Réconcilier les mémoires?

Je trouve qu’Emmanuel Macron se trompe en voulant « réconcilier les mémoires. »

Réconcilier la mémoire des partisans du FLN avec la mémoire des harkis massacrés et des Pieds noirs expulsés ?

On ne peut réconcilier les survivants et les descendants de cette histoire qu’en adoptant des deux côtés une mémoire commune fondée sur la vérité historique.

Or, ni Benjamin Stora, ni les historiens officiels de l’Algérie, ne semblent disposés à dire la vérité et les vérités d’une façon objective sur la colonisation, sur la guerre d’Algérie, et sur ses conséquences. .

Voici en quelques lignes ce que j’aurais aimé entendre dans la bouche de Macron :

Ce qu’un chef d’État devrait dire aux jeunes issus d’une immigration qui a commencé il y a plusieurs générations, c’est de se demander pourquoi leurs ascendants ont choisi d’immigrer en France

N’est-ce pas la preuve qu’elle était à leurs yeux tout le contraire d’un repoussoir : aucune religion n’y est discriminée; aucune n’y exerce sa domination ou même sa terreur; aucune forme de racisme n’y est tolérée par la loi; les droits des hommes et des femmes y sont respectés à égalité comme dans très peu de pays et les services publics sont au service de tous.

Il est vrai qu’on peut ne pas trouver aisément son identité et sa place dans la société quand on est issu d’une autre culture que celle du pays qui vous accueille. Cela suppose un effort d’adaptation.

Mais la France n’est pas responsable de cette difficulté d’insertion. À preuve les autres vagues d’immigration, et à preuve aussi les descendants de votre immigration qui ont magnifiquement réussi leur intégration, grâce en particulier à leurs efforts au sein de l’École de la République.

Votre avenir en France ne dépend que de vous. Il dépend de votre choix : soit vous choisissez de vous intégrer et de vivre comme les autres Français, soit vous choisissez de vous replier sur ce qui vous différencie et qui vous oppose aux autres Français.

Les obstacles à votre intégration et à votre réussite ne proviennent pas de la société française. Ces obstacles, ce sont la victimisation, le repli identitaire, le rejet de la culture française. En un mot : l’islamisation. Tels sont les obstacles qui peuvent vous empêcher de devenir des Français à part entière.

Si vous vous considérez comme des Français musulmans, ce qui est votre droit, alors comportez-vous comme le font les Français qui se considèrent comme des Français catholiques, protestants, juifs, agnostiques, bouddhistes ou sans religion, c’est-à-dire sans repliement communautariste. Vivez comme eux et combattez avec eux l’offensive islamiste qui veut imposer la charia à vous et aux autres Français.

L’accusation d’islamophobie, c’est-à-dire de racisme antimusulman, qui est adressée à ceux qui combattent l’islamisme conquérant, n’est qu’un mensonge.

La France, et d’abord dans l’École de la République, traite toutes les religions de la même façon, et l’Islam n’y fait pas exception. Les caricatures de nos dessinateurs n’épargnent aucune religion et ne visent les croyants d’aucune religion.

Nous ne confondons pas, et vous non plus vous ne devez pas confondre, l’Islam comme religion vécue pacifiquement, et l’islamisme conquérant qui veut nous imposer un autre type de civilisation.

L’islamisme conquérant nous combat à cause de nos valeurs de liberté et d’égalité, à cause notre mode de vie. Cet islamisme conquérant est une idéologie politico-religieuse agressive et totalitaire. C’est lui l’agresseur que les Français de toutes convictions et de toutes origines ont le droit et le devoir de combattre.

Si vous souhaitez persévérer dans le choix de vos ascendants, et si vous faites le choix de vivre en Français, vous êtes pleinement des nôtres.

Vous êtes ici chez vous, non parce que vous y êtes nés, sans l’avoir choisi, mais avant tout parce que vous choisissez librement d’y demeurer et de vous y intégrer sur tous les plans.

Si vous voulez être des nôtres, faites comme chez nous.

