POUR UNE CONTRE-HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION CUBAINE

Les ouvrages sur Cuba que contient la Souvarine, la Bibliothèque d’histoire sociale de Nanterre, au 4 de l’avenue Benoît Frachon, sont fondamentaux pour plusieurs raisons. D’abord pour leur quantité considérable : près d’un millier dont plus de cinq cents provenant de la donation d’une partie de ma bibliothèque personnelle. Ensuite par leur originalité : il s’agit en effet, pour la plupart, d’ouvrages publiés par des écrivains en exil et des témoins de la répression exercée par Fidel et Raúl Castro au cours de plus de six décennies, depuis 1959. Ce sont des œuvres, parfois confidentielles, qui, par leur portée documentaire, peuvent contribuer à dresser une contre-histoire de la révolution cubaine.

En effet, le castrisme a réussi à propager ses vérités soi-disant indiscutables, auprès des intellectuels, des universitaires ou des journalistes complaisants du monde entier, à quelques rares exceptions près. Des événements de portée mondiale, comme la prise de pouvoir par Castro, la baie des Cochons, la crise des missiles et bien d’autres sont analysés à partir des sources officielles, toujours biaisées. Sans négliger ces dernières, publiées en plusieurs langues, qui figurent également dans ce fonds, les récits des protagonistes peuvent et doivent donner à voir une autre vision des événements.

Ces récits, en grand nombre, ont souvent été écrits par des victimes du régime, qui ont passé près de vingt ans derrière les barreaux. Ce qui surprend, c’est leur capacité à dire les conditions de vie dans les prisons, leurs souffrances et leurs espérances, parfois de manière étrangement poétique. Chacun de ces livres est une accusation contre les injustices commises à cause du silence de l’opinion publique internationale et avec la complicité de grandes consciences de renommée mondiale.

Les cris de ces combattants pour la liberté peuvent servir à éveiller d’autres points de vue sur un pays vu comme un exemple d’humanisme révolutionnaire. Cette documentation a aussi pour objectif d’en finir avec les mythes tissés autour de personnages comme Castro ou Che Guevara, qui se révèlent comme l’exact opposé de l’image courante qui leur est attribuée à l’extérieur de Cuba.

J’ai fait de ces ouvrages et de témoignages oraux recueillis auprès de ces héros et de simples fugitifs la base de mes livres, qui figurent pratiquement tous dans cette donation. La littérature cubaine de l’exil, sous la forme de témoignages ou de recréations poétiques, permet de faire émerger une autre Cuba, très éloignée des représentations touristiques ou politiques idéalisées. Elle est à présent à la disposition des chercheurs, des étudiants et des lecteurs les plus curieux, dans cet ensemble, probablement unique en Europe, au service de la vérité.

Jacobo Machover

1 Fév 2022

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