COMMUNIQUE DE PRESSE

Quelles politiques mémorielles en Europe pour le jour d’après Huis Clos organisé par le Collège des Bernardins et le Forum Normandie pour la Paix Entre le 24 et le 26 septembre 2024


Caen, le 26 septembre 2024


Introduction

1. Nous, experts ukrainiens et russes, membres de l’opposition russe en exil et experts internationaux, avons décidé de nous réunir afin d’émettre des propositions pour agir et avancer sur le chemin de la paix.

2. Convaincus que le régime de Vladimir Poutine s’effondrera, que l’Ukraine gagnera la guerre avec le soutien des forces démocratiques, nous pensons qu’il est de notre devoir de préparer, dès maintenant, l’avenir de la Russie pour une Europe en paix.

3. Nous reconnaissons que les régimes communistes ont commis des crimes, non pas simplement en Union soviétique, mais également en Europe centrale et au-delà.

Plusieurs diagnostics ont été posés

1. Outre leur caractère punitif, les procès ont une vertu symbolique et éducative : ils permettent de stopper l’impunité et de rétablir une forme de confiance civique. Nous sommes convaincus que c’est l’absence de jugement des crimes du communisme qui a permis à Poutine de lancer la guerre en Ukraine et qui empêche la Russie d’évoluer. Il n’y a pas eu de mise en place des outils de justice transitionnelle en Russie : pas de droit à la justice, ni à la vérité, ni aux réparations, ni de garantie de non-répétition, qui sont les 4 piliers de la justice transitionnelle.

2.Vladimir Poutine a organisé une amnésie collective de certains faits, tout autant qu’une hypermnésie pour d’autres faits sur le même schéma que Lénine et Staline avant lui : avec des victimes, des héros et des salauds.

C’est cet écueil sur lequel il faudra penser les choses autrement quand la guerre sera finie.

Nos Propositions

1. Nous, experts russes, experts internationaux et membres de l’opposition russe en exil, reconnaissons la responsabilité de l’Etat soviétique dans l’organisation du Holodomor (1932- 1933), qui a fait plus de 4 millions de morts de faim en Ukraine, que l’on doit qualifier comme un génocide contre la nation ukrainienne.

Nous demandons que ce génocide, aujourd’hui fortement documenté, soit enfin reconnu par la Fédération de Russie, et internationalement.

Nous attendons que la Fédération de Russie reconnaisse de nouveau la supériorité du droit international sur le droit national, comme c’est le cas dans tout Etat démocratique.

2.Nous pensons qu’il faut prendre conscience de la réalité impériale de la culture russe et de ses effets, dont elle doit sortir, en travaillant notamment à des formations auprès des jeunes.

3.Nous constatons que le patriarcat de Moscou est devenu une organisation d’Etat qui promeut une religion civile apocalyptique et violente.


Pour aider cette Eglise à se réformer, nous devons nous inspirer des exemples qui ont fonctionné au 20e siècle, en Allemagne ou en Pologne.


Par exemple, la Plateforme « Paix à tous » aide les prêtres pour leur position anti-guerre, plateforme russe, devrait faire l’objet d’un soutien européen.


Il est fondamental de raconter l’histoire authentique de l’Eglise russe et de ses compromissions avec l’Etat soviétique depuis 1927 et 1943.


Il faut condamner la destruction de tous les mouvements en faveur de l’identité nationale et les Eglises nationales en URSS et qui continue aujourd’hui dans les territoires occupés en Ukraine.

4.Nous souhaitons la création d’une commission internationale qui permette la mise en place d’un tribunal pour juger les crimes du communisme commis au XXe siècle, en Europe et dans le bloc soviétique.


A cet égard, nous avons apprécié l’idée émise par la plateforme de la mémoire et de la conscience européenne, de créer un tribunal symbolique pour juger des crimes commis par le régime communiste. Nous pensons qu’il faut l’étudier plus en profondeur, notamment pour en définir plus précisément les limites géographiques et juridiques.

5. Nous avons trouvé un consensus sur la nécessité pour l’Etat Russe de réparer tous les crimes commis par le régime soviétique : réparation financière et morale, de façon proportionnelle selon les niveaux de responsabilité (individuelle, étatique et collective).

6.Nous sommes convaincus que l’archive est la preuve documentaire par excellence.
Aussi, il faut dès maintenant travailler, dans chaque pays qui a été concerné, à la publication des documents d’archives. Il faudra créer des comités nationaux qui pourront faire des recherches dans les archives, en lien des commissions internationales qui travailleront ensemble à un document général sur les crimes commis.

7. Il convient de développer des formations, dès maintenant, pour former les jeunes, mais aussi éveiller et alerter les consciences de la population russe sur les événements et des crimes de l’Histoire.

Pour permettre la décontamination idéologique de la population, il faudra former les jeunes générations européennes, par un immense travail de pédagogie démocratique. On pourra prendre comme exemple l’expérience mise en place à Sighet, en Roumanie, avec des stages, des cycles de conférence, des prisons transformées en musées des dictatures communistes (une expérience soutenue par le Conseil de l’Europe).

8.Il est nécessaire de travailler, pour éviter la concurrence des mémoires, à l’élaboration de manuels scolaires européens établis par des historiens de tous ces pays, par un travail collectif en utilisant la méthode des regards croisés. Et en même temps, enseigner les valeurs de la démocratie, de la liberté et une culture mémorielle.


Nos propositions pour l’avenir

9.Pour ne pas répéter les erreurs du passé, il est indispensable, dès maintenant, de constituer les bases de données les plus fiables sur tous les crimes et les exactions commis par la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.

10. Simultanément avec un travail de vérité et de justice, quand le temps sera venu, il faudra favoriser les échanges entre jeunes ukrainiens et russes, permettant, en partageant les souffrances, de ne pas être dans le ressentiment et la revanche, mais dans la projection d’un avenir de paix pour les jeunes générations.

11. Pour permettre ce travail de vérité et de réconciliation, il faudra l’engagement de toutes les parties prenantes : Etats, Régions, Communes, Associations civiles, mais aussi réseaux d’élus, d’anciens combattants, etc.


