Histoire & Liberté a reçu d’un de nos lecteurs les plus fidèles, vivant à Washington, la « lettre » qui suit. Ses précédentes interventions avaient suscité de vives réactions de certains d’entre nous. Nous espérons, en publiant ce nouveau texte, favoriser la reprise d’un débat utile, sinon indispensable. Eclaircir les perspectives de la politique américaine à venir ne peut en effet être que profitable à notre lutte contre le danger totalitaire quel que soit le lieu où il se manifeste.


P.R.

Espérer, même en novembre? Les élections américaines

Comment peut-on être pessimiste en avril, le mois du renouveau, le mois qui annonce le temps des cerises et des amours sur les bancs publics? Pour apporter une réponse à cette question, on peut relire The Waste Land de T. S. Eliot, dont le premier vers,  « April is the cruelest month », est canonique dans la littérature anglophone moderne. Enfant de Saint-Louis, une grande ville située entre deux Etats, le Missouri et le Kansas, ce dernier étant souvent vu, avec sympathie ou mépris selon le regard, comme le pur centre géographique et socio-culturel des USA, Eliot émigre en Angleterre où il fera la grande carrière que l’on sait. Mais en dehors de la (très) haute culture, il y a beaucoup de bonnes choses au Kansas, où se situe le classique roman de Frank Baum, The Wonderful Wizard of Oz qui, sous forme de comédie musicale, lancera la carrière de Judy Garland, et qui affirme qu’hors du Kansas, on n’est plus dans le monde normal. C’est peut être pour cela qu’Eliot fit ses valises. 

Octobre, novembre, dans l’imaginaire occidental, sont autrement ambigus, avec les souvenirs de désastres (coup d’Etat bolchevik en Russie qui inaugure le siècle des totalitarismes) et de triomphes après d’indicibles sacrifices comme la dernière offensive des Alliés, dont l’avant-garde était une bande de jeunes venant de New York ( de Harlem, pour être exact) en uniforme de poilus.  Kipling : If you can meet with triumph and disaster/And treat those two imposters just the same…  

Octobre est le dernier souffle – jusqu’à sa renaissance en avril – du baseball, sport éminemment américain, en accord avec l’optimisme printanier et la douceur estivale. C’est en ces temps fâcheux que se disputent les matchs du World Series, le championnat du monde, qui oppose les deux équipes les plus performantes tout au long de la « saison régulière » – 162 matchs ! Cette année, le drame se joue entre Los Angeles et New York, mais dans le même temps, c’est l’équipe de football de Kansas City qui mène la danse dans l’autre sport national.

Novembre commence avec la calamité des élections qu’un peuple se voulant libre doit cependant régulièrement subir – le poids du « least bad choice« , le moins mauvais choix – et dont il doit accepter les conséquences. 

Mais novembre se termine avec la fête du Thanksgiving, pour marquer la reconnaissance que l’on adresse à la Providence, l’ultime et meilleure source d’espoir, qui protège et assure l’avenir des Etats-Unis d’Amérique.

Paradoxe : le camp de l’espoir en cette année présidentielle est représenté par un vieux fâcheux, narcissique indécrottable, bretteur et menteur sans vergogne, qui lance des vérités en frôlant le mépris des faits, mélange flatteries et insultes sans hésitation, se moque des attaques hystériques (« fasciste, putschiste! ») et se vante des applaudissements qu’il reçoit (« il est le seul à parler vrai! ») 

Le camp du « réalisme », par contre, est représenté par une femme d’âge moyen qui exsude en permanence joie et bonne humeur, amour pour tout et tous.  Le hic est qu’elle n’a jamais exprimé ces attitudes dans des actes conséquents lors d’une carrière publique qui l’a menée à des postes de pouvoir considérables – procureur puis sénatrice de Californie, et vice-présidente à l’heure actuelle, responsable notamment du dossier de l’immigration et du contrôle des frontières.  

Donald Trump n’a pas de programme, il n’a jamais donné l’impression d’avoir lu un livre ou étudié des dossiers, mais à partir de ses réflexes, de ses coups de gueules, de des propositions et de ses initiatives pendant sa première présidence, on peut suggérer ce qu’il voudra faire s’il redevient locataire de la Maison Blanche :

– Mettre fin à l’immigration illégale, expulser les illégaux coupables de crimes (en plus d’avoir passer la frontière sans autorisation), renforcer les gardes-frontières ;

– Soutenir Israel contre l’islam impérialiste et anti-occidental tout en tendant la main à un islam qui accepterait le modus vivendi avec le monde libre –  ce qui serait du jamais-vu;

– Promouvoir une paix, ou au moins un armistice entre la Russie et l’Ukraine, même au dépend territorial de cette dernière;

– Promouvoir une détente entre les deux Chines;

– Renégocier les règles du commerce international au dépend des régimes actuels favorables au libre-échange, sans doute au dépend de tout le monde et en fin de compte sans grande conséquences négatives.

