« Jean-Paul Sartre et l’URSS » : un éclairage pour comprendre le rapport des Français à Vladimir Poutine

L’institut d’histoire sociale et les Amis d’Histoire & Liberté sont heureux de vous inviter vendredi 18 octobre de 18h à 20h au Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre (Paris 1er) à une rencontre avec Cécile Vaissié, professeur à l’Université Rennes 2, auteur notamment des Réseaux du Kremlin en France (éd. des Petits matins) et de Sartre et l’URSS (Presses universitaires de Rennes).


Elle nous expliquera en quoi le rapport de Sartre à l’URSS aide à éclairer et comprendre, aujourd’hui encore, le rapport de nos compatriotes à la Russie, et à repérer les motivations des soutiens et des adversaires de Poutine, dans la guerre que mène le Kremlin contre l’Ukraine.

8 Oct 2024


Par  Desk Russie

Le colloque se déroulera à l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne (au 17 rue de la Sorbonne, Paris) le samedi 5 octobre 2024, de 9 heures à 18 h 45.

Desk Russie, avec Sorbonne Université et son laboratoire SIRICE, organise un colloque « Chine-Russie : affinités et différences ». Ce colloque réunira des spécialistes de la Russie, de la Chine et des relations internationales, pour parler de la collusion économique et politique entre deux régimes, des facteurs de leur stabilité et fragilité, de leurs nationalismes respectifs et de leurs visées impérialistes.

L’inscription est obligatoire.

PROGRAMME

Matinée : 9 h – 13 h

Introduction : Olivier FORCADE

Première table ronde : « Collusion économique et politique entre deux régimes dictatoriaux »

Rapporteurs :

Emmanuel VÉRON. Chine-Russie : les dessous d’une entente sans limites ? Économie, diplomatie et dimension stratégico-militaire.

Pierre ANDRIEU. Malgré leur affichage avantageux, les relations russo-chinoises sont ambivalentes, empreintes de défiance et très déséquilibrées au profit de Pékin. La Russie
est en passe de devenir un État vassal de la Chine.

Modération : Gallagher FENWICK

Deuxième table ronde : « Facteurs de stabilité et de fragilité des deux régimes »

Rapporteurs : 

Jean-Philippe BÉJA. Cyber-surveillance, élimination de la société civile, suprématie du Parti, concentration du pouvoir sans précédent : Xi Jinping a-t-il découvert l’élixir d’immortalité ?

Françoise THOM. Le régime poutinien : forces et faiblesses.

Modération : Marie HOLZMAN

Pause déjeuner : 13 h 15 – 14 h 15
Après-midi : 14 h 30 – 18 h 45

Troisième table ronde : « Politique d’expansion et méthodes de projection de la puissance »

Rapporteurs : 

Jean-Sylvestre MONGRENIER. L’axe sino-russe et ses prolongements : de la difficulté à nommer le réel.

Jean-Maurice RIPERT. Objectifs, cibles et moyens des stratégies d’influence et de pression de Moscou et Pékin.

Cédric MERLE. La civilisation écologique chinoise sur la scène mondiale : cheval de Troie idéologique du PCC ?
Modération : Jean-François BOUTHORS

Quatrième table ronde : « Nationalismes russe et chinois et leur obsession anti américaine »

Rapporteurs : CHEN YAN. Nationalisme, populisme, anti-occidentalisme, obscurantisme ou anti-intellectualisme ?

Comment qualifier l’idéologie officielle de l’époque de XiJinping ?

Laure MANDEVILLE. L’impérialisme russe et son combatcontre l’Occident.

Laurence SAINT-GILLES. Les relations sino-russes vues deWashington.Modération : Galia ACKERMAN 

Conclusion : Philippe de LARA

3 Oct 2024


Pourquoi donc Jean-Luc Mélenchon fait-il la courte échelle à Marine Le Pen ?

La démarche stratégique de JLM semble incompréhensible : lui qui se présente comme « le grand chevalier anti-RN » se lance dans une démarche politico-institutionnelle qui, en cas de réussite, assurerait de facto à MLP un accès triomphal à l’Elysée. JLM lui-même sait fort bien qu’une élection présidentielle précipitée aboutirait à un triomphe de MLP. Par quelle démarche s’est-il donc lancé dans cette campagne qui vise la démission de Macron ?

Nous écartons les hypothèses d’ordre psychologique selon lesquelles JLM agirait par pure stupidité ou par mégalomanie.

Si JLM est néfaste, il n’est pas pour autant stupide. Il a au contraire maintes fois manifesté une habilité politique certaine, ne serait-ce qu’en obtenant depuis 2022 la soumission du PS aux Insoumis.

Et l’expérience prouve que sa mégalomanie ne le rend pas aveugle.

Les explications psychologiques ne sont donc pas pertinentes. Cela nous amène à chercher une réponse d’ordre politique à ce qui se présente comme une formidable énigme.

