Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Programmation artistique riche et éclectique ces 14 et 15 septembre à la Fête de L’Humanité : Calogero, Louise Attaque, MC Solaar, Angélique Kidjo et beaucoup d’autres chanteurs et groupes musicaux parmi lesquels certains détonnent notablement : HEUSS L’ENFOIRE, KALASH CRIMINEL, LES VULVES ASSASSINES, VOYOU, VLADIMIR CAUCHEMAR …

CAUCHEMAR se dissimule sous un masque à tête de mort, VOYOU joue un personnage, LES VULVES ASSASSINES en veulent à mort à ladite extrême droite, KALASH CRIMINEL, lui,« fustige de son verbe cru, dru, la rude condition imposée aux cités populaires » (L’Humanité, 1er mars 2019). Il vivait alors à Sevran.

Le rappeur franco-congolais s’est fait connaître en 2018 sur les réseaux sociaux avec son clip « Cougar gang » moquant sans détour le couple présidentiel. D’où succès (deux millions de vues !), fortune, déménagement et créations d’entreprises fort rentables (disques, parfums, vêtements), qui lui permettent de soutenir des associations de lutte contre la pauvreté …Sa « réussite » et sa générosité font, paraît-il, la fierté de son ancien quartier. Il y revient, de temps en temps, pour tourner des clips d’épouvante : lui et ses potes, tous en cagoule et en

treillis, couteau ou kalachnikov (des vraies ?) en main, hurlant « Sauvages ! Sauvages ! Sauvages ! » ou « T’es mort, t’es mort, t’es mort ». « Ce que je dis est violent parce qu’on vit dans un monde violent … je retranscris » explique-t-il (22/11/2018) à l’AFP, laquelle salue « sa rage sur fond d’histoires de violence et de sexe, avec talent et second degré » (bien sûr !)

Ses fan’s prennent feu et flamme sur les « réseaux » : « Les autres menacent avec un pistolet et lui,  il menace avec une grenade » – « Quand j’écoute Kalash, j’ai envie de braquer mon voisin » -« On l’écoute en New Calédonie » – « Sauvagerie absolue » – « Roi des sauvages comme Attila », etc., etc..

KALASH a des amis choisis : « Je connais très bien Hadama Traoré, un ex-rappeur. J’ai enregistré mes premiers sons dans le studio qu’il fréquentait, à Saint-Denis. Il avait adoré mon rap » (Le Parisien , 19/11/2018).

… Voilà les gens que met en scène L’Humanité, par rivalité électorale avec l’intempérant Mélenchon : de faux rebelles mais vrais porteurs de haine raciale (ici anti-Blancs), des individus sans scrupules, arrivistes et cyniques qui « racisent » les habitants des banlieues et les auto-stigmatisent. Au moment même où la France est endeuillée et révoltée contre la succession d’agressions et de meurtres envers des enfants, des gardiens de la paix, des agents municipaux, des soignants, de simples passants …

« Mes frères pourraient te le dire, depuis petit je tabasse

Mon côté sauvage a pris le dessus, mec dangereux et tenace »

(KALASH CRIMINEL, single « Enterrez-les », 2017)

« Je rêve de la démocratie

Mais j’ai un comportement dictateur »

(« T’es mort », 2017)

« Le respect c’est quand tout le monde se tait quand je parle » (KALASH)

(KALASH aime se faire photographier assis sur un trône, comme le tyrannique Mobutu.)

D’une certaine façon, à rebours du vrai respect, celui des subordonnés envers les autorités légitimes, et réciproquement, les irresponsables de la Fête de L’Humanité  continuent à vénérer la violence et la domination, germes de totalitarisme. 

Guy Barbier, le 13 septembre 2024 

12 Sep 2024


Réponse à: RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 26 août 2024

6 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


 Le vrai problème, pour cette élection, est que ni les uns ni les autres, jusqu’à présent, n’ont voulu dévoiler clairement leurs perspectives et leurs propositions.

Kamala Harris et Tim Walz ont des biographies politiques marquées à gauche, et même à la gauche la plus radicale. Elle en tant que procureur, puis sénateur de Californie, lui en tant que gouverneur de l’Etat du Minnesota.  Ils ont soutenu toute la gamme du socialo-wokisme et ses résultats : police démoralisée, enseignement public en faillite, invasion migratoire sur le Rio Grande, abolition de la notion de genre (Walz a ordonné aux écoles publiques du Minnesota de mettre des serviettes hygiéniques dans les toilettes des garçons, au cas où…). Il y a aussi toute une politique « d’énergie verte » qui nuit à l’indépendance énergétique que le pays connaissait sous Trump, la baisse du pouvoir d’achat, l’inflation, l’endettement à perte de vue pour des générations, ces difficultés grandissantes étant bien entendu, autant  d’avantages concédés à nos adversaires russes, chinois, perses et autres.

Kamala Harris bénéficie d’un avantage qu’on aurait pu facilement anticiper.  L’électorat américain depuis longtemps exprimait un manque d’enthousiasme pour les deux fâcheux Trump et Biden, et pensait depuis 2020 qu’il serait raisonnable de tourner la page des années de guerre civile verbale et de proposer des hommes nouveaux.  Contre Biden, Trump avait toutes les chances de gagner l’élection car il était de toute évidence « centriste » dans ses positions (sinon dans son comportement), tandis que Biden était de plus en plus visiblement le prisonnier le l’extrême gauche de son parti. Celui-ci, d’ailleurs, était de plus en plus prisonnier de ses gauchistes.  Mais les Démocrates ayant réalisé un coup d’Etat contre leur propre tête de liste – du jamais vu en Amérique et un très mauvais signe pour la démocratie libérale dont les Démocrates ne cessent de dire qu’elle est menacée par la droite -, reste Trump à qui bien des électeurs auraient préféré dire merci et au revoir. La démocratie étant toujours un peu démagogique, Harris-Walz, contre toute évidence, apparaissent « nouveaux », permettant ainsi de prétendre que ce sont eux les centristes modérés et respectueux des institutions. Et tant pis s’ils ont affirmé dans un passé très récent qu’il fallait, par exemple, donner au législateur un pouvoir de surveillance (et de veto) sur la branche judiciaire et en particulier sur la Cour Suprême…

L’important, donc, est de savoir si, quand les sottises de l’été auront cessé et quand la campagne électorale sera dans sa phase finale, les Républicains et l’équipe Trump-Vance sauront convaincre les Américains qu’ils représentent le parti de la prudence — défense des institutions, politique étrangère sérieuse, attitude normale envers la biologie –, ou s’ils succomberont  aux  tentations de l’invective et ne récolteront alors que les raisins de la colère.

Roger Kaplan

Journaliste à The American Spectator

le 15 août 2024

17 Août 2024


Il y a normalement quelques semaines de sottises verbales après les assemblées d’investiture des candidats à la présidence, qui se tiennent en juillet ou en août, Puis, à la fin de l’été marquée par le Labor Day, qui tombe le premier lundi de septembre pendant le dernier tournoi de tennis du grand chelem à New York et les fêtes juives (qui cette année commencent début octobre), a lieu le sprint final qui aboutit le « first Tuesday after the first Monday » de novembre – ce sera le 8 cette année – suivi d’un vote pour choisir les membres du collège électoral, lequel, à son tour, en décembre, normalement, procédera à un vote qui sera certifié par le Sénat (normalement en janvier). Le mandat du nouveau président commencera alors, dès son intronisation, deux semaines après… normalement.

