Lettre de Galia ACKERMAN : Deux rencontres littéraires le 12 mars avec Françoise THOM et le 13 mars avec Constantin SIGOV

Chères amies, chers amis,

Je vous convie à deux rencontres littéraires.

Le 12 mars, à 18 heures, Pierre Rigoulot et moi aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir Françoise Thom au café du Pont-Neuf (14 quai du Louvre). Françoise Thom présentera son ouvrage, La Guerre totale de Vladimir Poutine, en insistant sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine sur le plan du pouvoir politique.  

Et le lendemain, je vous invite à une conférence-débat exceptionnelle, organisée par Les Vendredis de Gif, avec le grand intellectuel ukrainien Constantin Sigov, sur le thème de la résistance du peuple ukrainien. À cette occasion, il présentera son ouvrage Musiques en résistance : Arvo Pärt et Valentin Silvestrov. Cette conférence aura lieu le vendredi 13 mars à 20 h 30 à la salle Teilhard de Chardin, 13 rue Amodru, à Gif-sur-Yvette (salle proche de l’église de Gif, à environ 7 minutes à pied de la station du RER B Gif-sur-Yvette, sortie 1 – rue de la gare).

Au cours de ces deux soirées, les auteurs dédicaceront leurs livres, qui seront également proposés à la vente.

Enfin, je dois m’excuser auprès de vous, nos fidèles lecteurs, pour le retard de parution exceptionnel du prochain numéro de Desk Russie : il sortira le 22 mars au lieu du 15 mars. Nous espérons rattraper ce retard prochainement.

Avec mes amitiés fidèles, Galia Ackerman, le 10 mars 2026

10 Mar 2026


Conférence débat : La guerre totale de Vladimir Poutine

Conférence débat avec Françoise Thom

Historienne et savante spécialiste de l’histoire russe et soviétique, Françoise Thom vient de publier La guerre totale de Vladimir Poutine aux éditions « A l’Est de Brest-Litovsk ».

Cet ouvrage, qui réunit en un ensemble ordonné des articles donnés à Desk Russie, l’excellente revue en ligne animée par Galia Ackerman, a été salué par une grande partie de la presse.

Nous aurons la chance et l’honneur de la recevoir le 12 mars à 18h au Café du Pont-Neuf, lieu habituel de nos conférence-débats.

Françoise Thom nous présentera son ouvrage, insistant en particulier sur deux thèmes majeurs : la continuité de l’histoire russe et le rapprochement structurel du pouvoir politique des Etats-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine.

Histoire & Liberté, le 2 mars 2026

Nous rappelons notre colloque sur la réédition de La société ouverte et ses ennemis, de Karl Popper, avec Alain Laurent, Philippe Raynaud et Gilles Campagnolo, le 26 mars prochain à 17h15, toujours au Café du Pont-Neuf

2 Mar 2026


Registre mensuel des condamnations prononcées en Russie (4)

Nous avons à nouveau reçu de nos amis de « Human Rights without frontiers », informés par l’association russe OVD, des nouvelles de la répression judiciaire en Russie. Le bilan du mois de septembre que nous publions n’est sans doute pas exhaustif mais il donne une idée de ce que subit la population russe.

1er septembre 2025

– Condamnation à 10 ans de prison d’un prévenu dans l’affaire “Artpodgotovka”1 en application de l’article 205.1, partie 1 (incitation, recrutement ou participation de personnes à des activités terroristes) et de l’article 282.3, partie 1 (activités extrémistes) du code pénal.

03 septembre 2025

– Un habitant de la région de Briansk a été condamné à 8 mois de colonie pénitentiaire pour un commentaire publié sur une messagerie selon l’article 354.1, partie 4 du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire de la Russie et de la mémoire des défenseurs de la Patrie).

Un pasteur  a été condamné à 4 ans de prison pour un prêche pacifiste lors des premiers jours de la mobilisation, en application de l’article 280.4, partie 2, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État, par l’intermédiaire de médias ou d’Internet, en s’autorisant d’une position officielle).

04 septembre 2025

– Le journaliste Karen Chaignian condamné par contumace à 5 ans de prison pour deux dons à la Fondation de lutte contre la corruption selon l’article 282.3 du Code pénal (Financement d’activités extrémistes)

– Un Moscovite a été condamné à 3 ans et demi de prison pour financement de la Fondation de lutte contre la corruption selon le même article du Code pénal.

05 septembre 2025

– Un ancien maître de conférences de Koursk a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur Telegram en application de l’article 205.2 du Code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme).

– Un habitant de la région de Yamal2 a été condamné à 12 ans de prison pour une vidéo sur la guerre en Ukraine selon les articles 280.3 (Actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie), 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), 207.3 (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivées par la haine politique et nationale)  et 280.4, du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État par l’intermédiaire de médias ou d’Internet)

– Une bénévole ayant aidé des réfugiés ukrainiens dans la région de Koursk a été condamnée à 5 ans de prison en application de l’article 205.2, partie 2 (appels publics à des activités terroristes et justification du terrorisme) et de l’article 280.4, partie 2 du Code pénal (appels publics à des actions dirigées contre la sécurité de l’État)

– Le dirigeant du mouvement pour l’indépendance de la Tchouvachie a été condamné par contumace à 7 ans et demi de prison pour « menaces à l’encontre du chef du « centre E3 »» en application de l’article 280.4, partie 2 (appel public à des actions dirigées contre la sécurité de l’État) et de l’article 282, partie 2 (Incitation à la haine ou à l’inimitié avec circonstances aggravantes) du code pénal.

06 septembre 2025

Un habitant d’Angarsk a été condamné à 5 ans de prison pour des appels à la violence contre un homme politique russe selon l’article 205.2 du code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Kalouga a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire sur une attaque de drone selon l’article 205.2, partie 2 du Code pénal.

07 septembre 2025

– Un habitant de Khabarovsk a été condamné à 15 ans de prison pour avoir déposé des tracts sur les tombes de vétérans de guerre en vertu de l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste) et l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme) du code pénal et en vertu de l’article 244 (profanation de sépultures motivée par la haine politique) et l’article 275.1 du code pénal (collaboration confidentielle avec un État étranger ou une organisation étrangère dirigée contre la sécurité de la Fédération de Russie)

09 septembre 2025

– Un témoin de Jehovah de Crimée occupée  a été condamné à six ans d’emprisonnement en vertu de l’article 282.2, du code pénal (organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Le fondateur du projet “Traverse la forêt” a été condamné par contumace à 6 ans d’emprisonnement  pour “fausses informations militaires” en vertu de l’article 207.3 du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

18 septembre 2025

– Un folkloriste de Khanty-Mansiïsk4 a été condamné à 3 ans d’emprisonnement pour avoir effectué des dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3, du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Un maître-chien poursuivi pour un message sur une frappe contre Kramatorsk a été  condamné à 5 ans de prison en vertu de l’article 207.3, du code pénal (Diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale)

– Le concierge d’une école de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans de prison pour un message sur les victimes de la ville ukrainienne de Boutchaen vertu de l’article 207.3, partie 2, du code pénal

19 septembre 2025

– Cinq prévenus dans l’affaire “Baymak” ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 5 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 (Violence dangereuse pour la vie et la santé à l’encontre d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212, partie 2 du Code pénal (Organisation d’émeutes et implication d’autres personnes dans de tels actes)

– Un habitant d’Obninsk a été condamné à 4 ans d’emprisonnement pour soutien à la « Fondation de lutte contre la corruption » et à Viesna5 en vertu de l’article 280.3, (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie) et de l’article 282.2 du Code pénal (Recrutement et participation aux activités d’une organisation extrémiste).