Une première hypothèse d’ordre politique serait que JLM aurait pris une option nihiliste. JLM développerait le chaos politique en France parce qu’il détesterait l’ordre établi et qu’il serait ravi d’un chaos permanent en France. L’itinéraire politique de JLM ne cadre pas du tout avec cette hypothèse. JLM n’a jamais été ni anarchiste ni nihiliste. Il a été formé politiquement par le trotskisme (et plus précisément par le dirigeant trotskiste Lambert, dont l’émanation politique fut l’OCI, devenue depuis 2008 le POI (Parti Ouvrier Indépendant). Les analystes politiques connaissent l’antagonisme absolu qui existe entre les deux courants d’extrême-gauche : les trotskistes détestent les anarchistes et réciproquement.

Cette première hypothèse ne tient donc pas la route.

Une deuxième hypothèse d’ordre politique est souvent évoquée. JLM porterait MLP au pouvoir pour qu’il en devienne sans délai le premier opposant. Un premier opposant auquel les autres forces d’opposition seraient contraintes de se soumettre. Et JLM se serait persuadé qu’il l’emporterait alors dans le grand duel qu’il livrerait à MLP. Nous écartons aussi cette hypothèse.

La stratégie politique française adoptée par JLM contredit cette hypothèse : JLM et ses lieutenants ne cessent de répéter qu’ils visent à conquérir essentiellement deux segments de la population : la population des banlieues et la population des jeunes diplômés supérieurs. Ils manifestent ainsi qu’ils ont renoncé à ce que LFI puisse un jour devenir majoritaire dans le pays. C’est d’ailleurs ce que François Ruffin vient de lui reprocher publiquement dans son dernier livre au titre éloquent « Ma France en entier, pas à moitié ».

Le comportement sectaire de LFI tant à l’égard de ses alliés de NFP qu’à l’égard des partis centristes ne prépare absolument pas non plus JLM à se faire accepter comme celui qui, en cas de victoire présidentielle de MLP, dirigerait un vaste front uni anti-MLP.

Enfin, le vieux politicien qu’est JLM sait fort bien que MLP, une fois installée à l’Elysée, imitera son ami Viktor Orban (Hongrie) : elle se donnera les moyens d’empêcher toute alternance politique. Les projets du RN, révélés par Jordan Bardella en juin 2024, de privatiser les chaînes de télévision publiques et de supprimer le Conseil Constitutionnel nous donnent des indications significatives de ce qu’entreprendrait MLP en cas d’accession à l’Elysée.

Au total, cette deuxième hypothèse ne tient donc pas non plus la route.

La formation trotskiste de JLM nous amène à nous rallier à une troisième hypothèse, beaucoup plus crédible. Les trotskistes autrefois se mobilisaient contre le capitalisme, contre l’impérialisme américain et contre la démocratie parlementaire (en la jugeant « formelle » et en la dénonçant comme un « leurre » destiné à égarer le prolétariat). Ils ont certes abandonné la lutte contre le capitalisme dans la mesure où désormais tous les pays (à la seule exception de la Corée du Nord) l’ont adopté. Même la Chine, la Russie et l’Iran l’ont adopté.

Les trotskistes ont conservé le reste de leur programme initial. L’hostilité des trotskistes aux Etats-Unis demeure intacte tout comme leur hostilité à la démocratie parlementaire. Mélenchon continue à s’opposer explicitement à « l’impérialisme américain ». Et cette obsession antiaméricaine se combine avec son hostilité (maintenue cachée au public) à la démocratie parlementaire pour aboutir à un objectif qui est central à ses yeux, celui de faire sortir la France du camp des pays démocratiques dirigé par les Etats-Unis.

Jean-Luc Mélenchon sait fort bien qu’en affaiblissant « le camp américain », il renforce mécaniquement « le camp antiaméricain », ce camp antiaméricain qui en réalité coïncide parfaitement avec le club des dictatures totalitaires (Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Corée du nord, Venezuela, Cuba, …). Mais en tant que trotskiste, cela ne le gêne absolument pas.

C’est donc cette troisième hypothèse que nous privilégions absolument.

A ce stade, une remarque importante s’impose. Le RN et LFI semblent s’opposer sur tous les points. Cela n’est absolument pas le cas. Si la question immigratoire et la relation à l’Islam continueront toujours à opposer diamétralement MLP et JLM, il y a un point majeur qui restera commun à ces deux leaders : leur détestation de la démocratie libérale et leur attirance avérée pour le modèle de la
démocratie illibérale (proximité de MLP avec la Hongrie de Orban et avec la Pologne quand elle était dirigée par le PiS) ou pire encore pour le modèle de la dictature totalitaire (proximité de MLP avec Poutine ; proximité de JLM avec Maduro, avec Cuba et avec leur parrain Poutine).