André Senik


Discussion Jean-Louis Carillon & André Senik

Jean Louis Carillon – Si jamais Mourad entendait vos propos, je redoute sa réponse : Pourquoi voulez-vous que nous soyons des vôtres ? Pourquoi voulez-vous que nous renoncions à être nous-mêmes ? Votre discours ethnocentrique ne s’adresse qu’à vous-mêmes, incroyants qui ignorez, méprisez et bafouez Dieu tout-puissant. La parole du Prophète ne s’use pas comme la vôtre. Votre monde scandaleux la fortifie.Mourad existe, même s’il est minoritaire, même s’il a tort, même si nous ne l’approuvons pas. Le propos d’André Senik est la voix de l’humanisme à laquelle Mourad a droit de réponse. André Sénik aura bien sûr droit de réponse à la réponse de Mourad. La question réelle est de savoir comment faire entendre notre raison à Mourad, ou comment cantonner Mourad, ou comment ignorer Mourad.S’il n’y a pas de réponse possible, encore faut-il le dire : est-il sage d’attendre la paix au Moyen-Orient ou la dissolution de la menace par elle-même ? Déjà, on ne savait pas gérer l’anarchisme qui mina la Russie ou brilla à Sarajevo. Que peuvent « Les Lumières » contre le nombre et l’économie de la drogue ?

André Sénik – J’ai effectivement écrit que j’aimerais qu’on dise à ceux qui nous viennent d’ailleurs « «  si vous voulez être des nôtres, faites comme chez nous  » », et non pas « faites comme chez vous ». L’adage « Soyez Romains à Rome » n’est pas un point de vue humaniste, c’est la moindre des exigences d’une société dont l’humanisme consiste à accueillir ceux qu’elle veut et peut accueillir sans se nuire à elle-même. Que répondre à Mourad qui veut nous imposer sa conception de la vie? Que s’il ne veut pas nous laisser vivre à notre gré, qu’il aille vivre à son gré ailleurs, car nous ne le laisserons pas nous imposer sa volonté. Nous devons plus clairement encore mettre les jeunes issus de l’immigration devant cette alternative. Je rappelle au passage que je ne suis pas partisan d’imposer le modèle assimilationniste défendu par Causeur. Je suis partisan de proposer l’intégration sans éradication des autres origines, mais seulement de ce qui est incompatible avec notre mode de vie. Bonne année.

JLC – Pieuserie !  Tout le monde intelligent pense ainsi depuis plus de 40 ans. L’état des lieux dressé par Iannis Roder (rapport dans le cadre de la Fondation Jean-Jaurès et l’IFOP – Figarovox 7/1/2021) mentionne que «  26 % Français musulmans de moins de 25 ans ne condamnent pas les auteurs de l’attentat de Charlie-Hebdo et 74 % d’entre eux font passer leurs convictions religieuses devant les lois de la République.

A.S. – Où est notre désaccord  ?

JLC – Je ne crois pas que les maîtres d’école parviendront à convaincre Mourad. Mourad n’est même plus expulsable : personne n’en veut, surtout pas les pays musulmans. Mourad risque de provoquer la cassure de la société française. La «  montée aux extrêmes  » analysée par Raymond Aron est latente, en cours. Il semble que tous préfèrent rester dans les mots.  Sans doute sont-ils incapables de faire plus, soit par ignorance, soit par facilité, soit par crainte.

A.S. – Je ne crois pas qu’on puisse faire changer d’avis  les jeunes qui sont gagnés à l’islamisme par des raisonnements.  J’ai été stalinien à leur âge est aucune argumentation rationnelle n’aurait pu me faire changer d’avis à cette époque. J’ai énoncé ce que je crois être le discours que l’École doit adresser frontalement et abruptement aux jeunes issus de l’immigration : si vous souhaitez  être acceptés par les Français, faites comme chez eux. Ne reprochez rien au pays où vous choisissez de vivre : votre avenir ne dépend que de vous, car la France ne pratique aucune discrimination à votre égard. 
Mais il ne sert à rien non plus d’accuser «  tous  » ceux qui doivent agir, car cette accusation globale n’est ni juste ni productive.