22 septembre 2025

– Deux Témoins de Jéhovah ont été condamnés à 6 ans et demi et 7 ans de prison à Saransk en application de l’article 282.2, du code pénal (Organisation des activités d’une organisation extrémiste)

– Un partisan du groupe Wagner a été condamné à 3 ans de prison pour un commentaire inapproprié sur la “pénurie d’obus” en application de l’article 205.2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

23 septembre 2025

Un habitant de Kertch a été condamné par contumace à 5 ans et demi de prison pour un message concernant une frappe contre une gare à Kramatorsk en application de l’article 207.3, du Code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282, du Code pénal (Incitation à la haine ou à l’inimitié)

– Un habitant de Crimée a été  condamné à 1 an de prison pour avoir craché dans une boîte de collecte d’aide à l’armée en application de l’article 354.1du Code pénal (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 329 du code pénal (profanation de l’emblème ou du drapeau de l’État russe).

24 septembre 2025

– Un habitant de Novorossiïsk a été condamné à 9 ans d’emprisonnement  pour ses publications et sa tentative de rallier la Légion “Liberté de la Russie”6 selon l’article 205.2 (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme), l’article 205.5 (Organisation et participation aux activités d’une organisation terroriste), l’article 30 (préparation d’un crime) et l’article 280.3 du code pénal. (actions publiques visant à discréditer les forces armées de la Fédération de Russie).

25 septembre 2035

– L’activiste moscovite Konstantin Kotov a été condamné par contumace à 5 ans de prison pour dons à la « Fondation de lutte contre la corruption » en vertu de l’article 282.3 du Code pénal (financement d’activités extrémistes)

– Le directeur du musée de Narva a été condamné par contumace à 10 ans de prison pour avoir tendu une banderole clamant : “Poutine est un criminel de guerre” en vertu de l’article 354.1 (réhabilitation du nazisme sous forme de profanation des symboles de la gloire militaire et de la mémoire des défenseurs de la Patrie) et de l’article 207.3 du code pénal (diffusion d’informations sciemment fausses sur l’armée russe, motivées par la haine politique et nationale en usant d’une position officielle)

26 septembre 2025

– Un agent de sécurité de Voronej condamné à 2 ans de prison pour avoir appelé à “l’élimination” de la direction de la Fédération de Russie ( selon l’article 205.2, partie 2 du code pénal (appel public à des activités terroristes et justification du terrorisme)

– Un habitant de Saint-Pétersbourg condamné à 5 ans de prison pour des commentaires sur les bombardements en Ukraine en application de l’article 205.2 et de l’article 282.3  du code pénal


  1. Le  « Mouvement social inter-régional » a été jugé « extrémiste » par le pouvoir russe ↩︎
  2. Péninsule de Sibérie occidentale au bord de l’Océan arctique ↩︎
  3. Centre de lutte contre l’extrémisme, une créature du Ministère de l’intérieur ↩︎
  4. Ville d’environ 100 000 habitants du nord-ouest de la Sibérie. ↩︎
  5. Une organisation de jeunes luttant pour une Russie libre et respectueuse des droits de l’homme ↩︎
  6. Unité militaire russe combattant avec les Ukraindiens ↩︎

13 Oct 2025


Plus que jamais solidaires des Ukrainiens

Article journal la provence
Article du journal La Provence du samedi 5 mars 2025

Les bombardements russes sur les villes d’Ukraine se poursuivent. Ces jours derniers ils se font même plus intenses.

Quelques politiciens irresponsables acceptent cette agression contre un Etat indépendant qui ne demande qu’à se rapprocher des démocraties libérales européennes. A les entendre, l’Ukraine, comme jadis la Finlande, doit donner au contraire des gages de neutralité à Vladimir Poutine.

N’abandonnons pas l’Ukraine à ce triste sort. Qu’elle sache  que dans toute l’Europe des gens se sentent solidaires de la résistance qu’elle oppose à l’impérialisme russe. Solidaires au point de se sentir frappés eux-mêmes quand un missile s’abat sur des gens qui font leurs courses, se rendent à leur travail ou se promènent avec leurs enfants. Solidaires au point de prendre sur leur temps et leur argent pour apporter aux Ukrainiens leur aide matérielle, leur présence et pour partager, face à la brutalité d’un Etat russe avide de conquêtes et de revanches, un sentiment d’humanité commune et une liberté menacée par la barbarie.

Deux exemples parmi beaucoup d’autres : dans l’Yonne, deux associations, Kiev-Avallon et Ukraine 89, ont pris l’initiative d’envoyer le 3 avril dernier un convoi humanitaire  en direction de l’Ukraine transportant des casques de pompiers, des tenues anti-feu et du matériel médical.

Par ailleurs, l‘association SOS Ouman (du nom d’une ville située au centre du pays) que nous avait présentée notre ami Nicolas Miletitch, un de ses animateurs, a expédié également au début avril en Ukraine du matériel, médical et autre, dont ont besoin leurs amis et connaissances.

Ce courant d’aide spontané ne faiblit pas, bien au contraire. Jamais, selon un des responsables de l’association, autant de contributions financières ou matérielles ont été reçues – comme si bien des gens souhaitaient répondre avec détermination à « la volte-face de Trump », pour reprendre l’expression du journal La Provence dans un article consacré à cette aide et tout particulièrement à SOS-Ouman qui fait régulièrement l’aller-retour France-Ukraine.

Nous aussi, lecteurs d’Histoire & Liberté, nous pouvons entrer dans cette chaine de solidarité en adressant nos dons à SOS-Ouman. (Toutes les précisions pour effectuer cette opération simple  sont accessibles sur internet).

Pierre Rigoulot, le 16 avril 2025

20 Avr 2025


Trump : la tradition de l’appeasement?

La crise avec l’Amérique vient du fait que nous n’avons plus d’épistémologie commune. Les gens regardent la même chose et ne parviennent pas se mettre d’accord sur ce qu’ils ont vu. C’est ce qui arrive quand la liberté dérape. La liberté dérape quand il n’y a plus consensus sur les principes fondamentaux. 

Pour l’Ukraine, c’est désolant car cette anarchie ontologique — on me corrigera, je ne suis pas philosophe — est à la base de la guerre. Il ne faut pas blâmer Trump, ou Trump seul. Depuis les années 90, les gouvernements américains se trompent sur la Russie, et plus encore qu’ils se trompaient lors des divers débats portant sur la nature et les intentions de l’URSS. 

Sur ce régime, on était au moins d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une dictature communiste, inspirée (officiellement) par le marxisme.  On était en revanche en désaccord sur la meilleure stratégie à adopter.  Les uns disaient qu’il fallait l’amadouer — nombreux partisans de cette idée dans l’entourage de Franklin Roosevelt — les autres, par exemple l’ami de Roosevelt, l’ambassadeur William Bullitt, pensaient que l’on avait affaire à un adversaire qui ne cherchait aucunement la coexistence à long terme.

Les deux pôles sont fixes: Carter disait: « il est temps d’abandonner la crainte obsessionnelle  communisme »; Reagan, parlait,  lui, de « l’empire du mal ».  Et nous y sommes encore. J’en passe, mais Barack Obama et Hillary Clinton (en tant que secrétaire d’Etat), essayaient de ménager Poutine, tout en aidant l’Ukraine par du matériel militaire et des missions sur le terrain, mais sans envoyer de troupes en Ukraine à partir des agressions russes de 2014.