C’est ainsi que Le RN et LFI peuvent en réalité converger sur un point qui est majeur : faire sortir la France du camp des pays démocratiques. Ce qui concrètement se traduit par sortir la France de l’OTAN et de l’UE. C’est cette conclusion commune à MLP et à JLM qui n’a pas manqué d’attirer depuis assez longtemps l’attention de Poutine et du KGB.

Les dirigeants actuels des grandes dictatures totalitaires (Poutine, Xi, Khamenei) ont compris que le seul risque qui demeure pour la survie de leur régime vient de ce que, à l’extérieur de leurs territoires, les pays démocratiques réussissent à maintenir compatibles la liberté et la prospérité. C’est ainsi que Poutine, pour protéger complètement sa dictature totalitaire, a entrepris d’agresser et de déstabiliser les pays européens démocratiques en envahissant l’Ukraine.

Dans cette optique, Poutine et le KGB se sont employés à tisser des liens avec des personnalités politiques ou avec des partis politiques situés à l’intérieur même des pays démocratiques.  Le cas de Trump aux Etats-Unis est bien connu. Celui de Nigel Farage au Royaume-Uni aussi. La ligue du nord de Salvini en Italie, le FPO en Autriche, l’AFD en Allemagne, autant de partis qui ne cachent pas leur option pro-russe et qui sont prêts à s’inscrire dans des manœuvres souhaitées par Moscou.

La France n’échappe pas à ce « réseau Poutine ». Celui-ci y dispose même de deux atouts politiques distincts, Marine Le Pen à l’extrême- droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême-gauche.

Marine Le Pen est particulièrement complaisante avec Poutine : elle s’est déplacée en Crimée en 2015 pour y valider et pour y célébrer l’invasion de la Crimée par la Russie, un déplacement dont elle refuse encore de s’auto-critiquer ; à la veille de la présidentielle de 2017, elle a été reçue officiellement à Moscou par Poutine afin de lui conférer « une stature internationale ». Elle célèbre la relation privilégiée avec Orban en Hongrie, lui-même allié notoire de Poutine.

Jean-Luc Mélenchon est complaisant avec Poutine et s’abstient de le critiquer ; il apprécie et il soutient Maduro et le régime cubain, deux régimes qui de longue date sont des pays parrainés par Poutine.

Pendant des années, JLM a célébré publiquement le régime dirigé par Chavez puis par Maduro comme « un régime qui montre la voie à suivre ». Face à l’énorme scandale politique international qu’a constitué la négation par Maduro, à une échelle jamais vue, du résultat des élections récentes au Venezuela, tous les gouvernements des pays démocratiques ont condamné cette violation à grande échelle des règles élémentaires de la démocratie, tous les gouvernements d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Chili, la Colombie et même le
Brésil de Lula) ont désavoué publiquement la violation de la démocratie au Venezuela. JLM, quant à lui, a choisi de rester muet sur le crime anti-démocratique qu’a commis son ami Maduro. JLM a accepté ainsi délibérément de ternir son image politique en France pour mieux servir le camp antiaméricain. Cela nous révèle ce qui compte pour Mélenchon : il était plus important pour lui de protéger Maduro et ses parrains (Poutine, Xi Jinping) que de soigner sa propre image politique en France.

Pour confirmer le tout, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont condamné que du bout des lèvres l’invasion de l’Ukraine par Poutine en février 2022. Ils manifestent tous les deux une grande inertie voire une hostilité discrète, tant à Paris qu’à Bruxelles, lorsqu’il s’agit du soutien militaire et financier à l’Ukraine.

En 2017, Poutine et le KGB disposaient déjà de ces deux cartes d’atout. Mais ils avaient commis une grossière erreur tactique en tentant d’associer le RN et LFI autour d’une thème programmatique qui leur était alors commune et qui s’inscrivait par ailleurs dans la stratégie anti-UE de Poutine : développer en France une opposition politique à l’euro et à l’UE. Il a même alors été mentionné qu’un certain Jacques Sapir avait effectué des navettes entre le N°2 du RN (Florian Philippot) et LFI pour mieux faire converger leurs programmes électoraux.

Cela n’avait pas fonctionné : les deux partis s’étaient positionnés sur l’échiquier politique français en opposition trop diamétrale pour qu’ils puissent se permettre de formaliser publiquement un début de rapprochement politique entre eux. Cette première démarche du KGB pour déstabiliser la France échoua assez largement. MLP, JLM et le KGB avaient de toute façon sous-estimé l’attachement des électeurs à l’idée européenne. Après 2017 d’ailleurs, MLP abandonna son positionnement anti-UE et anti-euro qui ne lui avait pas réussi. Très vite après, elle se sépara de Florian Philippot.