JLC – L’Ecole n’est plus capable d’adresser ce discours «  frontalement et abruptement  ». Ce discours est vain puisque  «  on ne peut faire changer d’avis les jeunes gagnés à l’islamisme par des raisonnements  ». La bonne conscience philosophique ne fait pas une politique. Je n’accuse personne. Je constate l’état des lieux

9 Déc 2020


[Entretien] VGE : un tropisme pro-soviétique ? Entretien avec Vincent Laloy

Landscape

H&L- Vincent Laloy, vous avez beaucoup travaillé sur la biographie politique de Valéry Giscard d’Estaing – au point que vous avez remis récemment un manuscrit sur sa conception des relations internationales à un éditeur parisien. Sa mort – à part quelques rapides allusions aux diamants offerts par « l’empereur » Bokassa de Centrafrique, a été l’occasion de chanter les louanges de ce « président qui a su moderniser la France », mais on n’a guère entendu parler de sa politique étrangère. Quel jugement portez-vous sur elle?

VL- Si le défunt président a sans doute contribué au renforcement de l’axe franco-allemand, confortant ainsi l’Europe dans son ensemble, s’il s’est gardé d’envenimer les rapports avec les Etats-Unis, on reste songeur sur sa perception de l’URSS et du bloc soviétique, sans parler d’une certaine bienveillance qu’il montrait envers le parti communiste. A l’époque de l’élection présidentielle de 1981, circula même une plaquette anonyme dont le titre allait, sans doute sans nuance, droit au but : « Giscard d’Estaing, le candidat du Kremlin ».

Mais avant comme après cette publication, des auteurs, et non des moindres, se sont interrogés sur les capacités de VGE à comprendre la véritable nature du bloc soviétique. Comme les gaullistes, il pratiquait un parallèle systématique entre le bloc de l’Est, monolithique, et le prétendu bloc de l’Ouest, constitué de pays libres ayant librement consenti une alliance dont ils pouvaient sortir (c’est ainsi que la France quittera l’organisation militaire intégrée de l’Otan en 1966).

H&L- A quels auteurs critiques faites-vous allusion?

VL- Entre autres à Raymond Aron, Jean-François Revel, Alfred Grosser, Olivier Chevrillon, Philippe Robrieux, au diplomate François de Rose, à l’universitaire Marie Mendras (laquelle évoque les « concessions injustifiées de VGE »). Tous ont exprimé leur préoccupation face à un président qui avait toujours considéré les Etats du bloc de l’Est comme des Etats pas très différents des autres. Il déclarait ainsi en juin 1977 que les citoyens soviétiques choisissaient librement leur régime !

Deux ans plus tôt, VGE estimait que la question de la défense européenne ne devait pas même être évoquée car l’idée déplaisait aux Soviétiques. De la « finlandisation volontaire », s’indigna alors Raymond Aron ! Imaginons les réactions des gaullistes et des communistes s’il avait émis un tel propos indiquant que les Etats-Unis ne voulaient pas en entendre parler !…

H&L- Il était pour le moins prudent, en effet. Mais vous parlez même de complaisance à l’endroit des Soviétiques…

VL- …Et je crois avec quelques bonnes raisons : le voyage de Varsovie, en mai 1980, où VGE va rencontrer Brejnev, chez Gierek, a suscité des critiques très nombreuses, y compris chez ses alliés centristes, sauf de la part du PCF, évidemment. Il s’agissait de discuter de l’intervention en Afghanistan, laquelle mettait à mal la sacro-sainte « détente ». Il n’y eut pas de manifestations de désaccord de Giscard d’Estaing avec le dirigeant soviétique ! Il est vrai qu’en mai 1975, VGE déclarait : « les dirigeants de l’Union soviétique n’ont pas de programme d’intention militaire agressive à l’encontre de l’Europe occidentale ». Il faisait l’impasse sur la recherche par les Soviétiques, de la « finlandisation » de l’Europe, la victoire sans la guerre pour acquérir sur elle un droit de regard et d’intervention. Il faisait aussi l’impasse sur les menaces visant la Pologne (qui sera reprise en mains en 1981 par Jaruzelski), et sur la tentative de mainmise sur l’Afrique (pensons à l’Angola, à l’Ethiopie) et sur l’Amérique centrale (où les mouvements révolutionnaire au Salvador et au Nicaragua étaient ouvertement financés par l’URSS).…

