Revel coupable, forcément coupable

Par Henri Astier et Pierre Boncenne

Publication originale sur medium, 11 juillet 2024

Jean-François Revel, président de l'Institut d'histoire sociale de 1998 à 2006
Jean-François Revel, président de l’Institut d’histoire sociale de 1998 à 2006

En juin, une enquête de Libération révélait une affaire de pédophilie sans précédent. Des personnalités du Paris des années 1970 et 1980 étaient accusées d’actes sexuels commis sur des enfants. Notre première réaction fut le choc. Mais après avoir analysé cette série d’articles, intitulée “Les hommes de la rue du Bac”, nous avons décidé de mettre ici le mot “enquête” entre guillemets.

Le dossier repose sur le témoignage d’une femme, Inès Chatin, qui affirme avoir subi de sordides sévices lorsqu’elle avait entre quatre et treize ans. Les hommes mis en cause sont, par ordre alphabétique: l’avocat François Gibault ; le fondateur du magazine Le Point Claude Imbert ; le médecin et père adoptif de la victime Jean-François Lemaire ; l’écrivain Gabriel Matzneff ; le philosophe et essayiste Jean-François Revel.

Ce dernier, auteur de best-sellers mondiaux dont La Tentation totalitaire (1976) et membre de l’Académie française, est de loin la personnalité la plus éminente des cinq. De 1978 à 1981 il dirigea L’Express, qui lui consacra en septembre dernier un hommage de quatre pages (signées Gaspard Koenig).

Bien que décrit par Libération comme “moins inféodé à la vie du groupe” que les autres, Revel partage la vedette dans toute la présentation de l’“enquête” avec Matzneff, le diable répulsif. Matzneff et Revel n’avaient aucun lien. Mais un chapeau introductif, en caractères gras, commence par leurs deux noms, et annonce des révélations “sur des intellectuels en vue des années 70 et 80”. Revel est le seul des accusés qui puisse être qualifié ainsi. Il est mis en avant jusqu’au bout, assurant le retentissement de l’“enquête”.

Notre présent article porte donc uniquement sur les faits visant Jean-François Revel, et non sur ceux reprochés aux autres accusés. Libération procède par une accumulation d’amalgames, d’insinuations et de télescopages extravagants tendant à l’impliquer.

Ainsi le journal cite un article du Monde lors de la mort de Revel en 2006, le résumant à “la figure de Socrate”. Cette formule se référait clairement à la sagesse du philosophe. Mais Libération lui donne un tout autre éclairage, puisque dans la foulée intervient une citation où Matzneff prône “la fonction socratique de l’adulte”, soit l’émancipation sexuelle de l’enfant. Le sophisme se réduit à: Revel a été comparé à Socrate ; Socrate aimait les jeunes garçons, tirez vos propres conclusions…

Selon le récit d’Inès Chatin, son père adoptif, le Dr Lemaire, conviait ses amis à des séances où on la violait avec des objets, ainsi que d’autres enfants. Parmi les hommes masqués assistant à ces actes atroces, elle dit avoir reconnu notamment Revel grâce à sa corpulence et son odeur. Dans les années 1980, Revel disparaît du témoignage et les outrages décrits par la victime prennent la forme de viols, qui auraient été perpétrés par Claude Imbert, ami de jeunesse de Lemaire, et Matzneff.

Libération écarte d’emblée l’hypothèse d’une mémoire défaillante, malgré une abondante littérature sur le caractère malléable du souvenir. Le journal cite le psychologue chargé d’examiner la plaignante: “Mme Chatin n’a pas souffert d’amnésie traumatique concernant ce qu’elle a vécu,” certifie l’expert. Si elle “a refoulé une partie de ce vécu”, ajoute-t-il, un travail thérapeutique lui permettra à terme de l’affronter. On comprend que le thérapeute, dont le rôle est d’accompagner une personne traumatisée, ne mette pas en question ses dires. Mais l’enquêteur, dont la mission est l’établissement de la vérité, ne saurait s’en tenir là.

Pour l’investigateur, prendre au sérieux la victime signifie chercher à étayer les allégations. Le travail de recoupement est particulièrement important quand il s’agit d’un crime immonde impliquant une personnalité qui n’a auparavant jamais éveillé de soupçons et se retrouve ainsi clouée au pilori.

Examinons un à un les éléments convoqués dans l’“enquête” contre Revel:

– Grand cas est fait de son amitié avec Claude Imbert. Le portrait que Libération dresse de Revel commence ainsi: “Partout où l’on trouve Claude Imbert, ou presque, apparaît Jean-François Revel, qu’Inès Chatin cite dans son récit comme faisant partie du groupe d’hommes lui ayant imposé des sévices sexuels.” Quelques lignes plus bas, il est question de la “complicité de l’inséparable duo Imbert-Revel” (c’est nous qui mettons les italiques).

Le lien entre les deux hommes est indéniable. Après avoir démissionné de L’Express, Revel fut longtemps chroniqueur au Point. Mais en vertu de quoi Libération laisse-t-il supposer une connivence allant au-delà de l’amitié et la convergence de vue ?

L’inanité d’une telle imputation éclate à la fin de ce “profil”, où il est dit que Revel fut l’invité du couple Imbert dans leur résidence en Suisse — maison “où Inès Chatin raconte avoir été violée par Claude Imbert”. Des vacances sur le lac Léman sont ainsi transformées en présence sur les lieux du crime !

– Sur les agendas du Dr Lemaire — couvrant la période de 1959 à 1985 — Imbert apparaît 133 fois et Revel à 2 reprises. Deux fois en plus de 25 ans : c’est encore trop ! Par ailleurs le Dr Lemaire, qui fréquentait beaucoup les milieux de la politique, des lettres et de l’édition, organisait des repas à son domicile rue du Bac. Comme preuve à charge de la présence de Revel, Libération montre une photo du livre d’or de l’une de ces réceptions. Juste au-dessus de son nom, l’“enquête” ne semble pas avoir remarqué celui de son épouse Claude Sarraute. Il s’agissait visiblement d’un dîner mondain. Et alors ?

– Libération a trouvé une preuve de la culpabilité de Revel en la personne de son ami et ancien condisciple de khâgne puis de Normale sup René Schérer, dont il a édité en 1974 un livre chez Robert Laffont, Émile perverti.

L’“enquête” note que Schérer a “défendu publiquement la pédophilie, avec d’autres”. Quels autres ? Au passage, on serait curieux de savoir pourquoi le journal ne mentionne pas que Schérer était une figure célébrée par la gauche radicale. Rien non plus sur ses liens très proches avec l’un de ses jeunes élèves, Guy Hocquenghem, qui deviendra un brillant et sulfureux collaborateur de… Libération (ils ne s’en cachaient pas et écrivirent des livres ensemble). En revanche l’“enquête” ne manque pas de rappeler que Schérer fut mis en cause dans l’affaire du Coral, centre éducatif soupçonné en 1982 de cacher des pratiques pédocriminelles. Mais le journal d’investigation accusatrice se garde d’ajouter qu’en l’occurrence René Schérer fut innocenté par la justice.

Quant à Émile perverti, prétendre que l’essai prêche la pédophilie relève de la fumisterie. Il s’agit en effet d’une analyse critique des rapports adultes-enfants voisine de thèses soutenues à l’époque par Gilles Deleuze ou Michel Foucault. Ces propos sont sans doute contestables aujourd’hui. Mais Revel publia le livre dans une série qui faisait suite à sa fameuse collection “Libertés” où il accueillit, tous genres et époques confondus, des textes à caractère polémique: Pascal, Diderot, Hugo, Balzac, Sade, Zola, Michelet, Marx, Bakounine, Trotski, Gracq, et même le pape Pie IX, furent de la partie.

– L’“enquête” indique que Revel, Imbert, et Lemaire étaient membres du Club des Cent. De quoi l’appartenance à même cercle gastronomique est-elle le signe, à part un amour commun de la bonne chère ? Des membres passés ou présents tels que Bernard Pivot, Philippe Bouvard ou Erik Orsenna sont-ils eux-aussi suspects ?

Libération souligne le caractère exclusivement masculin de ce “Who’s Who interdit aux femmes qui organisait des ripailles chez Maxim’s”. Faut-il conclure à un repaire de phallocrates, voire de pédophiles ? Dans un autre registre, l’“enquête” jette la suspicion sur les dîners du club Le Siècle ou la Brasserie Lipp — des lieux où, comme chacun sait, jamais un représentant de Libération n’a mis les pieds.

– Autre point commun supposé entre Revel et Lemaire: le gastronome de la Rome antique Apicius. Après un dîner fastueux au domicile de Lemaire, Matzneff a inscrit sur le livre d’or: “Apicius ressuscité rue du Bac”. Libération enchaîne sur ce souvenir d’Inès Chatin: “Gaston parlait souvent de l’Apicius de Revel et Imbert, sans que je ne comprenne ce qu’il voulait dire à l’époque.”

Via les agapes de la rue du Bac, Libération parvient à lier le nom de Revel au plus ténébreux des invités, Matzneff, en croisant deux références latines !

Le journal aurait aussi pu faire remarquer que Revel évoque bien entendu Apicius dans son histoire de la gastronomie Un Festin en paroles. L’“enquête” note d’autre part que Revel et Imbert se sont associés un jour pour composer au restaurant L’Archestrate un menu en l’honneur de leurs compères du Club des Cent. Mais le journal si bien informé néglige le fait que le chef multi-étoilé de cet établissement, Alain Senderens, proposait à sa carte un plat emblématique: le “Canard Apicius”. Faut-il ajouter Senderens à liste des prévenus ?

– Un exemplaire du Moine et le Philosophe, livre d’entretiens entre Revel et son fils Matthieu Ricard, a été retrouvé au domicile de Lemaire, dans une pièce où étaient également conservées des copies dédicacées d’ouvrages de Matzneff.

Gare à tous les auteurs dont les livres se trouveront mal placés sur les étagères d’un bibliophile dépravé.

– L’“enquête” de Libération insiste sur le culte qu’auraient voué Lemaire et ses complices à la civilisation gréco-romaine dans ses aspects les plus discutables, comme on l’a vu. Le journal précise que les tourmenteurs d’Inès Chatin ont “accumulé les références à l’Antiquité, égrenées de chroniques de journaux en interviews, et jusque dans leurs propres livres”.

Confortons Libération dans cette voie: Revel est l’auteur d’une Histoire de la philosophie occidentale dont la moitié est consacrée aux penseurs grecs et latins. On n’ose pas faire remarquer que Simone Weil fait également partie des philosophes qui ont fait l’éloge du monde hellénique. Et que dire de la merveilleuse Jacqueline de Romilly, une des collègues Revel à l’Académie ?

– L’“enquête” indique que Jean-François Revel est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, non loin d’une femme qui aurait facilité l’adoption d’Inès Chatin dans des conditions douteuses. Les implications de ce grave indice sont déployées par Libération en trois temps.

Premier temps: l’article consacré à la procédure d’adoption, publié en ligne le 15 juin, évoque la possibilité que l’enfant ait été choisie par Lemaire en vue de futurs sévices. Après avoir souligné la proximité des deux tombes, l’article termine sur cette phrase d’Inès Chatin: “Trop de coïncidences.”

Deuxième temps: une “précision” est ajoutée à l’article le 16 juin ; Nicolas Revel, fils de Jean-François, “indique s’être occupé en 2006 de la concession de son père au cimetière du Montparnasse. Aucun rapprochement ne peut être établi selon lui de sa proximité avec la sépulture [de cette femme], puisque le décès de Jean-François Revel est postérieur à celui de l’«entremetteuse».”

Libération laisse donc à Nicolas Revel la responsabilité de l’hypothèse selon laquelle la présence de deux tombes dans un lieu où sont enterrées des centaines de célébrités pourrait être une pure coïncidence.

Troisième temps: la référence au cimetière du Montparnasse disparaît de la version papier de l’“enquête”, tout en étant maintenue, assortie de la note ci-dessus, dans l’article en ligne.

Suggérons au journal un quatrième temps: Samuel Beckett et Emil Cioran, deux amis intimes dont l’un fut aussi proche de Revel, sont enterrés dans ce même cimetière. Comme par hasard, la correspondance entre l’écrivain en question et Revel a brûlé en Bretagne. Libération pourrait peut-être enquêter de ce côté-là…

Une investigation digne de ce nom suit une piste par un enchaînement d’indices crédibles et de déductions logiques. On a ici affaire à une accumulation de montages que rien ne relie, sinon le désir d’incriminer Jean-François Revel. Ces procédés rappellent ceux du procureur de l’affaire Callas, qui transformait les soupçons les plus ténus en “quarts de preuve” pour les additionner et en faire des preuves entières.

Le même relent de parti-pris se dégage du portrait intellectuel brossé par Libération. Les faits de pédocriminalité imputés ne sont, semble-t-il, pas assez infamants par eux-mêmes: il faut que les coupables soient également des suppôts du conservatisme le plus obtus. Le journal prête à Revel la thèse que l’URSS serait “indestructible”. Dans quel livre ? À quelle page ? Libération décrit en outre la bande des incriminés ainsi: “Soudés par leur proximité avec le pouvoir giscardien, ces hommes sont aussi devenus ensuite les mégaphones d’une droite farouchement anticommuniste, réactionnaire et empreinte de catholicisme.”

Par surcroît, Jean-François Revel “confirme peu à peu son libéralisme économique, de plus en plus provocateur, résolument tourné vers l’Amérique”. Anticommunisme, ultralibéralisme, pro-américanisme: Revel cumule toutes les tares de l’homme de droite honni par Libé.