En 2024, Poutine et le KGB semblent avoir compris qu’il était plus astucieux pour eux de jouer leurs deux cartes non pas en les ajoutant mais en les combinant. Il suffit que JLM, ignorant délibérément le risque RN, harcèle Macron, les marconistes et les centristes pour qu’il assure le triomphe prochain du RN.

Un peu comme en Allemagne au début des années 30, il avait suffi à Staline de pousser le Parti Communiste allemand à harceler frontalement les sociaux-démocrates comme si le risque nazi n’existait pas, pour que le Parti Communiste Allemand assure indirectement la victoire électorale des nazis fin 1932. Une victoire électorale qui permit ensuite à Hitler d’instaurer une dictature totalitaire.

Que sa démarche récente visant la démission de Macron contribue à installer Marine Le Pen à l’Elysée, ne dérange donc vraiment pas le trotskiste que demeure Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen à l’Elysée, cela présenterait à ses yeux « l’immense mérite » que la France retire son soutien à l’Ukraine, que la France prenne ses distances avec Washington, Londres et Berlin et qu’elle se détache de l’OTAN, que la France se rapproche officiellement de Poutine et que ce rapprochement lui-même torpille la survie de l’UE. Tout cela serait en réalité une satisfaction suprême pour celui qui est resté un trotskiste internationaliste impénitent.

Jean Francart,

le 24 septembre 2024

30 Sep 2024


Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Programmation artistique riche et éclectique ces 14 et 15 septembre à la Fête de L’Humanité : Calogero, Louise Attaque, MC Solaar, Angélique Kidjo et beaucoup d’autres chanteurs et groupes musicaux parmi lesquels certains détonnent notablement : HEUSS L’ENFOIRE, KALASH CRIMINEL, LES VULVES ASSASSINES, VOYOU, VLADIMIR CAUCHEMAR …

CAUCHEMAR se dissimule sous un masque à tête de mort, VOYOU joue un personnage, LES VULVES ASSASSINES en veulent à mort à ladite extrême droite, KALASH CRIMINEL, lui,« fustige de son verbe cru, dru, la rude condition imposée aux cités populaires » (L’Humanité, 1er mars 2019). Il vivait alors à Sevran.

Le rappeur franco-congolais s’est fait connaître en 2018 sur les réseaux sociaux avec son clip « Cougar gang » moquant sans détour le couple présidentiel. D’où succès (deux millions de vues !), fortune, déménagement et créations d’entreprises fort rentables (disques, parfums, vêtements), qui lui permettent de soutenir des associations de lutte contre la pauvreté …Sa « réussite » et sa générosité font, paraît-il, la fierté de son ancien quartier. Il y revient, de temps en temps, pour tourner des clips d’épouvante : lui et ses potes, tous en cagoule et en

treillis, couteau ou kalachnikov (des vraies ?) en main, hurlant « Sauvages ! Sauvages ! Sauvages ! » ou « T’es mort, t’es mort, t’es mort ». « Ce que je dis est violent parce qu’on vit dans un monde violent … je retranscris » explique-t-il (22/11/2018) à l’AFP, laquelle salue « sa rage sur fond d’histoires de violence et de sexe, avec talent et second degré » (bien sûr !)

Ses fan’s prennent feu et flamme sur les « réseaux » : « Les autres menacent avec un pistolet et lui,  il menace avec une grenade » – « Quand j’écoute Kalash, j’ai envie de braquer mon voisin » -« On l’écoute en New Calédonie » – « Sauvagerie absolue » – « Roi des sauvages comme Attila », etc., etc..

KALASH a des amis choisis : « Je connais très bien Hadama Traoré, un ex-rappeur. J’ai enregistré mes premiers sons dans le studio qu’il fréquentait, à Saint-Denis. Il avait adoré mon rap » (Le Parisien , 19/11/2018).

… Voilà les gens que met en scène L’Humanité, par rivalité électorale avec l’intempérant Mélenchon : de faux rebelles mais vrais porteurs de haine raciale (ici anti-Blancs), des individus sans scrupules, arrivistes et cyniques qui « racisent » les habitants des banlieues et les auto-stigmatisent. Au moment même où la France est endeuillée et révoltée contre la succession d’agressions et de meurtres envers des enfants, des gardiens de la paix, des agents municipaux, des soignants, de simples passants …

« Mes frères pourraient te le dire, depuis petit je tabasse

Mon côté sauvage a pris le dessus, mec dangereux et tenace »

(KALASH CRIMINEL, single « Enterrez-les », 2017)

« Je rêve de la démocratie

Mais j’ai un comportement dictateur »

(« T’es mort », 2017)

« Le respect c’est quand tout le monde se tait quand je parle » (KALASH)

(KALASH aime se faire photographier assis sur un trône, comme le tyrannique Mobutu.)

D’une certaine façon, à rebours du vrai respect, celui des subordonnés envers les autorités légitimes, et réciproquement, les irresponsables de la Fête de L’Humanité  continuent à vénérer la violence et la domination, germes de totalitarisme. 