Après la rencontre de Varsovie, le dissident russe Leonid Plioutch écrivit : « la France est peut-être le pays le plus finlandisé de l’Europe occidentale ». VGE, avant le coup d’Etat de Jaruzelski en 1981, enjoignait le peuple polonais, qui aspirait si fort à de profondes réformes, de tenir compte « des craintes, acceptables pour l’Union soviétique », de voir changé le système polonais. Justifier, excuser par avance le droit de regard de Moscou, c’était cela aussi la « détente » : le relâchement du côté occidental mais le doigt sur la gâchette côté russe.

A la mort de Brejnev, en novembre 1982, VGE rendra hommage à « un homme de paix, simple et chaleureux ».

Ajoutons à cela des erreurs complètes d’appréciation lors de la conquête du pouvoir par les communistes, en avril 1975, au Vietnam du sud, une singulière bienveillance pour l’Iranien Khomeiny, une politique systématiquement hostile à Israël, en tout cas défavorable aux accords de Camp David, bref une politique pro-arabe érigée en dogme. L’addition est lourde !

H&L-Ces grands choix internationaux avaient-il des conséquences sur sa politique intérieure?

VL – VGE cherchait à éviter la polémique, et s’attachait à se tenir au-dessus de la mêlée. Pire : il n’a cessé de manifester une certaine compréhension envers le parti communiste, soulignant à qui voulait l’entendre que les communistes étaient « des Français comme les autres ».

Lors de la disparition, en 1977, du plus stalinien qui soit parmi les communistes, Jacques Duclos, VGE salua ce « représentant authentique du peuple français ».

Et quand éclata le passé trouble, sous l’Occupation, de Georges Marchais, l’Elysée s’employa au maximum à freiner ces révélations, au motif qu’il s’agissait d’attaques personnelles, lesquelles pourtant ne cessaient pas de la part de Marchais et de son parti contre VGE.

H&L- Le PCF n’appréciait donc pas cette politique complaisante?

VL- Au contraire! S’il y avait en effet des critiques lancées contre le chef de l’Etat, le parti communiste, selon de nombreux témoignages, dont ceux de Claude Llabres et de Didier Daenninck, appela en sourdine à voter pour VGE à la présidentielle de 1981, alors que, de son côté, le parti gaulliste faisait voter presque ouvertement, pour le candidat Mitterrand, finalement élu face à VGE !

Si l’on en croit Philippe Robrieux, ancien secrétaire général de l’UEC (Union des Etudiants communistes) et auteur d’une monumentale histoire du PCF, VGE et Brejnev se seraient mis secrètement d’accord pour parvenir à une rupture de l’union de la gauche, et pour favoriser ainsi la réélection de VGE. En somme, faites-nous une bonne politique étrangère et vous aurez, en France, la paix sociale, garantie par une Cgt aux ordres du parti à l’époque.

Mieux valait un Giscard, faible et complaisant, qu’un Mitterrand, considéré comme plus atlantiste.

H&L-Mais n’y avait-t-il pas chez Giscard l’idée d’empêtrer l’URSS dans les rencontres, discussions et accords avec l’Ouest? Pendant ce temps, la population soviétique espérait de plus en plus autre chose, et pas seulement la population : les nouveaux cadres aussi. C’est en 1986 que Gorbatchev arrive au pouvoir. Giscard peut ainsi soutenir que son attentisme a payé.

VL- Sa complaisance n’avait rien à voir avec une habileté tactique ! On le voit lors de la réunification allemande quand il déclare à Louis Mermaz que « c’était une faute politique ». Et on le voit encore en 2015, lors d’un colloque du « Dialogue franco-soviétique », un organisme fort proche du pouvoir poutinien. Il ira jusqu’à confier à la revue Politique internationale de février 2015 que l’annexion de la Crimée – qu’il ne condamne ni ne réprouve – avait pour origine un « complot américain ». Pas moins ! Il y a là un tropisme difficile à comprendre mais bien réel.