– Ne rien faire à l’intérieur sur les dossiers « anti-racistes », « parité entre les genres » et « liberté reproductive » parce que c’est hors du domaine fédéral;

– Continuer l’endettement national par une politique fiscale dépensière et irresponsable.

Kamala Harris non plus n’a pas de programme, sauf l’amour pour tout et pour tous, et elle n’a insisté pendant sa campagne sur aucun dossier spécifique, au contraire de Trump qui, lui, l’a fait de façon contradictoire, voire incohérente.  Mais vu son passé, on peut hasarder que sa politique consistera  à :

– Laisser ouvertes les frontières, continuant la politique de l’administration dont elle est le numéro deux, ce qui n’est pas sans relation avec une politique anti-sécuritaire (anti-police et anti-militaire) qui aurait sans doute pour effet d’accélérer la montée de la criminalité qui a caractérisé les années récentes, et de façon générale, la baisse de l’esprit civique, patriote, et pour tout dire, moral; 

– Encourager le laxisme dans les lois sur l’interruption volontaire de grossesse, c’est à dire poursuivre une politique qui a, qu’on le veuille ou non, sa part de responsabilité dans le délitement des moeurs;

– Détruire l’équilibre institutionnel en pliant la justice aux exigences du législatif et en affaiblissant le législatif sous les pressions d’un exécutif agissant au travers de pouvoirs administratifs non-élus.

Il faut noter que si l’on connait assez bien le personnage qu’est Donald Trump, personne ne peut dire avec assurance qui est Kamala Harris, parce que elle se réinvente quotidiennement, prenant des poses et des attitudes, selon la mode ou le déplacement du jour. 

Donc, fi du pessimisme de T S Eliot ! Même si le nouveau siècle est déjà dans son deuxième quart d’heure et que ses débuts pourraient, pour certains, paraitre annonciateurs de tragédies et de déceptions non moins cruelles que le précédent, il faut choisir, comme Robert Frost nous y engage, son sentier, avec courage et le peu de conscience dont nous sommes capables. Comme dans certaines petites phrases musicales qui nous reviennent de temps en temps, de Mahalia Jackson, par exemple: « I’m going to live the life I sing about. »

Roger Kaplan, le 22 octobre 2024

Cette très jolie lettre d’Amérique me confirme dans l’idée qu’aucun des deux candidats n’est ni le diable ni le bon dieu.

Si j’étais un électeur, là bas  j’hésiterais avant de me résigner finalement à mettre un bulletin pour Kamela Harris.

Trump n’est pas du tout notre genre, mais il a aussi des avantages.

En France, j’aimerais pouvoir voter pour Claude Malhuret

Amitiés à tous

André Senik, 22 octobre 2024

Trump a tenté un coup d’Etat. Il reste un apprenti-dictateur.

Ce texte de Roger Kaplan est inadmissible et honteux. Je le rejette totalement. Sa caractéristique essentielle consiste à recourir au verbiage pour mieux passer sous silence le comportement antidémocratique et pro-dictatorial de Trump entre le 4 novembre 2020 et le 6 janvier 2021.


Quand on revoit les évènements intervenus (par exemple avec le documentaire sur Histoire diffusé le 23 octobre 2024 intitulé « Trump prédident, une création fatale » réalisé par Michael Kirk en 2022), on en ressort encore davantage convaincu que Trump est un politicien qui est délibérément hostile à la démocratie.


A compter du 4 novembre 2020, il n’a cessé de contester les résultats de l’élection qui le donnaient pourtant perdant à mesure qu’étaient validés les résultats officiels des divers Etats. Lorsqu’il eut compris que les résultats lui étaient défavorables, il s’est lancé dans une campagne mensongère et manipulatrice selon laquelle « on lui aurait volé la victoire ». Une base essentielle de toute démocratie libérale consiste pourtant à ce que tous les camps respectent le résultat des élections dès lors que celles-ci ont été loyales (ce qui était parfaitement le cas le 4 novembre 2020).