Guy Barbier, le 13 septembre 2024 

12 Sep 2024


Réponse à: RN et LFI : Quelle immigration peuvent-ils? Quelle immigration veulent-ils?

Cher Pierre,

Je te remercie pour la réponse que tu as rédigée et qui m’a beaucoup intéressé.

 Avant de te répondre sur le fond du sujet, je tiens à formuler quatre précisions :

1) Quand je parle de l’immigration, je parle non pas de la population issue des flux immigratoires antérieurs mais, comme la plupart des analystes d’ailleurs, du flux immigratoire. 

2) Ce n’est pas parce que le RN dit NOIR sur un sujet qu’il faut nécessairement dire BLANC sur le même sujet. Une attitude que l’on peut qualifier de contrepied systématique. Ce n’est pas parce que le RN accepte le droit à l’avortement qu’il nous faudrait combattre le droit à l’avortement. Ce n’est pas parce que le RN est favorable à l’énergie nucléaire qu’il nous faudrait nous y opposer. Ce n’est pas parce que le RN est hostile au wokisme qu’il nous faudrait nous y rallier. Ce genre de positionnement mécanique est ridicule et contreproductif. Il interdit tout débat constructif 

Tu auras remarqué que LFI ne justifie en aucune façon son hostilité au RN par le modèle politique dont celui-ci est porteur : celui d’une démocratie illibérale comme celle que maintient depuis 2010 en Hongrie Victor Orban (le grand ami de Bardella, de MLP et du RN), ou celui d’une dictature totalitaire comme celle qui prévaut à Moscou depuis 2012. LFI se garde aussi de justifier son hostilité au RN pour ses alliances internationales. 

Au total, l’hostilité de LFI au RN est relative au seul programme du RN en matière de migrations. Une fois cela fait, LFI vient jouer ensuite du contrepied systématique : quiconque exprime une inquiétude sur l’ampleur du flux immigratoire et sur ses divers impacts négatifs se voit ostracisé par LFI comme étant pro-RN. J‘ai eu moi-même l’occasion de le constater personnellement en discutant récemment avec des partisans de LFI.

3) Par ailleurs pour ma part, je refuse de considérer le RN comme dédiabolisé. MLP s’est livrée depuis plusieurs années, à une grande opération de communication en ce sens mais je n’en suis pas dupe du tout. Il demeure beaucoup trop de personnages sulfureux, racistes et antisémites, dans l’entourage immédiat de MLP et de Bardella pour admettre une véritable dédiabolisation du RN.

4) Il est indispensable que chacun clarifie ce qui constitue son opposition principielle au RN. Pour ma part, mon opposition qui est principielle au RN est basée d’abord et avant tout sur le modèle politique dont il est porteur et qu’il manifeste à travers ses proximités internationales : proximité avec Orban, proximité avec Salvini (plutôt qu’avec Meloni) en Italie, proximité avec Trump aux Etats-Unis (avant comme après son coup d’Etat de janvier 2021), proximité avec Poutine (avant comme après l’invasion de l’Ukraine en février 2022). En cas de victoire électorale absolue (victoire à la présidentielle et majorité absolue à la Chambre des députés), le RN, parvenu au pouvoir, ne manquerait pas de porter atteinte à nos traditions démocratiques et d’embarquer, par toutes sortes de réformes institutionnelles, notre pays dans le sillage de son allié Orban, vers une démocratie illibérale. 

C’est ce qui s’est confirmé dans la très courte période entre les européennes et le premier tour des législatives quand Bardella, trop assuré d’un triomphe prochain du RN aux législatives, a soudainement levé le masque et annoncé entre autres choses le projet RN de privatiser les chaînes publiques et de remettre en cause le Conseil Constitutionnel.

Une fois ces quatre précisions apportées, je me pose la question que chacun devrait se poser : qu’est ce qui est à la base des succès électoraux répétés et croissants du RN ?

J’observe qu’une grande partie de nos concitoyens s’inquiète, très légitimement, du terrorisme islamiste (celui de l’Etat islamique mais aussi celui, plus diffus, qui a assassiné un prêtre, des professeurs, de nombreux militaires, gendarmes et forces de police et qui cible et attaque la communauté juive à répétition). Les attentats au couteau qui se multiplient en France (et ailleurs en Europe) finissent par devenir synonymes d’ attentat islamiste, tellement souvent l’enquête aboutit en pareil cas à conclure à une inspiration islamiste.

De même, une grande partie de nos concitoyens s’inquiète légitimement de l’insécurité qui prévaut dans les zones où la population issue de l’immigration est devenue majoritaire (cas extrêmes :  celui de l’attaque d’un commissariat de police de banlieue ou celui des émeutes urbaines simultanées de juin et juillet 2023). 

