Réconcilier les mémoires?

Je trouve qu’Emmanuel Macron se trompe en voulant « réconcilier les mémoires. »

Réconcilier la mémoire des partisans du FLN avec la mémoire des harkis massacrés et des Pieds noirs expulsés ?

On ne peut réconcilier les survivants et les descendants de cette histoire qu’en adoptant des deux côtés une mémoire commune fondée sur la vérité historique.

Or, ni Benjamin Stora, ni les historiens officiels de l’Algérie, ne semblent disposés à dire la vérité et les vérités d’une façon objective sur la colonisation, sur la guerre d’Algérie, et sur ses conséquences. .

Voici en quelques lignes ce que j’aurais aimé entendre dans la bouche de Macron :

Ce qu’un chef d’État devrait dire aux jeunes issus d’une immigration qui a commencé il y a plusieurs générations, c’est de se demander pourquoi leurs ascendants ont choisi d’immigrer en France

N’est-ce pas la preuve qu’elle était à leurs yeux tout le contraire d’un repoussoir : aucune religion n’y est discriminée; aucune n’y exerce sa domination ou même sa terreur; aucune forme de racisme n’y est tolérée par la loi; les droits des hommes et des femmes y sont respectés à égalité comme dans très peu de pays et les services publics sont au service de tous.

Il est vrai qu’on peut ne pas trouver aisément son identité et sa place dans la société quand on est issu d’une autre culture que celle du pays qui vous accueille. Cela suppose un effort d’adaptation.

Mais la France n’est pas responsable de cette difficulté d’insertion. À preuve les autres vagues d’immigration, et à preuve aussi les descendants de votre immigration qui ont magnifiquement réussi leur intégration, grâce en particulier à leurs efforts au sein de l’École de la République.

Votre avenir en France ne dépend que de vous. Il dépend de votre choix : soit vous choisissez de vous intégrer et de vivre comme les autres Français, soit vous choisissez de vous replier sur ce qui vous différencie et qui vous oppose aux autres Français.

Les obstacles à votre intégration et à votre réussite ne proviennent pas de la société française. Ces obstacles, ce sont la victimisation, le repli identitaire, le rejet de la culture française. En un mot : l’islamisation. Tels sont les obstacles qui peuvent vous empêcher de devenir des Français à part entière.

Si vous vous considérez comme des Français musulmans, ce qui est votre droit, alors comportez-vous comme le font les Français qui se considèrent comme des Français catholiques, protestants, juifs, agnostiques, bouddhistes ou sans religion, c’est-à-dire sans repliement communautariste. Vivez comme eux et combattez avec eux l’offensive islamiste qui veut imposer la charia à vous et aux autres Français.

L’accusation d’islamophobie, c’est-à-dire de racisme antimusulman, qui est adressée à ceux qui combattent l’islamisme conquérant, n’est qu’un mensonge.

La France, et d’abord dans l’École de la République, traite toutes les religions de la même façon, et l’Islam n’y fait pas exception. Les caricatures de nos dessinateurs n’épargnent aucune religion et ne visent les croyants d’aucune religion.

Nous ne confondons pas, et vous non plus vous ne devez pas confondre, l’Islam comme religion vécue pacifiquement, et l’islamisme conquérant qui veut nous imposer un autre type de civilisation.

L’islamisme conquérant nous combat à cause de nos valeurs de liberté et d’égalité, à cause notre mode de vie. Cet islamisme conquérant est une idéologie politico-religieuse agressive et totalitaire. C’est lui l’agresseur que les Français de toutes convictions et de toutes origines ont le droit et le devoir de combattre.

Si vous souhaitez persévérer dans le choix de vos ascendants, et si vous faites le choix de vivre en Français, vous êtes pleinement des nôtres.

Vous êtes ici chez vous, non parce que vous y êtes nés, sans l’avoir choisi, mais avant tout parce que vous choisissez librement d’y demeurer et de vous y intégrer sur tous les plans.

Si vous voulez être des nôtres, faites comme chez nous.

