Nous recevons le texte suivant et l’appel qu’il contient à réactions et réflexions. Nous le transmettons tel quel et publierons les réponses qu’il suscitera.

H&L

Bonjour à tous,

Je prépare un travail sur la crise conceptuelle des droits de l’homme et les moyens qui permettraient d’y remédier au moins sur le papier.

Puis-je tester les constats et hypothèses interprétatives sur lesquels s’appuie mon diagnostic auprès de ceux qui voudraient bien en prendre connaissance et me dire ce qu’ils en pensent ?

1. 1. Constat de fait concernant la « liberté et l’égalité en droits ».

– L’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (DDHC) affirme :  » Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » .

– L’article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 (DUDH) énonce lui-même : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »

Suis-je en droit d’écrire :

– Que l’article de 1948 reprend à deux mots près (« tous » et « demeurent ») la formulation de 1789 ?

– Que les deux formulations s’équivalent strictement dans la mesure où « être humain » est un parfait synonyme de « homme » et que « demeurent » se borne à expliciter un corollaire de l’énoncé « tous les hommes naissent » : si les hommes doivent leur « liberté » et leur « égalité en droits » à leurs naissances respectives et à elles seules, ces deux droits sont inaliénables, ce qui revient à dire qu’ils « demeurent ».

– Que les deux Déclarations font écho à Rousseau :  » L’homme est né libre , et partout il est dans les fers » ? Même si le passé composé que Rousseau utilise laisse à penser qu’il vise un âge révolu, il suffit à signifier, en effet, qu’il est anormal que l’homme ne soit pas libre là où il naît aujourd’hui.

1. 2. Qualification du premier constat

1.2.1. Suis-je en droit de conclure que pour la DDHC comme pour la DUDH (et comme pour Rousseau s’agissant de la seule liberté),  » liberté » et « égalité en droits » sont des droits de naissance ?

1.2.2. Si ces droits sont bien des droits de naissance, dois-je en conclure que :

– Les deux Déclarations postulent que ces droits ont pour cause la nature et qu’ils sont ainsi des droits naturels et, par là même, des droits inconditionnels ?

– Ou bien que les deux Déclarations ne postulent pas nécessairement que les droits ont pour cause la nature mais se bornent à prescrire que, là où elles font autorité, les sociétés se doivent reconnaître aux individus qui les composent le droit d’être « libres » et « égaux en droits » dès leur naissance et sans la moindre condition ?

2.1. Second constat concernant la réalité positive des situations évoquées par les Déclarations

Contrairement à ce qu’affirment les deux Déclarations, je ne vois ou ne lis nulle part que, dans la réalité positive des choses, les hommes naissent libres et égaux en droit.

Même dans les sociétés ayant aboli « les fers » que Rousseau dénonce:

– Les hommes naissent et grandissent sous l’autorité de leurs géniteurs ou de l’instance (familiale, clanique ou nationale) à laquelle leurs géniteurs se subordonnent ;

– L’homme qui naît, c’est-à-dire le nouveau-né, ne dispose pas des mêmes droits que l’adulte jusqu’à sa majorité

Puis-je qualifier l’assertion selon laquelle les hommes sont toujours nés et naissent plus que jamais « dépendants » et « inégaux » de « constat de fait » ?

2. 2. Qualification du second constat

Si mon observation a valeur de constat, suis-je en droit de conclure que :

1° Les assertions formulées aux articles premiers de deux Déclaration sont mensongères de sorte que notre droit national et international reposerait sur deux énormes erreurs ou mensonges ?

2° Les assertions énoncées aux articles premiers de deux Déclaration ne sont pas erronées ou mensongères mais seulement fictives (elles énonceraient un mensonge qu’elles présenteraient comme tel et dont les citoyens seraient ainsi avertis un peu comme au théâtre ou dans un roman) de sorte que notre droit reposeraient sur seulement deux fictions ?

3° Que nos deux assertions relèvent de l’erreur, du mensonge ou de la fiction, pensez-vous qu’il soit normal ou sain que notre droit positif national et international repose sur des assertions illusoires ?

