par Raúl Castro, le bureaucrate pâlot Miguel Díaz-Canel, et le maître du Kremlin en personne, Vladimir Poutine.

     C’est pourtant hautement symbolique de la gratitude de Poutine envers la dictature castriste. Cuba est en effet l’un des rares pays, avec le Venezuela du castro-chaviste Nicolás Maduro, le Nicaragua du sandiniste Daniel Ortega, la Syrie de Bachar el Assad, la Corée du nord de Kim Jong-un, l’Érythrée, à voter presque systématiquement à l’Assemblée générale des Nations Unies contre les résolutions condamnant l’agression russe (parfois, ils s’abstiennent sur certains scrutins, ce qui revient pratiquement au même).

     Officiellement, la visite est empreinte d’une certaine normalité. Díaz-Canel, accompagné de sa femme, Lis Cuesta, dépose une gerbe de fleurs devant le monument au soldat inconnu en face du Kremlin et se réunit avec l’ex vice-Président puis Président Dmitri Medvedev, sans oublier Zhiouganov, le vieux dirigeant du Parti communiste, auquel il transmet les salutations chaleureuses de Raúl Castro. Soulignons que l’actuel dirigeant fantoche de l’île est également premier secrétaire du Parti communiste de Cuba, dans la plus pure tradition soviétique. C’est justement cette tradition que tentent de faire revivre les deux frères idéologiques, récupérer les restes du monde disparu avec la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS.

     L’histoire révolutionnaire de Cuba est intimement liée à la protection du « grand frère » soviétique, son tuteur pendant plus de trois décennies. La « crise des missiles » d’octobre-novembre 1962 en a été le point culminant. Il n’est guère étonnant, d’ailleurs, que nombre d’analystes, pour mettre en perspective les menaces nucléaires russes, aient fait référence à ces treize jours qui ont vu s’affronter Khrouchtchev et Kennedy et ont placé la terre entière au bord de la guerre atomique.,

     Comme toujours, le régime castriste se range de ce côté de l’histoire, contre l’ « impérialisme », américain bien sûr -les Soviétiques et les Russes n’ont pour lui jamais eu d’ambitions de cet ordre, même pas en Angola ou en Éthiopie, où Cubains, Soviétiques et Allemands de l’est ont combattu côté à côte. Il l’a fait lors de la guerre en ex-Yougoslavie, de même que lors de celle d’Irak. Mais pas seulement en se rangeant du côté de ce camp militaire. En réprimant à l’intérieur aussi, ce qui est une des modalités de sa guerre contre les opposants. Ainsi, les procès iniques contre les manifestants du 11 juillet 2021 se poursuivent-ils, ainsi que ceux contre des citoyens protestant récemment contre les interminables coupures de courant et les pénuries de toutes sortes, et en laissant mourir un prisonnier des suites d’une grève de la faim de 56 jours. En même temps, il organise des scrutins évidemment truqués, un référendum portant sur un nouveau Code de la famille, légalisant aujourd’hui le mariage homosexuel alors qu’autrefois, les homosexuels étaient parqués dans de véritables camps de concentration, les Unités militaires d’aide à la production (UMAP), ou des « élections » municipales avec des listes concoctées par le pouvoir. C’est curieusement à cela que s’intéressent le plus les médias de nos sociétés démocratiques. Les Cubains, eux, tout comme les Russes qui fuient la « mobilisation partielle » décrétée par Poutine, votent avec leurs pieds. Ils sont plus de deux cent mille à avoir quitté clandestinement l’île en moins d’un an, certains d’entre eux payant de leur vie ces tentatives de fuite, comme cette famille décimée en pleine mer par un garde-côtes cubain qui a embouti leur embarcation.

     Malgré tout, la révolution castriste continue de jouir d’une aura incompréhensible de la part d’une partie de l’opinion publique internationale, y compris en France, et de certains États d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. La prochaine étape de la tournée de Díaz-Canel, c’est la Chine. Les deux anciennes – ou toujours vivantes par bien des aspects – puissances tutélaires du communisme.

     Il ne faudrait pas croire que l’île des Caraïbes n’est que du menu fretin. En échange de pétrole, de fertilisants que le pays va mendier auprès de la Russie (on se demande bien comment celle-ci va faire pour livrer tout cela, en contournant l’embargo), l’ancienne patrie du socialisme espère profiter de l’influence cubaine toujours importante au sein des pays émergents pour amoindrir à l’avenir les condamnations massives à l’ONU.

     Pour les dissidents et les exilés, dans leur immense majorité, la lutte des Ukrainiens libres contre la Russie post-communiste est exemplaire. Nous nous reconnaissons en elle, en cette volonté farouche de défendre la démocratie contre la volonté de recréer une Union Soviétique caricaturale, avec les mêmes ressorts propagandistes, la même cruauté dans la répression et la peur comme système de gouvernement. Sa victoire ne sera pas seulement militaire. Elle aura valeur de symbole pour tous ceux qui veulent en finir avec ce passé tyrannique, symbolisé par l’ubuesque statue de Fidel Castro à Moscou. Un exemple à suivre par les Cubains libres. 

JACOBO MACHOVER

(Image: https://www.flickr.com/photos/marcelo_montecino/9609361)   

25 Nov 2022