André Senik


Discussion Jean-Louis Carillon & André Senik

Jean Louis Carillon – Si jamais Mourad entendait vos propos, je redoute sa réponse : Pourquoi voulez-vous que nous soyons des vôtres ? Pourquoi voulez-vous que nous renoncions à être nous-mêmes ? Votre discours ethnocentrique ne s’adresse qu’à vous-mêmes, incroyants qui ignorez, méprisez et bafouez Dieu tout-puissant. La parole du Prophète ne s’use pas comme la vôtre. Votre monde scandaleux la fortifie.Mourad existe, même s’il est minoritaire, même s’il a tort, même si nous ne l’approuvons pas. Le propos d’André Senik est la voix de l’humanisme à laquelle Mourad a droit de réponse. André Sénik aura bien sûr droit de réponse à la réponse de Mourad. La question réelle est de savoir comment faire entendre notre raison à Mourad, ou comment cantonner Mourad, ou comment ignorer Mourad.S’il n’y a pas de réponse possible, encore faut-il le dire : est-il sage d’attendre la paix au Moyen-Orient ou la dissolution de la menace par elle-même ? Déjà, on ne savait pas gérer l’anarchisme qui mina la Russie ou brilla à Sarajevo. Que peuvent « Les Lumières » contre le nombre et l’économie de la drogue ?

André Sénik – J’ai effectivement écrit que j’aimerais qu’on dise à ceux qui nous viennent d’ailleurs « «  si vous voulez être des nôtres, faites comme chez nous  » », et non pas « faites comme chez vous ». L’adage « Soyez Romains à Rome » n’est pas un point de vue humaniste, c’est la moindre des exigences d’une société dont l’humanisme consiste à accueillir ceux qu’elle veut et peut accueillir sans se nuire à elle-même. Que répondre à Mourad qui veut nous imposer sa conception de la vie? Que s’il ne veut pas nous laisser vivre à notre gré, qu’il aille vivre à son gré ailleurs, car nous ne le laisserons pas nous imposer sa volonté. Nous devons plus clairement encore mettre les jeunes issus de l’immigration devant cette alternative. Je rappelle au passage que je ne suis pas partisan d’imposer le modèle assimilationniste défendu par Causeur. Je suis partisan de proposer l’intégration sans éradication des autres origines, mais seulement de ce qui est incompatible avec notre mode de vie. Bonne année.

JLC – Pieuserie !  Tout le monde intelligent pense ainsi depuis plus de 40 ans. L’état des lieux dressé par Iannis Roder (rapport dans le cadre de la Fondation Jean-Jaurès et l’IFOP – Figarovox 7/1/2021) mentionne que «  26 % Français musulmans de moins de 25 ans ne condamnent pas les auteurs de l’attentat de Charlie-Hebdo et 74 % d’entre eux font passer leurs convictions religieuses devant les lois de la République.

A.S. – Où est notre désaccord  ?

JLC – Je ne crois pas que les maîtres d’école parviendront à convaincre Mourad. Mourad n’est même plus expulsable : personne n’en veut, surtout pas les pays musulmans. Mourad risque de provoquer la cassure de la société française. La «  montée aux extrêmes  » analysée par Raymond Aron est latente, en cours. Il semble que tous préfèrent rester dans les mots.  Sans doute sont-ils incapables de faire plus, soit par ignorance, soit par facilité, soit par crainte.

A.S. – Je ne crois pas qu’on puisse faire changer d’avis  les jeunes qui sont gagnés à l’islamisme par des raisonnements.  J’ai été stalinien à leur âge est aucune argumentation rationnelle n’aurait pu me faire changer d’avis à cette époque. J’ai énoncé ce que je crois être le discours que l’École doit adresser frontalement et abruptement aux jeunes issus de l’immigration : si vous souhaitez  être acceptés par les Français, faites comme chez eux. Ne reprochez rien au pays où vous choisissez de vivre : votre avenir ne dépend que de vous, car la France ne pratique aucune discrimination à votre égard. 
Mais il ne sert à rien non plus d’accuser «  tous  » ceux qui doivent agir, car cette accusation globale n’est ni juste ni productive.