L’époque étant anormale, qui peut dire que ce calendrier sera suivi? Pour le moment, il tient bon. Mais en ce mois d’août, on donne très peu dans le sérieux.  Il y eut d’abord des défis réciproques à propos des débats qui devaient être programmés. Pour le moment il semble que le champion républicain (D. Trump) et la championne démocrate (K. Harris) sont d’accord pour organiser trois débats télévisés en septembre, mais il faut se méfier : ça peut changer ! Une question inutile de Trump sur l’ascendance raciale ou tribale de Mme Harris a ouvert la porte à des accusations de racisme, usées depuis longtemps alors qu’on sait très bien que Trump n’est pas raciste mais qu’il utilise volontiers un langage parsemé de blagues ethniques (« ethnic jokes ») qui, en plus d’être d’un gout douteux ont le défaut de souligner son âge (78 ans) dans la mesure où la forme en est plutôt désuète, alors que son adversaire, ayant remplacé le Vieux Biden après avoir assuré jusqu’à la veille de son désistement qu’il était « en pleine forme », joue maintenant (à 59 ans) la carte de la jeunesse. 

C’est idiot mais normal pour l’été. Toutefois il faut remarquer que les « boss » Démocrates ont profité de ce qu’on nomme la silly season (la saison bête) pour opérer un « coup d’Etat » (comme disent les Républicains) en remplaçant Biden par son vice-président sans demander leur avis aux électeurs des primaires de leur parti; Biden lui-même voulait maintenir sa candidature – ce qui pose une première question à faire peur: s’il n’est pas en état (physique et mental) d’être candidat, est-il prudent qu’il garde la main sur les codes nucléaires jusqu’en janvier? Et cette autre : son état de santé a-t-il été caché aux Américains depuis 2020?  Mais alors qui gouverne, sinon des « putschistes » se présentant comme sa famille, son entourage, ses ministres…? 

Il y eut ensuite des échanges d’insultes entre les candidats à la vice-présidence, J. D. Vance sur la liste républicaine, Tim Walz sur la liste démocrate, à propos de leurs années de service militaire, sans toucher du tout à ce que sont, de fait, leurs positions face aux défis internationaux.

Or il est certain que ces défis posent des questions auxquelles les Américains doivent avoir des réponses.  Trump et Vance se contentent de rappeler que sous l’administration Trump le monde n’était pas en guerre, et que les politiques munichoises et peu cohérentes de Biden, et par association de Harris, ont mené le monde au bord de l’abime.  

Car il n’est pas faux de dire que le désordre va croissant, et il est vrai que déjà sous l’administration Obama la politique des Etats-Unis envers l’Iran encouragea le régime des mollahs à soutenir les agressions contre Israël et la liberté de navigation.  Obama avait donné l’ordre de débloquer des milliards mis sous séquestre dans le cadre d’un embargo visant a stopper le développement d’une arme nucléaire islamo-iranienne.  De façon plus générale, il avait ouvert une diplomatie de « détente » que les Perses ne lui rendirent pas. Bien au contraire, ils redoublèrent leur soutien aux Hamas, Hezbollah, et autres Houtis.  Depuis quelques temps on assiste aussi à une recrudescence des activités de « l’Etat islamique », sans parler de l’abandon honteux de la campagne pour donner a l’Afghanistan une chance de sortir de l’emprise des talibans.  

Il y a aussi la guerre en Ukraine et l’immigration, pour ne pas dire l’invasion en cours via le sud-ouest américain, et les budgets de la défense en chute libre. La Chambre des représentants a voté en juin le budget Défense de 2025, avec des augmentations par rapport a presque tous les budgets depuis le gouvernement Reagan: manoeuvre politicienne mais d’où l’on peut tirer un certain soulagement. Il faut quand même savoir que, dans le contexte de l’inflation et des années de pénurie, la Défense américaine est sérieusement en retard sur plusieurs dossiers, l’un des plus inquiétant étant l’augmentation de la puissance navale chinoise.

Si Biden n’a pas  de quoi se vanter de sa politique étrangère, il faut reconnaître que la montée des périls aurait eu lieu même si Trump était resté aux affaires en 2020. Il y a dans le monde, qu’on le veuille ou non, des mouvements et des Etats totalitaires qui vouent une haine implacable à l’Occident.

Roger Kaplan,

journaliste à The Américan Spectator

le 15 août 2024

15 Août 2024


La société nord-coréenne bougerait-elle?

La Corée du Nord ou plutôt sa direction, fait parler d’elle : signature d’un accord avec la Russie poutinienne sur des échanges de matériel et d’informations d’ordre militaire, poursuite des essais balistiques, pressions sur la DMZ, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées.…La guerre en Ukraine ne concerne pas seulement l’Europe. Par l’aide que la Corée du Nord apporte à la Russie sous la forme d’obus et de missiles anti-chars, aide qui suscite de la part de la Corée du Sud la menace d’une aide possible de sa part à l’Ukraine, on sent qu’est dépassé le simple niveau d’une guerre localisée. A 9 000 km de Kiev les deux parties de la péninsule coréenne qui se font face depuis plus de 7 décennies s’impliquent de plus en plus dans le conflit qui fait rage à l’est de l’Europe. Le Sud accroît le long du 38 ème parallèle qui le sépare du Nord la diffusion de discours hostile au régime totalitaire du Nord et des groupes de réfugiés du Nord vivant au Sud envoient des ballons au dessus de la DMZ vers le Nord, avec des clefs usb contenant de la musique pop’ du Sud. La réponse méprisante de Pyongyang qui envoie des ordures et diverses déjections au Sud,  cache mal  son inquiétude. Malgré la fermeture totale de la frontière sino-nord coréenne, malgré le brouillage des chaines de radios et de télévision, le Nord capte quelques échos venus du Sud,  Des tics de langage, du vocabulaire et des expressions en cours à Seoul sont adoptés ici et là. Les modes vestimentaires de Seoul sont suivies par la jeunesse, comme ses succès musicaux. La réponse de l’Etat totalitaire nord-coréen ne surprendra pas. La répression la plus brutale vise ces « comportements anti-socialistes ». Des amendes peuvent frapper les zazous nord-coréens. Des exécutions (en public) de jeunes Nord-Coréens surpris avec des enregistrements venus du Sud ont même eu lieu. 

Sans doute ne faut-il pas exagérer l’importance de cette réceptivité à la culture du Sud.  Mais  elle existe, à la manière dont les jeunes des pays de l’Est européen dans les années 1970/1980 étaient fascinés par la musique des Beatles ou des Rolling stones. Quelque chose bouge dans cette société nord-coréenne que le pouvoir tente de mettre sous cloche. On a pu voir également mis en cause les infidélités au sein des couples ainsi que le divorce, évidents reflets de l’immoralité des sociétés occidentales  dépravées. On a pu aussi voir pleurer en public le numéro 1 Kim Jong Eun qui se lamentait de ce que les femmes du Nord ne faisaient plus assez d’enfants, à l’instar des femmes du Sud ! Comment la belle patrie « socialiste » allait-elle être défendue contre l’impérialisme américain et ses valets du Sud? 