Personnes à contacter :
Antoine Arjakovsky & Valentine Tessier +33 618600289

30 Oct 2024


Mon île natale, Cuba, est plongée dans le noir. De La Havane à Santiago, les photos et vidéos qui nous parviennent montrent un décor de désolation. Personne dans les rues, hormis quelques conducteurs de voitures -il y en a si peu qu’elles occupent tout l’espace des chaussées défoncées-, dont les phares brisent pour un instant cette terrible couleur uniforme, des habitants terrés chez eux à la faible lueur de bougies émergeant de quelques fenêtres mais, tout de même, des fonctionnaires gouvernementaux officiant dans certains sièges du Parti (communiste, le seul autorisé, bien sûr), mais aussi l’éclairage insolent, maintenu par des groupes électrogènes, de quelques hôtels de luxe existants ou en construction pour des touristes, canadiens, russes, espagnols, italiens, français, brésiliens, mexicains et j’en passe, qui adorent contempler les ruines de ce pays qui fut considéré, autrefois, comme « la perle des Caraïbes ».


Un seul responsable : le castrisme. Celui-ci se maintient au pouvoir depuis… 65 ans, bientôt 66 ! Depuis ce 1er janvier 1959 où les frères Castro ont pris le pouvoir avec l’assentiment des foules et l’admiration aveugle de leurs innombrables sympathisants à travers le monde. Ceux-ci ont souscrit à tous les mensonges, à tous les crimes (exécutions massives des opposants, condamnations des dissidents à des peines de prison démentielles, condamnation à l’exil de millions de Cubains de toutes conditions), ainsi qu’à la misère déguisée en égalitarisme et à la délation ou à la terreur exercée quotidiennement contre une population sans défense.

Vendredi 18 octobre, c’est la principale centrale thermoélectrique qui est tombée en panne. Mais auparavant, toutes les autres étaient soit en-dessous de leurs capacités théoriques soit « en maintenance ». Depuis des décennies, ces structures préhistoriques, souvent de fabrication soviétique, étaient l’objet de délestages à répétition. Mais il ne fallait pas s’en faire, selon les dirigeants, qui expliquaient jour après jour à la télé que la situation était sur le point de s’améliorer, égrenant le nombre de mégawatts disponibles et ânonnant les lieux et les horaires des coupures d’électricité programmées, jusqu’à 20 heures et plus. Au point que les gens ne parlaient ne parlaient plus de coupures (« apagones ») mais de moments d’éclairage (« alumbrones »). Et puis, d’un coup, plus rien. Les mesures dérisoires d’économies d’énergie n’ont servi qu’à retarder l’inéluctable. Même les deux bateaux d’approvisionnement en électricité fournis par des entreprises turques se sont révélés notoirement insuffisants. Tout est parti à vau-l’eau. Le combustible, en provenance du Venezuela, de la Russie n’arrive plus qu’au compte-gouttes, du fait des problèmes engendrés par la dictature de Nicolás Maduro, digne successeur de Hugo Chávez, et de la guerre menée par Vladimir Poutine contre les braves Ukrainiens.


Les Cubains, à présent, décomptent le nombre d’heures qu’ils passent dans cette sinistre obscurité, devant jeter les quelques aliments, désormais pourris, qu’ils réussissaient à conserver dans leurs frigos ou leurs congélateurs, malgré les pénuries chroniques. Ils doivent aussi faire face, sans ventilateurs, à une chaleur insupportable, qui amène ses nuées de moustiques, vecteurs d’épidémies. Gare à leurs victimes ! Certains services des hôpitaux, dont les urgences, ne fonctionnent plus, dans cette nation qui se targue d’être une « puissance médicale » capable d’exporter ses médecins pour porter leur savoir- faire -et la propagande castriste la plus éhontée- jusque dans les derniers recoins de l’univers contre des devises sonnantes et trébuchantes pour le régime, pas pour eux ni pour leurs familles.

Plus d’école non plus, ce qui signifie, en passant, quelques heures de moins d’endoctrinement pour les enfants et les jeunes de Cuba. Finalement, ceux qui ont eu plus de chance, ce sont ceux qui ont réussi à fuir, à échapper au péril de leur vie, par mer, via le détroit de la Floride, ou par des terres inhospitalières d’Amérique du sud, au « paradis socialiste ». Les autres, les quelques onze millions qui restent, ne connaissent que le désespoir. « ¿ Hasta cuándo ? », (« Jusqu’à quand ? »), répètent-ils, comme un mantra. Jamais cela ne s’arrêtera, tant que cette folie communiste obsolète restera en place.


Les dirigeants, le « président » fantoche Miguel Díaz-Canel, désigné par Raúl Castro, toujours de fait aux commandes, malgré ses 93 ans, depuis la maladie de son demi-frère Fidel, survenue en 2006 puis son décès en 2016, et ses ministres en appellent à l’esprit révolutionnaire, celui de la guérilla de la « Sierra Maestra » et d’autres souvenirs révolutionnaires. Díaz-Canel, dont le nom est toujours complété par ceux qui le prononcent du qualificatif de « singao » (enc…), est apparu à la télé en uniforme militaire rutilant pour menacer ceux qui osent manifester, comme lors de la révolte spontanée du 11 juillet 2021, provoquée par la faim et -déjà- les coupures d’électricité, des pires calamités (plus de 1000 personnes ont été incarcérées depuis), en même temps qu’ils accusent le « blocus » (l’embargo) nord-américain d’être responsable (qu’a à voir l’embargo avec la déliquescence des vieilles installations venues tout droit de l’URSS et abandonnées progressivement par la Russie ?) des mouvements de protestation, ainsi que les « apatrides », les « vers de terre » (« gusanos »), en somme nous, les exilés, d’encourager les « indécents » et « vendus » qui osent protester.


Cette situation intervient quelques jours après une marche soi-disant spontanée, en présence des plus hautes autorités, qui a mobilisé les recours de l’Etat pour faire défiler les participants, afin de démonter la solidarité de la révolution avec Yahya Sinouar, Hassan Nasrallah et les mollahs iraniens, victimes du « sionisme », et à la veille du sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) qui se déroule à Kazan, en Russie, où le « président » (élu par qui ?) compte se rendre. Les alliances de Cuba restent les mêmes que du temps de la guerre froide, en y ajoutant les terroristes islamistes.


