Quand le « réalisme » mène au pro-poutinisme. Le cas français.

Un livre exceptionnel vient de paraître. Son titre ? Penser comme Poutine. Il est publié aux éditions du Cerf et signé de Wiktor Stoczkowski qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

L’auteur s’interroge avec précision sur la réception en France des thèmes de la propagande poutinienne et montre pas à pas, de manière très convaincante, que l’accueil qui lui est fait tient à ce que bien des approches politiques formulées dans notre pays présentent un certain nombre d’analogies voire de similarités avec le discours poutinien lui-même. C’est ainsi qu’au nom du « réalisme », peu de place est laissé à la défense de la démocratie et des droits de l’homme au profit de notions vagues (mais dangereuses) comme celle de « zones d’influence ».

Clair et très bien documenté, cet ouvrage nous sera présenté par son auteur lui-même, Wiktor Stoczkowski, le mercredi 11 février à 18h, au 1er étage du Café du Pont-Neuf, 14 quai du Louvre, Paris 1er. Venez nombreux !

Conférence débat avec Viktor Stoczkowski Quand le réalisme mène au pro poutinisime le cas français

H&L, le 3 février 2026

3 Fév 2026


Venezuela : quand lanti-américanisme fait oublier 25 ans de désastre

Depuis plus d’un quart de siècle, le Venezuela vit l’une des plus graves catastrophes politiques, économiques et humaines de l’histoire contemporaine de l’Amérique latine. Pourtant, cette réalité est trop souvent reléguée au second plan, éclipsée par un anti-américanisme réflexe qui semble aujourd’hui plus mobilisateur que la dénonciation d’une dictature bien réelle.

Depuis l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir, puis sous Nicolás Maduro, le pays a connu un processus méthodique de destruction de la démocratie. L’indépendance de la justice a disparu, la séparation des pouvoirs a été vidée de sa substance, les libertés publiques ont été systématiquement restreintes et la liberté d’expression violemment réprimée. Au Venezuela, plus de 400 médias ont été fermés ou confisqués au cours des deux dernières décennies, dont au moins 285 radios. Des dizaines de journaux ont disparu et, ces dernières années, 25 journalistes ont été emprisonnés pour des raisons politiques. 

Il faut rappeler qu’il y a à peine deux ans, lors de l’élection présidentielle, le candidat de l’opposition a recueilli environ 70 % des suffrages, battant clairement Nicolás Maduro. Malgré cela, le régime s’est autoproclamé vainqueur avec près de 30 % des voix, au terme d’un scrutin largement dénoncé comme frauduleux. Face à cette confiscation flagrante de la souveraineté populaire, les réactions politiques et médiatiques en France ont été pour le moins timides.

Sur le plan économique, le bilan est tout aussi accablant. Plus de 60 % des petites et moyennes entreprises ont disparu, ce qui indique une contraction massive du secteur productif, dans lequel les PME jouent un rôle très important. L’inflation a atteint des niveaux record (en 2025, l’inflation annuelle a avoisiné 556 %). 

Selon le taux de change officiel le plus récent, le salaire minimum au Venezuela, fixé à 130 bolivars par mois, soit actuellement entre 0,4 et 1 dollar américain. À ce niveau, il figure parmi les salaires minimums les plus bas au monde lorsqu’ils sont exprimés en dollars.

La situation est tout aussi critique dans le secteur universitaire public. Un professeur titulaire à temps plein perçoit un salaire mensuel d’environ 1,58 dollar américain, selon les données syndicales. Ces rémunérations, inchangées depuis plusieurs années, illustrent la forte précarisation du corps enseignant et expliquent en partie l’exode massif des professeurs.

Parallèlement, les prix des produits de première nécessité restent élevés par rapport aux revenus. À Caracas, le prix d’un carton de 12 œufs de gros calibre s’élève à environ 3,58 dollars américains, selon des bases de données de prix de détail, soit plus du double du salaire mensuel d’un professeur universitaire titulaire.

Ce contraste entre salaires symboliques et coût réel de la vie met en évidence la profonde déconnexion entre les revenus officiels et les conditions économiques auxquelles est confrontée la population vénézuélienne.

L’industrie pétrolière, jadis pilier du pays, a été ruinée par la corruption et l’incompétence.  Il y a environ 20 ans, le Venezuela produisait plus de 3,2 millions de barils de pétrole par jour au sein de Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), l’entreprise publique qui alimentait l’essentiel des recettes d’exportation du pays. Aujourd’hui, après des décennies de mauvaise gestion, de corruption et de désinvestissement, la production tourne autour de 0,9 à 1,1 million de barils par jour — soit moins du tiers de ce qu’elle était à son apogée.   

L’agriculture vénézuélienne s’effondre : la production totale est passée de 20 millions à moins de 10 millions de tonnes entre 2008 et 2023, forçant le pays à dépendre massivement des importations pour sa survie alimentaire.

À cela s’ajoute un désastre écologique majeur dans l’Amazonie vénézuélienne, où l’exploitation illégale des ressources, sous contrôle militaire et avec la complicité de groupes armés étrangers, détruit les écosystèmes et condamne les populations autochtones à une misère extrême. 

Dans cette même région du sud du Venezuela, le parc industriel qui entourait les entreprises de base de Guayana est aujourd’hui pratiquement démantelé : de nombreuses installations sont abandonnées, avec des hangars vides et des machines détériorées qui sont récupérées et exportées comme ferraille. Ce parc industriel, qui fut autrefois le cœur manufacturier qui visait à nous rendre moins dépendants du pétrole, témoigne désormais de l’effondrement du secteur industriel régional.

Les conséquences humaines sont dramatiques : plus de neuf millions de Vénézuéliens ont été contraints à l’exil, soit près d’un tiers de la population. Un exode massif, sans guerre déclarée, mais provoqué par la misère, la répression et l’absence totale d’avenir.