JLC – L’Ecole n’est plus capable d’adresser ce discours «  frontalement et abruptement  ». Ce discours est vain puisque  «  on ne peut faire changer d’avis les jeunes gagnés à l’islamisme par des raisonnements  ». La bonne conscience philosophique ne fait pas une politique. Je n’accuse personne. Je constate l’état des lieux

9 Déc 2020


[Entretien] VGE : un tropisme pro-soviétique ? Entretien avec Vincent Laloy

Landscape

H&L- Vincent Laloy, vous avez beaucoup travaillé sur la biographie politique de Valéry Giscard d’Estaing – au point que vous avez remis récemment un manuscrit sur sa conception des relations internationales à un éditeur parisien. Sa mort – à part quelques rapides allusions aux diamants offerts par « l’empereur » Bokassa de Centrafrique, a été l’occasion de chanter les louanges de ce « président qui a su moderniser la France », mais on n’a guère entendu parler de sa politique étrangère. Quel jugement portez-vous sur elle?

VL- Si le défunt président a sans doute contribué au renforcement de l’axe franco-allemand, confortant ainsi l’Europe dans son ensemble, s’il s’est gardé d’envenimer les rapports avec les Etats-Unis, on reste songeur sur sa perception de l’URSS et du bloc soviétique, sans parler d’une certaine bienveillance qu’il montrait envers le parti communiste. A l’époque de l’élection présidentielle de 1981, circula même une plaquette anonyme dont le titre allait, sans doute sans nuance, droit au but : « Giscard d’Estaing, le candidat du Kremlin ».

Mais avant comme après cette publication, des auteurs, et non des moindres, se sont interrogés sur les capacités de VGE à comprendre la véritable nature du bloc soviétique. Comme les gaullistes, il pratiquait un parallèle systématique entre le bloc de l’Est, monolithique, et le prétendu bloc de l’Ouest, constitué de pays libres ayant librement consenti une alliance dont ils pouvaient sortir (c’est ainsi que la France quittera l’organisation militaire intégrée de l’Otan en 1966).

H&L- A quels auteurs critiques faites-vous allusion?

VL- Entre autres à Raymond Aron, Jean-François Revel, Alfred Grosser, Olivier Chevrillon, Philippe Robrieux, au diplomate François de Rose, à l’universitaire Marie Mendras (laquelle évoque les « concessions injustifiées de VGE »). Tous ont exprimé leur préoccupation face à un président qui avait toujours considéré les Etats du bloc de l’Est comme des Etats pas très différents des autres. Il déclarait ainsi en juin 1977 que les citoyens soviétiques choisissaient librement leur régime !

Deux ans plus tôt, VGE estimait que la question de la défense européenne ne devait pas même être évoquée car l’idée déplaisait aux Soviétiques. De la « finlandisation volontaire », s’indigna alors Raymond Aron ! Imaginons les réactions des gaullistes et des communistes s’il avait émis un tel propos indiquant que les Etats-Unis ne voulaient pas en entendre parler !…

H&L- Il était pour le moins prudent, en effet. Mais vous parlez même de complaisance à l’endroit des Soviétiques…

VL- …Et je crois avec quelques bonnes raisons : le voyage de Varsovie, en mai 1980, où VGE va rencontrer Brejnev, chez Gierek, a suscité des critiques très nombreuses, y compris chez ses alliés centristes, sauf de la part du PCF, évidemment. Il s’agissait de discuter de l’intervention en Afghanistan, laquelle mettait à mal la sacro-sainte « détente ». Il n’y eut pas de manifestations de désaccord de Giscard d’Estaing avec le dirigeant soviétique ! Il est vrai qu’en mai 1975, VGE déclarait : « les dirigeants de l’Union soviétique n’ont pas de programme d’intention militaire agressive à l’encontre de l’Europe occidentale ». Il faisait l’impasse sur la recherche par les Soviétiques, de la « finlandisation » de l’Europe, la victoire sans la guerre pour acquérir sur elle un droit de regard et d’intervention. Il faisait aussi l’impasse sur les menaces visant la Pologne (qui sera reprise en mains en 1981 par Jaruzelski), et sur la tentative de mainmise sur l’Afrique (pensons à l’Angola, à l’Ethiopie) et sur l’Amérique centrale (où les mouvements révolutionnaire au Salvador et au Nicaragua étaient ouvertement financés par l’URSS).…