Au fait, que disent les sympathisants de toujours de cette obscure révolution à propos de la situation calamiteuse que vit l’île de leurs rêves d’autrefois ? Rien, du côté de l’Insoumis Mélenchon, de l’anticapitaliste Besancenot, ni des autres, tous les autres. Mais peu importe. Qu’ils s’emmurent dans leur silence, ces complices honteux de la dictature en vigueur dans l’île de leurs rêves et de nos cauchemars, comme ils l’ont fait le 28 juillet dernier en constatant la fraude massive lors des dernières élections vénézuéliennes, qui permet à Maduro de continuer à usurper le pouvoir.


Les pauvres Cubains apprennent à surmonter l’obscurité (qui peut devenir une opportunité, car ils ne peuvent pas être identifiées) et la terreur exercée par les forces répressives. Ils se rendent compte que l’avenir radieux que leur a promis la révolution est pire que la mort. Ils ne peuvent compter sur aucune solidarité, sauf celle de leurs compatriotes de l’exil pour rompre leur solitude. Le moment est venu pour se débarrasser, par tous les moyens, de cette misérable tyrannie. Seulement alors, la lumière reviendra.

Jacobo Machover le 22 octobre 2024

30 Oct 2024


Histoire & Liberté a reçu d’un de nos lecteurs les plus fidèles, vivant à Washington, la « lettre » qui suit. Ses précédentes interventions avaient suscité de vives réactions de certains d’entre nous. Nous espérons, en publiant ce nouveau texte, favoriser la reprise d’un débat utile, sinon indispensable. Eclaircir les perspectives de la politique américaine à venir ne peut en effet être que profitable à notre lutte contre le danger totalitaire quel que soit le lieu où il se manifeste.


P.R.

Espérer, même en novembre? Les élections américaines

Comment peut-on être pessimiste en avril, le mois du renouveau, le mois qui annonce le temps des cerises et des amours sur les bancs publics? Pour apporter une réponse à cette question, on peut relire The Waste Land de T. S. Eliot, dont le premier vers,  « April is the cruelest month », est canonique dans la littérature anglophone moderne. Enfant de Saint-Louis, une grande ville située entre deux Etats, le Missouri et le Kansas, ce dernier étant souvent vu, avec sympathie ou mépris selon le regard, comme le pur centre géographique et socio-culturel des USA, Eliot émigre en Angleterre où il fera la grande carrière que l’on sait. Mais en dehors de la (très) haute culture, il y a beaucoup de bonnes choses au Kansas, où se situe le classique roman de Frank Baum, The Wonderful Wizard of Oz qui, sous forme de comédie musicale, lancera la carrière de Judy Garland, et qui affirme qu’hors du Kansas, on n’est plus dans le monde normal. C’est peut être pour cela qu’Eliot fit ses valises. 

Octobre, novembre, dans l’imaginaire occidental, sont autrement ambigus, avec les souvenirs de désastres (coup d’Etat bolchevik en Russie qui inaugure le siècle des totalitarismes) et de triomphes après d’indicibles sacrifices comme la dernière offensive des Alliés, dont l’avant-garde était une bande de jeunes venant de New York ( de Harlem, pour être exact) en uniforme de poilus.  Kipling : If you can meet with triumph and disaster/And treat those two imposters just the same…  

Octobre est le dernier souffle – jusqu’à sa renaissance en avril – du baseball, sport éminemment américain, en accord avec l’optimisme printanier et la douceur estivale. C’est en ces temps fâcheux que se disputent les matchs du World Series, le championnat du monde, qui oppose les deux équipes les plus performantes tout au long de la « saison régulière » – 162 matchs ! Cette année, le drame se joue entre Los Angeles et New York, mais dans le même temps, c’est l’équipe de football de Kansas City qui mène la danse dans l’autre sport national.

Novembre commence avec la calamité des élections qu’un peuple se voulant libre doit cependant régulièrement subir – le poids du « least bad choice« , le moins mauvais choix – et dont il doit accepter les conséquences. 

Mais novembre se termine avec la fête du Thanksgiving, pour marquer la reconnaissance que l’on adresse à la Providence, l’ultime et meilleure source d’espoir, qui protège et assure l’avenir des Etats-Unis d’Amérique.

Paradoxe : le camp de l’espoir en cette année présidentielle est représenté par un vieux fâcheux, narcissique indécrottable, bretteur et menteur sans vergogne, qui lance des vérités en frôlant le mépris des faits, mélange flatteries et insultes sans hésitation, se moque des attaques hystériques (« fasciste, putschiste! ») et se vante des applaudissements qu’il reçoit (« il est le seul à parler vrai! ») 

Le camp du « réalisme », par contre, est représenté par une femme d’âge moyen qui exsude en permanence joie et bonne humeur, amour pour tout et tous.  Le hic est qu’elle n’a jamais exprimé ces attitudes dans des actes conséquents lors d’une carrière publique qui l’a menée à des postes de pouvoir considérables – procureur puis sénatrice de Californie, et vice-présidente à l’heure actuelle, responsable notamment du dossier de l’immigration et du contrôle des frontières.  

Donald Trump n’a pas de programme, il n’a jamais donné l’impression d’avoir lu un livre ou étudié des dossiers, mais à partir de ses réflexes, de ses coups de gueules, de des propositions et de ses initiatives pendant sa première présidence, on peut suggérer ce qu’il voudra faire s’il redevient locataire de la Maison Blanche :

– Mettre fin à l’immigration illégale, expulser les illégaux coupables de crimes (en plus d’avoir passer la frontière sans autorisation), renforcer les gardes-frontières ;

– Soutenir Israel contre l’islam impérialiste et anti-occidental tout en tendant la main à un islam qui accepterait le modus vivendi avec le monde libre –  ce qui serait du jamais-vu;

– Promouvoir une paix, ou au moins un armistice entre la Russie et l’Ukraine, même au dépend territorial de cette dernière;

– Promouvoir une détente entre les deux Chines;

– Renégocier les règles du commerce international au dépend des régimes actuels favorables au libre-échange, sans doute au dépend de tout le monde et en fin de compte sans grande conséquences négatives.