Ces mêmes citoyens s’inquiètent des atteintes répétées à la laïcité dans nos écoles publiques et dans nos hôpitaux publics et des campagnes organisées par les islamophiles pour le droit à porter la burqa dans la rue, pour le port du voile à l’école, pour le port de l’abaya à l’école…

Peut-être à tort, peut-être à raison (qui peut le dire puisque les études à caractère ethnique restent prohibées en France depuis 1945), ces nombreux citoyens établissent alors un lien entre les évolutions évoquées ci-dessus d’une part et d’autre part la proportion très rapidement croissante dans la population totale de la population qui est issue de l’immigration. Ils en concluent que restreindre davantage, d’une façon ou d’une autre, le flux immigratoire serait une bonne chose parce qu’elle limiterait ces évolutions dévastatrices.

Assez normalement, ces citoyens regardent alors quel parti se manifeste le plus proche de leurs inquiétudes et de leurs souhaits. LFI leur tourne complètement le dos car elle se réjouit publiquement du flux immigratoire (depuis 2022, Mélenchon se réjouit publiquement de la créolisation) et elle s’oppose à la Chambre à toute proposition visant à restreindre le flux immigratoire. Les partis de gauche (PS, PCF, écologistes) sous la menace d’être ostracisés par LFI s’interdisent eux aussi de soutenir tout projet de restriction du flux immigratoire. Quant aux partis macronistes ou aux partis de droite, ils se montrent très prudents en cette matière par peur d’être eux-mêmes ostracisés comme pro-RN par LFI et par la gauche et aussi par certaines organisations humanitaires. Malheureusement pour nous, ces citoyens inquiets font alors la constatation que le RN est de très loin le parti le plus ardent à restreindre le flux immigratoire. 

Les partis hors RN ont eu l’immense tort de laisser au RN l’exclusivité de la restriction du flux immigratoire. Pire même, ils ont fait en sorte d’occulter le plus possible cette question : un débat démocratique sur l’ampleur du flux immigratoire est pourtant tout aussi justifié qu’un débat démocratique sur l’énergie nucléaire ou sur la parité hommes/femmes.

En laissant au RN l’exclusivité de la question migratoire, on a l’a laissé capitaliser électoralement le mécontentement lié aux conséquences d’un flux immigratoire excessif. Le vote RN ne cesse d’augmenter d’élection en élection. 

Si la France continuait à rester passive à l’égard du flux immigratoire, elle se placerait donc dans la pire des configurations : le flux immigratoire, en restant trop conséquent, amplifierait les problèmes évoqués, ce qui offrirait demain un ascenseur électoral au RN jusqu’à lui assurer un triomphe où il emporterait à la fois la présidentielle et la majorité absolue à la chambre. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons échappé de peu au début de l’été 2024 ; la tactique de désistement réciproque entre partis non-RN a permis d’éviter le pire.  Mais quid si le vote RN devait continuer à progresser ?

J’espère t’avoir répondu cher Pierre et j’espère aussi avoir mieux fait comprendre l’intérêt de ma proposition. Elle me paraît indispensable si l’on veut vraiment empêcher le RN de parvenir au pouvoir et de nous imposer ensuite son projet de démocratie illibérale.  

 Jean Francart, le 26 août 2024

6 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


 Le vrai problème, pour cette élection, est que ni les uns ni les autres, jusqu’à présent, n’ont voulu dévoiler clairement leurs perspectives et leurs propositions.

Kamala Harris et Tim Walz ont des biographies politiques marquées à gauche, et même à la gauche la plus radicale. Elle en tant que procureur, puis sénateur de Californie, lui en tant que gouverneur de l’Etat du Minnesota.  Ils ont soutenu toute la gamme du socialo-wokisme et ses résultats : police démoralisée, enseignement public en faillite, invasion migratoire sur le Rio Grande, abolition de la notion de genre (Walz a ordonné aux écoles publiques du Minnesota de mettre des serviettes hygiéniques dans les toilettes des garçons, au cas où…). Il y a aussi toute une politique « d’énergie verte » qui nuit à l’indépendance énergétique que le pays connaissait sous Trump, la baisse du pouvoir d’achat, l’inflation, l’endettement à perte de vue pour des générations, ces difficultés grandissantes étant bien entendu, autant  d’avantages concédés à nos adversaires russes, chinois, perses et autres.