Un tel portrait est une grossière caricature. Revel n’a jamais été un homme de pouvoir, et a encore moins fréquenté les milieux catho-tradi. Cet athée convaincu a brocardé la droite dévote dans l’Italie des années 1950 et dans la France gaulliste. Empreint de l’esprit libertaire de 1968, il s’est toujours revendiqué des valeurs traditionnelles de gauche. Patron de L’Express, il défendait ses journalistes contre l’ire des ministres giscardiens.

Libération ne dit rien de son engagement dans la Résistance, de son soutien au Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie ou de ses attaques contre la Nouvelle Droite fascisante des années 1980. Le journal se concentre sur son anticommunisme, comme si c’était une tache ! Revel fut de tous les combats antitotalitaires, au même titre que George Orwell, Hannah Arendt, Karl Popper, Arthur Koestler, Raymond Aron ou Simon Leys — et contrairement à un journal fondé par des maoïstes.

Le procès idéologique fait à Jean-François Revel n’est pas nouveau. Depuis longtemps, la gauche jacobine assimile le libéralisme, dont il fut le plus éloquent défenseur français de son époque, à l’ultradroite. En 1998, Libération traitait Revel de réactionnaire aigri par l’alcool. La nouveauté, c’est l’accusation de perversion criminelle — accusation qui occupe désormais, et sans doute à jamais, une place de choix sur sa fiche Wikipédia.

Le journal, dira-t-on, donne voix à une femme qui ne peut obtenir pleine justice quatre décennies après les faits, mais demande que ses tortionnaires soient identifiés. Cette attente est on ne peut plus légitime. Y répondre consiste à fortifier son témoignage en éclairant les zones d’ombres qu’il contient: souhaitons que l’Office Mineurs, qui a été saisi, fasse toute la lumière. Mais Libération n’a en rien contribué à cette issue. Si Revel est un monstre, il n’en a pas apporté la moindre démonstration dans cette “enquête”. En échafaudant les constructions les plus absurdes, le journal n’a démontré que sa malhonnêteté.

Henri Astier est journaliste à la BBC et collaborateur du Times Literary Supplement. Pierre Boncenne, écrivain, a notamment publié Pour Jean-François Revel et Le Parapluie de Simon Leys.

2 Août 2024


Après le retrait de Jo Biden

Nous sommes tous des spectateurs, engagés ou non, dans les affaires courantes, nous le sommes, même si nous essayons d’y échapper, obligés que nous sommes  de voir, d’entendre, et donc de  réagir, à des coups de théâtre politiques qu’honnêtement, nous ne comprenons qu’à peine.  C’est sûrement le cas en cet été américain caniculaire (au propre comme au figuré).

Les endroits les plus « chauds » du globe- Israel-Gaza et l’Ukraine – sont fortement attentifs à l’évolution politique chez nous.  Les Israéliens et les Ukrainiens sont en première ligne dans le combat entre Civilisation et Barbarie. En un certain sens, ils sont les uns et les autres dans la plaine devant Poitiers, en 732, brandissant leurs armes contre l’envahisseur, à l’instar de leur chef.

Qui, en ce siècle, tient le rôle de Charles Martel ? La civilisation occidentale ayant évolué vers la démocratie depuis quelques temps, il faut dire que ni Zelenski ni Nétanyahou ne peuvent compter sur l’adhésion totale et automatique de tous leurs guerriers ni même de tous leurs ministres. C’est ainsi et c’est peut être à porter au crédit de l’idée de démocratie, justement. Liberté, dignité et valeur de l’individu : il faut écouter tout le monde et respecter toutes les opinions.  Et dans ce sens, les Charles Martel de notre époque, les Roland, les Publius Horatius, sont des combattants ordinaires, des types sans prétentions, des types bien, pères de famille, sous-officiers, flics en uniforme, sapeurs-pompiers, comme les instituteurs, les professeurs, les hommes de science et de pensée…  C’est ainsi, je crois, que nous pouvons nous mettre d’accord et c’est mieux ainsi. 

Cette idée et cette perception de la dignité, de la valeur et du respect dus à chacun, évolue depuis longtemps.  Ce n’est pas le moment de disserter sur l’invention de l’individu, face à son Créateur, dans le judaïsme puis dans le christianisme, mais admettons que la chrétienté et ce que nous appelons la « civilisation judéo-chrétienne » sont aujourd’hui triomphantes, désormais sans impérialisme territorial, mais aussi vulnérables car leurs alternatives sont, au contraire, par leur nature, en quête des terres à conquérir.

Ce que l’on a vu cet été chez nous est l’éclatante confirmation que la droite saisit le moment beaucoup plus clairement que la gauche. 

Sans doute, comme c’est l’habitude en démocratie, la droite (comme la gauche d’ailleurs) connait des désaccords internes. L’isolationnisme dans les affaires concernant la sécurité internationale ou le protectionnisme pour ce qui est du commerce avec les Européens, positions défendues par J.D. Vance, suscitent d’âpres iscussions. Mais le parti républicain  approuve le principe de balayer devant sa porte plutôt que devant celle des étrangers , d’autant qu’on y court des dangers qu’on ne doit pas sous-estimer. Ce n’est pas de la xénophobie ( d’ailleurs Vance a épousé une fille de l’immigration asiatique) mais plutôt une manière de défendre les moeurs et la culture américaines que la Droite accuse les Démocrates de mépriser..

Les Européens peuvent raisonnablement craindre que la tendance isolationniste des Etats Unis, amorcée sous le premier gouvernement Trump, soit renforcée si l’ancien président revient aux affaires à l’issue du vote de novembre.  Le choix, pour la vice-présidence,  de James David Vance, jeune (40 ans dans quelques jours) sénateur sans grande expérience d’homme d’Etat (seulement deux années au Sénat ( comme représentant de l’Ohio) semble le confirmer : au contraire de Nikki Haley, de Marco Rubio ou même de Ron de Santis, adversaires de Donald Trump pendant les primaires mais tous plus ou moins dans la mouvance « atlantiste » de la politique étrangère américaine, J. D. Vance, représente à sa façon le rêve américain ou en tout cas la possible ascension sociale : enfant de la pauvreté qui s’en est tiré par son mérite, volontaire en Iraq, il a retenu de son expérience sous l’ uniforme qu’il ne pouvait y avoir trop de prudence en politique étrangère, et il affirme en particulier que les guerres « préventives » de G. W. Bush furent des catastrophes (ce que personne ne nie, la question étant de savoir si la faute incombe aux stratégies adoptées ou à l’idée même d’intervenir ). Il pense aussi que si le régime de Poutine est hors-la-loi, il est juste d’affirmer que son agressivité aurait dû être mieux « traitée » par les alliés, et que même si son sort nous concerne tout particulièrement, l’Ukraine n’est pas notre problème majeur.`

Il faut toutefois nuancer.  Ni Trump ni Vance ne sont poutinophiles; ils savent très bien que le régime en Russie est tyrannique, voire maléfique.  Je crois pour ma part, sans en avoir la preuve, qu’une administration Trump chercherait un cessez-le-feu à la coréenne, sur la base d’une pensée à la George Kennan, le (très) grand diplomate, historien et soviétologue, qui jusqu’a la fin de sa longue vie conseillait l’endiguement (containment) de la puissance russe, mais avec prudence. C’est pourquoi il était contre l’élargissement de l’Otan.  

On peut penser qu’il avait tort; ce qui est sûr, c’est que ni les Américains ni les Européens ne sont enclins à donner le feu vert (et les moyens en armements) aux Ukrainiens pour attaquer la Russie et de vouloir mettre ainsi fin à la guerre.

Le « néo-isolationisme » ou le « national-conservatisme » que Vance exprime dans un langage de penseur, tandis que Trump reste sur sa rhétorique « populiste » (et parfois outrancière), font penser  à l’attitude des Francs du VIII ème siècle, sans doute en position de supprimer la menace sarrasine, mais préférant attendre quelques siècles pour libérer (si c’est le mot…) la péninsule ibérique.  

En échappant de justesse au tir d’un assassin – un Français ne manquera pas de penser au roman de J.-P. Manchette, La Position du Tireur Couché -, Donald Trump non seulement donne de l’Amérique une image qui restera pour toujours – comme celle de Bonaparte au pont d’ Arcole, de la Garde à Waterloo, de la Légion à Camerone, de Davy Crockett à Fort-Alamo, des Marines à Iwo Jima, de Custer à Little Big Horn – et quand, touché à l’oreille, il tombe, se relève, serre le poing et crie : « En avant! » ( fight !), donnant ainsi un exemple de courage, de chef au combat, de chef tout court, bref d’homme fort et courageux, il donne une preuve de plus que l’un des thèmes de son premier gouvernement et de la droite américaine depuis longtemps, est juste: à savoir que le gouvernement permanent (fédéral) est d’une incompétence quasiment dangereuse pour les citoyens.  Il n’a pas manqué, bien sûr, de parler avec émotion du pompier tombé sous un des coups de feu de l’assassin; lui-même n’a condamné personne, mais immédiates furent les réactions dans la presse qui demandaient comment le Secret Service, garde rapprochée des présidents (et d’autres, y compris les candidats) avait pu permettre une telle bavure, le tireur ayant été repéré sur un toit une demi-heure avant l’arrivée de Trump sur l’estrade.  

Nombreux sont les analystes qui disent que l’élection de 2024 s’est jouée en ces quelques minutes; en fait, si les derniers années en Occident ( et pas seulement en Amérique) nous ont appris quelque chose, c’est qu’on ne peut rien prévoir en politique. Toutefois il est vrai que si Biden reste le candidat des Démocrates, ou même s’il est remplacé, et si la campagne de Trump et des Républicains ne sombre pas dans la surenchère provocatrice, la droite aura effectivement du vent dans ses voiles.  

Post-scriptum.  Ma lettre fut, bien sûr, rédigée avant le plus récent des coups de théâtre (ceux-ci, je crois, ne font que commencer), et avant le retrait de Biden qui montre que les Démocrates ouvrent enfin les yeux.  

Il n’est aucunement certain cependant qu’ils les aient grands ouverts. Et peut être sont-ils même surpris par l’air frais, voire froid, qu’ils perçoivent hors de la bulle dans laquelle ils vivaient.  

En premier lieu, si J. Biden admet qu’il n’est pas en situation (physique, mentale. politique) de briguer un second mandat, pourquoi ne pas admettre qu’il n’est pas non plus en état de conduire aujourd’hui la politique des USA ?  N’oublions pas qu’il détient les codes nucléaires…N’oublions pas non plus que les Républicains savent pertinemment que Biden est l’adversaire contre lequel leurs chances étaient les plus grandes. Ils vont donc préparer une offensive contre Kamala Harris, la vice présidente présentée (de façon très maladroite d’ailleurs) par Biden lui-même comme son dauphin (ou sa dauphine) légitime, une offensive qui risque de faire remonter le côté désagréable de D. Trump, alors qu’il venait  juste de montrer un côte presque sage ces jours derniers. Si les Démocrates persistent dans leur fronde contre leur chef officiel pour investir – par exemple – Michelle Obama, qu’arrivera-t-il? C’est sans doute le moment d’utiliser la vielle formule : à  suivre.

Roger Kaplan, 18 juillet 2024

24 Juil 2024


Limiter le flux des migrants pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir

De la vague migratoire à un surgissement généralisé de l’extrême-droite

Depuis 30 ou 40 ans, on est en présence d’une vague migratoire considérable des pays du Sud vers les pays du Nord (vers les Etats-Unis, vers le Canada et plus encore vers l’Europe), une vague qui s’amplifie et qui a vocation à s’amplifier. Cela est dû à plusieurs facteurs : la stratégie mercantiliste de la Chine qui prive les pays du Sud de toute industrialisation ; la conjugaison mortifère qui prévaut en Afrique entre la surnatalité et le changement climatique ; enfin l’apparition récente de nouvelles dictatures totalitaires (Afghanistan, Syrie, Erythrée, Ethiopie, sans oublier ceux des pays du Sahel qui sont désormais sous la botte du KGB). 

Dans la plupart des pays européens, on en arrive à un stade où le flux migratoire annuel s’amplifie encore et ce alors même que, déjà, la proportion des personnes issues de l’immigration récente dans la population totale n’a jamais été aussi élevée.

Par ailleurs, en Europe en tout cas, il s’agit pour l’essentiel d’immigrés et de migrants qui sont de religion musulmane. Ils restent en général attachés à pratiquer leur religion comme dans leur pays d’origine où l’islam y est une religion politiquement dominatrice ; cela ne facilite pas leur intégration dans leur pays d’accueil et contribue à ce que se développe un communautarisme élevé. En France, une petite fraction de cette communauté peut même être qualifiée d’islamiste dans la mesure où elle préconise un Islam politique qui vise en particulier à abolir notre laïcité.

A mesure que cette évolution migratoire se poursuit et s’accentue, on assiste à une réaction de rejet de la part d’une fraction croissante des populations d’origine. Cette fraction de la population se tourne alors vers le ou les partis politiques qui affirment s’opposer à ce que l’immigration reste aussi intense. Pour diverses raisons, ni les partis de gouvernement (droite, centre, gauche), ni encore moins l’extrême-gauche ne se saisissent de cette question. Seule l’extrême-droite se propose et en tire alors facilement un large bénéfice électoral. 