Où l’on retrouve ce « clou » qu’il faut sans cesse enfoncer : c’est en contribuant à informer la population nord-coréenne de ce qui se passe ailleurs que nous minerons le pire régime totalitaire de la planète.

Pierre Rigoulot

13 Août 2024


Revel coupable, forcément coupable

Par Henri Astier et Pierre Boncenne

Publication originale sur medium, 11 juillet 2024

Jean-François Revel, président de l'Institut d'histoire sociale de 1998 à 2006
Jean-François Revel, président de l’Institut d’histoire sociale de 1998 à 2006

En juin, une enquête de Libération révélait une affaire de pédophilie sans précédent. Des personnalités du Paris des années 1970 et 1980 étaient accusées d’actes sexuels commis sur des enfants. Notre première réaction fut le choc. Mais après avoir analysé cette série d’articles, intitulée “Les hommes de la rue du Bac”, nous avons décidé de mettre ici le mot “enquête” entre guillemets.

Le dossier repose sur le témoignage d’une femme, Inès Chatin, qui affirme avoir subi de sordides sévices lorsqu’elle avait entre quatre et treize ans. Les hommes mis en cause sont, par ordre alphabétique: l’avocat François Gibault ; le fondateur du magazine Le Point Claude Imbert ; le médecin et père adoptif de la victime Jean-François Lemaire ; l’écrivain Gabriel Matzneff ; le philosophe et essayiste Jean-François Revel.

Ce dernier, auteur de best-sellers mondiaux dont La Tentation totalitaire (1976) et membre de l’Académie française, est de loin la personnalité la plus éminente des cinq. De 1978 à 1981 il dirigea L’Express, qui lui consacra en septembre dernier un hommage de quatre pages (signées Gaspard Koenig).

Bien que décrit par Libération comme “moins inféodé à la vie du groupe” que les autres, Revel partage la vedette dans toute la présentation de l’“enquête” avec Matzneff, le diable répulsif. Matzneff et Revel n’avaient aucun lien. Mais un chapeau introductif, en caractères gras, commence par leurs deux noms, et annonce des révélations “sur des intellectuels en vue des années 70 et 80”. Revel est le seul des accusés qui puisse être qualifié ainsi. Il est mis en avant jusqu’au bout, assurant le retentissement de l’“enquête”.

Notre présent article porte donc uniquement sur les faits visant Jean-François Revel, et non sur ceux reprochés aux autres accusés. Libération procède par une accumulation d’amalgames, d’insinuations et de télescopages extravagants tendant à l’impliquer.

Ainsi le journal cite un article du Monde lors de la mort de Revel en 2006, le résumant à “la figure de Socrate”. Cette formule se référait clairement à la sagesse du philosophe. Mais Libération lui donne un tout autre éclairage, puisque dans la foulée intervient une citation où Matzneff prône “la fonction socratique de l’adulte”, soit l’émancipation sexuelle de l’enfant. Le sophisme se réduit à: Revel a été comparé à Socrate ; Socrate aimait les jeunes garçons, tirez vos propres conclusions…

Selon le récit d’Inès Chatin, son père adoptif, le Dr Lemaire, conviait ses amis à des séances où on la violait avec des objets, ainsi que d’autres enfants. Parmi les hommes masqués assistant à ces actes atroces, elle dit avoir reconnu notamment Revel grâce à sa corpulence et son odeur. Dans les années 1980, Revel disparaît du témoignage et les outrages décrits par la victime prennent la forme de viols, qui auraient été perpétrés par Claude Imbert, ami de jeunesse de Lemaire, et Matzneff.

Libération écarte d’emblée l’hypothèse d’une mémoire défaillante, malgré une abondante littérature sur le caractère malléable du souvenir. Le journal cite le psychologue chargé d’examiner la plaignante: “Mme Chatin n’a pas souffert d’amnésie traumatique concernant ce qu’elle a vécu,” certifie l’expert. Si elle “a refoulé une partie de ce vécu”, ajoute-t-il, un travail thérapeutique lui permettra à terme de l’affronter. On comprend que le thérapeute, dont le rôle est d’accompagner une personne traumatisée, ne mette pas en question ses dires. Mais l’enquêteur, dont la mission est l’établissement de la vérité, ne saurait s’en tenir là.

Pour l’investigateur, prendre au sérieux la victime signifie chercher à étayer les allégations. Le travail de recoupement est particulièrement important quand il s’agit d’un crime immonde impliquant une personnalité qui n’a auparavant jamais éveillé de soupçons et se retrouve ainsi clouée au pilori.

Examinons un à un les éléments convoqués dans l’“enquête” contre Revel:

– Grand cas est fait de son amitié avec Claude Imbert. Le portrait que Libération dresse de Revel commence ainsi: “Partout où l’on trouve Claude Imbert, ou presque, apparaît Jean-François Revel, qu’Inès Chatin cite dans son récit comme faisant partie du groupe d’hommes lui ayant imposé des sévices sexuels.” Quelques lignes plus bas, il est question de la “complicité de l’inséparable duo Imbert-Revel” (c’est nous qui mettons les italiques).

Le lien entre les deux hommes est indéniable. Après avoir démissionné de L’Express, Revel fut longtemps chroniqueur au Point. Mais en vertu de quoi Libération laisse-t-il supposer une connivence allant au-delà de l’amitié et la convergence de vue ?

L’inanité d’une telle imputation éclate à la fin de ce “profil”, où il est dit que Revel fut l’invité du couple Imbert dans leur résidence en Suisse — maison “où Inès Chatin raconte avoir été violée par Claude Imbert”. Des vacances sur le lac Léman sont ainsi transformées en présence sur les lieux du crime !

– Sur les agendas du Dr Lemaire — couvrant la période de 1959 à 1985 — Imbert apparaît 133 fois et Revel à 2 reprises. Deux fois en plus de 25 ans : c’est encore trop ! Par ailleurs le Dr Lemaire, qui fréquentait beaucoup les milieux de la politique, des lettres et de l’édition, organisait des repas à son domicile rue du Bac. Comme preuve à charge de la présence de Revel, Libération montre une photo du livre d’or de l’une de ces réceptions. Juste au-dessus de son nom, l’“enquête” ne semble pas avoir remarqué celui de son épouse Claude Sarraute. Il s’agissait visiblement d’un dîner mondain. Et alors ?

– Libération a trouvé une preuve de la culpabilité de Revel en la personne de son ami et ancien condisciple de khâgne puis de Normale sup René Schérer, dont il a édité en 1974 un livre chez Robert Laffont, Émile perverti.