– Ne rien faire à l’intérieur sur les dossiers « anti-racistes », « parité entre les genres » et « liberté reproductive » parce que c’est hors du domaine fédéral;

– Continuer l’endettement national par une politique fiscale dépensière et irresponsable.

Kamala Harris non plus n’a pas de programme, sauf l’amour pour tout et pour tous, et elle n’a insisté pendant sa campagne sur aucun dossier spécifique, au contraire de Trump qui, lui, l’a fait de façon contradictoire, voire incohérente.  Mais vu son passé, on peut hasarder que sa politique consistera  à :

– Laisser ouvertes les frontières, continuant la politique de l’administration dont elle est le numéro deux, ce qui n’est pas sans relation avec une politique anti-sécuritaire (anti-police et anti-militaire) qui aurait sans doute pour effet d’accélérer la montée de la criminalité qui a caractérisé les années récentes, et de façon générale, la baisse de l’esprit civique, patriote, et pour tout dire, moral; 

– Encourager le laxisme dans les lois sur l’interruption volontaire de grossesse, c’est à dire poursuivre une politique qui a, qu’on le veuille ou non, sa part de responsabilité dans le délitement des moeurs;

– Détruire l’équilibre institutionnel en pliant la justice aux exigences du législatif et en affaiblissant le législatif sous les pressions d’un exécutif agissant au travers de pouvoirs administratifs non-élus.

Il faut noter que si l’on connait assez bien le personnage qu’est Donald Trump, personne ne peut dire avec assurance qui est Kamala Harris, parce que elle se réinvente quotidiennement, prenant des poses et des attitudes, selon la mode ou le déplacement du jour. 

Donc, fi du pessimisme de T S Eliot ! Même si le nouveau siècle est déjà dans son deuxième quart d’heure et que ses débuts pourraient, pour certains, paraitre annonciateurs de tragédies et de déceptions non moins cruelles que le précédent, il faut choisir, comme Robert Frost nous y engage, son sentier, avec courage et le peu de conscience dont nous sommes capables. Comme dans certaines petites phrases musicales qui nous reviennent de temps en temps, de Mahalia Jackson, par exemple: « I’m going to live the life I sing about. »

Roger Kaplan, le 22 octobre 2024

Cette très jolie lettre d’Amérique me confirme dans l’idée qu’aucun des deux candidats n’est ni le diable ni le bon dieu.

Si j’étais un électeur, là bas  j’hésiterais avant de me résigner finalement à mettre un bulletin pour Kamela Harris.

Trump n’est pas du tout notre genre, mais il a aussi des avantages.

En France, j’aimerais pouvoir voter pour Claude Malhuret

Amitiés à tous

André Senik, 22 octobre 2024

Trump a tenté un coup d’Etat. Il reste un apprenti-dictateur.

Ce texte de Roger Kaplan est inadmissible et honteux. Je le rejette totalement. Sa caractéristique essentielle consiste à recourir au verbiage pour mieux passer sous silence le comportement antidémocratique et pro-dictatorial de Trump entre le 4 novembre 2020 et le 6 janvier 2021.


Quand on revoit les évènements intervenus (par exemple avec le documentaire sur Histoire diffusé le 23 octobre 2024 intitulé « Trump prédident, une création fatale » réalisé par Michael Kirk en 2022), on en ressort encore davantage convaincu que Trump est un politicien qui est délibérément hostile à la démocratie.


A compter du 4 novembre 2020, il n’a cessé de contester les résultats de l’élection qui le donnaient pourtant perdant à mesure qu’étaient validés les résultats officiels des divers Etats. Lorsqu’il eut compris que les résultats lui étaient défavorables, il s’est lancé dans une campagne mensongère et manipulatrice selon laquelle « on lui aurait volé la victoire ». Une base essentielle de toute démocratie libérale consiste pourtant à ce que tous les camps respectent le résultat des élections dès lors que celles-ci ont été loyales (ce qui était parfaitement le cas le 4 novembre 2020).


Le 6 janvier 2021, il a piétiné une deuxième fois la Constitution américaine en exigeant de son vice-président Mike Pence qu’il fasse obstacle à la proclamation officielle de la liste validée des grands électeurs ; il s’agissait d’empêcher la passation de pouvoirs à Biden en sorte que Trump reste à la Maison-Blanche.


Devant le refus de Mike Pence de se soumettre à la volonté de Trump, Trump en a alors appelé à ses électeurs les plus exaltés pour qu’ils sortent dans les rues de Washington pour protester contre « le vol de sa victoire » et il les a chauffés à blanc par des interventions répétées pour qu’ils aillent menacer au Capitole Mike Pence (aux cris de « pendons Mike Pence ») et les autres congressistes américains s’ils ne laissaient pas Trump conserver la Maison Blanche.


La suite on la connaît : une troisième fois la démocratie américaine est piétinée ; le Capitole, lieu sacré de la démocratie, est envahi et saccagé par une foule de miliciens extrémistes, exaltés et violents ; ils visent à terroriser les congressistes et ils bousculent violemment les forces de police (très peu nombreuses) ; en dépit des appels répétés émanant des dirigeants républicains du Congrès, Trump se refuse longtemps à appeler la Garde Nationale pour protéger le Congrès. C’est seulement quand Trump se résout enfin à appeler au calme que les troubles prennent fin. Au total cinq morts dont un membre des forces de police.


Ces évènements du 6 janvier 2021 auront contribué à ce que les miliciens qui lui sont dévoués instaurent un climat de terrorisation sur le reste de la population ; les menaces de morts contre les personnes opposées à Trump se sont ensuite répandues, y compris à l’encontre des congressistes républicains. Ce sont ces menaces qui contribuèrent à ce que les dirigeants républicains, après avoir désavoué l’opération Capitole, refusent de désavouer Trump et de s’associer aux Démocrates pour prononcer sa destitution par le Congrès. Dès lors le Parti républicain se transformait en un parti dévoué à Trump.