C’est ce qui explique le surgissement supplémentaire de l’extrême-droite intervenu aux élections européennes de juin 2024 : en Allemagne (AFD), en Autriche (FPO), aux Pays-Bas (Wilders), en Belgique (y compris en Wallonie), et surtout en France (RN), la progression est fulgurante.

Simultanément, on a vu surgir aux législatives britanniques, un parti d’extrême-droite, le nouveau parti Reform UK de Nigel Farage (un pion que Poutine avait instrumentalisé une première fois pour faire triompher le Brexit) réussir une percée électorale immédiate et se placer sans délai comme le troisième parti du Royaume-Uni par le nombre de voix avec 14,3% non loin du deuxième parti, le parti conservateur, avec 23,7% des voix.

N’oublions pas que, parallèlement, les sondages aux Etats-Unis créditent Trump d’une victoire prochaine aux élections de novembre 2024 et que le succès, qui lui semble promis en dépit même de sa tentative de coup d’Etat de janvier 2021, s’alimente beaucoup à une réticence trop prolongée de Biden à réduire le flux migratoire annuel vers les Etats-Unis. 

Il faut absolument trouver une solution à ce problème général 

Nous sommes désormais dans une configuration où nos démocraties libérales, du fait du facteur migratoire, voient surgir des partis d’extrême-droite, c’est-à-dire des partis qui projettent de se débarrasser de la démocratie libérale pour instaurer une démocratie illibérale comme celle d’Orban en Hongrie ou une dictature totalitaire comme celle de Poutine en Russie. Ce n’est pas du tout un hasard si le RN vient de rejoindre le FPO autrichien, le PIS polonais et le Fidesz de Orban pour siéger dans le même groupe au Parlement européen de Bruxelles. Ce n’est pas du tout un hasard non plus si Poutine s’est empressé de féliciter le RN pour son résultat au premier tour des élections législatives. Depuis qu’en 2015 Marine le Pen a reconnu comme légitimes l’invasion puis l’annexion de la Crimée par la Russie, elle n’a cessé de jouer, plus ou moins ouvertement, le jeu de Poutine.

Quelle est la clé du succès électoral de l’extrême-droite européenne ? Elle a compris que les populations d’origine avaient une réticence marquée à l’égard de la population d’origine étrangère. Constatant que les autres forces politiques se désintéressaient de ce sujet ou optaient pour le passer sous silence, elle a choisi d’instrumentaliser la question migratoire pour se hisser au sommet du pouvoir. Et les extrême-droites européennes savent fort bien que le temps joue en leur faveur. Tant que le flux migratoire reste à un niveau aussi élevé dans chaque pays concerné, le parti d’extrême-droite s’en trouve mécaniquement renforcé.

Le jeu des acteurs extérieurs

Ce surgissement de l’extrême-droite est amplifié par le jeu de certains acteurs extérieurs :

Les « Frères musulmans » mènent toutes sortes de campagnes communautaristes (port du voile, port de la burqa, port de l’abaya, contre l’enseignement de la Shoah à l’école, manifestations encouragées lors d’incidents mettant en cause la police, lancement du faux concept d’islamophobie de façon à pouvoir taxer de racistes les initiatives prises pour que les musulmans respectent notre laïcité…). Par ces campagnes les Frères musulmans visent à renforcer le communautarisme. Et à son tour, cela accentue encore la progression électorale de l’extrême-droite (en France, l’épisode des émeutes de banlieue en juillet 2023 a sans aucun doute joué un rôle majeur dans la forte progression électorale du RN entre avril 2022 et juin 2024).

– Poutine encourage l’extrême-droite à s’emparer de la thématique immigration pour qu’elle accède au pouvoir et pour qu’elle établisse un régime qui serait à la fois pro-totalitaire et pro-Kremlin. Ce n’est pas un hasard si Poutine a fait venir en Russie par avion des Africains du Sahel pour les impulser ensuite autoritairement vers la Finlande ou vers la Pologne (via les forêts de la Biélorussie). Il sait fort bien qu’en accentuant le flux migratoire, il facilite dans ces pays concernés la montée de l’extrême-droite et la déstabilisation des partis de gouvernement. Même chose d’ailleurs quand Erdogan cherche à impulser des migrants à sa frontière grecque. 

– Ce n’est pas un hasard non plus si Donald Tusk, qui vient de réussir de justesse à évincer le PIS du pouvoir à Varsovie, se donne les moyens de refouler les migrants que lui adresse Poutine. Donald Tusk sait fort bien qu’il s’agit d’une initiative indispensable s’il veut réussir à rétablir durablement la démocratie libérale en Pologne. Biden lui-même a fini par admettre récemment que sa position trop laxiste à l’égard du flux migratoire contribuait au succès électoral de Trump ; il a alors annoncé un renforcement des dispositifs logistiques à la frontière mexicaine.

La responsabilité des partis pro-démocratie

N’oublions jamais ceci : si les dictatures totalitaires de type communiste ont le plus souvent pris le pouvoir « par la rue » et par les armes, c’est souvent en exploitant les urnes que les dictatures totalitaires de type nationaliste-impérialiste se sont emparé du pouvoir. Le parti nazi avait réuni 34% des suffrages aux législatives de fin 1932 mais cela leur avait suffi pour obtenir ensuite du Reichstag en 1933 les pleins pouvoirs sans limitation de durée (grâce à Hindenburg, au patronat allemand et à la lâcheté des partis centristes). Il en fut de même au Japon : dans les années 30, la dictature totalitaire de l’amiral Tojo fut instaurée en couronnement d’un processus électoral. Dans les deux cas, après avoir accédé au pouvoir à travers les élections, le parti totalitaire a aboli toute élection pour établir une dictature totalitaire qui ne fut interrompue que par leur défaite militaire en 1945.

Face à un tel danger, les partis de gouvernement, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe, sont restés largement trop passifs. Le débat immigration est un sujet sensible dans lequel les partis politiques de gouvernement craignent de s’engager. Une question aussi importante que l’immigration et ses multiples conséquences mériterait pourtant un vrai débat démocratique. Les partis de gouvernement pratiquent la procrastination sur ce sujet et le débat immigration est en quelque sorte devenu « un débat interdit ». De simples propositions visant à réduire le flux migratoire sont très vite stigmatisées à tort comme « racistes » par de nombreuses associations bien-pensantes et plus encore par une extrême-gauche qui a définitivement opté pour soutenir le communautarisme.

L’idée selon laquelle le RN progresserait en France du fait d’une baisse du pouvoir d’achat ou d’une carence des services publics est une idée qui est largement erronée. C’est en réalité la thématique de l’immigration qui est manifestement le moteur essentiel de l’irruption du RN comme le confirment la plupart des analyses pré-électorales ou post-électorales. D’ailleurs ni les dirigeants du RN ni leurs électeurs ne s’y trompent : entre les élections européennes et les législatives, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont supprimé la plupart des mesures sociales de leur programme sans que pour autant leurs électeurs ne les sanctionnent et ne se détournent du RN…

Tant que, dans les capitales européennes et notamment à Bruxelles, les partis de gouvernement ne prennent pas à bras le corps la question de la réduction du flux migratoire, au niveau de leur propre pays comme au niveau de l’UE, l’extrême-droite continuera à progresser électoralement.

On en arrive alors en France à un choix crucial entre deux options : 

– Soit, nous réussissons à réduire le flux migratoire et nous parvenons alors à court et à long terme à empêcher le RN et ses alliés d’accéder au pouvoir ;

– Soit, nous ne le réduisons pas du tout ; nous facilitons alors une progression supplémentaire du RN jusqu’à lui permettre d’accéder au pouvoir suprême, ce qui lui permettrait d’atteindre son objectif ultime, celui de faire basculer notre pays dans une démocratie illibérale ou pire encore, dans une dictature totalitaire. En pareil cas d’ailleurs, le RN ne manquerait pas de prendre des mesures, très abruptes celles-là, non seulement contre le flux migratoire mais aussi contre les immigrés eux-mêmes, qu’ils soient récents ou anciens

Comment faire durablement obstacle au RN ?

Les élections européennes ont eu au moins un mérite, celui de sonner l’alarme pour les partisans de la démocratie libérale en Europe et en France. 

En France, un premier sursaut républicain (dont il faut se féliciter) s’est produit entre le 9 juin (les européennes) et le 30 juin (premier tour des législatives) suivi d’un sursaut supplémentaire entre le 30 juin et le 7 juillet (deuxième tour des législatives). Mais l’heure ne doit surtout pas être au triomphalisme. Dans ces trois scrutins, l’extrême-droite a réalisé des scores en voix entre 35 et 40%, ce qui reste considérable. Ce qui à l’opposé fut remarquable, c’est le réflexe défensif qui est apparu entre les deux tours chez nombre d’électeurs et dans les appareils de partis pour barrer au RN la route du pouvoir, grâce en particulier à la mécanique des désistements républicains. Grâce à ces sursauts, les partisans de la démocratie libérale disposent d’un certain temps, malheureusement limité, pour réagir et agir à plus long terme.

Tout d’abord, il s’agit d’éviter absolument de commettre une erreur qui serait colossale. Le programme du Nouveau Front Populaire (NFP) qui fut négocié à la hâte entre le 9 et le 13 juin dernier propose d’élargir le droit d’asile des seules victimes de persécutions politiques ou religieuses aux victimes du changement climatique. Une proposition absolument sidérante et insensée : elle ouvrirait encore plus grandes nos frontières au moment où, pour contenir le RN à long terme, il conviendrait, bien au contraire, de les restreindre significativement. 

Et LFI qui, très probablement, a dicté à l’origine cette proposition au PS, se charge maintenant d’emprisonner le PS dans cette proposition totalement inopportune en prétextant, contre toute évidence, que le vote pour le NFP n’aurait pas été un simple vote de barrage contre le RN mais serait un véritable vote d’adhésion au programme du NFP. Il faut espérer qu’une erreur aussi grossière sera évitée.

En réalité, le programme que les partis soucieux de bloquer l’accès du RN au pouvoir devraient adopter consiste à réduire le flux migratoire annuel vers notre pays. De beaux esprits réagiront à cette proposition en disant que cela ne fait qu’appliquer la politique du RN. C’est se tromper de problématique. Pour les démocrates, il serait absurde de faire systématiquement l’opposé de ce que réclame le RN ; l’enjeu est d’empêcher le RN d’arriver au pouvoir pour installer un régime détestable (une démocratie illibérale ou une dictature totalitaire) et pour opérer un renversement d’alliances de la France, se détournant de l’OTAN pour se rallier à Poutine et à ses alliés.  

Or il est une chose qui est assurée : si le flux migratoire annuel restait inchangé ou, pire, s’il s’accroissait encore, les prochaines échéances électorales verraient le triomphe en France de l’extrême-droite et son accès au pouvoir par les urnes. C’est d’ailleurs parce qu’ils entendaient s’opposer à une telle dynamique que les partis démocrates au Danemark ont entrepris de réduire le flux migratoire pour contenir l’extrême-droite. Ce qui à ce jour s’avère un vrai succès.

Jean Francart , le 18 juillet 2024

[Réponse] RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Jean Francart, 

Merci pour votre texte, trop long à mon avis pour favoriser un débat parmi nos lecteurs, mais clair et argumenté. 

Soucieux de voir notre blog accueillir des points de vue sans doute différents mais visant tous à défendre nos démocraties libérales, je vous fait part de mes premières réactions.

Vous proposez donc de limiter l’immigration pour ôter au RN une des sources de son succès. En somme : le RN a raison. Disons comme lui, et nous, ses adversaires politiques, profiterons alors de l’hostilité générale à l’immigration. Récupérant une partie des voix des Français hostiles à l’immigration, nous affaiblirons le RN et donc ses capacités de nuisance comme, entre autres,  la mise en place, s’il prenait le pouvoir, d’une politique étrangère complaisante envers deux ennemis majeurs de la démocratie libérale : l’impérialisme russe et l’islamisme politique.

Gardons, en somme, nos critiques envers le RN sur ses bons rapports avec Poutine et ses tendances illibérales mais approuvons son opposition à l’immigration, facteur d’insécurité, paraît-il, de refus de la laïcité, de développement du communautarisme et de l’islamisme politique.

Mais l’immigration doit-elle être rejetée si elle se limite à son niveau actuel ? Les immigrés occupent souvent des postes que les « Français de souche » refusent d’occuper dans le bâtiment, la restauration, les hôpitaux et les services à la personne. Avantageuse d’un point de vue économique, l’immigration peut aussi l’être d’un point de vue social voire culturel si nous obligeons les immigrés à tenir compte de notre droit et de nos moeurs et si nous entreprenons une politique promouvant :

– un contrôle des entrées sur notre territoire (examen des demandes d’autorisation, bon niveau de langue française, connaissance des droits et devoirs de quiconque vit en France).

– une mixité sociale plus favorisée qu’actuellement

– une rigueur accrue de la justice.

Il faut combattre l’impérialisme russe, donc le RN. Sur ce point nous sommes d’accord. Et d’accord aussi sur le fait que l’immigration peut-être, si nous n’y prenons garde, un facteur de délitement de la société françaises. Mais si nous la contrôlons et la régulons, elle peut-être un atout pour notre pays et une bonne manière de pousser la population à prendre ses distances tant avec le RN qu’avec LFI. 

Vous noterez que je ne parle pas de supprimer ni même de faire baisser drastiquement l’immigration. C’est là chose impossible sauf à rejeter à la mer les immigrants ou à tirer sur leurs bateaux. La population ne l’accepterait pas…et ni vous ni moi non plus!