Comme le notait justement Ricardo Hausmann:

« Au cœur de cet effondrement se trouvait le démantèlement systématique des droits. Les droits de propriété ont été vidés de leur contenu ; les contrats ont cessé d’avoir un sens ; les tribunaux ont perdu leur indépendance ; les élections ont cessé de compter et s’exprimer est devenu un délit. À mesure que les droits disparaissaient, la sécurité, l’investissement, la confiance et la capacité d’imaginer disparaissaient eux aussi. Les gens ont cessé de planifier l’avenir, parce que l’avenir ne leur appartenait plus. »

Particulièrement grave a été l’action de la FAES, une force de police spéciale créée par Nicolás Maduro, responsable de l’exécution d’environ 1400 jeunes, majoritairement issus des quartiers populaires. Cette unité est impliquée dans des milliers d’exécutions extrajudiciaires. Ces pratiques ont été dénoncées par des organisations internationales comme constituant des crimes contre l’humanité. Face à ces assassinats, le tribun Mélenchon détourne le regard, fait semblant de ne rien voir. À cela s’ajoute l’enlèvement de citoyens étrangers utilisés comme monnaie d’échange diplomatique, parmi lesquels des ressortissants français, dont l’un a été récemment libéré après une détention totalement arbitraire.

Parallèlement, le Venezuela est devenu un espace d’influence pour des appareils sécuritaires étrangers, en particulier ceux de Cuba, de la Russie, de la Chine et de l’Iran. Ces acteurs ont contribué, de différentes manières, au renforcement du contrôle politique et militaire du régime. Ainsi l’expose avec clarté Laura Vidal, docteure en sciences de l’éducation :

« Le Venezuela n’était pas un espace exempt d’influences étrangères avant cette opération. L’implication cubaine dans les structures de renseignement et de répression est documentée depuis des années, facilitée par des échanges politiques et économiques incluant un accès privilégié au pétrole. La présence militaire russe est également bien établie, notamment à travers des opérations documentées liées au groupe Wagner. Le Venezuela demeure profondément endetté envers des créanciers chinois, avec environ 20 milliards de dollars de prêts ayant façonné une dépendance économique et restreint l’autonomie des politiques publiques. Enfin, l’Iran a fourni un soutien technologique qui s’est traduit par des outils de répression, notamment l’usage signalé de drones lors des manifestations de 2024

Face à ce constat, il est problématique que certains responsables politiques et acteurs médiatiques français analysent la situation vénézuélienne à travers un prisme quasi exclusivement centré sur la critique des États-Unis. Si cette démarche peut relever d’une tradition légitime d’analyse critique des relations internationales, l’anti-américanisme érigé en grille de lecture dominante, lorsqu’il conduit à relativiser ou à occulter un processus totalitaire avéré, constitue une impasse analytique et normative. Comme le rappelle Hannah Arendt, « le totalitarisme substitue à l’État de droit un système où la loi devient l’instrument de la domination » (Les Origines du totalitarisme). La réduction de la crise vénézuélienne à une causalité exogène empêche ainsi de saisir les dynamiques internes de monopolisation du pouvoir et de contrôle social propres aux régimes totalitaires contemporains.

Il est tout aussi faux que dangereux de qualifier l’opposition vénézuélienne « d’extrême droite ». Celle-ci est plurielle et rassemble l’ensemble des forces démocratiques du pays, y compris de nombreux partis de gauche. Ironie tragique : l’un des partis les plus persécutés par le régime est le Parti communiste du Venezuela.

La situation vénézuélienne ne saurait être interprétée comme le résultat d’un complot extérieur, mais doit être analysée comme la conséquence d’un mode d’exercice du pouvoir qui, au nom d’un discours se revendiquant révolutionnaire, a conduit à la désarticulation progressive d’un régime démocratique certes imparfait, comme toute démocratie, mais fondé sur des institutions pluralistes et fonctionnelles. Cette dynamique a abouti à l’instauration d’un régime autoritaire présentant des caractéristiques proches du totalitarisme. Il importe de rappeler que l’irruption de Hugo Chávez sur la scène politique s’est effectuée à travers une tentative de coup d’État en 1992, visant explicitement à renverser l’ordre constitutionnel et exposant gravement au danger la vie d’un président démocratiquement élu. Occulter ces éléments au nom d’un anti-américanisme réflexe revient non seulement à méconnaître la réalité empirique, mais également à ajouter une dimension de déni à la tragédie vénézuélienne, tout en traduisant une forme de complaisance intellectuelle à l’égard de l’un des effondrements politiques les plus marquants du début du XXIᵉ siècle en Amérique latine. 

Chipilo Pulido, le 28 janvier 2026

28 Jan 2026


Conférence-débat : après l’« enlèvement » de Caracas

Mardi 20 janvier 2026 à 18h00, Café du Pont-Neuf, 14 Quai du Louvre – Paris 1er

La chute d’un dictateur soutenu par Vladimir Poutine, un dictateur qui a causé tant de souffrances parmi la population du Venezuela ne pouvait que nous réjouir. Mais l’évènement a été, jusque dans nos rangs, interprété de différentes manières.

Il n’a été question ni de démocratie ni de dictature dans les déclarations de Donald Trump mais seulement de narcotrafic et surtout de pétrole. Pourquoi ? Parvenir à la démocratie est-il hors-sujet pour les Vénézuéliens ou s’agit-il de ne pas répéter les erreurs commises en Irak par une transition trop hâtive ?

Tentons une image un rien baroque : l’annonce réjouissante, le 8 janvier, de la libération de nombreux prisonniers politiques indique-t-elle que l’arbre du pétrole ne doit pas cacher la forêt de la démocratie ?

En tout état de cause, quelles conséquences géopolitiques peut-on espérer ? Existe-t-il un réel fil conducteur dans la politique étrangère de Donald Trump et, dans ce cas, ce qui se passe en Amérique latine peut-il rejaillir sur Cuba ou sur cette autre dictature que constitue le Nicaragua de Daniel Ortega ? Enfin, est-ce que la doctrine Monroe revisitée par Washington (la « doctrine Donroe » comme dit le spirituel occupant de la Maison Blanche) peut sortir de son cadre géographique, et avec quelles conséquences, concerner l’Iran ou l’Ukraine ?

Pour que nous puissions débattre de ces questions en bénéficiant d’informations précises sur le continent sud-américain d’aujourd’hui, nous avons demandé à Renée Fregosi, qui a été enseignante chercheuse à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, auteur notamment d’un ouvrage récent sur les dictatures, Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, et familière de nos rencontres, de prendre la parole dans notre salle habituelle du Café du Pont-Neuf mardi 20 janvier à 18 heures.

Vous y êtes très cordialement conviés.