Après la rencontre de Varsovie, le dissident russe Leonid Plioutch écrivit : « la France est peut-être le pays le plus finlandisé de l’Europe occidentale ». VGE, avant le coup d’Etat de Jaruzelski en 1981, enjoignait le peuple polonais, qui aspirait si fort à de profondes réformes, de tenir compte « des craintes, acceptables pour l’Union soviétique », de voir changé le système polonais. Justifier, excuser par avance le droit de regard de Moscou, c’était cela aussi la « détente » : le relâchement du côté occidental mais le doigt sur la gâchette côté russe.

A la mort de Brejnev, en novembre 1982, VGE rendra hommage à « un homme de paix, simple et chaleureux ».

Ajoutons à cela des erreurs complètes d’appréciation lors de la conquête du pouvoir par les communistes, en avril 1975, au Vietnam du sud, une singulière bienveillance pour l’Iranien Khomeiny, une politique systématiquement hostile à Israël, en tout cas défavorable aux accords de Camp David, bref une politique pro-arabe érigée en dogme. L’addition est lourde !

H&L-Ces grands choix internationaux avaient-il des conséquences sur sa politique intérieure?

VL – VGE cherchait à éviter la polémique, et s’attachait à se tenir au-dessus de la mêlée. Pire : il n’a cessé de manifester une certaine compréhension envers le parti communiste, soulignant à qui voulait l’entendre que les communistes étaient « des Français comme les autres ».

Lors de la disparition, en 1977, du plus stalinien qui soit parmi les communistes, Jacques Duclos, VGE salua ce « représentant authentique du peuple français ».

Et quand éclata le passé trouble, sous l’Occupation, de Georges Marchais, l’Elysée s’employa au maximum à freiner ces révélations, au motif qu’il s’agissait d’attaques personnelles, lesquelles pourtant ne cessaient pas de la part de Marchais et de son parti contre VGE.

H&L- Le PCF n’appréciait donc pas cette politique complaisante?

VL- Au contraire! S’il y avait en effet des critiques lancées contre le chef de l’Etat, le parti communiste, selon de nombreux témoignages, dont ceux de Claude Llabres et de Didier Daenninck, appela en sourdine à voter pour VGE à la présidentielle de 1981, alors que, de son côté, le parti gaulliste faisait voter presque ouvertement, pour le candidat Mitterrand, finalement élu face à VGE !

Si l’on en croit Philippe Robrieux, ancien secrétaire général de l’UEC (Union des Etudiants communistes) et auteur d’une monumentale histoire du PCF, VGE et Brejnev se seraient mis secrètement d’accord pour parvenir à une rupture de l’union de la gauche, et pour favoriser ainsi la réélection de VGE. En somme, faites-nous une bonne politique étrangère et vous aurez, en France, la paix sociale, garantie par une Cgt aux ordres du parti à l’époque.

Mieux valait un Giscard, faible et complaisant, qu’un Mitterrand, considéré comme plus atlantiste.

H&L-Mais n’y avait-t-il pas chez Giscard l’idée d’empêtrer l’URSS dans les rencontres, discussions et accords avec l’Ouest? Pendant ce temps, la population soviétique espérait de plus en plus autre chose, et pas seulement la population : les nouveaux cadres aussi. C’est en 1986 que Gorbatchev arrive au pouvoir. Giscard peut ainsi soutenir que son attentisme a payé.

VL- Sa complaisance n’avait rien à voir avec une habileté tactique ! On le voit lors de la réunification allemande quand il déclare à Louis Mermaz que « c’était une faute politique ». Et on le voit encore en 2015, lors d’un colloque du « Dialogue franco-soviétique », un organisme fort proche du pouvoir poutinien. Il ira jusqu’à confier à la revue Politique internationale de février 2015 que l’annexion de la Crimée – qu’il ne condamne ni ne réprouve – avait pour origine un « complot américain ». Pas moins ! Il y a là un tropisme difficile à comprendre mais bien réel.