Kamala Harris bénéficie d’un avantage qu’on aurait pu facilement anticiper.  L’électorat américain depuis longtemps exprimait un manque d’enthousiasme pour les deux fâcheux Trump et Biden, et pensait depuis 2020 qu’il serait raisonnable de tourner la page des années de guerre civile verbale et de proposer des hommes nouveaux.  Contre Biden, Trump avait toutes les chances de gagner l’élection car il était de toute évidence « centriste » dans ses positions (sinon dans son comportement), tandis que Biden était de plus en plus visiblement le prisonnier le l’extrême gauche de son parti. Celui-ci, d’ailleurs, était de plus en plus prisonnier de ses gauchistes.  Mais les Démocrates ayant réalisé un coup d’Etat contre leur propre tête de liste – du jamais vu en Amérique et un très mauvais signe pour la démocratie libérale dont les Démocrates ne cessent de dire qu’elle est menacée par la droite -, reste Trump à qui bien des électeurs auraient préféré dire merci et au revoir. La démocratie étant toujours un peu démagogique, Harris-Walz, contre toute évidence, apparaissent « nouveaux », permettant ainsi de prétendre que ce sont eux les centristes modérés et respectueux des institutions. Et tant pis s’ils ont affirmé dans un passé très récent qu’il fallait, par exemple, donner au législateur un pouvoir de surveillance (et de veto) sur la branche judiciaire et en particulier sur la Cour Suprême…

L’important, donc, est de savoir si, quand les sottises de l’été auront cessé et quand la campagne électorale sera dans sa phase finale, les Républicains et l’équipe Trump-Vance sauront convaincre les Américains qu’ils représentent le parti de la prudence — défense des institutions, politique étrangère sérieuse, attitude normale envers la biologie –, ou s’ils succomberont  aux  tentations de l’invective et ne récolteront alors que les raisins de la colère.

Roger Kaplan

Journaliste à The American Spectator

le 15 août 2024

17 Août 2024


Il y a normalement quelques semaines de sottises verbales après les assemblées d’investiture des candidats à la présidence, qui se tiennent en juillet ou en août, Puis, à la fin de l’été marquée par le Labor Day, qui tombe le premier lundi de septembre pendant le dernier tournoi de tennis du grand chelem à New York et les fêtes juives (qui cette année commencent début octobre), a lieu le sprint final qui aboutit le « first Tuesday after the first Monday » de novembre – ce sera le 8 cette année – suivi d’un vote pour choisir les membres du collège électoral, lequel, à son tour, en décembre, normalement, procédera à un vote qui sera certifié par le Sénat (normalement en janvier). Le mandat du nouveau président commencera alors, dès son intronisation, deux semaines après… normalement.

L’époque étant anormale, qui peut dire que ce calendrier sera suivi? Pour le moment, il tient bon. Mais en ce mois d’août, on donne très peu dans le sérieux.  Il y eut d’abord des défis réciproques à propos des débats qui devaient être programmés. Pour le moment il semble que le champion républicain (D. Trump) et la championne démocrate (K. Harris) sont d’accord pour organiser trois débats télévisés en septembre, mais il faut se méfier : ça peut changer ! Une question inutile de Trump sur l’ascendance raciale ou tribale de Mme Harris a ouvert la porte à des accusations de racisme, usées depuis longtemps alors qu’on sait très bien que Trump n’est pas raciste mais qu’il utilise volontiers un langage parsemé de blagues ethniques (« ethnic jokes ») qui, en plus d’être d’un gout douteux ont le défaut de souligner son âge (78 ans) dans la mesure où la forme en est plutôt désuète, alors que son adversaire, ayant remplacé le Vieux Biden après avoir assuré jusqu’à la veille de son désistement qu’il était « en pleine forme », joue maintenant (à 59 ans) la carte de la jeunesse. 

C’est idiot mais normal pour l’été. Toutefois il faut remarquer que les « boss » Démocrates ont profité de ce qu’on nomme la silly season (la saison bête) pour opérer un « coup d’Etat » (comme disent les Républicains) en remplaçant Biden par son vice-président sans demander leur avis aux électeurs des primaires de leur parti; Biden lui-même voulait maintenir sa candidature – ce qui pose une première question à faire peur: s’il n’est pas en état (physique et mental) d’être candidat, est-il prudent qu’il garde la main sur les codes nucléaires jusqu’en janvier? Et cette autre : son état de santé a-t-il été caché aux Américains depuis 2020?  Mais alors qui gouverne, sinon des « putschistes » se présentant comme sa famille, son entourage, ses ministres…? 

Il y eut ensuite des échanges d’insultes entre les candidats à la vice-présidence, J. D. Vance sur la liste républicaine, Tim Walz sur la liste démocrate, à propos de leurs années de service militaire, sans toucher du tout à ce que sont, de fait, leurs positions face aux défis internationaux.

Or il est certain que ces défis posent des questions auxquelles les Américains doivent avoir des réponses.  Trump et Vance se contentent de rappeler que sous l’administration Trump le monde n’était pas en guerre, et que les politiques munichoises et peu cohérentes de Biden, et par association de Harris, ont mené le monde au bord de l’abime.  