Ma conclusion est celle de Jean-Louis Bourlanges, l’ancien député centriste européen et actuel député des Hauts-de-Seine, peu suspect d’anti-giscardisme, qui dans la revue Commentaire de l’automne 2020, se demande « pourquoi (…) le président n’hésite-t-il pas à compromettre, en pleine guerre froide ressuscitée, son image d’allié fidèle et de bon européen, pour afficher une russophilie ostentatoire dont il ne tirera rien sinon le quolibet de « petit télégraphiste » [rencontre avec Brejnev à Varsovie en mai 1980] dont l’affuble le candidat socialiste ? ». A Jean-Louis Bourlanges ou à Raymond Aron qui déplorait, en août 1981, que VGE « se croyait contraint, pour dissiper les soupçons du RPR et apaiser le PC, de multiplier les bonnes manières à l’égard de Moscou ».

7 Déc 2020


Visioconférence : la situation humanitaire dans les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine


Video du webinar: https://www.youtube.com/watch?v=NU-K945o2LE

Le 20 novembre, Droits de l’homme sans frontières (Bruxelles) a organisé un webinar sur la situation humanitaire dans les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine. Les intervenants étaient surtout des jeunes défenseurs de droits de l’homme ayant une expérience de terrain.

Tetiana Yakubovych , journaliste ukrainienne, travaillant à Radio Donbas et Radio Liberty – Elle a parlé de la situation humanitaire en ces temps de pandémie dans les régions séparatistes de Donetsk et Lugansk.

Elina Shishkina , coordinat rice à l’ONG Right to Protection Charitable Foundation – Elle a expliqué les énormes difficultés des traversées de frontières dans les deux sens entre les régions séparatistes et l’Ukraine .

https://hrwf.eu/ukraine-donbass-how-to-get-in-and-out-of-donbass/

Viktor Yelensky, membre du parlement ukrainien, a dressé un état des lieux de l’oppression des diverses communautés religieuses .

Oleksandra Matviychuk , présidente du conseil d’administration de l’ONG Center for Civil Liberties a décrit la situation des détenus dans les prisons secrètes des régions séparatistes .

https://hrwf.eu/donbass-a-secret-prison-in-donetsk-occupied-territory/

Voir aussi (hors webinar) Are militants in the Donbass preparing to mobilize? : https://hrwf.eu/ukraine-are-militants-in-the-donbass-preparing-to-mobilize/

NB : si le blog Histoire & Liberté était responsable de la décision de publier les textes qu’on pouvait y lire, cela ne signifiait pas pour autant l’approbation de la totalité des thèse qui était défendue. Le blog H & L est d’abord un moyen de dialogue et d’approfondissement.





4 Déc 2020


« Le Parti du Travail de Corée du Nord a 75 ans : pas de quoi pavoiser »

Nous avons reçu du Comité américain pour les droits de l’homme en Corée du Nord, l’article qui suit de son directeur, Greg Scarlatoiu. Ce dernier avait participé, en septembre 2019, au colloque de l’Institut d’histoire sociale sur la Corée du Nord. Scarlatoiu rappelle la primauté du Parti communiste en Corée du Nord et donne des détails précis sur la manière dont il exerce son pouvoir.

Nous reprendrons de temps à autre, en français ou en anglais, un des articles de la remarquable revue de presse que diffuse ce Comité quasi-quotidiennement.