L’“enquête” note que Schérer a “défendu publiquement la pédophilie, avec d’autres”. Quels autres ? Au passage, on serait curieux de savoir pourquoi le journal ne mentionne pas que Schérer était une figure célébrée par la gauche radicale. Rien non plus sur ses liens très proches avec l’un de ses jeunes élèves, Guy Hocquenghem, qui deviendra un brillant et sulfureux collaborateur de… Libération (ils ne s’en cachaient pas et écrivirent des livres ensemble). En revanche l’“enquête” ne manque pas de rappeler que Schérer fut mis en cause dans l’affaire du Coral, centre éducatif soupçonné en 1982 de cacher des pratiques pédocriminelles. Mais le journal d’investigation accusatrice se garde d’ajouter qu’en l’occurrence René Schérer fut innocenté par la justice.

Quant à Émile perverti, prétendre que l’essai prêche la pédophilie relève de la fumisterie. Il s’agit en effet d’une analyse critique des rapports adultes-enfants voisine de thèses soutenues à l’époque par Gilles Deleuze ou Michel Foucault. Ces propos sont sans doute contestables aujourd’hui. Mais Revel publia le livre dans une série qui faisait suite à sa fameuse collection “Libertés” où il accueillit, tous genres et époques confondus, des textes à caractère polémique: Pascal, Diderot, Hugo, Balzac, Sade, Zola, Michelet, Marx, Bakounine, Trotski, Gracq, et même le pape Pie IX, furent de la partie.

– L’“enquête” indique que Revel, Imbert, et Lemaire étaient membres du Club des Cent. De quoi l’appartenance à même cercle gastronomique est-elle le signe, à part un amour commun de la bonne chère ? Des membres passés ou présents tels que Bernard Pivot, Philippe Bouvard ou Erik Orsenna sont-ils eux-aussi suspects ?

Libération souligne le caractère exclusivement masculin de ce “Who’s Who interdit aux femmes qui organisait des ripailles chez Maxim’s”. Faut-il conclure à un repaire de phallocrates, voire de pédophiles ? Dans un autre registre, l’“enquête” jette la suspicion sur les dîners du club Le Siècle ou la Brasserie Lipp — des lieux où, comme chacun sait, jamais un représentant de Libération n’a mis les pieds.

– Autre point commun supposé entre Revel et Lemaire: le gastronome de la Rome antique Apicius. Après un dîner fastueux au domicile de Lemaire, Matzneff a inscrit sur le livre d’or: “Apicius ressuscité rue du Bac”. Libération enchaîne sur ce souvenir d’Inès Chatin: “Gaston parlait souvent de l’Apicius de Revel et Imbert, sans que je ne comprenne ce qu’il voulait dire à l’époque.”

Via les agapes de la rue du Bac, Libération parvient à lier le nom de Revel au plus ténébreux des invités, Matzneff, en croisant deux références latines !

Le journal aurait aussi pu faire remarquer que Revel évoque bien entendu Apicius dans son histoire de la gastronomie Un Festin en paroles. L’“enquête” note d’autre part que Revel et Imbert se sont associés un jour pour composer au restaurant L’Archestrate un menu en l’honneur de leurs compères du Club des Cent. Mais le journal si bien informé néglige le fait que le chef multi-étoilé de cet établissement, Alain Senderens, proposait à sa carte un plat emblématique: le “Canard Apicius”. Faut-il ajouter Senderens à liste des prévenus ?

– Un exemplaire du Moine et le Philosophe, livre d’entretiens entre Revel et son fils Matthieu Ricard, a été retrouvé au domicile de Lemaire, dans une pièce où étaient également conservées des copies dédicacées d’ouvrages de Matzneff.

Gare à tous les auteurs dont les livres se trouveront mal placés sur les étagères d’un bibliophile dépravé.

– L’“enquête” de Libération insiste sur le culte qu’auraient voué Lemaire et ses complices à la civilisation gréco-romaine dans ses aspects les plus discutables, comme on l’a vu. Le journal précise que les tourmenteurs d’Inès Chatin ont “accumulé les références à l’Antiquité, égrenées de chroniques de journaux en interviews, et jusque dans leurs propres livres”.

Confortons Libération dans cette voie: Revel est l’auteur d’une Histoire de la philosophie occidentale dont la moitié est consacrée aux penseurs grecs et latins. On n’ose pas faire remarquer que Simone Weil fait également partie des philosophes qui ont fait l’éloge du monde hellénique. Et que dire de la merveilleuse Jacqueline de Romilly, une des collègues Revel à l’Académie ?

– L’“enquête” indique que Jean-François Revel est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, non loin d’une femme qui aurait facilité l’adoption d’Inès Chatin dans des conditions douteuses. Les implications de ce grave indice sont déployées par Libération en trois temps.

Premier temps: l’article consacré à la procédure d’adoption, publié en ligne le 15 juin, évoque la possibilité que l’enfant ait été choisie par Lemaire en vue de futurs sévices. Après avoir souligné la proximité des deux tombes, l’article termine sur cette phrase d’Inès Chatin: “Trop de coïncidences.”

Deuxième temps: une “précision” est ajoutée à l’article le 16 juin ; Nicolas Revel, fils de Jean-François, “indique s’être occupé en 2006 de la concession de son père au cimetière du Montparnasse. Aucun rapprochement ne peut être établi selon lui de sa proximité avec la sépulture [de cette femme], puisque le décès de Jean-François Revel est postérieur à celui de l’«entremetteuse».”

Libération laisse donc à Nicolas Revel la responsabilité de l’hypothèse selon laquelle la présence de deux tombes dans un lieu où sont enterrées des centaines de célébrités pourrait être une pure coïncidence.

Troisième temps: la référence au cimetière du Montparnasse disparaît de la version papier de l’“enquête”, tout en étant maintenue, assortie de la note ci-dessus, dans l’article en ligne.

Suggérons au journal un quatrième temps: Samuel Beckett et Emil Cioran, deux amis intimes dont l’un fut aussi proche de Revel, sont enterrés dans ce même cimetière. Comme par hasard, la correspondance entre l’écrivain en question et Revel a brûlé en Bretagne. Libération pourrait peut-être enquêter de ce côté-là…

Une investigation digne de ce nom suit une piste par un enchaînement d’indices crédibles et de déductions logiques. On a ici affaire à une accumulation de montages que rien ne relie, sinon le désir d’incriminer Jean-François Revel. Ces procédés rappellent ceux du procureur de l’affaire Callas, qui transformait les soupçons les plus ténus en “quarts de preuve” pour les additionner et en faire des preuves entières.

Le même relent de parti-pris se dégage du portrait intellectuel brossé par Libération. Les faits de pédocriminalité imputés ne sont, semble-t-il, pas assez infamants par eux-mêmes: il faut que les coupables soient également des suppôts du conservatisme le plus obtus. Le journal prête à Revel la thèse que l’URSS serait “indestructible”. Dans quel livre ? À quelle page ? Libération décrit en outre la bande des incriminés ainsi: “Soudés par leur proximité avec le pouvoir giscardien, ces hommes sont aussi devenus ensuite les mégaphones d’une droite farouchement anticommuniste, réactionnaire et empreinte de catholicisme.”