Car il n’est pas faux de dire que le désordre va croissant, et il est vrai que déjà sous l’administration Obama la politique des Etats-Unis envers l’Iran encouragea le régime des mollahs à soutenir les agressions contre Israël et la liberté de navigation.  Obama avait donné l’ordre de débloquer des milliards mis sous séquestre dans le cadre d’un embargo visant a stopper le développement d’une arme nucléaire islamo-iranienne.  De façon plus générale, il avait ouvert une diplomatie de « détente » que les Perses ne lui rendirent pas. Bien au contraire, ils redoublèrent leur soutien aux Hamas, Hezbollah, et autres Houtis.  Depuis quelques temps on assiste aussi à une recrudescence des activités de « l’Etat islamique », sans parler de l’abandon honteux de la campagne pour donner a l’Afghanistan une chance de sortir de l’emprise des talibans.  

Il y a aussi la guerre en Ukraine et l’immigration, pour ne pas dire l’invasion en cours via le sud-ouest américain, et les budgets de la défense en chute libre. La Chambre des représentants a voté en juin le budget Défense de 2025, avec des augmentations par rapport a presque tous les budgets depuis le gouvernement Reagan: manoeuvre politicienne mais d’où l’on peut tirer un certain soulagement. Il faut quand même savoir que, dans le contexte de l’inflation et des années de pénurie, la Défense américaine est sérieusement en retard sur plusieurs dossiers, l’un des plus inquiétant étant l’augmentation de la puissance navale chinoise.

Si Biden n’a pas  de quoi se vanter de sa politique étrangère, il faut reconnaître que la montée des périls aurait eu lieu même si Trump était resté aux affaires en 2020. Il y a dans le monde, qu’on le veuille ou non, des mouvements et des Etats totalitaires qui vouent une haine implacable à l’Occident.

Roger Kaplan,

journaliste à The Américan Spectator

le 15 août 2024

15 Août 2024


La société nord-coréenne bougerait-elle?

La Corée du Nord ou plutôt sa direction, fait parler d’elle : signature d’un accord avec la Russie poutinienne sur des échanges de matériel et d’informations d’ordre militaire, poursuite des essais balistiques, pressions sur la DMZ, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées.…La guerre en Ukraine ne concerne pas seulement l’Europe. Par l’aide que la Corée du Nord apporte à la Russie sous la forme d’obus et de missiles anti-chars, aide qui suscite de la part de la Corée du Sud la menace d’une aide possible de sa part à l’Ukraine, on sent qu’est dépassé le simple niveau d’une guerre localisée. A 9 000 km de Kiev les deux parties de la péninsule coréenne qui se font face depuis plus de 7 décennies s’impliquent de plus en plus dans le conflit qui fait rage à l’est de l’Europe. Le Sud accroît le long du 38 ème parallèle qui le sépare du Nord la diffusion de discours hostile au régime totalitaire du Nord et des groupes de réfugiés du Nord vivant au Sud envoient des ballons au dessus de la DMZ vers le Nord, avec des clefs usb contenant de la musique pop’ du Sud. La réponse méprisante de Pyongyang qui envoie des ordures et diverses déjections au Sud,  cache mal  son inquiétude. Malgré la fermeture totale de la frontière sino-nord coréenne, malgré le brouillage des chaines de radios et de télévision, le Nord capte quelques échos venus du Sud,  Des tics de langage, du vocabulaire et des expressions en cours à Seoul sont adoptés ici et là. Les modes vestimentaires de Seoul sont suivies par la jeunesse, comme ses succès musicaux. La réponse de l’Etat totalitaire nord-coréen ne surprendra pas. La répression la plus brutale vise ces « comportements anti-socialistes ». Des amendes peuvent frapper les zazous nord-coréens. Des exécutions (en public) de jeunes Nord-Coréens surpris avec des enregistrements venus du Sud ont même eu lieu. 

Sans doute ne faut-il pas exagérer l’importance de cette réceptivité à la culture du Sud.  Mais  elle existe, à la manière dont les jeunes des pays de l’Est européen dans les années 1970/1980 étaient fascinés par la musique des Beatles ou des Rolling stones. Quelque chose bouge dans cette société nord-coréenne que le pouvoir tente de mettre sous cloche. On a pu voir également mis en cause les infidélités au sein des couples ainsi que le divorce, évidents reflets de l’immoralité des sociétés occidentales  dépravées. On a pu aussi voir pleurer en public le numéro 1 Kim Jong Eun qui se lamentait de ce que les femmes du Nord ne faisaient plus assez d’enfants, à l’instar des femmes du Sud ! Comment la belle patrie « socialiste » allait-elle être défendue contre l’impérialisme américain et ses valets du Sud? 

Où l’on retrouve ce « clou » qu’il faut sans cesse enfoncer : c’est en contribuant à informer la population nord-coréenne de ce qui se passe ailleurs que nous minerons le pire régime totalitaire de la planète.

Pierre Rigoulot

13 Août 2024