4° Si oui, trouvez-vous cette situation normale parce que la vérité vraie n’existerait pas ; parce que la vérité existe mais pour nous ou parce qu’il importe peu que le fondement d’un droit soit faux ou fictif dès lors qu’il est accepté ou reconnu par la majorité et qu’il a ainsi pour source de légitimité effective la volonté majoritaire des acteurs ?

Par avance, merci à tous pour vos éventuelles remarques.

Jean-Pierre Airut

Notre ami J.P. Airut nous avait adressé un questionnaire sur les droits de l’homme. On trouvera ci-dessous et le questionnaire et les réponses d’André Senik qui y sont insérées (en italiques grasses).
D’autres réflexions, à la suite de ces réponses, sont souhaitables.

H&L

Bonjour à tous,

Je prépare un travail sur la crise conceptuelle des droits de l’homme et les moyens qui permettraient d’y remédier au moins sur le papier.

Puis-je tester les constats et hypothèses interprétatives sur lesquels s’appuie mon diagnostic auprès de ceux qui voudraient bien en prendre connaissance et me dire ce qu’ils en pensent ?

1. 1. Constat de fait concernant la « liberté et l’égalité en droits ».

– L’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (DDHC) affirme :  » Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » .

– L’article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 (DUDH) énonce lui-même : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »

Suis-je en droit d’écrire :

– Que l’article de 1948 reprend à deux mots près (« tous » et « demeurent ») la formulation de 1789 ?

elle y ajoute « en dignité ». on peut y voir un effet de la Shoah. Le respect de la dignité de tout humain va plus loin que la reconnaissance de ses droits

– Que les deux formulations s’équivalent strictement dans la mesure où « être humain » est un parfait synonyme de « homme » et que « demeurent » se borne à expliciter un corollaire de l’énoncé « tous les hommes naissent » : si les hommes doivent leur « liberté » et leur « égalité en droits » à leurs naissances respectives et à elles seules, ces deux droits sont inaliénables, ce qui revient à dire qu’ils « demeurent ».

les humains doivent leur liberté, leur égalité en droits et leur dignité dès leur naissance à leur appartenance au genre humain

– Que les deux Déclarations font écho à Rousseau :  » L’homme est né libre , et partout il est dans les fers » ? Même si le passé composé que Rousseau utilise laisse à penser qu’il vise un âge révolu, il suffit à signifier, en effet, qu’il est anormal que l’homme ne soit pas libre là où il naît aujourd’hui.

De la phrase de Rousseau les deux Déclarations reprennent seulement « l’homme est né libre ». On entend par « l’homme » les individus en tant que tels.

Cette idée fait écho au verset de la Genèse 1 : « 27 Dieu créa lhomme à son image, à limage de Dieu il le créa, il les créa homme et femme

1. 2. Qualification du premier constat

1.2.1. Suis-je en droit de conclure que pour la DDHC comme pour la DUDH (et comme pour Rousseau s’agissant de la seule liberté),  » liberté » et « égalité en droits » sont des droits de naissance ?

absolument

1.2.2. Si ces droits sont bien des droits de naissance, dois-je en conclure que :

– Les deux Déclarations postulent que ces droits ont pour cause la nature et qu’ils sont ainsi des droits naturels et, par là même, des droits inconditionnels ?

Les Déclarations déclarent sans rien postuler en amont, ni Dieu ni la nature.

Ces droits sont déclarés inhérents à la nature de l’homme et par conséquent ils sont

sacrés, inaliénables et inconditionnels.

– Ou bien que les deux Déclarations ne postulent pas nécessairement que les droits ont pour cause la nature mais se bornent à prescrire que, là où elles font autorité, les sociétés se doivent reconnaître aux individus qui les composent le droit d’être « libres » et « égaux en droits » dès leur naissance et sans la moindre condition ?

Les deux Déclarations, qui sont historiquement et culturellement datées et relatives, sont universelles en droit. Cela signifie qu’elles sont universalistes dans leur portée.