Le débat continue: la Russie peut-elle être amadouée ou non ? La politique de Biden en résulte : il condamnait l’agression et l’occupation des provinces de l’est et de la Crimée, mais ne soutenait pas assez l’Ukraine pour permettre une contre-offensive sur les territoires occupés ou pour faire craindre à Poutine la possibilité d’une participation des Américains comme en Corée.

Trump, homme du centre et pragmatique avant tout – ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas mégalomaniaque ni opportuniste – dit tout simplement : rien n’a réussi, l’Ukraine va être complètement détruite, les Européens n’en feront pas assez pour inverser le sort de la guerre.  Donc, soit on attaque la Russie avec nos division Airborne, les mêmes qui ont mené à la libération de la Normandie en 1944, soit on trouve une accord – un deal – qui apaise tout le monde, au moins pour quelques temps. L’occasion, mais c’est seulement le début, se présente grâce au minéraux qui à l’heure actuelle gisent dans le sol Ukrainien ainsi que dans le sol ukrainien occupé par l’armée russe.

C’est un peu comme le charbon et l’acier après la Deuxième guerre mondiale. Ce fut la solution de Jean Monnet, qui évoluera vers l’Union Européenne  et qui, mais rares sont ceux que s’en souviennent, consista à mettre le charbon et l’acier sous un contrôle et une institution qui bénéficièrent à l’Allemagne comme à la France. 

Zelensky est courageux et admirable, mais il n’est pas Schuman, et, certes, Poutine n’est pas Adenauer. Et Trump n’est pas Monnet, même si celui-ci était, aussi, un fameux homme d’affaire.  Mais on fait ce qu’on peut avec qui est sur la scène.

Je pense que c’est la façon la plus simple de voir les choses sur le front de l’Est.  Évidemment, cela peut complètement déraper. Poutine voudra tout prendre, mais Trump et ses successeurs pourraient maintenir un nouveau containment – avec l’aide de Macron, en particulier.  Trump, sans qu’on puisse savoir s’il en est conscient, fait ce que faisait Nixon: amadouer la Chine pour contrer l’URSS, mais dans l’autre direction. On sait ce que cela a donné, ce n’est donc pas une solution parfaite, mais comme le faisait voir Billy Wilder dans Certains l’aiment chaud, personne n’est parfait. 

Roger Kaplan, le 2 mars 2025

[Réponse]

Cher Roger,

Ton texte va susciter des remous parmi nous. Mais si nous voulons bien cerner les éléments importants de la crise actuelle, il faut que nous en parlions, de ces remous et que nous essayions de garder notre calme comme tu le fais toi-même. Calmement donc, je te dis que le cœur de ton argumentation n’est pas recevable. Jean Monnet a poussé la France et l’Allemagne sur la voie des intérêts économiques communs pour les inciter à trouver un intérêt commun au projet européen. Mais ce fut APRÈS la défaite de l’Allemagne nazie. Tu ne peux comparer les deux démocraties qu’étaient la RFA et la France avec l’Ukraine et la Russie, laquelle est l’ennemie acharnée des démocraties libérales. Poutine fonctionne comme le fit Hitler, qui se disait hier le défenseur des minorités germanophones. Lui, défend aujourd’hui les minorité russophones. Si la comparaison avec Hitler te choque, on peut parler de la Russie impériale qui au milieu du XIXème siècle prétendit à un protectorat sur les orthodoxes de l’empire turc. De la riposte est née la guerre dite de Crimée et le siège de Sébastopol par les Français et les Anglais. Combats d’empires. me diras-tu, mais nous n’en sommes plus là, justement. Nous en sommes à la défense des démocraties libérales contre l’empire russe dont il est facile de rappeler les atteintes à la démocratie et les horreurs, tout simplement.

S’agit-il pour Trump dans cette affaire, de défendre la démocratie? J’en doute: il n’y a plus de références chez lui à des régimes politiques qu’il faut défendre ou dont il faut nous protéger. La seule fois que j’ai entendu Trump esquisser une analyse politique au sujet de l’Ukraine, il disait que Zelensky était un dictateur qui ne s’affrontait pas aux électeurs !

Mes amis et moi ne réagissons pas tous de la même façon et il nous arrive de nous engueuler. Mais gommer la nature politique des régimes et ignorer qui est l’agresseur et l’agressé, que veux tu, ça ne passe pas…Le vote à l’ONU des Etats-Unis avec la Russie et la Corée du Nord, nous a tous fait mal à tous…

Mon amitié pour toi, cher Roger, est inoxydable. Mais nous traversons décidément sur le plan politique un moment difficile !

Pierre Rigoulot, le 4 mars 2025

5 Mar 2025


Le « N’ayez pas peur ! » posthume d’Alexei Navalny

L’auteur, Yves Hamant, a vécu cinq ans à Moscou où il était attaché culturel à l’ambassade de France. Il fut le relais clandestin entre le couple Soljenitsyne, exilé en Occident, et le Fonds d’aide aux prisonniers politiques et à leurs familles, financé par les droits d’auteur de L’Archipel. Rentré en France, Yves Hamant a conservé de nombreux liens avec la Russie.

Histoire & Liberté

I – Non, il n’osera pas !

Jusqu’au bout, me suis-je dit en janvier 2021, non, il n’osera pas.

Jusqu’au bout, me suis-je dit, non, elles n’oseront pas.

Si, il a osé. Navalny est rentré à Moscou.

Si, elles ont osé : les autorités russes l’ont arrêté dès son arrivée.

Il ne pouvait pas ne pas s’attendre à la probabilité, sinon l’éventualité de ce qui lui est arrivé. Aussi, aujourd’hui, beaucoup n’arrivent pas à comprendre. Pourquoi n’est-il pas resté en Occident et n’a-t-il pas continué son combat de l’extérieur ? Exaltation, inconscience ? Un fol en Christ, a-t-on avancé en ressortant les clichés sur le mysticisme russe, l’âme slave, la Sainte Russie. En réalité, le fol en Christ est une variante de bouffon du roi qui peut dire toutes ses vérités au tsar et, précisément, le tsar n’ose pas le tuer.

Point du tout. Navalny était un homme politique. Il a compris que son action ne pouvait être crédible si elle était menée de l’extérieur, aussi a-t-il décidé de rentrer en mettant en jeu sa liberté et sa vie. C’est la portée éthique de son engagement qui m’a touché alors. J’y ai vu un jalon dans l’histoire de la Russie post-soviétique. L’irruption d’un acte éthique dans la vie politique faisant écho d’une certaine manière à la manifestation de quelques dissidents soviétiques sur la place Rouge le 25 août 1968 après l’invasion de la Tchécoslovaquie. Ou à l’appel lancé par Soljenitsyne après la publication de l’Archipel du Goulag en décembre 1973 à « vivre sans obéir au mensonge »[1].

En Occident, et particulièrement en France d’après ce que je peux observer, sa mort a beaucoup touché, plus encore que l’invasion de l’Ukraine en 2022. Et plus encore que sa mort, le fait que les autorités aient attendu 15 jours pour rendre son corps à sa mère. Pourquoi, alors que l’on peut voir la guerre à la télévision chaque jour ? Sans doute parce que nous n’arrivons pas à nous identifier aux victimes des bombardements, des massacres, tandis que nous serons tous confrontés un jour ou l’autre à la perte d’un proche et à la nécessité de « faire notre deuil ». Que la famille de Navalny ait été empêchée de « faire son deuil » a été insupportable et a montré le sadisme du régime poutinien, a encore mieux fait appréhender son caractère criminel que l’invasion de l’Ukraine en 2022. Un média russe a pu écrire que par sa mort Navalny avait rendu un service posthume à Zelensky au moment où celui-ci effectuait une tournée en Europe pour convaincre les Etats occidentaux de lui livrer les armes dont il avait besoin.