Le 6 janvier 2021 aura donc été une vraie tentative de coup d’Etat. Si Mike Pence avait alors cédé à Trump, le coup d’Etat réussissait.


Dans une démocratie qui fonctionne bien, l’auteur d’une tentative de coup d’Etat est normalement condamné à l’inéligibilité. Trump et ses affidés se sont employés avec succès à ce que la Cour Suprême statue sur son inéligibilité seulement après le 5 novembre 2024.


On entreprend un coup d’Etat quand on veut instaurer une dictature. Trump peut donc être qualifié d’apprenti-dictateur. Et cet apprenti-dictateur non seulement reste éligible mais ose maintenant se présenter sans honte aux élections présidentielles de novembre 2024.


Les électeurs américains voient de ce fait leur choix réduit aujourd’hui à deux candidats, Kamala Harris, avec ses qualités et ses défauts, et Donald Trump l’apprenti-dictateur avéré.


Il est pour moi évident que la démocratie aux Etats-Unis se trouve aujourd’hui en grand danger. Si Trump était élu, ce serait un rejet de la démocratie qu’exprimeraient les électeurs américains et Trump se saisirait de ce blanc-seing pour instaurer une dictature aux Etats-Unis.


C’est la raison pour laquelle les partisans de la démocratie aux Etats-Unis se doivent absolument de lui faire barrage et de voter pour Kamala Harris. C’est la démocratie aux Etats-Unis et avec elle la démocratie dans le monde qui est en jeu.


Jean Francart, le 24 octobre

26 Oct 2024


Le Conseil de l’Europe attribue le prix Vaclav Havel à Maria Corina Machado

Maria Corina Machado, grande figure de l’opposition aurégime vénézuélien, vit aujourd’hui dans la clandestinité. Son long combat en faveur de la démocratie et des droits del’homme a été très officiellement salué il y a quelques semaines par le Conseil de l’Europe qui lui a attribué le prix Vaclav Havel.

Il lui avait été interdit de se présenter au mois de juillet dernier à l’élection présidentielle de son pays contre  Nicolas Maduro – comme l’avait été ensuite la candidate qui l’avait remplacée ! Le candidat « bolivarien » a été – évidemment, a-t-on envie de dire – proclamé vainqueur de cette élection avec 52% des voix par le Conseil national électoral, qui n’a pourtant jamais rendu publics les procès-verbaux des différents bureaux de vote. Selon l’ opposition, qui a publié le décompte des voix fourni par ses scrutateurs, son candidat,  Edmundo Gonzalez Urrutia , a obtenu plus de 60% des voix. Menacé de prison dans son pays,  il a trouvé refuge en Espagne.

Après l’annonce de la réélection de Nicolás Maduro, des manifestants étaient descendus dans la rue pour dire leur colère. La répression avait provoqué la mort de 27 personnes et l’arrestation de 2400 autres. Le Venezuela, que défend Jean-Luc Mélenchon pour ses vertus révolutionnaires et son opposition à l’impérialisme américain, est installé dans une sorte de crise politique et économique chronique. Au moins 7 millions de ses 30 millions d’habitants ont fui le pays depuis 2014.

H&L, 20 octobre 2024

23 Oct 2024


Voici une prise de position qui n’engage que moi, mais que je peine à garder pour moi.


1° Les discours de Macron et de son relais au sein du gouvernement pourraient avoir été dictés à des élèves de Sciences Po sous la consigne suivante :

« À la manière et dans l’esprit des discours qui ont conduit aux accords de Munich, vous expliquerez pourquoi, au Moyen Orient d’aujourd’hui il ne faut pas répondre par la force à la violence des agresseurs.Vous insisterez sur le point suivant : pourquoi il ne faut pas armer le camp des agressés, sans empêcher l’armement des agresseurs, afin de s’en tenir à des appels à la diplomatie ?

N B : Vous éviterez de faire allusion à la seconde guerre mondiale qui a suivi les accords de Munich ».

2° Voici maintenant mon point de vue personnel :En Israël comme en France, l’islamisme conquérant fait une guerre mondiale au monde libre. Il y possède des cinquièmes colonnes, dont font partie les islamo-gauchistes.

La stratégie de ces idiots utiles à l’islamisme a été formulée au premier congrès des peuples d’Orient qui s’est tenu en 1920 dans la ville de Bakou.
Cette alliance entre ennemis de l’Occident s’est concrétisée en 1979 en Iran, par la prise du pouvoir qui a transformé l’Iran en république islamique et a réduit au silence les communistes iraniens.

Quelle est la différence entre la tentation munichoise d’aujourd’hui et celle de 1938?

En 1938 Hitler fit semblant de jouer le jeu diplomatique dont les démocraties furent les dupes. Aujourd’hui, certains dirigeants des pays démocratiques s’évertuent à se duper eux-mêmes.

Quelle leçon devons-nous en tirer ?

Pour avoir la paix, il faut d’abord mettre les agresseurs hors d’état de nuire par la force. Ceux qui ont honte d’être les plus forts et de vaincre par la force doivent quitter la politique.

André Senik, 7 octobre 2023

11 Oct 2024


« Jean-Paul Sartre et l’URSS » : un éclairage pour comprendre le rapport des Français à Vladimir Poutine

L’institut d’histoire sociale et les Amis d’Histoire & Liberté sont heureux de vous inviter vendredi 18 octobre de 18h à 20h au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre (Paris 1er) à une rencontre avec Cécile Vaissié, professeur à l’Université Rennes 2, auteur notamment des Réseaux du Kremlin en France (éd. des Petits matins) et de Sartre et l’URSS (Presses universitaires de Rennes).


Elle nous expliquera en quoi le rapport de Sartre à l’URSS aide à éclairer et comprendre, aujourd’hui encore, le rapport de nos compatriotes à la Russie, et à repérer les motivations des soutiens et des adversaires de Poutine, dans la guerre que mène le Kremlin contre l’Ukraine.

8 Oct 2024


Par  Desk Russie

Le colloque se déroulera à l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne (au 17 rue de la Sorbonne, Paris) le samedi 5 octobre 2024, de 9 heures à 18 h 45.