H&L, le 16 janvier 2025

16 Jan 2026


Des tableaux exposés pour illustrer La Dénonciation, un recueil de nouvelles venu de Corée du Nord !

En 2014 paraissait en Corée du Sud un recueil de sept nouvelles venues clandestinement du Nord. Elles furent publiées ensuite dans une trentaine de pays – dont la France (aux éditions Picquier en 2016). Son auteur est resté anonyme et se fait appeler « Bandi » ce qui signifie en coréen « luciole ».

L’ouvrage éclaire en fait avec force le quotidien d’un État totalitaire. Dans un style sans fioriture, et usant de symboles et de métaphores simples, « Bandi » rappelle qu’en Corée du Nord la population est divisée en différentes catégories selon la confiance que leur accorde ou non le Parti unique; De cette confiance dépend par exemple le droit de résider dans la capitale. L’encadrement de chaque instant, la « sollicitation » incessante auprès de chacun à montrer son soutien enthousiaste, (forcément enthousiaste)  au régime, l’interdiction de déplacement dans le pays sans autorisation de la police, les  privilèges et passe-droits que s’attribuent les cadres du parti et les fonctionnaires de l’État; l’atmosphère paranoïaque de forteresse assiégée, sont présents de manière sensible tout au long de l’ouvrage. Et se retrouvent dans des tableaux. Un certain nombre d’artistes attachés à la démocratie et aux droits de l’homme ont en effet illustré ces nouvelles avec des œuvres qui seront exposées du 29 au 31 janvier 2025 en l’église évangélique baptiste coréenne de Paris, 42 rue de Provence, dans le IXème arrondissement. Vous êtes invité au vernissage de cette exposition le jeudi 29 janvier, de 18h à 20h 30.

Vidéo de présentation de l’événement :

H&L, le 12 janvier 2025

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Une exposition d’œuvres picturales suscitées par La Dénonciation

Bandi La dénonciation

Le vernissage de l’exposition d’oeuvres inspirées par La Dénonciation, un ensemble de sept nouvelles venues clandestinement de Corée du Nord – et dont l’éditeur Philippe Picquier vient de proposer une réédition de poche – a attiré une soixantaine de personnes jeudi soir 29 janvier. Ces œuvres et le livre étaient à la disposition du public encore vendredi et samedi dans une église baptiste qui leur a offert l’hospitalité. Très peu de visiteurs sont venus en revanche les deux jours suivants. C’était pourtant une manière un peu inattendue mais claire de redire notre refus de toute forme de totalitarisme. Lundi, à 18h, l’exposition aura lieu à Bruxelles, au Press-club, au n°95 de la rue Froissart.

On trouvera ci-dessous la courte allocution prononcée par Pierre Rigoulot lors du vernissage du 29 à Paris :

Chers amis,

Nous nous retrouvons ce soir autour d’un livre traduit en français il y a une dizaine d’années, un livre que des peintres coréens rappellent à notre bon souvenir parce qu’il les a frappés, touchés, émus.  Grâce aux efforts de M. Do Hee-yoon, qui nous vient de Séoul, et de Mme Lim Yeong-hee, une Coréenne de Paris, ces tableaux sont là, devant nos yeux, apportant la preuve que des problèmes graves peuvent se poser de manière persistante dans un monde qui pourtant change beaucoup. Nous pouvons, je crois, les remercier tous  – particulièrement les peintres inspirés par les nouvelles de Bandi – car en nous parlant de ce recueil de nouvelles intitulé La Dénonciation, ils s’adressent à nous sur plusieurs plans :

1er plan : ils nous rappellent des réalités historiques et géographiques, en particulier le fait qu’existe  depuis 1948, au nord-est de l’Asie, un État qui concentre jusqu’à la caricature, toutes les caractéristiques des États totalitaires  : un pouvoir  où l’exécutif, le législatif et le judiciaire ne sont pas distingués, un pouvoir qui associe sans contestation possible un État et un parti unique. L’individu y est dressé pour être au service de ce système : pas d’initiative politique individuelle, pas d’opinion personnelle, pas de liberté de croire ou de ne pas croire. Pire – et c’est un thème plusieurs fois repris dans La Dénonciation – il est demandé aux citoyens de manifester leur enthousiasme lors de grandes manifestations en faveur du système qui les broie ! C’est une différence majeure avec une simple dictature. Dans cette dernière, on ne peut pas dire qu’on est contre le dictateur. Dans un cadre totalitaire, on doit montrer qu’on est pour – et avec enthousiasme ! Depuis ces lointaines années, au cœur de la Guerre froide, ce système est en place, protégé, entretenu, défendu conjointement ou alternativement par la Chine et la Russie.

Sans doute, l’Europe connait d’autres problèmes qui la détournent  des atteintes systématiques aux droits de l’homme pratiquées dans la péninsule coréenne, au nord du 38ème parallèle. Mais le monde change et la Corée du Nord n’est pas étrangère non plus à ces « autres problèmes » de l’Europe puisque, comme vous le savez bien, la Corée du Nord a envoyé, à l’est de notre continent européen, plus de 10 000 soldats, envoyé des missiles par centaines et des obus par millions pour renforcer l’agression russe contre l’Ukraine. Les atteintes aux droits de l’homme sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a 70 ans mais l’État qui en est responsable est devenu une puissance nucléaire, lance des missiles balistiques, menace son voisin du Sud et dénonce le Japon.

2ème plan : l’aspect littéraire et éditorial. Vous connaissez l’histoire des textes de Bandi, c’est à dire de la luciole, cette petite lueur d’informations lancée sur le marché du livre français grâce aux éditions Picquier, en 2016. Sept textes, plus précisément sept nouvelles au réalisme affiché, mais lestées d’émotions, d’ironie, d’indignations. Sans doute peut-on interpréter ces nouvelles comme autant d’appels au secours d’une population qui subit depuis l’enfance et jusqu’à la mort les effets d’un régime inhumain au point qu’elle ne sait plus bien ce que c’est qu’être libre. Il est question dans La Dénonciation d’oiseaux qui, libérés de leur cage, y retournent ; il est question de gens qui se mettent dans la peau d’un personnage qu’ils ne sont pas…

Plusieurs moments dramatiques illustrent pourtant ce constat : la brutalité du régime, sa crainte paranoïaque des ennemis de sa forteresse (soi disant) assiégée, la méchanceté ou l’hypocrisie d’agents ou de cadres du régime, la médiocrité des conditions de vie qu’elle impose et le renvoi toujours à plus tard de l’avenir radieux pourtant promis, tout cela alimente une Résistance qui reste vivante au sein de l’État totalitaire : on ironise sue cet, on s’en moque, on le fuit. Autant de preuves que la résistance existe en Corée du Nord et qu’on y espère des changements. La Dénonciation n’est pas un livre toujours plaisant. Mais c’est un livre qui garde l’espoir en un avenir meilleur pour la population nord-coréenne. J’ajoute que ces nouvelles sont pleines d’enseignements pour qui ne connait pas la Corée du Nord : les divisions entre citoyens selon la confiance que le régime met en eux – le droit de résider dans la capitale, Pyongyang, dépendant par exemple de la catégorie à laquelle on appartient – l’interdiction des déplacements à l’intérieur même du pays hors autorisation de la police, tels sont quelques uns des enseignements de ce livre. 