Parmi les opposants russes, Alexeï Navalny appartient à une génération intermédiaire, entre les anciens (Grigori Iavlinski, Boris Nemtsov), qui ont été associés à la perestroïka, et les jeunes (Vladimir Kara-Murza, Ilia Iachine), qui, par leur âge, n’ont pu s’éveiller à la vie politique qu’après la chute de l’URSS. Sa jeunesse a encore été très ancrée dans l’univers soviétique. Cela ressort particulièrement de la façon dont il raconte comment il a embrassé la foi chrétienne orthodoxe : il s’est présenté comme un croyant post-soviétique typique, auparavant athée tellement enragé qu’il aurait été prêt à attraper par la barbe le premier curé venu[2]. Cette remarque pourrait s’appliquer à l’ensemble de son expérience, une expérience de « dé-soviétisation » en quelque sorte. Et tout son parcours révèle un homme capable d’évoluer, d’apprendre, une intelligence, une volonté, un humour, une force vitale, une énergie communicative.


[1] Yves Hamant, « Le “N’ayez pas peur d’Alexeï Navalny !” », sur le site de La Vie, 23/01/2021, https://www.lavie.fr/idees/debats/le-nayez-pas-peur-dalexei-navalny-70583.php
Laure Mandeville, « Le courage et la vérité : le choix soljenitsynien d’Alexeï Navalny », Le Figaro, 29/01/2021.
[2] https://www.opendemocracy.net/en/odr/akunin-navalny-interviews-part-i/

Photo: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Alexey_Navalny_in_2020.jpg

II. A la recherche de sa voie [1]

Le père de Navalny est originaire d’un village de la région de Tchernobyl, en Ukraine, il est entré à l’Académie militaire de Kiev et a fait carrière dans l’armée en recevant toutes ses affectations à travers le territoire de l’actuelle Fédération de Russie. Il a souvent déménagé, emmenant avec lui sa femme et ses enfants dans le monde clos de ces cités militaires soviétiques isolées de l’extérieur, avec leurs magasins, leurs cliniques et leurs écoles. Le jeune Navalny a dû passer son enfance dans une atmosphère marquée par le « patriotisme militaire » soviétique, néanmoins tempéré par le souvenir familial de la catastrophe de Tchernobyl et des dispositions des autorités pour la cacher. Sa mère, née près de Moscou, a fait des études de comptable. C’est une femme de tête et, quand l’économie s’est effondrée à la chute de l’URSS, elle a entrepris de tresser des paniers en osier et est allée les vendre, avec succès, au bord de la chaussée, en compagnie de son mari, qui l’a très mal vécu. Si vous avez parcouru la Russie dans les années 1990, vous vous souvenez du spectacle de ces gens alignés au bord des routes et vendant ce qu’ils pouvaient pour survivre.

A l’âge de 17 ans, en 1987, Alexeï est entré dans une faculté de droit à Moscou, mais, à la sortie, comme beaucoup de ses congénères, il a plutôt cherché sa voie dans le commerce. Il a d’abord rejoint l’entreprise familiale de tressage de paniers, puis a créé avec son frère cadet ses propres petites entreprises, tout en suivant par correspondance l’enseignement d’une faculté d’économie. Une dizaine d’années plus tard, grâce à une bourse obtenue avec la recommandation d’un économiste russe de renom, il poursuivra sa formation économique durant un semestre à l’université de Yale aux Etats-Unis (et par la même occasion, perfectionnera sa pratique de l’anglais).

En 1998, au cours de vacances en Turquie – c’était le luxe que l’on s’offrait à l’époque quand on avait gagné un peu d’argent en ces année-là, la Turquie faisait alors figure d’Eldorado – il a fait la connaissance de Ioulia, du même âge que lui, diplômée en économie. Il a raconté qu’il avait eu le coup de foudre pour elle et, deux ans plus tard, ils se mariaient[2]. C’était un couple fusionnel et Ioulia participera étroitement à toutes les activités d’Alexeï. Ils eurent deux enfants. Navalny a confié que leur naissance avait marqué un tournant dans sa vie, lui avait fait prendre conscience de ses responsabilités. Il découvre la foi chrétienne orthodoxe, devient un pratiquant sincère, mais sans rigorisme, ouvert aux autres confessions et religions, étudie la Bible et le Coran. Jamais il ne fera de ses convictions religieuses un atout politique.

C’est au même moment qu’il s’engage en politique. En 2000, il s’inscrit à Iabloko, parti qui s’est formé dans les années 1990 avec un programme de démocratie politique et d’économie libérale tout en s’opposant à Boris Eltsine. Il a eu son heure de gloire et, sous la houlette de Grigori Iavlinski, il conserve alors tout son prestige, bien qu’il soit en déclin. Navalny y déploie son talent d’organisateur et sa capacité à mobiliser les jeunes, dont il partage les codes. Déjà il s’attaque à la corruption : sans-doute en a-t-il déjà perçu les effets en tant que chef de petites entreprises. Comme d’autres, il cherche son cap politique. Alors, de nombreux partisans de la démocratie ont soutenu l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, sans se formaliser de sa promesse d’aller « buter les terroristes (tchétchènes) jusque dans les chiottes » ni de son peu de cas des marins engloutis dans le naufrage du Koursk. Plus tard, il s’en voudra amèrement de les avoir suivis.


[1] Sur la biographie de Navalny, voir son site :
https://navalny.com
Les différents films qui lui ont été consacrés.
Ses entretiens avec l’écrivain Boris Akounine :
https://www.opendemocracy.net/en/odr/akunin-navalny-interviews-part-i
https://www.opendemocracy.net/en/odr/akunin-navalny-interviews-part-ii
https://www.opendemocracy.net/en/odr/akunin-navalny-interviews-part-iii
On peut aussi extraire des informations factuelles de la masse d’articles destinés à le dénigrer dans les médias russes.

[2] https://sobesednik.ru/politika/20201130-lyubov-vyvela-navalnogo-iz-kom?ysclid=lu9kvlegm5663702519

III. Le sandwich qui ne passe pas

Navalny, tout en s’engageant dans la voie démocratique, n’est pas insensible au discours identitaire entendu dans son enfance et se rend compte de son emprise sur une partie de l’opinion. Il se rapproche de figures de ce courant, devenues odieuses aujourd’hui, tel Zakhar Prilepine, et se laisse aller à traiter les Caucasiens de Russie de « cafards » : il aura beau s’excuser, cette insulte xénophobe lui sera indéfiniment reproché. Cela lui vaudra d’être exclu de Iabloko en 2007. Il est vrai qu’auparavant, Navalny s’était opposé à l’inertie des dirigeants du parti. Par la suite, il participera parallèlement à des manifestations de protestation contre les atteintes à la liberté d’expression et la falsification des élections et à des « marches russes » : on y scande que « ça suffit de nourrir le Caucase », c’est-à-dire que la Tchétchénie reçoit trop de subventions et l’on y dénonce l’afflux d’immigrés venus des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

En 2008, de nouveau de manière grossière, il soutient l’intervention russe en Géorgie en accusant le président géorgien Mikheil Saakachvili de l’avoir provoquée[1]. Par la suite, il affirmera sa foi dans un heureux avenir européen pour la Géorgie et, du fond de sa colonie pénitentiaire, demandera la grâce de Saakachvili, agonisant en prison après toutes sortes de péripéties[2].