Desk Russie, avec Sorbonne Université et son laboratoire SIRICE, organise un colloque « Chine-Russie : affinités et différences ». Ce colloque réunira des spécialistes de la Russie, de la Chine et des relations internationales, pour parler de la collusion économique et politique entre deux régimes, des facteurs de leur stabilité et fragilité, de leurs nationalismes respectifs et de leurs visées impérialistes.

L’inscription est obligatoire.

PROGRAMME

Matinée : 9 h – 13 h

Introduction : Olivier FORCADE

Première table ronde : « Collusion économique et politique entre deux régimes dictatoriaux »

Rapporteurs :

Emmanuel VÉRON. Chine-Russie : les dessous d’une entente sans limites ? Économie, diplomatie et dimension stratégico-militaire.

Pierre ANDRIEU. Malgré leur affichage avantageux, les relations russo-chinoises sont ambivalentes, empreintes de défiance et très déséquilibrées au profit de Pékin. La Russie
est en passe de devenir un État vassal de la Chine.

Modération : Gallagher FENWICK

Deuxième table ronde : « Facteurs de stabilité et de fragilité des deux régimes »

Rapporteurs : 

Jean-Philippe BÉJA. Cyber-surveillance, élimination de la société civile, suprématie du Parti, concentration du pouvoir sans précédent : Xi Jinping a-t-il découvert l’élixir d’immortalité ?

Françoise THOM. Le régime poutinien : forces et faiblesses.

Modération : Marie HOLZMAN

Pause déjeuner : 13 h 15 – 14 h 15
Après-midi : 14 h 30 – 18 h 45

Troisième table ronde : « Politique d’expansion et méthodes de projection de la puissance »

Rapporteurs : 

Jean-Sylvestre MONGRENIER. L’axe sino-russe et ses prolongements : de la difficulté à nommer le réel.

Jean-Maurice RIPERT. Objectifs, cibles et moyens des stratégies d’influence et de pression de Moscou et Pékin.

Cédric MERLE. La civilisation écologique chinoise sur la scène mondiale : cheval de Troie idéologique du PCC ?
Modération : Jean-François BOUTHORS

Quatrième table ronde : « Nationalismes russe et chinois et leur obsession anti américaine »

Rapporteurs : CHEN YAN. Nationalisme, populisme, anti-occidentalisme, obscurantisme ou anti-intellectualisme ?

Comment qualifier l’idéologie officielle de l’époque de XiJinping ?

Laure MANDEVILLE. L’impérialisme russe et son combatcontre l’Occident.

Laurence SAINT-GILLES. Les relations sino-russes vues deWashington.Modération : Galia ACKERMAN 

Conclusion : Philippe de LARA

3 Oct 2024


Pourquoi donc Jean-Luc Mélenchon fait-il la courte échelle à Marine Le Pen ?

La démarche stratégique de JLM semble incompréhensible : lui qui se présente comme « le grand chevalier anti-RN » se lance dans une démarche politico-institutionnelle qui, en cas de réussite, assurerait de facto à MLP un accès triomphal à l’Elysée. JLM lui-même sait fort bien qu’une élection présidentielle précipitée aboutirait à un triomphe de MLP. Par quelle démarche s’est-il donc lancé dans cette campagne qui vise la démission de Macron ?

Nous écartons les hypothèses d’ordre psychologique selon lesquelles JLM agirait par pure stupidité ou par mégalomanie.

Si JLM est néfaste, il n’est pas pour autant stupide. Il a au contraire maintes fois manifesté une habilité politique certaine, ne serait-ce qu’en obtenant depuis 2022 la soumission du PS aux Insoumis.

Et l’expérience prouve que sa mégalomanie ne le rend pas aveugle.

Les explications psychologiques ne sont donc pas pertinentes. Cela nous amène à chercher une réponse d’ordre politique à ce qui se présente comme une formidable énigme.

Une première hypothèse d’ordre politique serait que JLM aurait pris une option nihiliste. JLM développerait le chaos politique en France parce qu’il détesterait l’ordre établi et qu’il serait ravi d’un chaos permanent en France. L’itinéraire politique de JLM ne cadre pas du tout avec cette hypothèse. JLM n’a jamais été ni anarchiste ni nihiliste. Il a été formé politiquement par le trotskisme (et plus précisément par le dirigeant trotskiste Lambert, dont l’émanation politique fut l’OCI, devenue depuis 2008 le POI (Parti Ouvrier Indépendant). Les analystes politiques connaissent l’antagonisme absolu qui existe entre les deux courants d’extrême-gauche : les trotskistes détestent les anarchistes et réciproquement.

Cette première hypothèse ne tient donc pas la route.

Une deuxième hypothèse d’ordre politique est souvent évoquée. JLM porterait MLP au pouvoir pour qu’il en devienne sans délai le premier opposant. Un premier opposant auquel les autres forces d’opposition seraient contraintes de se soumettre. Et JLM se serait persuadé qu’il l’emporterait alors dans le grand duel qu’il livrerait à MLP. Nous écartons aussi cette hypothèse.

La stratégie politique française adoptée par JLM contredit cette hypothèse : JLM et ses lieutenants ne cessent de répéter qu’ils visent à conquérir essentiellement deux segments de la population : la population des banlieues et la population des jeunes diplômés supérieurs. Ils manifestent ainsi qu’ils ont renoncé à ce que LFI puisse un jour devenir majoritaire dans le pays. C’est d’ailleurs ce que François Ruffin vient de lui reprocher publiquement dans son dernier livre au titre éloquent « Ma France en entier, pas à moitié ».

Le comportement sectaire de LFI tant à l’égard de ses alliés de NFP qu’à l’égard des partis centristes ne prépare absolument pas non plus JLM à se faire accepter comme celui qui, en cas de victoire présidentielle de MLP, dirigerait un vaste front uni anti-MLP.

Enfin, le vieux politicien qu’est JLM sait fort bien que MLP, une fois installée à l’Elysée, imitera son ami Viktor Orban (Hongrie) : elle se donnera les moyens d’empêcher toute alternance politique. Les projets du RN, révélés par Jordan Bardella en juin 2024, de privatiser les chaînes de télévision publiques et de supprimer le Conseil Constitutionnel nous donnent des indications significatives de ce qu’entreprendrait MLP en cas d’accession à l’Elysée.