Par surcroît, Jean-François Revel “confirme peu à peu son libéralisme économique, de plus en plus provocateur, résolument tourné vers l’Amérique”. Anticommunisme, ultralibéralisme, pro-américanisme: Revel cumule toutes les tares de l’homme de droite honni par Libé.

Un tel portrait est une grossière caricature. Revel n’a jamais été un homme de pouvoir, et a encore moins fréquenté les milieux catho-tradi. Cet athée convaincu a brocardé la droite dévote dans l’Italie des années 1950 et dans la France gaulliste. Empreint de l’esprit libertaire de 1968, il s’est toujours revendiqué des valeurs traditionnelles de gauche. Patron de L’Express, il défendait ses journalistes contre l’ire des ministres giscardiens.

Libération ne dit rien de son engagement dans la Résistance, de son soutien au Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie ou de ses attaques contre la Nouvelle Droite fascisante des années 1980. Le journal se concentre sur son anticommunisme, comme si c’était une tache ! Revel fut de tous les combats antitotalitaires, au même titre que George Orwell, Hannah Arendt, Karl Popper, Arthur Koestler, Raymond Aron ou Simon Leys — et contrairement à un journal fondé par des maoïstes.

Le procès idéologique fait à Jean-François Revel n’est pas nouveau. Depuis longtemps, la gauche jacobine assimile le libéralisme, dont il fut le plus éloquent défenseur français de son époque, à l’ultradroite. En 1998, Libération traitait Revel de réactionnaire aigri par l’alcool. La nouveauté, c’est l’accusation de perversion criminelle — accusation qui occupe désormais, et sans doute à jamais, une place de choix sur sa fiche Wikipédia.

Le journal, dira-t-on, donne voix à une femme qui ne peut obtenir pleine justice quatre décennies après les faits, mais demande que ses tortionnaires soient identifiés. Cette attente est on ne peut plus légitime. Y répondre consiste à fortifier son témoignage en éclairant les zones d’ombres qu’il contient: souhaitons que l’Office Mineurs, qui a été saisi, fasse toute la lumière. Mais Libération n’a en rien contribué à cette issue. Si Revel est un monstre, il n’en a pas apporté la moindre démonstration dans cette “enquête”. En échafaudant les constructions les plus absurdes, le journal n’a démontré que sa malhonnêteté.

Henri Astier est journaliste à la BBC et collaborateur du Times Literary Supplement. Pierre Boncenne, écrivain, a notamment publié Pour Jean-François Revel et Le Parapluie de Simon Leys.

2 Août 2024


Après le retrait de Jo Biden

Nous sommes tous des spectateurs, engagés ou non, dans les affaires courantes, nous le sommes, même si nous essayons d’y échapper, obligés que nous sommes  de voir, d’entendre, et donc de  réagir, à des coups de théâtre politiques qu’honnêtement, nous ne comprenons qu’à peine.  C’est sûrement le cas en cet été américain caniculaire (au propre comme au figuré).

Les endroits les plus « chauds » du globe- Israel-Gaza et l’Ukraine – sont fortement attentifs à l’évolution politique chez nous.  Les Israéliens et les Ukrainiens sont en première ligne dans le combat entre Civilisation et Barbarie. En un certain sens, ils sont les uns et les autres dans la plaine devant Poitiers, en 732, brandissant leurs armes contre l’envahisseur, à l’instar de leur chef.

Qui, en ce siècle, tient le rôle de Charles Martel ? La civilisation occidentale ayant évolué vers la démocratie depuis quelques temps, il faut dire que ni Zelenski ni Nétanyahou ne peuvent compter sur l’adhésion totale et automatique de tous leurs guerriers ni même de tous leurs ministres. C’est ainsi et c’est peut être à porter au crédit de l’idée de démocratie, justement. Liberté, dignité et valeur de l’individu : il faut écouter tout le monde et respecter toutes les opinions.  Et dans ce sens, les Charles Martel de notre époque, les Roland, les Publius Horatius, sont des combattants ordinaires, des types sans prétentions, des types bien, pères de famille, sous-officiers, flics en uniforme, sapeurs-pompiers, comme les instituteurs, les professeurs, les hommes de science et de pensée…  C’est ainsi, je crois, que nous pouvons nous mettre d’accord et c’est mieux ainsi. 

Cette idée et cette perception de la dignité, de la valeur et du respect dus à chacun, évolue depuis longtemps.  Ce n’est pas le moment de disserter sur l’invention de l’individu, face à son Créateur, dans le judaïsme puis dans le christianisme, mais admettons que la chrétienté et ce que nous appelons la « civilisation judéo-chrétienne » sont aujourd’hui triomphantes, désormais sans impérialisme territorial, mais aussi vulnérables car leurs alternatives sont, au contraire, par leur nature, en quête des terres à conquérir.

Ce que l’on a vu cet été chez nous est l’éclatante confirmation que la droite saisit le moment beaucoup plus clairement que la gauche. 

Sans doute, comme c’est l’habitude en démocratie, la droite (comme la gauche d’ailleurs) connait des désaccords internes. L’isolationnisme dans les affaires concernant la sécurité internationale ou le protectionnisme pour ce qui est du commerce avec les Européens, positions défendues par J.D. Vance, suscitent d’âpres iscussions. Mais le parti républicain  approuve le principe de balayer devant sa porte plutôt que devant celle des étrangers , d’autant qu’on y court des dangers qu’on ne doit pas sous-estimer. Ce n’est pas de la xénophobie ( d’ailleurs Vance a épousé une fille de l’immigration asiatique) mais plutôt une manière de défendre les moeurs et la culture américaines que la Droite accuse les Démocrates de mépriser..

Les Européens peuvent raisonnablement craindre que la tendance isolationniste des Etats Unis, amorcée sous le premier gouvernement Trump, soit renforcée si l’ancien président revient aux affaires à l’issue du vote de novembre.  Le choix, pour la vice-présidence,  de James David Vance, jeune (40 ans dans quelques jours) sénateur sans grande expérience d’homme d’Etat (seulement deux années au Sénat ( comme représentant de l’Ohio) semble le confirmer : au contraire de Nikki Haley, de Marco Rubio ou même de Ron de Santis, adversaires de Donald Trump pendant les primaires mais tous plus ou moins dans la mouvance « atlantiste » de la politique étrangère américaine, J. D. Vance, représente à sa façon le rêve américain ou en tout cas la possible ascension sociale : enfant de la pauvreté qui s’en est tiré par son mérite, volontaire en Iraq, il a retenu de son expérience sous l’ uniforme qu’il ne pouvait y avoir trop de prudence en politique étrangère, et il affirme en particulier que les guerres « préventives » de G. W. Bush furent des catastrophes (ce que personne ne nie, la question étant de savoir si la faute incombe aux stratégies adoptées ou à l’idée même d’intervenir ). Il pense aussi que si le régime de Poutine est hors-la-loi, il est juste d’affirmer que son agressivité aurait dû être mieux « traitée » par les alliés, et que même si son sort nous concerne tout particulièrement, l’Ukraine n’est pas notre problème majeur.`

Il faut toutefois nuancer.  Ni Trump ni Vance ne sont poutinophiles; ils savent très bien que le régime en Russie est tyrannique, voire maléfique.  Je crois pour ma part, sans en avoir la preuve, qu’une administration Trump chercherait un cessez-le-feu à la coréenne, sur la base d’une pensée à la George Kennan, le (très) grand diplomate, historien et soviétologue, qui jusqu’a la fin de sa longue vie conseillait l’endiguement (containment) de la puissance russe, mais avec prudence. C’est pourquoi il était contre l’élargissement de l’Otan.  