A partir de 2011, il s’attaque au monopole du parti « Russie unie » sur tous les organes élus du pouvoir et lance un slogan qui fait mouche en le désignant comme « le parti des filous et des voleurs ». En 2013, il se présente à l’élection du maire de Moscou : coup de tonnerre, il arrive en seconde position et, selon les résultats affichés, il obtient 27% des voix après le candidat du pouvoir, Sergueï Sobianine, avec 51%. Dès lors, les autorités lui imputent toutes sortes de délits pour le traîner en justice, notamment pour une escroquerie supposée aux dépens de la filiale russe de la société Yves Rocher.

En 2014, des journalistes lui demandent quelle forme de régime il préconise pour la Russie. Si de nombreux politologues considèrent qu’un pays aussi vaste nécessite un régime présidentiel fort, lui se prononce pour une république parlementaire[3] aussi décentralisée que possible : le régime actuel est fédéral sur le papier, mais totalement unitaire dans les faits et toutes les décisions viennent d’en haut (la « verticale du pouvoir »). Ils l’interrogent sur la Crimée, qui vient d’être annexée à la Russie. La retournerait-il à l’Ukraine s’il devenait président ? Et lui de répondre avec sa gouaille habituelle dans une répartie malheureuse : « ce n’est pas un sandwich au saucisson que l’on peut se passer et se repasser[4] ». Il considère que, pour l’instant, de facto la Crimée fait partie du territoire russe, mais que, lorsque les conditions seront réunies, il faudra demander leur avis aux habitants et organiser un vrai referendum. Il ne doute pas du résultat, qui sera douloureux pour les Ukrainiens, mais les libèrera du poids d’une population freinant leur développement par son conservatisme et son orientation pro-russe. En revanche, il se prononce sans hésitation contre l’occupation du Donbass et appelle la Russie à cesser de financer la guerre. Cette guerre est entretenue par Poutine pour empêcher l’Ukraine de se moderniser, de se diriger vers l’Europe, Poutine cherche à démontrer que la révolution du maïdan contre des dirigeants corrompus ne peut conduire qu’à la guerre civile. Il est remarquable que Navalny l’ait relevé, bien avant que Poutine n’ait fait comprendre qu’il ne voulait pas d’une Ukraine apparaissant comme un contre-modèle pour la Russie[5]. Navalny estime tout au contraire que la Russie a tout intérêt à ce que l’Ukraine soit un Etat prospère.


[1] https://navalny.livejournal.com/274456.html
[2] a-navalnyy-prizval-vlasti-gruzii-otpustit-saakashvili-iz-tyurmy-na-lechenie?ysclid=lu49kg8x15365914637
[3] Le plaidoyer de Navalny pour la démocratie parlementaire relève d’une véritable réflexion politique que l’on lui dénie souvent et rejoignant par exemple l’essai de Juan J. Linz, Presidential or Parliamentary Democracy: Does It Make a Difference? Juan J. Linz, grand spécialiste des régimes autoritaires et totalitaires, ainsi que des « transitions démocratiques », s’est efforcé de démontrer que la démocratie parlementaire était plus favorable à la démocratie que les régimes présidentiels, qui ont tendance à virer à l’autoritarisme.
[4] https://www.youtube.com/watch?v=2czpumACjsM
[5] Yves Hamant (entretien avec), « Le poutinisme, phénomène multifactoriel », Esprit, mars 2022. https://esprit.presse.fr/actualites/yves-hamant/le-poutinisme-un-phenomene-multifactoriel-43913

IV. Le combat singulier contre Poutine

Navalny jette toutes ses forces dans la dénonciation de la corruption, elle est endémique et touche un jour ou l’autre tout habitant du pays. Il a le génie d’élaborer et de diffuser sous forme d’émissions vidéo sur youtube des enquêtes approfondies mêlées d’humour sur la corruption des dirigeants : elles lui vaudront la célébrité.  Plus encore, il constitue tout un réseau d’équipes participant à cette tâche à travers tout le pays, ce qu’aucun parti hors système n’avait réussi à faire. Désormais, il est l’ennemi N°1 du pouvoir et Poutine lui vaut une haine personnelle implacable.

En 2018, il tente de se présenter aux élections présidentielles, après une campagne à l’américaine entamée longtemps à l’avance avec des équipes de campagne et des meetings à travers tout le pays. Ses supporters sont régulièrement interpelés, condamnés à des amendes et des peines de détention administrative. Lui-même est agressé – on lui jette un acide au visage – et il passe en tout 60 jours en détention. Il réunit néanmoins les 300 000 signatures exigées d’un candidat sans parti, mais la commission électorale refuse finalement de l’enregistrer sous prétexte qu’il est sous le coup d’une peine avec sursis infligée pour détournement de fonds.

La voie électorale apparaissant désormais définitivement fermée, Navalny lance la stratégie de « vote intelligent » consistant, lors des élections ultérieures, à voter pour n’importe quel candidat plutôt que le candidat du pouvoir et en choisissant au cas par cas parmi ceux qui sont les plus acceptables (disons les moins pires !).

En 2020, les évènements s’enchaînent. Il effectue une enquête sur la corruption en Sibérie. Dans le vol du retour, de Tomsk à Moscou, il est subitement pris de malaise. L’équipage décide d’atterrir à Omsk pour le faire conduire à l’hôpital. Ses proches obtiennent qu’il soit transporté à Berlin pour être soigné : les médecins découvrent qu’il a été empoisonné par un agent neurotoxique extrêmement puissant, le maintenant célèbre novitchok. Contre toute attente, il se rétablit. Le journaliste Christo Grozev entre en contact avec lui, il appartient à l’ONG Bellingcat qui effectue des enquêtes époustouflantes à partie d’open sources et des réseaux sociaux. Avec cette aide, Navalny piège et couvre de ridicule les hommes du FSB chargés de l’empoisonnement : en se faisant passer pour un cadre du FSB, Navalny entre directement en communication téléphonique avec l’un d’eux, qui lui révèle tous les détails de l’opération. Il en sort une vidéo visionnée des millions et des millions de fois[1]. Navalny décide de rentrer en Russie et est arrêté dès sa descente d’avion. Au moment de son arrestation, son équipe lance sur le net une nouvelle enquête vidéo, cette fois sur un palais que Poutine s’est fait construire au bord de la mer Noire : nouveau retentissement mondial.

Son succès aux élections municipales de Moscou en 2013, sa dénonciation de la corruption, sa popularité faisaient de Navalny un opposant insupportable pour Poutine, qui l’a fait placer sous une étroite surveillance. Navalny pensait que sa notoriété le protégerait, que l’on n’oserait pas l’éliminer et quand on a découvert qu’il avait été empoisonné, il a eu du mal à le croire.

Or Poutine est guidé par le « code d’honneur » des « voleurs dans la loi », autrement dit de la mafia, par son expérience d’agent du KGB, la paranoïa et l’hubris d’un dictateur enfermé dans son bunker[2]. Il obéit à sa propre logique, déconcertante et contradictoire. Il assène cyniquement les mensonges les plus énormes en ne pouvant pas ignorer que ses interlocuteurs savent qu’il ment, mais en même temps, il est très soucieux de son image dans l’opinion, y compris dans l’opinion internationale. Enfin, nous prêtons à ses services secrets une omniscience, une toute puissance et une efficacité qu’ils n’ont pas, si bien que nous n’admettons pas qu’ils puissent connaître des ratés et que, s’il en survient, nous les expliquons par de savants calculs machiavéliques.