Bandi propose donc une œuvre littéraire de qualité. Mais c’est aussi  une œuvre pleine d’enseignements.           

Troisième plan : l’actualité. Cet ouvrage  écrit il y a une trentaine d’années est même utile pour mieux juger du monde actuel : c’est en effet sur cet horrible régime totalitaire que s’appuie aujourd’hui le régime russe de Vladimir Poutine, comme il s’appuie sur le régime des mollahs iraniens. Ici, la luciole devient un puissant projecteur. Que l’Iran des mollahs fournisse des drones à la Russie et la Corée du Nord des obus et des soldats, bref : que l’un et l’autre État combattent le monde démocratique  éclaire la nocivité du régime poutinien et confirme ce qu’il y a dix ans déjà nous suggérait Bandi : le totalitarisme n’est pas seulement un sujet de scandale tant y sont bafoués les droits de l’homme. C’est aussi une menace contre l’existence même de nos démocraties.

Un grand merci donc à Bandi, aux réseaux discrets qui ont conduit son œuvre jusqu’à nous, un grand merci à tous ces peintres qui nous ont rendu les nouvelles plus accessibles et un grand merci à l’église baptiste qui nous reçoit et tous ceux qui ont rendu possible cette exposition.

Pierre Rigoulot, le 29 janvier 2026

12 Jan 2026


La Guerre totale de Vladimir Poutine – Françoise Thom, (A l’Est de Brest-Litovsk 2025. 325 pages. 24 euros)

La Guerre totale de Vladimir Poutine - Françoise Thom

C’est une réflexion extrêmement documentée et très minutieuse que Françoise Thom nous propose sur les données du conflit ukrainien, son sens, les raisons de nous inquiéter mais aussi d’espérer; une réflexion appuyée sur une impressionnante érudition à l’égard de la res sovietica,                                 

L’ouvrage ne fait pas de Poutine un simple successeur du pouvoir soviétique. Il n’est ni l’un ni l’autre. Ou plutôt : il est l’un et l’autre car le communisme russe se situait déjà, plus qu’on ne le croyait, dans la continuité de l’histoire russe.      

Les rapprochements établis ici entre Poutine et ses prédécesseurs nous entrainent jusque dans les siècles précédents! Preuve d’une certaine « pesanteur », plus ou moins mystérieuse à la tête de l’État russe. La verticalité du pouvoir dans ce pays s’appuie notamment sur l’écrasement des liens sociaux, l’anomie les troubles intérieurs.

Le lien de l’actualité avec l’histoire russe est également perceptible dans ce qui est le moteur du poutinisme en acte : la soif de revanche et de toute puissance. Poutine, Françoise Thom le souligne en une formule frappante, est « obsédé par le désir du remake historique ». La haine de l’empêcheur de tourner en rond qu’est l’Europe est en effet si puissante qu’autour de Poutine, on rêve de reprendre l’affrontement avec elle depuis le début et d’en faire une mise à mort : « l’Europe est la source de tous les maux de l’humanité  (…) la pire chose qui ait été produite par l’humanité au cours des 500 dernières années (…) Elle doit être jetée dans les poubelles de l’histoire afin qu’elle ne gâche plus la vie de l’humanité » comme l’affirme aimablement Serguei Karaganov un des idéologues proches de Poutine qui en appelle comme bien d’autres à une guerre totale, militaire naturellement mais aussi économique diplomatique, idéologique et culturelle.

Françoise Thom montre la permanence des buts et des méthodes russes, cela ne signifie pour autant ni leur inéluctabilité ni leur efficacité. Mais le style de Poutine est clairement marqué dès son accession au pouvoir, lorsqu’il s’engagea dans une « guerre totale » contre les Tchétchènes, accusés par lui d’attentats commis par ses propres services. Cet homme a besoin d’attiser la haine et même les haines pour faire accepter ses choix, ses intérêts, ses conceptions. Les marxistes parlaient d’affrontements idéologiques reposant sur des conflits d’intérêts contradictoires. D’une certaine façon, c’est le contraire avec Poutine : la haine est première et s’applique à des situations et à des exigences qu’a définies le Chef. Et parce que la haine est totale, les conflits sont radicaux et les méthodes atroces. Comme Hitler sentait le sang dès ses premiers pas au sommet de l’Etat allemand, ainsi que l’observait avec raison un témoin des premiers temps du nazisme que cite notre auteur, Stefan Haffner1, Poutine suinte la volonté mauvaise de destruction de l’adversaire.

Une Ukraine européenne et démocratique est un cauchemar pour Poutine qui, en voulant reprendre le problème à la base, ne peut que désigner un autre ennemi, à peine plus lointain : l’Europe.

Mais un tsunami vient de de produire : l’élection de Donald Trump et l’émergence d’une Amérique nouvelle, loin des thèmes de la guerre froide, décidée à faire des affaires avec la Russie et de se débarrasser au plus vite du boulet ukrainien. Françoise Thom lui consacre une des parties de son livre les plus passionnantes à parcourir. Il n’est pas question ici d’expliquer les relations entre Poutine et Trump par un chantage classique à la révélation de galipettes tarifées quelque part à Moscou. Ou plutôt : si le chantage existe il prend place au sein d’une évolution du pouvoir de Washington et de la politique américaine qui mérite bien en effet, d’être comparée à une « lame de fond » puisque ses représentants dénoncent l’un et l’autre l’Europe restée fidèle à la défense des principes et des valeurs démocratiques et la menacent même conjointement à la Russie poutinienne.