Ni le RN ni LFI ne proposent, eux, de changer la nature de l’immigration. Le premier n’en veut même pas, par xénophobie, repli sur soi, exaltation d’une souveraineté nationale coupée de l’Europe, et ne veut pas reconnaître son utilité.

Le second la veut telle qu’elle est, cette immigration, et même accrue, sans combattre ses tendances communautaristes, son hostilité à la laïcité, voire son antisémitisme. Il ne veut pas voir le danger immense que fait courir à notre démocratie libérale le développement, sur un tel terreau, de  l’islamisme politique.

Vous voyez : nous désignons les mêmes adversaires politiques. Reste à savoir si, pour défendre la démocratie libérale, nous avons intérêt à tenter ce coup tordu qui consiste à partager la même cible que l’un d’entre eux. 

Pierre Rigoulot, le 25 juillet 2024

[Réponse] Flux immigratoire et projet de démocratie illibérale du RN

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 03 septembre 2024

21 Juil 2024


17 juillet 2024  : Echapper au piège encore une fois

Vous avez dit « Actualité »? Le neuf en politique est souvent lesté d’ancien.  Et les nouvelles ont parfois une allure de déjà vu. 

Le renversement il y a quelques semaines du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne par exemple, ici et là présenté  comme un raz de marée, est une phase normale de l’alternance habituelle de la démocratie britannique. Sans doute peut-on relever le score relativement élevé du mouvement populiste de Nigel Farage. Mais les équilibres ne sont pas bouleversés pour autant. Pas plus en Grande-Bretagne qu’en Espagne avec le mouvement Vox ou en Allemagne, avec l’AFD (Alternative pour l’Allemagne), le populisme ne menace de s’imposer.

Reste quand même l’Italie avec Meloni au pouvoir, Meloni qui tente par exemple de contrôler la Radio-Télévision italienne, mais dont l’atlantisme ne remet pas en cause la défense de l’Europe. 

Reste aussi  la France où le Rassemblement National, fort des 35 %  de voix recueillies par lui et par ses alliés aux récentes élections, peut appuyer le Hongrois illibéral et poutino-compatible, Viktor Orban, dans son entreprise d’affaiblissement de l’U.E. 

Le RN a réitéré lors du 1er tour des élections législatives. Mais, comme on le sait, une sorte de « front républicain » lui a fait barrage lors du deuxième tour, un « front républicain » qui suppose croire que le fascisme nous menace, comme le « prouvaient » les stupidités xénophobes d’une poignée de candidats RN dont on nous disait et répétait qu’ils affirmaient tout haut ce que le mouvement dirigé par Marine Le Pen pensait tout bas.

Sans doute, comme certains de nos amis nous le signalent, le succès relatif du populisme en Europe s’expliquerait surtout par le fait qu’il prétend répondre mieux que les autres forces politiques à l’afflux de migrants et au surplus d’insécurité qui l’accompagne. Comme un avertisseur, comme une sirène d’alerte, le populisme puiserait les raisons de son succès dans son opposition à l’immigration et plus dans la dénonciation de la menace que cette immigration fait peser aux yeux de pans entiers de la population européenne sur leur identité, leur culture et leur sécurité que sur leur pouvoir d’achat.

Voilà qui n’a rien à voir avec le « fascisme », même si la peur de l’Autre favorise la recherche de dirigeants forts et aptes à promouvoir une réponse forte.  Mais c’est cette peur du fascisme et du racisme qu’il véhicule hors de l’ « arc républicain », qui a permis pourtant, le 7 juillet dernier, le succès du « front républicain » et du « Nouveau Front populaire » dont le noyau gauchiste  autour de Jean-Luc Mélenchon constitue lui aussi un danger pour la démocratie libérale,  tant sur le plan national que sur le plan international avec sa haine de l’OTAN et son appui au Hamas islamiste qu’il refuse de considérer comme un mouvement terroriste même après les horreurs du 7 octobre dernier.

Mais même cela n’est pas entièrement nouveau. La France s’est déjà vue proposer dans le passé de choisir un extrémisme pour mieux combattre un autre, en l’occurrence le communisme pour mieux s’opposer au nazisme – en tout cas avant et après la lune de miel que connurent entre eux ces deux mouvements totalitaires…Notre pays avait su alors éviter ce piège, rejeter les deux pôles extrémistes et sauvegarder l’imparfaite mais précieuse démocratie libérale.

Pierre Rigoulot

17 juillet 2024

17 Juil 2024


Alain Madelin, LFI et le RN sur l’Ukraine

L’ancien ministre de l’Économie Alain Madelin, lors d’une réunion marquant le 3ème anniversaire du Fonds Stratégique d’Investissement à la Caisse des Dépôts et Consignations, déclarait :“Si on est libéral, la priorité absolue c’est de combattre Jean-Luc Mélenchon et ses alliés” . 

C’est vrai, y compris sur la question ukrainienne. LFI avance à ce sujet un point de vue apparemment pacifiste et dit benoîtement souhaiter la paix par le chemin de la diplomatie et du dialogue. Voilà qui pourrait être respectable, à défaut d’être juste, si l’hostilité rabique du camp Mélenchon à l’OTAN et aux Etats-Unis n’éclairait d’un jour sinistre les positions de LFI vis à vis de l’Ukraine .

Il faut admettre cependant que le Rassemblement National  est  plus explicitement encore, attaché  à défendre la  brutale politique russe actuelle et les options anti-européennes, anti-américaines et anti-démocratiques de celui qui les met en oeuvre : Vladimir Poutine. .

On peut voir là une explication au fait que l’équipe d’Alain Madelin, magnifiquement solidaire de la résistance ukrainienne face à l’armée russe, s’en tienne à la seule critique du RN dans son argumentaire,  

Cet argumentaire, il nous semble utile que nos lecteurs en prennent connaissance malgré nos réticences à ne pas voir dénoncées ensemble les deux forces politiques  complaisantes envers Poutine et si ce n’est complaisantes, complices de l’entreprise impérialiste russe. 

Ce sera la premier document que nous glisserons dans notre rubrique « Archives ».

H&L

 L’ENJEU                    

La politique internationale n’intéresse guère dans une campagne législative. Pourtant, cette fois, elle constitue un enjeu existentiel. De l’issue de l’agression de Poutine contre l’Ukraine dépendront le futur des démocraties et de la France pour les décennies qui viennent.

Car Vladimir Poutine n’a pas seulement déclaré la guerre à l’Ukraine. Il mène une guerre aux démocraties et tout particulièrement à la France.

Les démocraties ne sont pas menacées pour ce qu’elles font dans leur soutien à l’Ukraine, mais pour ce qu’elles sont.

Vladimir Poutine n’a pas attendu février 2022 et la guerre en Ukraine pour s’attaquer à la France, à l’Europe et aux démocraties.

La question n’est donc pas de savoir si on veut ou si on ne veut pas la guerre : on ne veut pas la guerre. 

Elle n’est pas de savoir si on aime ou on n’aime pas la guerre : on n’aime pas la guerre.

Nous sommes impliqués dans le conflit ukrainien parce que Poutine nous fait la guerre.

CEST UNE GUERRE HYBRIDE

Ce n’est pas une guerre comme les autres.

 C’est une guerre hybride. Une guerre qui a de multiples facettes. Elle utilise tous les moyens de la déstabilisation et de l’influence : désinformation, manipulation, ingérence électorale, cyber-attaques, utilisation des réseaux sociaux, relais de tous les complotismes …

Son objectif est clairement de déstabiliser les démocraties et de semer le chaos.

Lingérence électorale

Nous l’avons vu lors des deux dernières élections aux Etats Unis et nous le voyons déjà pour la prochaine. Les preuves sont là.

Nous l’avons vu, chez nous en France dans la campagne présidentielle de 2017.

La déstabilisation des démocraties par le chaos 

Nous l’avons vu à Stockholm avec cette mise en scène d’un Coran brûlé – montée en sous-main par la Russie – qui a mis le feu dans le monde musulman et notamment en Turquie avec l’objectif éviter ou retarder l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

Nous l’avons vu aux Etats Unis avec, par exemple, le soutien de la Russie apporté à la fois aux suprématistes blancs et à « black lives maters ». 

Nous l’avons vu encore en France avec l’hacking des hôpitaux durant la pandémie de Covid 19.

Nous le voyons en France aujourd’hui avec des étoiles de David taguées sur les murs de Paris, le tag des mains rouges sur le « Mur des justes » à l’extérieur du mémorial de la Shoah, les faux cercueils sous la tour Eiffel, toutes manipulations de la Russie.

Nous le voyons encore dans les tentatives d’ingérence de la Russie en Nouvelle Calédonie via l’Azerbaïdjan.

Nous le voyons particulièrement en Afrique où la Russie déploie tout un arsenal : mercenaires, désinformation agressive, ingérence électorale, soutien aux coups d’États…

Linfiltration et la propagande.

Tous les moyens sont bons pour obtenir des complaisances et trouver les relais de sa propagande. 

Pour cela Russie de Poutine bénéficie de l’héritage du savoir-faire du KGB.

Tous les milieux sont concernés : affaires, politiques, culture, armée, médias…

Les objectifs de Vladimir Poutine sont clairs : 

. Déstabiliser les démocraties,

. Semer les peurs et faire douter les peuples,

          . Diviser les Européens,

          . Découpler l’Europe des États-Unis,

          . Faire reculer la démocratie partout dans le monde. 

NOUS DEVONS FAIRE FACE. LA GUERRE EN UKRAINE EST NOTRE GUERRE.

En soutenant le courageux combat des Ukrainiens, nous nous battons pour le respect à la fois de la souveraineté de l’Ukraine et de l’ordre international. Nous nous battons pour la Liberté des Ukrainiens et pour la nôtre.

Pour Poutine cette « opération spéciale » ne s’arrête pas aux frontières de la Crimée et du Donbass. Elle avait clairement pour objet d’installer un pouvoir russe à Kyiv, de soumettre le peuple ukrainien et faire disparaitre l’Ukraine en la russifiant. Car pour Poutine, « le peuple ukrainien n’existe pas ».

Cette guerre et le réarmement de la Russie vont bien au-delà de l’Ukraine.

Pour Poutine « la Russie n’a pas de frontières » comme disaient ses affiches lors des dernières « élections » présidentielles. Ou encore « les frontières de la Russie sont celles de l’Union Soviétique ». 

Déjà la Moldavie est clairement menacée, de même les Pays Baltes. La Douma conteste le   décret du Conseil d’État de l’URSS « sur la reconnaissance de l’indépendance de la République de Lituanie ».

Le mot paix na pas le même sens pour les Russes et pour nous 

Poutine et ses alliés veulent défaire l’ordre international au profit d’un ordre « post occidental ». La paix, pour Poutine et ses principaux alliés – comme la Chine ou l’Iran – c’est la constitution d’un « nouvel ordre mondial post -démocratique ».

Il utilise la lutte contre les relents du colonialisme en Afrique et ailleurs pour mieux recoloniser

ceux qui sont sortis de l’emprise de l’URSS.

Le mot compromis na pas le même sens non plus.

Dans son long discours pour expliquer son agression de l’ Ukraine, Vladimir Poutine a expliqué qu’il y avait , été contraint compte tenu du refus de prendre en compte le « compromis raisonnable » sur l’OTAN, la paix et la sécurité en Europe qu’il avait présentée en décembre 2022. En fait ce «  compromis » était un ultimatum qui exigeait un recul de l’OTAN sur ses positions de 1997. C’est-à-dire de laisser sans défense la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et les 3 pays baltes pour les faire revenir sous la coupe de Moscou.

L’agence d’information d’État, RIA Novosti, précisait d’ailleurs très clairement : « Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins d’entrer en guerre avec la Russie ».

Voici comment Vladimir Poutine conçoit la paix et ce qu’est pour lui une « proposition raisonnable » !

LE RASSEMBLEMENT NATIONAL A MATIGNON, 

SERAIT UNE VICTOIRE POUR POUTINE.

L’arrivée à Matignon de Jordan Bardella et du parti de Marine Le Pen serait à coup sûr fêtée au Kremlin, tout comme on y avait naguère sablé le champagne pour la victoire de Donald Trump.

Car le Kremlin y voit, compte tenu des liens du Rassemblement National avec la Russie de Poutine, l’espoir de limiter l’engagement de la France en Ukraine, d’instaurer le doute sur la force et la pérennité d’un soutien efficace de l’Europe à l’Ukraine d’affaiblir le lien transatlantique.

Une longue connivence et des positions inquiétantes.

Ecartons le reproche que l’on fait souvent à Marine Le Pen d’avoir naguère fait financer sa campagne présidentielle par une banque russe. Soyons juste : le fait que le RN n’ait pas trouvé de financement pour sa campagne auprès des banques françaises n’était pas admissible. Pas davantage l’inertie de l’Etat pour réparer cette situation préjudiciable à notre démocratie. 

Il n’en reste pas moins que l’obtention d’un tel prêt auprès d’une banque russe montre l’intérêt que Vladimir Poutine porte depuis longtemps à Marine le Pen et au Rassemblement National, tout comme aux autres mouvements populistes dans les différents pays européens. 

Cela faisait partie d’une longue stratégie de Poutine dont on peut constater aujourd’hui les effets.

Marine Le Pen, la Russie et Poutine.