On peut penser qu’il avait tort; ce qui est sûr, c’est que ni les Américains ni les Européens ne sont enclins à donner le feu vert (et les moyens en armements) aux Ukrainiens pour attaquer la Russie et de vouloir mettre ainsi fin à la guerre.

Le « néo-isolationisme » ou le « national-conservatisme » que Vance exprime dans un langage de penseur, tandis que Trump reste sur sa rhétorique « populiste » (et parfois outrancière), font penser  à l’attitude des Francs du VIII ème siècle, sans doute en position de supprimer la menace sarrasine, mais préférant attendre quelques siècles pour libérer (si c’est le mot…) la péninsule ibérique.  

En échappant de justesse au tir d’un assassin – un Français ne manquera pas de penser au roman de J.-P. Manchette, La Position du Tireur Couché -, Donald Trump non seulement donne de l’Amérique une image qui restera pour toujours – comme celle de Bonaparte au pont d’ Arcole, de la Garde à Waterloo, de la Légion à Camerone, de Davy Crockett à Fort-Alamo, des Marines à Iwo Jima, de Custer à Little Big Horn – et quand, touché à l’oreille, il tombe, se relève, serre le poing et crie : « En avant! » ( fight !), donnant ainsi un exemple de courage, de chef au combat, de chef tout court, bref d’homme fort et courageux, il donne une preuve de plus que l’un des thèmes de son premier gouvernement et de la droite américaine depuis longtemps, est juste: à savoir que le gouvernement permanent (fédéral) est d’une incompétence quasiment dangereuse pour les citoyens.  Il n’a pas manqué, bien sûr, de parler avec émotion du pompier tombé sous un des coups de feu de l’assassin; lui-même n’a condamné personne, mais immédiates furent les réactions dans la presse qui demandaient comment le Secret Service, garde rapprochée des présidents (et d’autres, y compris les candidats) avait pu permettre une telle bavure, le tireur ayant été repéré sur un toit une demi-heure avant l’arrivée de Trump sur l’estrade.  

Nombreux sont les analystes qui disent que l’élection de 2024 s’est jouée en ces quelques minutes; en fait, si les derniers années en Occident ( et pas seulement en Amérique) nous ont appris quelque chose, c’est qu’on ne peut rien prévoir en politique. Toutefois il est vrai que si Biden reste le candidat des Démocrates, ou même s’il est remplacé, et si la campagne de Trump et des Républicains ne sombre pas dans la surenchère provocatrice, la droite aura effectivement du vent dans ses voiles.  

Post-scriptum.  Ma lettre fut, bien sûr, rédigée avant le plus récent des coups de théâtre (ceux-ci, je crois, ne font que commencer), et avant le retrait de Biden qui montre que les Démocrates ouvrent enfin les yeux.  

Il n’est aucunement certain cependant qu’ils les aient grands ouverts. Et peut être sont-ils même surpris par l’air frais, voire froid, qu’ils perçoivent hors de la bulle dans laquelle ils vivaient.  

En premier lieu, si J. Biden admet qu’il n’est pas en situation (physique, mentale. politique) de briguer un second mandat, pourquoi ne pas admettre qu’il n’est pas non plus en état de conduire aujourd’hui la politique des USA ?  N’oublions pas qu’il détient les codes nucléaires…N’oublions pas non plus que les Républicains savent pertinemment que Biden est l’adversaire contre lequel leurs chances étaient les plus grandes. Ils vont donc préparer une offensive contre Kamala Harris, la vice présidente présentée (de façon très maladroite d’ailleurs) par Biden lui-même comme son dauphin (ou sa dauphine) légitime, une offensive qui risque de faire remonter le côté désagréable de D. Trump, alors qu’il venait  juste de montrer un côte presque sage ces jours derniers. Si les Démocrates persistent dans leur fronde contre leur chef officiel pour investir – par exemple – Michelle Obama, qu’arrivera-t-il? C’est sans doute le moment d’utiliser la vielle formule : à  suivre.

Roger Kaplan, 18 juillet 2024

24 Juil 2024


Limiter le flux des migrants pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir

De la vague migratoire à un surgissement généralisé de l’extrême-droite

Depuis 30 ou 40 ans, on est en présence d’une vague migratoire considérable des pays du Sud vers les pays du Nord (vers les Etats-Unis, vers le Canada et plus encore vers l’Europe), une vague qui s’amplifie et qui a vocation à s’amplifier. Cela est dû à plusieurs facteurs : la stratégie mercantiliste de la Chine qui prive les pays du Sud de toute industrialisation ; la conjugaison mortifère qui prévaut en Afrique entre la surnatalité et le changement climatique ; enfin l’apparition récente de nouvelles dictatures totalitaires (Afghanistan, Syrie, Erythrée, Ethiopie, sans oublier ceux des pays du Sahel qui sont désormais sous la botte du KGB). 

Dans la plupart des pays européens, on en arrive à un stade où le flux migratoire annuel s’amplifie encore et ce alors même que, déjà, la proportion des personnes issues de l’immigration récente dans la population totale n’a jamais été aussi élevée.

Par ailleurs, en Europe en tout cas, il s’agit pour l’essentiel d’immigrés et de migrants qui sont de religion musulmane. Ils restent en général attachés à pratiquer leur religion comme dans leur pays d’origine où l’islam y est une religion politiquement dominatrice ; cela ne facilite pas leur intégration dans leur pays d’accueil et contribue à ce que se développe un communautarisme élevé. En France, une petite fraction de cette communauté peut même être qualifiée d’islamiste dans la mesure où elle préconise un Islam politique qui vise en particulier à abolir notre laïcité.

A mesure que cette évolution migratoire se poursuit et s’accentue, on assiste à une réaction de rejet de la part d’une fraction croissante des populations d’origine. Cette fraction de la population se tourne alors vers le ou les partis politiques qui affirment s’opposer à ce que l’immigration reste aussi intense. Pour diverses raisons, ni les partis de gouvernement (droite, centre, gauche), ni encore moins l’extrême-gauche ne se saisissent de cette question. Seule l’extrême-droite se propose et en tire alors facilement un large bénéfice électoral. 

C’est ce qui explique le surgissement supplémentaire de l’extrême-droite intervenu aux élections européennes de juin 2024 : en Allemagne (AFD), en Autriche (FPO), aux Pays-Bas (Wilders), en Belgique (y compris en Wallonie), et surtout en France (RN), la progression est fulgurante.