Le 6 janvier 2021, il a piétiné une deuxième fois la Constitution américaine en exigeant de son vice-président Mike Pence qu’il fasse obstacle à la proclamation officielle de la liste validée des grands électeurs ; il s’agissait d’empêcher la passation de pouvoirs à Biden en sorte que Trump reste à la Maison-Blanche.


Devant le refus de Mike Pence de se soumettre à la volonté de Trump, Trump en a alors appelé à ses électeurs les plus exaltés pour qu’ils sortent dans les rues de Washington pour protester contre « le vol de sa victoire » et il les a chauffés à blanc par des interventions répétées pour qu’ils aillent menacer au Capitole Mike Pence (aux cris de « pendons Mike Pence ») et les autres congressistes américains s’ils ne laissaient pas Trump conserver la Maison Blanche.


La suite on la connaît : une troisième fois la démocratie américaine est piétinée ; le Capitole, lieu sacré de la démocratie, est envahi et saccagé par une foule de miliciens extrémistes, exaltés et violents ; ils visent à terroriser les congressistes et ils bousculent violemment les forces de police (très peu nombreuses) ; en dépit des appels répétés émanant des dirigeants républicains du Congrès, Trump se refuse longtemps à appeler la Garde Nationale pour protéger le Congrès. C’est seulement quand Trump se résout enfin à appeler au calme que les troubles prennent fin. Au total cinq morts dont un membre des forces de police.


Ces évènements du 6 janvier 2021 auront contribué à ce que les miliciens qui lui sont dévoués instaurent un climat de terrorisation sur le reste de la population ; les menaces de morts contre les personnes opposées à Trump se sont ensuite répandues, y compris à l’encontre des congressistes républicains. Ce sont ces menaces qui contribuèrent à ce que les dirigeants républicains, après avoir désavoué l’opération Capitole, refusent de désavouer Trump et de s’associer aux Démocrates pour prononcer sa destitution par le Congrès. Dès lors le Parti républicain se transformait en un parti dévoué à Trump.


Le 6 janvier 2021 aura donc été une vraie tentative de coup d’Etat. Si Mike Pence avait alors cédé à Trump, le coup d’Etat réussissait.


Dans une démocratie qui fonctionne bien, l’auteur d’une tentative de coup d’Etat est normalement condamné à l’inéligibilité. Trump et ses affidés se sont employés avec succès à ce que la Cour Suprême statue sur son inéligibilité seulement après le 5 novembre 2024.


On entreprend un coup d’Etat quand on veut instaurer une dictature. Trump peut donc être qualifié d’apprenti-dictateur. Et cet apprenti-dictateur non seulement reste éligible mais ose maintenant se présenter sans honte aux élections présidentielles de novembre 2024.


Les électeurs américains voient de ce fait leur choix réduit aujourd’hui à deux candidats, Kamala Harris, avec ses qualités et ses défauts, et Donald Trump l’apprenti-dictateur avéré.


Il est pour moi évident que la démocratie aux Etats-Unis se trouve aujourd’hui en grand danger. Si Trump était élu, ce serait un rejet de la démocratie qu’exprimeraient les électeurs américains et Trump se saisirait de ce blanc-seing pour instaurer une dictature aux Etats-Unis.


C’est la raison pour laquelle les partisans de la démocratie aux Etats-Unis se doivent absolument de lui faire barrage et de voter pour Kamala Harris. C’est la démocratie aux Etats-Unis et avec elle la démocratie dans le monde qui est en jeu.


Jean Francart, le 24 octobre

26 Oct 2024


Le Conseil de l’Europe attribue le prix Vaclav Havel à Maria Corina Machado

Maria Corina Machado, grande figure de l’opposition aurégime vénézuélien, vit aujourd’hui dans la clandestinité. Son long combat en faveur de la démocratie et des droits del’homme a été très officiellement salué il y a quelques semaines par le Conseil de l’Europe qui lui a attribué le prix Vaclav Havel.

Il lui avait été interdit de se présenter au mois de juillet dernier à l’élection présidentielle de son pays contre  Nicolas Maduro – comme l’avait été ensuite la candidate qui l’avait remplacée ! Le candidat « bolivarien » a été – évidemment, a-t-on envie de dire – proclamé vainqueur de cette élection avec 52% des voix par le Conseil national électoral, qui n’a pourtant jamais rendu publics les procès-verbaux des différents bureaux de vote. Selon l’ opposition, qui a publié le décompte des voix fourni par ses scrutateurs, son candidat,  Edmundo Gonzalez Urrutia , a obtenu plus de 60% des voix. Menacé de prison dans son pays,  il a trouvé refuge en Espagne.