Au total, cette deuxième hypothèse ne tient donc pas non plus la route.

La formation trotskiste de JLM nous amène à nous rallier à une troisième hypothèse, beaucoup plus crédible. Les trotskistes autrefois se mobilisaient contre le capitalisme, contre l’impérialisme américain et contre la démocratie parlementaire (en la jugeant « formelle » et en la dénonçant comme un « leurre » destiné à égarer le prolétariat). Ils ont certes abandonné la lutte contre le capitalisme dans la mesure où désormais tous les pays (à la seule exception de la Corée du Nord) l’ont adopté. Même la Chine, la Russie et l’Iran l’ont adopté.

Les trotskistes ont conservé le reste de leur programme initial. L’hostilité des trotskistes aux Etats-Unis demeure intacte tout comme leur hostilité à la démocratie parlementaire. Mélenchon continue à s’opposer explicitement à « l’impérialisme américain ». Et cette obsession antiaméricaine se combine avec son hostilité (maintenue cachée au public) à la démocratie parlementaire pour aboutir à un objectif qui est central à ses yeux, celui de faire sortir la France du camp des pays démocratiques dirigé par les Etats-Unis.

Jean-Luc Mélenchon sait fort bien qu’en affaiblissant « le camp américain », il renforce mécaniquement « le camp antiaméricain », ce camp antiaméricain qui en réalité coïncide parfaitement avec le club des dictatures totalitaires (Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Corée du nord, Venezuela, Cuba, …). Mais en tant que trotskiste, cela ne le gêne absolument pas.

C’est donc cette troisième hypothèse que nous privilégions absolument.

A ce stade, une remarque importante s’impose. Le RN et LFI semblent s’opposer sur tous les points. Cela n’est absolument pas le cas. Si la question immigratoire et la relation à l’Islam continueront toujours à opposer diamétralement MLP et JLM, il y a un point majeur qui restera commun à ces deux leaders : leur détestation de la démocratie libérale et leur attirance avérée pour le modèle de la
démocratie illibérale (proximité de MLP avec la Hongrie de Orban et avec la Pologne quand elle était dirigée par le PiS) ou pire encore pour le modèle de la dictature totalitaire (proximité de MLP avec Poutine ; proximité de JLM avec Maduro, avec Cuba et avec leur parrain Poutine).

C’est ainsi que Le RN et LFI peuvent en réalité converger sur un point qui est majeur : faire sortir la France du camp des pays démocratiques. Ce qui concrètement se traduit par sortir la France de l’OTAN et de l’UE. C’est cette conclusion commune à MLP et à JLM qui n’a pas manqué d’attirer depuis assez longtemps l’attention de Poutine et du KGB.

Les dirigeants actuels des grandes dictatures totalitaires (Poutine, Xi, Khamenei) ont compris que le seul risque qui demeure pour la survie de leur régime vient de ce que, à l’extérieur de leurs territoires, les pays démocratiques réussissent à maintenir compatibles la liberté et la prospérité. C’est ainsi que Poutine, pour protéger complètement sa dictature totalitaire, a entrepris d’agresser et de déstabiliser les pays européens démocratiques en envahissant l’Ukraine.

Dans cette optique, Poutine et le KGB se sont employés à tisser des liens avec des personnalités politiques ou avec des partis politiques situés à l’intérieur même des pays démocratiques.  Le cas de Trump aux Etats-Unis est bien connu. Celui de Nigel Farage au Royaume-Uni aussi. La ligue du nord de Salvini en Italie, le FPO en Autriche, l’AFD en Allemagne, autant de partis qui ne cachent pas leur option pro-russe et qui sont prêts à s’inscrire dans des manœuvres souhaitées par Moscou.

La France n’échappe pas à ce « réseau Poutine ». Celui-ci y dispose même de deux atouts politiques distincts, Marine Le Pen à l’extrême- droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême-gauche.

Marine Le Pen est particulièrement complaisante avec Poutine : elle s’est déplacée en Crimée en 2015 pour y valider et pour y célébrer l’invasion de la Crimée par la Russie, un déplacement dont elle refuse encore de s’auto-critiquer ; à la veille de la présidentielle de 2017, elle a été reçue officiellement à Moscou par Poutine afin de lui conférer « une stature internationale ». Elle célèbre la relation privilégiée avec Orban en Hongrie, lui-même allié notoire de Poutine.

Jean-Luc Mélenchon est complaisant avec Poutine et s’abstient de le critiquer ; il apprécie et il soutient Maduro et le régime cubain, deux régimes qui de longue date sont des pays parrainés par Poutine.

Pendant des années, JLM a célébré publiquement le régime dirigé par Chavez puis par Maduro comme « un régime qui montre la voie à suivre ». Face à l’énorme scandale politique international qu’a constitué la négation par Maduro, à une échelle jamais vue, du résultat des élections récentes au Venezuela, tous les gouvernements des pays démocratiques ont condamné cette violation à grande échelle des règles élémentaires de la démocratie, tous les gouvernements d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Chili, la Colombie et même le
Brésil de Lula) ont désavoué publiquement la violation de la démocratie au Venezuela. JLM, quant à lui, a choisi de rester muet sur le crime anti-démocratique qu’a commis son ami Maduro. JLM a accepté ainsi délibérément de ternir son image politique en France pour mieux servir le camp antiaméricain. Cela nous révèle ce qui compte pour Mélenchon : il était plus important pour lui de protéger Maduro et ses parrains (Poutine, Xi Jinping) que de soigner sa propre image politique en France.

Pour confirmer le tout, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont condamné que du bout des lèvres l’invasion de l’Ukraine par Poutine en février 2022. Ils manifestent tous les deux une grande inertie voire une hostilité discrète, tant à Paris qu’à Bruxelles, lorsqu’il s’agit du soutien militaire et financier à l’Ukraine.