[1] Documentaire réalisé par Daniel Roher, sorti en 2022. Oscar du meilleur film documentaire en 2023. https://navalny-film.io/ Doublé en français et visible sur France 5 jusqu’au 17 mai 2024 : https://www.france.tv/films/longs-metrages/5802426-navalny.html
[2] Yves Hamant, « L’argot chez Poutine : marqueur d’un “code de vie” », in G. Ackerman et S. Courtois (dir.) Le livre noir de Vladimir Poutine, Paris, Laffont-Perrin, 2022, p. 107-119.

V. La vengeance du « parrain »

La tentative d’empoisonnement ayant échoué, Poutine a-t-il préféré se débarrasser de Navalny en le laissant partir en Allemagne, ce qui n’excluait peut-être d’ailleurs pas de l’éliminer à l’étranger ? De son retour en Russie à sa mort, Navalny a été balloté de la prison en colonies pénitentiaires à régime sévère et régulièrement enfermé au cachot. En décembre 2023, on est resté sans nouvelles de lui pendant plusieurs semaines. On a retrouvé sa trace le 25 décembre dans la colonie de redressement à régime spécial du village de Kharp à 60 km au nord du cercle polaire à environ 100 km à vol d’oiseau de Vorkouta, un des lieux emblématiques du Goulag. Ce camp est renommé pour la dureté de ses conditions de détention, notamment liées au froid, et ses difficultés d’accès. Il s’agissait d’abord de couper Navalny de ses contacts et à peu près en même temps, trois avocats qui l’avaient défendu ont été incarcérés, coupables d’avoir fait passer ses lettres à l’extérieur. Ne s’agissait-il pas aussi de le faire mourir de mort lente pour la satisfaction sadique du chef du Kremlin de le voir souffrir (ce que l’on appelle en allemand la Schadenfreude) ? Que le corps épuisé de Navalny ait brusquement lâché n’est pas une hypothèse à éliminer. On ne peut pas non plus écarter celle d’une brimade qui aurait mal tourné. Sinon, quel signe aurait voulu donner Poutine en le faisant éliminer précisément un mois avant l’élection présidentielle ? Sa mort annoncée à cette date le 16 février semble avoir plutôt embarrassé les autorités. Leurs atermoiements pour rendre le corps à la famille peuvent s’expliquer par le temps nécessaire pour effacer les traces d’une action externe, mais aussi par le souci d’éviter que ses obsèques ne coïncident avec le grand discours annuel de Poutine fixé pour cette année au 29 février. Il a fallu toute la ténacité de sa mère, sa résistance aux pressions et au chantage pour que les obsèques de Navalny aient finalement lieu le lendemain, vendredi 1er mars, à Moscou, qu’elles soient célébrées dans la paroisse qu’il fréquentait et qu’il soit inhumé dans un cimetière à proximité. Malgré le bouclage du quartier empêchant d’accéder à l’intérieur, les caméras de surveillance, et la présence policière n’ont pas dissuadé la foule de venir lui rendre hommage.  Post-mortem, Navalny a réuni aussi bien des fidèles de l’Eglise orthodoxe que des anciens habitués des manifestations auxquelles il appelait. Ainsi, à l’extérieur des grilles, on a pu entendre un chœur improvisé chanter une panikhida, un office des morts et la foule reprendre à l’initiative de ses proches la chanson de Franck Sinatra My Way et aussi scander : « la Russie sans Poutine ». Puis, pendant tout le week-end, ses admirateurs, hommes et femmes, jeunes et vieux, sont venus fleurir sa tombe, s’étirant en une longue file de plusieurs kilomètres une fleur à la main depuis la station de métro. A travers tout le pays, ils se sont donné le mot pour déposer des fleurs, allumer des bougies à un endroit convenu, formant ainsi des centaines de petits mémoriaux improvisés. Des centaines de personnes ont été interpelées et conduites au poste de police.

VI. Les derniers messages de Navalny

Navalny voulait laisser un message d’optimisme. A la fin du film mentionné plus haut, il terminait sur ces mots en anglais :

« Mon message au cas où l’on me tuerait est très simple : ne vous rendez pas ! »

Puis le réalisateur lui a demandé de s’adresser en russe aux téléspectateurs et il a dit en achevant sur un large sourire :

« Il ne faut pas se rendre. Si cela arrive, cela signifiera que nous sommes extraordinairement fort à ce moment-là où ils auront décidé de me tuer. Et nous devons utiliser cette force : ne pas nous rendre, nous rappeler que nous sommes une force énorme qui ploie sous le joug de ces mauvais types uniquement parce que nous ne pouvons pas concevoir à quel point nous sommes forts. Tout ce qu’il faut pour le triomphe du mal, c’est l’inaction des honnêtes gens. C’est pourquoi il ne faut pas rester inactif. »

Par sa personnalité, Navalny est entré dans l’histoire et est devenu l’objet d’une vénération touchante au point que certains de ses admirateurs, sous le coup de l’émotion, ont parlé de le canoniser. Son appel au courage restera une référence, mais portera-t-il des fruits ? C’est toute la question des effets des actes éthiques évoquée au début de l’article. Nombre de ses partisans ont plutôt vu dans sa mort et le nouveau durcissement du régime manifesté à cette occasion la fin de leurs espoirs de changements. Cependant, toutes ces personnes qui ont osé s’afficher pour lui rendre hommage ne témoignent-elles pas de l’existence d’une minorité plus vaste qu’on ne le pense ? Et n’a-t-elle pas mis en œuvre son mot d’ordre de « vote intelligent » lors de l’élection présidentielle en votant pour le pâle Vladislav Davankov ou glissant dans l’urne un bulletin nul ? La grossièreté avec laquelle les résultats ont été falsifiés et présentés prouve que le « vote intelligent », sans qu’on ne puisse, certes, le lier entièrement à Navalny, a recueilli un nombre de voix bien plus considérable que celui affiché, de l’ordre de la vingtaine ou trentaine de millions.

Navalny rêvait d’une Russie non seulement libre, mais heureuse, contrastant avec le malheur qui traverse toute son histoire et même sa littérature. Il a laissé une très belle page à ce sujet : « Comme la vie serait bonne sans le mensonge permanent, sans la liberté de ne pas mentir »[1] .

Dans son combat contre le Léviathan, il n’a pas échappé à des sentiments de haine. Il l’a laissé éclater non seulement contre le régime et ses affidés, mais aussi contre les démocrates – au nombre desquels il avait été – qui avaient eux-mêmes amené Poutine au pouvoir. Il ne voulait pas se laisser gagner par cette haine, appelait à ce qu’on l’aide à la surmonter et surtout appelait à ce que l’on en tire les leçons et que, si la chance se présentait à nouveau, on ne la laisse pas échapper une deuxième fois[2].

Tout ce qu’il subissait le faisait rêver d’étrangler et d’exécuter ses ennemis. Sans renoncer à ses objectifs politiques, il s’efforçait de chasser ces pensées et était parvenu à ne pas se transformer en une bête en cage. Après la tragédie du Crocus Hall Center le 22 mars 2024 à Moscou et la réponse du pouvoir, combien cet appel à ne pas se laisser gouverner par la haine était-il prémonitoire.