D’où vient ce changement américain? D’où vient ce que Françoise Thom appelle « l’auto-poutinisation » des Etats-Unis ? Paradoxalement, l’excellence de sa connaissance de la Russie lui permet d’éclairer ce qui se passe sous nos yeux aux Etats-Unis. Trump n’est pas parvenu par hasard au pouvoir. Avec l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide, on crut un  moment que l’émergence du marché allait permettre la naissance d’une Russie pacifiée. En fait les oligarchies qui se constituèrent rapidement n’aspiraient certainement pas à un contrôle politique. La population russe pâtit alors de ce démantèlement de l’Etat. Même le KGB se fit un temps oublier (des politiques occidentaux surtout!). Un tel désordre incita à la recherche d’un homme d’ordre. Ce fut le début de l’ascension de Vladimir Poutine. 

Aux Etats-Unis, la situation est loin d’être identique mais les analogies sont intéressantes à constater : le Congrès déléguait de manière de plus en plus routinière ses prérogatives à l’exécutif, la Justice semblait de moins en moins indépendante du pouvoir. La chute de l’URSS a joué son rôle dans cette évolution : la croyance occidentale en la fin de la politique, en la fin de l’opposition de valeurs (démocratie vs autoritarisme ou totalitarisme), eurent pour conséquence le privilège accordé à un individualisme débridé. Chacun pour soi et la high tech pour tous ! Les géants de la Silicon Valley, de l’Intelligence artificielle et des crypto-monnaies exultaient ! Tout était permis et seuls des attardés comme les Européens et notamment les Ukrainiens s’imaginaient encore que des valeurs et des principes pouvaient être défendus au risque de sa mort. Bienvenue dans le monde de la post-vérité ! Et bienvenue, MM. Trump et Vance, dont nul parmi nous n’a oublié la diatribe de février 2025 à Munich où furent tancés les dirigeants européens coupables de ne pas vouloir laisser dire n’importe quoi sur le web et le monde politique. La liberté, croit-on aujourd’hui à Washington, c’est faire ce que l’on désire et immédiatement. Et malheur à qui s’oppose à ces désirs! Thierry Breton en sait quelque chose, devenu personna non grata pour avoir défendu l’idée de nécessaires régulations sur les réseaux de communication

Aujourd’hui les Russes applaudissent le président américain. Comme pour le pouvoir russe, la vérité ne compte pas, ni donc le mensonge, aux yeux de Trump. Ni le Bien ni le Mal. Et la démocratie n’a pas d’ennemis – ni d’amis . Il n’y a que des affaires à faire. Des rivieras moyen-orientales et non un combat contre l’islamisme, une coopération dans la recherche de terres rares avec Kyiv, du pétrole vénézuélien  à pomper et pas une dictature à abattre. Même les visées impériales se ressemblent et le Groenland, le Canada ou le Panama s’appellent à l’Est : Ukraine, Géorgie, Pays baltes et Finlande. Même dans les détails, les projets de Trump ressemblent à ceux de Poutine : développement du culte de la personnalité, recherche d’un mandat électif sans limite, éradication de l’opposition intérieure. Bref – et la constatation est inouïe : « Le régime en train de se mettre en place aux États- Unis présente beaucoup de similarités avec un régime communiste ». Nos frères siamois ne s’entendront sans doute pas toujours mais actuellement ils sont prêts à coopérer et à la référence fréquente pour illustrer la situation géopolitique actuelle – les accords   de Munich de 1938 – Françoise substitue, quitte à scandaliser ici et là – le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939.

La question majeure qui se pose est alors celle-ci : si les Etats-Unis tournent mal, autrement dit : tournent russes, il reste aux Européens à s’armer, à contrer la propagande russe, à défendre une vision humaniste et universaliste face aux défenseurs des soi-disant valeurs traditionnelles ( une approche relativiste en fait puisque les dites valeurs traditionnelles sont spécifiques à chaque pays), à diffuser cette vision dans une Ecole plus exigeante qu’elle ne l’est aujourd’hui et à restaurer l’autorité de l’Etat. A l’extérieur, il ne faut plus rien attendre du dialogue avec des ennemis qui désignent l’Europe non plus comme une vassale ou une colonie américaine mais bien comme « fasciste ».

Tant d’autres, il est vrai, sont passés sous le feu de telles accusations absurdes qu’il n’y a peut-être pas de quoi s’inquiéter! Et puis, ne sommes nous pas en bonne compagnie ? On pense à l’Ukraine mais aussi à la guerre d’Israël contre l’islamisme…

On sort ragaillardi de cette lecture et pourtant soucieux des nuances. Rien n’est inéluctable. Ni la défaite ni la victoire de l’Ukraine. Il n’y a que des tendances, des » pesanteurs », mais celles-ci, une fois bien explicitées comme elles le sont par Françoise Thom permettent d’envisager la possibilité, une fois encore, de la victoire de la démocratie.

Pierre Rigoulot, le 6 janvier 2026

  1. v.Histoire d’un Allemand, Souvenirs 1914-1933, Actes sud 2004 ↩︎

6 Jan 2026


Guerre informationnelle et « rideau de fer numérique »1

Liens vers les articles :

En Russie, le Kremlin resserre le nœud coulant de la censure sur les réseaux sociaux

Réseaux sociaux, intelligence artificielle… Entre la Russie et l’Occident, la guerre informationnelle s’amplifie

Le Figaro consacre une pleine page dans son édition du 17 décembre à la guerre informationnelle de la Russie de Poutine. Ces articles retiennent l’attention sur deux points.

1/ A côté des actions menées par les services de Poutine hors de Russie pour déstabiliser l’Europe (attaques contre les réseaux physiques – câbles sous-marins – et inondation des médias occidentaux de fake news et désinformations plus ou moins grossières) de mieux en mieux documentées et dénoncées, le quotidien apporte un éclairage intéressant sur le troisième levier « de la cyberguerre et de la lutte d’influence » menée par le Kremlin : la maîtrise des infrastructures (dites « logiques ») de l’information : logiciels, applications, réseaux d’échange.