Dans toutes ses campagnes électorales récentes, l’expression publique du RN et de ses dirigeants se concentre (avec un certain succès) sur le court terme et la politique intérieure (insécurité, immigration, montée des intégrismes, pouvoir d’achat, échec des politiques publiques des gouvernements passés ou présents). 

Marine Le Pen et Jordan Bardella parlent peu et souvent de manière elliptique des grands enjeux internationaux et géopolitiques. Les ambiguïtés de leurs positions et de leurs votes en la matière lissent à masquer le caractère inquiétant des idées qui les animent sur des questions fondamentales aujourd’hui.

Qu’on en juge :

Marine Le Pen préfère la Russie aux États-Unis.

« La France a plus d’intérêts communs culturels et stratégiques avec la Russie qu’avec les Etats-Unis ». Interview au journal russe Kommersant en 2012.

Marine Le Pen « admire Poutine ».

« Je ne cache pas que, dans une certaine mesure, j’admire Vladimir Poutine ». Idem

Quand Marine Le Pen pensait que la démocratie de la Russie de Poutine était plus libre que la démocratie en France.

« Rien ne permet d’affirmer du point de vue constitutionnel que la Russie n’est pas une démocratie. Le ton de la presse d’opposition est bien plus libre et virulent à l’égard de Poutine qu’elle ne l’est en France à l’égard de Sarkozy ».

Quand Marine Le Pen défendait lagression et lannexion de la Crimée par la Russie de Poutine.

 « La Crimée a été russe pendant deux siècles. Elle a été ukrainienne pendant 80 ans donnée par un dictateur sur un coup de tête, un caprice. Les habitants de la Crimée se sont exprimés librement et ont choisi d’être attachés à la Russie ». 

Quand Marine Le Pen se rangeait aux côtés de la Russie accusée davoir abattu avec les séparatistes ukrainiens pro-russes un avion de la KLM -Malaysia Airlines.

En juillet 2014, Marine Le Pen se refusait à « accuser les séparatistes du Donbass et même la Russie et à exonérer les forces armées ukrainiennes ». C’est-à-dire l’exact mensonge de Moscou d’alors.

Quand Marine Le Pen défendait lenvoi darmes françaises… à la Russie.

Après la première agression de la Russie contre l’Ukraine, en septembre 2014, quand le président Hollande a courageusement annulé la livraison du porte-hélicoptères Mistral à la Russie, elle affirme : « il s’agit d’une soumission à la diplomatie américaine ».

La preuve par Mariani.

Thierry Mariani, ancien ministre républicain, est un des plus visibles agent d’influence de la Russie en France.

Il n’a jamais été désavoué par la direction du Rassemblement national dans ses propos et dans son action ouvertement pro Poutine. Au contraire, il était en bonne position sur la liste pour les élections européennes (9ème ).

C’est pourtant lui qui estimait « quil ny a quun chef d’état valable en Europe : Poutine ».

Ou encore : « La France a besoin des Russes qui défendent la civilisation européenne »

L’argument de la défense de la civilisation européenne est souvent invoqué à droite. Pourtant Poutine a pour proches alliés la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord. Ils défendent ensemble un ordre mondial post occidental fondé sur d’autres valeurs que la démocratie.

Poutine envoie sur le ukrainien des soldats Tchétchènes qui tuent et massacre des chrétiens au nom de Allah Akbar. Il soutient les terroristes du Hamas et vient de reconnaître les talibans.

Curieuse défense de la civilisation chrétienne occidentale !

En 2016, Mariani estime que la France s’est placée au niveau des « laquais de la politique américaine », que « la France fait un copié collé de la politique belliciste américaine » (RT France 11 octobre 2016).

Infatigable admirateur d’Assad, il a été reçu six fois à Damas pour servir la propagande du régime syrien et de son allié russe.

Un autre détail qui en dit long. La fille du porte-parole de Poutine, Dimitri Peskov a été, au Parlement européen, la collaboratrice stagiaire d’Aymeric Chauprade, ex-conseiller de Marine Le Pen, quand celui-ci était député européen.

L’ambiguïté tactique actuelle du RN à propos de la Russie de la guerre en Ukraine est la même que celle qu’elle nourrit à l’égard de l’Europe et de l’union européenne.

Certes, Bardella et Le Pen ne parle plus de Frexit ou de sortie de l’euro, mais nombre de leurs propositions conduise à la mise en cause des traités européens, de la Cour de Justice de l’Union Européenne et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, au risque d’une crise et d’une division de l’Europe, pour le plus grand plaisir du Kremlin.

Les positions hypocrites du Rassemblement National aujourdhui doivent être démasquées.

Aujourd’hui bien sûr les dirigeants du Rassemblement National sont plus prudents. En apparence, ils condamnent l’agression russe et affichent une position de soutien à l’Ukraine. 

Mais… 

Sils disent aujourd’hui, en paroles, condamner l’agression de la Russie cela se voit beaucoup moins dans les actes, comme le montre les votes du RN au Parlement européen.

Lorsque l’on ne regarde que les votes « contre » (en faisant l’impasse sur toutes les abstentions), on constate à quel point les députés de Marine Le Pen ont joué les soutiens de Poutine :

  2019 :

– Résolution contre le fait de traiter la Russie comme partenaire stratégique. Contre.

– Résolution condamnant les violations des droits de l’homme en Russie. Contre

– Résolution condamnant la loi russe sur les « agents de l’étranger ». Contre.

  2020 :

– Résolutions pour une lutte européenne contre les menaces russes sur la sécurité de l’Europe et les ingérences. Contre.

– Résolution contre l’empoisonnement de Navalny ainsi que contre le coup de force de Loukachenko en Biélorussie. Contre

  2021 :

– Résolution condamnant l’arrestation la détention de l’opposant russe Pivovarov. Contre

– Résolution appelant au retrait des forces russes accumulées à la frontière ukrainienne. Contre

– Résolution condamnant la fermeture de Memorial et la répression des organisations de la société civile par la Russie. Contre. 2021. 

– Résolution approuvant soutien financier à l’Ukraine. Contre

Après la mort tragique de lopposant Alexeï Navalny en Sibérie, le président du Rassemblement National Jordan Bardella a écrit sur X « Navalny est mort dans la prison de l’Arctique où il purgeait une peine de 19 ans pour son opposition au régime. C’est une nouvelle tragique pour tous les défenseurs des droits humains et des libertés fondamentales ». Poutine ? Connais pas.

Certains se sont pressés de rappeler qu’en avril 2021, le RN vote contre la résolution demandant la libération de Navalny, 

– en février 2023, le RN s’abstient sur la résolution dénonçant les conditions de détention de Navalny, 

en avril 2023, le RN s’abstient sur la résolution dénonçant la répression de Navalny.

À lAssemblée nationale lors du vote sur laccord bilatéral conclu entre la France et lUkraine, le Rassemblement National sest abstenu malgré ses bonnes paroles de soutien à l’Ukraine (les Insoumis et le Parti Communiste ont voté contre).

De quelle paix le Rassemblement National parle-t-il ?

Ils disent vouloir la paix en Ukraine. Mais qui ne la veut pas ?

La question cest de savoir comment obtenir cette paix.

Parler de la priorité à donner à la voie diplomatique ? C’est se donner le beau rôle et n’engage pas à grand-chose. La question est ce que l’on fait maintenant et les engagements que l’on prend vis-à-vis de l’Ukraine si Poutine mène une guerre d’usure.

Est-ce un cessez-le-feu ? Ce serait accepter une situation de fait dans laquelle quatre oblasts ukrainiens et la Crimée ont été d’ores et déjà annexés par la Russie de Poutine. Ce serait accepter la russification de force de ces territoires ukrainiens, la déportation des enfants (pour laquelle Vladimir Poutine a été inculpé par la Cour Pénale Internationale), l’élimination impitoyable de l’administration ukrainienne, des intellectuels, des journalistes, et des familles suspectées de sentiments pro ukrainiens.

D’ailleurs Poutine ne veut pas de cessez-le-feu. Quand il en parle, pour se donner le beau rôle, il l’assorti de conditions inacceptables comme l’abandon définitif des territoires occupés et même le retrait des troupes ukrainiennes de territoires supplémentaires ! 

Poutine affiche toujours l’objectif de prendre Kyiv et Odessa tout comme celui d’abattre le gouvernement « nazi » de Zelenski.

Vouloir vrai la paix aujourdhui, cest tout faire pour aider les Ukrainiens, empêcher larmée russe davancer en continuant à bombarder les villes dUkraine et les populations civiles. Cest prendre lengagement de soutenir lUkraine aussi longtemps quil le faudra pour montrer à Poutine quil ne gagnera pas cette guerre.

Le Rassemblement National entend rogner le soutien de la France à lUkraine.

Comme il ne peut le faire franchement, il se prépare à le faire hypocritement.

Que disent-ils ?

D’accord, d’accord, la Russie de Poutine a agressé l’Ukraine.

D’accord, d’accord, il faut aider l’Ukraine.

Mais, il faut le faire avec prudence.

De

– Il faut éviter une 3ème guerre mondiale nucléaire.

– Il faut éviter l’escalade, limiter la portée des armes que nous livrons.

– Il ne faut pas que nous puissions être considérés comme cobelligérants. Donc il ne faut pas envoyer de militaires français en Ukraine.

Le Rassemblement National joue sur les peurs

Ces arguments portent sur une partie de l’opinion française.

Dans un face-à-face sur LCI où l’on interrogeait des électeurs du Rassemblement National, il y avait le témoignage d’une femme émue qui disait « je vote pour le Rassemblement National parce que jai peur de la guerre nucléaire, peur que lon envoie nos enfants faire la guerre en Ukraine ».

Il faut répondre sur ces trois points.

Pour Vladimir Poutine larme nucléaire est surtout une arme de propagande. Poutine, suivi par la propagande russe hystérique, agite en permanence la menace nucléaire, car il sait qu’elle fait peur à l’opinion occidentale. Il faut savoir en tenir compte. Mais il faut savoir aussi que l’arme nucléaire est dans toutes les doctrines militaires – y compris la doctrine russe – une arme que l’on utilise que lorsque les intérêts vitaux d’un pays sont menacés. Tel n’est pas le cas de la Russie. Son existence même n’est menacée par personne. Ni par les ukrainiens, ni par l’OTAN. Il n’y a aucun prétexte, ni aucune raison militaire, pour la Russie d’utiliser une arme nucléaire, fusse-t-elle tactique.

La rupture du contrat implicite conclu entre toutes les puissances nucléaires et de réserver son utilisation à une menace existentielle. La rupture de ce contrat mettrait durablement la Russie au ban des nations. La Chine a mis en garde la Russie. Les Américains ont expliqué quelle seraient leur riposte, une riposte conventionnelle qui détruirait une large partie de l’armée russe en guise d’avertissement.

Nous aidons seulement les Ukrainiens à se défendre, souvent trop peu et trop tard par rapport à l’escalade de l’offensive russe.  L’aide militaire légitime (au regard du droit international) que les alliés apportent à l’Ukraine est exclusivement une aide défensive qui ne fait que suivre l’escalade russe.

Rappelons que la Russie a non seulement violé les règles du droit international sur la souveraineté des Etats, mais encore un engagement plus spécifique dans lequel la Russie s’engageait à respecter les frontières ukrainiennes. Il s’agit du « mémorandum de Budapest » concernant le désarmement nucléaire de l’Ukraine (et aussi de la Biélorussie et du Kazakhstan). La Chine et la France se joindront un peu plus tard à ce mémorandum.

Avec la chute de l’URSS, l’Ukraine s’est retrouvée avec un parc nucléaire considérable. Environ le tiers de celui de l’URSS. L’Ukraine acceptait de se défaire de son énorme stock d’armes nucléaires en échange de cette garantie de sécurité.

On peut donc dire que les pays signataires de cet accord pourraient se réclamer d’un droit à le faire respecter.

 – Le mot de « cobelligérance » est utilisé pour faire peur. Il n’a pas de signification très précise en droit international. L’Allemagne et la Russie qui attaque ensemble la Pologne en 1939 constitue une cobelligérance. Livrer des armes ce n’est pas de la cobelligérance. En revanche, si des avions américains pilotés par les militaires américains se battaient contre les avions russes, on pourrait dire que nous entrerions dans une forme de cobelligérance. 

Le président Macron n’a jamais proposé d’envoyer des soldats français se battre en Ukraine. Il a seulement voulu rendre visibles, et peut-être d’amplifier – sans doute dans le but de dissuader –les aides techniques que différents pays apportent déjà à l’Ukraine depuis longtemps.

CE QUE SIGNIFIERAIT LABANDON DE LUKRAINE.

La France joue un des premiers rôles en Europe. Son désengagement même très partiel serait source d’une grave crise de confiance en Europe.

Si le barrage aux ambitions de Poutine devait céder, si nous devions voir l’Amérique regarder ailleurs, si nous abandonnions ainsi nos valeurs morales et nos valeurs démocratiques, qui pourrait encore faire confiance à l’Occident et aux démocraties ?

Voilà qui encouragerait Poutine et ses amis à se lancer dans de nouvelles conquêtes devant un Occident si faible et si divisé.

L’arme nucléaire jusqu’à présent a servi de dissuasion. Mais désormais pour Poutine, elle a aussi servi de parapluie pour mener une guerre d’invasion. Voilà qui servira d’exemple et qui encouragera bien d’autres pays à se doter d’un armement nucléaire.