Le 10 octobre 2020, le Parti du Travail de Corée du Nord (PTC) a fêté son 75ème anniversaire, mais les médias et experts du monde entier devraient-ils pour autant célébrer un parti et un régime qui ne cessent de commettre des crimes contre l’humanité ? Bureaucratie stalinienne ossifiée, le PTC survit à la chute du communisme depuis trois décennies. Le PTC de Kim Il-sung exerce un contrôle absolu sur une population coréenne qui n’a connu que des régimes totalitaires pendant plus d’un demi millénaire : 40 ans d’occupation impériale japonaise (1905–1945) précédés par les 500 ans de régime féodal de la dynastie Chosun. Kim est le Parti, et le Parti, c’est Kim, à s’en tenir à l’idéologie monolithique en vigueur en Corée du Nord. C’est par l’endoctrinement, une discipline totale, un contrôle draconien, la surveillance générale, les peines sévères infligées à tous ceux, parents proches et éloignés compris, qui sont soupçonnés de déloyauté, et par une chaîne de commandement et de contrôle qui infiltre tous les niveaux et domaines de la vie en Corée du Nord que survit ce parti. Qui plus est, il a connu par deux fois une transmission héréditaire du pouvoir : du père et fondateur du parti Kim Il-sung à son fils Kim Jong-il en juillet 1994 et de Kim-Jong-il à son fils Kim Jong-Eun en décembre 2011. Malgré les rumeurs qui courent sur sa mauvaise santé, Kim Jong-Eun a le Département de l’Organisation et de l’Orientation (DOO) du Parti comme base de son pouvoir, exactement comme son père avant lui. Cette agence a purgé des centaines d’officiels de haut rang par elle qualifiés de déloyaux envers le Parti. Nombre d’entre eux ont été exécutés à coups de canons anti-aériens. Leurs corps pulvérisés n’ont alors plus été que brouillard rouge. 
Comme l’indique Robert Collins dans son rapport de 2019, cette agence des plus puissantes sert de conseiller à Kim et de filtre entre lui et le reste de la Corée du Nord et du monde extérieur. Le DOO du PTC transmet ses ordres à toute la chaîne de commandement et s’assure de leur exécution au niveau local. Il punit les échecs et récompense la fidélité absolue à l’œuvre dans la juste application des orientations du parti. C’est par lui que le parti décide de tout. De qui vit et de qui meurt, de qui a droit à une promotion et de qui est déchu. Rien ne sépare le parti du Leader Suprême. Ils ne font qu’un.

Actuellement le Parti compte 3.5 millions de membres et 200.000 candidats sur une population totale de 25 millions de Coréens. Il existe deux autres partis, mais seulement sur le papier, et le Parti a le contrôle absolu de tous les aspects de la vie, de la politique, de l’économie et de la société depuis le 10 Octobre, 1945. De temps à autre, les médias internationaux font état de « tensions » entre le parti et l’armée populaire, mais ils se trompent. Il ne saurait y avoir la moindre faille entre eux. Tout individu qui compte en Corée du Nord est d’abord un membre du Parti. L’Armée appartient au Parti, comme toutes les autres institutions telles que l’Assemblée suprême du Peuple, les Assemblées provinciales du Peuple, les agences de la sécurité intérieure qui comptent 270.000 membres et la Ligue des jeunesses socialistes. Programmes de missiles ballistiques nucléaires, Ministère des Affaires étrangères et corps diplomatique, rien n’y fait exception. Les donju, ou entrepreneurs nouveau riche du pays doivent se soumettre à Kim et au Parti. Dans un pays ou de par la loi, il n’existe pas de propriété privée et où le code pénal interdit toute activité d’entreprise, c’est la protection du parti qui garantit les réussites entrepreneuriales. L’antique contrat social tacite était : « Sois totalement loyal au parti et au chef et tu recevras tout ce dont tu as besoin par l’intermédiaire du Système de Distribution publique.” Cette distribution dépend du travail que l’on a, ce travail dépendant lui-même de la classe socio-politique songbun à laquelle on appartient au vu de sa loyauté envers le régime. Après la grande famine des années 1990 et l’effondrement de ce SDP, le contrat social tacite est devenu « Sois totalement loyal au parti et au chef et nous t’accorderons la possibilité limitée de prendre soin de toi et de ta famille.”