[1] https://www.fontanka.ru/2021/02/20/69777878/?ysclid=lu9ouhef9l546393196
[2] https://novayagazeta.ru/articles/2023/08/11/moi-strakh-i-nenavist?ysclid=lu8kqdt9z3192915212


6 Avr 2024


MA LONTAINE ET SI PROCHE UKRAINE

     Je ferai tout pour être l’un des leurs. Je ne voudrais pas me contenter de dire ma solidarité, de la crier, même. Les Ukrainiens, ceux d’ici et ceux de là-bas, sont devenus mes frères.

     A coups de bombardements, de massacres et de souffrances. Mais aussi à coups d’éclat, à commencer par celui de leur président, cet exemplaire petit Juif, Volodymyr Zelensky, qui, au lieu de prendre un taxi pour l’étranger, s’est montré face au monde entier devant le palais, entouré de colosses amis, qui semblaient le protéger de leur masse bienveillante. Ce jour de février 2022, j’ai entendu pour la première fois de sa bouche : « Slava Ukrajini ! » et, en écho de leur part : « Ukrajini slava ! » Des cris que j’allais répéter bien des fois par la suite, ici en France, comme preuve d’adhésion à cet homme et à l’ensemble de son peuple.

     De l’Est arrivait l’espoir d’une résistance acharnée face à ceux qui avaient mis leurs pattes sur les miens durant des décennies. C’étaient les mêmes, ces brutes russes qui avaient réussi à amadouer les naïfs petits Cubains qui ne les connaissaient pas, sauf bien sûr ceux qui, par millions, avaient spontanément pris le chemin de l’exil, sans oublier ceux qui avaient tenté de leur résister et qui avaient payé de la prison ou de la vie cette folie, dans l’indifférence ou la complicité généralisées. C’étaient les héritiers du système communiste, que j’avais imaginé mort et qui ne l’était pas. Pas tout à fait les mêmes mais presque : les descendants de Lénine, de Staline, de Khrouchtchev, de Brejnev et des autres morts-vivants, pas ceux de Gorbatchev ni, en partie, de Eltsine. Poutine représentait, représente, la continuation de la terreur communiste. Pas étonnant, donc, que j’aie reporté mes souhaits d’émancipation sur ces hommes et ces femmes qui se battent contre eux, presque à mains nues, du moins au commencement. Ils sont devenus les porte-drapeaux d’un futur moins laid, moins terrible, même pour mon île, Cuba, là-bas sous les tropiques.

     Eux, ils ne brandissent pas que des drapeaux, moi, je ne fais que crier et parler, je refuserais d’ailleurs de toucher à une arme –je ne l’ai jamais fait, je ne le ferai jamais. Leurs parents, leurs maris, leurs amis, empoignent des armes, quand bien même ils n’étaient nullement formés à cela. Parfois, Jean-Pierre, l’âme de nos marches, parle d’un ami qu’il a perdu au front. L’émotion transparaît alors, comme lorsqu’il me mentionne à voix basse le souvenir de son épouse, Nathalie, qui avait initié ce mouvement, l’Union des Ukrainiens de France, il y a des années déjà, en 2014. Il y a aussi ces femmes seules, par exemple Ioulia, dont le mari, cameraman des armées, est au front, qui rompt en larmes quand elle évoque son sort. Jean-Pierre proclame que nous sommes le troisième front, après celui qui est face aux Russes, et celui de l’ensemble de la population, qui se trouve aussi face aux mêmes prédateurs. Nous ne faisons que venir en appui à ceux-là, qui se trouvent au loin, et à ceux-ci, les exilés, comme moi. Je me sens comme eux, en exil depuis si longtemps. Et je ne sais s’ils pourront un jour retourner dans ce pays qui leur semble encore magnifique. Pas comme le mien. Oui, mais pour combien de temps ?

     Les terrains de guerre se multiplient, partout, essentiellement en Israël, où me porte mon histoire, aussi proche, peut-être davantage, que celle de l’Ukraine, à laquelle me relient des ancêtres lointains, des Juifs partagés entre ce territoire et celui de la Pologne et d’autres territoires indéfinis de l’Est. Nous vivons un temps de malheurs récurrents.

     Je continue à proclamer ma foi en la victoire, peut-être pas seulement par les armes. Lorsque je m’adresse à mes frères -et à mes sœurs- devant la fontaine des Innocents ou place de la Bastille à Paris, et même, parfois, à Chartres, ou dans ces lignes, je ne fais œuvre que d’un soutien moral. Je témoigne, comme je le fais pour Cuba libre depuis des décennies. Je sais cependant que mes paroles leur vont droit au cœur, qu’elles les galvanisent, les aident à tenir bon, le temps qu’il faudra. Elles parviennent parfois jusque là-bas, sur le deuxième et le premier front. Jusqu’à ce que mes forces me le permettent et que je puisse, un jour, fouler cette terre bleue et jaune que j’ai faite mienne, par pur désir de justice et de liberté.  

Jacobo Machover

(Photo: https://www.internationalaffairs.org.au/australianoutlook/war-in-ukraine-and-women-in-combat/)

2 Mar 2024


(1) Ukraine

Amis lecteurs de notre blog,

Comme vous le savez, la guerre en Ukraine se poursuit. L’armée russe pilonne les villes et résiste semble-t-il aux efforts des Ukrainiens pour les déloger de leurs positions actuelles. En 1940, l’URSS de Staline avait fini de cette façon par épuiser les Finlandais, d’abord victorieux. Mais la grande différence avec aujourd’hui est que le monde occidental aide l’Ukraine alors que la Finlande avait du se contenter d’un appui seulement diplomatique. Il s’était notamment manifesté en décembre 1939 par l’expulsion de l’Union soviétique de la Société des Nations.

Cette aide apportée en 2023 au pays agressé doit être accrue. Et nos gouvernements ne sont pas seuls concernés. Chacun d’entre nous peut apporter de l’aide, en première ligne mais aussi derrière les lignes. Donner chacun quelques dizaines d’euros se traduira par davantage de produits pharmaceutiques, d’avantage de moyens de détection sur les lieux bombardés mais aussi de moyens de communication. Nous ferons appel à vous lors de nos réunions de rentrée. Certains de nos amis ont déjà multiplié les aller-retour de Paris à l’Ukraine. Aidons-les. Ne soyons pas seulement solidaires en paroles !

H&L

(2) l’internationalisation ?

La guerre menée par Poutine en Ukraine est longtemps restée limitée au sud et à l’est du pays En cette fin d’été les signes d’une internationalisation rampante se font jour :

– l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes a été rompu. Sont directement concernés un certain nombre de pays importateurs, notamment en Afrique du Nord. La Turquie, qui mène pourtant un jeu ambigu avec la Russie, a dénoncé la prétention russe à faire de la Mer noire une mer russe. Vieille rivalité.

– Les activités russes en Afrique s’accentuent notamment au Mali comme en Centrafrique.  Façon, en quelque sorte d’obliger les Occidentaux à moins concentrer leurs efforts sur le seul théâtre ukrainien.

– D’autres acteurs s’invitent dans cette crise et en confirment l’internationalisation croissante : la Corée du Sud qui a vendu des armes à l’Ukraine et la Corée du Nord. Non contente d’envoyer des ambassadeurs (sic) à Donetsk et à Lugansk, déclarés « indépendants » par Moscou, la Corée du Nord est soupçonnée par les Etats-unis de fournir des armes aux Russes contre des céréales dont la population manque tant.