Si nous voulons un monde plus sûr, si nous pensons qu’il faut défendre et protéger nos valeurs démocratiques, ne pas abandonner l’Ukraine et détricoter la solidarité européenne, il faut dire maintenant ses quatre vérités au Rassemblement National.

Faire face pour défendre notre souveraineté, la souveraineté de l’Ukraine et non la souveraineté agressive de la Russie.

Ceux qui sont tentés par le vote Rassemblement National doivent prendre conscience qu’on ne peut se dire « patriote » en France en étant à ce point inféodé à la Russie de Poutine.

(Cette fiche a été rédigée au mois de juin 2024, alors que le succès écrasant du RN aux législatives semblait acquis).

15 Juil 2024


Voter?

A chaque élection, même refrain : « Le droit de vote, pour lequel  nos aïeux se sont battus …». Oui,  révoltes, révolutions, conspirations , il y a eu : contre des tyrannies ; avec comme effet  logique leur  remplacement par des systèmes d’ élections populaires. Mais, des rébellions pour le droit de vote lui-même : où et quand ?

Le  « droit de vote » n’est un devoir qu’autant que le citoyen suit, le plus possible, la vie de  la cité (s’informer, penser, agir), donc  exerce ce droit, de façon plus ou moins éclairée : élire un député, des conseillers municipaux, etc., n’est pas jouer à la loterie.

Or, l’opinion publique (selon l’expérience universelle et intemporelle) est diverse, divisée, incohérente, changeante (dernier exemple : Macron,   réélu en 2022 et « battu » en 2024), profane et peu intéressée (faute de goût, de temps et/ou  de connaissances) sur le fond par la politique ; par contre, volontiers critique.

Les campagnes électorales sont trop brèves et espacées pour modifier  profondément, sauf coup de théâtre, des opinions formées, sans trop y réfléchir, au fil du temps : les résultats électoraux reflètent l’état des esprits à un moment donné. A cette nuance près que le « message » adressé à travers les urnes par les électeurs (leur volonté, leurs espoirs) à la « classe politique » n’est pas toujours compris de la même façon par tous : pour elle, quelle(s) action(s) mener ?

Dans le cadre de leurs sensibilités politiques respectives, les électeurs se seront déterminés en fonction de cette perception, souvent biaisée, des partis et des candidats, lesquels, de leur côté, leur auront menti sans scrupules (flatteries, promesses en l’air, comportements trompeurs …il faut plaire). La distance est grande entre les béotiens d’en bas et les « pros » de la politique, en haut. 

Ainsi, l’électeur se leurre et est, en plus, manipulé par le futur élu. Le «droit de vote » ? Dévoyé par la crédulité des uns et la démagogie des autres, il est une « duperie » selon  Marx-Engels comme selon Maurras.

… « Au pouvoir », « aux portes du pouvoir », entend-on : en fait, quel « pouvoir » véritable pour un gouvernement ? Une politique encadrée par les institutions et la Constitution, subordonnée aux accords internationaux, contrariée éventuellement par le Président, limitée par les opposants de tout poil (parlementaires, syndicats, lobbys, etc.,), contrainte par la conjoncture économique, chamboulée par les « crises », toujours inattendues, (telles que Guerre froide, évènements d’Algérie, mai 68, pétrole 1973, effondrement soviétique 1989-1991, Ukraine, Israël-Gaza …). Quelle liberté  d’action par conséquent pour les dirigeants ? Et comment gouverner un peuple politiquement inculte, versatile, indiscipliné ? Dans le temps long, s’impose une orientation – politique mais aussi sociétale donnée, bien que chahutée au gré des évènements ; sur elle, l’impact des élections est marginal.

Inexpérimentés, donc pleins d’illusions, nos lointains aïeux révolutionnaires se faisaient une idée sacralisée du suffrage, suffrage réservé à leur classe d’abord puis universel (masculin) : le peuple (et

 chacun au sein du peuple) maître de son destin, souverain !

… Les batailles électorales déchaînent les hommes : moment intense, joie du combat, ambitieuses espérances, frissons de peur … D’où dramatisation, hystérisation, radicalisation.

Pendant 40 ans (1945-198…), les partis dits démocratiques ont brandi en chœur l’épouvantail communiste pour affoler les masses et les contrôler. Le PC traitait, à rebours, ses adversaires de « fascistes ». Puis, le communisme s’écroulant, le danger mortel (pour les libertés) s’est incarné, d’après les « démocrates », dans le Front national (devenu RN), sa relève. Enfin, innovation avec le macronisme : trois grands blocs ; un, central (le juste milieu, bien sûr), et deux, « extrêmes »  (comprendre « extrémistes », barbares), farouchement rivaux (RN-Le Pen, LFI-Mélenchon).Les anti-RN (macroniens et Nouveau Front Populaire) ont ressorti le florilège « anti-fasciste » (« collabos », nazisme, etc.). Le RN renvoie l’ascenseur  à LFI : « islamo-gauchisme », « antisémitisme » … Au milieu, Macron, toujours pondéré, accuse chacun des deux autres de préparer  rien moins qu’une « guerre civile » (sic). Les deux « extrêmes », rétrogradant Macron dans  l’ordre des méchants, le qualifient chacun de marche-pied de l’autre, seul extrémisme. Les anti-Front Popu (macroniens et RN) déplorent la « soumission » du PS et des « écolos » à la France Insoumise, une « indignité ».

Ainsi, tous remuent les peurs (fascisme, racisme, antisémitisme, islamisme …), principales armes de campagne, loin devant les promesses, peu convaincantes ; on sait que le danger ou l’ennemi 

 commun est le meilleur moyen d’unir ou réunir les individus également concernés. La critique, souvent virulente, du présent en France et dans le monde, est donc abandonnée pour celle d’un

 futur hypothétique, création d’une imagination parfois délirante. On impute au RN et/ou à LFI des scénarios d’épouvante (extermination des Juifs quasiment ou des Arabes, salaires de misère, etc.), autant de procès d’intention basés sur des indices douteux : qu’ont à voir exactement le jeune Bardella avec Pétain et Vichy et  Jean-Luc Mélenchon avec le massacre du 7 octobre en Israël ? N’a-t-

on rien d’autre à leur reprocher ?  Peurs pour l’avenir ? Soit, mais tout va -t-il si bien dans ce bas monde aujourd’hui ? 

Moi, pardon ! je me rappelle, il y a … 70 ans, quand certains se complaisaient à évoquer une 3e Guerre mondiale  (dix ans seulement après la Deuxième !) parfaitement fantasmée, je me sentais mal des guerres, alors bien réelles et bien meurtrières, d’Indochine et de Corée : comment arrêter ces tragédies ?

Il est particulièrement  irresponsable d’agiter le spectre de la guerre civile. Sans raison valable mais  au risque que certains y croient et s’angoissent et que d’autres y songent. Sur tous les sujets de dispute, il n’y a pas 2,3, ou 4 camps à couteaux tirés, mais une gamme de points de vue. Sur l’immigration par exemple, il n’y a pas deux camps irréconciliables : racistes enragés contre ravis de la crèche, mais tout un éventail de positions, fondement d’un large consensus possible : « deux Français sur trois » aurait dit Giscard. Ne nous montons pas les uns contre les autres.

 Heureusement, le peuple de France est un peuple modéré. Même les défilés et rassemblements (LFI, CGT, etc.) protestant contre les résultats « incorrects » des élections européennes, ne les contestent pas  (comme d’autres à Washington). Le suffrage universel est sans doute le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

                                                                                                                        Guy BARBIER (1er juillet 2024) 

1 Juil 2024


Les libéraux face aux élections législatives

Le 21 juin dernier, l’ancien ministre Alain Madelin a donné une interview à l’excellente revue en ligne Atlantico. Nous en publions ci-dessous un extrait  qui intéressera, nous n’en doutons pas, nos lecteurs, souvent bien décidés à défendre la démocratie libérale mais divergeant parfois sur le meilleur moyen d’y parvenir, comme le montrent les différents points de vue exprimés dans Histoire & Liberté à l’approche des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. Pour l’ensemble de l’interview, nous renvoyons à Atlantico.

Extrait d’un entretien d’Alain Madelin  avec Jean-Sébastien Ferjou pour Atlantico

Atlantico : Pour qui voter aux élections législatives, quand on est un électeur libéral, au regard de ce que sont les programmes proposés ?

Alain Madelin : Il n’y a pas de partis libéraux mais il existe pour peu que l’on regarde à la loupe et qu’on soit indulgent des candidats libéraux. Chez les Républicains, au Modem, à Horizon ou à Renaissance et même du côté d’une certaine gauche, chez les non-mélenchonistes. Donc la réponse est claire, voter pour ces candidats au premier tour et même au deuxième tour pour ceux qui réussiront à franchir la barre qui leur donne des chances d’y figurer à savoir 12,5% des inscrits. C’est souvent difficile, mais beaucoup moins avec une forte participation électorale.

La situation eut été bien entendue très différente si Emmanuel Macron avait tenu sa promesse de scrutin proportionnel qui aurait permis la représentation de chaque famille politique qui n’auraient pas été obligées de s’assujettir à d’autres pour faire figurer ses candidats au deuxième tour. J’ajoute aussi que si un scrutin proportionnel avait effectivement été mis en place, nous aurions surement vu la renaissance d’une famille politique libérale, ce qui aurait simplifié le choix des libéraux.

Reste la question du deuxième tour. Bien sûr, d’abord, battre Mélenchon. Je dis Mélenchon, non pas le Front Populaire qui n’est qu’une étiquette trompeuse qui n’a rien à voir avec notre historique Front Populaire. Ce front là, c’est le Front Mélenchon. Et je regrette souvent que par nécessité électorale les écologistes et les socialistes aient accepté d’y figurer tout en acceptant le risque d’y être minoritaires.

Il est indispensable de combattre le front Mélenchon car sa victoire conduirait notre pays au chaos. Son programme fait penser à des gamins rassis par la haine sociale et ignares des lois de l’économie, qui pensent qu’elles se votent au parlement.

En quelques mots, ce programme c’est dépenser, dépenser beaucoup, dépenser plus, un argent que l’on a pas. En faisant croire que l’on fera payer les nouvelles dettes par la Banque de France, ce qui est impossible. Une situation qui nous enfoncera dans une crise qui conduira aussi à la crise de l’euro et de l’Europe. Une crise qui sera plus rapide qu’on le croit car le rôle des marchés financiers n’est pas d’attendre au pied du mur mais bien d’anticiper.

Ce programme c’est aussi taxer, taxer, taxer. On fera payer les riches, mais deux millions de contribuables sont  visés. Beaucoup plus si l’on ajoute la CSG progressive. Résultat on va détendre le ressort de la croissance et provoquer la grande migration des talents. Mais ils ont pensé à tout : il y aura une taxe sur l’émigration française. On replie l’économie sur elle-même en instaurant par exemple une taxe kilométrique sur les produits importés. Qui peut croire que nos exportations ne seront pas menacées elles-mêmes. D’ailleurs si vous taxez les smartphones, vous les rendrez plus cher en France. Encore un impôt payé par le consommateur.

Au chaos économique, Mélenchon ajoute un chaos social sous la forme d’une haine qui réveille les démons de l’antisémitisme dans une triste tentative de conquérir l’électorat islamiste en France.

Dans la plus grande inconscience, il se propose de favoriser l’immigration et même, grande nouveauté, d’ajouter à l’asile politique l’accueil des réfugiés climatiques. Comme s’il fallait les accueillir en France et non les installer à proximité. Merveilleux prétexte pour un nouveau statut qui comme le détournement du droit d’asile entraînera d’autres détournements à prétexte écologique, simplement dans des proportions beaucoup plus considérables.

En matière de sécurité, on sait qu’il veut désarmer la police mais il veut tout autant désarmer la justice lorsqu’il propose de “lutter contre la surpopulation carcérale”. Qui ne le souhaiterait pas. Mais il ne s’agit pas de place de prison en plus mais d’incarcérer encore moins, de rendre encore moins les peines de prison effectives, c’est-à-dire de renoncer à la dissuasion que représente l’exécution d’une peine. 

Bien sûr, combattre Mélenchon, mais faut-il voter pour Bardella ?

Je n’ai jamais, pour ma part, participé à la diabolisation du Rassemblement national. Je me contente d’examiner de près ses propositions.

Sur le plan économique, longtemps, le RN est apparu comme étatiste et populiste avec un programme dangereux pour l’économie française. Aujourd’hui les choses sont différentes. De jour en jour, le RN édulcore ses promesses. Et nombreux sont ceux qui de Gabriel Attal à Bruno Le Maire, en passant par nombre de journalistes soulignaient cet écart entre les programmes d’hier et d’avant-hier et les positions d’ajd. Ils pensent ainsi saper la confiance dans le RN. C’est exactement l’inverse qui se produit. C’est dire que voter pour Bardella ne peut pas conduire à une catastrophe économique et en plus  qu’au contact de la réalité on peut penser que le RN sera forcé de se « méloniser ». 

En ce qui concerne les questions de la sécurité et de l’immigration pour lesquelles beaucoup de Français ont une attente forte après des années d’inaction des gouvernements précédents toutes tendances confondues, j’ai tendance à penser que le RN a fait naître une attente supérieure à ce qu’il pourra délivrer. Néanmoins, en s’alignant sur un contrôle plus strict de l’immigration que pratiquent déjà de nombreux pays européens, notamment sur le regroupement familial, l’exigence d’un logement ou d’un travail et bien d’autres mesures qui peuvent être prises sans rupture majeure avec l’Europe et avec le droit international il lui est possible – s’il fait preuve de souplesse et non de rigidité – de donner le sentiment d’un coup d’arrêt à l’installation en France d’immigrés qui n’ont guère l’intention d’y travailler mais d’y vivre en y faisant France à part.