Simultanément, on a vu surgir aux législatives britanniques, un parti d’extrême-droite, le nouveau parti Reform UK de Nigel Farage (un pion que Poutine avait instrumentalisé une première fois pour faire triompher le Brexit) réussir une percée électorale immédiate et se placer sans délai comme le troisième parti du Royaume-Uni par le nombre de voix avec 14,3% non loin du deuxième parti, le parti conservateur, avec 23,7% des voix.

N’oublions pas que, parallèlement, les sondages aux Etats-Unis créditent Trump d’une victoire prochaine aux élections de novembre 2024 et que le succès, qui lui semble promis en dépit même de sa tentative de coup d’Etat de janvier 2021, s’alimente beaucoup à une réticence trop prolongée de Biden à réduire le flux migratoire annuel vers les Etats-Unis. 

Il faut absolument trouver une solution à ce problème général 

Nous sommes désormais dans une configuration où nos démocraties libérales, du fait du facteur migratoire, voient surgir des partis d’extrême-droite, c’est-à-dire des partis qui projettent de se débarrasser de la démocratie libérale pour instaurer une démocratie illibérale comme celle d’Orban en Hongrie ou une dictature totalitaire comme celle de Poutine en Russie. Ce n’est pas du tout un hasard si le RN vient de rejoindre le FPO autrichien, le PIS polonais et le Fidesz de Orban pour siéger dans le même groupe au Parlement européen de Bruxelles. Ce n’est pas du tout un hasard non plus si Poutine s’est empressé de féliciter le RN pour son résultat au premier tour des élections législatives. Depuis qu’en 2015 Marine le Pen a reconnu comme légitimes l’invasion puis l’annexion de la Crimée par la Russie, elle n’a cessé de jouer, plus ou moins ouvertement, le jeu de Poutine.

Quelle est la clé du succès électoral de l’extrême-droite européenne ? Elle a compris que les populations d’origine avaient une réticence marquée à l’égard de la population d’origine étrangère. Constatant que les autres forces politiques se désintéressaient de ce sujet ou optaient pour le passer sous silence, elle a choisi d’instrumentaliser la question migratoire pour se hisser au sommet du pouvoir. Et les extrême-droites européennes savent fort bien que le temps joue en leur faveur. Tant que le flux migratoire reste à un niveau aussi élevé dans chaque pays concerné, le parti d’extrême-droite s’en trouve mécaniquement renforcé.

Le jeu des acteurs extérieurs

Ce surgissement de l’extrême-droite est amplifié par le jeu de certains acteurs extérieurs :

Les « Frères musulmans » mènent toutes sortes de campagnes communautaristes (port du voile, port de la burqa, port de l’abaya, contre l’enseignement de la Shoah à l’école, manifestations encouragées lors d’incidents mettant en cause la police, lancement du faux concept d’islamophobie de façon à pouvoir taxer de racistes les initiatives prises pour que les musulmans respectent notre laïcité…). Par ces campagnes les Frères musulmans visent à renforcer le communautarisme. Et à son tour, cela accentue encore la progression électorale de l’extrême-droite (en France, l’épisode des émeutes de banlieue en juillet 2023 a sans aucun doute joué un rôle majeur dans la forte progression électorale du RN entre avril 2022 et juin 2024).

– Poutine encourage l’extrême-droite à s’emparer de la thématique immigration pour qu’elle accède au pouvoir et pour qu’elle établisse un régime qui serait à la fois pro-totalitaire et pro-Kremlin. Ce n’est pas un hasard si Poutine a fait venir en Russie par avion des Africains du Sahel pour les impulser ensuite autoritairement vers la Finlande ou vers la Pologne (via les forêts de la Biélorussie). Il sait fort bien qu’en accentuant le flux migratoire, il facilite dans ces pays concernés la montée de l’extrême-droite et la déstabilisation des partis de gouvernement. Même chose d’ailleurs quand Erdogan cherche à impulser des migrants à sa frontière grecque. 

– Ce n’est pas un hasard non plus si Donald Tusk, qui vient de réussir de justesse à évincer le PIS du pouvoir à Varsovie, se donne les moyens de refouler les migrants que lui adresse Poutine. Donald Tusk sait fort bien qu’il s’agit d’une initiative indispensable s’il veut réussir à rétablir durablement la démocratie libérale en Pologne. Biden lui-même a fini par admettre récemment que sa position trop laxiste à l’égard du flux migratoire contribuait au succès électoral de Trump ; il a alors annoncé un renforcement des dispositifs logistiques à la frontière mexicaine.

La responsabilité des partis pro-démocratie

N’oublions jamais ceci : si les dictatures totalitaires de type communiste ont le plus souvent pris le pouvoir « par la rue » et par les armes, c’est souvent en exploitant les urnes que les dictatures totalitaires de type nationaliste-impérialiste se sont emparé du pouvoir. Le parti nazi avait réuni 34% des suffrages aux législatives de fin 1932 mais cela leur avait suffi pour obtenir ensuite du Reichstag en 1933 les pleins pouvoirs sans limitation de durée (grâce à Hindenburg, au patronat allemand et à la lâcheté des partis centristes). Il en fut de même au Japon : dans les années 30, la dictature totalitaire de l’amiral Tojo fut instaurée en couronnement d’un processus électoral. Dans les deux cas, après avoir accédé au pouvoir à travers les élections, le parti totalitaire a aboli toute élection pour établir une dictature totalitaire qui ne fut interrompue que par leur défaite militaire en 1945.

Face à un tel danger, les partis de gouvernement, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe, sont restés largement trop passifs. Le débat immigration est un sujet sensible dans lequel les partis politiques de gouvernement craignent de s’engager. Une question aussi importante que l’immigration et ses multiples conséquences mériterait pourtant un vrai débat démocratique. Les partis de gouvernement pratiquent la procrastination sur ce sujet et le débat immigration est en quelque sorte devenu « un débat interdit ». De simples propositions visant à réduire le flux migratoire sont très vite stigmatisées à tort comme « racistes » par de nombreuses associations bien-pensantes et plus encore par une extrême-gauche qui a définitivement opté pour soutenir le communautarisme.

L’idée selon laquelle le RN progresserait en France du fait d’une baisse du pouvoir d’achat ou d’une carence des services publics est une idée qui est largement erronée. C’est en réalité la thématique de l’immigration qui est manifestement le moteur essentiel de l’irruption du RN comme le confirment la plupart des analyses pré-électorales ou post-électorales. D’ailleurs ni les dirigeants du RN ni leurs électeurs ne s’y trompent : entre les élections européennes et les législatives, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont supprimé la plupart des mesures sociales de leur programme sans que pour autant leurs électeurs ne les sanctionnent et ne se détournent du RN…

Tant que, dans les capitales européennes et notamment à Bruxelles, les partis de gouvernement ne prennent pas à bras le corps la question de la réduction du flux migratoire, au niveau de leur propre pays comme au niveau de l’UE, l’extrême-droite continuera à progresser électoralement.