A la manœuvre, le service fédéral russe de supervision des communications Roskomnadzor (RKN), justement décrit comme « le grand ordonnateur de la censure de l’internet et des médias ». A son actif : la multiplication des pannes techniques, bugs et blocages qui allongent les délais de chargement sur internet, les black-out de plus en plus nombreux imposés aux réseaux internet et de téléphonie mobile, et plus radicalement la fermeture de l’accès en Russie aux messageries en ligne Signal, Face Time (Apple), et Snapchat, la menace (dernière en date) de blocage de WhatsApp, largement utilisée en Russie à titre privé et professionnel. Il leur est officiellement reproché d’être utilisées pour organiser des « sabotages » et « attentats terroristes »2.

Son objectif : la mise sous cloche de la société russe, en remplaçant les réseaux sociaux privés par des plateformes de messagerie et d’informations contrôlées par les proches du Kremlin (Vkontakte, Max), et assurant aux services de renseignement russes un libre accès à leurs données.

L’enjeu : loin du patriotisme économique et de la souveraineté technologique, il s’agit pour Poutine d’organiser « le contrôle social et idéologique de plus en plus strict » de la pensée, de l’information et désormais des vidéos qui circulent, dans une logique à long terme : isoler et atomiser la société civile russe pour mieux la transformer3. Une sorte de Retour vers le futur totalitaire.

Cette lutte à l’intérieur des frontières russes ne peut pas laisser indifférent : Nicolas Barotte considère à juste titre que « les campagnes menées [par la Russie de Poutine] contre l’Occident et la surveillance de sa propre opinion correspondent aux deux faces d’une même pièce ».

2/ Ce constat interroge la capacité et l’efficacité d’un sursaut de l’Occident face à une lutte d’influence dont « l’asymétrie s’accroît » : en termes moins diplomatiques, disons que l’Europe est en train de perdre la guerre informationnelle engagée contre elle par la Russie4, destinée à saper la capacité morale et politique de l’Occident à réagir et à miner ses fondements démocratiques. La question pour les démocraties libérales est de savoir comment identifier et exploiter « les vulnérabilités des régimes autoritaires ».

Dans cette lutte inégale – la Russie s’attaquant ouvertement au modèle d’État libéral5, les démocraties partent avec des moyens fortement contraints par les principes au cœur même de nos institutions : la liberté d’opinion et d’expression, le respect du droit (notamment celui de la guerre), le respect de la vérité. Dans la mise en œuvre d’opérations d’influence offensives, nous est-il également rappelé, les échecs sont interdits aux démocraties compte tenu du risque de discrédit qu’elles encourent.

Le Figaro rappelle enfin que l’Europe démocratique a longtemps cru au soft power de la promotion du libéralisme politique. Ce n’est aujourd’hui manifestement plus suffisant.

Antoine MURAGEOT, le 19 décembre 2025

  1. L’expression « rideau de fer numérique » a été lue sur une pancarte brandie lors d’une (petite) manifestation à Tomsk le 14 décembre 2025 (source : 7sur7.be, 15 déc. 2025). ↩︎
  2. Cette répression sur le « front intérieur » des réseaux de messagerie et d’information en ligne, est un choix de longue date et méthodique du pouvoir poutinien : depuis 15 ans, le Kremlin considère Internet comme une menace ; en 2011, les réseaux sociaux avaient largement contribué au large succès de la « révolution blanche » et des manifestations dans les grandes villes contre le pouvoir accusé d’avoir truqué les élections législatives. Au fil des années, le régime poutinien a visé de plus en plus les médias d’information dans « une forme de contrôle presque totalitaire » ; en 2022 et le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, la répression s’est accrue pour invisibiliser la guerre : deux lois ont organisé la fermeture ou la censure de médias russes indépendants en ligne (figurant dans les listes d’« organisations indésirables »), et des réseaux Facebook, Instagram, Twitter (« agents de l’étranger » accusés « d’activités extrémistes ») ; en septembre 2022, le New York Times a démontré que RKN a mis en place pour aider le FSB des outils d’espionnage téléphonique et sur internet des opposants, militants et médias indépendants. ↩︎
  3. Céline Marangé, « Après l’Ukraine, la Russie prépare la guerre d’Europe », Le Grand Continent, 24 fév. 2025. ↩︎
  4. Cette guerre informationnelle russe est alimentée par les campagnes massives de fake news et de désinformations, relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux (avec au choix la complaisante inaction ou la complicité active des propriétaires de certains d’entre eux), en Europe, en Amérique et en Afrique. ↩︎
  5. « Nous sommes en guerre avec l’Europe, pas avec l’Ukraine, misérable, pitoyable et manipulée. Cette guerre n’en terminera pas tant que nous n’aurons pas vaincu l’Europe moralement et politiquement. » (Sergei Karaganov, conseiller politique du Kremlin, cité dans « Le Kremlin veut-il vraiment la paix ? », ladépeche.fr, 12 déc. 2025) ↩︎

19 Déc 2025


Les tribunaux russes passent. La justice trépasse (suite)

Toujours sur la base des recherches de l’association russe OVD-info, nos amis belges de Human Rights Without Frontiers,  nous communiquent les faits suivants pour les mois d’octobre et novembre

17 octobre 2025

Bien que sérieusement malade, un témoin de Jehovah a été condamné à 7 ans de prison en vertu de l’article 282.2 du code pénal (mise en œuvre d’activités d’une organisation extrémiste).

Un chargeur de bois de Saint-Pétersbourg a été condamné à 8 ans de prison pour des messages postés sur une page interdite en vertu de l’article 280 du code pénal (appels publics en faveur d’une activité extrémiste via internet), de l’article 207.3 du code pénal (diffusion de nouvelles connues pour fausses sur l’Armée russe, motivée par la haine politique et nationale) et de l’article 282.2 (mise sur pied des activités d’une organisation extrémistes via internet).

Un apiculteur du Bachkiristan (au sud de l’Oural) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu de l’article 318 du code pénal(violence dangereuse sur la personne d’un représentant de l’autorité et de l’article 212, 2ème partie du code pénal (organisation de troubles publics et incitation à ce que d’autres commettent de tels actes).

20  octobre 2025

Le chef d’une communauté ouzbek inculpé pour diffusion d’une image représentant des coqs a été condamné à près de deux ans de prison en vertu de l’article 321 du code pénal (rupture des activités  d’une institution correctionnelle en lien avec un membre du personnel).