Après l’annonce de la réélection de Nicolás Maduro, des manifestants étaient descendus dans la rue pour dire leur colère. La répression avait provoqué la mort de 27 personnes et l’arrestation de 2400 autres. Le Venezuela, que défend Jean-Luc Mélenchon pour ses vertus révolutionnaires et son opposition à l’impérialisme américain, est installé dans une sorte de crise politique et économique chronique. Au moins 7 millions de ses 30 millions d’habitants ont fui le pays depuis 2014.

H&L, 20 octobre 2024

23 Oct 2024


Voici une prise de position qui n’engage que moi, mais que je peine à garder pour moi.


1° Les discours de Macron et de son relais au sein du gouvernement pourraient avoir été dictés à des élèves de Sciences Po sous la consigne suivante :

« À la manière et dans l’esprit des discours qui ont conduit aux accords de Munich, vous expliquerez pourquoi, au Moyen Orient d’aujourd’hui il ne faut pas répondre par la force à la violence des agresseurs.Vous insisterez sur le point suivant : pourquoi il ne faut pas armer le camp des agressés, sans empêcher l’armement des agresseurs, afin de s’en tenir à des appels à la diplomatie ?

N B : Vous éviterez de faire allusion à la seconde guerre mondiale qui a suivi les accords de Munich ».

2° Voici maintenant mon point de vue personnel :En Israël comme en France, l’islamisme conquérant fait une guerre mondiale au monde libre. Il y possède des cinquièmes colonnes, dont font partie les islamo-gauchistes.

La stratégie de ces idiots utiles à l’islamisme a été formulée au premier congrès des peuples d’Orient qui s’est tenu en 1920 dans la ville de Bakou.
Cette alliance entre ennemis de l’Occident s’est concrétisée en 1979 en Iran, par la prise du pouvoir qui a transformé l’Iran en république islamique et a réduit au silence les communistes iraniens.

Quelle est la différence entre la tentation munichoise d’aujourd’hui et celle de 1938?

En 1938 Hitler fit semblant de jouer le jeu diplomatique dont les démocraties furent les dupes. Aujourd’hui, certains dirigeants des pays démocratiques s’évertuent à se duper eux-mêmes.

Quelle leçon devons-nous en tirer ?

Pour avoir la paix, il faut d’abord mettre les agresseurs hors d’état de nuire par la force. Ceux qui ont honte d’être les plus forts et de vaincre par la force doivent quitter la politique.

André Senik, 7 octobre 2023

11 Oct 2024


« Jean-Paul Sartre et l’URSS » : un éclairage pour comprendre le rapport des Français à Vladimir Poutine

L’institut d’histoire sociale et les Amis d’Histoire & Liberté sont heureux de vous inviter vendredi 18 octobre de 18h à 20h au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre (Paris 1er) à une rencontre avec Cécile Vaissié, professeur à l’Université Rennes 2, auteur notamment des Réseaux du Kremlin en France (éd. des Petits matins) et de Sartre et l’URSS (Presses universitaires de Rennes).


Elle nous expliquera en quoi le rapport de Sartre à l’URSS aide à éclairer et comprendre, aujourd’hui encore, le rapport de nos compatriotes à la Russie, et à repérer les motivations des soutiens et des adversaires de Poutine, dans la guerre que mène le Kremlin contre l’Ukraine.

8 Oct 2024


Par  Desk Russie

Le colloque se déroulera à l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne (au 17 rue de la Sorbonne, Paris) le samedi 5 octobre 2024, de 9 heures à 18 h 45.

Desk Russie, avec Sorbonne Université et son laboratoire SIRICE, organise un colloque « Chine-Russie : affinités et différences ». Ce colloque réunira des spécialistes de la Russie, de la Chine et des relations internationales, pour parler de la collusion économique et politique entre deux régimes, des facteurs de leur stabilité et fragilité, de leurs nationalismes respectifs et de leurs visées impérialistes.

L’inscription est obligatoire.

PROGRAMME

Matinée : 9 h – 13 h

Introduction : Olivier FORCADE

Première table ronde : « Collusion économique et politique entre deux régimes dictatoriaux »

Rapporteurs :

Emmanuel VÉRON. Chine-Russie : les dessous d’une entente sans limites ? Économie, diplomatie et dimension stratégico-militaire.