Ma conclusion est celle de Jean-Louis Bourlanges, l’ancien député centriste européen et actuel député des Hauts-de-Seine, peu suspect d’anti-giscardisme, qui dans la revue Commentaire de l’automne 2020, se demande « pourquoi (…) le président n’hésite-t-il pas à compromettre, en pleine guerre froide ressuscitée, son image d’allié fidèle et de bon européen, pour afficher une russophilie ostentatoire dont il ne tirera rien sinon le quolibet de « petit télégraphiste » [rencontre avec Brejnev à Varsovie en mai 1980] dont l’affuble le candidat socialiste ? ». A Jean-Louis Bourlanges ou à Raymond Aron qui déplorait, en août 1981, que VGE « se croyait contraint, pour dissiper les soupçons du RPR et apaiser le PC, de multiplier les bonnes manières à l’égard de Moscou ».

7 Déc 2020


Boris Souvarine La contre-révolution en marche, Ecrits politiques (1930-1934), éd. Smolny, Toulouse 2020, 288p. 12 euros.

En ces temps de confusion idéologique, de vulgarités et d’opinions sans fondements qui alimentent pourtant la « toile » et y trouvent des centaines de milliers d’échos, en ces temps de simplismes et de violences, c’est un havre de fraicheur intellectuelle que nous offre ce recueil de textes de Boris Souvarine écrits au début des années 1930, tirés de La Critique sociale, du Bulletin communiste ou du Travailleur communiste, syndicaliste et coopératif. La précision des références, la solidité de l’argumentation, la justesse des mots employés et, il faut le dire, la qualité de la présentation et de l’appareil critique de cette édition due à deux très bons connaisseurs de la pensée révolutionnaire marginale des années 20 et 30, Charles Jacquier et Julien Chuzeville, rafraichissent agréablement notre mémoire. Il y a eu, en France – et ailleurs- tout un monde de militants et de penseurs se réclamant d’un communisme véritable, de libertaires ou d’anarcho-syndicalistes, qui ne se reconnaissaient pas dans l’Union dite soviétique, jugée par eux contre-révolutionnaire.

Une telle appréciation ne leur suggérait pourtant pas d’aller jusqu’à qualifier de totalitaires, comme nous le ferions aujourd’hui, le régime stalinien, la brève direction léniniste antérieure et encore moins l’entreprise échafaudée par Marx et Engels. La grille de lecture de Souvarine, en ces années 30, est toute marxiste et (certes, de moins en moins) léniniste. Ses outils conceptuels de référence restent la lutte des classes, la révolution prolétarienne, le déterminisme matérialiste de l’histoire, la caste bureaucratique qui s’était substituée au parti bolchevik, la démocratie bourgeoise, et son caractère fallacieux impliqué par son mode de propriété, etc.

Peut-être ceux qui nous présentent ces textes se sont-ils sentis gênés aux entournures par cette cote taillée à l’ancienne : le terme de totalitarisme est utilisé par eux une ou deux fois dans leur présentation et ils cherchent à renouveler leur cadre de pensée en nous indiquant certaines réflexions méconnues qui y invitent, comme par exemple celle du libertaire américain Murray Bookchin (1921-2006), auteur entre autres de Changer sa vie sans changer le monde1. Charles Jacquier, qui qualifie notre époque de « déconcertante », laisse entrevoir sinon son trouble du moins la difficulté à penser notre temps en gardant la même boite à outils que Souvarine. En faisant explicitement référence au titre du livre d’Anton Ciliga sur son expérience de l’URSS2 , Au pays du mensonge déconcertant, les auteurs de ce choix d’articles de Souvarine se situent indéniablement dans l’héritage de la mouvance marxiste critique et marginale des années 20 et 30. Mais ils se veulent aussi conscients de l’indispensable réflexion à mener pour parvenir à caractériser un monde actuel en effet déconcertant, tant il est riche de menaces et de chaos en même temps que de promesses.

Pierre Rigoulot

1 Réédité par les éditions Agone, Marseille 2019

2 Plon, les îles d’or 1950

30 Nov 2020