21 octobre 2025

Un inculpé dans une affaire de jet de boules de neige lors d’un meeting  à Baymak (une ville du Bachkiristan de 20 000 habitants) a été condamné à 3 ans et sept mois de prison en vertu de l’article 318 (violences dangereuses pour la vie et la santé d’un représentant de l’autorité) et de l’article 212 du code pénal

22 octobre 2025

Un anarchiste inculpé a été condamné dans une deuxième affaire le concernant à 5 ans de prison en vertu des articles 280 et 205.2 du code pénal (incitation publique à participer à une activité terroriste  et justification du terrorisme) ainsi que de l’article 214 du code pénal (vandalisme commis par un groupe de personnes dans le but de conspirer ou sur la base de la haine ou d’opposition politique, idéologique, racial, national -ou religieuse.

27 octobre 2025

Une femme de Saint-Pétersbourg a été condamnée à deux ans de prison pour une vidéo où elle brulait son passeport. Condamnation  en vertu de l’article 213 (vandalisme commis  sur la base de la haine ou d’un combat mené sur fonds politique, idéologique, racial, national, idéologique, racial, national ou religieux) et de l’article 329 du code pénal (rejet d’un emblème de l’État ou du drapeau de la Fédération de Russie)

31 octobre 2025

Un habitant de Saint-Pétersbourg a été condamné à 5 ans et demi de prison pour des messages en faveur du Corps de volontaires russes (qui se battent aux côtés des Ukrainiens) en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

6 novembre 2025

La peine d’un blogger orthodoxe de Bouriatie a été aggravée. Résultat : 3 ans et demi de prison en vertu des articles 280 et 282.2 du code pénal.

Un blogger d’Irkoutsk a été lui aussi condamné mais à deux ans et 7 mois de prison après un conflit avec un fonctionnaire de police en vertu de l’article 318 et de l’article 319 du code pénal (insulte publique à un représentant de l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions).

10 novembre 2025

Vladimir Osipov, âgé de 55 ans, a été condamné à 6 ans et demi de prison dans une affaire de fausses nouvelles militaires.

11 novembre 2025

Un libraire de la région de Kostroma a été condamné à cinq ans de prison  dans une affaire de « fausses nouvelles militaires » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

13 novembre 2025

Un habitant de la région de Sverdlovsk a été condamné à 6 ans de prison pour avoir commenté d’un « bien joué les gars » une action ukrainienne en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

14 novembre 2025

Youri Doud a été condamné in absentia  à un an et dix mois de prison pour non respect de ses obligations d’agent étranger selon l’article 330 du code pénal (violation de la procédure à respecter pour les activités d’un agent de l’étranger effectuées par une personne préalablement soumise à une punition administrative).

19 novembre 2025

Un habitant d’Ekaterinburg qui réprimandait un écolier portant un chapeau portant la lettre Z (peinte sur les véhicules de l’armée russe lors de l’attaque contre l’Ukraine) a été condamné à 4 ans et demi de prison en vertu des articles 205.2 et 213 du code pénal.

20 novembre 2025

L’inculpé de ce qu’on a appelé « l’affaire ingouche » a été condamné à 9 ans de prison en vertu des articles 33 (création d’un groupe criminel et direction de ce groupe), 318 et 282 du code pénal. 

21 novembre 2025

Un ancien partisan des séparatistes du Donbass a été condamné à six ans de prison pour opposition à la guerre en vertu de l’article 205.2 du code pénal.

24 novembre 2025

Un ancien stewart des Oural airlines a été condamné à 7 ans de prison dans une affaire de « fake news » en vertu de l’article 207.3 du code pénal.

25 novembre 2025

Un habitant de Moscou, Solim Kamin, a été condamné à 8 ans de prison  pour avoir posté des slogans anti-guerre en vertu de l’article  207.3, part 2 et de l’article 280.4 du code pénal.

26 novembre 2025

Un professeur d’histoire a été condamné à un an et demi de prison pour avoir montré un poster de 1945, où figurait le drapeau du IIIème Reich et la lettre V, en vertu de l’article 284 du code pénal (exhibition répétée de symboles interdits (nazis ou liés à des organisations extrémistes)).

28 novembre 2025

Un journaliste iakoute a été condamné à trois ans de prison dans une affaire mettant en cause sa justification du terrorisme. Condamnation en vertu de l’article 205.2 du code pénal (incitation publique à  développer une activité terroriste et justification du dit terrorisme).

17 Déc 2025


Notre ami Malliarakis, un néo-fasciste ad aeternam?

Jean-Gilles Malliarakis - Photo distribuée à l'office religieux
Jean-Gilles Malliarakis – Photo distribuée à l’office religieux

Il arrive que les discours accompagnant une disparition pêchent par une bien compréhensible surenchère touchant les qualités du défunt.

Le Monde du 12 décembre a su éviter cet écueil et dans une courte notice nécrologique qualifie sans réserve aucune, Jean-Gilles Malliarakis, décédé cinq jours plus tôt, de « néo-fasciste ». Le « quotidien du soir » dont on appréciait jadis les nuances, a même essentialisé le défunt. Néofasciste, il n’était que cela, et, de « groupuscules » en « factions »,  Jean-Gilles maintenait ce cap quand d’autres se rangeaient. Pas un mot pour reconnaître un sens à ses combats pour un Vietnam qui ne soit pas inféodé au monde communiste. Pas un mot sur ses dénonciations de l’URSS et du goulag si ce n’est qu’elles « assouvissaient » ainsi une haine du « soviétisme », haine de mauvais aloi, manifestation de soviétophobie (comme d’autres parlent d’islamophobie) réduisant  à une allergie maladive une opposition légitime au pire ennemi du monde libre : le totalitarisme communiste.

Jean-Gilles travaillait. Il s’était forgé une forte culture historique et théologique. Venu d’une droite nationaliste dans les années 60, il avait évolué ; quand nous l’avions connu et qu’il nous a rejoints, les textes qu’il signait étaient favorables à l’Union européenne et à la démocratie libérale. 

La défense de la liberté était notre combat commun.

Nous nous étions montré solidaires de Jean-Gilles quand la Mairie de Paris contribua à empêcher que se tienne un colloque jugé par elle « militant » et non « scientifique » du fait, notamment, de sa présence parmi les participants. C’était en octobre 2019. Devaient y intervenir entre autres, nos amis Philippe Raynaud, professeur à l’Université de Paris-Panthéon-Assas, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite à Sciences po Paris et Bernard Bruneteau professeur à l’Université de Rennes I.