Pierre ANDRIEU. Malgré leur affichage avantageux, les relations russo-chinoises sont ambivalentes, empreintes de défiance et très déséquilibrées au profit de Pékin. La Russie
est en passe de devenir un État vassal de la Chine.

Modération : Gallagher FENWICK

Deuxième table ronde : « Facteurs de stabilité et de fragilité des deux régimes »

Rapporteurs : 

Jean-Philippe BÉJA. Cyber-surveillance, élimination de la société civile, suprématie du Parti, concentration du pouvoir sans précédent : Xi Jinping a-t-il découvert l’élixir d’immortalité ?

Françoise THOM. Le régime poutinien : forces et faiblesses.

Modération : Marie HOLZMAN

Pause déjeuner : 13 h 15 – 14 h 15
Après-midi : 14 h 30 – 18 h 45

Troisième table ronde : « Politique d’expansion et méthodes de projection de la puissance »

Rapporteurs : 

Jean-Sylvestre MONGRENIER. L’axe sino-russe et ses prolongements : de la difficulté à nommer le réel.

Jean-Maurice RIPERT. Objectifs, cibles et moyens des stratégies d’influence et de pression de Moscou et Pékin.

Cédric MERLE. La civilisation écologique chinoise sur la scène mondiale : cheval de Troie idéologique du PCC ?
Modération : Jean-François BOUTHORS

Quatrième table ronde : « Nationalismes russe et chinois et leur obsession anti américaine »

Rapporteurs : CHEN YAN. Nationalisme, populisme, anti-occidentalisme, obscurantisme ou anti-intellectualisme ?

Comment qualifier l’idéologie officielle de l’époque de XiJinping ?

Laure MANDEVILLE. L’impérialisme russe et son combatcontre l’Occident.

Laurence SAINT-GILLES. Les relations sino-russes vues deWashington.Modération : Galia ACKERMAN 

Conclusion : Philippe de LARA

3 Oct 2024


Pourquoi donc Jean-Luc Mélenchon fait-il la courte échelle à Marine Le Pen ?

La démarche stratégique de JLM semble incompréhensible : lui qui se présente comme « le grand chevalier anti-RN » se lance dans une démarche politico-institutionnelle qui, en cas de réussite, assurerait de facto à MLP un accès triomphal à l’Elysée. JLM lui-même sait fort bien qu’une élection présidentielle précipitée aboutirait à un triomphe de MLP. Par quelle démarche s’est-il donc lancé dans cette campagne qui vise la démission de Macron ?

Nous écartons les hypothèses d’ordre psychologique selon lesquelles JLM agirait par pure stupidité ou par mégalomanie.

Si JLM est néfaste, il n’est pas pour autant stupide. Il a au contraire maintes fois manifesté une habilité politique certaine, ne serait-ce qu’en obtenant depuis 2022 la soumission du PS aux Insoumis.

Et l’expérience prouve que sa mégalomanie ne le rend pas aveugle.

Les explications psychologiques ne sont donc pas pertinentes. Cela nous amène à chercher une réponse d’ordre politique à ce qui se présente comme une formidable énigme.

Une première hypothèse d’ordre politique serait que JLM aurait pris une option nihiliste. JLM développerait le chaos politique en France parce qu’il détesterait l’ordre établi et qu’il serait ravi d’un chaos permanent en France. L’itinéraire politique de JLM ne cadre pas du tout avec cette hypothèse. JLM n’a jamais été ni anarchiste ni nihiliste. Il a été formé politiquement par le trotskisme (et plus précisément par le dirigeant trotskiste Lambert, dont l’émanation politique fut l’OCI, devenue depuis 2008 le POI (Parti Ouvrier Indépendant). Les analystes politiques connaissent l’antagonisme absolu qui existe entre les deux courants d’extrême-gauche : les trotskistes détestent les anarchistes et réciproquement.

Cette première hypothèse ne tient donc pas la route.

Une deuxième hypothèse d’ordre politique est souvent évoquée. JLM porterait MLP au pouvoir pour qu’il en devienne sans délai le premier opposant. Un premier opposant auquel les autres forces d’opposition seraient contraintes de se soumettre. Et JLM se serait persuadé qu’il l’emporterait alors dans le grand duel qu’il livrerait à MLP. Nous écartons aussi cette hypothèse.