En 2017, Poutine et le KGB disposaient déjà de ces deux cartes d’atout. Mais ils avaient commis une grossière erreur tactique en tentant d’associer le RN et LFI autour d’une thème programmatique qui leur était alors commune et qui s’inscrivait par ailleurs dans la stratégie anti-UE de Poutine : développer en France une opposition politique à l’euro et à l’UE. Il a même alors été mentionné qu’un certain Jacques Sapir avait effectué des navettes entre le N°2 du RN (Florian Philippot) et LFI pour mieux faire converger leurs programmes électoraux.

Cela n’avait pas fonctionné : les deux partis s’étaient positionnés sur l’échiquier politique français en opposition trop diamétrale pour qu’ils puissent se permettre de formaliser publiquement un début de rapprochement politique entre eux. Cette première démarche du KGB pour déstabiliser la France échoua assez largement. MLP, JLM et le KGB avaient de toute façon sous-estimé l’attachement des électeurs à l’idée européenne. Après 2017 d’ailleurs, MLP abandonna son positionnement anti-UE et anti-euro qui ne lui avait pas réussi. Très vite après, elle se sépara de Florian Philippot.

En 2024, Poutine et le KGB semblent avoir compris qu’il était plus astucieux pour eux de jouer leurs deux cartes non pas en les ajoutant mais en les combinant. Il suffit que JLM, ignorant délibérément le risque RN, harcèle Macron, les marconistes et les centristes pour qu’il assure le triomphe prochain du RN.

Un peu comme en Allemagne au début des années 30, il avait suffi à Staline de pousser le Parti Communiste allemand à harceler frontalement les sociaux-démocrates comme si le risque nazi n’existait pas, pour que le Parti Communiste Allemand assure indirectement la victoire électorale des nazis fin 1932. Une victoire électorale qui permit ensuite à Hitler d’instaurer une dictature totalitaire.

Que sa démarche récente visant la démission de Macron contribue à installer Marine Le Pen à l’Elysée, ne dérange donc vraiment pas le trotskiste que demeure Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen à l’Elysée, cela présenterait à ses yeux « l’immense mérite » que la France retire son soutien à l’Ukraine, que la France prenne ses distances avec Washington, Londres et Berlin et qu’elle se détache de l’OTAN, que la France se rapproche officiellement de Poutine et que ce rapprochement lui-même torpille la survie de l’UE. Tout cela serait en réalité une satisfaction suprême pour celui qui est resté un trotskiste internationaliste impénitent.

Jean Francart,

le 24 septembre 2024

30 Sep 2024


Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Programmation artistique riche et éclectique ces 14 et 15 septembre à la Fête de L’Humanité : Calogero, Louise Attaque, MC Solaar, Angélique Kidjo et beaucoup d’autres chanteurs et groupes musicaux parmi lesquels certains détonnent notablement : HEUSS L’ENFOIRE, KALASH CRIMINEL, LES VULVES ASSASSINES, VOYOU, VLADIMIR CAUCHEMAR …

CAUCHEMAR se dissimule sous un masque à tête de mort, VOYOU joue un personnage, LES VULVES ASSASSINES en veulent à mort à ladite extrême droite, KALASH CRIMINEL, lui,« fustige de son verbe cru, dru, la rude condition imposée aux cités populaires » (L’Humanité, 1er mars 2019). Il vivait alors à Sevran.

Le rappeur franco-congolais s’est fait connaître en 2018 sur les réseaux sociaux avec son clip « Cougar gang » moquant sans détour le couple présidentiel. D’où succès (deux millions de vues !), fortune, déménagement et créations d’entreprises fort rentables (disques, parfums, vêtements), qui lui permettent de soutenir des associations de lutte contre la pauvreté …Sa « réussite » et sa générosité font, paraît-il, la fierté de son ancien quartier. Il y revient, de temps en temps, pour tourner des clips d’épouvante : lui et ses potes, tous en cagoule et en

treillis, couteau ou kalachnikov (des vraies ?) en main, hurlant « Sauvages ! Sauvages ! Sauvages ! » ou « T’es mort, t’es mort, t’es mort ». « Ce que je dis est violent parce qu’on vit dans un monde violent … je retranscris » explique-t-il (22/11/2018) à l’AFP, laquelle salue « sa rage sur fond d’histoires de violence et de sexe, avec talent et second degré » (bien sûr !)

Ses fan’s prennent feu et flamme sur les « réseaux » : « Les autres menacent avec un pistolet et lui,  il menace avec une grenade » – « Quand j’écoute Kalash, j’ai envie de braquer mon voisin » -« On l’écoute en New Calédonie » – « Sauvagerie absolue » – « Roi des sauvages comme Attila », etc., etc..

KALASH a des amis choisis : « Je connais très bien Hadama Traoré, un ex-rappeur. J’ai enregistré mes premiers sons dans le studio qu’il fréquentait, à Saint-Denis. Il avait adoré mon rap » (Le Parisien , 19/11/2018).

… Voilà les gens que met en scène L’Humanité, par rivalité électorale avec l’intempérant Mélenchon : de faux rebelles mais vrais porteurs de haine raciale (ici anti-Blancs), des individus sans scrupules, arrivistes et cyniques qui « racisent » les habitants des banlieues et les auto-stigmatisent. Au moment même où la France est endeuillée et révoltée contre la succession d’agressions et de meurtres envers des enfants, des gardiens de la paix, des agents municipaux, des soignants, de simples passants …

« Mes frères pourraient te le dire, depuis petit je tabasse

Mon côté sauvage a pris le dessus, mec dangereux et tenace »

(KALASH CRIMINEL, single « Enterrez-les », 2017)

« Je rêve de la démocratie

Mais j’ai un comportement dictateur »

(« T’es mort », 2017)

« Le respect c’est quand tout le monde se tait quand je parle » (KALASH)

(KALASH aime se faire photographier assis sur un trône, comme le tyrannique Mobutu.)

D’une certaine façon, à rebours du vrai respect, celui des subordonnés envers les autorités légitimes, et réciproquement, les irresponsables de la Fête de L’Humanité  continuent à vénérer la violence et la domination, germes de totalitarisme. 

Guy Barbier, le 13 septembre 2024 

12 Sep 2024