En Corée du Nord, les acteurs du marché ne sont ni révisionnistes ni révolutionnaires. Pour survivre, ils doivent toujours prouver leur loyauté inébranlable au Parti. Lors du défilé militaires du 10 octobre place Kim Il-sung, les médias et les experts ont concentré leur attention sur la version apparemment améliorée du missible balistique Hwasong-15 et du tracteur à 11 essieux qui le portait et sur d’autres améliorations du matériel militaire nord coréen. Tout cela de la plus haute importance. Mais un détail a été oublié : à l’arrière, un slogan déclarait : « Dang-ui Gundae » : « Armée du Parti »

Il ne faut jamais oublier le rôle écrasant du PTC depuis 75 ans. Diplomates, négociateurs, experts militaires et défenseurs des droits de l’homme, tous doivent toujours se rappeler que le Leader Suprême et le Parti ne font qu’un. Tel est le seul et unique décisionnaire en Corée du Nord. Le reste n’est que façade. Le PTC est responsable des quasi 5 millions de morts de la Guerre de Corée, des 3 millions de morts de la grande famine des années 1990 et des centaines de milliers de nord coréens enfermés dans les camps de concentration. En ce 75ème anniversaire du Parti du travail Coréen, il n’y avait vraiment rien à célébrer.

Deuil, chagrin et rage de voir tant de millions de vies humaines perdues, tel est le bilan de ce parti.

Greg Scarlatoiu, Directeur du Comité pour les droits de l’Homme en Corée du Nord

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4 Déc 2020


Boris Souvarine La contre-révolution en marche, Ecrits politiques (1930-1934), éd. Smolny, Toulouse 2020, 288p. 12 euros.

En ces temps de confusion idéologique, de vulgarités et d’opinions sans fondements qui alimentent pourtant la « toile » et y trouvent des centaines de milliers d’échos, en ces temps de simplismes et de violences, c’est un havre de fraicheur intellectuelle que nous offre ce recueil de textes de Boris Souvarine écrits au début des années 1930, tirés de La Critique sociale, du Bulletin communiste ou du Travailleur communiste, syndicaliste et coopératif. La précision des références, la solidité de l’argumentation, la justesse des mots employés et, il faut le dire, la qualité de la présentation et de l’appareil critique de cette édition due à deux très bons connaisseurs de la pensée révolutionnaire marginale des années 20 et 30, Charles Jacquier et Julien Chuzeville, rafraichissent agréablement notre mémoire. Il y a eu, en France – et ailleurs- tout un monde de militants et de penseurs se réclamant d’un communisme véritable, de libertaires ou d’anarcho-syndicalistes, qui ne se reconnaissaient pas dans l’Union dite soviétique, jugée par eux contre-révolutionnaire.

Une telle appréciation ne leur suggérait pourtant pas d’aller jusqu’à qualifier de totalitaires, comme nous le ferions aujourd’hui, le régime stalinien, la brève direction léniniste antérieure et encore moins l’entreprise échafaudée par Marx et Engels. La grille de lecture de Souvarine, en ces années 30, est toute marxiste et (certes, de moins en moins) léniniste. Ses outils conceptuels de référence restent la lutte des classes, la révolution prolétarienne, le déterminisme matérialiste de l’histoire, la caste bureaucratique qui s’était substituée au parti bolchevik, la démocratie bourgeoise, et son caractère fallacieux impliqué par son mode de propriété, etc.

Peut-être ceux qui nous présentent ces textes se sont-ils sentis gênés aux entournures par cette cote taillée à l’ancienne : le terme de totalitarisme est utilisé par eux une ou deux fois dans leur présentation et ils cherchent à renouveler leur cadre de pensée en nous indiquant certaines réflexions méconnues qui y invitent, comme par exemple celle du libertaire américain Murray Bookchin (1921-2006), auteur entre autres de Changer sa vie sans changer le monde1. Charles Jacquier, qui qualifie notre époque de « déconcertante », laisse entrevoir sinon son trouble du moins la difficulté à penser notre temps en gardant la même boite à outils que Souvarine. En faisant explicitement référence au titre du livre d’Anton Ciliga sur son expérience de l’URSS2 , Au pays du mensonge déconcertant, les auteurs de ce choix d’articles de Souvarine se situent indéniablement dans l’héritage de la mouvance marxiste critique et marginale des années 20 et 30. Mais ils se veulent aussi conscients de l’indispensable réflexion à mener pour parvenir à caractériser un monde actuel en effet déconcertant, tant il est riche de menaces et de chaos en même temps que de promesses.