À leurs yeux, il n’y a pas de relativisme culturel justifiant l’irrespect de ces droits et de cette dignité. Ni dans le passé, ni dans le présent.

2.1. Second constat concernant la réalité positive des situations évoquées par les Déclarations

Contrairement à ce qu’affirment les deux Déclarations, je ne vois ou ne lis nulle part que, dans la réalité positive des choses, les hommes naissent libres et égaux en droit.

Ces Déclarations ne sont pas des constats. Elles édictent des impératifs

Même dans les sociétés ayant aboli « les fers » que Rousseau dénonce:

Rousseau ne veut pas abolir les fers que sont les liens sociaux.  « Comment ce changement s’est-il fait ? Je lignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question. » 

– Les hommes naissent et grandissent sous l’autorité de leurs géniteurs ou de l’instance (familiale, clanique ou nationale) à laquelle leurs géniteurs se subordonnent

ces faits ne suppriment pas les droits et la dignité des personnes : un enfant est une personne humaine de plein droit

– L’homme qui naît, c’est-à-dire le nouveau-né, ne dispose pas des mêmes droits que l’adulte jusqu’à sa majorité

Si !

Puis-je qualifier l’assertion selon laquelle les hommes sont toujours nés et naissent plus que jamais « dépendants » et « inégaux » de « constat de fait » ?

Non! C’est une confusion entre le droit inhérent à la personne et les faits, qui ne suspendant pas les droits.

2. 2. Qualification du second constat

Si mon observation a valeur de constat, suis-je en droit de conclure que :

1° Les assertions formulées aux articles premiers de deux Déclaration sont mensongères de sorte que notre droit national et international reposerait sur deux énormes erreurs ou mensonges ?

Absolument pas. Une Déclaration ne peut pas être mensongère puisqu’elle n’est pas un constat positif.

2° Les assertions énoncées aux articles premiers de deux Déclaration ne sont pas erronées ou mensongères mais seulement fictives (elles énonceraient un mensonge qu’elles présenteraient comme tel et dont les citoyens seraient ainsi avertis un peu comme au théâtre ou dans un roman) de sorte que notre droit reposeraient sur seulement deux fictions ?

Absolument pas. Elles sont la décision de considérer les humains comme libres et égaux en droits et en dignité.

3° Que nos deux assertions relèvent de l’erreur, du mensonge ou de la fiction, pensez-vous qu’il soit normal ou sain que notre droit positif national et international repose sur des assertions illusoires ?

Rien à voir avec des assertions. Le Droit repose sur des principes posés les hommes.

4° Si oui, trouvez-vous cette situation normale parce que la vérité vraie n’existerait pas ; parce que la vérité existe mais pour nous ou parce qu’il importe peu que le fondement d’un droit soit faux ou fictif dès lors qu’il est accepté ou reconnu par la majorité et qu’il a ainsi pour source de légitimité effective la volonté majoritaire des acteurs ?

Cette décision culturelle n’a rien à voir avec la vérité l’erreur ou le mensonge.

Par avance, merci à tous pour vos éventuelles remarques.

Jean-Pierre Airut

Après coup

Je me dis après avoir répondu doctement que les objections non pertinentes de J P Airut ont le mérite de nous faire mieux comprendre le noyau dur de notre socle civilisationnel, je veux dire celui du monde qui est dit  libre à juste titre parce que son principe absolument premier est la liberté des individus.
La Chine et la Russie (symbole Z) attaquent ce socle et nous devrons répondre sur ce terrain
L’extrême droite française (symbole Z) aussi prétend se définir par la défense de notre socle civilisationnel, ce qui nous oblige à répondre sur ce terrain. Notre civilisation française et occidentale ne se définit pas par le retour au catholicisme d’avant la laïcité et les droits de l’homme.
Merci donc à J. P AIrut de nous faire clarifier la signification et la portée des droits de l’homme

André Senik

1 Sep 2022

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