On en arrive alors en France à un choix crucial entre deux options : 

– Soit, nous réussissons à réduire le flux migratoire et nous parvenons alors à court et à long terme à empêcher le RN et ses alliés d’accéder au pouvoir ;

– Soit, nous ne le réduisons pas du tout ; nous facilitons alors une progression supplémentaire du RN jusqu’à lui permettre d’accéder au pouvoir suprême, ce qui lui permettrait d’atteindre son objectif ultime, celui de faire basculer notre pays dans une démocratie illibérale ou pire encore, dans une dictature totalitaire. En pareil cas d’ailleurs, le RN ne manquerait pas de prendre des mesures, très abruptes celles-là, non seulement contre le flux migratoire mais aussi contre les immigrés eux-mêmes, qu’ils soient récents ou anciens

Comment faire durablement obstacle au RN ?

Les élections européennes ont eu au moins un mérite, celui de sonner l’alarme pour les partisans de la démocratie libérale en Europe et en France. 

En France, un premier sursaut républicain (dont il faut se féliciter) s’est produit entre le 9 juin (les européennes) et le 30 juin (premier tour des législatives) suivi d’un sursaut supplémentaire entre le 30 juin et le 7 juillet (deuxième tour des législatives). Mais l’heure ne doit surtout pas être au triomphalisme. Dans ces trois scrutins, l’extrême-droite a réalisé des scores en voix entre 35 et 40%, ce qui reste considérable. Ce qui à l’opposé fut remarquable, c’est le réflexe défensif qui est apparu entre les deux tours chez nombre d’électeurs et dans les appareils de partis pour barrer au RN la route du pouvoir, grâce en particulier à la mécanique des désistements républicains. Grâce à ces sursauts, les partisans de la démocratie libérale disposent d’un certain temps, malheureusement limité, pour réagir et agir à plus long terme.

Tout d’abord, il s’agit d’éviter absolument de commettre une erreur qui serait colossale. Le programme du Nouveau Front Populaire (NFP) qui fut négocié à la hâte entre le 9 et le 13 juin dernier propose d’élargir le droit d’asile des seules victimes de persécutions politiques ou religieuses aux victimes du changement climatique. Une proposition absolument sidérante et insensée : elle ouvrirait encore plus grandes nos frontières au moment où, pour contenir le RN à long terme, il conviendrait, bien au contraire, de les restreindre significativement. 

Et LFI qui, très probablement, a dicté à l’origine cette proposition au PS, se charge maintenant d’emprisonner le PS dans cette proposition totalement inopportune en prétextant, contre toute évidence, que le vote pour le NFP n’aurait pas été un simple vote de barrage contre le RN mais serait un véritable vote d’adhésion au programme du NFP. Il faut espérer qu’une erreur aussi grossière sera évitée.

En réalité, le programme que les partis soucieux de bloquer l’accès du RN au pouvoir devraient adopter consiste à réduire le flux migratoire annuel vers notre pays. De beaux esprits réagiront à cette proposition en disant que cela ne fait qu’appliquer la politique du RN. C’est se tromper de problématique. Pour les démocrates, il serait absurde de faire systématiquement l’opposé de ce que réclame le RN ; l’enjeu est d’empêcher le RN d’arriver au pouvoir pour installer un régime détestable (une démocratie illibérale ou une dictature totalitaire) et pour opérer un renversement d’alliances de la France, se détournant de l’OTAN pour se rallier à Poutine et à ses alliés.  

Or il est une chose qui est assurée : si le flux migratoire annuel restait inchangé ou, pire, s’il s’accroissait encore, les prochaines échéances électorales verraient le triomphe en France de l’extrême-droite et son accès au pouvoir par les urnes. C’est d’ailleurs parce qu’ils entendaient s’opposer à une telle dynamique que les partis démocrates au Danemark ont entrepris de réduire le flux migratoire pour contenir l’extrême-droite. Ce qui à ce jour s’avère un vrai succès.

Jean Francart , le 18 juillet 2024

[Réponse] RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Jean Francart, 

Merci pour votre texte, trop long à mon avis pour favoriser un débat parmi nos lecteurs, mais clair et argumenté. 

Soucieux de voir notre blog accueillir des points de vue sans doute différents mais visant tous à défendre nos démocraties libérales, je vous fait part de mes premières réactions.

Vous proposez donc de limiter l’immigration pour ôter au RN une des sources de son succès. En somme : le RN a raison. Disons comme lui, et nous, ses adversaires politiques, profiterons alors de l’hostilité générale à l’immigration. Récupérant une partie des voix des Français hostiles à l’immigration, nous affaiblirons le RN et donc ses capacités de nuisance comme, entre autres,  la mise en place, s’il prenait le pouvoir, d’une politique étrangère complaisante envers deux ennemis majeurs de la démocratie libérale : l’impérialisme russe et l’islamisme politique.

Gardons, en somme, nos critiques envers le RN sur ses bons rapports avec Poutine et ses tendances illibérales mais approuvons son opposition à l’immigration, facteur d’insécurité, paraît-il, de refus de la laïcité, de développement du communautarisme et de l’islamisme politique.

Mais l’immigration doit-elle être rejetée si elle se limite à son niveau actuel ? Les immigrés occupent souvent des postes que les « Français de souche » refusent d’occuper dans le bâtiment, la restauration, les hôpitaux et les services à la personne. Avantageuse d’un point de vue économique, l’immigration peut aussi l’être d’un point de vue social voire culturel si nous obligeons les immigrés à tenir compte de notre droit et de nos moeurs et si nous entreprenons une politique promouvant :

– un contrôle des entrées sur notre territoire (examen des demandes d’autorisation, bon niveau de langue française, connaissance des droits et devoirs de quiconque vit en France).

– une mixité sociale plus favorisée qu’actuellement

– une rigueur accrue de la justice.

Il faut combattre l’impérialisme russe, donc le RN. Sur ce point nous sommes d’accord. Et d’accord aussi sur le fait que l’immigration peut-être, si nous n’y prenons garde, un facteur de délitement de la société françaises. Mais si nous la contrôlons et la régulons, elle peut-être un atout pour notre pays et une bonne manière de pousser la population à prendre ses distances tant avec le RN qu’avec LFI. 

Vous noterez que je ne parle pas de supprimer ni même de faire baisser drastiquement l’immigration. C’est là chose impossible sauf à rejeter à la mer les immigrants ou à tirer sur leurs bateaux. La population ne l’accepterait pas…et ni vous ni moi non plus!

Ni le RN ni LFI ne proposent, eux, de changer la nature de l’immigration. Le premier n’en veut même pas, par xénophobie, repli sur soi, exaltation d’une souveraineté nationale coupée de l’Europe, et ne veut pas reconnaître son utilité.

Le second la veut telle qu’elle est, cette immigration, et même accrue, sans combattre ses tendances communautaristes, son hostilité à la laïcité, voire son antisémitisme. Il ne veut pas voir le danger immense que fait courir à notre démocratie libérale le développement, sur un tel terreau, de  l’islamisme politique.

Vous voyez : nous désignons les mêmes adversaires politiques. Reste à savoir si, pour défendre la démocratie libérale, nous avons intérêt à tenter ce coup tordu qui consiste à partager la même cible que l’un d’entre eux. 

Pierre Rigoulot, le 25 juillet 2024

[Réponse] Flux immigratoire et projet de démocratie illibérale du RN

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 03 septembre 2024

21 Juil 2024