Pierre Rigoulot

1 Réédité par les éditions Agone, Marseille 2019

2 Plon, les îles d’or 1950

30 Nov 2020


«L’entrisme de l’islamo-gauchisme à l’université est une réalité» Entretien avec Pierre-Henri Tavoillot

EXTRAIT LE FIGARO. – «Le poisson pourrit par la tête», a déclaré Jean-Michel Blanquer, évoquant «des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits.» Partagez-vous l’inquiétude du ministre de l’Éducation nationale?

Pierre-Henri TAVOILLOT. – Je suis surtout sidéré que le monde académique ne mobilise pas aujourd’hui toute son énergie pour éviter qu’advienne dans l’université ce qui est tragiquement arrivé dans le secondaire. Au lieu de cela, le premier réflexe est d’accuser de chasse aux sorcières et de maccarthysme ceux qui tentent de proposer des instruments permettant de lutter contre l’islamisme et contre le terreau qui lui est favorable. C’est ahurissant! Par quoi la liberté académique est-elle le plus menacée aujourd’hui? Est-ce vraiment par une Grande Inquisition d’État ou par la montée des idéologies hostiles aux valeurs de la République?

Pour moi la réponse est claire, mais je suis surpris de voir que ceux-là mêmes qui dénoncent le «laisser-faire» et le «laisser-passer» dans l’économique et le social n’hésitent pas une seconde à tout laisser faire et tout laisser passer dans l’enseignement supérieur, y compris ce qui menace le plus directement les piliers de notre vie démocratique. Est-ce vraiment porter atteinte à la liberté académique que de proposer, je cite ici le «manifeste des 100» que j’ai signé, «de mettre en place des mesures de détection des dérives islamistes, de prendre clairement position contre les idéologies qui les sous-tendent, et d’engager nos universités dans ce combat pour la laïcité et la République en créant une instance chargée de faire remonter directement les cas d’atteintes aux principes républicains et à la liberté académique, et d’élaborer un guide de réponses adaptées, comme cela a été fait pour l’Éducation nationale»? L’urgence est là. […]

Pour lire la suite : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/pierre-henri-tavoillot-l-entrisme-de-l-islamo-gauchisme-a-l-universite-est-une-realite-20201119

NB : si le blog Histoire & Liberté était responsable de la décision de publier les textes qu’on pouvait y lire, cela ne signifiait pas pour autant l’approbation de la totalité des thèse qui était défendue. Le blog H & L est d’abord un moyen de dialogue et d’approfondissement.

23 Nov 2020


« Certains islamogauchistes sont islamismophiles » Entretien avec Pierre-André Taguieff

EXTRAIT – LE POINT : D’où vient le terme islamo-gauchisme ?

Pierre-André Taguieff : J’ai forgé l’expression « islamo-gauchisme » au début des années 2000 pour désigner une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d’extrême gauche, au nom de la cause palestinienne érigée en nouvelle cause universelle. C’est en observant, à partir de l’automne 2000 alors que débutait la seconde Intifada, un certain nombre de manifestations dites propalestiniennes où des activistes du Hamas, du Djihad islamique et du Hezbollah côtoyaient des militants gauchistes, notamment des trotskistes de la LCR (devenue en 2009 le NPA) ou des anarchistes, que j’ai commencé à employer l’expression « islamo-gauchisme ». Au cours de ces mobilisations, les « Allahou akbar » qui fusaient ne gênaient nullement les militants gauchistes présents, pas plus que les appels à la destruction d’Israël sur l’air de « sionistes = nazis » ou « sionisme = racisme ». Le 7 octobre 2000, au cours d’une manifestation propalestinienne organisée à Paris, le cri « Mort aux Juifs » fut lancé. […]

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NB : si le blog Histoire & Liberté était responsable de la décision de publier les textes qu’on pouvait y lire, cela ne signifiait pas pour autant l’approbation de la totalité des thèse qui était défendue. Le blog H & L est d’abord un moyen de dialogue et d’approfondissement.

23 Nov 2020