Reste une question extrêmement importante. Une question que Bardella devrait mieux clarifier dans cette dernière semaine de campagne : la question de l’Ukraine et du soutien déterminé qu’il faut lui apporter. C’est un enjeu existentiel pour la France. De l’issue de l’agression de Poutine contre l’Ukraine va dépendre le futur des démocraties – et donc de la France – pour les décennies à venir. Ne nous trompons pas : Poutine mène une guerre aux démocraties, avec l’appui de la Chine, de l’Iran et de nombreux autres gouvernements totalitaires. L’enjeu des législatives dépasse celui de la réforme de l’assurance chômage.

A cet égard, la politique du Rassemblement national interroge. Une forme de poutinisme est restée très vivante dans ses rangs et il devient urgent de tourner cette page de leur histoire, dans l’intérêt de la démocratie française. 

Nul doute que Poutine ne se réjouisse d’une possible victoire du Rassemblement national. Car pour lui, c’est un mouvement ami. C’est une longue histoire. MLP qui disait “admirer Vladimir Poutine”, que “la démocratie de Poutine était plus libre que la démocratie en France”, qui défendait l’agression et l’annexion de la Crimée par la Russie, qui après l’annexion de celle-ci défendait la livraison du porte hélicoptère mistral à la Russie. D’un RN dont nombre de ses candidats se sont fait les faux témoins de référendums honnêtes en Crimée ou dans les républiques séparatistes du Donbass. On dira, tout ceci c’était hier. Soit. Aujourd’hui les dirigeants du RN condamnent l’agression russe et affiche une position de soutien à l’Ukraine. Ceci s’est beaucoup moins vu dans les votes du RN au Parlement européen. Le risque n’est pas de voir la France  renoncer au soutien à l’Ukraine – cohabitation oblige – mais parler de paix, de cessez-le-feu ce que Poutine agite mais ne veut pas pour donner le sentiment d’une hésitation française. Compte tenu du leadership qu’a pris la France, ceci peut entraîner le délitement du soutien européen. S’ajoutant aux possibles hésitations de l’Amérique après une éventuelle élection de Donald Trump. Il est facile de dire “nous ne voulons pas être entraînés dans une guerre nucléaire”, “pas d’escalade”… donc par exemple, “gelons l’envoie de nos Mirages”. L’opinion pourrait suivre en partie mais en réalité l’arme nucléaire qu’agite Poutine est justement une arme destinée à faire peur aux opinions. L’escalade c’est celle que pratique Poutine et nous ne faisons que la suivre… avec retard.

Le RN doit prendre conscience qu’on ne peut se dire patriote en France sans résister vraiment à Poutine, sans affirmer la souveraineté de l’Ukraine et sans prendre toute sa place dans le combat des démocraties (…)

25 Juin 2024


Élections legislatives 2024 : Une Analyse des Enjeux Politiques en France

Cher Pierre, ce que je pense de l’effarante situation actuelle vient d’être implacablement exposé par Nicolas Baverez(biographe de R.Aron, qui n’a rien d’un excité sympathisant de l’extrême-droite canal historique!) dans son papier du « Figaro » d’hier (avant-dernière page) et je ne saurais mieux dire: état des lieux régalien et financier cataclysmique, responsabilité extrême de Macron dans cet état de choses, impossibilité désormais d’établir une équivalence des dangers représentés par l’islamo-stalinisme de LFI et ses complices avec ceux du RN, dont les désastreuses ambiguïtés (Le Pen n’est pas G. Meloni!) sont bien rappelées…J’ajoute que je me retrouve tout autant dans les éditoriaux de Franz-Olivier Giesbert dans « Le Point ». Ce qui m’épargne de le redire moi-même moins brillamment…

Alain Laurent (18 juin 2024)

Une chose me chiffonne, bien que le papier de Pierre soit tout à fait judicieux, c’est qu’à la fin, cela sonne comme l’appel de Kylian Mbappé à voter au centre. On écrit LFI mais c’est le front de gauche avec Sandrine Rousseau, Manuel Bompard, d’autres crétins et Raphaël Gluksmann (mais qu’allait-il faire dans cette galère?), donc , à l’exception de R.G. un ramassis de criminels, alliés aux assassins du Hamas, du Hezbollah, antisémites et antidémocratiques.Qu’avons-nous à renvoyer dos à dos LFI et RN. Que je sache le RN s’est joint à la manif contre les crimes du 7 octobre, et demande pas la révolution. Ils peuvent évoluer comme Georgia Meloni devenue atlantiste, proeuropéenne et alliée des Ukrainiens.

C’est ma modeste contribution après notre réunion au Pont Neuf. Si nous devons écrire un manifeste centriste je ne signerai pas.

Ceci en toute amitié.

Claire  Brière (18 juin 2024)

Chère Claire

Préférer le centre aux deux mouvances placée aux extrêmes de l’hémicycle ce n’est pas les renvoyer dos à dos. L’actuel parti situé le plus à droite n’est pas révolutionnaire tandis que le Front populaire est sous l’emprise d’une idéologie en guerre contre la démocratie représentative. La présence en leur sein du N P A qui fait l’apologie du 7 octobre suffit à mes yeux à estimer qu’entre les deux extrêmes le RN est de loin le moins à redouter. Mais le repli national populiste n’est pas mon premier choix.On peut faire toutes les critiques au style de Macron mais sur l’Europe et donc sur La Défense du monde libre, le national populisme du RN est un danger à l’intérieur comme Orban.

André Senik (18 juin 2024)

Pour aller plus loin…Je pense que l’ennemi  N*1 c’est tout simplement LFI, Le NPA et autres trotskistes…Et autres écolos, les pauvres…

C’est pourquoi, évidemment le RN n’est pas mon premier choix, mais je pense qu’il faut avoir le courage comme Serge Klarsfeld, comme Finky, Michel Onfray expliquer qu’il faut, lorsque l’on se trouve face à ce type de choix voter RN. Il faut un maximum de voix pour édifier un vrai barrage contre les fachos d’aujourd’hui. Ils me rappellent toute cette gauche d’avant-guerre, années 30-40 , responsables de la LICA la ligue « contre l’antisémitisme », tous passés au service de Vichy!!!

A mes yeux, sauf pour quelques personnes que je trouve respectables, il est hors de question de voter pour Renaissance et consorts. Cela revient à voter pour le pompier pyromane.  Le ni…ni.. en même temps et autres dénis et dérobades. 2015 le Bataclan, puis Nice etc…profs trucidés, mais depuis longtemps menacés etc…Il eut fallu de la poigne, de la détermination, une politique de fermeté par rapport aux incivilités. Et quoi? face à la propagande effrénée des Furieux de la gauche, nous avons opposé, comme d’habitude cette indulgence si démocratique, si pleine de vertus que les criminels ont pu continuer à sévir.

Notre président, combatif sur la question de l’Ukraine (mais ne vise-t-il pas la présidence de l’UE?) s’est s’emmêlé dans ses déclarations sur Israël, se lançant dans de lyriques discours sur absolument tout et…tout. Pas de vision, pas de cohésion, donc pas de nation. Nous y sommes. Je vois venir un futur (depuis longtemps) mâtiné de guerre civile. Nous n’aiderons pas l’Ukraine de cette façon. Ce pays formidable a besoins d’alliés solides et armés.

Et les RN feront comme Meloni. Cela a déjà commencé pendant cette campagne.

Toujours avec amitié

Claire Brière (19 juin 2024)

Mon hostilité aux islamisto-gauchistes complices des atrocités du Hamas est totale. L’islamisme mondialisé, barbare et archaïque, est le nouveau nazisme que le monde libre doit vaincre à l’échelle mondiale. Quant au prétendu antifascisme des héritiers du communisme d’hier. il joue sa dernière comédie. François Furet a longuement démontré que l’antifascisme brandi par le mouvement communiste n’était qu’un leurre cachant la similitude entre nazisme et communisme. Les islamisto-gauchistes d’ascendance trotskiste de LF I et du NPA sont les véritables fascistes qu’il faut battre aux élections.

Nous verrons si les électeurs de gauche non fascistes sauront faire le tri entre les candidats présentés par le N F P.

André Senik (19 juin 2024)

Pourquoi rejeter le RN et LFI ?

Après le tsunami intervenu le 9 juin 2024 et le bouleversement politique qui l’a suivi (la dissolution de l’Assemblée, l’éclatement de LR et la reconstitution d’une union des gauches sous la forme du Nouveau Front Populaire (NFP)), une leçon s’impose : les dirigeants politiques hors RN (et ceux de la gauche tout particulièrement) n’ont toujours ni compris ni admis ceci :  le succès électoral croissant du RN s’alimente essentiellement à ce que le flux migratoire vers la France reste trop important depuis trop longtemps. 

Une preuve parmi d’autres :  ce n’est pas seulement en France mais dans tous les pays d’Europe (y compris au Royaume-Uni) qu’une même montée des partis d’extrême-droite s’alimente à des flux migratoires excessifs et à leurs multiples conséquences.

Si la France précède (de peu) les autres pays européens, c’est que chez nous, l’immigration s’accompagne plus qu’ailleurs d’un terrorisme islamiste récurrent, de graves révoltes violentes dans les banlieues (juin 2023 en particulier) et de campagnes islamiques répétées contre notre laïcité…On ne combattra pas efficacement le RN si on reste aveugle quant à l’origine de ses succès électoraux répétés, si on continue à prétendre que ce seraient principalement les préoccupations de pouvoir d’achat qui conduiraient tant d’électeurs à voter pour le RN. 

Il est évident que, si on ne prend pas davantage de mesures pour freiner l’immigration, on s’expose à ce que la montée du RN se poursuive encore d’ici la présidentielle. L’immigration doit cesser d’être le débat interdit qu’il est depuis 40 ans en France. 

Depuis 40 ans, la gauche extrême et quelques ONGs se sont employées à faire admettre aux partis de gouvernement de notre pays que toute limitation de l’immigration relèverait d’une démarche raciste. Or l’immigration, en France comme ailleurs, est un sujet qui mérite pleinement un débat démocratique sans que les personnes qui en souhaitent une limitation soient immédiatement taxées de racistes 

Un exemple parmi d’autres. Lors des élections de décembre 2023 en Pologne, l’alliance pro-démocratique autour de Donald Tusk a réussi à renverser la majorité parlementaire dont disposait le parti Droit et Justice, un parti d’extrême-droite qui de longue date est un proche allié du RN. Cela n’a pas empêché Donald Tusk d’entamer sans tarder la construction d’un mur avec la Biélorussie ; il s’agit pour lui de s’opposer à l’afflux d’immigrants que Poutine fait venir du Sahel en Russie pour ensuite les envoyer manu militari vers la Pologne (ou vers la Finlande) dans le but avoué de  déstabiliser ces pays.

LFI, une fois de plus, tourne le dos à ce qu’il conviendrait de faire : il a exigé et obtenu de ses alliés du Nouveau Front Populaire d’inscrire à leur programme commun des mesures qui faciliteraient davantage encore l’accès de notre territoire aux migrants (un élargissement en particulier de l’accès à notre droit d’asile).C’est ahurissant. Une nouvelle fois, LFI contribue ainsi, indirectement mais assurément, à la montée du RN. Plus les dirigeants politiques hors RN s’avèrent laxistes en matière migratoire, plus cela contribue à propulser le RN vers le pouvoir suprême. De la même façon que les déclarations de Mélenchon autorisant les émeutiers de juin 2023 à « brûler tout sauf les bibliothèques et les écoles » ou que son slogan « tout le monde déteste la police » contribuent directement à renforcer le RN.

Ce comportement irresponsable de LFI tient à ce qu’il est un parti qui est en même temps pro-islam et révolutionnaire. En tant que parti pro-Islam, il estime de son devoir de faciliter l’immigration en France ; en tant que parti révolutionnaire, misant sur un mécontentement croissant, il pratique la politique du pire dans l’espoir qu’un jour, la colère de la rue le porte au pouvoir. C’est pour ces deux raisons auxquelles il faut ajouter un antisémitisme de moins en moins voilé que je souhaite un nouveau désaveu électoral de LFI.