La stratégie politique française adoptée par JLM contredit cette hypothèse : JLM et ses lieutenants ne cessent de répéter qu’ils visent à conquérir essentiellement deux segments de la population : la population des banlieues et la population des jeunes diplômés supérieurs. Ils manifestent ainsi qu’ils ont renoncé à ce que LFI puisse un jour devenir majoritaire dans le pays. C’est d’ailleurs ce que François Ruffin vient de lui reprocher publiquement dans son dernier livre au titre éloquent « Ma France en entier, pas à moitié ».

Le comportement sectaire de LFI tant à l’égard de ses alliés de NFP qu’à l’égard des partis centristes ne prépare absolument pas non plus JLM à se faire accepter comme celui qui, en cas de victoire présidentielle de MLP, dirigerait un vaste front uni anti-MLP.

Enfin, le vieux politicien qu’est JLM sait fort bien que MLP, une fois installée à l’Elysée, imitera son ami Viktor Orban (Hongrie) : elle se donnera les moyens d’empêcher toute alternance politique. Les projets du RN, révélés par Jordan Bardella en juin 2024, de privatiser les chaînes de télévision publiques et de supprimer le Conseil Constitutionnel nous donnent des indications significatives de ce qu’entreprendrait MLP en cas d’accession à l’Elysée.

Au total, cette deuxième hypothèse ne tient donc pas non plus la route.

La formation trotskiste de JLM nous amène à nous rallier à une troisième hypothèse, beaucoup plus crédible. Les trotskistes autrefois se mobilisaient contre le capitalisme, contre l’impérialisme américain et contre la démocratie parlementaire (en la jugeant « formelle » et en la dénonçant comme un « leurre » destiné à égarer le prolétariat). Ils ont certes abandonné la lutte contre le capitalisme dans la mesure où désormais tous les pays (à la seule exception de la Corée du Nord) l’ont adopté. Même la Chine, la Russie et l’Iran l’ont adopté.

Les trotskistes ont conservé le reste de leur programme initial. L’hostilité des trotskistes aux Etats-Unis demeure intacte tout comme leur hostilité à la démocratie parlementaire. Mélenchon continue à s’opposer explicitement à « l’impérialisme américain ». Et cette obsession antiaméricaine se combine avec son hostilité (maintenue cachée au public) à la démocratie parlementaire pour aboutir à un objectif qui est central à ses yeux, celui de faire sortir la France du camp des pays démocratiques dirigé par les Etats-Unis.

Jean-Luc Mélenchon sait fort bien qu’en affaiblissant « le camp américain », il renforce mécaniquement « le camp antiaméricain », ce camp antiaméricain qui en réalité coïncide parfaitement avec le club des dictatures totalitaires (Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Corée du nord, Venezuela, Cuba, …). Mais en tant que trotskiste, cela ne le gêne absolument pas.

C’est donc cette troisième hypothèse que nous privilégions absolument.

A ce stade, une remarque importante s’impose. Le RN et LFI semblent s’opposer sur tous les points. Cela n’est absolument pas le cas. Si la question immigratoire et la relation à l’Islam continueront toujours à opposer diamétralement MLP et JLM, il y a un point majeur qui restera commun à ces deux leaders : leur détestation de la démocratie libérale et leur attirance avérée pour le modèle de la
démocratie illibérale (proximité de MLP avec la Hongrie de Orban et avec la Pologne quand elle était dirigée par le PiS) ou pire encore pour le modèle de la dictature totalitaire (proximité de MLP avec Poutine ; proximité de JLM avec Maduro, avec Cuba et avec leur parrain Poutine).

C’est ainsi que Le RN et LFI peuvent en réalité converger sur un point qui est majeur : faire sortir la France du camp des pays démocratiques. Ce qui concrètement se traduit par sortir la France de l’OTAN et de l’UE. C’est cette conclusion commune à MLP et à JLM qui n’a pas manqué d’attirer depuis assez longtemps l’attention de Poutine et du KGB.

Les dirigeants actuels des grandes dictatures totalitaires (Poutine, Xi, Khamenei) ont compris que le seul risque qui demeure pour la survie de leur régime vient de ce que, à l’extérieur de leurs territoires, les pays démocratiques réussissent à maintenir compatibles la liberté et la prospérité. C’est ainsi que Poutine, pour protéger complètement sa dictature totalitaire, a entrepris d’agresser et de déstabiliser les pays européens démocratiques en envahissant l’Ukraine.