Sans doute, Jean-Gilles participait-il moins ces derniers temps à nos rencontres et à nos discussions. Il s’était lancé, comme l’expliqua son ami Charles Culbert lors de l’office religieux qui suivit son décès il y a quelques jours, « dans la rédaction d’une saga couvrant cent ans d’histoire », en se concentrant sur la Chine, « un empire énigmatique dont il voulait dévoiler, aux yeux de tous, la face cachée ».

Ce travail est presque achevé. Il le sera bientôt. Quand il paraîtra, nous en rendrons compte dans notre revue, où paraissent ces lignes. Il en a été un des fondateurs. Et nous tenions à saluer amicalement sa mémoire

Pierre Rigoulot, le 15 décembre 2025

15 Déc 2025


Un terrible chemin vers la sagesse et la liberté

Anastasia FOMITCHOVA – Volia (Grasset 2025. 280 pages. 22 euros)

Premier de couverture livre

Bien sûr, nous sommes tous, dans la mouvance d’Histoire & Liberté, contre la guerre de Poutine en Ukraine et nous ruminons avec dégoût les motivations affichées du chef du Kremlin prétendant lutter contre les néo-nazis-bourreaux-des-malheureux-russophones-des-régions-de-Donetsk-et-de-Louhansk.

Bien sûr, nous savons qu’en 1991 la Russie a récupéré toutes les armes nucléaires ukrainiennes contre la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Ukraine dans ses frontières d’alors. Avec en prime les garanties de sécurité des Occidentaux (déjà !).

L’Etat ukrainien existait alors et il existe encore malgré l’occupation russe de la Crimée en février 2014 puis la tentative manquée, en février 2022, de le défaire militairement tout entier.

Bien sûr, nous dénonçons la complaisance du Rassemblement National et de LFI qui, refusent de participer à toute mobilisation en faveur d’une Ukraine qui défend pourtant l’Europe et la démocratie contre l’impérialisme russe.

Bien sûr, nous condamnons les horreurs commises par l’armée de Poutine contre la population civile, les bombardement aveugles, les tortures, les enfants raflés et déportés en Russie.

Mais nous n’avons pas l’idée depuis nos lieux de vie douillets de ce qui se passe précisément au front. La guerre : les morceaux de corps, les hémorragies qu’on ne peut arrêter, les éclats d’obus qui cisaillent les chairs, le phosphore qui brûle la peau jusqu’aux os et liquéfie les poumons en cas d’inhalation, les souffrances atroces.

Et en même temps, la volonté de résister, de tenir, d’être, tout simplement. C’est cela que nous fait toucher, du cœur, Anastasia Fomitchova, une jeune franco-ukrainienne des équipes médicales présentes sur le front, face à l’armée russe.

Volia (un mot qui signifie volonté et liberté), son journal de bord en quelque sorte, ses souvenirs de la ligne de front,vient d’être publié aux éditions Grasset.

Attention. On n’en ressort pas indemne. Vies brisées net ou longues souffrances vous poursuivent longtemps après avoir lu ce livre.

Et l’on tremble après l’avoir refermé pour les vies épargnées jusqu’ici, un rien fasciné par ce qu’elles endurent et comprennent, de s’être confrontées à elles-mêmes : « La guerre a cette faculté de nous ramener à l’essentiel où seule une frontière existe véritablement : celle qui délimite la vie de la mort ». Fasciné, on l’est aussi, par leur infinie volonté de voir l’Ukraine vivre libre. Volia.

Pierre Rigoulot, le 27 novembre 2025

27 Nov 2025


Liberté pour Boualem Sansal !

Le monde de la littérature se mobilise pour apporter son soutien à Boualem Sansal, à l’occasion du triste anniversaire de son arrestation et de son incarcération en Algérie. Malade, âgé de 80 ans, condamné à 5 ans d’emprisonnement pour « atteinte à l’unité nationale » [sic], son sort suscite une grande inquiétude.

En octobre dernier, Boualem Sansal était élu à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, qui saluait « la fonction créatrice de l’écrivain qui est inséparable de la liberté dans laquelle elle s’exerce ».

Ce sont ensuite les jurés du Goncourt qui, le 4 novembre, ont réaffirmé leur solidarité avec Boualem Sansal et leur condamnation de toute atteinte à la liberté d’expression et, les jurés du Renaudot qui lui ont, le 7 novembre, unanimement décerné le prix Renaudot poche pour l’édition de « Vivre. Le compte à rebours ».

C’est l’écrivain Kamel Bencheik, proche de Boualem Sansal qui déclare dans une tribune publiée le 9 novembre (JDD) : « On ne l’a pas arrêté pour un crime car il n’y en a pas. […] On l’a enfermé pour une raison simple et terrible : il a pensé librement, et a eu l’audace de l’écrire. […] La libération de Boualem Sansal est un test moral. Elle interroge notre rapport collectif à la liberté de conscience, à la pensée, à la culture. »

Ce sera, le 15 novembre prochain à la Maison de l’Europe, le P.E.N. Club français qui attribuera son Grand Prix à Boualem Sansal, une manifestation importante dont nous publions l’annonce.

Le 20 novembre, la réunion des Amis d’Histoire & Liberté, autour de Philippe d’Iribarne, sera l’occasion de manifester, à notre tour, notre soutien à Boualem Sansal.

Boualem Sansal doit être libéré.

H&L

*

ANNONCE : Le Grand Prix du P.E.N. Club français – Cercle littéraire international décerné à Boualem Sansal le 15 novembre 2025 à la Maison de l’Europe

À l’occasion de la Journée mondiale des écrivains en prison, célébrée le 15 novembre, le P.E.N. Club français – Cercle littéraire international – décernera son Grand Prix à Boualem Sansal, à la veille du premier anniversaire de son arrestation arbitraire à Alger, survenue le 16 novembre 2024, pour l’ensemble de son œuvre et son engagement indéfectible en faveur de la liberté.

La remise officielle du Grand Prix du P.E.N. Club français aura lieu le 15 novembre 2025, à partir de 15 heures, en partenariat avec le Comité de soutien à Boualem Sansal et le journal Marianne, à la Maison de l’Europe de Paris.

10 Nov 2025