La menace la plus immédiate, comme on le sait, est celle qui vient du RN. Un RN qui se singularise par son opposition totale à l’immigration mais qui présente bien d’autres particularités extrêmement inquiétantes qui ne sont généralement pas assez connues ou pas assez mémorisées par le public. Enumérons les ici :

  • Une volonté d’accroître encore l’empire médiatique de Bolloré. C’est en tout cas le sens que les commentateurs objectifs accordent à son projet de privatiser plusieurs médias d’Etat.
  • Une alliance intense avec Poutine qui va bien au-delà du prêt que consentit Moscou au RN. Beaucoup de commentateurs semblent oublier que Marine Le Pen s’était déplacée en Crimée en 2015 pour y approuver l’invasion de la Crimée par la Russie et pour en féliciter Poutine ; elle refuse encore de s’en auto-critiquer. Beaucoup semblent avoir aussi oublié que Marine Le Pen avait été solennellement reçue à la veille de la Présidentielle de 2017 par Poutine pour tenter de renforcer son image internationale.
  • Une réticence au soutien à l’Ukraine (ce qui est cohérent avec le point précédent). Si Marine le Pen n’a pas commis l’erreur commise par Eric Zemmour lors de l’invasion de l’Ukraine par Poutine, elle a par la suite marqué un manque d’enthousiasme évident à soutenir l’Ukraine, tant à Paris qu’à Bruxelles.
  • Une hostilité à l’OTAN alors que, plus que jamais, depuis février 2022, les démocraties européennes ont besoin de ce qui reste leur principal bouclier face à Poutine et à ses alliés (un bouclier qui s’était déjà avéré très utile face aux lance-missiles que Brejnev pointait sur l’Europe de l’Ouest à la fin des années 70 et au début des années 80).
  • Une hostilité à l’Union Européenne qu’elle affichait ouvertement jusqu’en 2017 et qu’elle a entrepris tactiquement de dissimuler depuis 2022 (comme les autres partis européens d’extrême-droite d’ailleurs).
  • Une complicité marquée avec Orban, le dirigeant hongrois qui a fait basculer la Hongrie dans une démocratie illibérale (une démocratie dans laquelle celui qui gagne l’élection s’octroie tous les pouvoirs et se permet de ne pas respecter les limitations constitutionnelles). Cette complicité du RN avec Orban est attestée par la participation de Marine le Pen aux réunions de l’extrême-droite européenne (et de Jordan Bardella à leur sommet de Budapest en 2022).
  • Une jonction avec Trump. Trump et Marine Le Pen sont en réalité, avec Orban et Nigel Farage (Monsieur Brexit au Royaume-Uni), les pions majeurs dont s’est doté Poutine au sein même de nos pays démocratiques. Après que Trump eut été élu fin 2016, Marine Le Pen avait sollicité d’être reçue par lui. Si cela n’eut pas lieu, ce fut uniquement parce que Trump jugea que cela ne correspondait pas à son agenda. Et à mesure que le scrutin de début novembre s’approche, Trump nous annonce à la fois qu’il n’entend pas respecter totalement les institutions républicaines des Etats-Unis et il nous annonce aussi qu’il entend abandonner l’Ukraine à son ami Poutine.

Au total, une machinerie diabolique est en place : en s’obstinant à refuser toute limitation des flux migratoires, on propulse le RN qui, s’il parvenait au pouvoir, s’emploierait assez vite à séparer la France de ses alliés naturels (les autres pays de démocratie libérale), pour la rapprocher de l’axe des dictatures totalitaires « Moscou-Pékin-Téhéran-PyongYang » (comme cela est déjà le cas depuis plusieurs années pour la Hongrie de Orban). 

Voilà pourquoi au premier tour, il s’agit de rejeter le RN et LFI et pourquoi le vote en faveur des partis du Centre est la meilleure option.

Jean Francart (20 juin 2024)

Chère Claire, 

Merci pour tes remarques. Merci à tous ceux qui ont pris aussi la peine de faire connaître leurs position. Le résultat de ce dialogue est de m’obliger à plus de précisions.Oui, j’ai appelé à voter au centre. Mais au 2 ème tour des prochaines législatives, certains cas particuliers me pousseraient à voter différemment.

Je pourrais par exemple voter pour un candidat du Front Populaire comme Glucksmann malgré la grande déception qu’il a suscitée en moi. Plus généralement, s’il s’agit d’un de ces réformistes naïfs qui ont accepté l’étiquette et le programme « Nouveau Front populaire », je pourrai voter pour lui, s’il fait face à certains candidats RN, même si je trouve moralement honteux, économiquement délirant et politiquement dangereux de faire alliance avec LFI.

A l’inverse je pourrais voter pour un candidat du RN qui se présenterait contre un candidat LFI (au sens strict, et pas le rassemblement Nouveau Front populaire). André a raison : le RN n’est pas révolutionnaire. LFI, l’est. Mon texte ne vaut donc que pour le premier tour. 

Au 2 ème tour, je ne voterai donc en aucun cas pour un candidat LFI représentant dans ma circonscription le « Nouveau Front populaire ». J’examinerai son cas particulier et, malgré mes réticences, je pourrai donc voter RN – et pas seulement m’abstenir –  pour signifier que je refuse le  projet révolutionnaire de LFI en France, sa complaisance avec l’islamisme politique et avec l’agression russe de l’Ukraine.

(Pierre Rigoulot 21 juin 2024)

Depuis que je m’efforce de redéfinir le concept de « raison » pour tenter d’en ressusciter, ne serait-ce que sur le papier,  l’impérativité cognitive et morale,  je m’astreins à faire la différence entre ce qui est raisonnable et ce qui est rationnel.

A ce stade de mes réflexions, la décision de Pierre de soutenir  aux  prochaines législatives le parti centriste plutôt que le gauchiste ou le droitiste me paraît plus raisonnable que rationnelle.

Sa balance des bénéfices/risques me semble en effet incomplète : 

— s’il a raison de faire valoir que la survie du macronisme aurait un moindre coût que l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National ou du Nouveau Front Populaire,  il oublie de se demander si ce faible coût ne suffirait pas à nous être fatal : lente submersion démographique et culturelle de l’Europe par l’islam ; perpétuation du macrono-islamo-gauchisme que le « en-même-temps » centriste engendre ;  renforcement de l’islamo-gaucho-centrisme si,  pour gouverner, le tandem Attal-Macron doit pactiser avec tout ou partie du N.F.P. ; 

— peu ou prou il surestime les risques que le R.N. fait courir à la France et à l’Europe : poids des gudards, des nazis et des fascistes dans le R.N. ? poids du R.N. dans l’appareil d’Etat ? culture anti-totalitaire des derniers et nouveaux électeurs du R.N. ? contre-pouvoirs du Président de la République et des juges ? 

— Il tend à ignorer ou sous-estimer les bénéfices politiques et culturels que peut occasionner l’arrivée au pouvoir d’un parti capable de réunifier une partie des anciens électorats gaulliste, communiste et divers droite ou gauche et capable, pour cette raison,  de privatiser la radio-télévision publique (qui me paraît être la plus importante base arrière de l’islamo-gauchisme) et d’entraîner le ralliement d’une partie des musulmans traditionalistes au panache blanc d’une France à nouveau fière de son passé, sûre de son identité et bravache.

L’homme raisonnable minimise par habitude ses risques de crainte de perdre plus qu’il ne peut gagner.

L’homme rationnel opte pour le risque à chaque fois qu’une analyse méthodique concrète de sa situation concrète (et s’appuyant sur une analyse critique des concepts avec lesquels il analyse sa situation concrète) le persuade qu’il court plus de risques à éviter les risques qu’à les calculer et qu’à les prendre.

Est-il raisonnable ou rationnel  d’appeler à voter Attal-Macron plutôt que N.F.P. ou R.N. ?

A chacun d’en juger en faisant le calcul exact, complet  et sincère de sa balance bénéfices/risques d’homme, de parent, de grand-parent mais aussi de citoyen.

(Jean-Pierre Airut, 25 juin 2024)

22 Juin 2024


Le RN: un parti républicain mais aussi un adversaire politique  majeur, comme l’est LFI

La décision du Président de la République  de dissoudre l’Assemblée nationale et les conséquences possibles de cette décision, parmi lesquelles la victoire électorale du Rassemblement national, nous poussent à examiner la nature du parti que dirigent Marine Le Pen et Jordan Bardella. S’agit-il, comme certains n’hésitent pas à le dire, d’un parti« fasciste », « raciste » et par conséquent un ennemi de la démocratie libérale ?

Ne s’agit-il pas plutôt d’un adversaire politique (avec lequel on peut  être en accord ou non) dont l’existence et même la victoire sont compatibles avec la vie de notre démocratie libérale?

Ne s’agit-il pas plutôt d’un adversaire politique (avec lequel on peut  être en accord ou non ) dont l’existence et même la victoire sont compatibles avec la vie de notre démocratie libérale?

On remarquera en passant que durant des décennies, le parti communiste français a participé à la vie démocratique, débattant à l’Assemblée nationale et se soumettant à ses votes alors qu’on savait:

1 que sa présence au sein d’une institution parlementaire démocratique était, conformément aux thèses de Lénine, d’abord un moyen de faire connaître ses positions en faveur d’une révolution et d’affaiblir ceux qui souhaitaient s’y opposer.

2  que la victoire dudit PCF conduirait à la mise sur pied d’un nouveau régime politique de type totalitaire, adossé à des Etats ennemis des démocraties. 

Le PCF a pourtant été autorisé. 

Sommes nous devant le même cas de figure? Le RN a participé à la vie parlementaire sérieusement, s’est incliné devant les votes de la majorité. Son comportement a été en conformité avec les règles démocratiques. Comme jadis le PCF. Mieux : il n’a pas, lui, de projets révolutionnaires. Cependant, à considérer ses valeurs et les effets qu’aurait la mise en application des solutions qu’il propose aux problèmes du pays, le RN apparaît indéniablement comme un danger sérieux pour la démocratie libérale. 

Sur le plan extérieur on peut craindre qu’il s’oppose à la poursuite de l’aide à l’Ukraine et continue d’agiter la menace d’une troisième guerre mondiale du seul fait de s’opposer à la puissance expansionniste russe. On peut aussi s’interroger sur la volonté du RN de poursuivre la décolonisation de la Nouvelle Calédonie. 

En ce qui concerne l’Europe, le RN s’oppose toujours à bon nombre des compétences de Bruxelles, au nom de la souveraineté nationale. Or affaiblir l’Europe et ne pas la doter progressivement d’une puissance militaire complémentaire de celle de l’OTAN, face notamment à la Russie poutinienne, est un choix dangereux pour la France.

En ce qui concerne la politique intérieure, le RN se fait le champion de la lutte contre l’immigration. Mais s’il faut en effet tenter de s’opposer à l’immigration clandestine, refuser toute forme d’immigration en Europe alors que celle-ci manque de main d’oeuvre est une absurdité.

Sur le plan intérieur encore, la direction du RN promet de réindustrialiser le pays, de faire baisser l’inflation et le chômage et de restaurer la sécurité. Belles promesses inapplicables. Le coût des différentes mesures proposées par le R.N. se monterait à 120 milliards d’euros par an ! Le déficit public exploserait. Les 30 milliards d’euros que coûterait sa nouvelle réforme des retraites fait d’ailleurs réfléchir les dirigeants du Rassemblement national eux-mêmes, qui ont en conséquence annoncé qu’ils en repoussaient l’application. Il en est de même en ce qui concerne la diminution importante de la TVA sur les carburants, l’électricité, le gaz et le fuel, les exonérations d’impôts sur le revenu pour les moins de 30 ans ou encore la nationalisation des autoroutes. Toutes ces mesures feraient s’envoler la dette. Par celles-ci, le RN répond au mirage d’un (trop) grand nombre de Français  confondant l’Etat et une poule aux oeufs d’or qui refuserait injustement de répondre à toutes leurs demandes.

Les difficultés économiques qui s’en suivront auront pour effet de provoquer rapidement colère et incompréhension. LFI tentera de capitaliser cette colère et l’on peut prévoir de forts mouvements sociaux avec manifestations violentes et grèves, d’autant plus que LFI jouera la carte d’un anti-fascisme obsolète, tout comme elle joue actuellement la carte du concept creux de  l’islamophobie. Dans ces conditions, conformément à ce qui constitue notre référence majeure, la  défense de la démocratie libérale, nous en appelons au ralliement des électeurs au candidat le mieux placé pour n’envoyer à l’Assemblée nationale ni LFI, dont les tentatives d’agitation révolutionnaire, le refus de s’en prendre à la politique poutinienne et le soutien au Hamas nous opposent à lui depuis longtemps, ni le Rassemblement national, dont les propositions conduiront le pays au chaos.

Florence Grandsenne

Vincent Laloy

Pierre Rigoulot

André Senik

13 Juin 2024


09 juin 2024: les élections européennes

Le tsunami que constitue la victoire écrasante du Rassemblement National, tsunami au carré depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, est propre à la France. 

Dans le reste de l’Europe, on constate une poussée des conservateurs et de la droite nationaliste qui, cependant, ne bouleverse pas la répartition des forces au sein du Parlement européen. Sur 720 sièges, l’extrême gauche en totalise 35 (-3 par rapport aux élections précédentes en 2018), les sociaux-démocrates 136 (-13), les écologistes 53 (-25), les libéraux 80 (-28), les conservateurs 188 (+14), la droite nationaliste dans son ensemble 185 (+12).

En tête en Autriche et en Italie, et en Hongrie (où elle recule cependant), seconde en Pologne avec 34 % des voix, seconde en Allemagne, aux Pays-Bas, où la gauche l’emporte, et en Belgique, cette droite nationaliste aura plus de poids encore à Bruxelles, si elle parvient  à s’unir : elle est actuellement répartie en deux groupes différents. 

Il convient enfin de noter la victoire des social-démocrates en Suède et au Portugal.

Cette évolution nationaliste en réaction à l’Union européenne et à la mondialisation est générale dans les sociétés démocratiques.

A nos yeux, l’Europe est pourtant la condition principale de la survie des nations européennes et le repliement souverainiste un fantasme qui conduit à l’impuissance, même sur le plan national.

En plus du pouvoir et de la sécurité qu’elle donne à ses membres, l’Europe présente le meilleur modèle de société du monde sur tous les plans. 

Reste à trouver la solution de son problème majeur : comment intégrer les catégories victimes de la modernité et de la mondialisation qui votent pour les nationalistes ?

H&L 13 juin 2024

13 Juin 2024