Dans cette optique, Poutine et le KGB se sont employés à tisser des liens avec des personnalités politiques ou avec des partis politiques situés à l’intérieur même des pays démocratiques.  Le cas de Trump aux Etats-Unis est bien connu. Celui de Nigel Farage au Royaume-Uni aussi. La ligue du nord de Salvini en Italie, le FPO en Autriche, l’AFD en Allemagne, autant de partis qui ne cachent pas leur option pro-russe et qui sont prêts à s’inscrire dans des manœuvres souhaitées par Moscou.

La France n’échappe pas à ce « réseau Poutine ». Celui-ci y dispose même de deux atouts politiques distincts, Marine Le Pen à l’extrême- droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême-gauche.

Marine Le Pen est particulièrement complaisante avec Poutine : elle s’est déplacée en Crimée en 2015 pour y valider et pour y célébrer l’invasion de la Crimée par la Russie, un déplacement dont elle refuse encore de s’auto-critiquer ; à la veille de la présidentielle de 2017, elle a été reçue officiellement à Moscou par Poutine afin de lui conférer « une stature internationale ». Elle célèbre la relation privilégiée avec Orban en Hongrie, lui-même allié notoire de Poutine.

Jean-Luc Mélenchon est complaisant avec Poutine et s’abstient de le critiquer ; il apprécie et il soutient Maduro et le régime cubain, deux régimes qui de longue date sont des pays parrainés par Poutine.

Pendant des années, JLM a célébré publiquement le régime dirigé par Chavez puis par Maduro comme « un régime qui montre la voie à suivre ». Face à l’énorme scandale politique international qu’a constitué la négation par Maduro, à une échelle jamais vue, du résultat des élections récentes au Venezuela, tous les gouvernements des pays démocratiques ont condamné cette violation à grande échelle des règles élémentaires de la démocratie, tous les gouvernements d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Chili, la Colombie et même le
Brésil de Lula) ont désavoué publiquement la violation de la démocratie au Venezuela. JLM, quant à lui, a choisi de rester muet sur le crime anti-démocratique qu’a commis son ami Maduro. JLM a accepté ainsi délibérément de ternir son image politique en France pour mieux servir le camp antiaméricain. Cela nous révèle ce qui compte pour Mélenchon : il était plus important pour lui de protéger Maduro et ses parrains (Poutine, Xi Jinping) que de soigner sa propre image politique en France.

Pour confirmer le tout, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont condamné que du bout des lèvres l’invasion de l’Ukraine par Poutine en février 2022. Ils manifestent tous les deux une grande inertie voire une hostilité discrète, tant à Paris qu’à Bruxelles, lorsqu’il s’agit du soutien militaire et financier à l’Ukraine.

En 2017, Poutine et le KGB disposaient déjà de ces deux cartes d’atout. Mais ils avaient commis une grossière erreur tactique en tentant d’associer le RN et LFI autour d’une thème programmatique qui leur était alors commune et qui s’inscrivait par ailleurs dans la stratégie anti-UE de Poutine : développer en France une opposition politique à l’euro et à l’UE. Il a même alors été mentionné qu’un certain Jacques Sapir avait effectué des navettes entre le N°2 du RN (Florian Philippot) et LFI pour mieux faire converger leurs programmes électoraux.

Cela n’avait pas fonctionné : les deux partis s’étaient positionnés sur l’échiquier politique français en opposition trop diamétrale pour qu’ils puissent se permettre de formaliser publiquement un début de rapprochement politique entre eux. Cette première démarche du KGB pour déstabiliser la France échoua assez largement. MLP, JLM et le KGB avaient de toute façon sous-estimé l’attachement des électeurs à l’idée européenne. Après 2017 d’ailleurs, MLP abandonna son positionnement anti-UE et anti-euro qui ne lui avait pas réussi. Très vite après, elle se sépara de Florian Philippot.

En 2024, Poutine et le KGB semblent avoir compris qu’il était plus astucieux pour eux de jouer leurs deux cartes non pas en les ajoutant mais en les combinant. Il suffit que JLM, ignorant délibérément le risque RN, harcèle Macron, les marconistes et les centristes pour qu’il assure le triomphe prochain du RN.

Un peu comme en Allemagne au début des années 30, il avait suffi à Staline de pousser le Parti Communiste allemand à harceler frontalement les sociaux-démocrates comme si le risque nazi n’existait pas, pour que le Parti Communiste Allemand assure indirectement la victoire électorale des nazis fin 1932. Une victoire électorale qui permit ensuite à Hitler d’instaurer une dictature totalitaire.