Que la Corée du Nord abandonne son jeu de bascule traditionnel entre ses deux grands alliés, Russes et Chinois, c’est ce qu’on peut constater. La Corée du Nord penche du côté le plus agressif envers l’Occident. C’était déjà le cas pendant la guerre du Vietnam. Mais peut-elle aller très loin dans son alliance avec la Russie? Elle dépend économiquement  de la Chine, malgré ses prétentions à compter sur ses propres forces. Et Poutine ne peut guère se permettre très longtemps de « chasser » dans une zone de « protectorat » chinois malgré l’intérêt d’agiter le chiffon rouge d’un partenariat nord-coréen pour inquiéter les Occidentaux.

Le front s’est donc élargi. Il est moins « ukrainien » et plus politique,  opposant Etats totalitaires et démocratiques.

La grande absente de ce conflit est l’ONU dont deux membres du Conseil de Sécurité passent leur temps à contourner les sanctions (contre la Corée du Nord) qu’ils avaient eux-mêmes  votées, sanctions qui interdisaient notamment les exportations d’armes  et  l’envois de travailleurs manuels…

(3) 20 000 enfants ukrainiens aux mains des autorités russes

L’association Human Rights Without Frontiers ( HRWF) dont le siège est à Bruxelles, a publié le 31 août  dernier un bilan des enlèvements d’enfants ukrainiens vivant dans les zones occupées par l’armée russe. Environ 20 000 enfants sont concernés. Et sur ces 20 000 enfants, environ 400 seulement, ont pu jusqu’ici être récupérés, non pas à la suite de négociations avec les autorités russes mais d’opérations spécifiques menées par les Ukrainiens.

 Le 17 mars dernier, la Cour pénale internationale de La Haye  a lancé un mandat d’arrêt pour cette déportation  contre Vladimir Poutine et contre la commissaire russe aux droits des enfants, Marie Lvova-Belova, pour ces enlèvements illégaux. 

Human Rights Without Frontiers appelle la Russie à ne pas changer le statut personnel de ces enfants, à autoriser les familles ou les institutions nationales qui en ont la charge d’avoir accès à eux et à ne pas empêcher leur retour  auprès d’elles.

On notera que ce rapport rédigé en anglais, en russe et en ukrainien est accessible sur le site de HRWF https://hrwf.eu/российские-новости/

(1er septembre 2023)

(4) De « l’agression » à « l’emploi de la force »

Les dirigeants des pays du G20 n’ont finalement pas dénoncé l’agression russe en Ukraine lors de leur rencontre du 9 septembre dernier. Sous l’impulsion de l’Inde, le pays hôte, ils se sont contentés de dénoncer « l’emploi de la force visant à obtenir des gains territoriaux en Ukraine. Sans doute, l’allusion est assez claire pour que la Russie se sente visée. Mais que de précautions pour épargner un Etat qui n’en prend aucune pour épargner des civils ! C’est sans aucun doute un recul par rapport à la dénonciation  de l’agression russe formulée lors du sommet de 2022 à Bali.

(9 septembre 2023)

(5) Aide et prêt à faible intérêt de la Corée du Sud à l’Ukraine

Au sommet du G 20 qui s’est tenu récemment à New Delhi, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a annoncé une aide supplémentaire de son pays à l’Ukraine  de 2,3 milliards de dollars pour l’aider à « restaurer la paix » sur son territoire et à effectuer les reconstructions nécessaires  du fait de la guerre avec la Russie. La Corée du Sud versera d’abord 300 millions de dollars en 2024  sous la forme d’une aide humanitaire et le reste sous celle d’un prêt à long terme  à faible taux d’intérêt.

16 Août 2023


Il faut intégrer l’Ukraine à l’OTAN

Poutine parie sur une guerre interminable. Tout le monde le comprend.

L’aide en matériel apportée à l’Ukraine par le monde libre ne suffira pas à faire gagner David contre Goliath.

Tout le monde le comprend.

Comment alors éviter la guerre sans fin que veut Poutine?

Il n’existe qu’un moyen de couper court à cette guerre et de faire rentrer les envahisseurs chez eux sans avoir à faire la guerre à la Russie.

Ce moyen consiste à intégrer l’Ukraine dans l’OTAN et à ouvrir ainsi au dessus de sa tête le parapluie de l’article 5.

Cela exige que l’OTAN et le monde libre tirent toutes les conséquences de la situation mondiale et s’organisent sans tergiverser.

Cela signifie deux choses

– Les conditions restrictives d’entrée dans l’OTAN qui se justifiaient dans l’après guerre froide doivent être adaptées dans l’urgence à la situation actuelle.

– Il faudra aussi supprimer le droit de veto des pays qui s’opposent à cette réorganisation de l’Otan.

Quand cette intégration sera annoncée, ce sera l’envahisseur de l’Ukraine qui devra affronter un monde libre ayant enfin les mains libres.

Il y a des fortes raisons de prévoir que Poutine ne s’y frottera pas.

André Senik

Photo: © Crown Copyright 2014 Photographer: Sergeant Paul Shaw LBIPP (Army) Image 45157525.jpg from www.defenceimages.mod.uk

7 Fév 2023


24 février 2022

Le 24 février 2022 est la deuxième date critique du XXIème siècle, après celle du 11 septembre 2001. Ce siècle est à ce jour beaucoup moins dur que le précédent mais beaucoup plus dur qu’attendu avec candeur par les démocraties après la chute du mur de Berlin du 9 novembre 1989. L’euphorie de l’époque leur fit croire qu’elles incarnaient à leur tour le sens de l’histoire.

A partir du 31 décembre 1999, Vladimir Poutine a fait preuve d’une exceptionnelle habileté qui n’est pas sans rappeler celle de Hitler qui sut si bien séduire le maréchal Hindenburg, porter cravate et parler au monde de la paix.

Qui allait mourir pour Dantzig alors qu’on n’avait même pas défendu Prague ?

Face à des démocraties incrédules, ou trop crédules, sans passion et sans objectif, Poutine, comme Hitler, a su avancer pas à pas et gagner.

Le Président Biden annonçait jour après jour que les Russes préparaient l’invasion de l’Ukraine mais que les Etats-Unis n’interviendraient pas. Comment ne pas le croire après son récent et brillant retrait d’Afghanistan ?

Joueur remarquable, Vladimir Poutine avait toutes les cartes en main. Il ne manqua même pas de prendre le temps de s’amuser avec le nouveau Chamberlain, un président Macron qu’il venait de gifler au Mali.

La blitzkrieg a échoué. Au XXème siècle, elle dura cinq ans, deux fois.

Chacun attend la percée du front ou l’épuisement de l’adversaire, finalement les deux.

En l’occurrence, qui a les nerfs les plus solides ? Démocrates, nous connaissons les faiblesses des démocraties : les opinions sont infantiles et versatiles ; le pacifisme est la façon la plus confortable de s’y voiler la face. La Russie peut-elle tenir sur le long terme sans la Chine ? Le fleuve Amour est une frontière plus fragile que le Rhin.

La Chine jouit d’une « divine surprise ».

Vladimir Poutine ne peut pas céder sans périr. Il est condamné à avancer. Il estime que le temps joue pour lui : l’opinion des démocraties est réversible et les Etats-Unis sont capables de se déchirer à propos du sexe des anges.

L’Amérique ne peut pas céder sans perdre son domaine occidental d’Asie et d’Europe. Elle est condamnée à refuser le diktat. Elle estime que la Russie sera peu à peu asphyxiée.

Une diplomatie moderne, en 3D, trouverait-elle un compromis sans lutte finale ?

Toutes choses restant égales par ailleurs, il semble que l’empire de Catherine II vit ses derniers feux.

JLC

16 Juil 2022