Que sa démarche récente visant la démission de Macron contribue à installer Marine Le Pen à l’Elysée, ne dérange donc vraiment pas le trotskiste que demeure Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen à l’Elysée, cela présenterait à ses yeux « l’immense mérite » que la France retire son soutien à l’Ukraine, que la France prenne ses distances avec Washington, Londres et Berlin et qu’elle se détache de l’OTAN, que la France se rapproche officiellement de Poutine et que ce rapprochement lui-même torpille la survie de l’UE. Tout cela serait en réalité une satisfaction suprême pour celui qui est resté un trotskiste internationaliste impénitent.

Jean Francart,

le 24 septembre 2024

30 Sep 2024


Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Programmation artistique riche et éclectique ces 14 et 15 septembre à la Fête de L’Humanité : Calogero, Louise Attaque, MC Solaar, Angélique Kidjo et beaucoup d’autres chanteurs et groupes musicaux parmi lesquels certains détonnent notablement : HEUSS L’ENFOIRE, KALASH CRIMINEL, LES VULVES ASSASSINES, VOYOU, VLADIMIR CAUCHEMAR …

CAUCHEMAR se dissimule sous un masque à tête de mort, VOYOU joue un personnage, LES VULVES ASSASSINES en veulent à mort à ladite extrême droite, KALASH CRIMINEL, lui,« fustige de son verbe cru, dru, la rude condition imposée aux cités populaires » (L’Humanité, 1er mars 2019). Il vivait alors à Sevran.

Le rappeur franco-congolais s’est fait connaître en 2018 sur les réseaux sociaux avec son clip « Cougar gang » moquant sans détour le couple présidentiel. D’où succès (deux millions de vues !), fortune, déménagement et créations d’entreprises fort rentables (disques, parfums, vêtements), qui lui permettent de soutenir des associations de lutte contre la pauvreté …Sa « réussite » et sa générosité font, paraît-il, la fierté de son ancien quartier. Il y revient, de temps en temps, pour tourner des clips d’épouvante : lui et ses potes, tous en cagoule et en

treillis, couteau ou kalachnikov (des vraies ?) en main, hurlant « Sauvages ! Sauvages ! Sauvages ! » ou « T’es mort, t’es mort, t’es mort ». « Ce que je dis est violent parce qu’on vit dans un monde violent … je retranscris » explique-t-il (22/11/2018) à l’AFP, laquelle salue « sa rage sur fond d’histoires de violence et de sexe, avec talent et second degré » (bien sûr !)

Ses fan’s prennent feu et flamme sur les « réseaux » : « Les autres menacent avec un pistolet et lui,  il menace avec une grenade » – « Quand j’écoute Kalash, j’ai envie de braquer mon voisin » -« On l’écoute en New Calédonie » – « Sauvagerie absolue » – « Roi des sauvages comme Attila », etc., etc..

KALASH a des amis choisis : « Je connais très bien Hadama Traoré, un ex-rappeur. J’ai enregistré mes premiers sons dans le studio qu’il fréquentait, à Saint-Denis. Il avait adoré mon rap » (Le Parisien , 19/11/2018).

… Voilà les gens que met en scène L’Humanité, par rivalité électorale avec l’intempérant Mélenchon : de faux rebelles mais vrais porteurs de haine raciale (ici anti-Blancs), des individus sans scrupules, arrivistes et cyniques qui « racisent » les habitants des banlieues et les auto-stigmatisent. Au moment même où la France est endeuillée et révoltée contre la succession d’agressions et de meurtres envers des enfants, des gardiens de la paix, des agents municipaux, des soignants, de simples passants …

« Mes frères pourraient te le dire, depuis petit je tabasse

Mon côté sauvage a pris le dessus, mec dangereux et tenace »

(KALASH CRIMINEL, single « Enterrez-les », 2017)

« Je rêve de la démocratie

Mais j’ai un comportement dictateur »

(« T’es mort », 2017)

« Le respect c’est quand tout le monde se tait quand je parle » (KALASH)

(KALASH aime se faire photographier assis sur un trône, comme le tyrannique Mobutu.)

D’une certaine façon, à rebours du vrai respect, celui des subordonnés envers les autorités légitimes, et réciproquement, les irresponsables de la Fête de L’Humanité  continuent à vénérer la violence et la domination, germes de totalitarisme. 

Guy Barbier, le 13 septembre 2024 

12 Sep 2024


Réponse à: RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 26 août 2024

6 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024